1. Résumé
Le Questionnaire révisé sur le tempérament au début de l’adolescence (Early Adolescent Temperament Questionnaire – Revised, ou EATQ-R) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation et d’hétéro-évaluation conçu pour évaluer les dimensions centrales du tempérament chez les jeunes âgés d’environ 9 à 15 ans. Développé initialement par Deborah M. Capaldi et Mary K. Rothbart (1992), puis révisé et affiné par Lesa K. Ellis et Mary K. Rothbart (2001), cet outil repose sur le modèle psychobiologique intégratif du tempérament formulé par Mary Rothbart. Ce modèle conceptualise le tempérament comme un ensemble de différences individuelles d’origine constitutionnelle touchant la réactivité (motrice, affective et attentionnelle) et l’autorégulation (en particulier le contrôle attentionnel et comportemental volontaire).
Dans sa version auto-rapportée (Self-Report), l’EATQ-R comprend 65 items mesurant plusieurs dimensions fondamentales regroupées sous des facteurs de second ordre hautement documentés : le Contrôle volontaire (Effortful Control, englobant l’attention, le contrôle de l’activation et le contrôle inhibiteur), l’Affect négatif (Negative Affectivity, incluant la frustration, la peur et l’humeur dépressive), la Surgency / Extraversion (mesurant la recherche de sensations, le plaisir à haute intensité et la timidité inversée), ainsi que l’Affiliation et la Sensibilité perceptive. Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Presque toujours faux » / Almost always untrue) à 5 (« Presque toujours vrai » / Almost always true).
Les propriétés psychométriques de l’EATQ-R démontrent une cohérence interne satisfaisante à excellente selon les sous-échelles (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,65 et 0,86 dans la littérature internationale), une stabilité temporelle adéquate à moyen terme, ainsi qu’une validité factorielle et divergente robuste. Utilisé mondialement dans les cohortes longitudinales de psychopathologie développementale (telles que l’étude TRAILS), l’instrument éclaire la genèse des troubles internalisés (anxiété, dépression) et externalisés (troubles des conduites, agressivité), tout en fournissant une cartographie précise des forces autorégulatrices de l’adolescent.
2. Mots-clés
EATQ-R, tempérament, adolescence, contrôle volontaire, affect négatif, extraversion, Mary Rothbart, autorégulation, psychopathologie développementale, évaluation psychométrique.
3. Auteurs
Le développement et la standardisation de l’instrument original et de sa révision sont attribués à des chercheuses majeures en psychologie développementale et en neurosciences affectives :
- Mary Klevjord Rothbart, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie à l’Université de l’Oregon (University of Oregon, Eugene, États-Unis). Pionnière mondiale de l’étude psychobiologique du tempérament, elle a théorisé les interactions entre systèmes attentionnels exécutifs et réactivité émotionnelle. Courriel institutionnel : [email protected].
- Lesa K. Ellis, Ph.D. : Chercheuse et docteure en psychologie ayant mené la révision méthodologique et psychométrique approfondie du questionnaire dans le cadre de ses travaux doctoraux à l’Université de l’Oregon. Ses recherches portent sur le développement neurocomportemental, le tempérament et la puberté.
- Deborah M. Capaldi, Ph.D. : Chercheuse principale émérite à l’Oregon Social Learning Center (OSLC). Co-autrice de la version princeps de 1992 (EATQ), elle a largement contribué à l’opérationnalisation du tempérament chez le préadolescent et à l’analyse de ses liens avec les trajectoires de délinquance et d’inadaptation sociale.
- Samuel P. Putnam, Ph.D. (coordinateur de la diffusion scientifique) : Professeur de psychologie au Bowdoin College (Brunswick, Maine, États-Unis), responsable de la maintenance, de la documentation et de la coordination des instruments de tempérament de Rothbart. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif
L’adolescence précoce (environ 10-14 ans) représente une période charnière du développement humain, caractérisée par des remaniements neurobiologiques majeurs, la maturation pubertaire, la transformation des relations sociales et l’autonomisation vis-à-vis des figures parentales. L’EATQ-R a été conçu dans le but d’opérationnaliser et de quantifier les variations individuelles tempéramentales durant cette fenêtre développementale spécifique, comblant le fossé méthodologique entre les questionnaires destinés à la petite enfance (comme le Children’s Behavior Questionnaire, CBQ) et ceux s’adressant aux adultes (comme l’Adult Temperament Questionnaire, ATQ).
