Questionnaire de données sur la dépendance à l’alcool (SADD)

Le Questionnaire de données sur la dépendance à l’alcool (SADD) est un outil psychométrique de référence mesurant la sévérité du syndrome de dépendance alcoolique en 15 items.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

Le Questionnaire de données sur la dépendance à l’alcool (en anglais : Short Alcohol Dependence Data Questionnaire ou Alcohol Dependence Data Questionnaire, SADD) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par Duncan Raistrick, Godfrey Dunbar et Rae Davidson en 1983. Développé pour combler les lacunes des instruments catégoriels traditionnels qui dichotomisaient de manière arbitraire les individus entre « alcooliques » et « non-alcooliques », le SADD opérationnalise le concept du syndrome de dépendance à l’alcool tel que formulé initialement par Griffith Edwards et Milton M. Gross en 1976 pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Cet outil est composé de 15 items évaluant les manifestations comportementales, cognitives et physiologiques de la dépendance à l’alcool. Contrairement à des questionnaires axés principalement sur les conséquences psychosociales, matérielles ou médicales de la consommation (tels que le MAST ou le CAGE), le SADD se focalise spécifiquement sur les processus intrinsèques de la dépendance : la préoccupation cognitive envers l’alcool, la perte de contrôle, la stéréotypie du pattern de consommation, l’utilisation matinale pour soulager le sevrage, ainsi que les symptômes physiques et perceptifs de sevrage aigu. Chaque item est évalué sur une échelle ordinale de type Likert en 4 points (allant de 0 = « Jamais » à 3 = « Presque toujours » ou noté 1 à 4 selon les variantes de cotation, générant un score total borné entre 0 et 45 points).

Sur le plan des propriétés psychométriques, le SADD démontre une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,82 et 0,92 selon les populations cliniques et communautaires évaluées. La fidélité test-retest à court terme est élevée (coefficients de corrélation intra-classe supérieurs à 0,85). Les analyses factorielles révèlent principalement une structure unidimensionnelle dominante reflétant un continuum de sévérité de la dépendance, bien que des modélisations bi-factorielles ou multidimensionnelles aient parfois isolé des composantes comportementales et physiques distinctes. L’instrument s’est révélé particulièrement sensible pour discriminer les niveaux de dépendance faible (scores de 1 à 9), modérée (scores de 10 à 19) et sévère (scores de 20 et plus), offrant une utilité clinique majeure pour orienter les indications thérapeutiques, qu’il s’agisse d’interventions brèves axées sur la modération ou de programmes intensifs de sevrage et de maintien de l’abstinence.

2. Mots-clés

Dépendance à l’alcool, SADD, psychométrie, évaluation clinique, syndrome de dépendance, addictologie, perte de contrôle, sevrage alcoolique, validité de construit, fidélité test-retest.

3. Auteurs

Le questionnaire SADD a été élaboré par une équipe de chercheurs et cliniciens britanniques spécialisés dans le traitement des addictions :

  • Duncan S. Raistrick, M.D., FRCPsych : Psychiatre consultant en addictologie, ancien directeur clinique au Leeds Addiction Unit (Leeds, Royaume-Uni). Auteur prolifique dans le domaine de l’évaluation standardisée des troubles liés à l’usage de substances et du développement d’outils thérapeutiques.
  • Godfrey C. Dunbar, M.B., Ch.B., M.Phil. : Chercheur en psychiatrie et pharmacologie clinique, ayant exercé au sein de plusieurs départements hospitalo-universitaires britanniques et dans l’industrie de la recherche biomédicale.
  • Rae J. Davidson, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur, ayant contribué de manière significative aux recherches sur les mécanismes comportementaux du changement et l’évaluation psychométrique des comportements addictifs au Royaume-Uni.

4. Objectif

Le développement du Short Alcohol Dependence Data Questionnaire répond à un besoin clinique et méthodologique précis : quantifier avec précision l’intensité du syndrome de dépendance à l’alcool sur un continuum dimensionnel, en s’affranchissant des artefacts liés aux complications secondaires. Avant l’introduction de ce questionnaire, la plupart des instruments disponibles, tels que le Michigan Alcoholism Screening Test (MAST), confondaient la dépendance pharmacologique et psychologique avec les conséquences sociales, judiciaires, financières ou conjugales de l’intoxication alcoolique. Or, ces conséquences dépendent largement de l’environnement socioculturel, du statut socio-économique et de la tolérance de l’entourage, introduisant des biais majeurs dans l’estimation de la sévérité clinique.

