1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire Harceleur/Victime d’Olweus (Olweus Bully/Victim Questionnaire, OBVQ), initialement développé par Dan Olweus au début des années 1980 puis révisé en 1996 (Revised Olweus Bully/Victim Questionnaire), constitue l’étalon-or international (gold standard) pour l’évaluation empirique, le dépistage et la surveillance épidémiologique du harcèlement en milieu scolaire (school bullying). Cet auto-questionnaire standardisé a été conçu pour opérationnaliser avec rigueur la définition tridimensionnelle du harcèlement formulée par Olweus, reposant sur l’intention de nuire, la répétition temporelle des agissements et l’asymétrie de pouvoir (déséquilibre des forces) entre l’agresseur et la cible.
L’instrument s’articule autour de deux échelles majeures indépendantes et complémentaires : l’Échelle de Victimation (Victim scale) et l’Échelle d’Agression / Harcèlement (Bully scale). Dans sa version révisée standard et ses adaptations transculturelles validées, l’OBVQ investigue l’ensemble des manifestations du phénomène à travers une série d’items comportementaux précis : violences physiques directes (coups, bousculades, dégradations matérielles), violences verbales (moqueries blessantes, insultes, menaces), agressions indirectes ou relationnelles (exclusion sociale délibérée, propagation de rumeurs calomnieuses), agressions à caractère discriminatoire (visant la race, la religion, le handicap, l’orientation sexuelle ou l’apparence physique) et cyberharcèlement (via la téléphonie mobile et Internet).
Les participants évaluent la fréquence d’apparition de chaque comportement au cours d’une fenêtre temporelle de référence explicite (généralement les deux ou trois derniers mois) sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Je n’ai pas été harcelé(e) / Je n’ai pas harcelé au cours des deux derniers mois ») à 5 (« Plusieurs fois par semaine »). Sur le plan psychométrique, l’OBVQ démontre des qualités exceptionnelles validées sur des centaines de milliers d’élèves en Norvège, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Amérique latine et en Asie : cohérence interne élevée (coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,80 et 0,90), excellente validité de construit confirmée par analyse factorielle confirmatoire et modélisation de Rasch, ainsi qu’une remarquable sensibilité au changement dans le cadre de l’évaluation du programme de prévention d’Olweus (Olweus Bullying Prevention Program – OBPP).
2. Mots-clés / Keywords
harcèlement scolaire, victimation, agression par les pairs, intimidation scolaire, Questionnaire d’Olweus, OBVQ, psychométrie, climat scolaire, cyberharcèlement, exclusion sociale, asymétrie de pouvoir, prévention de la violence, évaluation scolaire, psychologie du développement, victimologie.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par le professeur Dan Olweus (1931–2020), chercheur émérite et professeur de psychologie à l’Université de Bergen (Norvège). Dan Olweus est universellement reconnu comme le père fondateur des recherches scientifiques sur le harcèlement scolaire et la victimation entre pairs. Ses travaux pionniers ont débuté dans les années 1970 en Scandinavie, culminant dans la mise en œuvre de la première campagne nationale norvégienne contre le harcèlement en 1983 à la suite du suicide tragique de plusieurs adolescents.
Tout au long de sa prolifique carrière, Olweus a dirigé le Research Centre for Health Promotion (HEMIL Centre) à la Faculté de psychologie de l’Université de Bergen. Il a collaboré avec des méthodologistes et chercheurs de renommée internationale, notamment le Dr Mona E. Solberg (Université de Bergen, Regional Centre for Child and Youth Mental Health and Child Welfare), qui a co-signé les études épidémiologiques et psychométriques fondamentales établissant les seuils de prévalence de l’instrument. Les travaux d’adaptation transculturelle ont par ailleurs été menés par de nombreux consortiums de recherche à travers le monde, notamment par l’équipe du professeur Leonidas Kyriakides (Université de Chypre) pour les analyses en modélisation de Rasch, et par Fabiana G. Gonçalves et ses collègues de l’Université fédérale du Rio Grande do Sul (UFRGS) pour la validation psychométrique brésilienne (Questionário de Bullying de Olweus – QBO).
