Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (ATQ-R)

Découvrez l’article académique complet sur le Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (ATQ-R). Analyse psychométrique, cadre théorique beckien, structure factorielle et administration.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

Le Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (Automatic Thoughts Questionnaire – Revised, ou ATQ-R) constitue l’un des instruments psychométriques d’auto-évaluation les plus prééminents et rigoureux au sein du paradigme de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) contemporaine. Élaboré initialement par Steven D. Hollon et Philip C. Kendall en 1980 sous une version unidimensionnelle de 30 items centrée sur la cognition dépressive (ATQ-30), cet instrument a fait l’objet d’une révision majeure par Kendall, Howard et Hays en 1989 afin d’intégrer dix énoncés cognitifs positifs (ATQ-R). L’échelle finale comporte 40 items évaluant la fréquence temporelle d’apparition de dialogues intérieurs spontanés et autoréférents au cours de la semaine écoulée, au moyen d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points graduée de 1 (« Pas du tout » / not at all) à 5 (« Totalement » / totally).

Sur le plan structural, l’ATQ-R se décompose en deux dimensions principales orthogonales ou modérément corrélées négativement : la sous-échelle des pensées automatiques négatives (30 items) et la sous-échelle des pensées automatiques positives (10 items). Cette conceptualisation permet non seulement d’évaluer la charge cognitive dysfonctionnelle associée aux états dépressifs et à la détresse psychologique, mais également de quantifier le ratio cognitif entre pensées affirmatives et pensées négatives, tel que théorisé dans le modèle des « états d’esprit » (States of Mind Model, SOM) de Schwartz et Garamoni. Les qualités psychométriques de l’instrument s’avèrent exceptionnelles à travers une vaste pluralité d’échantillons cliniques et non cliniques : la consistance interne de la sous-échelle négative oscille systématiquement entre α = 0,96 et α = 0,98, tandis que celle de la sous-échelle positive affiche des coefficients alpha de Cronbach compris entre α = 0,85 et α = 0,92. L’ATQ-R démontre une sensibilité thérapeutique élevée, capturant fidèlement la restructuration cognitive et la rémission clinique au cours des protocoles thérapeutiques fondés sur les preuves.

2. Mots-clés

Pensées automatiques, Cognition dépressive, Thérapie cognitivo-comportementale, ATQ-R, Modèle des états d’esprit, Psychométrie, Restructuration cognitive, Vulnérabilité cognitive, Dépression clinique, Biais cognitifs, Évaluation psychologique, Dialogue intérieur autoréférent.

3. Auteurs

L’ATQ-R est le fruit de recherches pionnières menées par des figures majeures de la psychologie clinique et des sciences cognitives comportementales :

  • Philip C. Kendall, Ph.D., ABPP : Professeur émérite distingué de psychologie à l’Université Temple (Philadelphie, Pennsylvanie, États-Unis) et directeur du Child and Adolescent Anxiety Disorders Clinic (CAADC). Chercheur influent dans le champ des troubles anxio-dépressifs et des thérapies cognitivo-comportementales, Kendall a co-développé la version originale de l’ATQ en 1980 et dirigé les travaux de révision ayant mené à l’ATQ-R en 1989.
  • Steven D. Hollon, Ph.D. : Professeur de psychologie et de psychiatrie à l’Université Vanderbilt (Nashville, Tennessee, États-Unis). Spécialiste mondialement reconnu de la dépression majeure, des mécanismes d’action de la psychothérapie cognitive comparée aux antidépresseurs, Hollon a initié la conceptualisation et la validation psychométrique primaire de l’ATQ-30.
  • Barbara L. Howard, Ph.D. : Chercheuse et clinicienne affiliée à l’Université Temple lors des travaux de modélisation du dialogue intérieur et de la révision bidimensionnelle de l’ATQ.
  • Ronald C. Hays, Ph.D. : Statisticien et méthodologiste, ayant apporté son expertise psychométrique à la formalisation du rôle prédictif des cognitions positives et négatives combinées.
  • Contributeurs notables ultérieurs : Rick E. Ingram, Ph.D. (Université du Kansas) et David A. F. Haaga, Ph.D. (American University), qui ont approfondi les qualités factorielles et l’équivalence métrique des composantes positives de l’échelle.