Applications en recherche fondamentale et épidémiologique
Sur le plan fondamental, l’EATQ-R est un instrument pivot pour investiguer l’étiologie des comportements adaptatifs et inadaptés. Il permet d’étudier :
- Les trajectoires développementales conduisant aux troubles psychopathologiques internalisés (anxiété généralisée, dépression majeure, phobie sociale) en identifiant des niveaux élevés d’affect négatif combinés à un faible contrôle volontaire.
- L’émergence des troubles externalisés (trouble oppositionnel avec provocation, trouble des conduites, abus de substances) associés à des niveaux élevés de recherche de sensations, de frustration et de déficits marqués en contrôle inhibiteur.
- Les interactions gène-environnement et les modérateurs contextuels (ex. styles parentaux, victimisation par les pairs, stress socio-économique) qui influencent l’expression phénotypique du tempérament.
Applications cliniques et éducatives
Bien que l’EATQ-R soit principalement un instrument de recherche, ses données offrent une valeur clinique substantielle pour les psychologues de l’enfant, les pédopsychiatres et les professionnels de l’éducation :
- Profilage fonctionnel individuel : Plutôt que de catégoriser l’adolescent sous un diagnostic nosographique réducteur, l’EATQ-R met en lumière ses ressources cognitives propres (ex. persistance attentionnelle, capacité à différer une gratification) et ses vulnérabilités réactives (ex. susceptibilité élevée à la peur ou à la colère).
- Conception d’interventions ciblées : L’identification précoce de déficits du contrôle volontaire permet de guider des interventions métacognitives, des programmes d’entraînement aux fonctions exécutives ou des approches basées sur la pleine conscience adaptées aux adolescents.
- Aménagement scolaire : L’évaluation des composantes d’attention et de distraction renseigne sur les capacités de l’élève à maintenir sa concentration dans des environnements bruyants ou stimulants.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’EATQ-R s’inscrit au carrefour de la biologie et de la personnalité. Conformément à la taxonomie de Rothbart, le tempérament n’est pas réductible à des traits de personnalité figés, mais correspond aux bases constitutionnelles à partir desquelles la personnalité ultérieure se structure sous l’effet des apprentissages et de la culture. L’EATQ-R évalue plusieurs échelles primaires articulées autour de facteurs macro-dimensionnels :
1. Le Contrôle volontaire (Effortful Control)
Le contrôle volontaire reflète la capacité de l’individu à inhiber une réponse dominante ou impulsive au profit d’une réponse sous-dominante plus adaptée à ses objectifs à long terme. Cette macro-dimension repose sur les réseaux attentionnels exécutifs fronto-corticaux et comprend trois sous-échelles clés :
- Contrôle attentionnel (Attention / Attentional Control) : La capacité de focaliser son attention sur une tâche (ex. devoirs scolaires), de la maintenir malgré les distracteurs et de déplacer volontairement le focus attentionnel si nécessaire (ex. item 1 : « It is easy for me to really concentrate on homework problems » ; item 38 inversé : « When trying to study, I have difficulty tuning out background noise and concentrating »).
- Contrôle de l’activation (Activation Control) : La capacité d’initier une action en l’absence de motivation immédiate ou face à une tâche perçue comme rébarbative ou exigeante (ex. item 30 : « If I have a hard assignment to do, I get started right away »).
- Contrôle inhibiteur (Inhibitory Control) : La capacité de refréner des comportements inappropriés ou impulsifs, de résister à la tentation et de respecter des consignes restrictives (ex. item 14 : « When someone tells me to stop doing something, it is easy for me to stop » ; item 10 inversé : « It’s hard for me not to open presents before I’m supposed to »).
