Questionnaire sur les limitations au travail

Le Questionnaire sur les limitations au travail (Work Limitations Questionnaire – WLQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation de référence mesurant l’impact des problèmes de santé sur la performance professionnelle, le présentéisme et la perte de productivité à travers 25 items et 4 sous-échelles fonctionnelles.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

Le Questionnaire sur les limitations au travail (connu internationalement sous le nom de Work Limitations Questionnaire ou WLQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer l’impact direct des problèmes de santé physique et psychologique sur la capacité d’un individu à réaliser les exigences spécifiques de son travail. Développé initialement à la fin des années 1990 par le Dr Debra J. Lerner et le Dr Benjamin C. Amick III au sein du Health Institute du New England Medical Center et de l’Université Tufts, le WLQ s’est imposé comme l’étalon-or international pour l’évaluation du présentéisme et de la perte de productivité au travail liée à la santé.

L’instrument standard comporte 25 items évaluant les difficultés rencontrées au cours des deux dernières semaines de travail. Ces items sont regroupés au sein de quatre sous-échelles multidimensionnelles : les exigences de gestion du temps (Time Management Demands, 5 items), les exigences physiques (Physical Demands, 6 items), les exigences mentales et interpersonnelles (Mental-Interpersonal Demands, 9 items, englobant les fonctions cognitives et les relations au travail) et les exigences de production ou de résultat (Output Demands, 5 items). Les répondants évaluent la fréquence à laquelle leurs limitations de santé ont interféré avec ces tâches sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Tout le temps » / 100 %) à 5 (« Jamais » / 0 %), assortie d’une modalité « Ne s’applique pas à mon travail ».

Sur le plan psychométrique, le WLQ présente d’excellentes propriétés : une consistance interne robuste avec des coefficients alpha de Cronbach généralement compris entre 0,88 et 0,96 selon les dimensions, une structure factorielle stable confirmée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses, et une validité de construit remarquable démontrée auprès de populations de travailleurs sains et de patients souffrant de pathologies chroniques variées (dépression, troubles musculosquelettiques, arthrite, maladies cardiovasculaires). L’échelle permet également de calculer un score global de perte de productivité au travail (WLQ Work Limitations / Productivity Loss score), largement utilisé en épidémiologie occupationnelle, en ergonomie, en santé au travail et en médico-économie.

2. Mots-clés

Work Limitations Questionnaire, WLQ, présentéisme, perte de productivité, santé au travail, ergonomie cognitive, troubles musculosquelettiques, psychométrie du travail, évaluation de la performance, incapacité de travail, épidémiologie professionnelle, charge mentale.

3. Auteurs

Le Work Limitations Questionnaire a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en évaluation des résultats de santé, en épidémiologie du travail et en économie de la santé :

  • Debra J. Lerner, M.S., Ph.D. : Directrice du Program on Health, Work and Productivity au Tufts Medical Center (Boston, Massachusetts, États-Unis) et Professeure titulaire au Département de Médecine et à la Tufts University School of Medicine. Elle est l’investigatrice principale du projet de développement du WLQ et une autorité internationale sur l’impact fonctionnel des maladies chroniques et des troubles dépressifs en milieu professionnel.
  • Benjamin C. Amick III, Ph.D. : Professeur au Département d’Épidémiologie à la Robert Stempel College of Public Health and Social Work de la Florida International University (Miami, Floride, États-Unis) et chercheur associé à l’Institute for Work & Health (Toronto, Ontario, Canada). Ses travaux se concentrent sur la santé occupationnelle, les déterminants psychosociaux de l’environnement de travail et l’intégration des personnes handicapées.
  • Collaborateurs clés du développement original (1998-2001) : Sol Levine, Ph.D. (décédé, pionnier de la sociologie médicale), Ron Z. Goetzel, Ph.D., Gregory Rogers, Ph.D., et Donald L. Patrick, Ph.D., MSPH.
  • Adaptation néerlandaise (2006) : Réalisée sous la direction de Debra J. Lerner et Benjamin C. Amick III en collaboration avec des équipes de recherche en médecine du travail aux Pays-Bas (notamment au Coronel Institute of Occupational Health d’Amsterdam).

