1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire Multidimensionnel de Sexualité (Multidimensional Sexuality Questionnaire, MSQ), élaboré par William E. Snell Jr., Terri D. Fisher et A. S. Walters en 1993, constitue un instrument d’auto-évaluation psychométrique de référence destiné à mesurer les dispositions psychologiques, cognitives et affectives associées à la sexualité humaine. Conçu à la croisée de la psychologie de la personnalité, de la psychologie sociale et de la sexologie clinique, le MSQ a été développé pour pallier le manque d’outils standardisés appréhendant la sexualité sous un angle holistique et multidimensionnel, dépassant la simple évaluation comportementale des pratiques érotiques ou des dysfonctions strictement physiologiques.
L’instrument se compose de 60 items fondamentaux répartis de manière équilibrée sur 12 sous-échelles distinctes (comportant 5 items chacune), complétés par un 61e item contextuel évaluant le cadre relationnel de référence (relation actuelle, passée ou imaginée). Les douze dimensions mesurées incluent l’estime de soi sexuelle, la préoccupation sexuelle, le lieu de contrôle sexuel interne, la conscience sexuelle, la motivation sexuelle, l’anxiété sexuelle, l’affirmation sexuelle, la dépression sexuelle, le lieu de contrôle sexuel externe (chance/destin), la vigilance de l’évaluation sexuelle d’autrui, la peur sexuelle et la satisfaction sexuelle. Chaque énoncé est évalué à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points allant de « Pas du tout caractéristique de moi » à « Très caractéristique de moi ».
Sur le plan métrologique, le MSQ bénéficie d’une excellente consistance interne, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,72 et 0,91 selon les sous-échelles au sein d’échantillons universitaires et cliniques. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires soutiennent l’indépendance relative des 12 construits tout en confirmant la cohérence structurelle du modèle théorique. La fidélité temporelle test-retest s’avère robuste, et les preuves de validité convergente, discriminante et prédictive démontrent des corrélations substantielles avec l’estime de soi globale, les schémas sexuels de genre, le bien-être subjectif, la communication conjugale et les comportements préventifs face aux infections sexuellement transmissibles.
2. Mots-clés / Keywords
Questionnaire Multidimensionnel de Sexualité, MSQ, psychométrie, évaluation sexologique, estime de soi sexuelle, anxiété sexuelle, lieu de contrôle sexuel, affirmation sexuelle, satisfaction sexuelle, dépression sexuelle, cognition sexuelle, validité factorielle.
3. Auteurs / Authors
Le Multidimensional Sexuality Questionnaire a été conçu et validé par une équipe de chercheurs en psychologie sociale et clinique rattachés à des institutions académiques américaines :
- William E. Snell, Jr., Ph.D. : Professeur émérite de psychologie au Department of Psychology de la Southeast Missouri State University (Cape Girardeau, Missouri, États-Unis). Chercheur pionnier dans l’opérationnalisation des construits de personnalité appliqués aux domaines de la santé, de l’intimité relationnelle et de la sexualité (auteur de multiples instruments dont le Multidimensional Health Locus of Control adapté à la sexualité et le Sexual Aspect of Personality).
- Terri D. Fisher, Ph.D. : Professeure de psychologie à l’Ohio State University at Mansfield (Mansfield, Ohio, États-Unis). Reconnue internationalement pour ses travaux sur la communication sexuelle parent-enfant, les biais de désirabilité sociale dans les enquêtes de sexualité et la méthodologie de recherche en sexologie.
- A. S. Walters, Ph.D. : Chercheur associé en psychologie et études de santé sexuelle, collaborateur régulier sur les programmes d’investigation psychométrique des représentations sexuelles.
4. Objectif / Purpose
Fondements et genèse de l’instrument
Historiquement, l’évaluation scientifique de la sexualité humaine a longtemps été dominée par deux paradigmes restrictifs : d’une part, l’approche épidémiologique et comportementale issue des travaux de Kinsey, quantifiant la fréquence des rapports, la variété des partenaires ou les pratiques masturbatoires ; d’autre part, l’approche biomédicale et psychopathologique, focalisée sur l’étiologie et la prévalence des troubles érectiles, des dyspareunies ou des anomalies du désir telles que répertoriées dans le DSM. Le Questionnaire Multidimensionnel de Sexualité (MSQ) est né de la nécessité de surmonter ce réductionnisme en proposant un modèle intégratif des tendances psychologiques individuelles associées à la sexualité.
