Questionnaire sur les incapacités du bras, de l’épaule et de la main

Revue académique approfondie du questionnaire DASH (Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand) : structure psychométrique, fondements théoriques de l’évaluation du membre supérieur, validité, fidélité et cotation clinique.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire sur les incapacités du bras, de l’épaule et de la main (connu internationalement sous l’acronyme DASH pour Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer l’incapacité fonctionnelle et les symptômes affectant l’ensemble du membre supérieur. Développé conjointement par l’Institute for Work & Health (IWH) et l’American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS) sous la direction de Pamela L. Hudak et ses collaborateurs en 1996, cet outil évalue la répercussion des atteintes musculosquelettiques d’un point de vue global plutôt qu’anatomiquement segmenté. Le questionnaire principal comprend 30 items explorant les limitations fonctionnelles dans les activités de la vie quotidienne (21 items), les symptômes tels que la douleur, la raideur, la faiblesse et les paresthésies (5 items), ainsi que l’impact sur la vie sociale (1 item), le travail/activités régulières (1 item), le sommeil (1 item) et le bien-être psychologique (1 item). Deux modules optionnels de 4 items chacun permettent d’évaluer de manière spécifique les exigences liées au travail professionnel d’une part, et aux sports ou à la pratique musicale de haut niveau d’autre part.

Chaque item est coté sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points (de 1 à 5). Le score total standardisé du module principal oscille entre 0 (absence totale d’incapacité) et 100 (incapacité maximale), calculé selon un algorithme nécessitant la complétion d’au moins 27 des 30 items. D’un point de vue psychométrique, le DASH présente d’exceptionnelles propriétés : une consistance interne remarquable avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,94 et 0,97, une excellente fidélité test-retest (coefficients de corrélation intraclasse [CCI] situés entre 0,92 et 0,96), ainsi qu’une validité convergente robuste établie par des corrélations fortes avec les dimensions physiques du Short Form-36 (SF-36) et divers instruments régionaux spécialisés. Sa sensibilité au changement est particulièrement élevée, affichant une différence minimale cliniquement importante (MCID) généralement établie à environ 10 à 15 points. Utilisé à grande échelle dans la recherche clinique internationale et la pratique orthopédique, ergonomique et de rééducation, le DASH est considéré comme la référence pour l’évaluation des troubles musculosquelettiques du membre supérieur.

2. Mots-clés / Keywords

DASH, membre supérieur, incapacité fonctionnelle, évaluation des résultats rapportés par les patients (PROM), psychométrie, validité, fidélité test-retest, troubles musculosquelettiques, orthopédie, rééducation fonctionnelle, ergonomie, échelle de Likert.

3. Auteurs / Authors

Le questionnaire DASH a été élaboré au milieu des années 1990 dans le cadre d’un vaste consortium de recherche multidisciplinaire nord-américain, l’Upper Extremity Collaborative Group, piloté conjointement par des chercheurs, des chirurgiens orthopédistes, des rhumatologues et des méthodologistes affiliés aux institutions suivantes :

  • Pamela L. Hudak, PhD : Chercheuse principale au moment du développement, rattachée au Department of Public Health Sciences de l’Université de Toronto et à l’Institute for Work & Health (Toronto, Ontario, Canada). Spécialiste de la communication soignant-patient, des méthodologies d’évaluation fonctionnelle et des sciences de la santé publique.
  • Claire Bombardier, MD, FRCPC : Rhumatologue clinicienne, professeure de médecine à l’Université de Toronto, scientifique principale à l’Institute for Work & Health et titulaire de la chaire de recherche en méthodologies évaluatives en rhumatologie. Reconnue mondialement pour son expertise dans le développement des indices fonctionnels. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Dorcas E. Beaton, BScOT, MSc, PhD : Ergothérapeute et méthodologiste de recherche clinique à l’Université de Toronto et directrice de recherche à l’Institute for Work & Health et au St. Michael’s Hospital. Elle a dirigé la plupart des études psychométriques de validation ultérieures, de standardisation interculturelle et les adaptations sous forme abrégée (QuickDASH). Courriel : [email protected].
  • Jeffrey N. Katz, MD, MSc : Professeur de médecine et de chirurgie orthopédique à la Harvard Medical School, directeur du Brigham and Women’s Hospital Orthopaedic and Arthritis Center of Outcomes Research (Boston, Massachusetts, États-Unis).
  • Peter C. Amadio, MD : Chirurgien orthopédique à la Mayo Clinic (Rochester, Minnesota, États-Unis), ancien président de l’American Society for Surgery of the Hand (ASSH).
  • Collaborateurs additionnels du consortium : Donald Cole, MD, MSc ; Karen Davis, PhD ; Gillian Hawker, MD, MSc ; Jeffrey S. Levin, MD ; David Marx, MD ; Laura Punnett, ScD ; James G. Wright, MD, MPH.
  • Adaptation et validation française officielle : La traduction et la validation transculturelle francophone ont été réalisées sous la direction du Dr Philippe Dubert et de ses collaborateurs (2001), puis consolidées par l’équipe de Fayad et al. (2008).

