Questionnaire des défaillances cognitives

Le Questionnaire des défaillances cognitives (Cognitive Failures Questionnaire – CFQ) de Broadbent (1982) est l’échelle de référence évaluant les erreurs quotidiennes d’attention, de mémoire et d’action motrice.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire des défaillances cognitives (Cognitive Failures Questionnaire, CFQ), développé initialement par Donald E. Broadbent et ses collaborateurs en 1982 à l’Université d’Oxford, constitue l’un des instruments psychométriques d’auto-évaluation les plus reconnus et utilisés dans le champ de la psychologie cognitive, de l’ergonomie, de la neuropsychologie clinique et de la psychologie de la santé au travail. Cet instrument a été conçu pour quantifier la propension individuelle à commettre de petites erreurs d’inattention, des lapsus d’action et des oublis au cours de la vie quotidienne, dans l’exécution de tâches routinières que le sujet est pourtant pleinement en mesure d’accomplir avec succès.

Le CFQ est composé de 25 items évaluant la fréquence de survenue de ces défaillances au cours d’une période temporelle standardisée (généralement les six derniers mois). Les participants expriment leur fréquence d’apparition à l’aide d’une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Jamais » / Never) à 4 (« Très souvent » / Very often). Bien que Broadbent ait initialement envisagé le questionnaire comme mesurant un facteur général unidimensionnel de vulnérabilité cognitive ou de labilité exécutive, de nombreuses modélisations factorielles ultérieures ont identifié des sous-dimensions distinctes mais corrélées, incluant la distractibilité attentionnelle, les défaillances de la mémoire quotidienne, les maladresses motrices et les erreurs de perception ou d’orientation spatiale.

Sur le plan métrologique, le CFQ présente d’excellentes propriétés psychométriques, caractérisées par une consistance interne robuste (les coefficients alpha de Cronbach oscillant invariablement entre 0,79 et 0,92 selon les échantillons normatifs et cliniques) ainsi qu’une remarquable stabilité temporelle test-retest (corrélations de Pearson supérieures à 0,80 sur des intervalles de plusieurs mois). Utilisé tant chez les populations saines pour prédire l’accidentalité, la fatigue cognitive ou la sensibilité au stress que chez les patients souffrant de troubles neurologiques, de dépression, de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou de vieillissement pathologique, le CFQ demeure la référence incontournable de la mesure écologique de l’autorégulation cognitive.

2. Mots-clés / Keywords

Questionnaire des défaillances cognitives, Cognitive Failures Questionnaire, CFQ, attention soutenue, lapsus d’action, mémoire prospective, psychométrie, ergonomie cognitive, absent-mindedness, fonctionnement exécutif, vulnérabilité cognitive, Donald Broadbent.

3. Auteurs / Authors

Le questionnaire princeps a été élaboré par l’éminent psychologue britannique Donald Eric Broadbent (1926–1993), chercheur pionnier en sciences cognitives, en collaboration avec Peter F. Cooper, Peter F. FitzGerald et K. R. Parkes au sein de la Medical Research Council (MRC) Applied Psychology Unit de Cambridge et de l’Experimental Psychology Department de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni).

Parmi les adaptations et validations linguistiques majeures ultérieures, les versions néerlandaises et européennes ont été coordonnées par des chercheurs reconnus en psychopathologie expérimentale et neuropsychologie, notamment Harald Merckelbach (Université de Maastricht, Pays-Bas) en 1996, ainsi que Rudolf W. H. M. Ponds en 1998. Les adaptations francophones ont bénéficié des travaux de plusieurs équipes de recherche en ergonomie cognitive et en psychopathologie quantitative.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Questionnaire des défaillances cognitives réside dans l’opérationnalisation et la mesure quantitative des défaillances de l’attention, de la mémoire et de la motricité survenant dans le milieu écologique naturel d’un individu. Contrairement aux batteries de tests de laboratoire standardisées (telles que le test de Stroop, le Continuous Performance Test ou les tâches d’empan de mémoire de travail), qui évaluent l’aptitude maximale d’un participant dans un cadre contrôlé, artificiel et d’une durée limitée, le CFQ vise à capturer le fonctionnement cognitif « typique » et continu confronté aux exigences de la vie courante. Broadbent et ses collègues cherchaient à mesurer ce que la littérature anglophone désigne sous le terme d’everyday cognitive slips ou d’absent-mindedness, c’est-à-dire des ruptures involontaires et transitoires dans la régulation attentionnelle de l’action.

Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, le CFQ remplit plusieurs fonctions critiques :

  • Prédiction de la vulnérabilité au stress et à la surcharge cognitive : Les concepteurs originaux ont postulé que le CFQ constitue un indicateur de la « résilience cognitive » ou de la capacité de traitement disponible face à des flux informationnels denses. En période de stress aigu, de surcharge de travail ou de privation de sommeil, les personnes présentant un score de CFQ élevé manifestent un épuisement attentionnel plus rapide et un risque accru de décompensation psychologique ou de burn-out.
  • Sécurité au travail et accidentalité : En ergonomie et en psychologie industrielle, le CFQ est fréquemment mobilisé pour identifier les profils à risque d’accidents de la route, d’erreurs médicales (chez le personnel soignant) ou d’accidents du travail chez les opérateurs de systèmes complexes (contrôleurs aériens, conducteurs d’engins, techniciens de l’énergie nucléaire).
  • Applications en neuropsychologie et psychiatrie clinique : Le CFQ permet d’évaluer la plainte cognitive subjective chez des patients souffrant de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH adulte), de traumatisme crânien léger, de sclérose en plaques, d’encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique, ou de troubles dépressifs majeurs. Dans ces contextes, il permet de dissocier la sévérité du handicap perçu des scores obtenus aux épreuves psychométriques formelles de laboratoire.
  • Gérontologie et suivi du déclin cognitif : L’outil sert à explorer la métacognition des personnes âgées, à caractériser le déficit cognitif léger (Mild Cognitive Impairment, MCI) et à suivre longitudinalement les effets d’interventions de remédiation cognitive ou d’entraînements de l’attention.

La justification théorique sous-jacente s’articule autour de l’idée qu’une proportion substantielle de l’incompétence fonctionnelle perçue découle non pas d’une perte d’intelligence ou d’un déficit structural irréversible, mais de micro-déconnexions attentionnelles où le contrôle volontaire descendant (top-down) est temporairement court-circuité par des automatismes inadaptés ou des distractions distractives ascendantes (bottom-up).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par le CFQ est la vulnérabilité aux défaillances cognitives quotidiennes. Dans la perspective initiale de Broadbent, ce construit était appréhendé comme une entité globale représentant un trait stable de la personnalité cognitive. Néanmoins, l’analyse approfondie des comportements répertoriés au sein des 25 énoncés met en lumière des processus psychologiques distincts, articulés autour de quatre dimensions majeures :

1. La distractibilité et l’attention sélective

Cette dimension renvoie à l’incapacité de filtrer les stimuli non pertinents et de maintenir la focalisation sur la tâche principale. Les défaillances attentionnelles se traduisent par une rupture du maintien de l’objectif opérationnel au sein de la mémoire de travail. À titre d’exemple, l’item 1 (« Do you read something and find you haven’t been thinking about it and must read it again? ») illustre le phénomène bien connu d’« esprit vagabond » (mind-wandering) durant la lecture, où le regard poursuit le balayage visuel du texte alors que le traitement sémantique conscient s’est interrompu. De même, l’item 9 (« Do you fail to hear people speaking to you when you are doing something else? ») évalue l’intolérance au partage attentionnel et la sur-focalisation non flexible.