4. Objectif

Le Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (ATQ-R) a été conçu pour opérationnaliser et mesurer empiriquement la fréquence des cognitions autoréférentes involontaires, rapides et non réfléchies qui émergent dans le flux de conscience des individus. Contrairement à des inventaires symptomatiques globaux tels que l’Inventaire de dépression de Beck (BDI-II), qui évaluent un spectre large de manifestations affectives, somatiques, motivationnelles et comportementales, l’ATQ-R cible spécifiquement la composante cognitive immédiate du schéma dépressogène et du bien-être psychologique.

Les objectifs fondamentaux de l’ATQ-R se déclinent sur plusieurs axes complémentaires :

  • Évaluation diagnostique et phénotypage cognitif : L’outil permet d’objectiver la présence, l’intensité et la dominance des distorsions cognitives chez les patients suspectés de présenter un épisode dépressif majeur, un trouble dysthymique ou des troubles anxio-dépressifs mixtes. Il quantifie le degré d’intrusion des auto-verbalisations négatives dirigées contre le soi, le monde et l’avenir.
  • Mesure de la valence cognitive équilibrée : L’inclusion délibérée de dix pensées automatiques positives permet de pallier un biais historiographique majeur des échelles cliniques qui postulaient implicitement que l’absence de dépression équivalait à la seule diminution des cognitions négatives. L’ATQ-R évalue directement l’intégrité ou l’atrophie des ressources cognitives résilientes (optimisme, sentiment d’auto-efficacité, sentiment d’accomplissement).
  • Surveillance continue des processus thérapeutiques (Process-based CBT) : Dans le cadre d’un protocole de TCC, l’ATQ-R constitue un indicateur fin de l’efficacité des techniques de restructuration cognitive, d’exposition ou de pleine conscience. La décroissance de la sous-échelle négative couplée à la réactivation de la sous-échelle positive fournit une mesure processuelle directe de l’affaiblissement des schémas inadaptés et du renforcement des schémas adaptatifs.
  • Calcul du ratio de l’état d’esprit (States of Mind Ratio) : En recherche translationnelle, l’instrument offre la possibilité mathématique de calculer le ratio SOM [Positives / (Positives + Négatives)], un indice validé pour discriminer la dépression clinique (ratio < 0,50), le dialogue intérieur équilibré optimal (ratio aux alentours de 0,62) et les états d’optimisme démesuré ou maniaque (ratio > 0,85).
  • Recherche fondamentale sur la vulnérabilité cognitive : L’ATQ-R est largement mobilisé dans les études sur les paradigmes d’induction d’humeur, la réactivité cognitive résiduelle après rémission clinique, et la prédiction des rechutes dépressives chez les populations vulnérables.

5. Construit psychologique

Le construit théorique au fondement de l’ATQ-R est le concept de pensée automatique, conceptualisé par Aaron T. Beck au sein de son modèle cognitif des troubles émotionnels. Les pensées automatiques sont des productions verbales ou imagées autonomes, brèves, sténographiques et plausiblement indubitables pour le sujet, qui s’activent dès lors qu’un stimulus environnemental ou interne déclenche un schéma sous-jacent (ou croyance fondamentale). Dans l’ATQ-R, ce construit est abordé sous un prisme bidimensionnel asymétrique composé de 30 cognitions négatives et de 10 cognitions positives.

5.1. Dimension des Pensées Automatiques Négatives (30 items)

Cette dimension capture le dialogue intérieur dépressogène structuré autour de quatre sous-thématiques cognitives majeures :

