Questionnaire de qualité de vie de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer

Analyse psychométrique détaillée du Questionnaire de qualité de vie de l’EORTC (QLQ-C30 et QLQ-LC13) : modèle théorique, validité clinique, fidélité et cotation en oncologie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire de qualité de vie de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer (communément désigné sous l’acronyme EORTC QLQ-C30, complété ici par son module spécifique aux néoplasies pulmonaires QLQ-LC13) constitue le standard psychométrique de référence internationale pour l’évaluation multidimensionnelle de la qualité de vie liée à la santé (QdVLS / Health-Related Quality of Life, HRQoL) en oncologie clinique et translationnelle. Développé initialement par le Groupe de qualité de vie de l’EORTC sous la direction de Neil K. Aaronson et ses collaborateurs, cet instrument modulaire a été conçu pour concilier la généricité d’un tronc commun oncologique et la spécificité des profils symptomatiques propres à chaque localisation tumorale.

L’instrument intégré présenté regroupe quarante-trois items structurés évaluant les répercussions directes et indirectes de la maladie cancéreuse et des thérapeutiques associées (chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées, immunothérapie et chirurgie). L’architecture du tronc commun (items 1 à 30) explore cinq échelles de fonctionnement (physique, rôle/activités quotidiennes, cognitif, émotionnel et social), trois échelles de symptômes multi-items (fatigue, nausées/vomissements, douleur), six items symptomatiques isolés (dyspnée, insomnie, perte d’appétit, constipation, diarrhée et difficultés financières induites par la maladie) ainsi qu’une échelle globale d’état de santé et de qualité de vie générale. Le module complémentaire LC13 (items 31 à 43) examine avec une acuité sémiologique accrue les manifestations cliniques du cancer broncho-pulmonaire et les toxicités des traitements : toux, hémoptysie, dyspnée contextuelle à triple niveau d’effort, mucite/stomatite, dysphagie, neuropathies périphériques chimio-induites, alopécie, douleurs topographiques spécifiques (thoracique, scapulaire/brachiale et autres localisations) et recours à une analgésie compensatoire.

Sur le plan métrologique, les items reposent majoritairement sur des échelles de Likert en quatre points (« Pas du tout » à « Énormément »), complétées par des échelles visuelles et numériques en sept points pour l’état de santé global, et un item de dépistage binaire conditionnel pour la pharmacothérapie antalgique. Conformément au manuel de cotation standardisé de l’EORTC, l’ensemble des scores bruts est soumis à une transformation linéaire normalisée sur une échelle continue de 0 à 100. Les études d’invariance et de validation transculturelle — conduites dans plus de cent langues et sur plusieurs centaines de milliers de patients à travers le monde — démontrent une consistance interne robuste (coefficients alpha de Cronbach généralement compris entre 0,70 et 0,92 pour les échelles fonctionnelles et de symptômes majeurs), une validité de construit discriminante et convergente exceptionnelle, ainsi qu’une sensibilité avérée aux changements cliniquement pertinents (Minimally Important Differences).

2. Mots-clés / Keywords

EORTC QLQ-C30, QLQ-LC13, qualité de vie liée à la santé, oncologie, psychométrie, évaluation des symptômes, fonctionnement physique, cancérologie clinique, résultats rapportés par les patients, PROMs, validation transculturelle, fidélité test-retest, cancer du poumon, fatigue néoplasique.

3. Auteurs / Authors

Le développement de cette architecture psychométrique résulte des travaux concertés du EORTC Quality of Life Group (Groupe d’étude sur la qualité de vie de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer), consortium académique international pluridisciplinaire réunissant cliniciens, méthodologistes, statisticiens et psychologues de la santé.

