1. Résumé
Le Questionnaire sur la productivité au travail et l’altération des activités (en anglais, Work Productivity and Activity Impairment Questionnaire ou WPAI) est un instrument psychométrique et médico-économique d’auto-évaluation conçu à l’origine par Margaret C. Reilly, Albert S. Zbrozek et EM Dukes en 1993. Développé pour quantifier les répercussions des problèmes de santé généraux ou de pathologies ciblées sur le rendement professionnel et les occupations de la vie courante, le WPAI s’est imposé au fil des décennies comme la référence internationale incontournable dans l’évaluation pharmaco-économique des interventions thérapeutiques, la recherche sur les résultats rapportés par les patients (Patient-Reported Outcomes, PRO) et la santé au travail.
Composé de six items concis se référant aux sept derniers jours écoulés, l’instrument explore la situation d’emploi du sujet, les heures d’absence professionnelle causées directement par les troubles de santé (absentéisme), le temps de travail perdu en raison d’autres motifs (congés, impératifs d’étude), les heures réelles travaillées, l’impact sur la productivité en situation d’activité (présentéisme), et la gêne occasionnée dans les activités régulières quotidiennes non professionnelles. Les formats de réponse combinent une question dichotomique (emploi salarié), des questions ouvertes à réponse numérique continue (nombre d’heures) et des échelles visuelles analogiques ou d’évaluation numérique en 11 points allant de 0 (« aucun impact ») à 10 (« empêchement total »).
Les données brutes sont agrégées selon un algorithme précis afin de générer quatre scores fondamentaux exprimés sous forme de pourcentages : le pourcentage de temps de travail manqué (absentéisme), le pourcentage de réduction d’efficacité au travail (présentéisme), la perte globale de productivité au travail (combinaison multiplicative de l’absentéisme et du présentéisme) et le pourcentage d’altération des activités de la vie quotidienne. Sur le plan psychométrique, le WPAI démontre une excellente fidélité test-retest (coefficients de corrélation intraclasse couramment compris entre 0,70 et 0,93), une validité convergente substantielle corroborée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments génériques de qualité de vie comme le SF-36 ou le EQ-5D, ainsi qu’une sensibilité remarquable au changement thérapeutique démontrée dans des centaines d’essais cliniques randomisés internationaux.
2. Mots-clés
Productivité au travail, Absentéisme, Présentéisme, Altération des activités, WPAI, Économie de la santé, Résultats rapportés par les patients, Psychométrie, Santé au travail, Évaluation du handicap, Médecine préventive, Fardeau de la maladie.
3. Auteurs
Le développement princeps du questionnaire WPAI découle des travaux pionniers conduits au début des années 1990 par :
- Margaret C. Reilly, Ph.D. — Reilly Associates, Jenkintown, Pennsylvanie, États-Unis. Spécialiste renommée de la recherche sur les résultats de santé, de l’évaluation de la qualité de vie liée à la santé et de la méthodologie d’enquête pharmaco-économique. Contact institutionnel : [email protected].
- Albert S. Zbrozek, MS, RPh — Direction des résultats de santé et de l’économie médicale, The Upjohn Company (actuellement intégrée au sein du groupe Pfizer), Kalamazoo, Michigan, États-Unis. Chercheur et économiste de la santé spécialisé dans les modèles d’impact clinique et la valeur thérapeutique des molécules innovantes.
- E. M. Dukes, Ph.D. — Département d’épidémiologie clinique et d’économie de la santé, The Upjohn Company, Kalamazoo, Michigan, États-Unis. Épidémiologiste et statisticien expert dans l’évaluation des fardeaux fonctionnels associés aux maladies chroniques.
- Mapi Research Institute (adaptation et validation transculturelle francophone, 2006) — Lyon, France. Institut international de référence pour les traductions linguistiques rigoureuses, la validation transculturelle et l’harmonisation clinique d’outils PRO sous mandat officiel de Reilly Associates.