4. Objectif / Purpose

Le Questionnaire sur les incapacités du bras, de l’épaule et de la main (DASH) a été spécifiquement conceptualisé pour répondre à une lacune méthodologique majeure de l’évaluation orthopédique et rhumatologique traditionnelle : la prolifération d’échelles segmentaires restrictives (limitées exclusivement au poignet, au coude ou à l’épaule) qui omettaient la nature interconnectée et synergique de la chaîne cinématique du membre supérieur. Les créateurs du DASH sont partis du postulat fondamental selon lequel le membre supérieur constitue une entité fonctionnelle unifiée dont l’objectif premier est de positionner et d’activer la main dans l’espace tridimensionnel pour accomplir des actes finalisés.

L’objectif clinique et métrologique premier du DASH est de quantifier l’impact subjectif global des affections musculosquelettiques aiguës ou chroniques touchant une ou plusieurs articulations de la chaîne brachio-thoracique. Il s’agit d’un instrument de mesure des résultats rapportés directement par le patient (Patient-Reported Outcome Measure – PROM), affranchi de l’interprétation d’un clinicien ou d’un examinateur tiers, garantissant ainsi l’accès direct au vécu subjectif du patient en matière de restriction d’activités et de préjudice fonctionnel.

Sur le plan des applications cliniques quotidiennes, le DASH est utilisé pour :

  • Établir un bilan fonctionnel de référence lors de l’admission initiale du patient en consultation de chirurgie orthopédique, de médecine physique, de réadaptation, de physiothérapie ou d’ergothérapie.
  • Monitorer la trajectoire évolutive et l’efficacité des protocoles thérapeutiques conservateurs (infiltrations, pharmacothérapie, kinésithérapie, ergothérapie) ou chirurgicaux (arthroplasties, ostéosynthèses, libérations nerveuses ou réparations tendineuses).
  • Détecter précocement les plateaux de récupération, les échecs thérapeutiques ou les rechutes fonctionnelles.
  • Servir de plateforme de dialogue entre le soignant et le patient, permettant d’identifier des limitations spécifiques hautement invalidantes (par exemple le sommeil, l’habillage ou l’écriture) souvent occultées par les simples mesures d’amplitudes articulaires ou de force dynamométrique.

Dans le domaine de la recherche translationnelle, épidémiologique et de santé au travail, le DASH offre un étalon-or standardisé capable de comparer directement des cohortes hétérogènes de patients présentant des étiologies divergentes (telles que le syndrome du canal carpien, les ruptures de la coiffe des rotateurs, l’épicondylalgie latérale, la polyarthrite rhumatoïde ou les séquelles de fractures distales du radius). En outre, les modules optionnels consacrés au travail et aux performances physiques/artistiques permettent d’analyser l’impact spécifique des pathologies sur les populations actives hautement sollicitées (travailleurs manuels, athlètes, musiciens professionnels), comblant ainsi l’effet plafond fréquemment observé chez ces individus sur l’échelle générique.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par le questionnaire DASH s’inscrit au carrefour de la biomécanique fonctionnelle, de la psychologie de la santé et de la sociologie du handicap. Il correspond à l’incapacité perçue du membre supérieur, définie comme la difficulté rapportée par l’individu à accomplir des actes moteurs, des rôles sociaux et des activités de subsistance en raison de dysfonctionnements situés n’importe où le long de la chaîne anatomique s’étendant du rachis cervical et de la ceinture scapulaire jusqu’à l’extrémité des doigts.