  • Neil K. Aaronson, Ph.D. — Division of Psychosocial Research and Epidemiology, The Netherlands Cancer Institute (Antoni van Leeuwenhoek Ziekenhuis), Amsterdam, Pays-Bas. Coordonnateur historique du projet et auteur principal de la validation internationale princeps. (Courriel institutionnel : [email protected]).
  • Marianne Ahmedzai, M.D. — Department of Palliative Medicine, University of Sheffield, Royaume-Uni. Spécialiste de la symptomatologie respiratoire et co-développeuse du module pulmonaire LC13.
  • Bernard Bergman, M.D., Ph.D. — Department of Respiratory Medicine, Renströmska Hospital, Göteborg University, Göteborg, Suède. Investigateur principal du consortium de validation du QLQ-LC13.
  • Monika Bullinger, Ph.D. — Institut für Medizinische Psychologie, Universitätsklinikum Hamburg-Eppendorf, Hambourg, Allemagne. Experte en méthodologie psychométrique transculturelle.
  • Ann Cull, Ph.D. — Western General Hospital, Imperial Cancer Research Fund Psychology Research Group, Édimbourg, Écosse, Royaume-Uni.
  • Nicole J. Duez, M.Sc. — EORTC Data Center, Bruxelles, Belgique. Gestionnaire des analyses statistiques centralisées des essais multicentriques.
  • Antonio Filiberti, M.D. — Istituto Nazionale per lo Studio e la Cura dei Tumori, Milan, Italie.
  • Henning Flechtner, M.D. — Klinik für Kinder- und Jugendpsychiatrie und -psychotherapie, Universitätsklinikum Magdeburg, Allemagne.
  • Stewart B. Fleishman, M.D. — Cancer Support Services, Continuum Cancer Centers of New York, New York, États-Unis.
  • Francisca C. F. M. de Haes, Ph.D. — Department of Medical Psychology, Academic Medical Center, Amsterdam, Pays-Bas.
  • Mirjam A. G. Sprangers, Ph.D. — Department of Medical Psychology, Amsterdam University Medical Centers, Pays-Bas. Auteure clé des directives méthodologiques et des lignes directrices pour l’élaboration des modules modulaires de l’EORTC.

4. Objectif / Purpose

L’avènement des thérapies modernes en cancérologie a profondément transformé les critères d’évaluation de la recherche biomédicale. Si les indicateurs d’efficacité oncologique conventionnels — tels que la survie globale (Overall Survival), la survie sans progression (Progression-Free Survival) et les taux de réponse radiologique selon les critères RECIST — conservent une valeur primordiale, ils s’avèrent structurellement insuffisants pour appréhender l’expérience vécue du patient, la charge symptomatique globale et la toxicité cumulative des régimes thérapeutiques. Le Questionnaire de qualité de vie de l’EORTC a été expressément formulé pour combler cette lacune en tant que mesure d’évaluation des résultats rapportés par les patients (Patient-Reported Outcome Measures, ou PROMs).

Sur le plan fondamental, la finalité de l’outil est de quantifier, avec une rigueur statistique standardisée, le compromis permanent entre les bénéfices cliniques d’un traitement antinéoplasique et ses effets délétères sur les capacités physiologiques, psychologiques et relationnelles du malade. L’objectif clinique est quadruple :

  • L’évaluation des essais cliniques randomisés contrôlés : L’EORTC QLQ-C30 (associé à ses modules spécifiques) constitue le critère de jugement secondaire ou co-primaire préconisé par l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis pour soutenir l’approbation de nouvelles molécules en oncologie.
  • La surveillance clinique longitudinale en routine oncologique : Administré de manière séquentielle lors des consultations de suivi ou via des plateformes de télémédecine, l’instrument permet la détection précoce des complications sévères, de la toxicité latente non signalée spontanément par le patient (telle que la neuropathie périphérique ou la fatigue chronique) et des épisodes dépressifs réactionnels.
  • L’individualisation de la prise en charge supportive et palliative : En décomposant la qualité de vie en facettes distinctes, l’équipe soignante peut cibler précisément les interventions requises, qu’il s’agisse de soins de support nutritionnels (items d’anorexie), de réhabilitation respiratoire (items de dyspnée et de toux), d’optimisation analgésique (items de douleur corporelle et recours aux antalgiques) ou d’un accompagnement social face à la précarité induite par le traitement.
  • La recherche comparative d’efficacité et d’économie de la santé : Les données dérivées de ces questionnaires permettent de modéliser les années de vie ajustées par la qualité (Quality-Adjusted Life Years, QALY) et de mener des analyses médico-économiques coût-utilité déterminantes pour les politiques de santé publique.