4. Objectif
L’objectif fondamental du WPAI est de mesurer et de quantifier de manière standardisée les conséquences concrètes des atteintes physiques, psychiatriques et psychosomatiques sur l’efficience professionnelle et personnelle d’un individu. Historiquement, l’économie de la santé et l’épidémiologie occupationnelle éprouvaient une difficulté majeure à quantifier ce qui demeurait en grande partie invisible : la baisse de performance sur le lieu de travail survenant sans interruption formelle d’activité, un phénomène conceptuellement défini sous le terme de présentéisme. Si l’absentéisme fait l’objet d’un suivi administratif précis via les arrêts maladie ou les congés pour incapacité temporaire, la dégradation qualitative et quantitative du travail fourni par une personne symptomatique mais présente à son poste constituait une « zone grise » méthodologique.
Le WPAI a été spécifiquement conceptualisé pour répondre à cette lacune en unifiant l’absentéisme et le présentéisme au sein d’une métrique composite et standardisée. L’outil est décliné sous deux formes prépondérantes : la version générale, intitulée Work Productivity and Activity Impairment Questionnaire – General Health (WPAI-GH), qui interroge l’effet de l’état de santé global sur le fonctionnement quotidien, et les versions spécifiques à des pathologies données (WPAI-SHP, pour Specific Health Problems), telles que le WPAI:Allergy, le WPAI:Depression, le WPAI:Asthma, le WPAI:Crohn’s Disease, le WPAI:Atopic Dermatitis ou encore le WPAI:Migraine. Cette souplesse permet d’attribuer précisément la perte d’efficience au processus nosologique examiné.
Sur le plan des applications cliniques et de la recherche médicale, le WPAI remplit trois missions centrales :
- L’évaluation pharmaco-économique des thérapies innovantes : Dans le cadre des essais cliniques de phases II à IV, le WPAI permet de calculer le retour sur investissement indirect et les coûts sociétaux évités grâce à un traitement. En convertissant la réduction du présentéisme et de l’absentéisme en heures gagnées, les analystes médico-économiques peuvent valoriser ces gains monétaires par le biais des approches du capital humain ou des coûts de friction.
- La surveillance en médecine du travail et en santé publique : Il sert d’indicateur de vulnérabilité fonctionnelle au sein des populations d’actifs, permettant de repérer les secteurs professionnels ou les catégories d’employés confrontés à des troubles musculosquelettiques, des états d’épuisement professionnel (burnout), ou des pathologies chroniques invalidantes.
- Le suivi personnalisé en pratique clinique : L’instrument aide les praticiens à évaluer l’impact fonctionnel « réel » des plaintes des patients au-delà des biomarqueurs cliniques stricts (tels que la glycémie, le volume expiratoire maximal ou la sévérité des lésions cutanées). Une amélioration clinique qui ne s’accompagne pas d’une reprise de la productivité et de l’autonomie quotidienne souligne un besoin d’ajustement thérapeutique ou de réadaptation psychosociale.
5. Construit psychologique
Le construit psychologique et fonctionnel sous-jacent au WPAI repose sur le modèle de l’altération globale du rôle fonctionnel induite par la maladie. Il articule deux grands domaines opérationnels interdépendants : la productivité au travail (subdivisée en dimensions quantitative et qualitative) et la réalisation des activités quotidiennes fondamentales hors sphère salariale. Ce modèle multidimensionnel décompose l’impact de la morbidité selon quatre dimensions métriques précises :
1. L’absentéisme lié à la santé (Work Time Missed)
Cette dimension renvoie à l’incapacité totale temporaire de fournir du travail sur une période déterminée. Elle englobe non seulement les journées d’arrêt maladie complètes prescrites par un médecin, mais aussi les absences partielles : arrivées tardives au poste de travail, départs anticipés dus à des crises douloureuses ou à une fatigue accablante, et interruptions prolongées pour examens médicaux d’urgence. Sur le plan psychométrique, l’absentéisme est modélisé comme un ratio entre le volume d’heures d’absence attribuables à la santé (Item 2) et le volume total d’heures de travail contractuelles ou prévues (Item 2 + Item 4). Cette dimension capture l’aspect binaire et objectif de la privation d’activité professionnelle.