4. Objectif

Le Questionnaire sur les limitations au travail a été développé pour combler un vide méthodologique critique dans l’évaluation des répercussions des problèmes de santé en entreprise. Traditionnellement, l’évaluation de l’impact économique et fonctionnel de la maladie au travail reposait de manière quasi exclusive sur l’absentéisme, c’est-à-dire le nombre de journées de congés de maladie ou d’arrêts de travail temporaires ou définitifs. Or, les données épidémiologiques contemporaines révèlent que le coût masqué et la charge fonctionnelle liés au présentéisme — le fait pour un travailleur d’être physiquement présent à son poste mais d’opérer avec une efficacité et une capacité fonctionnelle réduites en raison d’un état pathologique — surpassent souvent de manière spectaculaire les coûts directs de l’absentéisme.

L’objectif fondamental du WLQ est de quantifier le degré précis auquel des problèmes de santé physique, émotionnelle ou cognitive interfèrent avec la réalisation d’activités de travail spécifiques, sur une période de rappel standardisée de deux semaines. Le questionnaire n’a pas pour but de poser un diagnostic médical ou psychiatrique, mais plutôt d’évaluer le retentissement fonctionnel écologique de la maladie sur les compétences professionnelles requises par le poste de l’individu.

Applications en recherche

Dans la recherche académique, le WLQ remplit plusieurs fonctions majeures :

  • Épidémiologie translationnelle et santé au travail : Il permet de mesurer l’impact différentiel de diverses pathologies chroniques (telles que le trouble dépressif majeur, la polyarthrite rhumatoïde, les lombalgies chroniques, les migraines, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et le diabète) sur des profils de compétences différenciés.
  • Évaluations médico-économiques : Grâce à un algorithme validé d’étalonnage avec des métriques de productivité objective (études comparatives d’unités de production et d’heures effectives), le WLQ permet de convertir le score d’incapacité perçue en un pourcentage de perte de productivité au travail (Work Productivity Loss index), facilitant les analyses coût-efficacité et le retour sur investissement des programmes d’intervention en santé d’entreprise.
  • Essais cliniques randomisés : Le WLQ est employé comme critère de jugement fonctionnel secondaire ou tertiaire dans les essais thérapeutiques évaluant l’efficacité de molécules pharmacologiques ou d’interventions psychothérapeutiques sur le rétablissement de la pleine capacité professionnelle.

Applications cliniques et en médecine du travail

Dans la pratique clinique, le WLQ sert de support objectif pour les médecins du travail, les ergothérapeutes, les psychologues du travail et les équipes de réadaptation :

  • Identification précoce des risques de désinsertion professionnelle : Le questionnaire permet de repérer les employés en souffrance avant qu’une décompensation fonctionnelle n’aboutisse à un arrêt maladie de longue durée ou à une invalidité définitive.
  • Aménagement personnalisé du poste de travail : En distinguant précisément les limitations motrices, cognitives, temporelles et de rendement, le WLQ guide les adaptations de poste (ajustement ergonomique matériel, réduction de la charge cognitive, aménagement des horaires ou réorganisation des flux de communication).
  • Monitoring longitudinal de la réadaptation : L’administration répétée de l’échelle permet de mesurer objectivement l’efficacité des mesures thérapeutiques et ergonomiques mises en place au fil du parcours de réinsertion professionnelle.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique et fonctionnel sous-jacent au WLQ est l’incapacité de travail liée à la santé (health-related work limitation). Ce construit se situe à l’intersection de l’état de santé intrinsèque de l’individu et des exigences professionnelles extrinsèques imposées par son rôle de travail. Contrairement à une simple mesure de symptômes (par exemple, l’intensité de la douleur ou le niveau d’anhédonie), le WLQ opérationnalise la manière dont ces symptômes altèrent l’exécution de gestes professionnels et de processus cognitivo-comportementaux complexes.

Le WLQ repose sur un modèle multidimensionnel comprenant quatre composantes fonctionnelles distinctes mais corrélées :

1. Exigences de gestion du temps (Time Management Demands – 5 items)

Cette dimension évalue la capacité de l’individu à organiser son temps, à respecter les contraintes d’horaires et à maintenir une régularité de travail face aux répercussions de son état de santé. Elle mesure la propension de la maladie à générer des retards, des démarrages laborieux, ou une difficulté à maintenir le rythme temporel prescrit par l’employeur. Les manifestations typiques évaluées incluent l’incapacité à se mettre au travail dès la prise de poste le matin (souvent altérée par la raideur matinale dans les maladies rhumatologiques ou l’inertie du sommeil et l’aboulie dans la dépression), les difficultés à rester concentré sur le temps alloué et l’impossibilité d’accomplir le volume horaire contractuel.

