1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur les comportements de conflit (Conflict Behaviour Questionnaire, CBQ), initialement développé par Prinz, Foster, Kent et O’Leary (1979) puis approfondi et systématisé par Robin et Foster (1989), constitue l’un des instruments psychométriques d’évaluation dyadique les plus rigoureusement validés et largement employés en psychologie clinique de l’adolescent, en thérapie familiale et en recherche systémique comportementale. Conçu à l’origine sous un format étendu à 75 items, le CBQ a été raffiné en une version abrégée standardisée de 20 items hautement discriminants, administrable sous des versions croisées complémentaires : la version parentale évaluant les perceptions du comportement de l’adolescent et du climat interactionnel, et la version adolescente évaluant les comportements de la mère et du père de manière différenciée.
L’échelle mesure l’intensité perçue des conflits intra-familiaux, les schémas d’interaction coercive, l’incompréhension mutuelle, l’hostilité verbale et les déficits d’habiletés de résolution de problèmes au sein de la dyade parent-adolescent. Les répondants évaluent chaque proposition selon un format de réponse dichotomique (« Vrai » ou « Faux »), facilitant une passation rapide (cinq à dix minutes) tout en minimisant la charge cognitive chez les adolescents présentant des difficultés attentionnelles ou d’apprentissage. Sur le plan psychométrique, le questionnaire démontre une consistance interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,88 et 0,95 selon les versions, une stabilité temporelle éprouvée en test-retest (r compris entre 0,84 et 0,89) et une validité discriminante remarquable, séparant sans équivoque les familles orientées en clinique pour troubles oppositionnels ou délinquance des familles issues de cohortes non cliniques. L’analyse factorielle révèle une dimension unifactorielle dominante d’hostilité dyadique et de détresse interactionnelle globale, confortant son utilisation comme indice barométrique de la détresse relationnelle dans les approches cognitivo-comportementales et systémiques.
2. Mots-clés / Keywords
Questionnaire sur les comportements de conflit, Conflict Behaviour Questionnaire, CBQ, relations parent-adolescent, psychométrie familiale, conflit intrafamilial, thérapie comportementale intégrative, détresse relationnelle dyadique, évaluation clinique de l’adolescent, négociation familiale, processus coercitif de Patterson, psychopathologie du développement.
3. Auteurs / Authors
Le développement initial et la validation du Conflict Behaviour Questionnaire sont attribués aux pionniers de l’évaluation comportementale des relations familiales :
- Ronald J. Prinz, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Caroline du Sud (University of South Carolina), directeur du Parenting and Family Research Center. Ses travaux fondateurs ont permis de modéliser les dynamiques coercitives intrafamiliales et l’évaluation standardisée des interactions perturbées.
- Sharon L. Foster, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie clinique à la California School of Professional Psychology (Alliant International University, San Diego). Experte reconnue en méthodologie d’observation comportementale et en thérapie comportementale appliquée aux familles avec adolescents.
- Ronald N. Kent, Ph.D. : Chercheur affilié à l’époque à la State University of New York at Stony Brook, spécialisé dans les analyses multivariées appliquées à la psychologie clinique expérimentale.
- K. Daniel O’Leary, Ph.D. : Distinguished Professor de psychologie à la State University of New York at Stony Brook, figure de proue internationale de l’évaluation des conflits maritaux et parentaux, de l’agressivité au sein du couple et du rôle des cognitions dysfonctionnelles en milieu clinique.
- Arthur L. Robin, Ph.D. : Professeur titulaire de psychiatrie et de pédiatrie à la Wayne State University School of Medicine et au Children’s Hospital of Michigan. Il a codéveloppé avec Sharon L. Foster le modèle de thérapie systémique-comportementale et popularisé la version abrégée standardisée à 20 items du CBQ.
4. Objectif / Purpose
Fondements et vocation générale de l’instrument
Le Conflict Behaviour Questionnaire a été spécifiquement élaboré pour combler un manque critique dans l’évaluation psychométrique des micro-dynamiques familiales lors de la transition adolescente. Durant cette phase charnière du développement humain, les transformations physiologiques, cognitives et identitaires exigent une renégociation continue des frontières d’autonomie et des règles disciplinaires. Alors qu’un certain niveau de friction est considéré comme normatif et fonctionnel, l’escalade vers des patterns d’hostilité récurrente, d’invalidation émotionnelle et de rigidité communicationnelle expose les adolescents à des risques accrus de troubles des conduites, de trouble oppositionnel avec provocation (TOP), de dépression majeure, de décrochage scolaire et d’abus de substances psychotropes.