L’instrument structure ce construit global autour de plusieurs composantes étroitement interconnectées :

5.1. Activités physiques et autonomie motrice fondamentale (Items 1 à 21)

Cette dimension centrale explore la capacité du patient à exécuter des tâches motrices manuelles, unimanuelle ou bimanuelle, impliquant différents régimes de contraction musculaire, de précision préhensive et de coordination spatiale. Elle intègre :

  • La motricité fine et la dextérité distale : illustrées par l’écriture (item 2), l’ouverture d’un bocal neuf ou résistant (item 1), le maniement d’une clé (item 3) ou l’utilisation d’un couteau pour découper les aliments (item 16). Ces activités sollicitent la préhension fine (pince pouce-index, prise tripode), la force intrinsèque des muscles de la main et la sensibilité pulpatoire.
  • La motricité globale et le transport de charges : explorés à travers le port d’un sac de courses ou d’une mallette (item 10), le port d’objets lourds de plus de 5 kg / 10 lbs (item 11) ou le fait de pousser une porte lourde (item 5). Ces tâches mobilisent la force isométrique et dynamique des fléchisseurs des doigts, du coude et de la ceinture scapulaire.
  • L’élévation et l’amplitude articulaire dans les trois plans de l’espace : nécessitant une cinématique scapulo-humérale intègre, comme placer un objet sur une étagère en hauteur (item 6), changer une ampoule au plafond (item 12) ou laver son dos (item 14).
  • Les soins personnels et activités domestiques complexes : faire son lit (item 9), laver ou sécher ses cheveux au sèche-cheveux (item 13), enfiler un pull par la tête (item 15), faire des travaux ménagers lourds (item 7) ou jardiner (item 8).
  • La mobilité communautaire et les activités récréatives : gérer ses besoins de transport et se déplacer d’un endroit à un autre (item 20), ainsi que les loisirs gradués selon l’impact et l’effort requis (items 17, 18, 19).
  • L’intimité et la sexualité : représentées par l’item 21, mesurant l’interférence fonctionnelle lors des activités sexuelles, souvent négligée dans les instruments biomédicaux classiques.

5.2. Symptômes somatosensoriels et biomécaniques (Items 24 à 28)

Le DASH postule que l’incapacité ne peut être dissociée de la charge sensorielle aversive qui entrave la fonction motrice. Cette sous-dimension capture :

  • La douleur au repos et à l’effort : l’item 24 mesure la douleur basale continue du bras, de l’épaule ou de la main, tandis que l’item 25 quantifie la recrudescence douloureuse spécifiquement déclenchée par l’exécution d’une activité.
  • Les symptômes neurologiques périphériques : l’item 26 cible les paresthésies et dysesthésies (« picotements / fourmillements »), caractéristiques des neuropathies canalaires (canal carpien, syndrome de la loge de Guyon, compression cubitale au coude).
  • Le déficit de puissance contractile : l’item 27 mesure la sensation subjective de faiblesse musculaire du membre.
  • L’enraidissement articulaire : l’item 28 évalue la raideur perçue, marqueur typique de l’arthrose, de la capsulite rétractile ou des suites d’immobilisation post-traumatique.

5.3. Participation sociale, rôles vitaux et répercussions psychologiques (Items 22, 23, 29, 30)

Au-delà du corps purement physique, le construit englobe les répercussions systémiques du handicap sur l’écologie de l’individu :

  • Interférence avec les rôles sociaux (item 22) : perturbations des relations avec la famille, le cercle amical, les voisins ou les groupes communautaires.
  • Limitation professionnelle et quotidienne globale (item 23) : réduction du rendement ou impossibilité d’exercer ses activités productives habituelles.
  • Perturbation du sommeil (item 29) : mesure la fragmentation ou l’inhibition du sommeil induite par la douleur du membre supérieur, facteur critique d’épuisement psychique et de chronicisation du syndrome douloureux.
  • Impact sur l’identité et le sentiment d’auto-efficacité (item 30) : cet item psychologique évalue la diminution perçue du sentiment de compétence, de confiance en soi ou d’utilité (« I feel less capable, less confident or less useful »), capturant ainsi l’érosion de l’estime de soi découlant de la perte d’autonomie motrice.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement du questionnaire DASH repose sur une convergence épistémologique majeure survenue dans les années 1980 et 1990 dans les sciences de la santé : le passage du modèle biomédical réductionniste vers le modèle biopsychosocial, formalisé initialement par George Engel en 1977, et opérationnalisé dans les taxonomies contemporaines de la réadaptation fonctionnelle.