2. Exigences physiques (Physical Demands – 6 items)

Cette sous-échelle explore la composante biomécanique et motrice de l’activité professionnelle. Elle capture la capacité du travailleur à mobiliser son corps pour satisfaire aux exigences posturales et dynamiques de son métier. Les tâches mesurées englobent la marche et les déplacements au sein de l’environnement de travail, le port et la manutention de charges (supérieures à 10 livres / environ 4,5 kg), le maintien prolongé d’une posture assise (plus de 15 minutes) ou debout (plus de 15 minutes), l’exécution de flexions, d’accroupissements ou de mouvements à genoux, ainsi que l’utilisation manuelle continue d’outils, d’équipements ou de claviers d’ordinateur sans limitation articulaire ou douloureuse.

3. Exigences mentales et interpersonnelles (Mental-Interpersonal Demands – 9 items)

Cette dimension complexe est conceptuellement articulée en deux sous-domaines intriqués : les fonctions cognitives exécutives et les interactions socio-professionnelles :

  • Exigences cognitives : Mesurent les processus neurocognitifs mobilisés au travail, notamment la concentration soutenue, l’attention sélective (travailler sans être distrait), la clarté de la pensée, la mémoire de travail (rétention d’instructions complexes) et la capacité de planification nécessaire pour mener une tâche à son terme sans omission.
  • Exigences interpersonnelles : Évaluent la sphère communicationnelle et relationnelle indispensable au travail d’équipe. Elles incluent la prise de parole et l’interaction fluide avec autrui (en personne, par téléphone, par courriel), la coopération active avec les collègues pour atteindre des objectifs partagés, la résolution constructive des conflits ou des tensions interpersonnelles, et la flexibilité adaptative face aux changements imprévus dans les plannings ou les missions confiées.

4. Exigences de rendement et de production (Output Demands – 5 items)

Cette sous-échelle quantifie l’impact global de la santé sur le volume, le rythme et la qualité du travail accompli. Elle représente la résultante opérationnelle des limitations précédentes sur la performance globale : capacité à travailler à une cadence suffisamment rapide, contribution équitable à la charge globale du groupe pour ne pas pénaliser l’équipe, achèvement complet des tâches obligatoires dans les délais impartis, exactitude du travail réalisé (absence d’erreurs dues au manque de vigilance ou à la fatigue), et sentiment d’accomplissement ou de satisfaction au terme de la journée de labeur.

6. Cadre théorique

Le développement du Work Limitations Questionnaire est ancré dans la confluence de plusieurs modèles paradigmatiques issus de la sociologie médicale, de l’ergonomie cognitive et de la théorie de l’inadéquation personne-environnement (Person-Environment Fit Theory).

Le modèle sociologique du rôle de malade et de l’incapacité

Le cadre conceptuel d’origine repose sur les travaux de Saad Nagi (1965, 1991) et le modèle fondateur de Talcott Parsons sur le « rôle de malade » (sick role). Nagi a établi une distinction fondamentale entre quatre concepts :

  1. La pathologie active : L’interférence avec les processus cellulaires ou organiques normaux.
  2. La déficience (impairment) : La perte ou l’anomalie anatomique, physiologique ou mentale au niveau de l’organe ou du système.
  3. La limitation fonctionnelle (functional limitation) : La restriction de la capacité d’action au niveau de l’individu tout entier (par exemple, difficulté à lever le bras ou déficit d’attention soutenue).
  4. L’incapacité ou le handicap social (disability) : L’incapacité à remplir les rôles sociaux attendus (travail, famille, citoyenneté) dans un contexte environnemental spécifique.

Debra Lerner et Benjamin Amick ont positionné le WLQ précisément au niveau de la transition entre la limitation fonctionnelle et l’incapacité professionnelle. Pour Lerner et ses collègues, l’incapacité de travail ne réside pas dans la lésion pathologique elle-même, mais dans la friction qui émerge lorsque les limitations fonctionnelles de l’individu entrent en collision avec les exigences intrinsèques du poste de travail.

