1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur les préférences relatives à l’environnement social en réadaptation physique (en anglais, Injury Rehabilitation Social Environment Preferences Questionnaire ou IRSEPQ) est un instrument psychométrique conçu pour évaluer les préférences contextuelles et interpersonnelles des patients en cours de traitement kinésithérapique ou de rééducation physique après une blessure. Développé initialement par Molly V. Driediger et Craig R. Hall à l’Université Western Ontario (2012), l’outil s’ancre dans les théories de l’autoprésentation (self-presentation) et de l’anxiété liée au physique social (Social Physique Anxiety, SPA). L’échelle examine de quelle manière les caractéristiques de l’environnement social clinique — telles que le sexe et l’apparence physique des autres patients, le niveau d’interaction sociale, les exigences vestimentaires et le sexe du praticien — influencent le confort psychologique du patient.
L’IRSEPQ comprend 14 items auto-rapportés, évalués à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Not Preferred » / Non préféré) à 5 (« Completely Prefer » / Entièrement préféré). L’instrument permet d’identifier les conditions environnementales susceptibles d’exacerber ou d’atténuer la détresse évaluative, la vulnérabilité perçue et le désengagement thérapeutique. Les études psychométriques mettent en évidence une structure factorielle cohérente regroupant les facteurs liés aux pairs (sexe, niveau athlétique perçu, convivialité), les facteurs d’exposition corporelle (tenues amples versus moulantes) et les caractéristiques du thérapeute. L’échelle démontre une fidélité interne satisfaisante ainsi qu’une validité de construit solide, corrélant de manière significative avec les échelles d’anxiété corporelle sociale et d’adhésion aux soins. L’IRSEPQ constitue un levier précieux tant pour la recherche empirique en psychologie du sport et de la réadaptation que pour l’optimisation ergonomique et psychosociale des cliniques de physiothérapie.
2. Mots-clés / Keywords
Réadaptation physique, Kinésithérapie, Autoprésentation, Anxiété liée au physique social, Environnement clinique, Préférences sociales, Évaluation psychométrique, Adhésion thérapeutique, Vulnérabilité corporelle, Psychologie de la santé.
3. Auteurs / Authors
Le questionnaire a été élaboré par des chercheurs affiliés à l’École de kinésiologie de la Faculté des sciences de la santé de l’Université de Western Ontario (London, Ontario, Canada) :
- Molly V. Driediger, Ph.D. — Chercheuse en psychologie du sport, de l’exercice et de la réadaptation physique. Ses travaux doctoraux portent sur les processus d’autoprésentation, la motivation corporelle et les contextes de rééducation physique. Affiliation institutionnelle : School of Kinesiology, Western University, London, Ontario, Canada.
- Craig R. Hall, Ph.D. — Professeur émérite à l’École de kinésiologie de l’Université Western Ontario. Spécialiste de renommée internationale en psychologie de l’activité physique, imagerie mentale appliquée au sport et dynamiques psychosociales de l’exercice.
- Collaborateurs associés aux validations ultérieures (2016) : Carly D. McKay, Ph.D. (Centre for Motivation and Behaviour Change, University of Bath) et Paul S. Echlin, M.D. (médecin du sport spécialiste du traumatisme crânien et de la médecine de rééducation).
4. Objectif / Purpose
La rééducation physique consécutive à un traumatisme musculo-squelettique ou chirurgical représente une période de forte vulnérabilité pour les individus. Dans les cliniques de physiothérapie et de kinésithérapie, les patients se retrouvent fréquemment dans des espaces partagés, vêtus de tenues de sport révélatrices ou d’habits d’examen clinique, tout en exécutant des mouvements physiques sous le regard d’autrui. Ces mouvements sont souvent maladroits, douloureux ou restreints en raison de la déficience fonctionnelle temporaire. Par conséquent, l’environnement clinique peut déclencher d’intenses préoccupations d’autoprésentation, c’est-à-dire la crainte de projeter une image publique défavorable, affaiblie ou non attrayante.
L’objectif principal de l’IRSEPQ est d’opérationnaliser et de quantifier les préférences individuelles des patients quant à la configuration sociale de leur milieu de réadaptation. L’échelle cherche à répondre aux questions suivantes :
- Dans quelle mesure les patients préfèrent-ils être entourés de pairs du même sexe, de sexe opposé ou au sein d’un groupe mixte ?