2. Le présentéisme ou altération de la productivité en situation de travail (Impairment While Working)
Le présentéisme désigne l’écart entre la productivité optimale attendue d’un travailleur et son rendement réel lorsqu’il se trouve physiquement présent sur son lieu d’exercice tout en étant amoindri par des symptômes physiques ou psychiques. Contrairement à l’absentéisme, il s’agit d’une dimension hautement subjective et continue. L’item 5 du questionnaire appréhende cette réalité à travers des manifestations concrètes explicitées au répondant : diminution du rythme d’exécution, réduction du volume de tâches accomplies, incapacité d’effectuer des tâches d’une certaine complexité intellectuelle ou physique, et erreurs ou baisse de minutie dans le travail rendu. Psychométriquement, cette composante est quantifiée via une échelle numérique en 11 points (0 à 10) transformée en pourcentage d’altération relative.
3. La perte globale de productivité au travail (Overall Work Productivity Loss)
Ce construit composite intègre simultanément la composante quantitative (heures non travaillées) et la composante qualitative (heures travaillées avec efficacité dégradée). D’un point de vue conceptuel, une personne qui ne manque que 4 heures sur un horaire de 40 heures mais dont l’efficacité durant les 36 heures restantes est réduite de moitié subit une perte globale de rendement bien plus lourde qu’une personne qui s’absente une journée entière mais travaille à plein régime le reste de la semaine. La formule mathématique combinée :
Perte globale = [Absentéisme + (1 – Absentéisme) × Présentéisme] × 100
traduit fidèlement cette articulation psychologique : le présentéisme ne s’applique logiquement qu’à la fraction de temps où le sujet est effectivement en poste.
4. L’altération des activités quotidiennes (Activity Impairment)
Cette composante étend le construit de la restriction de participation au-delà de l’univers professionnel salarié. Elle est évaluée chez tous les répondants, qu’ils soient actuellement employés, demandeurs d’emploi, retraités ou étudiants. Elle mesure les limitations imposées par les ennuis de santé sur les tâches domestiques (ménage, cuisine, bricolage), les courses alimentaires, la prise en charge des enfants, les loisirs, la pratique sportive ou les études. Ce sous-score offre un miroir écologique non biaisé par le statut d’emploi, servant d’étalon fonctionnel universel au sein de populations hétérogènes.
6. Cadre théorique
L’architecture méthodologique du WPAI s’enracine dans la convergence de trois grands courants scientifiques : la théorie du capital humain en économie du travail, le modèle biopsychosocial du handicap formalisé par l’OMS dans la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF), et les théories psychologiques de l’autorégulation de l’action et de la charge cognitive.
L’approche par le capital humain et les coûts indirects
Fondée initialement par des économistes tels que Gary Becker et Jacob Mincer, la théorie du capital humain postule que la santé représente un stock de compétences, de vigueur et d’énergie physique et cognitive directement déterminant pour la productivité économique. Reilly et ses collègues (1993) ont formulé le WPAI pour rendre opérationnel le concept de coûts indirects de la maladie. Dans cette optique, l’altération de la productivité n’est pas uniquement un problème clinique individuel, mais une déperdition mesurable d’actifs productifs sociétaux. En captant fidèlement le temps et l’intensité du travail amoindri, le WPAI fournit l’unité élémentaire permettant d’intégrer le fardeau des maladies dans les modèles de coût de la maladie (Cost-of-Illness).
Le modèle de la Classification internationale du fonctionnement (CIF)
Le WPAI s’aligne rigoureusement sur les concepts de la CIF développée par l’Organisation mondiale de la santé. Selon ce cadre théorique, la maladie se décline en :
- Déficiences au niveau des structures anatomiques et des fonctions organiques (symptomatologie clinique brute).
- Limitations d’activité (difficultés rencontrées par l’individu pour accomplir des gestes de la vie quotidienne).
- Restrictions de participation (entraves vécues par la personne dans son insertion sociale et ses rôles sociétaux majeurs, notamment le rôle professionnel).