2. Les lapsus d’action et le contrôle moteur (Action Slips)

Inspirée des travaux de James Reason sur les erreurs humaines, cette dimension capture la mauvaise exécution de séquences motrices hautement automatisées. Elle se manifeste lorsque l’attention consciente n’est pas mobilisée au moment opportun d’un point de décision au cours d’une routine motrice. L’exemple paradigmatique est l’item 24 (« Do you throw away something you meant to keep, or keep something you meant to throw away (e.g. keeping the match and throwing away the box)? »). L’item 23 (« Do you find yourself doing something other than you intended to do? ») ainsi que les items 15 (faire tomber des objets) et 21 (heurter involontairement des personnes en marchant) traduisent une perte de synchronisation entre l’intention motrice et le guidage proprioceptif ou visuo-spatial de l’action.

3. La mémoire prospective et la mémoire rétrospective quotidienne

Les items mnésiques du CFQ portent sur des défaillances de rappel d’informations pourtant familières ou sur des omissions d’actions futures préalablement planifiées. La mémoire prospective est explorée par l’item 25 (« Do you find you forget appointments? ») et l’item 6 (oublier de vérifier si l’on a éteint la lumière ou fermé la porte à clé). La mémoire rétrospective et sémantique courante se reflète dans l’oubli des noms de personnes que l’on vient de rencontrer (item 7), l’oubli de noms d’individus connus (item 17) ou le phénomène d’« avoir un mot sur le bout de la langue » (item 19 : « tip of the tongue »).

4. L’orientation spatiale et la perception environnementale

Cette composante englobe la difficulté à traiter les repères visuels de l’environnement immédiat et la navigation spatiale élémentaire. Elle est opérationnalisée par l’item 2 (« Do you find you forget which way to turn on a road you know well? »), l’item 3 (incapacité à repérer un article bien visible sur les étagères d’un supermarché) et l’item 5 (omission de la signalisation routière). Ces erreurs reflètent un effondrement momentané de la vigilance visuo-spatiale ou une désactivation temporaire de la carte cognitive de l’environnement familier.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement théorique du Questionnaire des défaillances cognitives s’enracine au confluent du modèle de traitement de l’information de Broadbent et de la théorie des schémas d’action développée par Donald Norman et James Reason à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

Le modèle de filtrage attentionnel et la capacité limitée

Donald Broadbent, célèbre pour son ouvrage fondateur Perception and Communication (1958), a conceptualisé le système cognitif humain comme un canal à capacité limitée protégé par un filtre sélectif. Dans ses travaux ultérieurs de 1982, Broadbent a élargi cette vision pour englober la régulation métacognitive de la charge mentale. Selon cette perspective, les ressources de contrôle attentionnel (assimilées ultérieurement à l’administrateur central du modèle de Baddeley ou au système d’attention superviseur de Norman et Shallice) sont continuellement sollicitées pour empêcher que des routines comportementales automatisées ne prennent le contrôle de l’appareil effecteur de manière inappropriée. Lorsque les ressources attentionnelles sont mobilisées par des préoccupations internes (rumination, anxiété) ou des stresseurs externes, le système central perd son pouvoir inhibiteur, entraînant l’émergence de « défaillances cognitives » observables.

La théorie des lapsus d’action de Reason et Norman

Parallèlement aux travaux de Broadbent, James Reason (1979, 1984) et Donald Norman (1981) ont proposé une typologie rigoureuse des erreurs humaines en distinguant :

  • Les mistakes (erreurs de planification ou de jugement résultant d’une méconnaissance ou d’un raisonnement déficient) ;
  • Les slips et lapses (défaillances d’exécution d’un plan correct, survenant au niveau des automatismes sous-corticaux ou sensori-moteurs).

Le CFQ se concentre quasi exclusivement sur les slips (lapsus d’action) et les lapses (défaillances de stockage ou de récupération mnésique). Selon le modèle de Norman et Shallice (1986) du Système Attentionnel Superviseur (SAS), les actions de routine sont exécutées sous l’égide de « schémas » déclenchés automatiquement par des indices environnementaux (le contention scheduling). Le rôle du SAS consiste à intervenir ponctuellement pour moduler, réorienter ou interrompre ces schémas lorsque la situation requiert un ajustement volontaire. Les items du CFQ décrivent précisément des situations où le SAS omet d’intervenir à temps, laissant un schéma inadapté se dérouler jusqu’à son terme (comme jeter l’allumette dans sa poche et la boîte dans la poubelle).