  • Autodépréciation et Sentiment d’inadéquation personnelle : Ces pensées traduisent un effondrement de l’estime de soi et une culpabilité disproportionnée. L’individu s’attribue l’entière responsabilité des événements aversifs et porte un jugement dépréciatif global sur sa propre valeur. Des items comme « I’m worthless » (item 25), « I’m a loser » (item 29) ou « I’m a failure » (item 31) opérationnalisent cette dévaluation radicale.
  • Désespoir, Impuissance et Abandon : Cette sous-catégorie renvoie à l’impossibilité perçue de surmonter les épreuves, à la paralysie de la volonté et à la résignation acquise. Elle capture des formulations verbales traduisant l’urgence de cesser le combat ou l’idéation d’évitement extrême, telles que « I don’t think I can go on » (item 8), « I can’t stand this anymore » (item 17) ou « I wish I could just disappear » (item 26).
  • Inhibition de l’action et Incompétence perçue : Caractérisée par la conviction d’un déficit fonctionnel insurmontable, de blocages exécutifs et de procrastination dépressive, illustrée par des énoncés comme « I can’t get started » (item 18), « I can’t get things together » (item 22) et « I can’t finish anything » (item 40).
  • Isolement social et Désarroi existentiel : Ces cognitions expriment la croyance d’une altérité insurmontable et d’un abandon relationnel total, cristallisées par « No one understands me » (item 5) ou « I feel like I’m up against the world » (item 1).

5.2. Dimension des Pensées Automatiques Positives (10 items)

La dimension positive de l’ATQ-R opérationnalise la présence d’auto-affirmations constructives, d’affects hédoniques stables et de représentations optimistes quant à ses propres ressources d’adaptation (coping) :

  • Auto-efficacité perçue et Maîtrise : Conviction d’une agentivité préservée face aux défis vitaux, représentée par « I can accomplish anything » (item 13), « No matter what happens, I know I’ll make it » (item 10) ou « I feel confident I can do anything I set my mind to » (item 24).
  • Affirmation de soi et Fierté : Évaluation positive de son identité et reconnaissance de ses compétences, verbalisée par « I’m proud of myself » (item 3).
  • Affects positifs, Sérénité et Bien-être somato-affectif : Présence active de signaux intérieurs d’humeur positive, manifestée par « I feel fine » (item 7), « I feel good » (item 16), « I’m warm and comfortable » (item 20), « I feel very happy » (item 28), « This is super » (item 32) et « I’m luckier than most people » (item 37).

6. Cadre théorique

Le socle théorique de l’ATQ-R repose sur la convergence de deux modèles fondateurs de la psychologie clinique contemporaine : la théorie cognitive de la dépression d’Aaron T. Beck et le Modèle des états d’esprit (States of Mind Model, SOM) formalisé par Robert M. Schwartz et Doug A. Garamoni (1986, 1989).

6.1. La Triade Cognitive de Beck et la Spécificité de Contenu

Selon le paradigme beckien, la dépression découle de schémas cognitifs latents précoces (constitués de croyances inconditionnelles rigides) activés par des événements de vie congruents. Une fois activés, ces schémas biaisent le traitement de l’information via des distorsions cognitives systématiques (abstraction sélective, surgénéralisation, personnalisation, inférence arbitraire). Ce filtrage déformé se traduit phénoménologiquement par l’irruption constante de pensées automatiques structurées autour de la triade cognitive négative :

  1. Vision négative de soi : perception de soi comme déficitaire, inadapté, indigne d’être aimé ou congénitalement défectueux ;
  2. Vision négative de l’environnement / du monde : perception des exigences extérieures comme insupportables et dénuées de soutien ;
  3. Vision négative du futur : anticipation immuable de l’échec, de la souffrance et de l’absence d’issue favorable.

L’hypothèse de la spécificité de contenu cognitif (Cognitive Content-Specificity Hypothesis ; Clark, Beck & Brown, 1989) postule que chaque trouble psychopathologique se distingue par un profil thématique exclusif : alors que l’anxiété est dominée par des pensées automatiques d’hyper-vulnérabilité physique ou sociale et de menace future, la dépression est caractérisée par des pensées de perte irrévocable, de dépréciation personnelle et de désespoir. L’ATQ-30 et les items négatifs de l’ATQ-R ont été calibrés pour isoler très précisément ces cognitions dépressogènes.