La théorie de l’ajustement Personne-Environnement (P-E Fit Theory)

Le WLQ s’inspire également de la Person-Environment Fit Theory développée par French, Rodgers et Cobb (1974), ainsi que des travaux de Kristof-Brown (1996). Cette théorie postule que le stress au travail, la détresse psychologique et l’inefficacité organisationnelle résultent d’un déséquilibre structurel entre les aptitudes d’un employé (capacités) et les exigences de son environnement de travail (demandes). La maladie vient rompre cet équilibre dynamique en amputant les ressources physiques, énergétiques et cognitives du travailleur, alors que les exigences du poste demeurent souvent invariables. Les sous-échelles du WLQ ont été spécifiquement étiquetées comme des « exigences » (Demands) afin de refléter cette dialectique constante entre la charge imposée par le poste et le coût fonctionnel assumé par l’individu.

Alignement avec la Classification internationale du fonctionnement (CIF de l’OMS)

Le modèle du WLQ anticipe et valide la structure de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) adoptée par l’Organisation mondiale de la santé en 2001. La CIF formalise l’impact d’un problème de santé à travers deux composantes majeures : les « activités » (exécution d’une tâche par une personne) et la « participation » (implication dans une situation de vie réelle). Le WLQ opérationnalise rigoureusement les restrictions de participation dans le domaine de la vie professionnelle (chapitre d850 de la CIF : Emploi rémunéré), en dissociant les dimensions d’exécution motrice, de communication interpersonnelle et de traitement de l’information.

7. Validité

Les propriétés de validité du WLQ ont été documentées de façon exhaustive à travers de multiples échantillons cliniques, épidémiologiques et organisationnels totalisant plusieurs dizaines de milliers de participants aux États-Unis, au Canada, en Europe et en Asie.

Validité de contenu et de construction

La validité de contenu a été établie lors de la genèse de l’instrument grâce à une méthodologie mixte rigoureuse : analyse documentaire approfondie de l’ergonomie des postes, entrevues cognitives avec des patients atteints de maladies chroniques diverses, et consultations de panels d’experts multidisciplinaires en ergonomie, santé au travail et psychométrie. Les items ont été formulés pour recouvrir la quasi-totalité des métiers modernes (secteurs des services, tertiaire de bureau, industrie manufacturière, commerce et santé).

Validité convergente et corrélations avec les mesures de santé globale

Dans l’étude princeps de validation menée par Lerner et al. (2001) auprès de 548 employés souffrant de conditions chroniques et 192 témoins sains :

  • Les sous-échelles du WLQ ont montré des corrélations négatives modérées à fortes avec les dimensions correspondantes du questionnaire de santé générale SF-36 (Short-Form Health Survey). Notamment, la sous-échelle des exigences physiques du WLQ corrèle fortement avec le score de fonctionnement physique (Physical Functioning – PF) du SF-36 (r = -0,67, p < 0,001).
  • La sous-échelle des exigences mentales-interpersonnelles du WLQ corrèle étroitement avec le score de santé mentale (Mental Health – MH) du SF-36 (r = -0,62, p < 0,001) et le score de vitalité (VT) (r = -0,58, p < 0,001).
  • La corrélation observée avec le Work Productivity and Activity Impairment Questionnaire (WPAI) est très élevée (r oscillant entre 0,65 et 0,78), confirmant que les deux échelles captent le même macro-construit de présentéisme tout en démontrant que le WLQ fournit une décomposition fonctionnelle beaucoup plus granulaire des limitations observées.

Validité discriminante et sensibilité aux groupes connus

Le WLQ présente une validité de groupes connus remarquable :

  • L’instrument différencie de manière statistiquement significative (p < 0,001) les employés en bonne santé des employés atteints de pathologies chroniques avérées.
  • Il discrimine les niveaux de sévérité clinique au sein d’une même affection : par exemple, les employés atteints de dépression majeure modérée présentent des scores de limitation mentale-interpersonnelle significativement plus élevés que ceux atteints de dysthymie légère ou en rémission clinique.
  • Une divergence nette est observée entre la nature de la pathologie et le profil des sous-échelles : les travailleurs atteints de troubles musculosquelettiques périphériques (ex. syndrome du canal carpien) manifestent une élévation prédominante sur la sous-échelle physique sans perturbation majeure des exigences interpersonnelles, tandis que les salariés souffrant d’anxiété généralisée ou de dépression affichent le schéma inverse.