5. Construit psychologique / Construct

Le système de mesure de l’EORTC repose sur une conceptualisation multidimensionnelle de la santé, alignée sur les préconisations de l’Organisation mondiale de la santé. Le construit ne considère pas la qualité de vie comme une entité monolithique, mais comme un réseau interconnecté de domaines fonctionnels, d’états psychologiques subjectifs et de charges symptomatiques directes. L’instrument articulé présenté décompose ce métaconstruit en sous-échelles cliniquement et psychométriquement distinctes :

Échelles de fonctionnement (Tronc commun QLQ-C30)

  • Fonctionnement physique (Items 1 à 5) : Évalue l’autonomie locomotrice et motrice, allant de la capacité à tolérer des efforts intenses (porter des charges lourdes, marcher rapidement) jusqu’aux activités de base de la vie quotidienne (ADL) telles que s’habiller, se laver ou aller aux toilettes de manière indépendante, sans alitement forcé.
  • Fonctionnement lié au rôle / activités professionnelles et domestiques (Items 6 et 7) : Mesure la limitation fonctionnelle perçue par le sujet dans l’accomplissement de ses devoirs professionnels habituels, de ses travaux ménagers et de ses activités de loisirs ou récréatives.
  • Fonctionnement émotionnel (Items 21 à 24) : Sonde la détresse affective et psychologique réactionnelle, mesurant la tension nerveuse, l’anxiété prospective (inquiétude excessive), l’irritabilité et l’humeur dépressive caractérisée.
  • Fonctionnement cognitif (Items 20 et 25) : Explore les troubles neurocognitifs fréquemment rapportés par les patients traités par chimiothérapie ou thérapie ciblée (parfois nommés « chemobrain »), ciblant explicitement la perte de concentration soutenue (lecture, télévision) et les altérations de la mémoire de travail épisodique.
  • Fonctionnement social (Items 26 et 27) : Appréhende l’interférence de l’état de santé physique et des contraintes du protocole de soins avec la vie familiale, l’intimité relationnelle et les activités de sociabilisation extra-domestiques.

État de santé global / Qualité de vie générale (Items 29 et 30)

Cette dimension synthétique invite le patient à une auto-évaluation globale de sa santé générale et de sa qualité de vie subjective au cours de la semaine écoulée, capturant le niveau d’ajustement global du patient face à sa maladie indépendamment des scores spécifiques de chaque sous-système.

Échelles et items de symptômes généraux (Tronc commun QLQ-C30)

  • Fatigue (Items 10, 12, 18) : Évalue l’asthénie oncologique multifactorielle (cancer-related fatigue), caractérisée par une faiblesse corporelle profonde, un épuisement non résolu par le sommeil et un besoin impérieux de repos diurne.
  • Nausées et vomissements (Items 14 et 15) : Quantifie l’impact direct des toxicités digestives chimio-induites et radio-induites.
  • Douleur (Items 9 et 19) : Mesure l’intensité globale du syndrome douloureux et son degré d’interférence avec les conduites journalières.
  • Symptômes isolés à item unique : Mesurent des plaintes viscérales et logistiques cardinales en cancérologie : dyspnée générique (Item 8), insomnie et perturbations du cycle veille-sommeil (Item 11), anorexie/perte d’appétit (Item 13), constipation médicamenteuse ou réflexe (Item 16), diarrhée consécutive aux toxicités muqueuses (Item 17) et répercussions économiques défavorables causées par la pathologie (Item 28).

Module spécifique des néoplasies pulmonaires (QLQ-LC13, Items 31 à 43)

  • Symptomatologie respiratoire ciblée : Explore la sémiologie de l’atteinte parenchymateuse et bronchique via la fréquence de la toux (Item 31), l’expectoration hémoptoïque (Item 32) et une évaluation graduée de la dyspnée respiratoire contextuelle (au repos : Item 33 ; à la marche sur terrain plat : Item 34 ; à l’effort ascensionnel d’escaliers : Item 35).
  • Toxicités muqueuses et tractus aérodigestif supérieur : Mesure l’odynophagie, la mucite buccale et linguale (Item 36) et la dysphagie haute lors de la déglutition (Item 37), fréquentes après radiothérapie médiastinale ou chimiothérapies cytotoxiques.
  • Toxicités neurologiques et cutanées : Explore les neuropathies périphériques sensitives à type de paresthésies des extrémités (fourmillements des mains ou des pieds, Item 38) et l’alopécie iatrogène (Item 39).
  • Douleurs topographiques et gestion analgésique : Isole la localisation anatomique de la douleur : douleur pariétale thoracique (Item 40), douleur de l’épaule et du membre supérieur évoquant un syndrome de Pancoast-Tobias ou une plexopathie brachiale (Item 41) et douleurs métastatiques corporelles disséminées (Item 42), couplées à l’évaluation de l’efficacité thérapeutique des antalgiques consommés (Item 43).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement épistémologique et théorique du questionnaire de l’EORTC s’enracine dans le modèle biopsychosocial formalisé par George L. Engel (1977), combiné à la taxonomie conceptuelle de la santé de Wilson et Cleary (1995). Selon ce paradigme unifié, l’expérience vécue de la maladie par un individu ne peut être réduite à une succession de perturbations anatomopathologiques ou à des désordres cellulaires isolés ; elle résulte d’une cascade causale ascendante et descendante liant :

