1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur le Contenu du Travail (connu internationalement sous le nom de Job Content Questionnaire ou JCQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation standardisé conçu pour mesurer les dimensions psychosociales et organisationnelles de l’environnement de travail. Développé initialement par Robert A. Karasek au milieu des années 1980 dans le cadre de ses recherches pionnières en psychologie de la santé au travail et en épidémiologie sociale, le JCQ opérationnalise le modèle Demande-Contrôle (puis Demande-Contrôle-Soutien social ou modèle DCS). L’instrument évalue comment l’interaction entre les contraintes psychologiques associées à la charge de travail et la latitude décisionnelle (comprenant l’autonomie et l’utilisation des compétences) influence le bien-être, l’épuisement professionnel et le risque de pathologies physiques, notamment les troubles cardiovasculaires et musculosquelettiques.
L’échelle existe sous différentes configurations méthodologiques, principalement une version standard de 27 items et une version approfondie de 49 items. Les dimensions centrales comprennent : (1) les exigences psychologiques (psychological demands), qui mesurent la charge mentale, le rythme imposé et les contraintes temporelles ; (2) la latitude décisionnelle (decision latitude), subdivisée en autorité décisionnelle (liberté de choix) et utilisation des compétences (variété des tâches, créativité, apprentissage) ; (3) le soutien social au travail (social support), ventilé en soutien hiérarchique et soutien des collègues ; ainsi que des échelles complémentaires relatives aux exigences physiques (physical demands) et à l’insécurité de l’emploi (job insecurity). Les items sont évalués au moyen d’une échelle ordinale de Likert à 4 points, allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly Disagree) à 4 (« Tout à fait d’accord » / Strongly Agree).
Sur le plan psychométrique, le JCQ fait preuve d’une robustesse confirmée par des dizaines d’études internationales conduites dans plus de trente pays. La cohérence interne est généralement satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,70 et 0,85 pour la latitude décisionnelle et le soutien social, et entre 0,65 et 0,78 pour les exigences psychologiques. Les analyses factorielles confirmatoires appuient son architecture multifactorielle, tandis que sa validité prédictive à l’égard de l’hypertension artérielle, de l’infarctus du myocarde, de la dépression réactionnelle et de l’absentéisme en fait une référence incontournable de l’évaluation ergonomique et psychosociale en entreprise.
2. Mots-clés / Keywords
Job Content Questionnaire, modèle de Karasek, latitude décisionnelle, exigences psychologiques, soutien social au travail, risques psychosociaux, stress au travail, santé cardiovasculaire, ergonomie cognitive, psychométrie organisationnelle, tension au travail, épuisement professionnel.
3. Auteurs / Authors
Le principal concepteur et titulaire des droits théoriques du questionnaire est le Professeur Robert A. Karasek, chercheur émérite en santé environnementale et médecine du travail, affilié au Department of Work Environment de l’Université du Massachusetts Lowell (University of Massachusetts Lowell, États-Unis), ainsi qu’au Department of Public Health de l’Université de Copenhague (Danemark). Ses travaux fondateurs des années 1979 et 1985 ont révolutionné l’approche épidémiologique du stress professionnel.
Le développement, la standardisation empirique et les études de validation multivariées ont également bénéficié des contributions directes de collaborateurs académiques majeurs, notamment :
- Chantal Brisson, Ph.D., Université Laval, Département de médecine sociale et préventive, Québec, Canada (pionnière de la validation francophone québécoise).
- Töres Theorell, M.D., Ph.D., Institut Karolinska, Institut de recherche sur le stress, Stockholm, Suède (co-développeur de l’extension biologique et cardiovasculaire du modèle).
- Irene L. D. Houtman, Ph.D., TNO Work and Employment, Hoofddorp, Pays-Bas (responsable de l’adaptation et de la standardisation néerlandaise en 1995).
- Michel Vézina et Renée Bourbonnais, spécialistes en santé au travail et ergonomie épidémiologique à l’Université Laval et à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
La gestion des licences, des manuels d’utilisation et des tables normatives internationales est centralisée par le JCQ Center Global Ltd., dirigé par le Dr Robert Karasek.