L’objectif central du CBQ n’est pas uniquement de quantifier un indice subjectif de dispute, mais de capturer la dimension phénoménologique de la négativité dyadique telle qu’elle est vécue par chaque acteur de la relation. L’instrument analyse comment les conduites de l’autre sont interprétées, décodées et intégrées sous forme de rejet, de mépris ou d’autoritarisme unilatéral. En fournissant une lecture symétrique et croisée — où le parent évalue le comportement de l’adolescent et l’adolescent évalue distinctement le père et la mère —, le CBQ met en lumière les désaccords perceptifs, les asymétries relationnelles et les cercles vicieux d’affects négatifs qui entretiennent la détresse systémique.
Applications en recherche et en pratique clinique
En contexte clinique, le CBQ s’impose comme un outil diagnostique et de planification de traitement incontournable au sein des thérapies comportementales et familiales (notamment l’approche Behavioral-Family Systems Therapy [BFST] développée par Robin et Foster). Il permet :
- L’identification du degré d’urgence thérapeutique : Déterminer si la relation parent-adolescent se situe dans un registre de dysfonctionnement sévère nécessitant une désescalade émotionnelle préalable ou dans des difficultés modérées de négociation contractuelle.
- Le ciblage des modules d’intervention : Différencier les familles nécessitant un entraînement ciblé aux compétences de communication (p. ex., écoute active, formulation de demandes claires) de celles requérant une restructuration cognitive axée sur les croyances irrationnelles (p. ex., sentiment de malice perçue, catastrophisme face à la désobéissance).
- La surveillance continue de l’efficacité thérapeutique : Mesurer objectivement les progrès réalisés au cours du traitement à travers des administrations itératives avant, pendant et après l’intervention, ainsi que lors des phases de suivi longitudinal.
En recherche, le CBQ sert de critère d’inclusion standardisé pour classifier les dyades en groupes « en détresse » (distressed) versus « sans détresse » (nondistressed). Il a été intensivement exploité dans des paradigmes expérimentaux analysant les corrélats neurophysiologiques du stress interactionnel, l’impact des traumatismes crâniens pédiatriques sur l’harmonie intrafamiliale (Wade et al., 2008), ainsi que les modèles de supervision parentale et d’autogestion des loisirs chez les jeunes (Hayes et al., 2003, 2004).
5. Construit psychologique / Construct
Le concept central mesuré par le CBQ est la négativité interactionnelle dyadique perçue, caractérisée par l’érosion du soutien affectif, la prépondérance des affects hostiles et l’inefficacité des processus de résolution de conflits. Bien que l’instrument produise un score global de conflit, son architecture conceptuelle repose sur l’intrication de plusieurs composantes comportementales et cognitives interconnectées :
1. L’escalade de l’affect négatif et l’agressivité verbale
Cette dimension englobe les manifestations ouvertes d’irritation, de colère et de dysrégulation émotionnelle au cours des interactions quotidiennes. Elle évalue la fréquence des explosions verbales, telles que le fait de crier (p. ex., « My mum screams a lot »), les manifestations directes d’irritabilité (p. ex., « At least three times a week, we get angry at each other ») et l’attitude défensive lors des échanges verbaux (p. ex., « My teenager is defensive when I talk to him or her »). Dans les dyades à forte conflictualité, les interactions sont caractérisées par un couplage émotionnel aversif où l’affect négatif de l’un entraîne automatiquement une réponse hostile majorée de l’autre, verrouillant la dyade dans une boucle d’escalade symétrique.
2. L’invalidation cognitive et le manque d’empathie perçu
Le conflit intrafamilial persistant ne résulte pas uniquement d’actes d’agressivité visibles, mais d’une sensation chronique d’invalidation émotionnelle et d’incompréhension mutuelle. Le CBQ accorde une place centrale aux représentations internes de non-reconnaissance : la certitude que l’autre refuse systématiquement de considérer son propre point de vue (p. ex., « My parent doesn’t understand me », « My teenager almost never understands my side of an argument ») ou qu’il méprise ses ressentis (p. ex., « My teenager says that I have no consideration of his/her feelings »). Cette perception d’insensibilité émotionnelle conduit au désengagement affectif ou, à l’inverse, à des protestations revendicatives intenses de la part de l’adolescent.