Plus particulièrement, le cadre conceptuel du DASH dérive de l’articulation entre le modèle originel de désavantage de Saad Nagi (1965, 1991), le modèle conceptuel de la qualité de vie liée à la santé de Wilson et Cleary (1995), et la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) promulguée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Le modèle de Nagi et l’évolution vers la CIF

Dans le schéma de Nagi, une distinction théorique fondamentale est opérée entre :

  1. La pathologie active : altération cellulaire ou tissulaire structurelle (par exemple, une rupture du tendon supra-épineux).
  2. La déficience (Impairment) : perte anatomique, physiologique ou psychologique spécifique (par exemple, limitation d’abduction de l’épaule à 80 degrés ou déficit de force de préhension).
  3. La limitation fonctionnelle (Functional Limitation) : restriction dans la capacité d’exécuter des actes fondamentaux de la vie quotidienne sans référence aux rôles sociétaux (difficulté à porter une charge de 5 kg ou à lever la main au-dessus de la tête).
  4. Le handicap ou l’incapacité (Disability) : inadéquation entre les capacités fonctionnelles réelles de l’individu et les exigences imposées par son environnement physique et social (incapacité à occuper son emploi de charpentier ou à jouer avec ses enfants).

Le DASH a été explicitement forgé pour mesurer les deux derniers maillons de cette chaîne : la limitation fonctionnelle et l’incapacité. Les concepteurs ont sciemment rejeté les indices composites mixtes (qui additionnaient arbitrairement des degrés d’amplitudes goniométriques mesurés par le médecin et des plaintes subjectives de douleur), car les données empiriques démontraient de manière répétée une discordance marquée entre la déficience anatomique objective et le niveau d’incapacité réelle vécu par la personne. En isolant l’évaluation de la tâche et de la participation, le DASH préserve la pureté du construit d’incapacité.

Le modèle de Wilson et Cleary (1995)

Ce cadre théorique établit un continuum reliant cinq niveaux de variables cliniques : les facteurs biologiques/physiologiques, l’état des symptômes, l’état fonctionnel, les perceptions générales de la santé et la qualité de vie globale. Le DASH capture avec précision la transition entre l’état des symptômes (items 24 à 28) et l’état fonctionnel physique, social et psychologique (items 1 à 23 et 29-30). Il postule que la perception de la difficulté découle d’une transaction dynamique entre la charge physique imposée par la tâche et la réserve adaptative de l’organisme, modulée par des composantes psychologiques telles que le sentiment d’efficacité personnelle (Albert Bandura).

7. Validité / Validity

Depuis sa publication princeps en 1996, le DASH a fait l’objet de centaines d’investigations psychométriques indépendantes à travers le monde, consolidant sa réputation d’instrument hautement valide dans un spectre diagnostique extrêmement étendu.

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu a été méticuleusement établie lors des phases initiales de développement par le consortium IWH/AAOS. Un pool exhaustif de 821 items candidats a été extrait de l’examen systématique de 13 échelles publiées préexistantes, enrichi par des entrevues auprès de patients atteints de pathologies diverses du membre supérieur et des panels d’experts multidisciplinaires. Après élimination des redondances et analyse de clarté, 30 items hautement représentatifs de l’ensemble du domaine d’incapacité ont été sélectionnés. La validité d’apparence est universellement jugée excellente par les patients, qui reconnaissent immédiatement la pertinence concrète des situations décrites dans leur routine quotidienne.