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de la validité du CFQ a fait l’objet de centaines d’enquêtes empiriques au cours des quatre dernières décennies, attestant de son utilité diagnostique et de ses limites inhérentes aux échelles d’auto-évaluation.

Validité convergente

La validité convergente du CFQ est démontrée par ses corrélations modérées à fortes avec d’autres échelles mesurant des dimensions psychologiques associées :

  • Traits de personnalité : Le score global au CFQ présente une corrélation positive consistante avec le Névrosisme (Neuroticism) du modèle des Big Five (valeurs de r comprises entre 0,35 et 0,50 selon Matthews et al., 1990). Les individus ayant un niveau élevé d’anxiété de trait rapportent une fréquence nettement plus importante d’oublis et de distractions.
  • Échelles d’inattention et de TDAH : Le CFQ corrèle très fortement avec les échelles d’auto-évaluation du TDAH de l’adulte (comme l’ASRS de l’OMS), avec des coefficients de corrélation de Pearson dépassant fréquemment r = 0,65.
  • Échelles d’absentéisme mental et de dissociation : Des associations étroites sont rapportées avec l’échelle d’absorption de Tellegen (TAS) et l’échelle des expériences dissociatives (DES).

Validité discriminante et paradoxe objectif-subjectif

L’un des constats les plus documentés en neuropsychologie cognitive concerne la faible corrélation empirique observée entre le score global au CFQ et les performances objectives mesurées par des tests neuropsychologiques de laboratoire en conditions standardisées (tels que le WAIS, le test de rétention visuelle de Benton ou les tâches de mémoire de travail de type n-back). Les corrélations oscillent généralement entre r = -0,05 et r = 0,20.

Ce phénomène, loin d’invalider le CFQ, s’explique par la nature distincte des processus évalués : les tests de laboratoire mesurent la capacité maximale instantanée dans un environnement calme et structuré, exempt de distracteurs naturels, tandis que le CFQ mesure la faillibilité cognitive continue dans un contexte de multi-tâches, de fatigue chronique et de fluctuations émotionnelles quotidiennes. En revanche, le CFQ montre une excellente validité écologique lorsqu’il est confronté à des tâches de simulation en temps réel (par exemple, des simulateurs de conduite automobile ou des épreuves prolongées de vigilance comme le Sustained Attention to Response Task – SART, où Manly et al., 1999, ont rapporté une association significative entre scores élevés au CFQ et taux d’erreurs de commission).

Validité prédictive

Le CFQ a démontré une valeur prédictive robuste dans plusieurs études longitudinales :

  • Larson et al. (1997) ont établi que les scores élevés au CFQ prédisaient de manière statistiquement significative l’implication dans des accidents de la circulation chez les jeunes conducteurs sur une période de suivi de trois ans.
  • Dans le milieu hospitalier, Wallace et Chen (2005) ont montré que le CFQ prédit les omissions de protocoles et les erreurs de posologie médicamenteuse chez le personnel infirmier travaillant en horaires décalés.
  • Sur le plan de la santé mentale, Broadbent et al. (1982) ont démontré que les sujets cumulant un score élevé au CFQ et un niveau de stress professionnel élevé présentaient un risque quadruplé de développer des symptômes somatiques et dépressifs par rapport aux individus présentant un faible score au CFQ.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité du Questionnaire des défaillances cognitives ont été examinées au travers de multiples études internationales, révélant une précision de mesure remarquable tant au plan de l’homogénéité des items que de la reproductibilité temporelle des scores.