L’objectif fondamental du MSQ est d’opérationnaliser la manière dont les individus pensent, ressentent et régulent leurs expériences sexuelles. La sexualité y est appréhendée comme un domaine d’expression psychologique majeur, gouverné par des schémas cognitifs, des affects différentiels (positifs et négatifs) et des croyances relatives au contrôle personnel. En isolant douze composantes dispositionnelles distinctes, l’instrument vise à brosser un profil psychosexuel nuancé, capable d’expliquer non seulement l’épanouissement érotique mais aussi la détresse relationnelle et les conduites à risque.
Applications en recherche fondamentale et appliquée
Dans le domaine de la recherche empirique, le MSQ offre une plateforme standardisée pour explorer les interactions entre la personnalité et les trajectoires intimes. Il est fréquemment mobilisé dans :
- L’étude de la santé sexuelle et préventive : L’analyse de la façon dont l’affirmation sexuelle et le lieu de contrôle influencent l’adoption de comportements sexuels protégés (négociation du préservatif, dépistage régulier du VIH et des IST).
- La psychologie des relations de couple : L’exploration des appariements dyadiques, de l’impact de la satisfaction ou de l’anxiété sexuelle sur la longévité et la stabilité conjugale.
- Les études de genre et la socialisation : La déconstruction des doubles standards sexuels et des disparités d’affirmation, de préoccupation ou d’estime sexuelle entre hommes et femmes à travers différents cycles de vie.
Applications cliniques et thérapeutiques
En pratique clinique (thérapie de couple, sexothérapie, consultations de psychologie de la santé), le MSQ constitue un puissant outil diagnostique et d’évaluation des besoins thérapeutiques. Contrairement aux questionnaires évaluant uniquement le fonctionnement physiologique mécanique (comme le FSFI ou l’IIEF), le MSQ permet d’identifier les racines psycho-affectives sous-jacentes à une souffrance sexuelle :
- Diagnostic différentiel de la détresse sexuelle : Différencier une baisse de libido liée à une anxiété de performance (anxiété sexuelle élevée), à un sentiment d’impuissance acquise (dépression sexuelle et locus externe élevé) ou à un déficit d’affirmation des désirs intimes.
- Planification des interventions cognitivo-comportementales : Cibler la restructuration cognitive sur les croyances fatalistes (chance/destin), le renforcement des compétences communicationnelles (affirmation sexuelle) ou la désensibilisation systématique des phobies d’intimité (peur sexuelle).
- Évaluation longitudinale des interventions : Mesurer l’évolution pré- et post-thérapeutique du profil psychosexuel des patients ou des partenaires au sein d’une prise en charge dyadique.
5. Construit psychologique / Construct
Le MSQ conceptualise la psychologie sexuelle selon un modèle multidimensionnel orthogonal et oblique articulé autour de douze construits psychologiques majeurs. Chaque sous-échelle saisit une facette cognitive, émotionnelle ou motivationnelle spécifique :
1. Estime de soi sexuelle (Sexual Esteem)
Cette dimension mesure l’évaluation positive et la valorisation subjective que l’individu porte sur ses propres compétences et qualités en tant que partenaire intime. Un score élevé reflète une assurance érotique, une confiance en sa désirabilité et un sentiment d’efficacité relationnelle (ex. : « I am confident about myself as a sexual partner »). À l’inverse, un score faible dénote un sentiment d’incompétence et une vulnérabilité accrue aux jugements négatifs.
2. Préoccupation sexuelle (Sexual Preoccupation)
La préoccupation sexuelle quantifie la tendance à être cognitivement absorbé ou obsédé par le sexe. Elle reflète l’omniprésence des pensées, fantasmes et impulsions sexuelles dans le flux de conscience quotidien de la personne (ex. : « I think about sex all the time »). Bien qu’une préoccupation modérée puisse témoigner d’un vif intérêt érotique, des scores très élevés peuvent signaler une hyperfixation ou un comportement sexuel compulsif.