  1. Les variables biologiques et physiologiques (charge tumorale, cytopénies, marqueurs inflammatoires) ;
  2. Le statut symptomatique perçu par le système nerveux central (douleur, fatigue, dyspnée) ;
  3. L’état fonctionnel global (aptitude à maintenir des rôles sociaux, moteurs et relationnels) ;
  4. Les perceptions générales de santé (évaluation cognitive et affective par le sujet) ;
  5. La qualité de vie globale subjective dans son environnement écologique et sociétal.

Au sein de ce cadre, l’approche préconisée par Neil Aaronson repose sur la théorie de la mesure modulaire en oncologie. Reconnaissant l’hétérogénéité biologique majeure existant entre une tumeur solide localisée, une hémopathie maligne ou un carcinome métastatique pulmonaire, l’EORTC a théorisé une stratégie à deux niveaux. Le premier niveau est un noyau invariant (core questionnaire) mesurant les attributs universels partagés par l’ensemble des patients atteints de cancer, quel que soit l’organe primitif atteint. Le second niveau est constitué de modules d’extension cliniquement spécifiques qui sondent les perturbations directes d’un organe (par exemple, le poumon avec le QLQ-LC13) ainsi que les effets secondaires particuliers des schémas thérapeutiques modernes.

En outre, l’instrument s’appuie sur la théorie de l’adaptation cognitive et de l’évaluation du stress développée par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984). Selon cette perspective psychologique, la qualité de vie perçue découle du différentiel subjectif entre les exigences imposées par la pathologie oncologique et les ressources perçues (physiques, cognitives, sociales) dont dispose le patient pour y faire face. Ce mécanisme explique les phénomènes d’adaptation psychologique (« response shift ») documentés par Mirjam Sprangers, au cours desquels les malades recalibrent leurs normes internes d’évaluation de leur qualité de vie globale au fur et à mesure de l’évolution de leur trajectoire de soins.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques du questionnaire de l’EORTC ont été soumises à un programme de validation empirique multicentrique d’une ampleur sans précédent dans le domaine de la psychométrie médicale. Les résultats accumulés confirment les multiples dimensions de sa validité scientifique :

Validité de contenu et d’apparence

Le contenu des items a été sélectionné à la suite d’un processus rigoureux en plusieurs phases, incluant des entretiens semi-structurés auprès de patients atteints de néoplasies à divers stades évolutifs, des panels d’oncologues médicaux, de radiothérapeutes, de chirurgiens et de méthodologistes, garantissant l’exhaustivité des domaines abordés et l’adéquation sémantique des formulations pour éviter toute ambiguïté cognitive chez les répondeurs.

Validité de construit et technique des groupes connus (Known-Groups Validity)

La capacité de l’instrument à discriminer des populations cliniquement divergentes a été démontrée dès l’étude princeps d’Aaronson et al. (1993) conduite auprès de 305 patients atteints de cancer du poumon dans treize pays. L’échelle de fonctionnement physique (PF) et l’échelle de fatigue (FA) séparent avec une signification statistique extrême (p < 0,001) les patients classés selon l’indice de performance de l’ECOG (Eastern Cooperative Oncology Group, scores de 0 vs 1 vs ≥ 2) ou l’échelle de Karnofsky. Les scores de fonctionnement physique chutent de façon monotone et linéaire à mesure que le statut de performance décline. De même, les patients présentant des métastases à distance ou une perte pondérale supérieure à 10 % affichent des scores de symptômes et une altération de la qualité de vie globale significativement plus dégradés que les patients aux stades localisés.