4. Objectif / Purpose
Le Questionnaire Harceleur/Victime d’Olweus a été élaboré pour répondre à une nécessité scientifique et clinique majeure : standardiser la mesure empirique d’un comportement agressif complexe et clandestin qui échappe fréquemment au regard des éducateurs et des parents. Avant les travaux pionniers d’Olweus, l’intimidation entre élèves était couramment banalisée sous le prisme des « chamailleries d’enfants » ou des rituels inévitables de la socialisation juvénile. L’OBVQ a pour premier objectif d’offrir une définition opérationnelle non équivoque du phénomène et de mesurer avec précision sa prévalence, son intensité, sa nature qualitative et son évolution temporelle au sein des contextes éducatifs.
Applications en recherche fondamentale et épidémiologique
Sur le plan épidémiologique, l’OBVQ permet de quantifier la proportion d’élèves impliqués dans les dynamiques d’agression selon quatre statuts fonctionnels clairement différenciés :
- Les victimes pures : élèves soumis de manière répétée à des agressions sans manifester eux-mêmes de comportements harcelants envers leurs pairs.
- Les harceleurs purs : élèves qui initient et perpétuent des comportements agressifs et d’exclusion envers des cibles plus vulnérables sans être eux-mêmes victimisés.
- Les harceleurs-victimes (ou victimes provocatrices) : sous-groupe particulièrement vulnérable d’élèves qui subissent des agressions tout en exerçant eux-mêmes des violences envers autrui, présentant souvent une dysrégulation émotionnelle sévère, un TDAH ou des traits d’impulsivité majeure.
- Les élèves non impliqués (témoins/neutres) : élèves n’expérimentant ni victimation régulière ni comportement d’intimidation actif.
Dans la recherche développementale et clinique, l’instrument sert à cartographier les trajectoires étiologiques et les corrélats psychopathologiques associés à ces statuts, tels que l’anxiété sociale, le trouble dépressif majeur, les idéations suicidaires, la désaffiliation scolaire, le décrochage et, chez les auteurs, l’évolution vers la délinquance juvénile et le trouble des conduites.
Applications psycho-éducatives et évaluation de programmes
En pratique scolaire et clinique, l’OBVQ constitue le pivot diagnostique préalable à toute intervention institutionnelle. Il est spécifiquement employé dans le cadre du Olweus Bullying Prevention Program (OBPP), intervention universelle recommandée par l’American Psychological Association (APA) et les agences gouvernementales internationales. Administré annuellement, l’OBVQ fournit un audit rigoureux du climat scolaire, identifie les « zones chaudes » (hot spots) où se déroulent les agressions (cours de récréation, couloirs, toilettes, trajets scolaires) et mesure objectivement l’efficacité des politiques préventives en enregistrant les réductions statistiques de la fréquence des comportements d’agression.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par l’OBVQ est le harcèlement scolaire (school bullying), conceptualisé comme un sous-type spécifique de comportement agressif proactif ou réactif, distinct des conflits interpersonnels ordinaires. Pour qu’un comportement soit qualifié d’intimidation selon le modèle d’Olweus, trois critères constitutifs indispensables doivent être satisfaits simultanément :
- L’intentionnalité négative : le comportement agressif est dirigé délibérément pour infliger une blessure, un inconfort physique ou une détresse psychologique à autrui.
- La répétition dans le temps : les actes agressifs ne sont pas des épisodes isolés mais s’inscrivent dans une séquence continue d’actions répétées au fil des semaines ou des mois.
- L’asymétrie de pouvoir (déséquilibre des forces) : il existe une disparité manifeste de pouvoir physique, psychologique ou social entre l’auteur et la cible ; la victime éprouve une difficulté objective à se défendre face à son ou ses agresseurs.
Dimensions et sous-échelles de l’OBVQ
L’instrument opérationnalise ce construit à travers deux macro-échelles structurales qui se déclinent en multiples formes comportementales :
1. L’Échelle de Victimation (Victim Scale)
Cette échelle explore les différentes typologies d’abus subies par l’élève, couvrant un spectre allant des violences manifestes aux micro-agressions insidieuses :
- Victimation verbale directe : insultes, quolibets cruels, surnoms dégradants et moqueries ciblées (items 1, 9).
- Victimation relationnelle / indirecte : mise à l’écart délibérée des groupes d’amis, rejet systématique des activités collectives, ostracisme social et propagation de rumeurs calomnieuses destinées à détruire la réputation de l’élève (items 2, 4, 17, 18, 21).
- Victimation physique directe : violences corporelles caractérisées (coups de poing, coups de pied, bousculades, tirage de cheveux, griffures) et claustration forcée (items 3, 14).
- Victimation matérielle et prédation : racket, extorsion d’argent ou d’effets personnels, vol sans consentement et vandalisme/destruction délibérée des affaires scolaires ou objets personnels (items 5, 6, 19).