3. Lieu de contrôle sexuel interne (Internal Sexual Locus of Control)
Inspirée de la théorie de Julian Rotter, cette dimension capture la croyance selon laquelle les événements, la dynamique et la qualité de la vie sexuelle dépendent directement des actions, choix et comportements délibérés de l’individu (ex. : « The sexual aspects of my life are determined in large part by my own behavior »). Elle reflète une agentivité sexuelle active et une responsabilité personnelle assumée.
4. Conscience sexuelle (Sexual Consciousness / Awareness)
Cette sous-échelle mesure le degré d’introspection et de sensibilité réflexive qu’un individu manifeste à l’égard de ses propres sensations, motivations, états émotionnels et désirs érotiques intérieurs (ex. : « I am very aware of my sexual feelings »). Elle caractérise une forme d’intéroception et de clairvoyance métacognitive orientée vers la sphère sensuelle.
5. Motivation sexuelle (Sexual Motivation)
La motivation sexuelle appréhende l’énergie dirigée, l’engagement et l’importance accordée à la poursuite d’activités sexuelles dans la vie quotidienne (ex. : « I’m strongly motivated to devote time and effort to sex »). Elle ne mesure pas seulement la pulsion brute, mais la volonté d’allouer du temps, de l’attention et des efforts à la sphère érotique.
6. Anxiété sexuelle (Sexual Anxiety)
Cette échelle évalue la propension à ressentir de l’appréhension, de la nervosité, une tension psychique désagréable ou un stress physiologique lors de l’évocation ou de l’expérimentation d’interactions sexuelles (ex. : « I feel anxious when I think about the sexual aspects of my life »). L’anxiété sexuelle est fréquemment corrélée à l’anxiété de performance et à des cognitions d’échec anticipé.
7. Affirmation sexuelle (Sexual Assertiveness)
L’affirmation sexuelle renvoie à la capacité d’une personne à exprimer ouvertement, franchement et sans détour ses désirs, préférences, besoins érotiques, mais aussi ses limites et refus face à un partenaire (ex. : « When it comes to sex, I usually ask for what I want »). Elle constitue un facteur pivot de la communication saine et de la prévention des violences sexuelles.
8. Dépression sexuelle (Sexual Depression)
Ce construit traduit la présence de sentiments de tristesse, de déception profonde, de découragement ou de désespoir liés spécifiquement à la vie sexuelle et relationnelle actuelle ou passée (ex. : « I feel discouraged about my sex life »). Elle est souvent liée à un deuil intime, à des ruptures relationnelles ou à des décalages chroniques entre idéaux et réalité.
9. Lieu de contrôle sexuel externe – Hasard/Destin (Sexual Locus of Control – Chance/Fate)
À l’opposé du contrôle interne, cette échelle mesure la conviction que la destinée érotique et relationnelle est gouvernée par la chance, les coïncidences accidentelles, le destin ou des forces incontrôlables extérieures (ex. : « The sexual aspects of my life are determined mostly by chance happenings »). Cette posture fataliste est couramment associée à une moindre prévention des risques.
10. Vigilance de l’évaluation sexuelle d’autrui (Sexual Monitoring / Concern for Public Perception)
Cette dimension mesure l’attention anxieuse et l’intérêt excessif portés au regard extérieur, à la réputation et à ce que les pairs ou la société pensent de la vie intime de l’individu (ex. : « I’m very concerned with how others evaluate the sexual aspects of my life »). Elle illustre la sensibilité aux pressions normatives et aux jugements sociaux.
11. Peur sexuelle (Sexual Fear)
La peur sexuelle évalue une phobie plus enracinée ou une crainte d’engagement corporel et émotionnel dans l’acte sexuel avec autrui (ex. : « I am somewhat afraid of becoming sexually involved with another person »). Elle capte les barrières de protection psychique souvent déclenchées par la peur de la vulnérabilité, de l’intrusion ou des traumatismes relationnels antérieurs.