Applications cliniques

En pratique clinique et hospitalière, le SADD remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques indispensables :

  • Orientation de l’objectif thérapeutique (abstinence vs consommation contrôlée) : L’un des apports fondateurs du SADD est d’aider les cliniciens à déterminer si un objectif d’apprentissage de la consommation modérée est réaliste. Les patients présentant une dépendance légère (score < 10) peuvent, sous certaines conditions, bénéficier d’approches de réduction des risques et de contrôle de la consommation, tandis qu’un score élevé (≥ 20) indique une perte d’élasticité comportementale et une neuro-adaptation telles que l’abstinence complète constitue la seule issue clinique viable.
  • Évaluation du risque de sevrage sévère : En explorant spécifiquement les tremblements matinaux, les haut-le-cœur, les hallucinations transitoires et le besoin compulsif de boire dès le réveil, le questionnaire alerte les équipes soignantes sur le risque d’accident de sevrage aigu (tel que le delirium tremens ou les crises convulsives comitiales), justifiant une prise en charge pharmacologique adaptée (benzodiazépines, vitaminothérapie B1-B6).
  • Mesure longitudinale de l’efficacité thérapeutique : Utilisé lors de bilans périodiques, le SADD permet de suivre la régression des processus cognitifs et comportementaux d’asservissement au produit au fil du traitement psychothérapeutique ou pharmacologique.

Applications en recherche épidémiologique et clinique

Dans le domaine de la recherche en addictologie, le SADD fournit une variable continue standardisée permettant d’étudier les corrélats neurobiologiques, génétiques et psychologiques de la dépendance. Il facilite la comparaison entre échantillons cliniques issus de différents centres hospitaliers ou pays, grâce à son indépendance relative vis-à-vis des systèmes juridiques ou des critères diagnostiques nosographiques fluctuants entre le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et la CIM (Classification internationale des maladies).

5. Construit psychologique

Le construit psychologique mesuré par le SADD est le syndrome de dépendance à l’alcool envisagé comme un phénomène dimensionnel, biopsychosocial et dynamique. Plutôt qu’un état binaire de type « tout ou rien », la dépendance est conceptualisée comme un continuum d’asservissement où la régulation cognitive et neurobiologique du comportement de consommation s’altère progressivement. Le questionnaire évalue de manière ciblée plusieurs composantes fondamentales de ce construit :

1. Préoccupation cognitive et saillance (Items 1, 2, 3)

La saillance cognitive réfère à la place centrale qu’occupe la substance dans la vie mentale du sujet. L’alcool devient la priorité motivationnelle absolue, supplantant d’autres besoins physiologiques et sociaux fondamentaux. L’item 1 explore l’intrusion de pensées persistantes et la difficulté à chasser l’idée de boire de son esprit, caractéristique d’un phénomène de craving cognitif. L’item 2 opérationnalise une déviation extrême des priorités (« S’enivrer est-il plus important que votre prochain repas ? »), illustrant le sacrifice des nécessités vitales au profit de l’état d’ébriété. L’item 3 évalue la planification de l’existence en fonction de la disponibilité de la substance, le sujet organisant son emploi du temps professionnel et personnel autour des opportunités de consommation.

2. Répertoire de consommation stéréotypé et rétrécissement comportemental (Items 4, 5, 6)

Chez le buveur non dépendant, la consommation d’alcool varie considérablement selon le contexte social, l’heure, le lieu et les contraintes du lendemain. À mesure que la dépendance s’installe, le patron d’usage se rigidifie de façon stéréotypée :

  • L’item 4 évalue la distribution temporelle continue de la prise d’alcool tout au long de la journée (matin, après-midi et soir), signalant la disparition de la régulation circadienne normale.
  • L’item 5 mesure la consommation instrumentale indifférenciée : le patient recherche l’effet psychoactif brut de l’éthanol, sans considération pour le type de boisson, sa qualité gustative ou le cadre social, traduisant une perte de la composante hédonique sélective au profit d’un besoin pharmacologique pur.
  • L’item 6 capte l’incapacité à adapter son volume de boisson en fonction des obligations du lendemain, reflétant une insensibilité progressive aux conséquences futures et un biais prononcé pour la gratification immédiate (actualisation temporelle hyperbolique).