2. L’Affect négatif (Negative Affectivity)
Cette dimension mesure la réactivité générale aux stimuli aversifs, menaçants ou frustrants. Elle renvoie au fonctionnement des structures sous-corticales (amygdale, insula) et comprend :
- Frustration : L’intensité des réactions d’irritation, de colère ou de mauvaise humeur lorsque des objectifs en cours sont bloqués ou interrompus (ex. item 47 : « I get irritated when I have to stop doing something that I am enjoying » ; item 56 : « It really annoys me to wait in long lines »).
- Peur (Fear) : La réactivité d’appréhension, d’inquiétude ou de malaise face à l’anticipation d’une douleur, d’un danger physique ou d’une menace sociale (ex. item 40 : « I worry about getting into trouble » ; item 51 : « I worry about my parent(s) dying or leaving me »).
- Humeur dépressive (Depressive Mood) : La tendance à éprouver de la tristesse, une perte de plaisir et un abattement affectif sans cause circonstancielle majeure (ex. item 29 : « I get sad more than other people realize » ; item 55 : « I feel sad even when I should be enjoying myself, like at Christmas or on a trip »).
3. L’Extraversion / Recherche d’émotions (Surgency / Extraversion)
Ce pôle dynamique évalue l’approche comportementale positive, le système dopaminergique de récompense et la tolérance à la nouveauté :
- Recherche de sensations / Plaisir à haute intensité (High Intensity Pleasure / Sensation Seeking) : Le plaisir retiré d’activités impliquant de la vitesse, du risque, de l’intensité sensorielle ou des situations inédites (ex. item 42 : « I would not be afraid to try a risky sport, like deep-sea diving » ; item 48 : « I wouldn’t be afraid to try something like mountain climbing »).
- Timidité (Shyness) : L’inhibition comportementale, l’évitement ou le malaise ressenti face à des situations sociales inconnues ou de nouvelles personnes (ex. item 15 : « I feel shy about meeting new people » ; item 45 : « I am shy »). Dans les modèles factoriels, la timidité charge négativement sur l’extraversion sociale.
4. Échelles complémentaires : Affiliation, Sensibilité perceptive et Agressivité
- Affiliation : Le désir d’intimité relationnelle, de proximité affective et de partage d’expériences avec autrui (ex. item 17 : « I want to be able to share my private thoughts with someone else » ; item 44 : « It is important to me to have close relationships with other people »).
- Sensibilité perceptive (Perceptual Sensitivity) : La conscience fine des stimuli sensoriels discrets ou subtils présents dans l’environnement physique (ex. item 6 : « I notice even little changes taking place around me… » ; item 65 : « I like the crunching sound of autumn leaves »).
- Agressivité (Aggression) : Comportements hostiles, verbaux ou physiques, souvent analysés en interaction avec le contrôle inhibiteur et la frustration (ex. item 9 : « When I am angry, I throw or break things » ; item 13 : « If I get really mad at someone, I might hit them »).
6. Cadre théorique
Le cadre théorique sous-jacent à l’EATQ-R est le modèle psychobiologique du tempérament développé par Mary K. Rothbart et ses collègues (notamment Michael I. Posner et Douglas Derryberry). Ce cadre se distingue fondamentalement des approches purement typologiques du tempérament (comme les catégories « facile », « difficile » et « lent à s’adapter » proposées par Thomas et Chess) et des théories exclusivement factorielles de la personnalité adulte (comme le modèle des Big Five de Costa et McCrae), tout en entretenant des ponts conceptuels clairs avec ces dernières.
L’architecture réactivité-autorégulation
Au cœur du modèle de Rothbart réside la distinction fonctionnelle entre deux composantes interconnectées :
- La réactivité : Elle correspond à l’excitabilité neurocomportementale des systèmes de réponse physiologique, motrice, affective et endocrine de l’organisme. La réactivité se caractérise par des paramètres temporels et dynamiques mesurables : seuil d’activation, intensité maximale de la réponse, temps de latence avant apparition et taux de dissipation (durée de récupération après provocation du stimulus).
- L’autorégulation : Elle englobe les processus neuronaux et comportementaux qui modulent, tempèrent, inhibent ou amplifient la réactivité sous-jacente. L’autorégulation se manifeste à travers l’attention volontaire, l’approche active, l’inhibition motrice et l’orientation sensorielle.