- Comment le niveau athlétique apparent des autres patients affecte-t-il le sentiment de comparaison sociale ?
- Quel climat d’interaction (environnement silencieux et discret versus environnement hautement socialisant) favorise l’engagement individuel ?
- Quelles exigences vestimentaires (vêtements amples dissimulant la silhouette versus vêtements près du corps exposant la morphologie) minimisent l’anxiété d’évaluation ?
- Quel est le degré de préférence quant au sexe du professionnel de santé assurant le traitement ?
Sur le plan clinique, cet instrument permet aux praticiens de diagnostiquer les barrières environnementales qui compromettent la présence aux séances, la conformité aux exercices et le bien-être émotionnel du patient. Sur le plan de la recherche, il offre une mesure empirique standardisée pour tester les modèles d’interaction personne-environnement en psychologie de la santé.
5. Construit psychologique / Construct
L’IRSEPQ mesure le construit multidimensionnel des préférences environnementales et sociales en rééducation. Ce construit est théorisé comme une réponse adaptative aux menaces perçues envers l’image de soi. Il s’articule autour de plusieurs dimensions interconnectées :
1. Composition de genre de l’entourage clinique (Items 1, 2, 3, 13, 14)
Cette dimension évalue l’impact du sexe des autres patients et du thérapeute sur le confort psychologique. Les recherches démontrent que la présence d’individus du sexe opposé accroît la vigilance autoprésentationnelle, en particulier chez les femmes ressentant une anxiété corporelle élevée. L’IRSEPQ permet de distinguer une préférence pour un environnement non mixte (même sexe), hétérogène (mixité équilibrée) ou spécifique au soignant (thérapeute du même sexe ou de sexe opposé).
2. Comparaison physique et athlétisme perçu des pairs (Items 4 et 5)
Dans un gymnase ou une salle de kinésithérapie, les individus effectuent des comparaisons sociales ascendantes ou descendantes. L’observation de patients ayant une apparence hautement athlétique peut générer un sentiment d’infériorité, d’incompétence corporelle ou d’anxiété de contraste. À l’inverse, un entourage perçu comme non athlétique peut créer un sentiment de réassurance et d’appartenance partagée.
3. Dynamique interactionnelle et climat social (Items 6 et 7)
Cette facette explore le degré d’interaction sociale souhaité par le patient. Certains individus trouvent du réconfort dans un milieu participatif, bavard et soutenant, favorisant le soutien social horizontal. D’autres, craignant d’exposer leur vulnérabilité, privilégient un climat discret, impersonnel et centré strictement sur les soins, évitant les échanges interpersonnels intrusifs.
4. Pression d’évaluation et motivation à impressionner (Items 8 et 9)
Cette sous-dimension capte directement le niveau de saillance des objectifs d’autoprésentation. Elle distingue les situations où le patient perçoit un besoin de plaire, d’impressionner ou de maintenir une façade de force face aux autres usagers, par opposition aux situations de désactivation de l’évaluation où le patient se sent libre d’exprimer sa fatigue et sa douleur sans craindre d’être jugé.
5. Normes vestimentaires et exposition du corps (Items 10, 11, 12)
Le vêtement agit comme une barrière protectrice de l’identité corporelle. L’IRSEPQ explore le gradient d’exposition physique à travers trois conditions concrètes : vêtements couvrants et amples (survêtement pantalon long et manches longues), vêtements intermédiaires amples (short large et t-shirt ample), et tenues compressives et courtes (haut et bas moulants en Spandex). Cette dernière condition constitue un déclencheur classique d’anxiété liée au physique social.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’IRSEPQ prend racine à la confluence de la sociologie dramaturgique, de la psychologie sociale cognitive et de la psychologie de l’exercice physique :
La théorie de l’autoprésentation (Goffman, 1959 ; Leary & Kowalski, 1990)
Selon Erving Goffman, la vie sociale est comparable à une scène de théâtre sur laquelle les individus gèrent les impressions qu’ils projettent sur leur public. Mark R. Leary et Robin M. Kowalski ont formalisé ce modèle en identifiant deux composantes interdépendantes : la motivation à l’autoprésentation (le désir de contrôler la façon dont on est perçu) et la construction de l’autoprésentation (la sélection active d’images et de comportements à afficher). Dans un cadre médical ou kinésithérapique, la blessure brise souvent l’illusion de contrôle corporel et de compétence physique. L’individu peut craindre d’être perçu comme physiquement diminué, fragile ou disgracieux.