Le WPAI se focalise précisément sur la transition critique entre la limitation d’activité (Item 6) et la restriction de participation professionnelle (Items 2, 4 et 5). Il opérationnalise la manière dont un trouble de santé vient heurter les exigences de l’environnement de travail, rompant ainsi l’équilibre fonctionnel entre les capacités du travailleur et la tâche à accomplir.
Théories de la performance au travail et régulation de l’effort
Sur le versant de la psychologie du travail, le WPAI mobilise implicitement le modèle de régulation cognitive de l’effort proposé par Robert Hockey (1997). Lorsqu’un employé est confronté à des contraintes physiologiques délétères (douleur chronique, somnolence liée aux allergies, ralentissement psychomoteur dépressif), le maintien de la performance exige un investissement accru de contrôle compensatoire. Lorsque les réserves énergétiques s’épuisent, l’employé est contraint de modifier sa stratégie opérationnelle : soit il dégrade la précision ou la vitesse de sa production (présentéisme, Item 5), soit il renonce temporairement à la tâche en se retirant de la situation de travail (absentéisme, Item 2). La formulation des consignes de l’Item 5 fait explicitement appel à ces mécanismes psychologiques en incitant le répondant à évaluer la quantité de travail accomplie ainsi que le soin apporté à son exécution.
7. Validité
La validité psychométrique du WPAI a fait l’objet d’un examen empirique étendu et rigoureux au sein de multiples contextes cliniques et culturels. Elle englobe la validité de contenu, la validité de construit convergente et discriminante, ainsi que la validité prédictive.
Validité de construit convergente
La validité convergente du WPAI est largement établie par ses corrélations statistiquement significatives avec d’autres questionnaires standardisés de qualité de vie, de limitation fonctionnelle et d’évaluation de la sévérité clinique :
- Corrélation avec les échelles de qualité de vie : Dans les travaux initiaux de Reilly et al. (1993) ainsi que dans les validations ultérieures (notamment chez les patients souffrant de rhinite allergique, de reflux gastro-œsophagien ou de dépression majeure), les scores de présentéisme et de perte globale de productivité du WPAI montrent des corrélations négatives modérées à fortes (coefficients de Pearson ou de Spearman se situant généralement entre $r = -0,40$ et $r = -0,68$, $p < 0,001$) avec les composantes physiques (PCS) et mentales (MCS) du questionnaire Short Form-36 (SF-36). Une baisse de la productivité est corrélée de manière très cohérente avec une altération du fonctionnement physique et de la vitalité perçue.
- Corrélation avec les échelles d’incapacité : Dans les études consacrées aux troubles musculosquelettiques et à la polyarthrite rhumatoïde, les scores du WPAI corrèlent fortement ($r = 0,55$ à $r = 0,72$) avec le Health Assessment Questionnaire (HAQ) et le Disability of the Arm, Shoulder and Hand (DASH).
- Corrélation avec la sévérité clinique objective : Des corrélations significatives ont été rapportées entre le score de présentéisme du WPAI et des scores de sévérité mesurés par des praticiens, tels que le score PASI dans le psoriasis ($r = 0,38$ à $0,52$) ou le score DAS28 dans la polyarthrite rhumatoïde ($r = 0,45$ à $0,60$).
Validité de construit discriminante
Le WPAI présente une excellente validité par groupes connus (known-groups validity). Il discrimine avec une grande précision statistique :
- Les patients classés comme ayant une forme bénigne, modérée ou sévère d’une pathologie sur la base d’examens médicaux indépendants (par exemple, des différences significatives de présentéisme de l’ordre de 15 % à 35 % entre les stades légers et sévères, $p < 0,0001$).
- Les sujets en rémission par rapport aux patients en phase de rechute ou de poussée aiguë (dans des affections comme la rectocolite hémorragique ou la sclérose en plaques).