Validité prédictive et modélisation de la productivité objective

L’un des accomplissements majeurs de Debra Lerner et de ses collaborateurs a été d’établir la validité prédictive du WLQ vis-à-vis de métriques objectives de performance au travail. Dans une étude d’étalonnage menée auprès de travailleurs administratifs, de téléconseillers et d’opérateurs industriels, les scores combinés du WLQ ont prédit de manière prospective les indicateurs objectifs de rendement (appels traités à l’heure, erreurs de saisie, quotas de production atteints). L’algorithme de perte de productivité du WLQ (Productivity Loss Index) calcule une réduction d’efficacité chiffrable en pourcentage, où chaque incrément de 10 points sur le score global de limitation correspond empiriquement à une baisse mesurable de productivité de 3 % à 5 % à l’échelon individuel.

8. Fidélité

La fidélité du WLQ a été démontrée par des analyses approfondies de consistance interne et de stabilité temporelle (test-retest).

Consistance interne

Dans l’ensemble de la littérature internationale, les coefficients alpha de Cronbach dépassent largement le seuil standard de recevabilité scientifique de 0,70 ou 0,80, témoignant d’une excellente homogénéité des items au sein de chaque dimension :

  • Exigences de gestion du temps (5 items) : α = 0,88 à 0,91.
  • Exigences physiques (6 items) : α = 0,90 à 0,94.
  • Exigences mentales et interpersonnelles (9 items) : α = 0,92 à 0,96.
  • Exigences de production / résultat (5 items) : α = 0,88 à 0,93.
  • Échelle globale WLQ (25 items) : α global supérieur à 0,95.

Ces coefficients ont été répliqués avec une stabilité remarquable dans les traductions et adaptations interculturelles, notamment dans la version néerlandaise (van den Berg et al., 2007), la version française validée au Québec et en France (Lerner et al., 2003 ; Durand et al., 2004), la version portugaise brésilienne et la version japonaise.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été documentée sur des intervalles de 7 à 14 jours auprès de cohortes d’employés dont l’état de santé était clinique et fonctionnellement stable :

  • Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) s’échelonnent entre 0,75 et 0,89 pour les quatre sous-échelles individuelles.
  • Le coefficient de corrélation intraclasse pour le score global de perte de productivité atteint 0,85 à 0,91, dénotant une reproductibilité satisfaisante tout en préservant la sensibilité nécessaire pour détecter les changements d’état clinique consécutifs à une prise en charge médicale ou ergonomique.

9. Analyse factorielle

La structure dimensionnelle du WLQ a été explorée et validée par une série successive d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Lors de la phase de conception initiale (Lerner et al., 2001), une extraction factorielle par la méthode des axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, en postulant que les dimensions d’incapacité professionnelle sont corrélées entre elles) a été conduite sur un pool initial d’items. L’analyse des valeurs propres (critère de Kaiser > 1) et l’examen du diagramme d’éboulis (scree plot de Cattell) ont nettement isolé quatre facteurs dominants expliquant plus de 62 % de la variance totale :

  1. Le premier facteur regroupe les items de charge cognitive et de communication (saturations factorielles oscillant entre 0,61 et 0,84).
  2. Le deuxième facteur rassemble les gestes biomécaniques et posturaux (saturations entre 0,65 et 0,88).
  3. Le troisième facteur concentre les contraintes de ponctualité, d’assiduité et d’agenda (saturations entre 0,58 et 0,81).
  4. Le quatrième facteur isole les aspects quantitatifs et qualitatifs du travail achevé (saturations entre 0,55 et 0,79).

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Pour confirmer l’adéquation du modèle théorique tétradimensionnel, des modèles d’équations structurelles (SEM) ont été ajustés sur des cohortes indépendantes. Les indices d’adéquation confirment la supériorité du modèle à quatre facteurs corrélés par rapport à un modèle unidimensionnel à facteur unique ou à un modèle orthogonal :

  • Chi-deux normé (χ²/dl) : < 2,8 (indiquant un bon ajustement).
  • Comparative Fit Index (CFI) : > 0,94.
  • Tucker-Lewis Index (TLI) : > 0,93.
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : compris entre 0,045 et 0,062 (avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,08), confirmant une erreur résiduelle minime.
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : < 0,05.