Validité convergente et discriminante

Des corrélations bivariées élevées (r de Pearson > 0,65 à 0,78) ont été constamment répliquées entre les dimensions homologues de l’EORTC QLQ-C30 et d’autres échelles génériques ou oncologiques validées, telles que le Short-Form 36 (SF-36), l’indice fonctionnel FACT-G (Functional Assessment of Cancer Therapy) et l’échelle HADS (Hospital Anxiety and Depression Scale) pour les items émotionnels. Réciproquement, la validité discriminante est appuyée par des corrélations faibles (r < 0,30) entre des construits théoriquement orthogonaux, par exemple entre les difficultés financières et le fonctionnement cognitif, ou entre l’alopécie et la dyspnée.

Sensibilité au changement et validité prédictive

L’instrument démontre une excellente réactivité clinique (responsiveness) face aux fluctuations de l’état clinique : les scores détectent avec précision les rémissions tumorales, les progressions de la maladie et les toxicités aiguës intercurrentes. Une variation de 5 à 10 points sur une échelle de 0 à 100 représente la différence minimale cliniquement significative (Minimally Important Difference, MID) perceptible par le patient. En matière de validité prédictive, des méta-analyses prospectives sur de vastes cohortes ont confirmé que le score initial de qualité de vie globale (GHS) et le niveau de fonctionnement physique constituent des facteurs pronostiques indépendants majeurs de la survie globale à long terme, conservant leur valeur prédictive après ajustement statistique multivarié sur les facteurs cliniques conventionnels (âge, stade TNM, statut mutationnel).

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité de l’EORTC QLQ-C30 et du module LC13 s’appuie sur la mesure de la consistance interne et de la stabilité temporelle test-retest dans diverses populations cliniques.

Consistance interne (Cohérence de l’échelle)

Les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) dépassent très largement le seuil standard conventionnel de 0,70 requis en recherche biomédicale pour la majorité des échelles multi-items, attestant de l’homogénéité des construits explorés :

  • Fonctionnement physique (5 items) : α = 0,82 à 0,89 selon les cohortes nationales.
  • Fonctionnement lié au rôle (2 items) : α = 0,84 à 0,91.
  • Fonctionnement émotionnel (4 items) : α = 0,80 à 0,86.
  • Fonctionnement social (2 items) : α = 0,75 à 0,82.
  • État de santé global / Qualité de vie (2 items) : α = 0,86 à 0,92.
  • Échelle de fatigue (3 items) : α = 0,80 à 0,85.
  • Échelle de douleur (2 items) : α = 0,78 à 0,84.
  • Échelle de nausées et vomissements (2 items) : α = 0,68 à 0,75 (parfois légèrement inférieur à 0,70 en raison de la rareté des vomissements sous antiémétiques modernes de type sétrons/aprépitant, limitant la variance observée).
  • Fonctionnement cognitif (2 items) : α = 0,58 à 0,72 (légèrement inférieur, ce qui a motivé les révisions méthodologiques du groupe de travail sur la cognition).
  • Échelle de dyspnée du module LC13 (Items 33, 34, 35) : α = 0,82 à 0,88, reflétant la cohérence de l’évaluation hiérarchique de l’essoufflement.

Fidélité test-retest

Chez des patients ambulatoires cliniquement stables (évalués à un intervalle de 48 heures à 7 jours, en l’absence de modification du protocole de soins), les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et les coefficients de Pearson s’échelonnent entre 0,72 et 0,91 pour l’ensemble des dimensions fonctionnelles et symptomatiques. Ces valeurs corroborent une reproductibilité temporelle adéquate, garantissant que les déviations de scores observées au fil du suivi traduisent de réelles évolutions de la santé du patient et non des fluctuations de mesure aléatoires.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle sous-jacente au questionnaire a été validée par une série rigoureuse d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites dans le cadre de consortiums multinationaux.

Analyses factorielles confirmatoires (AFC)

Les modélisations par équations structurelles (SEM) confirment l’adéquation empirique de la structure théorique multifactorielle corrélée prédéfinie. L’examen des indices d’ajustement global de l’AFC sur des échantillons multinationaux regroupant plusieurs dizaines de milliers de patients confirme la robustesse du modèle :

  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : Valeurs régulièrement comprises entre 0,042 et 0,058, démontrant une erreur d’approximation négligeable (seuil d’acceptabilité < 0,06).
  • CFI (Comparative Fit Index) et TLI (Tucker-Lewis Index) : Coefficients uniformément supérieurs à 0,93, atteignant fréquemment 0,96 pour le modèle à cinq dimensions fonctionnelles.
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : Inférieur à 0,05.