Consistance interne

Dans l’échantillon princeps de Donald Broadbent et ses collaborateurs (1982), comprenant des participants issus de la population générale et des travailleurs de l’industrie, le coefficient de cohérence interne (alpha de Cronbach) rapporté pour l’échelle globale de 25 items atteignait 0,89. Les réplications menées à travers le monde ont systématiquement confirmé ce niveau d’excellence :

  • Dans l’adaptation néerlandaise de Merckelbach et al. (1996), menée auprès d’un échantillon de plus de 400 adultes sains, l’alpha de Cronbach s’élevait à 0,88.
  • Wallace, Vodanovich et Restino (2003), au sein d’une cohorte de 437 participants américains, ont documenté un alpha de 0,91.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent dans la quasi-totalité des études entre 0,35 et 0,65, confirmant que chaque item contribue de manière substantielle et cohérente à la variance du construit total sans redondance excessive.

Stabilité test-retest

Le CFQ est conçu pour évaluer un trait relativement stable plutôt qu’un état transitoire. Les analyses longitudinales confirment cette stabilité temporelle :

  • Broadbent et al. (1982) ont rapporté un coefficient de fidélité test-retest de r = 0,82 sur un intervalle de ré-administration de six mois chez des étudiants universitaires, et de r = 0,80 sur un intervalle de neuf mois chez des femmes au foyer.
  • Bridger, Johnsen et Brasher (2013) ont mis en évidence une stabilité de r = 0,71 sur un suivi longitudinal exceptionnel de deux ans au sein d’une cohorte de militaires et de techniciens, confirmant que la propension aux défaillances cognitives quotidiennes constitue une caractéristique durable de l’architecture cognitive individuelle.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La dimensionnalité factorielle du CFQ a suscité d’intenses débats méthodologiques dans la littérature psychométrique contemporaine. Alors que Donald Broadbent a préconisé l’utilisation d’un score unique non différencié reflétant un facteur général de « défaillance cognitive » (conception unidimensionnelle), les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) publiées ultérieurement ont systématiquement rejeté le modèle strictement unidimensionnel au profit de modèles multidimensionnels hiérarchiques.

Modèle princeps et premières analyses factorielles exploratoires

Lors de la publication de 1982, l’analyse factorielle exploratoire en composantes principales menée par Broadbent et ses collègues révélait un premier facteur expliquant une part prépondérante de la variance commune (environ 18 à 22 % de la variance totale), ce qui a justifié selon eux l’usage du score global. Cependant, d’autres facteurs secondaires émergeaient sans être explicitement interprétés.

Le modèle en quatre facteurs de Matthews et al. (1990)

L’une des solutions factorielles les plus influentes a été proposée par Matthews, Coyle et Craig (1990). En appliquant une rotation varimax sur un échantillon étendu, ils ont identifié quatre sous-facteurs cliniquement interprétables :

  1. Défaillances de la mémoire (Memory) : saturé principalement par les items relatifs à l’oubli de noms, d’intentions ou de rendez-vous (items 6, 7, 12, 13, 14, 17, 20, 25).
  2. Distractibilité / Problèmes d’attention (Distractibility) : regroupant les items 1, 9, 11, 16, 18, reflétant la perte de fil conducteur mental et l’interférence attentionnelle.
  3. Faiblesses motrices / Erreurs de manipulation (Blunders / Motor) : saturé par les items 15, 21, 23, 24, traduisant les maladresses physiques et les lapsus d’action effecteurs.
  4. Erreurs spatiales et perceptives (Spatial / Perception) : dominé par les items 2, 3, 5, liés à l’orientation dans l’espace et à la détection de cibles visuelles familières.

Le modèle de Wallace, Vodanovich et Restino (2002, 2003)

En recourant à l’analyse factorielle confirmatoire (AFC), Wallace et ses collègues ont testé l’adéquation de plusieurs structures concurrentes. Leurs résultats ont démontré la supériorité d’un modèle à quatre facteurs corrélés :

  • Memory (Mémoire) : par exemple item 17 (charge factorielle λ = 0,68), item 20 (λ = 0,64).
  • Distractibility (Distractibilité) : par exemple item 18 (λ = 0,72), item 1 (λ = 0,65).
  • Blunders (Maladresses motrices) : par exemple item 21 (λ = 0,58), item 15 (λ = 0,61).
  • Interpersonal (Défaillances interpersonnelles) : regroupant les items 4, 8, 10, relatifs aux maladresses de communication et à la régulation verbale et sociale.