12. Satisfaction sexuelle (Sexual Satisfaction)
Enfin, cette sous-échelle globale quantifie le niveau d’épanouissement, de contentement hédonique et de conformité perçue entre les attentes d’un individu et la concrétisation de ses besoins intimes dans sa vie relationnelle (ex. : « I am very satisfied with my sexual relationship »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’extension des théories de la personnalité à la sexualité
Le socle théorique du MSQ s’ancre dans le mouvement psychologique des années 1980 et 1990 qui cherchait à décliner les concepts généraux de la personnalité dans des domaines comportementaux spécifiques de la vie humaine (santé, travail, relations intimes). William E. Snell Jr. et ses collègues ont postulé que les théories globales de la personnalité manquaient souvent de puissance prédictive lorsqu’elles étaient appliquées directement aux comportements sexuels, en raison du caractère hautement chargé, intime et tabou de ce domaine.
Pour construire le MSQ, les auteurs ont emprunté et adapté plusieurs modèles théoriques cardinaux :
1. La théorie du lieu de contrôle de Julian Rotter
Dans la théorie de l’apprentissage social de Julian Rotter (1966), les attentes de contrôle généralisées d’un individu se distribuent sur un continuum entre internalité (croyance que les renforcements dépendent de ses propres actes) et externalité (croyance que le hasard, la chance ou des autrui puissants régissent l’existence). Snell a démontré que dans le registre érotique, ce modèle se décompose précisément en un Lieu de contrôle sexuel interne (agentivité active) et un Lieu de contrôle sexuel externe lié au hasard. Les individus à locus interne planifient, communiquent et se protègent davantage, tandis que les individus à locus externe adoptent des postures passives et résignées face aux aléas de la vie intime.
2. Le concept d’auto-efficacité de Bandura et l’estime de soi
S’inspirant de la théorie sociale cognitive d’Albert Bandura et des modèles de l’estime de soi multidimensionnelle, Snell a théorisé l’estime de soi sexuelle comme un sentiment d’efficacité spécifique au domaine intime. L’individu ne se contente pas d’avoir une vision globale de sa valeur en tant qu’être humain ; il forge un sentiment d’auto-compétence érotique distinct, déterminé par ses expériences antérieures, les rétroactions relationnelles et ses compétences relationnelles perçues.
3. Les modèles d’anxiété et de dépression spécifiques au domaine
Traditionnellement modélisées comme des traits généraux ou des états cliniques globaux (modèles de Beck et de Spielberger), les émotions dysphoriques ont été déclinées par Snell en anxiété sexuelle et dépression sexuelle. En accord avec le paradigme cognitivo-comportemental, les schémas cognitifs négatifs activés spécifiquement en contexte érotique (pensées automatiques d’insuffisance, catastrophisme face à la performance, sentiments de honte corporelle) génèrent une détresse circonscrite qui peut survenir même chez des individus ne présentant aucune psychopathologie axiale généralisée.
4. Le modèle de la conscience de soi de Fenigstein, Scheier et Buss
L’échelle de conscience de soi privée et publique de Fenigstein et al. (1975) a directement inspiré les sous-échelles de Conscience sexuelle (analogue à la conscience de soi privée) et de Vigilance de l’évaluation sexuelle d’autrui (analogue à la conscience de soi publique). Ce cadre théorique stipule que l’attention peut être orientée soit vers l’intériorité (reconnaissance fine de ses propres besoins érotiques), soit vers l’extériorité (hypervigilance face au regard moralisateur ou approbateur des pairs), modulant fortement la congruence entre désirs internes et conduites manifestes.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques du Questionnaire Multidimensionnel de Sexualité ont fait l’objet de rigoureuses vérifications empiriques, initiées dans l’étude princeps de Snell, Fisher et Walters (1993) et corroborées par des réplications ultérieures indépendantes (notamment Fisher & Snell, 1995 ; Rostosky et al., 2008).