- Victimation discriminatoire / ciblée sur l’identité : attaques verbales ou physiques ciblant expressément la race, la couleur de peau, l’origine ethnique, la religion, le handicap physique ou intellectuel, les compétences académiques, les particularités morphologiques (poids, taille, accent) ou l’orientation sexuelle réelle ou perçue (items 7, 8, 10, 11).
- Harcèlement sexuel et coercition : gestes grossiers, remarques à connotation sexuelle explicite, contacts non sollicités et menaces physiques (items 10, 16).
- Cybervictimation : agressions, harcèlement, insultes et diffamation perpétrés via les technologies de l’information et de la communication, spécifiquement les téléphones portables et les réseaux sociaux numériques (items 12, 13, 23).
2. L’Échelle d’Agression / Harcèlement (Bully Scale)
Miroir symétrique de l’échelle de victimation, cette échelle examine l’auto-déclaration des comportements d’agression perpétrés par le sujet envers ses camarades de classe ou d’établissement. Elle évalue l’engagement actif de l’élève dans des conduites d’intimidation verbale, physique, relationnelle, prédatrice, discriminatoire et cybernétique, ainsi que l’incitation à la violence exercée sur des tiers (forcer un camarade à en agresser un autre).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’OBVQ s’enracine dans une approche intégrative articulant la psychologie de la personnalité, la psychologie sociale du développement et le modèle socio-écologique des systèmes humains.
Le modèle d’interaction personnalité-environnement d’Olweus
Dan Olweus a théorisé le harcèlement scolaire non pas comme un phénomène groupal purement aléatoire, mais comme l’émergence d’interactions dynamiques entre des profils individuels prédisposés et des contingences contextuelles permissives :
- Le profil de l’agresseur : caractérisé par une combinaison de tendances agressives précoces, d’impulsivité, d’un besoin dominant d’affirmer son pouvoir et son contrôle sur autrui, et d’un déficit d’empathie affective envers la souffrance des victimes. Contrairement au mythe populaire postulant que les agresseurs souffrent d’une faible estime d’eux-mêmes, les recherches longitudinales d’Olweus ont révélé une estime de soi moyenne ou supérieure à la moyenne, associée à une faible tolérance à la frustration.
- Le profil de la victime typique (passive/soumise) : caractérisé par des schémas d’anxiété, d’insécurité, de timidité sociale et une faible estime de soi. Sur le plan physique, ces élèves présentent souvent une force musculaire inférieure à celle de leurs pairs (notamment chez les garçons), les rendant vulnérables à l’exploitation et incapables de riposter efficacement.
Le modèle socio-écologique de Bronfenbrenner
Le cadre théorique sous-tendant l’utilisation de l’OBVQ postule que l’intimidation s’inscrit au sein d’un écosystème à niveaux multiples (modèle écologique de Bronfenbrenner) :
- Microsystème : interactions directes au sein de la classe, dynamique de la fratrie et pratiques parentales (climat familial punitif, manque de chaleur affective).
- Mésosystème : articulation entre le milieu familial et l’institution scolaire.
- Exosystème : caractéristiques architecturales de l’école, surveillance des espaces récréatifs, politiques disciplinaires de l’établissement.
- Macrosystème : normes culturelles sociétales tolérant la violence, hiérarchies sociales et stéréotypes discriminatoires.
Théorie de l’apprentissage social et dynamique de groupe
L’OBVQ intègre également les principes de la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura (renforcement vicariant, désengagement moral) et les travaux sur les rôles des participants développés par Christina Salmivalli. Le harcèlement y est compris comme un processus de groupe théâtralisé dans lequel l’agresseur cherche à acquérir un statut social et de la dominance devant des pairs qui agissent comme assistants, renforçateurs, défenseurs ou spectateurs passifs (bystanders).
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’OBVQ ont fait l’objet de validations empiriques exhaustives à travers le monde, confirmant la robustesse de sa structure conceptuelle et son utilité clinique.
Validité de construit et structurelle
La validité de construit de l’instrument a été établie par de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, ainsi que par l’application de la théorie de réponse aux items (TRI). Dans l’étude de référence menée par Kyriakides, Kaloyirou et Lindsay (2006) sur un échantillon d’élèves de l’enseignement primaire et secondaire, l’utilisation du modèle de mesure de Rasch a démontré un ajustement parfait des données aux exigences de l’unidimensionnalité au sein de chacune des deux échelles principales. Les indices d’infit et d’outfit de moyenne quadratique (MnSq) se situaient strictement dans la plage acceptable (0,7 à 1,3), prouvant que les différents items comportementaux (verbal, physique, relationnel) s’alignent le long d’un continuum continu de sévérité de victimation et d’agression.