3. Perte de contrôle et persistance malgré les méfaits (Items 7, 8, 9)

L’altération du contrôle volontaire constitue le cœur phénoménologique de l’addiction :

  • L’item 7 mesure la poursuite de la consommation excessive en pleine conscience des dommages physiques, psychologiques ou relationnels qu’elle engendre.
  • L’item 8 formalise la perte de contrôle subjective et objective : le sentiment inéluctable d’incapacité à s’arrêter une fois la première gorgée ingérée (phénomène d’amorce ou priming effect).
  • L’item 9 évalue les tentatives désespérées d’auto-contrôle par des périodes d’abstinence forcée (« tout ou rien »). Cette alternance entre excès massifs et arrêts temporaires rigides témoigne de l’incapacité à maintenir une consommation modérée et stable.

4. Phénomènes de sevrage physique et soulagement (Items 10, 11, 12, 13, 14, 15)

Cette dimension regroupe les manifestations de neuro-adaptation et l’évitement du syndrome de sevrage par réalimentation alcoolique :

  • L’item 10 saisit le « drinking de soulagement » matinal : le besoin impérieux de consommer de l’alcool dès le réveil afin de neutraliser l’hyperactivité végétative et l’angoisse provoquées par la chute du taux d’alcoolémie nocturne.
  • Les items 11 et 12 mesurent les manifestations physiques directes de l’hyperexcitabilité du système nerveux central et de la toxicité digestive : tremblements digitaux francs et nausées ou vomissements matinaux.
  • L’item 13 reflète l’anxiété de sevrage et le repli social consécutif au sentiment de honte ou à l’incapacité psychomotrice d’affronter autrui après une alcoolisation massive.
  • L’item 14 explore les perturbations neuro-perceptives transitoires (illusions ou hallucinations visuelles hypnagogiques/hypnopompiques) caractéristiques des états pré-délirants de sevrage.
  • L’item 15 mesure les amnésies antérogrades lacunaires induites par l’alcool (blackouts), témoignant d’une perturbation fonctionnelle sévère de l’hippocampe sous l’effet de concentrations élevées d’éthanol.

6. Cadre théorique

L’ancrage théorique du SADD repose directement sur le modèle fondateur formalisé par Griffith Edwards et Milton M. Gross en 1976 dans leur rapport séminal pour l’Organisation mondiale de la Santé : « Alcohol dependence: provisional description of a clinical syndrome ». Cette publication a marqué une rupture paradigmatique majeure dans l’histoire de la psychiatrie et de l’addictologie contemporaine.

Le modèle du syndrome de dépendance d’Edwards et Gross (1976)

Avant les travaux d’Edwards et Gross, l’alcoolisme était appréhendé de façon confuse, mêlant dans une entité floue les altérations morales, les complications médicales (cirrhose, polynévrite) et les désordres sociaux. Edwards et Gross ont proposé d’isoler un cœur sémiologique propre, indépendant des conséquences contextuelles, caractérisé par sept éléments interdépendants :

  1. Le rétrécissement du répertoire de consommation (le buveur adapte de moins en moins son comportement aux circonstances extérieures).
  2. La primauté de la recherche d’alcool sur d’autres activités auparavant prioritaires.
  3. L’augmentation de la tolérance psychologique et métabolique à l’éthanol.
  4. L’apparition de symptômes répétés de sevrage lors de l’interruption ou de la diminution de la prise.
  5. La consommation d’alcool pour soulager ou éviter les symptômes de sevrage.
  6. La perception subjective du besoin compulsif de boire (perte de contrôle).
  7. La réinstallation rapide du syndrome complet après une période plus ou moins longue d’abstinence (plasticité mnésique de la dépendance).

De plus, Edwards a insisté sur la distinction épistémologique cruciale entre « alcohol dependence » (le syndrome psychobiologique) et « alcohol-related problems » (les méfaits sanitaires, familiaux, professionnels). Le SADD a été explicitement conçu pour opérationnaliser la première dimension en excluant la seconde, comblant ainsi le vide laissé par les outils antérieurs.