Les indices d’ajustement du modèle de Wallace et al. (RMSEA ≈ 0,052 ; CFI ≈ 0,93 ; TLI ≈ 0,91) confirment qu’une structure multidimensionnelle de second ordre — où un facteur général de défaillance cognitive gouverne les sous-domaines spécifiques — constitue la représentation la plus fidèle de la structure latente de l’instrument.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory) évaluant le fonctionnement cognitif subjectif et l’écologie des erreurs quotidiennes.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée sur tablette/ordinateur. Passation individuelle ou collective sans contrainte de temps stricte.
  • Nombre total d’items : 25 énoncés affirmatifs sous forme interrogative décrivant des incidents de la vie quotidienne.
  • Période de référence temporelle : Les comportements sont généralement évalués sur les 6 derniers mois écoulés.
  • Échelle de réponse (Response Scale) : Échelle de type Likert en 5 points :
    • 0 = Jamais (Never)
    • 1 = Très rarement (Very rarely)
    • 2 = Occasionnellement (Occasionally)
    • 3 = Assez souvent (Quite often)
    • 4 = Très souvent (Very often)
    (Note : Certaines variantes codent les options de 1 à 5, donnant un score total de 25 à 125).
  • Règles de cotation (Scoring) :
    • Tous les items sont cotés de manière positive (aucun item inversé).
    • Score total : Somme arithmétique directe des 25 items, comprise entre 0 et 100 (pour une cotation de 0 à 4).
    • Interprétation clinique des scores :
      • Scores inférieurs à 20-25 : Très faible niveau d’erreurs cognitives rapportées (excellente perception de son efficience ou possible anosognosie/sous-déclaration).
      • Scores entre 26 et 45 : Zone normative chez l’adulte sain en milieu professionnel ou communautaire.
      • Scores supérieurs à 50-55 : Vulnérabilité cognitive élevée ; plainte cognitive majeure, fréquence critique d’inattention et risque accru d’accidents ou d’épuisement exécutif face au stress.
  • Durée moyenne de passation : Entre 5 et 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1982.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le questionnaire a été initialement publié dans le British Journal of Clinical Psychology, revue éditée par la British Psychological Society (éditions Wiley).
  • Conditions d’utilisation et permissions : Les 25 items originaux du CFQ appartiennent au domaine académique public pour la recherche scientifique non commerciale et l’enseignement. Les chercheurs et cliniciens sont autorisés à reproduire et administrer les items sous réserve de citer explicitement l’article princeps de Broadbent et al. (1982).
  • Tarifs (Fee) : L’utilisation dans le cadre de projets universitaires ou de thèses est libre de redevance (gratuit). Pour des applications commerciales à grande échelle, des intégrations logicielles propriétaires ou des audits organisationnels privés, une demande d’autorisation formelle doit être adressée à l’éditeur ayant droit de la publication originale (The British Psychological Society / John Wiley & Sons).