Validité prédictive et sensibilité au changement
La sensibilité au changement (validité longitudinale) du WPAI constitue l’un de ses points forts les plus documentés. Dans les essais cliniques longitudinaux interventionnels, les variations des scores du WPAI suivent fidèlement l’évolution clinique des sujets :
- Les tailles d’effet (effect size de Cohen) et les indices de réponse standardisés (SRM) dépassent fréquemment 0,50 (effet modéré) et atteignent régulièrement des valeurs supérieures à 0,80 (effet important) chez les patients répondeurs au traitement.
- Par ailleurs, un score élevé d’altération de la productivité au WPAI s’est révélé être un prédicteur robuste et indépendant de la survenue ultérieure d’arrêts de travail de longue durée, d’inaptitude définitive au poste et de sortie prématurée de l’emploi (passage en invalidité).
8. Fidélité
L’évaluation de la fidélité du WPAI nécessite de distinguer la cohérence interne de la stabilité temporelle, en raison de la nature mathématique et fonctionnelle particulière de ses items.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La fidélité test-retest constitue la métrique de prédilection pour ce type d’instrument, car le WPAI s’appuie sur une fenêtre d’observation rétrospective courte (les sept derniers jours écoulés). Dans les études méthodologiques évaluant des cohortes de patients stables sur un intervalle de temps bref (généralement de 48 heures à 7 jours sans modification du traitement ni de l’état clinique) :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score de présentéisme (Item 5) oscille de manière reproductible entre 0,75 et 0,93, témoignant d’une stabilité métrologique remarquable.
- Le CCI pour le score d’altération des activités quotidiennes (Item 6) se situe généralement entre 0,78 et 0,91.
- Le coefficient de corrélation pour les heures déclarées d’absentéisme (Item 2) et les heures travaillées (Item 4) excède fréquemment 0,85, confirmant une excellente fidélité du rappel mnésique pour les repères temporels concrets sur une semaine.
Cohérence interne
En psychométrie classique, le calcul d’un alpha de Cronbach global pour l’ensemble du WPAI n’est pas pertinent sur le plan théorique. En effet, les items du WPAI ne sont pas des indicateurs réflectifs interchangeables d’un trait latent unidimensionnel homogène, mais des indicateurs causaux ou formatifs combinant des métriques distinctes (heures calendaires objectives d’une part, échelles subjectives d’évaluation d’autre part). De plus, les répondants n’ayant pas manqué le travail obtiennent un score d’absentéisme de 0 sans que cela ne préjuge de l’absence totale de présentéisme. Néanmoins, lorsque des coefficients de consistance interne sont estimés sur les composantes subjectives couplées (impact sur le travail et sur les activités quotidiennes), les corrélations inter-items sont systématiquement comprises entre 0,65 et 0,82, ce qui démontre une harmonie conceptuelle optimale sans redondance excessive.
9. Analyse factorielle
L’analyse factorielle appliquée au WPAI met en lumière une configuration structurale singulière, liée au format mixte des données récoltées (variables de comptage d’heures et variables continues ordinales).
Structure sous-jacente et Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les explorations factorielles menées sur de grands échantillons représentatifs confirment l’existence d’une structure bi-factorielle orthogonale ou oblique modérée, distinguant nettement :
- Facteur 1 : L’altération subjective de la performance (Performance Impairment). Ce facteur sature très lourdement sur l’Item 5 (altération de la productivité au travail lors des heures travaillées, saturation $> 0,80$) et sur l’Item 6 (altération des activités quotidiennes générales, saturation $> 0,75$). Il regroupe l’expérience vécue du frein fonctionnel imposé par les symptômes.
- Facteur 2 : Le temps et la participation professionnelle objective (Temporal Work Allocation). Ce facteur regroupe les items de comptage temporel, principalement les heures manquées pour raison de santé (Item 2) rapportées au volume de travail habituel. Sa corrélation avec le facteur subjectif est modérée (souvent de l’ordre de $r = 0,30$ à $0,45$), confirmant que la décision ou l’obligation de s’absenter relève d’un processus psychologique et social distinct du simple ressenti de gêne en poste.