Sur le plan des neurosciences cognitives, Rothbart et Michael Posner ont mis en relation le contrôle volontaire avec le réseau d’attention exécutive (impliquant le cortex cingulaire antérieur et les aires préfrontales dorsolatérales et ventromédianes). Chez l’adolescent, ce réseau est en pleine maturation : alors que les structures limbiques responsables de la sensibilité à la récompense et de la réactivité émotionnelle (noyau accumbens, amygdale) connaissent un pic de réactivité sous l’influence hormonale pubertaire, les connexions préfrontales régulatrices mûrissent de façon plus lente et prolongée jusqu’au début de l’âge adulte. L’EATQ-R capture précisément les variations individuelles au sein de ce déséquilibre neurodéveloppemental transitoire.
Articulation avec le modèle des Cinq Grands Facteurs (Big Five)
Les recherches empiriques (notamment les méta-analyses de Tackett, 2006, et d’Oldehinkel et al., 2004) ont démontré une convergence théorique et empirique majeure entre les dimensions de l’EATQ-R et le modèle des Big Five :
- Le Contrôle volontaire constitue le précurseur développemental direct du trait de Conscienciosité (Conscientiousness).
- L’Affect négatif s’articule directement avec le Névrosisme (Neuroticism).
- La Surgency / Recherche de sensations correspond au domaine de l’Extraversion.
- L’Affiliation partage des racines substantielles avec l’Agréabilité (Agreeableness).
7. Validité
La validité psychométrique de l’EATQ-R a fait l’objet de nombreuses validations empiriques dans divers contextes culturels et linguistiques (notamment aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Espagne, en Chine et en Italie).
Validité de construit et validité factorielle
La structure dimensionnelle théorisée par Ellis et Rothbart (2001) a été confirmée par des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC). Les analyses mettent en évidence que les échelles primaires s’organisent de façon parcimonieuse autour de facteurs de second ordre bien individualisés : le Contrôle volontaire, l’Affect négatif et la Surgency/Extraversion. L’adéquation des modèles structuraux aux données empiriques présente des indices d’ajustement satisfaisants (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,90) dans les échantillons de préadolescents de la communauté générale (Ellis, 2002 ; Muris et al., 2007).
Validité convergente
L’EATQ-R présente une forte concordance avec d’autres échelles mesurant des construits émotionnels et cognitifs apparentés :
- Avec les instruments de fonctions exécutives : Les scores de l’échelle Contrôle volontaire et Contrôle attentionnel corrèlent significativement (r = 0,35 à 0,55, p < 0,001) avec les épreuves neuropsychologiques standardisées informatisées évaluant l’attention soutenue, le paradigme de Stroop et les tâches d’inhibition motrice de type Go/No-Go (Oldehinkel et al., 2004).
- Avec l’inventaire de personnalité des Big Five pour enfants (ex. HiPIC) : L’Affect négatif est fortement corrélé au Névrosisme (r = 0,60 à 0,72), tandis que le Contrôle volontaire converge fortement avec la Conscienciosité (r = 0,58 à 0,68).
- Convergence inter-informateurs (Auto-évaluation vs Évaluation parentale) : Les corrélations entre la version auto-rapportée par l’adolescent et la version remplie par les parents sont modérées à fortes (typiquement r = 0,30 à 0,50 selon les sous-échelles), ce qui est en accord avec les normes méta-analytiques d’Achenbach pour l’évaluation multi-informateurs à l’adolescence.
Validité prédictive et psychopathologique
Dans la cohorte épidémiologique néerlandaise TRAILS (Tracking Adolescents’ Individual Lives Survey, n > 2 200 adolescents), l’EATQ-R a démontré une remarquable capacité à prédire les troubles de santé mentale évalués par la Youth Self-Report (YSR) et la Child Behavior Checklist (CBCL) :
- Un score élevé d’Affect négatif (peur, humeur dépressive) combiné à un faible Contrôle volontaire prédit de manière robuste l’émergence des épisodes dépressifs majeurs et des troubles anxieux sur un suivi de 3 ans.