6.2. Le Modèle des États d’Esprit (States of Mind – SOM) de Schwartz et Garamoni

C’est précisément l’introduction du modèle SOM qui a motivé Kendall, Howard et Hays (1989) à enrichir l’ATQ pour créer l’ATQ-R. Schwartz et Garamoni ont démontré que le fonctionnement psychologique optimal ne résulte pas d’une absence absolue de pensées négatives, ni d’un flot exclusif de pensées positives déconnectées du réel, mais d’un équilibre dynamique proportionné. Le ratio SOM est calculé par la formule suivante :

Ratio SOM = Pensées Positives / (Pensées Positives + Pensées Négatives)

Le modèle stipule cinq configurations cognitives distinctes :

  • Dialogue intérieur dépressif clinique (SOM < 0,50) : Prédominance massive des pensées négatives sur les pensées positives.
  • Conflit intérieur dépressif ou hésitation (SOM entre 0,50 et 0,55) : Équilibre conflictuel où les auto-affirmations luttent stérilement contre les pensées négatives sans parvenir à les supplanter.
  • Dialogue intérieur équilibré / Dialogue constructif normal (SOM ≈ 0,62, souvent encadré entre 0,56 et 0,68) : Équilibre optimal caractérisant les individus sains bien adaptés, où la positivité domine modérément tout en conservant une vigilance critique (principe du ratio d’or cognitif).
  • Dialogue intérieur optimiste robuste (SOM entre 0,69 et 0,84) : Haut niveau de résilience psychologique et d’affect positif.
  • Monologue positif ou déni maniaque (SOM > 0,85) : Excès de pensées positives traduisant une perte d’évaluation réaliste des risques ou une phase hypomaniaque.

L’ATQ-R fournit le matériel empirique exact nécessaire à l’opérationnalisation directe de ce ratio au cours des interventions psychothérapeutiques.

7. Validité

L’ATQ-R a bénéficié de programmes d’investigation psychométrique exhaustifs attestant d’une robustesse méthodologique remarquable sur l’ensemble des dimensions de la validité scientifique.

7.1. Validité de Construit et Analyse Multitrait-Multiméthode

La validité de construit de l’ATQ-R repose sur sa capacité à corroborer les postulats de la théorie cognitive. Les études conduites auprès de cohortes cliniques hospitalisées et ambulatoires (Hollon, Kendall & Lumry, 1986 ; Ingram et al., 1995) confirment que les scores à la sous-échelle négative de l’ATQ-R corrèlent très fortement avec les mesures de dépression syndromique telles que l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI : r compris entre 0,70 et 0,86) et l’Échelle d’Évaluation de la Dépression de Hamilton (HAM-D : r compris entre 0,65 et 0,78). Réciproquement, la sous-échelle positive montre des corrélations négatives significatives avec le BDI (r = -0,48 à -0,62) et des corrélations positives fortes avec les échelles d’affectivité positive de la PANAS (Positive and Negative Affect Schedule : r = 0,60 à 0,72).

7.2. Validité Discriminante et Spécificité Cognitive

L’une des contributions majeures des travaux de validation (notamment Hollon, Kendall & Lumry, 1986 ; Harrell & Ryon, 1983) réside dans la démonstration de la spécificité dépressogène de la sous-échelle négative de l’ATQ-R. Les investigateurs ont comparé quatre groupes cliniques distincts : patients déprimés majeurs, patients schizophrènes, patients souffrant de troubles anxieux généralisés ou panique, et témoins sains non cliniques. Les résultats ont révélé que :

  • Les patients déprimés obtenaient des scores moyens sur l’échelle négative significativement supérieurs à ceux de tous les autres groupes (p < 0,001).
  • Les patients souffrant de troubles anxieux, bien qu’éprouvant une détresse émotionnelle sévère, présentaient des scores de pensées automatiques négatives nettement plus faibles que les patients déprimés, validant ainsi la théorie de la spécificité de contenu cognitif de Beck.
  • Les sujets non déprimés se distinguaient par des scores élevés sur les items positifs de l’ATQ-R et des scores quasi nuls sur les items négatifs.

7.3. Sensibilité au Changement Thérapeutique et Validité Prédictive

Dans les essais contrôlés randomisés évaluant la thérapie cognitive de la dépression comparativement à la pharmacothérapie (Hollon et al., 1992 ; Kendall et al., 1989), l’ATQ-R a manifesté une sensibilité au changement (taille d’effet d de Cohen fréquemment supérieure à 1,20) supérieure à celle des mesures d’humeur globales. La normalisation du ratio SOM calculé à l’aide de l’ATQ-R s’avère être un prédicteur robuste et indépendant de la prévention des rechutes à 12 et 24 mois post-traitement : les patients chez qui les cognitions positives augmentent conjointement à la diminution des cognitions négatives affichent des taux de survie sans rechute significativement plus élevés que ceux n’ayant expérimenté qu’une chute passive des pensées négatives.