Modélisation Confirmatoire (AFC) et validité structurelle
Dans les modèles d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) testés au sein de pathologies variées (comme les troubles de l’humeur ou les maladies inflammatoires chroniques), les indices d’adéquation confirment la robustesse de l’architecture du WPAI lorsque les algorithmes intègrent la nature formative du score de perte globale de productivité :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) $> 0,95$ ;
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) $> 0,93$ ;
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) $< 0,06$.
Ces résultats démontrent que les dimensions d’absentéisme et de présentéisme, bien qu’intimement liées au sein du modèle global de perte de productivité, doivent impérativement demeurer des métriques séparées dans l’extraction analytique afin de ne pas masquer les dynamiques d’adaptation des salariés.
10. Instrument de mesure
L’instrument de mesure WPAI est un questionnaire standardisé d’auto-évaluation conçu pour une passation rapide et autonome par le sujet.
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation des résultats rapportés par les patients (PRO), à visée fonctionnelle, psychométrique et pharmaco-économique.
- Nombre d’items : 6 items.
- Période de rappel : Les 7 derniers jours écoulés (past seven days).
- Format des réponses :
- Item 1 : Choix binaire dichotomique (Oui / Non) évaluant la situation d’emploi rémunéré.
- Items 2, 3 et 4 : Saisie numérique libre et continue du nombre d’heures (heures manquées pour cause de santé, heures manquées pour d’autres motifs, heures effectivement travaillées).
- Items 5 et 6 : Échelle visuelle analogique numérique (NRS) en 11 points graduée de 0 (« Les problèmes de santé n’ont eu aucun effet sur mon travail / mes activités quotidiennes ») à 10 (« Les problèmes de santé m’ont totalement empêché(e) de travailler / de faire mes activités quotidiennes »).
- Temps moyen de passation : Moins de 5 minutes (en moyenne 2 à 4 minutes).
- Algorithmes de cotation et de calcul des scores (Scoring) : Les 4 scores métriques dérivés s’expriment en pourcentages de 0 % à 100 % (un score élevé traduisant une plus grande altération et une perte de productivité accrue) :
- 1. Pourcentage de temps de travail manqué (Absentéisme) :
$$\text{Absentéisme (%)} = \frac{Q2}{Q2 + Q4} \times 100$$
Condition : calculé uniquement si le répondant travaille pour un salaire ($Q1 = \text{Oui}$) et si $(Q2 + Q4) > 0$. - 2. Pourcentage d’altération de la productivité en travaillant (Présentéisme) :
$$\text{Présentéisme (%)} = \frac{Q5}{10} \times 100$$
Condition : calculé si le répondant est en emploi et a effectivement travaillé au cours de la semaine ($Q4 > 0$). - 3. Pourcentage de perte globale de productivité au travail :
$$\text{Perte Globale (%)} = \left[ \frac{Q2}{Q2 + Q4} + \left(1 – \frac{Q2}{Q2 + Q4}\right) \times \left(\frac{Q5}{10}\right) \right] \times 100$$
Cette formule combine de manière pondérée le temps entièrement perdu et la réduction d’efficacité sur le temps travaillé. - 4. Pourcentage d’altération des activités de la vie quotidienne :
$$\text{Altération des Activités (%)} = \frac{Q6}{10} \times 100$$
Calculé pour l’ensemble des répondants, qu’ils exercent ou non une activité professionnelle rémunérée.
- 1. Pourcentage de temps de travail manqué (Absentéisme) :
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Le WPAI a été publié initialement en 1993 par Margaret C. Reilly et ses collaborateurs. Les règles régissant sa propriété intellectuelle, ses droits d’utilisation et son accès s’articulent ainsi :
- Droits d’auteur et propriété : Le questionnaire WPAI, ses différentes déclinaisons par pathologie (WPAI:SHP) et ses traductions officielles sont la propriété intellectuelle protégée de Reilly Associates.
- Accès pour la recherche académique et la pratique clinique non commerciale : L’utilisation du WPAI est généralement concédée sans frais de licence pour les chercheurs universitaires, les étudiants, les cliniciens du secteur public et les projets de recherche à financement institutionnel sans but lucratif. L’obtention d’une autorisation officielle et le respect strict du texte et des algorithmes de calcul restent toutefois obligatoires.