Le modèle de l’anxiété liée au physique social (Hart, Leary & Rejeski, 1989)
L’anxiété liée au physique social (Social Physique Anxiety – SPA) survient lorsqu’un individu anticipe une évaluation négative de sa morphologie corporelle par autrui. Les travaux pionniers de Kathleen Martin Ginis et collègues ont démontré que les environnements d’exercice physique modulent fortement cette anxiété par le biais de miroirs, de tenues révélatrices et de la présence d’observateurs masculins ou très affûtés. Molly Driediger et Craig Hall ont étendu ce paradigme au contexte de la rééducation des blessures : une clinique de physiothérapie n’est pas un lieu neutre ; elle constitue un micro-environnement social où les variables matérielles et humaines activent l’anxiété d’évaluation et conditionnent l’adhésion au protocole de réhabilitation.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’IRSEPQ ont été documentées lors des travaux de doctorat de Driediger (2012) et dans les publications scientifiques ultérieures (Driediger et al., 2016) :
- Validité de contenu : Les 14 items ont été générés à partir d’une analyse exhaustive de la littérature sur l’anxiété liée au physique social en milieu sportif, adaptée aux contraintes spécifiques des salles de physiothérapie (présence conjointe de patients et de soignants, promiscuité physique lors des mobilisations articulaires). Un panel d’experts en psychologie de l’exercice et en kinésiologie a confirmé la pertinence clinique de chaque item.
- Validité de construit et convergente : L’échelle montre des corrélations positives significatives avec l’échelle d’anxiété liée au physique social (Social Physique Anxiety Scale – SPAS ; Hart et al., 1989). Les participants présentant un score élevé de SPA affichent une préférence nettement plus marquée pour les vêtements amples (items 10 et 11, r = 0,42 à 0,55, p < 0,001) et un rejet catégorique des vêtements moulants en Spandex (item 12, corrélation négative avec la préférence, p < 0,001). De plus, ces individus privilégient fortement les praticiens et les pairs du même sexe afin d’atténuer la menace évaluative.
- Validité discriminante : L’IRSEPQ discrimine efficacement les patients selon leur niveau antérieur d’activité physique (athlètes d’élite versus individus sédentaires) et selon leur niveau d’anxiété trait. Les athlètes s’avèrent significativement moins perturbés par la présence d’autres patients au profil athlétique (item 4) que les patients récréatifs ou non sportifs.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’IRSEPQ a été testée sur des échantillons d’adultes et d’athlètes universitaires en rééducation physique :
- Cohérence interne : Les analyses indiquent des coefficients alpha de Cronbach stables pour les regroupements thématiques sous-jacents. La dimension liée aux préférences vestimentaires (items 10, 11, 12 inversé) présente un coefficient alpha supérieur à 0,78. Les sous-échelles relatives au climat de comparaison sociale et aux pairs présentent des alphas compris entre 0,72 et 0,81.
- Stabilité temporelle (test-retest) : Bien que les préférences contextuelles puissent fluctuer selon la sévérité de la douleur aiguë, les corrélations test-retest à deux semaines d’intervalle chez des patients stables se situent entre r = 0,74 et r = 0,86, attestant d’une excellente stabilité des schémas préférentiels d’autoprésentation.
- Fidélité inter-items : Les corrélations inter-items au sein des paires complémentaires (ex. item 6 « très sociables » versus item 7 « peu sociables », ou item 8 « impressionner » versus item 9 « pas besoin d’impressionner ») attestent d’une bonne sensibilité différentielle du système de réponse.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) conduites par Driediger (2012) à l’aide de méthodes d’extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax) ont mis en lumière une organisation multifactorielle structurant les 14 items :
- Facteur 1 : Préférences vestimentaires et dissimulation corporelle (Items 10, 11, 12) — Ce facteur explique une part prépondérante de la variance totale (environ 24 %). Les saturations factorielles de ces items dépassent 0,70. Il oppose l’exposition du corps via des vêtements serrés au confort protecteur des vêtements amples.
- Facteur 2 : Concordance de genre et démographie clinique (Items 1, 2, 3, 13, 14) — Ce facteur regroupe les préférences liées au sexe des pairs et du thérapeute. Il capture le besoin d’homophilie de genre comme mécanisme de réduction de l’anxiété évaluative.