3. L’autoritarisme, le sentiment d’injustice et la contestation des règles
Cette composante explore la gestion du pouvoir, de l’autorité et du cadre normatif. L’adolescence requiert une transition progressive d’un modèle de contrôle parental unilatéral vers un modèle de régulation concertée. Les items du CBQ mesurent le sentiment d’injustice face aux limites imposées (p. ex., « My teenager tells me s/he thinks I am unfair »), la tendance perçue du parent à imposer sa domination de manière coercitive (p. ex., « My mother is bossy when we talk ») et la focalisation obsessionnelle des disputes autour du respect du règlement intrafamilial (p. ex., « We argue a lot about rules »).
4. Le déficit des mécanismes de résolution de problèmes et de compromis
Au-delà de la présence de comportements hostiles, le construit mesure l’absence ou la faillite des compétences prosociales et réparatrices nécessaires à la désescalade. Cela se traduit par l’incapacité constatée à clore les différends dans le calme (p. ex., « My parent and I sometimes end our arguments calmly » [item inversé]), l’échec de la négociation de compromis équilibrés (p. ex., « My teenager and I compromise during arguments » [item inversé]) et un sentiment omniprésent de futilité communicationnelle conduisant à des désaccords structurels permanents (p. ex., « We almost never seem to agree »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle intégratif systémique et comportemental (Behavioral-Family Systems Theory)
Le cadre conceptuel structurant le CBQ repose sur la synthèse opérée par Robin et Foster (1989) entre l’analyse comportementale appliquée, la théorie de l’apprentissage social et la théorie générale des systèmes. Selon ce modèle, les conflits parent-adolescent résultent de l’interaction réciproque et dynamique de quatre composantes interdépendantes :
- Les compétences de résolution de problèmes et de communication : L’absence d’habiletés verbales appropriées (définition opérationnelle du problème, génération d’alternatives, contractualisation de solutions, validation de l’interlocuteur) favorise les attaques ad hominem et le refus de compromis.
- Les croyances et distorsions cognitives : L’adhésion rigide à des schémas d’attributions hostiles (p. ex., le parent convaincu que l’adolescent cherche délibérément à détruire son autorité, l’adolescent convaincu que ses parents veulent ruiner sa vie sociale) bloque toute possibilité de médiation.
- La structure systémique familiale : Des frontières intergénérationnelles floues, des alliances perverses ou des déséquilibres de pouvoir au sein de la hiérarchie parentale amplifient la déstabilisation lors des crises transitionnelles.
- L’homéostasie et la régulation par rétroaction : Les conduites de chaque membre agissent comme des stimuli discriminatifs et des renforçateurs pour les comportements de l’autre, formant des boucles de rétroaction amplificatrices de la détresse.
Le paradigme des processus coercitifs de Patterson
Le soubassement fonctionnel du CBQ s’enracine directement dans la théorie du processus coercitif familial formalisée par Gerald Patterson (1982) au sein de l’école de l’Oregon. Patterson a démontré que les conduites conflictuelles chroniques sont maintenues et amplifiées par des contingences de renforcement négatif mutuel :
- Le parent émet une consigne ou une critique négative ressentie comme aversive par l’adolescent.
- L’adolescent réagit par un comportement aversif majoré (cris, insolence, repli agressif) destiné à faire cesser la demande parentale.
- Si le parent capitule face à cette escalade pour restaurer un calme immédiat, le comportement hostile de l’adolescent est renforcé négativement (élimination de la consigne) et le comportement de capitulation du parent est également renforcé à court terme (fin temporaire du vacarme).
- Inversement, si le parent monte d’un cran dans l’agression verbale ou physique pour soumettre l’adolescent, l’adolescent finit par obtempérer à l’issue d’une explosion de violence, renforçant négativement le comportement punitif extrême du parent.
Le CBQ capture précisément l’empreinte cognitive et relationnelle laissée par ces séquences coercitives répétées, où l’inconfort émotionnel et la frustration permanente deviennent la norme transactionnelle du foyer.