12. Références / References

  • Broadbent, D. E., Cooper, P. F., FitzGerald, P., & Parkes, K. R. (1982). The Cognitive Failures Questionnaire (CFQ) and its everyday correlates. British Journal of Clinical Psychology, 21(1), 1–16. https://doi.org/10.1111/j.2044-8260.1982.tb01421.x
  • Bridger, R. S., Johnsen, S. Å. K., & Brasher, K. (2013). Psychometric properties of the Cognitive Failures Questionnaire. Ergonomics, 56(10), 1515–1524. https://doi.org/10.1080/00140139.2013.821172
  • Larson, G. E., Alderton, D. L., Neideffer, M., & Underhill, B. (1997). Further evidence on dimensionality and correlates of the Cognitive Failures Questionnaire. British Journal of Psychology, 88(1), 29–38. https://doi.org/10.1111/j.2044-8295.1997.tb02619.x
  • Manly, T., Robertson, I. H., Galloway, M., & Hawkins, K. (1999). The absent mind: Further investigations of sustained attention to response. Neuropsychologia, 37(6), 661–670. https://doi.org/10.1016/S0028-3932(98)00127-4
  • Matthews, G., Coyle, K., & Craig, A. (1990). Multiple factors of cognitive failure and their relationships with stress vulnerability. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 12(1), 49–65. https://doi.org/10.1007/BF00960455
  • Merckelbach, H., Muris, P., Nijman, H., & de Jong, P. J. (1996). Self-reported cognitive failures and neuroticism: A study in normal and clinical samples. Personality and Individual Differences, 20(6), 715–724. https://doi.org/10.1016/0191-8869(96)00021-3
  • Norman, D. A. (1981). Categorization of action slips. Psychological Review, 88(1), 1–15. https://doi.org/10.1037/0033-295X.88.1.1
  • Ponds, R. W. H. M., Commissaris, K. J. A. M., & Jolles, J. (1998). Prevalence and correlates of subjective forgetfulness in a normal population. International Journal of Aging and Human Development, 45(3), 207–221. https://doi.org/10.2190/73TF-6D55-P1T7-1V4Q
  • Reason, J. T. (1984). Lapses of actions in everyday life. In R. Stevens (Ed.), Aspects of Consciousness (pp. 515–532). Academic Press.
  • Wallace, J. C., & Chen, G. (2005). A multilevel investigation of personality, climate, self-regulation, and performance. Journal of Applied Psychology, 90(2), 303–315. https://doi.org/10.1037/0021-9010.90.2.303
  • Wallace, J. C., Vodanovich, S. J., & Restino, B. M. (2003). Predicting workplace accidents from work stress and cognitive failure. Journal of Occupational Health Psychology, 8(4), 296–305. https://doi.org/10.1037/1076-8998.8.4.296

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: 5-point Likert-type scale: 0 = Never, 1 = Very rarely, 2 = Occasionally, 3 = Quite often, 4 = Very often (or scored 1 to 5)

  1. Do you read something and find you haven’t been thinking about it and must read it again?
  2. Do you find you forget which way to turn on a road you know well?
  3. Do you fail to see what you want in a supermarket (although it’s there)?
  4. Do you find yourself wondering whether you’ve used a word correctly?
  5. Do you fail to notice signposts on the road?
  6. Do you find you forget whether you’ve turned off a light or a fire or locked the door?
  7. Do you fail to listen to people’s names when you are meeting them?
  8. Do you say something and realize afterwards that it might be taken as insulting?
  9. Do you fail to hear people speaking to you when you are doing something else?
  10. Do you lose your temper and regret it?
  11. Do you leave important letters unanswered for days?
  12. Do you find which day of the week it is, only by checking the date?
  13. Do you find you forget which side of a record you have just played?
  14. Do you find you forget what you came to the shops to buy?
  15. Do you find you drop things?
  16. Do you find you can’t think of anything to say in a conversation?
  17. Do you find you forget people’s names?
  18. Do you start doing one thing and get distracted into doing something else (unintentionally)?
  19. Do you find you can’t quite remember something although it’s ‘on the tip of your tongue’?
  20. Do you find you forget what you went to a room to get?
  21. Do you find you bump into people?
  22. Do you find you can’t remember which order you met people in?
  23. Do you find yourself doing something other than you intended to do (e.g. going somewhere else)?
  24. Do you throw away something you meant to keep, or keep something you meant to throw away (e.g. keeping the match and throwing away the box)?
  25. Do you find you forget appointments?
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 24). Questionnaire des défaillances cognitives. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-defaillances-cognitives/
Looti, Mohammed. “Questionnaire des défaillances cognitives.” Base de données de psychologie en français, 24 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-defaillances-cognitives/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire des défaillances cognitives.” Base de données de psychologie en français. septembre 24, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-defaillances-cognitives/.