Modèles comportementaux et de renforcement

Le questionnaire s’inscrit également dans le paradigme du conditionnement opérant et de l’apprentissage comportemental. La dépendance y est comprise comme le passage progressif d’un renforcement positif (recherche de l’euphorie, convivialité, désinhibition) à un mécanisme puissant de renforcement négatif médié par l’évitement du mal-être physique et psychique lié au sevrage (théorie du processus opposant de Solomon et Corbit ; allostasie et dérégulation des systèmes de récompense et de stress de Koob et Le Moal). Les items évaluant la consommation matinale (item 10) et la consommation malgré les problèmes (item 7) illustrent parfaitement cette bascule vers une motivation dominée par l’allègement de la souffrance neurochimique.

7. Validité

La validation psychométrique du SADD a fait l’objet de nombreuses études empiriques menées auprès de populations variées (services hospitaliers d’addictologie, consultations de médecine générale, milieux carcéraux et échantillons communautaires), tant au Royaume-Uni que dans le cadre d’adaptations transculturelles internationales (Brésil, Espagne, pays francophones).

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu du SADD a été établie dès sa création par un panel d’experts cliniciens en addictologie. Les items ont été formulés de façon à couvrir l’ensemble des critères sémiologiques définis par le groupe d’experts de l’OMS. L’absence délibérée de questions sur le statut professionnel, les sanctions judiciaires ou les conflits maritaux confère à l’échelle une excellente validité transculturelle et socio-économique, évitant de pénaliser artificiellement les populations marginalisées ou de sous-diagnostiquer les buveurs socialement insérés (high-functioning alcoholics).

Validité convergente et discriminante

Les études de validité convergente démontrent des corrélations fortes et significatives entre le score global au SADD et d’autres mesures de référence des troubles liés à l’usage d’alcool :

  • Corrélations élevées avec le Severity of Alcohol Dependence Questionnaire (SADQ) : coefficients de corrélation de Pearson variant typiquement entre r = 0,75 et r = 0,86, confirmant que les deux échelles captent le même construit sous-jacent bien que le SADD soit plus accessible pour les dépendances légères à modérées.
  • Corrélations positives modérées à fortes avec l’AUDIT (Alcohol Use Disorders Identification Test) (coefficients r compris entre 0,65 et 0,78).
  • Corrélations significatives avec des marqueurs biologiques d’alcoolisation chronique excessive, tels que la gamma-glutamyltransférase (GGT) sérique (r ≈ 0,35 à 0,48) et le volume globulaire moyen (VGM) érythrocytaire (r ≈ 0,30 à 0,42).

En matière de validité discriminante, le SADD parvient à différencier de manière statistiquement robuste les buveurs occasionnels, les buveurs excessifs non dépendants (consommateurs à risque) et les individus présentant une dépendance avérée selon les critères du DSM-III, DSM-IV et DSM-5. De plus, les scores au SADD ne sont que faiblement corrélés avec les échelles d’anxiété générale ou de dépression non liée au sevrage, attestant de sa spécificité pour la pathologie addictive.

Validité prédictive

Le SADD possède une valeur pronostique démontrée en recherche évaluative. Les patients obtenant des scores faibles (≤ 9) lors de l’admission présentent des taux de réussite significativement plus élevés lorsqu’un programme axé sur la consommation modérée ou contrôlée est mis en place. À l’inverse, les scores élevés (≥ 20) prédisent de façon fiable l’échec des tentatives de modération, des taux de rechute plus précoces en l’absence de soutien pharmacologique, ainsi qu’une sévérité accrue des complications lors des sevrages non médicalisés.

8. Fidélité

La fidélité métrologique du SADD a été documentée au travers d’indices de consistance interne et de stabilité temporelle au sein de multiples cohortes cliniques.

Consistance interne

Dans l’étude princeps de Raistrick, Dunbar et Davidson (1983), l’instrument a affiché une excellente homogénéité globale. Les réplications ultérieures ont systématiquement confirmé ces propriétés :

  • Le coefficient alpha de Cronbach (α) de l’échelle totale varie généralement entre 0,82 et 0,92, témoignant d’une très forte cohésion interne sans redondance excessive entre les items.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent majoritairement entre 0,42 et 0,74. Les items reflétant la perte de contrôle et la consommation matinale présentent les plus fortes saturations sur le score total, attestant de leur poids central dans l’évaluation de la sévérité du trouble.

Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)

La fidélité test-retest a été mesurée dans des conditions de stabilité clinique (intervalles de passation allant de 24 heures à deux semaines auprès de patients hospitalisés ou en phase de stabilisation ambulatoire). Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et les coefficients de corrélation de Pearson oscillent de manière constante entre 0,85 et 0,94, démontrant une stabilité remarquable des réponses dans le temps lorsque le statut clinique du patient ne subit pas d’intervention thérapeutique majeure.

9. Analyse factorielle

L’exploration de l’architecture factorielle du SADD a suscité d’importants débats méthodologiques en psychométrie, oscillant entre modèles unidimensionnels et modélisations multidimensionnelles.

Structure unidimensionnelle dominante

L’analyse factorielle exploratoire (AFE) initiale réalisée par Raistrick et ses collaborateurs, ainsi que de nombreuses analyses factorielles confirmatoires (AFC) ultérieures, soutiennent la présence d’un facteur général unitaire de dépendance. Dans ces modèles :

  • Le premier facteur non tourné explique une part prépondérante de la variance totale (souvent entre 40 % et 55 % de la variance expliquée).
  • Le graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) met quasi systématiquement en évidence une cassure nette après la première valeur propre, justifiant l’usage d’un score composite unique dans la routine clinique.
  • Les saturations factorielles des items sur cette dimension générale dépassent presque toutes le seuil conventionnel de 0,40, culminant pour les items de perte de contrôle (items 6, 7, 8) et de dépendance matinale (item 10) à des valeurs comprises entre 0,65 et 0,82.

Modélisations bi-factorielles et pluridimensionnelles

Certains auteurs (notamment lors de validations transculturelles brésiliennes ou européennes utilisant des rotations obliques de type Promax ou Oblimin) ont suggéré que 2 ou 3 facteurs secondaires pouvaient être distingués sous le facteur général :

  1. Facteur 1 : Dépendance physique et sevrage aigu (items 10, 11, 12, 14, 15), caractérisé par les tremblements, les nausées, les amnésies lacunaires et le besoin matinal.
  2. Facteur 2 : Altération comportementale et préoccupation cognitive (items 1, 2, 3, 4, 5), centré sur l’obsession de boire, la planification des journées et la stéréotypie de la consommation.
  3. Facteur 3 : Perte de contrôle subjective et tentatives de régulation (items 7, 8, 9).

Néanmoins, les corrélations inter-facteurs dans ces modèles multidimensionnels s’avèrent très élevées (généralement r > 0,60), ce qui conforte la robustesse du modèle bi-factoriel ou de l’approche unidimensionnelle pour l’interprétation du score total dans les prises de décision thérapeutiques.