7. Validité / Validity
Validité de construit et validité discriminante
Dès l’étude fondatrice de Prinz, Foster, Kent et O’Leary (1979), la validité de construit du CBQ a été établie sur la base d’une méthodologie contrastée évaluant des dyades « en détresse » (familles orientées en consultation pour troubles sévères du comportement ou dysfonctionnements relationnels aigus) et des dyades « sans détresse » appariées issues de la communauté. Les résultats ont révélé des différences intergroupes massives hautement significatives (p < 0,001) tant pour la version parentale que pour la version adolescente, avec des tailles d’effet remarquables (d de Cohen excédant régulièrement 1,50). Les scores des mères, des pères et des adolescents classifiaient correctement plus de 85 % à 92 % des familles dans leur statut clinique ou non clinique d’origine.
De surcroît, les scores du CBQ sont corrélés de manière statistiquement robuste avec les observations comportementales objectives réalisées en laboratoire. Dans les paradigmes d’interaction filmée où parents et adolescents sont invités à discuter de sujets de friction réels (par exemple, le travail scolaire, les sorties ou le rangement de la chambre), les scores au CBQ prédisent directement le taux de communication négative codée (insultes, interruptions agressives, sarcasmes, hochements de tête désapprobateurs) et sont inversement corrélés aux indices de validation empathique et de compromis positif.
Validité convergente
La validité convergente du CBQ a été corroborée par de multiples corrélations avec d’autres échelles standardisées mesurant la psychopathologie et les tensions intrafamiliales :
- Échelles d’évaluation comportementale de l’enfant : Corrélations positives significatives (r = 0,55 à 0,72) avec l’échelle d’externalisation de la Child Behavior Checklist (CBCL d’Achenbach) et avec les scores d’agressivité du Conners Parent Rating Scale.
- Satisfaction et climat familial : Corrélations négatives élevées (r = -0,60 à -0,78) avec la sous-échelle de cohésion de la Family Environment Scale (FES de Moos) et avec l’indice de satisfaction relationnelle dyadique.
- Monitoring et supervision parentale : Les travaux de Hayes, Hudson et Matthews (2004) ont mis en évidence que des scores élevés au CBQ convergent avec une rupture du monitoring parental et des tentatives inefficaces de contrôle strict compensatoire.
Sensibilité au changement thérapeutique
Le CBQ présente une excellente sensibilité au changement dans les essais contrôlés randomisés évaluant les interventions familiales (telles que le BFST ou la thérapie multisystémique). Les réductions post-thérapeutiques des scores au CBQ reflètent fidèlement l’acquisition de nouvelles habiletés de communication et s’associent de façon prédictive à la baisse de la récidive comportementale à six et douze mois d’intervalle.
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
L’homogénéité des items du CBQ est particulièrement élevée, que ce soit pour la version originale de 75 items ou la version standardisée de 20 items. Dans l’échantillon d’étalonnage de Prinz et al. (1979) et les réplications ultérieures de Robin et Foster (1989), le coefficient d’équivalence interne (alpha de Cronbach) s’est constamment maintenu dans des zones d’excellence métrique :
- CBQ Version Parent (20 items) : α = 0,90 à 0,93 chez les mères ; α = 0,88 à 0,92 chez les pères.
- CBQ Version Adolescent pour la Mère (20 items) : α = 0,89 à 0,94.
- CBQ Version Adolescent pour le Père (20 items) : α = 0,88 à 0,93.
L’analyse des corrélations item-total indique que l’ensemble des items contribue significativement au score composite, avec des corrélations partielles oscillant généralement entre 0,45 et 0,78, sans redondance sémantique stérile.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fiabilité test-retest a été investiguée auprès de populations non cliniques sur des intervalles de deux à six semaines afin d’évaluer la stabilité des représentations dyadiques en l’absence de thérapie active. Les coefficients de corrélation de Pearson obtenus oscillent entre r = 0,84 et r = 0,89 pour la version parentale, et entre r = 0,80 et r = 0,86 pour les versions adolescentes. Ces valeurs attestent que l’instrument capture une caractéristique stable du fonctionnement interactionnel de la dyade (un « trait relationnel » perçu) plutôt que de simples fluctuations d’humeur quotidiennes passagères, tout en demeurant capable de refléter des modifications structurelles durables induites par une prise en charge clinique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Structure factorielle et dimensionalité
Les investigations psychométriques initiales au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) utilisant l’extraction en composantes principales avec rotation Varimax ont mis en lumière une organisation spatiale singulière : bien que l’on puisse mathématiquement faire émerger des sous-composantes secondaires (telles que l’agressivité verbale explicite, le manque perçu de soutien ou la dispute sur les règles de vie), les données sont massivement sous-tendues par un facteur général unique de second ordre.