Bien que certains chercheurs aient examiné la faisabilité de scinder la dimension « Mentale et Interpersonnelle » en deux facteurs distincts (Cognition vs Relations humaines), les études d’adéquation comparée montrent que le modèle quadrifactoriel original présente le compromis le plus parcimonieux et la plus grande robustesse transculturelle.

10. Instrument de mesure

  • Nom officiel de l’instrument : Questionnaire sur les limitations au travail (Work Limitations Questionnaire — WLQ).
  • Concepteurs : Debra J. Lerner, Ph.D. et Benjamin C. Amick III, Ph.D. (1998, 2001 ; version néerlandaise, 2006).
  • Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation standardisé (Patient-Reported Outcome Measure — PROM).
  • Format d’administration : Papier-crayon ou version numérique/en ligne auto-administrée.
  • Période de rappel : Les deux dernières semaines de travail écoulées (« past 2 weeks »).
  • Population cible : Travailleurs adultes (salariés ou indépendants) actuellement en poste ou ayant travaillé au cours des deux dernières semaines.
  • Nombre d’items : 25 items dans sa version intégrale standard (des versions abrégées à 8 et 16 items existent également dans la littérature).
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert authentique en 5 points avec option de non-applicabilité :
    • 1 = Tout le temps / 100 % (All of the time – 100%)
    • 2 = La plupart du temps (Most of the time)
    • 3 = Une partie du temps / environ 50 % (Some of the time – about 50%)
    • 4 = Un peu de temps (A slight bit of the time)
    • 5 = Jamais / 0 % (None of the time – 0%)
    • Option supplémentaire : « Ne s’applique pas à mon travail » (Does not apply to my job)

    Règle de cadrage pour les items physiques : Les items de contraintes physiques (items 6 à 11) utilisent une formulation inversée de difficulté : 1 = Jamais à 5 = Tout le temps / difficile tout le temps.

  • Règles de cotation et calcul des scores :
    • Chaque sous-échelle est convertie sur un score métrique variant de 0 (aucune limitation perçue / limité 0 % du temps) à 100 (limitation maximale / limité 100 % du temps).
    • Les items codés « Ne s’applique pas à mon travail » sont exclus du dénominateur lors du calcul de la moyenne de la sous-échelle (au moins 50 % des items d’une dimension doivent être complétés pour calculer un score valide).
    • Un score global d’incapacité au travail / perte de productivité (WLQ Work Limitations / Productivity Loss score) peut être obtenu par une équation de pondération multiplement validée liant les quatre dimensions aux taux de perte de rendement.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

Le Work Limitations Questionnaire a été finalisé et diffusé dans ses premières versions psychométriques en 1998, avec une publication de référence majeure parue en 2001. La version néerlandaise standardisée a été formalisée en 2006.

  • Statut du droit d’auteur : Le WLQ est protégé par le droit d’auteur international (© Tufts Medical Center / The Health Institute). Tous droits réservés.
  • Conditions d’utilisation pour la recherche académique : L’utilisation du WLQ à des fins de recherche universitaire non financée par l’industrie ou dans le cadre de projets d’intérêt public académique à but non lucratif peut généralement faire l’objet d’une licence gratuite ou à coût préférentiel réduit, après signature d’une convention d’utilisation des données et demande officielle auprès du Program on Health, Work and Productivity du Tufts Medical Center.
  • Utilisation commerciale et en entreprise : Pour toute utilisation commerciale, dans le cadre d’essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique ou de programmes d’évaluation du bien-être en entreprise par des consultants privés, l’acquisition d’une licence payante auprès du bureau de transfert de technologie du Tufts Medical Center ou du distributeur officiel agréé (Mapi Research Trust / ePROVIDE) est formellement requise.