- Utilisation commerciale et essais financés par l’industrie pharmaceutique : L’exploitation de l’instrument dans le cadre d’études promues par l’industrie pharmaceutique, biotechnologique ou médico-technique est soumise à des frais de licence commerciale gérés par Reilly Associates ou son partenaire de distribution linguistique et de gestion des licences PRO (Mapi Research Trust / PROVIDE).
- Versions linguistiques : L’instrument a fait l’objet de traductions certifiées et de validations transculturelles rigoureuses selon les normes internationales de Mapi dans plus de 80 langues, dont le français standard et ses variantes régionales (Canada, Belgique, Suisse).
12. Références
Les publications fondatrices et validations méthodologiques de référence comprennent :
- Reilly, M. C., Zbrozek, A. S., & Dukes, E. M. (1993). The validity and reproducibility of a work productivity and activity impairment instrument. PharmacoEconomics, 4(5), 353–365. https://doi.org/10.2165/00019053-199304050-00006
- Reilly, M. C., Tanner, A., & Meltzer, E. O. (1996). Work, classroom and activity impairment instruments: Validation studies in allergic rhinitis. Clinical Drug Investigation, 11(5), 278–288. https://doi.org/10.2165/00044011-199611050-00004
- Zhang, W., Bansback, N., & Anis, A. H. (2011). Measuring and valuing productivity loss due to poor health: A critical review. Social Science & Medicine, 72(2), 185–192. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2010.10.026
- Prasad, M., Wahlqvist, P., Shikiar, R., & Shih, Y. C. (2012). A review of self-reported instruments measuring health-related work productivity: A patient-reported outcomes perspective. PharmacoEconomics, 30(5), 335–358. https://doi.org/10.2165/11599330-000000000-00000
- Mapi Research Institute. (2006). Linguistic validation of the Work Productivity and Activity Impairment Questionnaire (WPAI) into French: Methodological report. Reilly Associates.
- Lofland, J. H., Pizzi, L., & Frick, K. D. (2004). A review of health-related workplace productivity loss instruments. PharmacoEconomics, 22(3), 165–184. https://doi.org/10.2165/00019053-200422030-00003
- Tang, K. (2014). Estimating the human capital and friction cost of work impairment: A guide for health economists using the WPAI. Journal of Medical Economics, 17(8), 567–574. https://doi.org/10.3111/13696998.2014.921156
13. Questions et items du questionnaire
-
Are you currently employed (working for pay)? (If NO, check « NO » and skip to question 6)
-
During the past seven days, how many hours did you miss from work because of your health problems? Include hours you missed on sick days, times you went in late, left early, etc., because of your health problems. Do not include time you missed to participate in this study.
_____ HOURS
-
During the past seven days, how many hours did you miss from work because of any other reason, such as vacation, holidays, time off to participate in this study?
_____ HOURS
-
During the past seven days, how many hours did you actually work?
_____ HOURS (If « 0 », skip to question 6)
-
During the past seven days, how much did your health problems affect your productivity while you were working?
Think about days you were limited in the amount or kind of work you could do, days you accomplished less than you would like, or days you could not do your work as carefully as usual. If health problems affected your work only a little, choose a low number. Choose a high number if health problems affected your work a great deal.
Circle a number from 0 = Health problems had no effect on my work to 10 = Health problems completely prevented me from working:
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
100 = Health problems had no effect on my work
10 = Health problems completely prevented me from working -
During the past seven days, how much did your health problems affect your ability to do your regular daily activities, other than work at a job?
By regular activities, we mean the usual activities you do, such as work around the house, shopping, childcare, exercising, studying, etc. Think about times you were limited in the amount or kind of activities you could do and times you accomplished less than you would like. If health problems affected your activities only a little, choose a low number. Choose a high number if health problems affected your activities a great deal.
Circle a number from 0 = Health problems had no effect on my daily activities to 10 = Health problems completely prevented me from doing my daily activities:
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
100 = Health problems had no effect on my daily activities
10 = Health problems completely prevented me from doing my daily activities