- Un score élevé de Frustration associé à un faible Contrôle inhibiteur et une forte Agressivité prédit l’augmentation des conduites délinquantes, de la violence verbale/physique et des suspensions scolaires.
8. Fidélité
La fidélité de l’EATQ-R a été examinée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle test-retest dans diverses populations d’adolescents scolarisés.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon de standardisation d’Ellis et Rothbart (2001, 2002), ainsi que dans l’étude d’adaptation néerlandaise menée par Muris, Meesters et Blijlevens (2007, n = 521 adolescents âgés de 11 à 15 ans), les coefficients alpha de Cronbach ont démontré une fiabilité adéquate :
- Contrôle volontaire global : α = 0,81 à 0,86 (Contrôle attentionnel : α = 0,67 à 0,74 ; Contrôle de l’activation : α = 0,68 à 0,76 ; Contrôle inhibiteur : α = 0,65 à 0,71).
- Affect négatif global : α = 0,78 à 0,83 (Frustration : α = 0,72 à 0,79 ; Peur : α = 0,65 à 0,71 ; Humeur dépressive : α = 0,68 à 0,75).
- Surgency / Recherche de sensations : α = 0,71 à 0,77.
- Affiliation : α = 0,73 à 0,78.
- Agressivité : α = 0,78 à 0,82.
- Sensibilité perceptive : α = 0,65 à 0,72.
Certaines sous-échelles très brèves comportant un petit nombre d’items (telles que le contrôle inhibiteur ou la peur dans certaines versions abrégées) présentent parfois des coefficients situés entre 0,60 et 0,65, ce qui est courant pour des construits ciblés à l’adolescence mais justifie l’utilisation prioritaire des macro-facteurs composites dans les études requérant une haute précision psychométrique.
Fidélité test-retest
Les études de stabilité temporelle sur un intervalle de 2 à 3 mois indiquent des corrélations test-retest comprises entre r = 0,68 et r = 0,82 pour l’ensemble des dimensions de l’EATQ-R, confirmant que l’outil capte bien des dispositions tempéramentales stables et non de simples fluctuations d’humeur passagères ou des réactions aiguës à l’environnement immédiat.
9. Analyse factorielle
Les travaux d’élaboration de l’EATQ-R (Ellis & Rothbart, 2001 ; Ellis, 2002) se sont appuyés sur des procédures rigoureuses d’analyse factorielle exploratoire (AFE) par extraction en composantes principales ou facteurs communs, suivies de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Promax), avant validation par analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Structure factorielle de premier ordre
À l’échelon des items individuels, l’AFE révèle que les items s’associent clairement à leurs dimensions théoriques respectives, avec des saturations factorielles (factor loadings) principales oscillant typiquement entre 0,40 et 0,78, et un niveau de contaminations croisées (< 0,30) maîtrisé après l’élimination des items ambigus présents dans la version princeps de 1992. Les items inversés (notés « R » dans le questionnaire) saturent de manière appropriée sur leurs facteurs respectifs une fois recodés.
Modèle structural de second ordre
L’analyse factorielle confirmatoire menée sur les sous-échelles valide une organisation hiérarchique en trois ou quatre macro-facteurs :
- Facteur 1 : Contrôle volontaire (Effortful Control) — Il regroupe avec de fortes saturations le contrôle attentionnel (λ ≈ 0,76), le contrôle de l’activation (λ ≈ 0,71) et le contrôle inhibiteur (λ ≈ 0,68).
- Facteur 2 : Affect négatif (Negative Affectivity) — Il capture la variance commune de la frustration (λ ≈ 0,72), de l’humeur dépressive (λ ≈ 0,69) et de la peur (λ ≈ 0,61).
- Facteur 3 : Surgency / Extraversion — Il intègre la recherche de sensations à haute intensité (λ ≈ 0,74), et reçoit une saturation négative robuste de la timidité (λ ≈ -0,62).
- Facteur 4 (selon les modèles) : Affiliation et Relation sociale — Certains modèles isolent un quatrième facteur regroupant l’affiliation et la chaleur relationnelle, tandis que d’autres intègrent l’affiliation sous l’égide élargie de l’extraversion sociale.