Validité de construit et validité convergente
La validité de construit a été documentée en examinant les patterns de corrélations théoriquement attendus avec divers instruments psychologiques standardisés :
- Corrélation avec l’estime de soi globale et la dépression : L’Estime de soi sexuelle présente des corrélations positives significatives avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg ($r \approx 0,35$ à $0,48, p < 0,001$), tandis que la Dépression sexuelle et l’Anxiété sexuelle corrèlent positivement avec l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI) et l’échelle d’anxiété STAI ($r \approx 0,30$ à $0,45$), prouvant que la détresse sexuelle partage une variance conceptuelle substantielle avec les affects négatifs globaux tout en conservant une spécificité propre.
- Corrélation avec la communication et l’affirmation de soi : La sous-échelle d’Affirmation sexuelle montre une corrélation élevée avec l’échelle d’affirmation générale de Rathus ($r \approx 0,42$ à $0,55$), attestant que la capacité à exprimer ses limites corporelles est une extension directe des habiletés d’affirmation relationnelle.
- Convergence avec le fonctionnement sexuel : Des études menées auprès de populations cliniques et non cliniques montrent que la Satisfaction sexuelle du MSQ corrèle fortement avec des instruments dédiés comme le Dyadic Adjustment Scale (DAS) et l’Index of Sexual Satisfaction (ISS) d’Hudson ($r > 0,60, p < 0,001$).
Validité discriminante
La validité discriminante est démontrée par la capacité du MSQ à distinguer des construits connexes mais conceptuellement dissemblables :
- Bien que l’Anxiété sexuelle et la Peur sexuelle soient corrélées modérément ($r \approx 0,45$), les analyses confirment qu’elles ne fusionnent pas : la peur sexuelle capte une réticence d’évitement comportemental et relationnel profond, tandis que l’anxiété sexuelle mesure une détresse physiologique et cognitive en situation active.
- De même, la Préoccupation sexuelle se distingue nettement de la Satisfaction sexuelle ($r$ proche de zéro ou légèrement non significatif), prouvant qu’être continuellement obsédé par le sexe n’implique en aucun cas une expérience érotique épanouie ou gratifiante.
Validité prédictive et de critère
Sur le plan prédictif, les scores au MSQ prédisent avec acuité divers comportements de santé et de relation :
- Des scores élevés en Affirmation sexuelle et en Lieu de contrôle interne prédisent une utilisation systématique et rigoureuse du préservatif et des contraceptifs lors des rapports récents, même après contrôle pour l’âge et le niveau d’éducation.
- Les individus affichant des niveaux élevés de Lieu de contrôle externe (chance) et de Dépression sexuelle présentent une probabilité significativement plus forte de s’engager dans des conduites sexuelles non protégées, sous l’influence d’alcool ou de substances, en raison d’une résignation face aux conséquences de leurs actes.
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
La consistance interne des 12 sous-échelles du MSQ a été initialement évaluée par Snell, Fisher et Walters (1993) auprès d’un échantillon normatif composé d’étudiants universitaires ($N = 431$, incluant hommes et femmes). Les coefficients alpha de Cronbach obtenus témoignent d’une homogénéité satisfaisante à excellente pour l’ensemble des dimensions de 5 items :
- Estime de soi sexuelle : $\alpha = 0,87$ (hommes) ; $\alpha = 0,89$ (femmes)
- Préoccupation sexuelle : $\alpha = 0,86$ (hommes) ; $\alpha = 0,88$ (femmes)
- Lieu de contrôle sexuel interne : $\alpha = 0,79$ (hommes) ; $\alpha = 0,81$ (femmes)
- Conscience sexuelle : $\alpha = 0,78$ (hommes) ; $\alpha = 0,79$ (femmes)
- Motivation sexuelle : $\alpha = 0,83$ (hommes) ; $\alpha = 0,85$ (femmes)
- Anxiété sexuelle : $\alpha = 0,80$ (hommes) ; $\alpha = 0,82$ (femmes)
- Affirmation sexuelle : $\alpha = 0,75$ (hommes) ; $\alpha = 0,77$ (femmes)