4. Objectif / Purpose
Le Questionnaire sur le Contenu du Travail a été créé pour pallier les insuffisances manifestes des approches antérieures du stress au travail, qui reposaient soit sur des observations d’ingénierie temporelle purement mécanistes (taylorisme), soit sur des perspectives strictement personnalistes et subjectivistes (où le stress n’était perçu que comme un trait de vulnérabilité intrapsychique individuelle). L’objectif fondamental du JCQ est d’évaluer de manière objective et standardisée les caractéristiques structurelles, organisationnelles et sociologiques de l’activité professionnelle qui déclenchent des cascades de stress physiologique et psychologique ou qui, à l’inverse, favorisent la motivation, l’apprentissage actif et la résilience.
Dans le domaine de l’épidémiologie sociale et de la médecine du travail, le JCQ est employé à large échelle pour cartographier les populations de travailleurs à risque. Il sert d’instrument d’alerte étiologique : en identifiant la situation dite de « tension au travail » (job strain), caractérisée par une combinaison d’exigences psychologiques élevées et d’une faible latitude décisionnelle, les cliniciens et épidémiologistes sont en mesure d’estimer le surrisque relatif de pathologies somatiques majeures. De nombreuses cohortes longitudinales (telles que l’étude Whitehall II au Royaume-Uni ou la cohorte Gazel en France) ont recouru au JCQ pour démontrer les corrélations significatives entre l’exposition chronique au job strain et l’élévation de la pression artérielle ambulatoire, le développement du syndrome métabolique et la survenue d’accidents vasculaires cérébraux.
Sur le plan de la recherche en psychologie organisationnelle et des ressources humaines, l’instrument vise à mesurer les ressorts de l’apprentissage organisationnel et de la satisfaction professionnelle. Le modèle sous-jacent postule en effet que lorsque de fortes exigences de travail sont assorties d’une latitude décisionnelle élevée, le travailleur se trouve dans une situation de « travail actif » (active job). Cette configuration développe le sentiment d’efficacité personnelle, stimule l’acquisition de nouvelles compétences et prévient le désengagement au travail. Le JCQ permet ainsi d’évaluer l’impact des restructurations, des transitions numériques et des politiques managériales sur le capital humain.
Dans la pratique ergonomique et clinique de prévention, le questionnaire fournit des indicateurs quantitatifs servant de levier d’action. Contrairement aux outils focalisés uniquement sur la détresse affective ou la symptomatologie dépressive (comme le CES-D ou le BDI), le JCQ s’intéresse à l’amont du problème : l’architecture de la tâche. Les résultats agrégés par département ou métier éclairent les comités de santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) sur les actions correctives à privilégier : enrichissement des tâches, accroissement de la marge de manœuvre, clarification des objectifs, réduction des interruptions intempestives et valorisation du soutien de proximité.
5. Construit psychologique / Construct
Le JCQ opérationnalise une structure multidimensionnelle fondée sur des concepts sociologiques et cognitifs précis du travail. Chaque dimension reflète un domaine spécifique de l’interaction travailleur-poste :
1. La Latitude Décisionnelle (Decision Latitude)
La latitude décisionnelle représente le niveau de contrôle qu’un employé exerce sur son propre travail. Dans l’architecture du JCQ, elle correspond à la somme pondérée de deux sous-dimensions fondamentales :
- L’utilisation des compétences (Skill Discretion) : Mesure la mesure dans laquelle le travail fait appel à la créativité, à la curiosité, à l’apprentissage continu de compétences inédites et à la mise en œuvre d’un savoir-faire de haut niveau technique ou conceptuel. Un score bas caractérise des tâches hautement monotones, fragmentées et répétitives (par exemple, le travail à la chaîne ou certaines formes de téléopérations automatisées).
- L’autorité décisionnelle (Decision Authority) : Évalue l’autonomie formelle et informelle du travailleur dans l’organisation de son travail quotidien. Elle englobe la possibilité de planifier ses propres tâches, de choisir ses méthodes d’exécution et de peser sur les décisions collectives et stratégiques qui impactent son poste de travail.
2. Les Exigences Psychologiques (Psychological Demands)
Cette dimension évalue la charge mentale, cognitive et organisationnelle imposée à l’individu. Elle ne quantifie pas l’effort purement physique, mais explore :
- Le rythme et la cadence de travail (travailler très vite, dans l’urgence).
- L’intensité de la charge de travail quantitative (devoir accomplir un volume de travail excessif par rapport au temps alloué).
- Les contraintes temporelles strictes (délais serrés, manque de temps pour finaliser la tâche avec qualité).