Validité de construit convergente et discriminante

La validité convergente du score principal du DASH a été confirmée par de nombreuses corrélations statistiquement significatives avec d’autres échelles de référence :

  • Corrélation avec le SF-36 : Le score DASH présente des corrélations négatives robustes avec la composante physique (PCS) du SF-36, se situant typiquement entre r = -0,65 et r = -0,75, et particulièrement avec la sous-échelle « Fonction physique » (r = -0,70 à -0,82). En revanche, en accord avec les hypothèses de validité discriminante, les corrélations avec les composantes mentales du SF-36 (MCS) sont substantiellement plus modérées (habituellement entre r = -0,30 et r = -0,42), attestant que le DASH mesure primordialement un domaine d’incapacité physique tout en restant sensible à l’inconfort émotionnel associé.
  • Corrélation avec les échelles articulaires spécifiques : Le DASH démontre une forte convergence avec des indices régionaux éprouvés, tels que le Constant-Murley Score (r = -0,68 à -0,79), le Shoulder Pain and Disability Index (SPADI, r = 0,78 à 0,88), le Patient-Rated Wrist Evaluation (PRWE, r = 0,80 à 0,90) et l’Oswestry Disability Index adapté au membre supérieur.
  • Corrélations modérées avec les mesures objectives : Conformément aux prédictions théoriques du modèle de Nagi, le DASH présente des corrélations modérées (r compris entre -0,35 et -0,55) avec la force de préhension mesurée au dynamomètre Jamar et les amplitudes articulaires passives, démontrant qu’il apporte une information clinique complémentaire non réductible aux seuls biomarqueurs physiques.

Sensibilité au changement et réactivité clinique (Responsiveness)

La capacité du DASH à détecter des modifications cliniques significatives au fil du temps a été largement quantifiée au moyen de coefficients standardisés :

  • La taille d’effet standardisée (Standardized Response Mean – SRM) chez les patients subissant une intervention chirurgicale réussie ou une rééducation intensive varie de 0,90 à 1,50, témoignant d’une très forte réactivité.
  • La différence minimale cliniquement importante (MCID) a été estimée dans des cohortes variées entre 10,2 et 15,0 points. Un changement inférieur à 10 points sur l’échelle de 100 est généralement attribuable à l’erreur de mesure, tandis qu’une variation dépassant 15 points traduit sans équivoque une amélioration ou une détérioration cliniquement significative perçue par le patient.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité du DASH ont été évaluées de manière rigoureuse selon les critères internationaux du panel COSMIN (Consensus-based Standards for the selection of health Measurement Instruments).

Consistance interne

L’homogénéité des 30 items du module principal est exceptionnellement élevée. Dans la publication originale de Hudak et al. (1996), le coefficient alpha de Cronbach s’élevait à 0,96. Des études de réplication ultérieures, conduites dans des contextes culturels et linguistiques variés (notamment les validations francophones par Dubert et al. en 2001 et Fayad et al. en 2008), ont systématiquement rapporté des valeurs d’alpha de Cronbach comprises entre 0,94 et 0,97. Les corrélations partielles item-total corrigées dépassent presque toutes le seuil de 0,50, confirmant que chaque énoncé participe de façon cohérente à la variance du score global.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

La reproductibilité des mesures dans un intervalle de temps où l’état clinique du patient est réputé stable (habituellement entre 48 heures et 2 semaines) montre une remarquable stabilité. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total se situent presque invariablement entre 0,92 et 0,96 (intervalle de confiance à 95 % : 0,89 – 0,98) dans les cohortes stables. L’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement – SEM) est typiquement évaluée entre 4,6 et 5,3 points de score. Le changement minimal détectable (Minimal Detectable Change – MDC) au seuil de confiance de 90 % (MDC90) se chiffre autour de 10,7 à 12,2 points, fournissant aux cliniciens une balise statistique précise pour différencier le bruit de fond métrologique d’une réelle modification clinique.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle interne du DASH a généré un débat scientifique substantiel dans la littérature psychométrique, opposant les modèles théoriques unifactoriels pragmatiques aux modèles multidimensionnels dégagés par l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).