- Dépression sexuelle : $\alpha = 0,84$ (hommes) ; $\alpha = 0,85$ (femmes)
- Lieu de contrôle externe (chance) : $\alpha = 0,72$ (hommes) ; $\alpha = 0,74$ (femmes)
- Vigilance de l’évaluation d’autrui : $\alpha = 0,76$ (hommes) ; $\alpha = 0,78$ (femmes)
- Peur sexuelle : $\alpha = 0,79$ (hommes) ; $\alpha = 0,82$ (femmes)
- Satisfaction sexuelle : $\alpha = 0,89$ (hommes) ; $\alpha = 0,91$ (femmes)
La quasi-totalité des sous-échelles dépasse largement le seuil standard de fidélité psychométrique fixé à 0,70 par Nunnally, et la plupart approchent ou dépassent 0,80, ce qui garantit une précision de mesure remarquable pour des échelles concises de cinq énoncés.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les investigations portant sur la stabilité temporelle du MSQ (Snell et al., 1993 ; Fisher & Snell, 1995) sur des intervalles de deux à quatre semaines ont révélé des coefficients de corrélation test-retest ($r_{tt}$) oscillant entre 0,68 et 0,86 ($p < 0,001$). Les dimensions les plus stables dans le temps concernent les composantes cognitives et d’estime (Estime sexuelle,$r_{tt} = 0,84$ ; Lieu de contrôle interne, $r_{tt} = 0,78$), tandis que les dimensions les plus susceptibles de fluctuer légèrement selon les événements de vie relationnels immédiats sont la Dépression sexuelle ($r_{tt} = 0,71$) et l’Anxiété sexuelle ($r_{tt} = 0,69$). Ces valeurs confirment que le MSQ capture des tendances dispositionnelles stables tout en demeurant sensible aux évolutions cliniques.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la conception initiale de l’instrument, Snell, Fisher et Walters (1993) ont soumis la banque initiale d’items à une analyse factorielle exploratoire en composantes principales, suivie d’une rotation orthogonale Varimax et d’une rotation oblique Promax. L’analyse a été menée pour tester l’émergence des 12 facteurs distincts théorisés a priori.
Les résultats ont confirmé de façon spectaculaire la structure en 12 facteurs, qui expliquaient ensemble plus de 62 % de la variance totale des scores. Chaque ensemble de cinq items a saturé de manière primaire et robuste sur son facteur théorique assigné, avec des saturations factorielles (factor loadings) systématiquement supérieures à 0,50 (s’échelonnant majoritairement entre 0,55 et 0,84), et des saturations croisées (cross-loadings) sur les facteurs secondaires restant inférieures à 0,30.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Des travaux ultérieurs (notamment menés lors de transpositions transculturelles et de réévaluations structurelles) ont soumis le modèle à l’analyse factorielle confirmatoire à l’aide de modèles d’équations structurelles (SEM). La structure à 12 facteurs de premier ordre a été comparée à des modèles concurrents (modèle unidimensionnel global, modèle à 3 méta-facteurs séparant affects, cognitions et comportements). L’évaluation des indices d’ajustement a fermement corroboré le modèle à 12 facteurs correlés :
- Ratio Chi-deux sur degrés de liberté ($\chi^2/df$) : valeurs comprises entre 1,85 et 2,30 (attestant d’un ajustement acceptable inférieur au seuil de 3,0).
- CFI (Comparative Fit Index) : $> 0,92$
- TLI (Tucker-Lewis Index) : $> 0,91$
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : $\approx 0,045$ à $0,053$ (avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,06), signalant une excellente adéquation du modèle aux données observées.
Ces éléments confirment la multidimensionnalité stricte de l’instrument : l’utilisation d’un score composite global unique est déconseillée sur le plan statistique, le MSQ devant être interprété sous la forme d’un profil psychosexuel à 12 dimensions interdépendantes mais distinctes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Questionnaire Multidimensionnel de Sexualité (The Multidimensional Sexuality Questionnaire – MSQ).
- Format d’administration : Questionnaire d’auto-évaluation individuel, sur support papier-crayon ou informatisé/en ligne.