- La complexité cognitive et les perturbations organisationnelles (longues périodes de concentration intense requises, interruptions fréquentes de tâches non programmées imposant un fractionnement attentionnel, attentes contradictoires formulées par les supérieurs ou collègues).
3. Le Soutien Social au Travail (Workplace Social Support)
Introduit par Johnson et Hall (1988) pour compléter le modèle initial de Karasek, le soutien social constitue un modérateur psychosocial essentiel des effets nocifs du stress. Le JCQ distingue rigoureusement deux vecteurs relationnels :
- Le soutien hiérarchique (Supervisor Support) : Comprend le soutien émotionnel (considération pour le bien-être de ses subordonnés, capacité d’écoute active) et le soutien instrumental (aide pratique apportée pour dénouer un problème opérationnel, aptitudes à coordonner les équipes).
- Le soutien des collègues (Coworker Support) : Évalue le climat de solidarité entre pairs. Il intègre le soutien instrumental (compétence professionnelle des collègues, entraide en cas de surcharge) et le soutien émotionnel (bienveillance, intérêt personnel sincère manifesté envers autrui, ambiance chaleureuse).
4. Les Exigences Physiques et l’Insécurité de l’Emploi
Bien que non incluses dans le calcul strict du ratio de job strain originel, ces échelles contextuelles mesurent :
- Les exigences physiques (Physical Demands) : Manutention de charges lourdes, postures contraignantes prolongées et fatigue physique générale.
- L’insécurité de l’emploi (Job Insecurity) : L’anticipation subjective de la perte d’emploi, la menace d’un licenciement ou la précarité statutaire, identifiées comme des stresseurs chroniques majeurs impactant la santé mentale.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel du JCQ s’enracine dans le modèle Demande-Contrôle du stress professionnel élaboré par Robert Karasek en 1979, puis enrichi sous l’appellation de modèle Demande-Contrôle-Soutien (DCS) avec les travaux de Jeffrey V. Johnson en 1988. Ce paradigme théorique constitue l’une des ruptures les plus significatives de la sociologie du travail et de la médecine psychosociale moderne vis-à-vis des théories de l’adaptation au stress (telles que le modèle transactionnel de Lazarus et Folkman ou le modèle d’adéquation personne-environnement de French).
L’hypothèse nodale de Karasek stipule que les réactions nocives au stress professionnel ne découlent pas simplement d’un niveau élevé d’exigences (quantité de travail, contraintes d’horaires), mais plutôt de la disparité structurelle entre les exigences de la tâche et la latitude de décision accordée au travailleur pour y faire face. Le modèle propose une cartographie bidimensionnelle articulée autour de deux axes orthogonaux : l’axe vertical (Exigences psychologiques : Faibles vs Élevées) et l’axe horizontal (Latitude décisionnelle : Faible vs Élevée), générant quatre quadrants d’expériences au travail :
- La situation de Tension au Travail (Job Strain ou High Strain) : Exigences élevées + Faible latitude. C’est le quadrant le plus pathogène. L’énergie mobilisée par l’organisme pour satisfaire aux contraintes ne peut pas être canalisée dans une prise de décision active, conduisant à une hyperactivité résiduelle du système nerveux sympathique, à l’élévation chronique du cortisol et à une détresse psychologique majeure.
- La situation de Travail Actif (Active Job) : Exigences élevées + Latitude décisionnelle élevée. Dans cette configuration, les défis professionnels sont vécus de manière gratifiante car le sujet dispose de la liberté d’expérimenter de nouvelles méthodes de travail. C’est le terreau de l’apprentissage organisationnel, de la motivation intrinsèque et du renforcement de la résilience psychologique.
- La situation de Travail Passif (Passive Job) : Faibles exigences + Faible latitude. Cette situation induit l’atrophie des compétences, la démotivation, l’ennui chronique (boreout) et l’aliénation professionnelle progressive.
- La situation de Travail Détendu (Low Strain Job) : Faibles exigences + Latitude décisionnelle élevée. Le niveau de stress est minimal, bien que l’opportunité de croissance cognitive et de défis intellectuels y soit relativement tempérée.