Ce premier facteur, fréquemment désigné comme la dimension d’« Hostilité et Détresse Dyadique Globale », explique à lui seul entre 42 % et 55 % de la variance totale selon les cohortes analysées. Les saturations factorielles sur ce facteur primaire sont particulièrement puissantes, dépassant 0,60 pour la grande majorité des 20 items de la version courte standardisée.
Résultats en analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Des recherches contemporaines employant des analyses factorielles confirmatoires ont comparé un modèle unifactoriel à des modèles multifactoriels corrélés (distinguant par exemple l’« affect négatif » des « déficits d’écoute et de soutien »). Les indices d’ajustement indiquent que si un modèle bifactoriel apporte parfois un gain marginal d’ajustement statistique, le modèle unifactoriel s’avère amplement suffisant pour l’évaluation clinique globale, confirmant la légitimité de sommer tous les items cotés pour obtenir un score unidimensionnel de sévérité du conflit.
Voici un aperçu synthétique des saturations factorielles moyennes constatées pour les items centraux du CBQ (version 20 items) :
- Items liés aux explosions colériques (p. ex., « We get angry at each other ») : saturations comprises entre 0,68 et 0,82.
- Items liés au sentiment de mésentente globale (p. ex., « We almost never seem to agree », « In general, I don’t think we get along very well ») : saturations comprises entre 0,72 et 0,85.
- Items inversés de soutien et de plaisir relationnel (p. ex., « I enjoy the talks we have », « My parent is a good friend to me ») : saturations négatives comprises entre -0,58 et -0,75.
- Items portant sur l’injustice et le conflit sur les règles (p. ex., « We argue a lot about rules ») : saturations comprises entre 0,54 et 0,69.
10. Instrument de mesure / Instrument
Caractéristiques formelles de l’échelle
- Type de mesure : Questionnaire auto-administré à passation croisée (évaluation hétéro-rapportée et dyadique).
- Nombre d’items : 20 items dans la version standardisée courte retenue pour la pratique clinique (la version initiale exhaustive en comptait 75).
- Versions disponibles :
- Conflict Behaviour Questionnaire — Parent : Rempli par le père ou la mère au sujet de l’adolescent ciblé.
- Conflict Behaviour Questionnaire — Adolescent (for Mother) : Rempli par l’adolescent évaluant spécifiquement ses interactions avec sa mère.
- Conflict Behaviour Questionnaire — Adolescent (for Father) : Rempli par l’adolescent évaluant spécifiquement ses interactions avec son père.
- Conflict Behaviour Questionnaire — Adolescent (Generic Parent) : Version globale pour foyers monoparentaux ou tuteurs légaux.
- Format de réponse : Échelle dichotomique à deux choix forcés : Vrai (True) ou Faux (False).
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes par questionnaire, favorisant une inclusion fluide dans une batterie d’évaluation psychologique complète.
Procédure de cotation et de calcul des scores
Chaque réponse indiquant la présence de détresse ou de conflit est pondérée à 1 point. Les réponses reflétant une harmonie ou un soutien fonctionnel sont pondérées à 0 point. Le score total est la somme arithmétique de ces points, s’échelonnant ainsi de 0 à 20 points.
1. Protocole de cotation pour la Version Parent :
- Accorder 1 point pour chaque réponse « Vrai » (True) aux items : 5, 7, 8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19 et 20.
- Accorder 1 point pour chaque réponse « Faux » (False) aux items inversés : 1, 2, 3, 4, 6 et 9.
2. Protocole de cotation pour la Version Adolescent (Mère, Père ou Parent global) :
- Accorder 1 point pour chaque réponse « Vrai » (True) aux items : 1, 4, 6, 7, 10, 11, 12, 13, 15, 16, 17 et 18.