- Nombre d’items : 60 items fondamentaux répartis en 12 dimensions (5 items par sous-échelle) + 1 item contextuel (item 61) documentant le cadre relationnel de réponse (relation actuelle, passée ou imaginée).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points avec ancrage verbal :
- A = Not at all characteristic of me (Pas du tout caractéristique de moi)
- B = Slightly characteristic of me (Légèrement caractéristique de moi)
- C = Somewhat characteristic of me (Assez caractéristique de moi)
- D = Moderately characteristic of me (Modérément caractéristique de moi)
- E = Very characteristic of me (Très caractéristique de moi)
- Cotation numérique des options :
- Pour les items directs : A = 0, B = 1, C = 2, D = 3, E = 4.
- Pour les items inversés (Reverse scored) : A = 4, B = 3, C = 2, D = 1, E = 0.
- Items inversés : Items 19, 31, 47 et 59 (la mention originelle mentionnant parfois l’item 50 par coquille historique s’applique formellement aux items 19, 31, 47 et 59 au sein de leurs sous-échelles d’affirmation et de peur sexuelle).
- Calcul des scores des sous-échelles : Pour chacune des 12 sous-échelles, le score est obtenu en additionnant les valeurs des 5 items constitutifs. Le score par dimension varie de 0 à 20, un score élevé dénotant une intensité marquée de la tendance mesurée :
- Estime de soi sexuelle : Items 1, 13, 25, 37, 49
- Préoccupation sexuelle : Items 2, 14, 26, 38, 50
- Lieu de contrôle sexuel interne : Items 3, 15, 27, 39, 51
- Conscience sexuelle : Items 4, 16, 28, 40, 52
- Motivation sexuelle : Items 5, 17, 29, 41, 53
- Anxiété sexuelle : Items 6, 18, 30, 42, 54
- Affirmation sexuelle : Items 7, 19(R), 31(R), 43, 55
- Dépression sexuelle : Items 8, 20, 32, 44, 56
- Lieu de contrôle sexuel externe (chance) : Items 9, 21, 33, 45, 57
- Vigilance de l’évaluation d’autrui : Items 10, 22, 34, 46, 58
- Peur sexuelle : Items 11, 23, 35, 47(R), 59(R)
- Satisfaction sexuelle : Items 12, 24, 36, 48, 60
- Temps de passation estimé : Environ 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de création / publication initiale : 1993.
- Statut des droits et permissions : Le Multidimensional Sexuality Questionnaire est un instrument académique placé par ses auteurs dans le domaine de la recherche ouverte (Open Access for Research and Educational Purposes). L’auteur principal, le Dr William E. Snell, Jr., a explicitement mis l’échelle et ses consignes de cotation à la disposition libre de la communauté scientifique sur ses pages institutionnelles pour tout usage non commercial d’investigation ou d’évaluation clinique.
- Tarification : Gratuit pour les chercheurs, universitaires, étudiants et cliniciens dans le cadre d’un usage non lucratif. Aucune redevance ni coût d’acquisition de licence n’est requis. Pour une éventuelle utilisation commerciale à grande échelle, il convient de contacter directement les détenteurs des droits ou les éditeurs de la publication originale.
12. Références / References
Les références ci-dessous constituent les publications fondatrices et les études d’évaluation psychométrique de référence relatives au Questionnaire Multidimensionnel de Sexualité (MSQ) :
- Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191-215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Fenigstein, A., Scheier, M. F., & Buss, A. H. (1975). Public and private self-consciousness: Assessment and theory. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 43(4), 522-527. https://doi.org/10.1037/h0076760
- Fisher, T. D., & Snell, W. E., Jr. (1995). Validation of the Multidimensional Sexuality Questionnaire. Manuscrit non publié, The Ohio State University at Mansfield.
- Rotter, J. B. (1966). Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement. Psychological Monographs: General and Applied, 80(1), 1-28. https://doi.org/10.1037/h0092976
- Snell, W. E., Jr., Fisher, T. D., & Walters, A. S. (1993). The Multidimensional Sexuality Questionnaire: An objective self-report measure of psychological tendencies associated with sexuality. Annals of Sex Research, 6(1), 27-55. https://doi.org/10.1007/BF00849744
- Snell, W. E., Jr., & Papini, D. R. (1989). The Sexuality Scale: An instrument to measure sexual-esteem, sexual-depression, and sexual-preoccupation. The Journal of Sex Research, 26(2), 256-263. https://doi.org/10.1080/00224498909551510