L’adjonction ultérieure du Soutien Social a donné naissance au concept d’iso-strain (situation d’isolement social combinée au high strain), qui décuple de manière exponentielle les risques cardiovasculaires et anxio-dépressifs. Le modèle postule une double hypothèse : l’hypothèse de tension (effet délétère cumulatif ou interactif) et l’hypothèse d’apprentissage/développement (effet protecteur et stimulant de l’autonomie face aux défis professionnels).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du JCQ a été étayée par des recherches menées sur plusieurs décennies au sein d’échantillons représentatifs d’employés d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie de l’Est.
Validité de construit et factorielle : Les études attestent systématiquement que la latitude décisionnelle et les exigences psychologiques constituent deux dimensions distinctes et empiriquement indépendantes. Les analyses multivariées confirment également que l’utilisation des compétences et l’autorité décisionnelle, bien que corrélées (corrélations de Pearson variant généralement de r = 0,40 à r = 0,60 selon les professions), mesurent des aspects complémentaires du contrôle au travail, justifiant leur agrégation en une méta-dimension de latitude décisionnelle.
Validité convergente et discriminante : Le JCQ présente d’excellentes corrélations convergentes avec d’autres questionnaires de référence mesurant les stresseurs organisationnels, tels que l’inventaire Effort-Reward Imbalance (ERI) de Johannes Siegrist, le Copenhagen Psychosocial Questionnaire (COPSOQ), ainsi que les sous-échelles de charge du Maslach Burnout Inventory (MBI). La validité discriminante est établie par de faibles corrélations avec des variables de personnalité stables (comme le névrosisme ou l’extraversion de l’inventaire NEO-PI-R), prouvant que le JCQ capture bel et bien des conditions objectives de travail et non de simples biais de négativité affective individuelle.
Validité prédictive (épidémiologique et longitudinale) : La validité prédictive du JCQ représente son atout le plus documenté dans la littérature médicale internationale. Des méta-analyses majeures (par exemple Kivimäki et al., 2012, portant sur plus de 197 000 participants dans le consortium IPD-Work) ont démontré que le job strain mesuré par le JCQ est associé à un ratio de risque ajusté (HR) de 1,23 (IC à 95% : 1,10 – 1,37) pour la survenue d’un premier événement coronarien mortel ou non mortel. D’autres études prospectives démontrent une augmentation significative du risque d’épisodes dépressifs majeurs, de troubles musculosquelettiques de la nuque et des membres supérieurs, ainsi que d’absentéisme de longue durée chez les travailleurs classés dans le quadrant de tension.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité du JCQ a été testée et validée dans une large diversité de contextes industriels, tertiaires et hospitaliers. Les indices de cohérence interne (alpha de Cronbach) rapportés dans le manuel officiel de Karasek et dans les études de validation indépendantes présentent des valeurs très satisfaisantes :
- Latitude décisionnelle (globale) : Les valeurs de l’alpha de Cronbach se situent constamment entre 0,80 et 0,86 dans les populations européennes et nord-américaines. Pour les sous-composantes, l’utilisation des compétences affiche des valeurs comprises entre 0,72 et 0,80, tandis que l’autorité décisionnelle présente un alpha oscillant entre 0,70 et 0,82.
- Exigences psychologiques : L’alpha de Cronbach varie habituellement entre 0,68 et 0,78 selon les versions (la version standard à 9 items affichant une cohérence souvent légèrement supérieure à celle de versions abrégées à 5 items). Cette variabilité modérée s’explique par la nature composite du construit, qui agrège à la fois la cadence temporelle, la concentration et les conflits d’instructions.
- Soutien social au travail : Les échelles de soutien hiérarchique et de soutien des collègues démontrent une fidélité interne remarquable, avec des alphas oscillant presque invariablement entre 0,80 et 0,88.
- Exigences physiques et insécurité de l’emploi : Les indices de cohérence oscillent respectivement entre 0,75 et 0,82 pour les contraintes physiques, et entre 0,65 et 0,74 pour l’insécurité statutaire.
La stabilité temporelle (test-retest) a été vérifiée sur des cohortes suivies à des intervalles allant de 2 semaines à 6 mois. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) ou de corrélation de Pearson sont généralement supérieurs à 0,70 pour les emplois à organisation stable, confirmant que le questionnaire mesure des attributs structurels durables et non des fluctuations émotionnelles passagères.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques fondées sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) apportent un appui solide au modèle théorique original du JCQ, tout en soulignant la finesse de son agencement factoriel.