Unidimensionnalité opérationnelle vs Multidimensionnalité factorielle

Bien que le DASH soit conçu et calculé en pratique clinique comme un indice global unidimensionnel d’incapacité (reflétant le fonctionnement unifié du membre supérieur), les analyses factorielles révèlent une structure hiérarchique plus complexe :

  • Analyses factorielles exploratoires (AFE) : Lors des premières décompositions en composantes principales avec rotation varimax ou promax, la plupart des auteurs identifient 2 à 4 facteurs sous-jacents expliquant plus de 60 % de la variance totale :
    1. Facteur 1 : Activités motrices exigeantes et de force (items 5, 7, 8, 10, 11, 12, 18, 19), saturant majoritairement au-dessus de 0,65.
    2. Facteur 2 : Activités manuelles fines et soins quotidiens (items 1, 2, 3, 4, 9, 13, 15, 16), avec des saturations comprises entre 0,55 et 0,80.
    3. Facteur 3 : Charge symptomatique sensorielle et somatique (items 24, 25, 26, 27, 28, 29), capturant spécifiquement la douleur, l’enraidissement et les répercussions sur le sommeil.
    4. Facteur 4 : Rôles sociaux, travail et impact psychologique (items 21, 22, 23, 30).
  • Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et modèles bifactoriels : Les analyses confirmatoires démontrent souvent que les modèles à deux facteurs corrélés (activités physiques vs symptômes/impact social) ou les modèles bifacteurs (un facteur général puissant d’incapacité globale absorbant plus de 75 % de la variance commune, accompagné de sous-facteurs spécifiques résiduels) présentent les meilleurs indices d’ajustement : Comparative Fit Index (CFI) > 0,93, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,92, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,07.
  • Analyses selon la théorie de réponse aux items (TRI) et modèle de Rasch : L’application des modèles de Rasch a révélé que les items du DASH couvrent un continuum d’intensité d’incapacité très étendu. Les items les plus « faciles » (c’est-à-dire nécessitant une atteinte très sévère pour être limités) concernent l’écriture ou l’alimentation, tandis que les items les plus « difficiles » (déclenchés dès une atteinte légère) portent sur les activités sportives d’impact ou le travail lourd au-dessus de la tête. Quelques légers dysfonctionnements de catégories de réponse ou de dépendance locale ont été signalés sur certains items consécutifs, mais le score composite agrégé satisfait globalement aux exigences fondamentales de mesurage métrique invariant.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure et ses modalités pratiques d’administration se structurent comme suit :

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (Patient-Reported Outcome Measure – PROM).
  • Format d’administration : Auto-administré sur support papier ou via interface numérique/électronique (tablette, portail web patient). Peut être complété par interview guidée en cas de déficit cognitif ou d’illettrisme.
  • Population cible : Adultes et personnes âgées présentant tout trouble musculosquelettique, neurologique périphérique ou traumatique de la chaîne du membre supérieur.
  • Période de référence temporelle : « Durant la semaine écoulée » (during the past week).
  • Composition globale :
    • Échelle principale (Disability/Symptom Section) : 30 items obligatoires.
    • Module optionnel Travail (Work Module) : 4 items évaluant les limitations spécifiques au poste professionnel.
    • Module optionnel Sport / Musique de haut niveau (High Performance Sport/Music Module) : 4 items évaluant les gestes techniques spécialisés.
  • Échelles de réponse (Format Likert en 5 points) :
    • Items 1 à 21 (Difficulté des activités) : 1 = Aucune difficulté (No difficulty), 2 = Légère difficulté (Mild difficulty), 3 = Difficulté modérée (Moderate difficulty), 4 = Grande difficulté (Severe difficulty), 5 = Incapable de faire (Unable).
    • Item 22 (Interférence sociale) : 1 = Pas du tout (Not at all), 2 = Un peu (Slightly), 3 = Moyennement (Moderately), 4 = Beaucoup (Quite a bit), 5 = Énormément (Extremely).
    • Item 23 (Limitation dans les activités de base/travail) : 1 = Pas du tout limité (Not limited at all), 2 = Légèrement limité (Slightly limited), 3 = Modérément limité (Moderately limited), 4 = Très limité (Very limited), 5 = Incapable de faire (Unable).
    • Items 24 à 28 (Intensité des symptômes physiques) : 1 = Aucun(e) (None), 2 = Léger/Légère (Mild), 3 = Modéré(e) (Moderate), 4 = Sévère (Severe), 5 = Extrême (Extreme).
    • Item 29 (Sommeil) : 1 = Aucune difficulté (No difficulty), 2 = Légère difficulté (Mild difficulty), 3 = Difficulté modérée (Moderate difficulty), 4 = Grande difficulté (Severe difficulty), 5 = Tellement de difficulté que je ne peux pas dormir (So much difficulty that I can’t sleep).
    • Item 30 (Affect/auto-efficacité) : 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree), 2 = En désaccord (Disagree), 3 = Ni en accord ni en désaccord (Neither agree nor disagree), 4 = D’accord (Agree), 5 = Fortement d’accord (Strongly agree).
  • Algorithme de calcul du score principal DASH :

    Le score principal nécessite qu’au moins 27 des 30 items soient complétés. Si plus de 3 items sont omis, le score ne peut pas être calculé.