- Accorder 1 point pour chaque réponse « Faux » (False) aux items inversés : 2, 3, 5, 8, 9, 14, 19 et 20.
Directives d’interprétation clinique
- Score de 0 à 5 (Niveau de conflit faible / Relation harmonieuse) : Représente le fonctionnement typique des dyades non cliniques. Les désaccords sont modérés, ponctuels et gérés sans érosion durable du lien d’attachement.
- Score de 6 à 10 (Niveau de conflit modéré / Tensions d’ajustement) : Présence de frictions manifestes autour des règles, de l’autonomie et de la communication. Zone tampon fréquemment observée au pic de la puberté, nécessitant une vigilance sur le plan éducatif.
- Score de 11 à 20 (Niveau de conflit sévère / Détresse interactionnelle marquée) : Caractéristique des dyades en grande détresse clinique. Révèle une rupture marquée de l’alliance parent-adolescent, un climat coercitif permanent et un risque élevé de passage à l’acte ou de rupture intrafamiliale. Une prise en charge psychothérapeutique ciblée est hautement indiquée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Historique et année de parution
Le Conflict Behaviour Questionnaire a été initialement conceptualisé et publié en 1979 par Ronald J. Prinz, Sharon L. Foster, Ronald N. Kent et K. Daniel O’Leary dans le Journal of Applied Behavior Analysis. Sa standardisation dans le format actuel à 20 items a été formalisée en 1989 au sein de l’ouvrage fondateur d’Arthur L. Robin et Sharon L. Foster, « Negotiating Parent-Adolescent Conflict: A Behavioral-Family Systems Approach », publié chez Guilford Press.
Statut juridique, droits d’utilisation et tarification
Le CBQ est un instrument psychométrique du domaine public académique pour les applications cliniques non lucratives et les protocoles de recherche scientifique universitaires. Les praticiens, chercheurs et professionnels de santé mentale sont autorisés à reproduire et administrer le questionnaire sans acquitter de redevances commerciales, sous réserve expresse de citer scrupuleusement les publications originales fondatrices de Prinz et al. (1979) et Robin et Foster (1989).
Aucun kit propriétaire payant n’est requis pour son exploitation clinique, ce qui en fait un outil particulièrement accessible pour les services hospitaliers de pédopsychiatrie, les centres de consultation médico-psychologique (CMP) et les structures d’aide sociale à l’enfance. Toute intégration dans une plateforme logicielle commerciale ou tout usage à but lucratif reste soumis à l’autorisation préalable des détenteurs originaux des droits d’auteur.
12. Références / References
Hayes, L. L. (2004). Parental monitoring of adolescent free time: A theoretical model of parent-adolescent interactions [Doctoral thesis, RMIT University]. RMIT Research Repository.
Hayes, L. L., Hudson, A., & Matthews, J. (2002). A process model of parental monitoring [Conference paper]. 3rd International Conference on Child and Adolescent Mental Health, Brisbane, Australia.
Hayes, L. L., Hudson, A., & Matthews, J. (2003). Parental monitoring: A process model of parent-adolescent interaction. Behaviour Change, 20(1), 13–24. https://doi.org/10.1375/bech.20.1.13.24838
Hayes, L. L., Hudson, A., & Matthews, J. (2004). Parental monitoring behaviors: A model of rules, supervision, and conflict. Behavior Therapy, 35(3), 587–604. https://doi.org/10.1016/S0005-7894(04)80033-6
Patterson, G. R. (1982). Coercive family process. Castalia Publishing Company.
Prinz, R. J., Foster, S. L., Kent, R. N., & O’Leary, K. D. (1979). Multivariate assessment of conflict in distressed and nondistressed parent-adolescent dyads. Journal of Applied Behavior Analysis, 12(4), 691–700. https://doi.org/10.1901/jaba.1979.12-691
Robin, A. L., & Foster, S. L. (1989). Negotiating parent-adolescent conflict: A behavioral-family systems approach. The Guilford Press.
Wade, S. L., Walz, N. C., Carey, J., & Williams, K. M. (2008). Preliminary efficacy of a web-based family problem solving treatment program for adolescents with traumatic brain injury. The Journal of Head Trauma Rehabilitation, 23(6), 369–377. https://doi.org/10.1097/01.HTR.0000336843.83401.5e