8. Fidélité

Les indices de fidélité métrologique rapportés dans la littérature psychométrique démontrent une précision de mesure et une reproductibilité exemplaires de l’ATQ-R :

8.1. Consistance Interne

La consistance interne des deux composantes de l’échelle a été documentée sur des cohortes dépassant plusieurs milliers de participants (étudiants, adultes en population générale, patients psychiatriques hospitalisés et ambulatoires) :

  • Sous-échelle Négative (30 items) : Le coefficient alpha de Cronbach atteint régulièrement des niveaux remarquables, fluctuant entre α = 0,96 et α = 0,98 (Hollon & Kendall, 1980 ; Netemeyer et al., 2002). Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,55 et 0,84, confirmant une homogénéité conceptuelle sans faille.
  • Sous-échelle Positive (10 items) : Malgré un nombre d’items trois fois plus restreint, le coefficient alpha de Cronbach demeure très solide, oscillant entre α = 0,85 et α = 0,92 selon les études de validation (Burgess & Haaga, 1994 ; Ingram et al., 1995).
  • Fidélité par partition (Split-Half) : Les coefficients de Guttman et de Spearman-Brown calculés pour la version complète dépassent systématiquement 0,90.

8.2. Stabilité Temporelle (Test-Retest)

La fidélité test-retest de l’ATQ-R reflète fidèlement la nature conceptuelle des pensées automatiques, qui sont théorisées comme des états cognitifs (fluctuants en fonction de l’humeur et du contexte) enracinés dans des traits de vulnérabilité sous-jacents :

  • Sur un intervalle court de 48 heures à une semaine chez des sujets non cliniques stables, les coefficients de corrélation test-retest se situent entre r = 0,85 et r = 0,90.
  • Sur un intervalle intermédiaire de trois mois, la corrélation test-retest s’établit autour de r = 0,65, illustrant la sensibilité de l’instrument aux variations écologiques des stresseurs de vie et aux fluctuations de l’affect, tout en démontrant une stabilité d’ancrage modérée.

9. Analyse factorielle

La structure factorielle de l’ATQ et de l’ATQ-R a fait l’objet de nombreuses investigations par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).

9.1. Structure Factorielle Exploratoire Initiale

Dans l’étude princeps de Hollon et Kendall (1980) portant sur les 30 items négatifs, une extraction par facteurs principaux suivie d’une rotation varimax a mis en évidence une solution à quatre facteurs majeurs expliquant l’essentiel de la variance commune :

  • Facteur 1 : Inadaptation personnelle et Désir de changement (Personal Maladjustment and Desire for Change) — items évaluant le constat douloureux que la vie ne va pas comme prévu et le souhait d’être quelqu’un d’autre (items 9, 12, 14, 21, 35) ; saturations entre 0,54 et 0,78.
  • Facteur 2 : Auto-concept négatif et Attentes négatives (Negative Self-Concept and Negative Expectations) — items traduisant le sentiment d’échec irrémédiable, de nullité et d’absence d’avenir (items 2, 4, 25, 29, 31, 33, 38) ; saturations comprises entre 0,58 et 0,82.
  • Facteur 3 : Faible estime de soi et Culpabilité (Low Self-Esteem) — items ciblant l’auto-détestation, la faiblesse ressentie et la déception envers soi-même (items 6, 11, 23, 27, 36) ; saturations entre 0,51 et 0,76.
  • Facteur 4 : Sentiment d’impuissance et Désespoir (Giving Up / Helplessness) — items exprimant l’incapacité à continuer de vivre et la souffrance intolérable (items 8, 15, 17, 34, 39) ; saturations entre 0,48 et 0,79.

9.2. Structure Bidimensionnelle Confirmatoire de l’ATQ-R

Lors de l’intégration des dix énoncés positifs par Kendall, Howard et Hays (1989), puis dans les validations confirmatoires menées par Burgess et Haaga (1994) ainsi que par Netemeyer et ses collaborateurs (2002), les modèles à deux facteurs d’ordre supérieur ont démontré un ajustement supérieur (Comparative Fit Index, CFI > 0,93 ; Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA < 0,06) par rapport à un modèle unidimensionnel bipolaire.