    Score d’incapacité/symptôme DASH = [((Somme des n réponses) / n) – 1] × 25

    où n est le nombre d’items complétés (entre 27 et 30). Le score final est ainsi échelonné de 0 (absence d’incapacité fonctionnelle) à 100 (incapacité fonctionnelle totale la plus sévère).

  • Cotation des modules optionnels (Travail, Sport/Musique) :

    Chacun des deux modules comprend 4 items cotés de 1 à 5. Les 4 items doivent obligatoirement être renseignés pour calculer le module. La formule mathématique est strictement identique :

    Score du Module = [((Somme des 4 réponses) / 4) – 1] × 25

    Le résultat s’exprime également de 0 à 100.

  • Durée moyenne de passation : Environ 8 à 15 minutes pour le module principal de 30 items.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Le questionnaire DASH a été initialement publié en 1996 par l’équipe de Pamela L. Hudak en partenariat avec l’Institute for Work & Health (IWH) et l’American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS). Les droits de propriété intellectuelle et le copyright (© 1996, 2006) sont détenus conjointement par l’IWH et l’AAOS.

Les conditions d’utilisation et d’accès sont définies de façon formelle par l’organisme gestionnaire :

  • Utilisation clinique et recherche académique non commerciale : L’IWH met traditionnellement le DASH à la disposition gratuite des cliniciens individuels pour le suivi de leurs patients et des chercheurs du secteur public ou universitaire conduisant des études non financées par l’industrie commerciale. Une inscription en ligne sur le site officiel de l’IWH ou la signature d’un formulaire de convention de licence sans frais est généralement requise afin de certifier l’absence de modifications du libellé des items.
  • Essais cliniques financés par l’industrie et usages commerciaux : Toute intégration du questionnaire dans un essai clinique sponsorisé par une firme pharmaceutique ou de dispositifs médicaux, toute inclusion dans un logiciel propriétaire de dossier patient informatisé (DPI) commercial, ou toute utilisation au sein d’applications numériques marchandes requiert l’obtention préalable d’une licence payante et l’acquittement de droits d’auteur auprès de l’Institute for Work & Health (Toronto, Canada).
  • Règles de traduction : Les traductions et adaptations transculturelles doivent respecter les recommandations méthodologiques de l’IWH pour être reconnues comme versions officielles validées.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les études psychométriques de référence établissant la validité, la fidélité et les normes du questionnaire DASH sont les suivantes :

  • Beaton, D. E., Davis, A. M., Hudak, P. L., & McConnell, S. (2001). The Disabilities of the Arm, Shoulder, and Hand (DASH) outcome measure: What will it tell us? American Journal of Industrial Medicine, 40(6), 647–658. https://doi.org/10.1002/ajim.10018
  • Beaton, D. E., Katz, J. N., Fossel, A. H., Wright, J. G., Tarasuk, V., & Bombardier, C. (2001). Measuring the whole or the parts? Validity, reliability, and responsiveness of the Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand outcome measure in different regions of the upper extremity. Journal of Hand Therapy, 14(2), 128–146. https://doi.org/10.1016/S0894-1130(01)80043-0
  • Dubert, T., Voche, P., Dumontier, C., & Dinh, A. (2001). Le questionnaire DASH (Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand) : Évaluation en français de son utilisation chez des patients opérés de la main. Chirurgie de la Main, 20(4), 294–302. https://doi.org/10.1016/S1297-3203(01)00049-X
  • Fayad, F., Lefevre-Colau, M. M., Gautheron, V., Macé, Y., Fermanian, J., Mayoux-Benhamou, A., Roren, A., Rannou, F., Roby-Brami, A., Revel, M., & Poiraudeau, S. (2008). Reliability, validity and responsiveness of the French version of the questionnaire Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand in patients with shoulder instability. European Journal of Physical and Rehabilitation Medicine, 44(1), 11–22. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18385623/
  • Franchignoni, F., Vercelli, S., Giordano, A., Sartorio, F., Bravini, E., & Ferriero, G. (2014). Minimal clinically important difference of the Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand outcome measure (DASH) and its shortened version (QuickDASH). Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 44(1), 30–39. https://doi.org/10.2519/jospt.2014.4893
  • Hudak, P. L., Amadio, P. C., & Bombardier, C. (1996). Development of an upper extremity outcome measure: The DASH (disabilities of the arm, shoulder and hand) [Corrected]. The Upper Extremity Collaborative Group (UECG). American Journal of Industrial Medicine, 29(6), 602–608. https://doi.org/10.1001/jama.1995.03520250075037