Dans l’étude de validation transculturelle de Gonçalves et al. (2016) évaluant la version brésilienne de l’OBVQ (QBO), l’analyse factorielle confirmatoire a mis en évidence des indices d’adéquation robustes pour la séparation bi-factorielle des échelles de victimation et d’agression, avec un RMSEA inférieur à 0,05 et des indices CFI et TLI dépassant 0,95, attestant de la stabilité interculturelle du modèle original norvégien.
Validité convergente et concourante
La validité convergente de l’OBVQ est démontrée par des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec de multiples mesures indépendantes :
- Nominations par les pairs (Peer nominations) : de fortes corrélations (variant généralement de r = 0,45 à r = 0,68, p < 0,001) sont constamment observées entre les auto-déclarations de l’OBVQ et les évaluations sociométriques où les camarades désignent anonymement qui harcèle et qui est harcelé dans la classe (Olweus, 1994 ; Solberg & Olweus, 2003).
- Évaluations par les enseignants : les scores de victimation et d’agression de l’OBVQ corrèlent de façon substantielle avec les grilles d’observation remplies par les enseignants titulaires (r = 0,40 à 0,55).
- Détresse psychologique et santé mentale : l’échelle de victimation présente de fortes corrélations positives avec les échelles de dépression infantile (CDI), d’anxiété manifeste (RCMAS), d’isolement social et de somatisation, ainsi qu’une corrélation négative marquée avec l’estime de soi globale mesurée par l’échelle de Rosenberg (r = -0,35 à -0,50).
- Comportements externalisés : l’échelle d’agression corrèle fortement avec les scores de trouble oppositionnel avec provocation, d’agressivité proactive et d’attitudes favorables à la violence (r = 0,42 à 0,60).
Validité discriminante
L’OBVQ parvient avec précision à discriminer les agressions systématiques de harcèlement des conflits paritaires mutuels équilibrés. La corrélation inter-échelles entre la Victimation totale et l’Agression totale est généralement modeste à modérée (r = 0,15 à 0,25 dans les échantillons scolaires normatifs), démontrant que la victimation et la perpétration constituent deux dimensions empiriquement dissociables, tout en capturant fidèlement le sous-groupe atypique mais sévère des agresseurs-victimes.
8. Fidélité / Reliability
L’OBVQ présente des indices de fidélité et de précision métrologique remarquables documentés dans une vaste littérature psychométrique internationale.
Cohérence interne
Les estimations de la cohérence interne via le coefficient alpha de Cronbach démontrent une excellente homogénéité des items composant les deux instruments majeurs :
- Échelle de Victimation globale : les valeurs de l’alpha de Cronbach se situent continuellement entre 0,80 et 0,90 à travers de multiples contextes géographiques et linguistiques. Dans les cohortes épidémiologiques norvégiennes (Solberg & Olweus, 2003) regroupant plus de 5 000 participants, l’alpha atteignait 0,88. Dans l’échantillon brésilien de Gonçalves et al. (2016), le coefficient alpha de l’échelle de victimation (23 items) s’élevait à 0,85.
- Échelle d’Agression / Harcèlement globale : la fidélité interne est tout aussi robuste, affichant des coefficients alpha s’échelonnant habituellement entre 0,82 et 0,92 selon les tranches d’âge scolaires investiguées (Gonçalves et al., 2016 rapportent un alpha de 0,87).
- Sous-échelles spécifiques : pour les formes comportementales isolées (ex. victimation physique ou verbale pure), les coefficients demeurent solides, oscillant de 0,72 à 0,83, ce qui est remarquable pour des échelles courtes ne comprenant que 2 à 4 items par domaine.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La stabilité temporelle de l’OBVQ a été mesurée sur des intervalles allant de quelques semaines à plusieurs mois :
- Sur un intervalle court de deux à quatre semaines (sans intervention préventive intercurrente), les coefficients de corrélation test-retest oscillent entre r = 0,75 et r = 0,85, témoignant d’une stabilité substantielle de la mesure des expériences de victimation.