Les dix items positifs se regroupent massivement sur un facteur autonome distinct (saturations factorielles allant de 0,62 à 0,84), n’interférant pas avec la structure multidimensionnelle interne des trente items négatifs. Cette architecture factorielle confirme que la présence de pensées automatiques positives ne représente pas le simple pôle négatif inversé des pensées dysfonctionnelles, mais une entité cognitive orthogonale dotée d’un pouvoir explicatif incrémentiel propre.

10. Instrument de mesure

L’ATQ-R se présente sous la forme d’un auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé, facile à administrer et à interpréter. Les caractéristiques structurelles et les consignes de cotation sont résumées ci-dessous :

  • Nature de l’épreuve : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique standardisé (self-report inventory).
  • Population cible : Adolescents (à partir de 14 ans) et adultes issus de populations cliniques ou de la communauté générale.
  • Nombre total d’items : 40 énoncés autoréférents rédigés à la première personne du singulier.
  • Répartition des items :
    • Pensées Négatives (30 items) : Items 1, 2, 4, 5, 6, 8, 9, 11, 12, 14, 15, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 25, 26, 27, 29, 30, 31, 33, 34, 35, 36, 38, 39, 40.
    • Pensées Positives (10 items) : Items 3, 7, 10, 13, 16, 20, 24, 28, 32, 37.
  • Format et Échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 échelons ancrée sur la fréquence perçue d’apparition des cognitions au cours de la semaine écoulée :
    • 1 = « Pas du tout » (not at all)
    • 2 = « Un peu » (somewhat)
    • 3 = « Modérément » (moderately)
    • 4 = « Beaucoup » (very much)
    • 5 = « Totalement » (totally)
  • Procédure de Cotation et Calcul des Scores :
    • Score Négatif (ATQ-Neg) : Somme arithmétique directe des 30 items négatifs. L’étendue des scores possibles varie de 30 à 150 points. Un score élevé reflète une intensité majeure de cognitions automatiques dépressogènes.
    • Score Positif (ATQ-Pos) : Somme arithmétique directe des 10 items positifs. L’étendue varie de 10 à 50 points. Un score élevé témoigne d’un dialogue intérieur affirmatif, valorisant et confiant.
    • Ratio SOM (States of Mind) : Calculé selon le ratio ATQ-Pos / (ATQ-Pos + ATQ-Neg). Ce coefficient compris entre 0 et 1 fournit un indice structural de l’équilibre cognitif du sujet.
  • Temps de passation : Approximativement 5 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de création et de révision : L’échelle originale à 30 items (ATQ) a été publiée en 1980 par Hollon et Kendall. La révision intégrant les énoncés positifs (ATQ-R) a été publiée en 1989 par Kendall, Howard et Hays.
  • Statut du Copyright et Droits d’utilisation : Le questionnaire a été diffusé au sein de publications académiques dans des revues évaluées par les pairs (Cognitive Therapy and Research, éditée par Springer Nature / Association for Behavioral and Cognitive Therapies). En accord avec les conventions de recherche en psychologie clinique, l’ATQ-R est généralement accessible sous le principe du fair use scientifique à des fins de recherche académique non lucrative et d’évaluation clinique individuelle par des professionnels de santé qualifiés.
  • Tarification : L’utilisation de l’instrument ne nécessite pas de redevance commerciale pour les chercheurs académiques et les praticiens hospitaliers, sous réserve de citer scrupuleusement les publications sources fondamentales. Aucune licence commerciale logicielle propriétaire n’est requise pour une passation standard papier-crayon.
  • Traductions officielles et adaptations : L’ATQ-R a été traduit et validé dans de nombreuses langues, notamment en portugais, en espagnol, en japonais, en turc et en français (adaptation québécoise et européenne).