L’invariance factorielle de cette structure a été démontrée à travers le genre (filles vs garçons), bien que des différences de moyennes latentes apparaissent classiquement : les adolescentes obtiennent généralement des scores plus élevés en Contrôle volontaire et en Affiliation, tandis que les adolescents présentent des niveaux supérieurs en Recherche de sensations et en Agressivité manifeste.
10. Instrument de mesure
L’EATQ-R se présente sous un format papier-crayon ou informatisé administrable individuellement ou en passation collective en milieu scolaire :
- Type d’instrument : Questionnaire psychométrique de personnalité / tempérament (Auto-évaluation Self-Report et Hétéro-évaluation parentale Parent-Report).
- Population cible : Préadolescents et adolescents âgés de 9 à 15-16 ans.
- Nombre total d’items : 65 items dans la version auto-rapportée standard (la version parentale comprend 62 items).
- Temps de passation : Environ 15 à 20 minutes pour l’adolescent.
- Échelle de réponse (authentique) : Échelle ordinale de Likert en 5 points :
- 1 = Presque toujours faux (Almost always untrue)
- 2 = Généralement faux (Usually untrue)
- 3 = Parfois vrai, parfois faux (Sometimes true, sometimes untrue)
- 4 = Généralement vrai (Usually true)
- 5 = Presque toujours vrai (Almost always true)
- Cotation et recodage : Les items désignés par la lettre (R) sont des items inversés dont le score doit être recalculé avant sommation selon la formule :
Score recodé = 6 - Réponse brute. Les scores des sous-échelles correspondent à la moyenne arithmétique (ou à la somme) des items rattachés à chaque dimension.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’instrument EATQ a été conçu en 1992 par Deborah Capaldi et Mary Rothbart, puis révisé sous sa forme EATQ-R en 2001-2002 par Lesa Ellis et Mary Rothbart :
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’EATQ-R est protégé par le droit d’auteur (Copyright © Mary K. Rothbart). Toutefois, les instruments de tempérament de Mary Rothbart sont mis à la disposition de la communauté scientifique sans frais de licence (gratuitement) pour un usage strict de recherche académique et à but non lucratif.
- Procédure de demande d’autorisation : Les chercheurs souhaitant administrer le questionnaire doivent compléter le formulaire de demande disponible sur le site officiel de l’équipe de Rothbart hébergé par le département de psychologie du Bowdoin College (Bowdoin College – Rothbart Temperament Questionnaires) sous la direction du Pr Samuel Putnam.
- Engagements de recherche : En échange de la gratuité d’accès, les auteurs demandent aux utilisateurs de décrire succinctement leur protocole d’étude et de transmettre un retour d’expérience ou un résumé de leurs résultats psychométriques une fois la recherche complétée, afin d’alimenter les bases de données mondiales de validation de l’outil.
12. Références
- Capaldi, D. M., & Rothbart, M. K. (1992). Development and validation of an early adolescent temperament measure. The Journal of Early Adolescence, 12(2), 153-173. https://doi.org/10.1177/0272431692012002002
- Ellis, L. K. (2002). Individual differences and adolescent psychosocial development (Thèse de doctorat inédite). University of Oregon, Eugene, OR. Accès document institutionnel Bowdoin
- Ellis, L. K., & Rothbart, M. K. (2001, avril). Revision of the Early Adolescent Temperament Questionnaire. Communication affichée présentée au congrès biennal de la Society for Research in Child Development (SRCD), Minneapolis, MN.
- Muris, P., Meesters, C., & Blijlevens, P. (2007). The Early Adolescent Temperament Questionnaire-Revised (EATQ-R): Factor structure, self-regulation, and psychopathological symptoms in Dutch young adolescents. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 29(4), 273-285. https://doi.org/10.1007/s10862-007-9048-2
- Oldehinkel, A. J., Hartman, C. A., De Winter, A. F., Veenstra, R., & Ormel, J. (2004). Temperament profiles associated with internalizing and externalizing problems in preadolescence. Development and Psychopathology, 16(3), 485-504. https://doi.org/10.1017/S0954579404004021
- Rothbart, M. K. (2011). Becoming who we are: Temperament and personality in development. Guilford Press.