Dans l’étude canonique de Karasek et al. (1998) comparant des échantillons industriels et tertiaires aux États-Unis, au Canada, aux Pays-Bas et au Japon, l’analyse en composantes principales avec rotation varimax et oblimin a régulièrement fait émerger les quatre facteurs latents primaires :
- Un premier facteur regroupant les items d’autorité décisionnelle et d’utilisation des compétences (les saturations factorielles des items 1, 3, 4, 5, 6, 7 et 9 oscillent typiquement entre 0,55 et 0,78).
- Un deuxième facteur identifiant les exigences psychologiques, saturé fortement par le travail rapide, le travail acharné, la surcharge et le manque de temps (items 10, 11, 13, 15, avec des saturations supérieures à 0,50). Les items inversés ou relatifs aux interruptions (items 12, 14, 16) présentent parfois des saturations croisées secondaires selon les traductions linguistiques.
- Un troisième facteur correspondant au soutien hiérarchique (items 19 à 22, avec des saturations factorielles très élevées, fréquemment supérieures à 0,70).
- Un quatrième facteur regroupant les items de soutien des collègues (items 23 à 26, saturations comprises entre 0,60 et 0,80).
Les modélisations par équations structurelles (AFC) testant la structure hiérarchique de second ordre (la latitude décisionnelle modélisée comme facteur de second ordre intégrant l’utilisation des compétences et l’autorité décisionnelle) démontrent une très bonne adéquation aux données empiriques. Les indices d’ajustement usuels rapportés dans les publications de référence présentent un Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,042 et 0,058, un Comparative Fit Index (CFI) > 0,92 et un Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,91, confirmant l’invariance de mesure à travers les genres, les catégories socio-professionnelles et les contextes linguistiques.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation individuelle (auto-questionnaire papier-crayon ou format informatisé / en ligne).
- Population cible : Travailleurs adultes de tout secteur d’activité (salariés du secteur privé, agents de la fonction publique, ouvriers, cadres, professions intermédiaires).
- Nombre total d’items : 27 items dans la version standard fondamentale (pouvant être étendue à 49 items dans la version exhaustive incluant les risques chimiques/physiques détaillés et l’impact sur le sommeil).
- Format des réponses : Échelle ordinale de Likert en 4 points (format obligatoire Karasek) :
- 1 = Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
- 2 = Disagree (Pas d’accord)
- 3 = Agree (D’accord)
- 4 = Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
- Procédure de calcul et cotation :
- Les scores ne s’obtiennent pas par une simple addition brute, mais requièrent l’application d’équations de pondération formelles développées par Robert Karasek afin d’égaliser la variance des sous-dimensions.
- Certains items sont inversés au préalable (notamment l’item 8 « peu de liberté », l’item 12 « travail excessif non demandé », l’item 14 « pas d’ordres contradictoires »).
- Latitude décisionnelle (score total) : Calculée en combinant le score d’utilisation des compétences (somme pondérée des items multipliée par un coefficient spécifique) et l’autorité décisionnelle. La formule standard de Karasek pour le score de latitude décisionnelle est formulée de manière à générer un score théorique variant généralement entre 24 et 96 points.
- Exigences psychologiques : Calculées à partir de la somme pondérée des items cognitifs et organisationnels.
- Ratios d’évaluation : Deux méthodes analytiques sont utilisées dans la littérature pour caractériser le stress : l’approche catégorielle (séparation des groupes selon la médiane ou les tertiles de l’échantillon pour définir les 4 quadrants : tendu, actif, passif, détendu) et l’approche continue via le ratio Demande / Contrôle standardisé (un ratio > 1,0 signale une situation de job strain pathogène).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Job Content Questionnaire a été formalisé dans sa version standard initiale en 1985 par le Professeur Robert Karasek, faisant suite à son modèle théorique princeps publié en 1979. L’adaptation néerlandaise de référence a été complétée par Irene Houtman en 1995, tandis que la standardisation francophone canadienne et européenne s’est déployée à la fin des années 1990 (Brisson et al., 1998 ; Niedhammer, 2002).
Propriété intellectuelle et conditions d’accès : Le JCQ n’est pas un instrument du domaine public libre de droits. L’ensemble des items, de la terminologie et des algorithmes de pondération est protégé par le droit d’auteur international, dont les prérogatives sont détenues exclusivement par Robert Karasek et gérées par l’organisme JCQ Center Global Ltd. (www.jcqcenter.com).