12. Références

Les publications fondatrices et psychométriques validant l’ATQ et l’ATQ-R sont répertoriées ci-dessous selon les normes APA 7e édition :

  • Burgess, E., & Haaga, D. A. F. (1994). The Positive Automatic Thoughts Questionnaire-Revised: Equivalent measures of positive thinking? Cognitive Therapy and Research, 18(1), 15–24. https://doi.org/10.1007/BF02359394
  • Clark, D. A., Beck, A. T., & Brown, G. (1989). Cognitive specificity in depression and distress: A confirmation and extension. Journal of Abnormal Psychology, 98(3), 369–376. https://doi.org/10.1037/0021-843X.98.3.369
  • Harrell, T. H., & Ryon, N. B. (1983). Cognitive-behavioral assessment of depression: Clinical validation of the Automatic Thoughts Questionnaire. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(5), 721–725. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.5.721
  • Hollon, S. D., & Kendall, P. C. (1980). Cognitive self-statements in depression: Development of an automatic thoughts questionnaire. Cognitive Therapy and Research, 4(4), 383–395. https://doi.org/10.1007/BF01173648
  • Hollon, S. D., Kendall, P. C., & Lumry, A. (1986). Specificity of depressotypic cognitions in clinical depression. Journal of Abnormal Psychology, 95(1), 52–59. https://doi.org/10.1037/0021-843X.95.1.52
  • Ingram, R. E., Kendall, P. C., Siegle, G., Guarino, J., & McLaughlin, S. C. (1995). Psychometric properties of the Positive Automatic Thoughts Questionnaire. Psychological Assessment, 7(4), 495–507. https://doi.org/10.1037/1040-3590.7.4.495
  • Kazdin, A. E. (1990). Evaluation of the Automatic Thoughts Questionnaire: Negative cognitive processes and depression among children. Psychological Assessment: A Journal of Consulting and Clinical Psychology, 2(1), 73–77. https://doi.org/10.1037/1040-3590.2.1.73
  • Kendall, P. C., Howard, B. L., & Hays, R. C. (1989). Self-referent speech and psychopathology: The balance of positive and negative thinking. Cognitive Therapy and Research, 13(6), 583–598. https://doi.org/10.1007/BF01176046
  • Netemeyer, R. G., Williamson, D. A., Burton, S., Biswas, D., Jindal, S., Landreth, S., Mills, G., & Primeaux, S. (2002). Psychometric properties of shortened versions of the Automatic Thoughts Questionnaire. Educational and Psychological Measurement, 62(1), 111–129. https://doi.org/10.1177/0013164402062001008
  • Schwartz, R. M., & Garamoni, D. L. (1989). Cognitive balance and psychopathology: Evaluation of an information processing model of client content. In P. C. Kendall & D. Watson (Eds.), Anxiety and Depression: Distinctive and Overlapping Features (pp. 267–314). Academic Press.

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response scale: 1 = “not at all”‚ 2 = “somewhat”‚ 3 = “moderately “‚ 4 = “very much”‚ and 5 = “totally”
  1. I feel like I’m up against the world.
  2. I’m no good.
  3. I’m proud of myself.
  4. Why can’t I ever succeed?
  5. No one understands me.
  6. I’ve let people down.
  7. I feel fine.
  8. I don’t think I can go on.
  9. I wish I were a better person.
  10. No matter what happens‚ I know I’ll make it.
  11. I’m so weak.
  12. My life is not going the way I want it to.
  13. I can accomplish anything.
  14. I’m so disappointed in myself.
  15. Nothing feels good anymore.
  16. I feel good.
  17. I can’t stand this anymore.
  18. I can’t get started.
  19. What’s wrong with me?
  20. I’m warm and comfortable.
  21. I wish I were somewhere else.
  22. I can’t get things together.
  23. I hate myself.
  24. I feel confident I can do anything I set my mind to
  25. I’m worthless.
  26. I wish I could just disappear.
  27. What’s the matter with me?
  28. I feel very happy.
  29. I’m a loser.
  30. My life is a mess.
  31. I’m a failure.
  32. This is super
  33. I’ll never make it.
  34. I feel so helpless.
  35. Something has to change.
  36. There must be something wrong with me.
  37. I’m luckier than most people.
  38. My future is bleak.
  39. It’s just not worth it.
  40. I can’t finish anything.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (ATQ-R). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-pensees-automatiques-revise-atq-r/
Looti, Mohammed. “Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (ATQ-R).” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-pensees-automatiques-revise-atq-r/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire des pensées automatiques – Révisé (ATQ-R).” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-pensees-automatiques-revise-atq-r/.