- Rothbart, M. K., & Bates, J. E. (2006). Temperament. In W. Damon, R. M. Lerner, & N. Eisenberg (Eds.), Handbook of child psychology: Vol. 3. Social, emotional, and personality development (6th ed., pp. 99-166). John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9780470147658.chpsy0303
- Tackett, J. L. (2006). Evaluating models of the relationship between childhood psychopathology and personality. Clinical Psychology Review, 26(5), 584-606. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2006.04.003
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale:
1 = Almost always untrue; 2 = Usually untrue; 3 = Sometimes true‚ sometimes untrue; 4 = Usually true; and 5 = Almost always true.
- It is easy for me to really concentrate on homework problems.
- I feel pretty happy most of the day. R
- I think it would be exciting to move to a new city.
- I like to feel a warm breeze blowing on my face.
- If I’m mad at somebody‚ I tend to say things that I know will hurt their feelings.
- I notice even little changes taking place around me‚ like lights getting brighter in a room.
- I have a hard time finishing things on time.
- I feel shy with kids of the opposite sex.
- When I am angry‚ I throw or break things.
- It’s hard for me not to open presents before I’m supposed to. R
- My friends seem to enjoy themselves more than I do.
- I tend to notice little changes that other people do not notice.
- If I get really mad at someone‚ I might hit them.
- When someone tells me to stop doing something‚ it is easy for me to stop.
- I feel shy about meeting new people.
- I enjoy listening to the birds sing.
- I want to be able to share my private thoughts with someone else.
- I do something fun for awhile before starting my homework‚ even when I’m not supposed to. R
- I wouldn’t like living in a really big city‚ even if it was safe. R
- It often takes very little to make me feel like crying.
- I am very aware of noises.
- I tend to be rude to people I don’t like.
- I like to look at the pattern of clouds in the sky.
- I can tell if another person is angry by their expression.
- It bothers me when I try to make a phone call and the line is busy.
- The more I try to stop myself from doing something I shouldn’t‚ the more likely I am to do it. R
- I enjoy exchanging hugs with people I like.
- Skiing fast down a steep slope sounds scary to me. R
- I get sad more than other people realize.
- If I have a hard assignment to do‚ I get started right away.
- I will do most anything to help someone I care about.
- I get frightened riding with a person who likes to speed.
- I like to look at trees and walk amongst them.
- I find it hard to shift gears when I go from one class to another at school. R
- I worry about my family when I’m not with them.
- I get very upset if I want to do something and my parents won’t let me.
- I get sad when a lot of things are going wrong.
- When trying to study‚ I have difficulty tuning out background noise and concentrating. R
- I finish my homework before the due date.
- I worry about getting into trouble.
- I am good at keeping track of several different things that are happening around me.
- I would not be afraid to try a risky sport‚ like deep-sea diving.
- It’s easy for me to keep a secret.
- It is important to me to have close relationships with other people.
- I am shy.
- I am nervous of some of the kids at school who push people into lockers and throw your books around.
- I get irritated when I have to stop doing something that I am enjoying.
- I wouldn’t be afraid to try something like mountain climbing.
- I put off working on projects until right before they’re due. R
- When I’m really mad at a friend‚ I tend to explode at them.
- I worry about my parent(s) dying or leaving me.
- I enjoy going places where there are big crowds and lots of excitement.
- I am not shy. R
- I am quite a warm and friendly person.
- I feel sad even when I should be enjoying myself‚ like at Christmas or on a trip.
- It really annoys me to wait in long lines.
- I feel scared when I enter a darkened room at home.
- I pick on people for no real reason.
- I pay close attention when someone tells me how to do something.
- I get very frustrated when I make a mistake in my school work.
- I tend to get in the middle of one thing‚ then go off and do something else. R
- It frustrates me if people interrupt me when I’m talking.
- I can stick with my plans and goals.
- I get upset if I’m not able to do a task really well.
- I like the crunching sound of autumn leaves.