10. Instrument de mesure

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (auto-évaluation ou hétéro-évaluation guidée par un clinicien).
  • Population cible : Adultes et adolescents consommateurs d’alcool chez qui un trouble lié à l’usage de substances est suspecté ou avéré.
  • Nombre d’items : 15 items univoques.
  • Durée moyenne de passation : 3 à 5 minutes.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale à 4 points :
    • 1 = Jamais (Never)
    • 2 = Parfois (Sometimes)
    • 3 = Souvent (Often)
    • 4 = Presque toujours (Nearly Always)
  • Procédure de cotation et calcul du score total :
    • Les réponses sont généralement recodées de 0 à 3 points (0 = Jamais, 1 = Parfois, 2 = Souvent, 3 = Presque toujours) ou sommées directement. Selon la formule originale normalisée par Raistrick et al., le score total varie de 0 à 45 points.
    • L’item 9 (« Essayez-vous de contrôler votre consommation en l’arrêtant complètement pendant des jours ou des semaines consécutives ? ») reflète les oscillations de contrôle typiques de la dépendance et se cote dans le même sens que les autres items.
  • Seuils d’interprétation clinique :
    • Score de 1 à 9 : Dépendance légère (faible). Niveau de dépendance débutant ou minime. Les approches psychoéducatives, les interventions brèves motivationnelles et les stratégies de réduction des risques avec objectif possible de consommation contrôlée sont envisageables.
    • Score de 10 à 19 : Dépendance moyenne (modérée). Présence avérée de signes cardinaux de dépendance comportementale et début d’autonomie pharmacologique. Nécessite une prise en charge spécialisée structurée et un accompagnement médical régulier.
    • Score de 20 ou plus : Dépendance élevée (sévère). Dépendance physique et psychologique massive. Risque élevé de syndrome de sevrage sévère nécessitant une prise en charge médicale étroite (sevrage assisté pharmacologiquement). L’abstinence totale et durable constitue généralement l’objectif thérapeutique réaliste.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 1983.
  • Auteurs : Duncan Raistrick, Godfrey Dunbar et Rae Davidson.
  • Statut des droits et accessibilité : Le questionnaire SADD appartient au domaine public clinique et scientifique. Il a été mis à la disposition de la communauté médicale internationale à des fins de recherche et de soins sans royalties commerciales directes.
  • Tarif d’utilisation : Gratuit pour une utilisation clinique non commerciale, hospitalière et dans le cadre de recherches académiques.
  • Dépôt institutionnel : L’instrument est notamment référencé et accessible via des organismes publics internationaux tels que l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EMCDDA).

12. Références

Edwards, G., & Gross, M. M. (1976). Alcohol dependence: provisional description of a clinical syndrome. British Medical Journal, 1(6017), 1058–1061. https://doi.org/10.1136/bmj.1.6017.1058

Jorge, M. R., & Masur, J. (1985). The use of the Short-form Alcohol Dependence Data questionnaire (SADD) in Brazilian samples. British Journal of Addiction, 80(3), 301–305. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.1985.tb03287.x

Koob, G. F., & Le Moal, M. (2001). Drug addiction, dysregulation of reward, and allostasis. Neuropsychopharmacology, 24(2), 97–129. https://doi.org/10.1016/S0893-133X(00)00195-0

Raistrick, D., Dunbar, G., & Davidson, R. (1983). Development of a questionnaire to measure alcohol dependence. British Journal of Addiction, 78(1), 89–95. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.1983.tb05502.x

Saunders, J. B., Aasland, O. G., Babor, T. F., de la Fuente, J. R., & Grant, M. (1993). Development of the Alcohol Use Disorders Identification Test (AUDIT): WHO collaborative project on early detection of persons with harmful alcohol consumption–II. Addiction, 88(6), 791–804. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.1993.tb02093.x

Stockwell, T., Murphy, D., & Hodgson, R. (1983). The severity of alcohol dependence questionnaire: its use, reliability and validity. British Journal of Addiction, 78(2), 145–155. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.1983.tb02503.x

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Options: 1 = Never, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Nearly Always

  1. Do you rind difficulty in getting the thought of drinking out of your mind?
  2. Is getting drunk more important than your next meal?
  3. Do you plan your day around when and where you can drink?
  4. Do you drink in the morning‚ afternoon and evening?
  5. Do you drink for the effect of alcohol without caring what the drink is?
  6. Do you drink as much as you want irrespective of what you are doing the next day?
  7. Given that many problems might be caused by alcohol do you still drink too much?
  8. Do you know that you won’t be able to stop drinking once you start?
  9. Do you try to control your drinking by giving it up completely for days or weeks at a time?*
  10. The morning after a heavy drinking session do you need your first drink to get yourself going?
  11. The morning after a heavy drinking session do you wake up with a definite shakiness of your hands?
  12. After a heavy drinking session do you wake up and retch or vomit?
  13. The morning after a heavy drinking session do you go out of your way to avoid people?
  14. After a heavy drinking session do you see frightening things that later you realize were imaginary?
  15. Do you go drinking and the next day rind you have forgotten what happened the night before?
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Questionnaire de données sur la dépendance à l’alcool (SADD). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-donnees-dependance-alcool-sadd/
Looti, Mohammed. “Questionnaire de données sur la dépendance à l’alcool (SADD).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-donnees-dependance-alcool-sadd/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire de données sur la dépendance à l’alcool (SADD).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-donnees-dependance-alcool-sadd/.