Tarification et licences d’usage : L’utilisation de l’instrument dans le cadre d’études épidémiologiques, de thèses universitaires ou de diagnostics en milieu de travail requiert l’acquisition préalable d’un contrat de licence auprès du JCQ Center. Des tarifs préférentiels (académiques) sont appliqués pour les étudiants de master et doctorants, tandis qu’une tarification par travailleur évalué (per-respondent fee) est exigée des entreprises commerciales, des cabinets de conseil et des instituts de sondage. L’achat de la licence donne accès au manuel de l’utilisateur complet (JCQ User’s Guide), aux tables de conversion numériques, aux normes internationales par secteur professionnel et aux directives méthodologiques de non-altération des énoncés.
12. Références / References
- Brisson, C., Blanchette, C., Guimont, C., Dion, G., Moisan, J., Vézina, M., Dagenais, G. R., & Mâsse, B. (1998). Reliability and validity of the French version of the 18-item Karasek Job Content Questionnaire. Work & Stress, 12(4), 322-336. https://doi.org/10.1080/02678379808256868
- Houtman, I. L. D. (1995). De verkorte versie van de Karasek vragenlijst voor werkstress. TNO Arbeid, Hoofddorp.
- Johnson, J. V., & Hall, E. M. (1988). Job strain, work place social support, and cardiovascular disease: a cross-sectional study of a random sample of the Swedish working population. American Journal of Public Health, 78(10), 1336-1342. https://doi.org/10.2105/AJPH.78.10.1336
- Karasek, R. A. (1979). Job demands, job decision latitude, and mental strain: Implications for job redesign. Administrative Science Quarterly, 24(2), 285-308. https://doi.org/10.2307/2392498
- Karasek, R. (1985). Job Content Questionnaire and User’s Guide. Department of Work Environment, University of Massachusetts Lowell.
- Karasek, R., Brisson, C., Kawakami, N., Houtman, I., Bongers, P., & Amick, B. (1998). The Job Content Questionnaire (JCQ): An instrument for internationally comparative assessments of psychosocial job characteristics. Journal of Occupational Health Psychology, 3(4), 322-355. https://doi.org/10.1037/1076-8998.3.4.322
- Kivimäki, M., Nyberg, S. T., Batty, G. D., Fransson, E. I., Heikkilä, K., Alfredsson, L., Bjorner, J. B., Borritz, M., Burr, H., Casini, A., Clays, E., De Bacquer, D., Dragano, N., Ferrie, J. E., Geuskens, G. A., Goldberg, M., Hamer, M., Hooftman, W. E., Houtman, I. L., … IPD-Work Consortium. (2012). Job strain as a risk factor for coronary heart disease: a collaborative meta-analysis of individual participant data. The Lancet, 380(9852), 1491-1497. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(12)60994-5
- Niedhammer, I. (2002). Psychometric properties of the French version of the Karasek Job Content Questionnaire: a study of the scales of decision latitude, psychological demands, social support, and physical demands in the GAZEL cohort. International Archives of Occupational and Environmental Health, 75(3), 129-144. https://doi.org/10.1007/s00420-001-0270-8
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response format:
4-point Likert scale: 1 = Strongly Disagree, 2 = Disagree, 3 = Agree, 4 = Strongly Agree
- My job requires that I learn new things.
- My job involves a lot of repetitive work.
- My job requires me to be creative.
- My job requires a high level of skill.
- I get to do a variety of different things on my job.
- I have an opportunity to develop my own special abilities.
- My job allows me to make a lot of decisions on my own.
- On my job, I have very little freedom to decide how I do my work.
- I have a lot of say about what happens on my job.
- My job requires working very fast.
- My job requires working very hard.
- I am not asked to do an excessive amount of work.
- I have enough time to get the job done.
- I am free from conflicting demands that others make.
- My job requires long periods of intense concentration on the task.
- My tasks are often interrupted before they can be completed, requiring attention at a later time.
- My job is very hectic.
- Waiting on work from other people or departments often slows me down on my job.
- My supervisor is concerned about the welfare of those under him/her.
- My supervisor pays attention to what I am saying.
- My supervisor is helpful in getting the job done.
- My supervisor is successful in getting people to work together.
- People I work with are competent in doing their jobs.
- People I work with take a personal interest in me.
- People I work with are friendly.
- People I work with are helpful in getting the job done.
- My job security is good.