12. Références

Amick, B. C., 3rd, Lerner, D., Rogers, W. H., Rooney, T., & Katz, J. N. (2000). A review of health-related work outcome measures and recommendations for musculoskeletal disorders. Spine, 25(24), 3152–3160. https://doi.org/10.1097/00007632-200012150-00010

Durand, M. J., Vachon, B., Hong, Q. N., & Imbeau, D. (2004). The translation and cultural adaptation of the Work Limitations Questionnaire in Canadian French. Journal of Occupational Rehabilitation, 14(4), 273–289. https://doi.org/10.1023/b:joor.0000047430.70634.3c

Lerner, D., & Amick, B. C., 3rd. (1998). The Work Limitations Questionnaire: Instruction and User Manual. Boston, MA: The Health Institute, New England Medical Center.

Lerner, D., Amick, B. C., 3rd, Rogers, W. H., Malspeis, S., Bungay, K., & Cynn, D. (2001). The Work Limitations Questionnaire. Medical Care, 39(1), 72–85. https://doi.org/10.1097/00005650-200101000-00009

Lerner, D., Amick, B. C., 3rd, Lee, J. C., Rooney, T., Rogers, W. H., Chang, H., & Berndt, E. R. (2003). Relationship of employee-reported work limitations to work productivity. Medical Care, 41(5), 649–659. https://doi.org/10.1097/01.MLR.0000062551.76504.A9

Lerner, D., Adler, D. A., Chang, H., Lapitsky, L., Hood, M. Y., Perissinotto, C., Reed, J., McLaughlin, T. J., & Rogers, W. H. (2004). Unemployment, job retention, and productivity loss among employees with depression. Psychiatric Services, 55(12), 1371–1378. https://doi.org/10.1176/appi.ps.55.12.1371

Nagi, S. Z. (1991). Disability concepts revisited: Implications for prevention. In A. M. Pope & A. R. Tarlov (Eds.), Disability in America: Toward a National Agenda for Prevention (pp. 309–327). Washington, DC: National Academy Press.

van den Berg, T. I. J., Elders, L. A. M., de Zwart, B. C. H., & Burdorf, A. (2007). The effects of work-related factors, lifestyle, and work ability on sickness absence among Dutch construction workers. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 33(3), 186–193. https://doi.org/10.5271/sjweh.1130

World Health Organization. (2001). International Classification of Functioning, Disability and Health (ICF). Geneva: World Health Organization.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: In the past 2 weeks, how much of the time were you limited by your physical health or emotional problems in performing your job duties?
Response Scale: 5-point response scale with a 'Does not apply to my job' option: 1 = All of the time (100%), 2 = Most of the time, 3 = Some of the time (about 50%), 4 = A slight bit of the time, 5 = None of the time (0%), or 'Does not apply to my job'. (For physical demands items, reverse framing: 1 = None of the time to 5 = All of the time / difficult all the time).
Scoring / Reverse Items: Four subscales: Time Management (5 items), Physical Demands (6 items), Mental-Interpersonal Demands (9 items, split conceptually into cognitive demands and interpersonal demands), and Output Demands (5 items). Subscale scores range from 0 (limited none of the time) to 100 (limited all of the time). An overall WLQ Work Limitations / Productivity Loss score can also be derived.
1

Time Management Demands:
1

Get going easily at the beginning of the workday
2

Start on your job as soon as you arrived at work
3

Keep your mind on your work
4

Work your required number of hours
5

Stick to a routine or schedule
6

Physical Demands:
6

Walk or move around your workplace
7

Lift, carry, or move objects at work weighing more than 10 lbs.
8

Sit in one position for more than 15 minutes
9

Stand in one position for more than 15 minutes
10

Bend, kneel, or squat
11

Use equipment, tools, or keyboard without difficulty
12

Mental-Interpersonal Demands:
12

Keep your mind on your work without being distracted
13

Think clearly when working
14

Concentrate on your work
15

Remember instructions or information
16

Speak with people in-person, by phone, or email
17

Cooperate with others to get work done
18

Handle conflicts or difficult situations with others
19

Handle unexpected changes in your work schedule or duties
20

Finish work completely
21

Output Demands:
21

Work fast enough
22

Help your company or team keep up with work
23

Finish all of your required work
24

Do your work without making mistakes
25

Feel you've done what you needed to do at the end of the day
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 23). Questionnaire sur les limitations au travail. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-sur-les-limitations-au-travail/
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les limitations au travail.” Base de données de psychologie en français, 23 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-sur-les-limitations-au-travail/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les limitations au travail.” Base de données de psychologie en français. septembre 23, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-sur-les-limitations-au-travail/.