- Facteur 3 : Comparaison athlétique et évaluation sociale (Items 4, 5, 8, 9) — Ce facteur capte la sensibilité aux signaux de compétence corporelle d’autrui et la pression perçue à maintenir un statut d’excellence corporelle.
- Facteur 4 : Ambiance et interactions interpersonnelles (Items 6, 7) — Isole la composante conversationnelle et communicative du contexte de soin.
Les modèles d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) rapportés dans les études méthodologiques associées soutiennent l’adéquation du modèle aux données avec des indices d’ajustement satisfaisants (CFI > 0,90, RMSEA < 0,08).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’outil : Injury Rehabilitation Social Environment Preferences Questionnaire (IRSEPQ).
- Nature de l’épreuve : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique contextuelle.
- Population cible : Adultes, athlètes et personnes engagées dans un protocole de rééducation physique, de kinésithérapie ou de thérapie sportive suite à une blessure.
- Nombre d’items : 14 énoncés brefs.
- Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points :
- 1 = Not Preferred (Pas du tout préféré / Non préféré)
- 2 = Slightly Preferred (Légèrement préféré)
- 3 = Moderately Preferred (Modérément préféré)
- 4 = Highly Preferred (Très préféré)
- 5 = Completely Prefer (Entièrement préféré)
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Modalités de cotation : Les scores peuvent être analysés par item individuel pour dresser un profil de besoins environnementaux, ou agrégés par sous-dimensions (Dissimulation vestimentaire, Concordance de genre, Comparaison athlétique, Interaction sociale). Aucun score global unidimensionnel unique n’est recommandé en raison du caractère contrasté de certaines paires d’items.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement : 2012 (dépôt de la thèse de doctorat de Molly V. Driediger) ; publications complémentaires en 2016.
- Droits d’auteur : © 2012 Molly V. Driediger et Craig R. Hall. Droits académiques détenus par les auteurs et la Western University (Electronic Thesis and Dissertation Repository).
- Tarification et accessibilité : L’instrument est dans le domaine public à des fins de recherche scientifique et d’usage clinique non commercial. Aucun paiement de redevance n’est exigé pour une utilisation universitaire. Les praticiens et chercheurs sont priés de citer les publications originales des auteurs lors de l’exploitation de l’outil.
12. Références / References
Driediger, M. V. (2012). Self-presentation and social physique anxiety in injury rehabilitation settings (Electronic Thesis and Dissertation Repository, Paper 525). Western University. https://ir.lib.uwo.ca/etd/525
Driediger, M. V., McKay, C. D., Hall, C. R., & Echlin, P. S. (2016). A qualitative examination of women’s self-presentation and social physique anxiety during injury rehabilitation. Physiotherapy, 102(4), 371–376. https://doi.org/10.1016/j.physio.2015.09.001
Goffman, E. (1959). The presentation of self in everyday life. Anchor Books. https://en.wikipedia.org/wiki/The_Presentation_of_Self_in_Everyday_Life
Hart, E. A., Leary, M. R., & Rejeski, W. J. (1989). The measurement of social physique anxiety. Journal of Sport and Exercise Psychology, 11(1), 94–104. https://doi.org/10.1123/jsep.11.1.94
Leary, M. R., & Kowalski, R. M. (1990). Impression management: A literature review and two-component model. Psychological Bulletin, 107(1), 34–47. https://doi.org/10.1037/0033-2909.107.1.34
Martin Ginis, K. A., Burke, S. M., & Gauvin, L. (2007). Exercising with others: Exacerbating or ameliorating intellectual and physique anxiety? Annals of Behavioral Medicine, 33(3), 296–304. https://doi.org/10.1007/BF02879912
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 1 (Not Preferred) to 5 (completely Prefer)
- The other patients in the clinic are the same sex as you.
- The other patients in the clinic are of the opposite sex.
- There are an equal number of males and females in the clinic.
- The other patients who are in the clinic are all very athletic-looking.
- The other patients who are in the clinic do not look very athletic.
- The other people who are in the clinic are very social (e.g., talk to each other a lot).
- The other people who are in the clinic are not very social.
- The other people in the clinic are all people you would like to impress.
- The other people in the clinic are people you do not feel you need to impress
- You are required to wear loose-fitting long pants and a long sleeve shirt (e.g., a track suit).
- You are required to wear baggy shorts and a baggy t-shirt.
- You are required to wear a short, tight-fitting spandex top and bottoms.
- Your physiotherapist is the same sex as you.
- Your physiotherapist is of the opposite sex as you.