Saturations factorielles des items (Factor Loadings)

Les saturations standardisées de chaque énoncé sur son facteur latent théorique respectif sont élevées et statistiquement significatives (p < 0,001) :

  • Pour le Fonctionnement physique, les saturations des items 1 à 5 s’échelonnent de 0,64 à 0,88.
  • Pour le Fonctionnement lié au rôle, les items 6 et 7 affichent des saturations mutuelles supérieures à 0,85.
  • Pour le Fonctionnement émotionnel, les items 21 à 24 saturent entre 0,69 et 0,83 sur le vecteur de détresse psychologique.
  • Pour l’échelle de Fatigue, les saturations des items 10, 12 et 18 sont comprises entre 0,72 et 0,86.
  • Dans le module QLQ-LC13, les trois items évaluant la dyspnée (33, 34, 35) saturent très fortement (> 0,78) sur un facteur latent respiratoire unifié, distinct du facteur de douleur thoracique ou de toux.

Invariance de mesure transculturelle

Des analyses d’invariance de mesure multigroupe (MGCFA) ont établi l’invariance configurationnelle, métrique et scalaire de l’instrument entre les genres, les catégories d’âge et les aires linguistiques (Europe du Nord, Europe du Sud, Amérique du Nord, Asie de l’Est). Les équivalences formelles de saturation autorisent la comparaison directe et agrégée des scores de qualité de vie au sein d’essais cliniques mondiaux sans biais d’attrition ou de distorsion sémantique.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure présenté combine le questionnaire généraliste pour le cancer (EORTC QLQ-C30) et le module complémentaire pour les tumeurs pulmonaires (QLQ-LC13). Les spécifications structurales et logistiques se présentent comme suit :

  • Type d’évaluation : Hétéro-questionnaire ou auto-questionnaire standardisé rapporté directement par le patient (PROM), administrable sur support papier, tablette tactile ou portail web sécurisé.
  • Nombre total d’items : 43 items (Items 1 à 30 : Tronc commun QLQ-C30 ; Items 31 à 43 : Module QLQ-LC13).
  • Fenêtre temporelle d’évaluation : La semaine écoulée (« au cours de la semaine passée »), à l’exception des items 1 à 5 relatifs aux capacités physiques qui mesurent la condition habituelle actuelle.
  • Format des échelles de réponse :
    • Items 1 à 28 (QLQ-C30) et Items 31 à 42 (QLQ-LC13) : Échelle ordinale de Likert à 4 points :
      • 1 = Pas du tout (Not at all)
      • 2 = Un peu (A little)
      • 3 = Assez (Quite a bit)
      • 4 = Énormément (Very much)
    • Items 29 et 30 (État de santé global / Qualité de vie) : Échelle visuelle et numérique en 7 points ancrée par des pôles sémantiques extrêmes allant de 1 = Très mauvais (Very poor) à 7 = Excellent (Excellent).
    • Item 43 (Médicament contre la douleur) : Question de filtrage binaire (1 = Non, 2 = Oui) immédiatement couplée à une échelle de Likert conditionnelle à 4 points évaluant son efficacité (1 = Pas du tout, 2 = Un peu, 3 = Assez, 4 = Énormément).
  • Algorithme de cotation et transformation linéaire :

    Conformément au manuel officiel de cotation de l’EORTC (EORTC Scoring Manual), la procédure s’effectue en deux étapes :

    1. Calcul du score brut (Raw Score, RS) : Moyenne arithmétique des items composant l’échelle considérée :

      RS = (I₁ + I₂ + ... + Iₙ) / n
    2. Transformation linéaire standardisée (Score S, échelle de 0 à 100) : L’amplitude théorique (Range) correspond à la différence entre le score brut maximal et minimal possible (égal à 3 pour les échelles de Likert en 4 points, et à 6 pour les échelles en 7 points).
      • Pour les échelles fonctionnelles (Fonctionnement physique, de rôle, émotionnel, cognitif, social) : Un score plus élevé reflète un meilleur niveau d’adaptation fonctionnelle :