- Sur une année scolaire entière (intervalle de 6 à 12 mois), la stabilité demeure modérée à forte (r = 0,55 à 0,68), reflétant la chronicité tragique du statut de victime dans les environnements scolaires dépourvus d’interventions ciblées, tout en conservant une sensibilité statistique suffisante pour enregistrer les réductions d’agressions consécutives à la mise en place de programmes anti-harcèlement.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de l’OBVQ a été abondamment scrutée par des méthodologies exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), ainsi que par des modélisations structurelles avancées.
Structure factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations en analyse factorielle confirmatoire démontrent de manière récurrente la supériorité d’un modèle bifactoriel de second ordre ou d’un modèle à facteurs corrélés distinguant nettement les dimensions de Victimation et d’Agression, plutôt qu’un modèle unidimensionnel global de « propension à la violence scolaire » :
- Facteur 1 : Victimation (Victimization) : regroupe l’ensemble des items évaluant la fréquence à laquelle l’individu subit des préjudices verbaux, physiques, relationnels, matériels ou cybernétiques de la part d’autrui. Les saturations factorielles standardisées (factor loadings, $lambda$) pour ce facteur sont généralement très fortes, oscillant entre 0,52 et 0,82. Les items verbaux (« appel d’insultes/moqueries », item 1) et physiques (« coups/bousculades », item 3) présentent fréquemment les saturations les plus élevées ($lambda > 0,70$).
- Facteur 2 : Perpétration / Agression (Bullying) : regroupe les comportements d’agression actifs infligés à autrui. Les saturations factorielles oscillent entre 0,50 et 0,85, les items d’exclusion relationnelle et d’insultes verbales constituant des prédicateurs cardinaux de la propension au harcèlement.
Modélisation de Rasch et invariant de mesure
Les investigations menées via la théorie de réponse aux items par Kyriakides et al. (2006) ont apporté des éclairages psychométriques déterminants concernant l’ordonnancement de la difficulté/sévérité des items :
- Sur le continuum de victimation, les items d’agression verbale (moqueries, surnoms dégradants) et d’exclusion sociale présentent les paramètres de difficulté les plus bas (c’est-à-dire qu’ils sont les plus fréquemment expérimentés et nécessitent un seuil latent de victimation inférieur).
- Les items d’agression physique violente (claustration, menaces physiques directes) et d’agressions discriminatoires (racisme, sexualité) affichent des paramètres de sévérité beaucoup plus élevés, signalant des degrés de victimation particulièrement sévères.
- Invariance selon le genre et l’âge : les analyses factorielles multi-groupes confirment une stricte invariance métrique et scalaire de l’instrument entre les filles et les garçons. Alors que les garçons manifestent des niveaux moyens plus élevés d’agressions physiques directes, les relations structurelles entre les variables latentes demeurent rigoureusement identiques quel que soit le genre ou le cycle d’études (école élémentaire versus collège/lycée).
10. Instrument de mesure / Instrument
L’OBVQ est un instrument standardisé d’auto-évaluation conçu pour une passation collective ou individuelle en milieu scolaire ou clinique.
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré sur support papier-crayon ou via des plateformes d’évaluation numériques sécurisées. L’administration s’effectue habituellement en groupe-classe sous la supervision d’un professionnel formé (psychologue scolaire, enseignant ou chercheur), garantissant le strict anonymat des réponses pour minimiser le biais de désirabilité sociale.
- Durée de passation : Environ 20 à 35 minutes selon le niveau de lecture des élèves.
- Population cible : Enfants et adolescents scolarisés âgés de 8 à 18 ans (du CE2 à la classe de terminale).
- Structure des items : Le questionnaire s’ouvre par une définition standardisée et illustrée du harcèlement expliquant explicitement la répétition et l’asymétrie de pouvoir, suivie des items de la sous-échelle de victimation (23 items comportementaux) et de la sous-échelle d’agression (23 items comportementaux symétriques).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale à 5 modalités évaluant la fréquence des occurrences au cours des « deux ou trois derniers mois » :
- 1 : « I have not been bullied during last couple of months » (Je n’ai pas été harcelé(e) au cours des deux derniers mois)
- 2 : « Once or twice in the last couple of months » (Une ou deux fois au cours des deux derniers mois)
- 3 : « 2 or 3 times a month » (2 ou 3 fois par mois)
- 4 : « About once a week » (Environ une fois par semaine)
- 5 : « Several times a week » (Plusieurs fois par semaine)
- Modalités de cotation et seuils diagnostiques (Cut-off criteria) :
- Score continu : calcul de moyennes ou de scores cumulés pour chaque macro-échelle (Victimation globale et Agression globale) et sous-domaines (physique, verbal, relationnel, cyber).