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Please rate your ability to do the following activities in the past week by circling the number below the appropriate response.
Response Scale: 5-point Likert scale: Items 1-21 rated from 1 = No difficulty, 2 = Mild difficulty, 3 = Moderate difficulty, 4 = Severe difficulty, to 5 = Unable; Item 22 rated from 1 = Not at all, 2 = Slightly, 3 = Moderately, 4 = Quite a bit, to 5 = Extremely; Item 23 rated from 1 = Not limited at all, 2 = Slightly limited, 3 = Moderately limited, 4 = Very limited, to 5 = Unable; Items 24-28 rated from 1 = None, 2 = Mild, 3 = Moderate, 4 = Severe, to 5 = Extreme; Item 29 rated from 1 = No difficulty, 2 = Mild difficulty, 3 = Moderate difficulty, 4 = Severe difficulty, to 5 = So much difficulty that I can't sleep; Item 30 rated from 1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Neither agree nor disagree, 4 = Agree, to 5 = Strongly agree
Scoring / Reverse Items: DASH Disability/Symptom Score = [((sum of n responses) / n) – 1] x 25, where n is equal to the number of completed items (at least 27 of the 30 items must be completed for a score to be calculated). A higher score indicates greater disability/severity (range 0-100). Optional 4-item High Performance Sport/Music Module and Work Module are scored separately using the same formula.
1

Open a tight or new jar.
2

Write.
3

Turn a key.
4

Prepare a meal.
5

Push open a heavy door.
6

Place an object on a shelf above your head.
7

Do heavy household chores (e.g., wash walls, wash floors).
8

Garden or do yard work.
9

Make a bed.
10

Carry a shopping bag or briefcase.
11

Carry a heavy object (over 10 lbs).
12

Change a lightbulb overhead.
13

Wash or blow dry your hair.
14

Wash your back.
15

Put on a pullover sweater.
16

Use a knife to cut food.
17

Recreational activities which require little effort (e.g., cardplaying, knitting, etc.).
18

Recreational activities in which you take some force or impact through your arm, shoulder or hand (e.g., golf, hammering, tennis, etc.).
19

Recreational activities in which you move your arm freely (e.g., playing frisbee, badminton, etc.).
20

Manage transportation needs (getting from one place to another).
21

Sexual activities.
22

During the past week, to what extent has your arm, shoulder or hand problem interfered with your normal social activities with family, friends, neighbours or groups?
23

During the past week, were you limited in your work or other regular daily activities as a result of your arm, shoulder or hand problem?
24

Arm, shoulder or hand pain.
25

Arm, shoulder or hand pain when you performed any specific activity.
26

Tingling (pins and needles) in your arm, shoulder or hand.
27

Weakness in your arm, shoulder or hand.
28

Stiffness in your arm, shoulder or hand.
29

During the past week, how much difficulty have you had sleeping because of the pain in your arm, shoulder or hand?
30

I feel less capable, less confident or less useful because of my arm, shoulder or hand problem.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 24). Questionnaire sur les incapacités du bras, de l’épaule et de la main. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-incapacites-bras-epaule-main-dash/
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les incapacités du bras, de l’épaule et de la main.” Base de données de psychologie en français, 24 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-incapacites-bras-epaule-main-dash/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les incapacités du bras, de l’épaule et de la main.” Base de données de psychologie en français. septembre 24, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-incapacites-bras-epaule-main-dash/.