        Score fonctionnel = [1 - (RS - 1) / Range] × 100
      • Pour l’état de santé global / Qualité de vie (Items 29-30) : Un score élevé témoigne d’une qualité de vie supérieure :

        Score GHS/QoL = [(RS - 1) / Range] × 100
      • Pour les échelles et items de symptômes (Fatigue, douleur, nausées, dyspnée, toux, etc.) : Un score élevé correspond à un niveau d’altération symptomatique ou de détresse plus grave :

        Score de symptôme = [(RS - 1) / Range] × 100

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : L’EORTC QLQ-C30 a été validé et publié dans sa première version intégrale en 1993 (après des formes préliminaires comme le QLQ-C36 en 1987). La version courante de référence est la version 3.0, finalisée en 1997. Le module spécifique du cancer du poumon QLQ-LC13 a été publié en 1994.
  • Titulaire des droits d’auteur : European Organisation for Research and Treatment of Cancer (EORTC), association internationale sans but lucratif sise à Bruxelles, Belgique.
  • Politique de licence et conditions d’utilisation :
    • Recherche académique, établissements hospitaliers publics et usage clinique non financé par l’industrie : L’utilisation des questionnaires et des manuels de cotation est gratuite. L’accès nécessite une inscription formelle obligatoire sur la plateforme officielle du département Qualité de vie de l’EORTC (https://qol.eortc.org/) afin de soumettre le protocole de recherche et d’obtenir l’accord officiel d’utilisation de la version linguistique souhaitée.
    • Essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique ou entités commerciales à but lucratif : L’utilisation est soumise au paiement de redevances et de droits de licence contractuels auprès de l’EORTC Quality of Life Department, proportionnels à la taille et au nombre de pays impliqués dans l’essai.
  • Règles de traduction : Il est formellement interdit de modifier les items ou d’élaborer des traductions locales indépendantes. Plus de 110 traductions officielles, validées selon une procédure rigoureuse de rétro-traduction itérative (forward-backward translation protocol), sont mises à disposition directement par l’EORTC.

12. Références / References

Les publications fondatrices et directives méthodologiques suivantes régissent l’usage et l’interprétation psychométrique de l’instrument :

  • Aaronson, N. K., Ahmedzai, S., Bergman, B., Bullinger, M., Cull, A., Duez, N. J., Filiberti, A., Flechtner, H., Fleishman, S. B., de Haes, J. C. F. M., Kaasa, S., Klee, M. C., Osoba, D., Razavi, D., Rofe, P. B., Schraub, S., Sneeuw, K. C. A., Sullivan, M., & Takeda, F. (1993). The European Organization for Research and Treatment of Cancer QLQ-C30: A quality-of-life instrument for use in international clinical trials in oncology. Journal of the National Cancer Institute, 85(5), 365–376. https://doi.org/10.1093/jnci/85.5.365
  • Bergman, B., Aaronson, N. K., Ahmedzai, S., Kaasa, S., & Sullivan, M. (1994). The EORTC QLQ-LC13: A modular supplement to the EORTC Core Quality of Life Questionnaire (QLQ-C30) for use in lung cancer clinical trials. European Journal of Cancer, 30A(5), 635–642. https://doi.org/10.1016/0959-8049(94)90535-5
  • Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. Science, 196(4286), 129–136. https://doi.org/10.1126/science.847460
  • Fayers, P. M., Aaronson, N. K., Bjordal, K., Groenvold, M., Curran, D., & Bottomley, A., on behalf of the EORTC Quality of Life Group. (2001). The EORTC QLQ-C30 Scoring Manual (3rd ed.). European Organisation for Research and Treatment of Cancer. https://www.eortc.org/app/uploads/sites/2/2018/02/SCmanual.pdf
  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Osoba, D., Rodrigues, G., Myles, J., Zee, B., & Pater, J. (1998). Interpreting the significance of changes in health-related quality-of-life scores. Journal of Clinical Oncology, 16(1), 139–144. https://doi.org/10.1200/JCO.1998.16.1.139
  • Sprangers, M. A. G., Cull, A., Groenvold, M., Bjordal, K., Blazeby, J., & Aaronson, N. K. (1998). The European Organization for Research and Treatment of Cancer approach to quality of life assessment: Guidelines for developing questionnaire modules. Quality of Life Research, 7(4), 291–300. https://doi.org/10.1023/A:1008889123847
  • Wilson, I. B., & Cleary, P. D. (1995). Linking clinical variables with health-related quality of life: A conceptual model of patient outcomes. JAMA, 273(1), 59–65. https://doi.org/10.1001/jama.1995.03520250075037