- Classification catégorielle de prévalence (Critère d’Olweus & Solberg) : selon les directives de Dan Olweus et Mona Solberg (2003), le seuil empirique identifiant un élève comme étant chroniquement victimisé ou harceleur avéré correspond à une réponse de fréquence « 2 ou 3 fois par mois » (point 3) ou plus (« Environ une fois par semaine » ou « Plusieurs fois par semaine ») sur au moins l’un des items comportementaux spécifiques ou sur l’item global. Les réponses « Une ou deux fois » sont considérées comme des incidents mineurs ou des conflits paritaires n’atteignant pas le critère diagnostique de harcèlement établi.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1983 (première version à grande échelle lors de la campagne nationale norvégienne) ; version révisée standard (Revised OBVQ) publiée en 1996 par Dan Olweus.
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Le Revised Olweus Bully/Victim Questionnaire original et le matériel d’intervention associé (Olweus Bullying Prevention Program – OBPP) sont protégés par le droit d’auteur (Copyright © Dan Olweus, University of Bergen / Hazelden Publishing).
- Utilisation en recherche académique : Pour les chercheurs universitaires indépendants et les thèses de doctorat, l’accès au questionnaire et l’autorisation de passation ont historiquement été accordés à des fins strictement scientifiques à titre gracieux ou à coût marginal de traitement de données via le Centre de recherche HEMIL de l’Université de Bergen.
- Utilisation commerciale et institutionnelle scolaire : L’administration du questionnaire à des fins de diagnostic d’établissement et d’implantation du programme officiel OBPP fait l’objet d’une licence commerciale distribuée par l’éditeur exclusif Hazelden Publishing (États-Unis) incluant les rapports statistiques automatisés et les manuels de formation. Pour toute utilisation officielle standardisée, il est recommandé de contacter le centre de recherche Olweus à l’Université de Bergen ou l’éditeur officiel.
12. Références / References
Les références ci-dessous regroupent les publications scientifiques majeures et les études de validation psychométrique relatives à l’OBVQ, rédigées selon les normes de l’American Psychological Association (APA 7e édition) :
- Gonçalves, F. G., Heldt, E., Peixoto, B. N., Rodrigues, G. A., Filipetto, M., & Guimarães, L. S. P. (2016). Construct validity and reliability of Olweus Bully/Victim Questionnaire – Brazilian version. Psicologia: Reflexão e Crítica, 29(1), Article 27. https://doi.org/10.1186/s41155-016-0019-7
- Gothwal, V. K., Sumalini, R., Irfan, S. M., Giridhar, A., & Bharani, S. (2013). Revised Olweus Bully/Victim Questionnaire: Evaluation in visually impaired. Optometry and Vision Science, 90(8), 828–835. https://doi.org/10.1097/OPX.0b013e3182992cd7
- Kyriakides, L., Kaloyirou, C., & Lindsay, G. (2006). An analysis of the Revised Olweus Bully/Victim Questionnaire using the Rasch measurement model. British Journal of Educational Psychology, 76(4), 781–801. https://doi.org/10.1348/000709905X53452
- Olweus, D. (1993). Bullying at school: What we know and what we can do. Blackwell Publishing.
- Olweus, D. (1994). Annotation: Bullying at school: Basic facts and effects of a school based intervention program. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 35(7), 1171–1190. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1994.tb01229.x
- Olweus, D. (1996). The Revised Olweus Bully/Victim Questionnaire. Research Centre for Health Promotion (HEMIL), University of Bergen.
- Olweus, D. (1997). Bully/victim problems in school: Facts and intervention. European Journal of Psychology of Education, 12(4), 495–510. https://doi.org/10.1007/BF03172807
- Salmivalli, C., Lagerspetz, K., Björkqvist, K., Österman, K., & Kaukiainen, A. (1996). Bullying as a group process: Participant roles and their relations to social status in the group. Aggressive Behavior, 22(1), 1–15. https://doi.org/10.1002/(SICI)1098-2337(1996)22:1<1::AID-AB1>3.0.CO;2-T
- Solberg, M. E., & Olweus, D. (2003). Prevalence estimation of school bullying with the Olweus Bully/Victim Questionnaire. Aggressive Behavior, 29(3), 239–268. https://doi.org/10.1002/ab.10047