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: We are interested in some things to do with you and your health. Please answer all of the questions yourself by circling the number that best applies to you. There are no 'right' or 'wrong' answers. The information that you provide will remain strictly confidential. Please indicate your answer regarding how you have been feeling during the past week.
Response Scale: Items 1 to 28 and 31 to 42: 4-point Likert scale (1 = Not at all, 2 = A little, 3 = Quite a bit, 4 = Very much); Items 29 and 30: 7-point visual analogue scale (1 = Very poor to 7 = Excellent); Item 43: Binary screening question (1 = No, 2 = Yes) followed by conditional 4-point Likert scale (1 = Not at all, 2 = A little, 3 = Quite a bit, 4 = Very much)
Scoring / Reverse Items: All scales and single-item measures are linearly transformed to a 0 to 100 scale according to the EORTC Scoring Manual. For functional scales (QLQ-C30 items 1-5 Physical, 6-7 Role, 20-24 Emotional, 25/27 Cognitive, 26/28 Social) and global health status/QoL (items 29-30), a higher score indicates a higher/better level of functioning or QoL. For symptom scales/items (QLQ-C30: Fatigue [9, 10, 18], Nausea and vomiting [14, 15], Pain [19, 28], Dyspnoea [8], Insomnia [11], Appetite loss [13], Constipation [16], Diarrhoea [17], Financial difficulties [28]; QLQ-LC13: Dyspnoea [33, 34, 35], Coughing [31], Haemoptysis [32], Sore mouth [36], Dysphagia [37], Peripheral neuropathy [38], Alopecia [39], Pain in chest [40], Pain in arm or shoulder [41], Pain in other parts [42]), a higher score indicates a greater degree of symptoms/problems.
1

Do you have any trouble doing strenuous activities, like carrying a heavy shopping bag or a suitcase?
2

Do you have any trouble taking a long walk?
3

Do you have any trouble taking a short walk outside of the house?
4

Do you need to stay in bed or a chair during the day?
5

Do you need help with eating, dressing, washing yourself or using the toilet?
6

Were you limited in doing either your work or other daily activities?
7

Were you limited in pursuing your hobbies or other leisure time activities?
8

Were you short of breath?
9

Have you had pain?
10

Did you need to rest?
11

Have you had trouble sleeping?
12

Have you felt weak?
13

Have you lacked appetite?
14

Have you felt nauseated?
15

Have you vomited?
16

Have you been constipated?
17

Have you had diarrhea?
18

Were you tired?
19

Did pain interfere with your daily activities?
20

Have you had difficulty in concentrating on things, like reading a newspaper or watching television?
21

Did you feel tense?
22

Did you worry?
23

Did you feel irritable?
24

Did you feel depressed?
25

Have you had difficulty remembering things?
26

Has your physical condition or medical treatment interfered with your family life?
27

Has your physical condition or medical treatment interfered with your social activities?
28

Has your physical condition or medical treatment caused you financial difficulties?
29

How would you rate your overall health during the past week?
30

How would you rate your overall quality of life during the past week?
31

How much did you cough?
32

Did you cough up blood?
33

Were you short of breath when you were resting?
34

Were you short of breath when you walked?
35

Were you short of breath when you climbed stairs?
36

Have you had a sore mouth or tongue?
37

Have you had trouble swallowing?
38

Have you had tingling hands or feet?
39

Have you had hair loss?
40

Have you had pain in your chest?
41

Have you had pain in your arm or shoulder?
42

Have you had pain in other parts of your body?
43

Did you take any medicine for pain? If yes, how much did it help?
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 24). Questionnaire de qualité de vie de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-qualite-de-vie-eortc-qlq-c30/
Looti, Mohammed. “Questionnaire de qualité de vie de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer.” Base de données de psychologie en français, 24 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-qualite-de-vie-eortc-qlq-c30/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire de qualité de vie de l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer.” Base de données de psychologie en français. septembre 24, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-qualite-de-vie-eortc-qlq-c30/.