Questionnaire des défaillances cognitives

Le Questionnaire des défaillances cognitives (Cognitive Failures Questionnaire – CFQ) de Broadbent et al. (1982) est l’échelle de référence évaluant la fréquence des erreurs, inattentions et lapsus de la vie quotidienne. Analyse psychométrique complète, validation et items.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire des défaillances cognitives (connu sous le nom original de Cognitive Failures Questionnaire ou CFQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation développé par Donald Broadbent et ses collaborateurs en 1982. Conçu pour évaluer la fréquence perçue des faux pas, lapsus, inattentions et oublis survenant dans le déroulement des activités de la vie quotidienne, le questionnaire saisit une propension générale aux défaillances cognitives non attribuables à des déficits organiques ou neurologiques caractérisés. Le postulat fondamental du CFQ repose sur l’idée que les erreurs bénignes de la vie courante — telles qu’oublier un rendez-vous, ne pas entendre ce qu’un interlocuteur déclare en étant distrait, lâcher des objets ou confondre sa droite et sa gauche — reflètent des fluctuations transitoires de l’allocation des ressources attentionnelles et des pannes dans les mécanismes exécutifs de régulation de l’action.

Le CFQ est constitué de 25 items évaluant les incidents survenus au cours des six derniers mois. Les participants répondent au moyen d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 0 (« Jamais ») à 4 (« Très souvent »), conduisant à un score global oscillant entre 0 et 100. Si l’instrument a été initialement conceptualisé comme mesurant un facteur général unitaire de vulnérabilité aux bévues de l’action, de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires conduites au cours des quatre dernières décennies ont identifié des structures pluridimensionnelles stables, distinguant notamment les défaillances de la mémoire, les distractions attentionnelles, les perturbations motrices et perceptives, ainsi que les difficultés d’interaction verbale et de contrôle de l’action.

Sur le plan métrologique, le CFQ présente d’excellentes propriétés psychométriques établies dans de nombreuses populations cliniques, professionnelles et tout-venant. Sa cohérence interne est invariablement robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach s’échelonnant généralement entre 0,79 et 0,92. La fidélité test-retest demeure remarquable sur des intervalles allant de quelques mois à plusieurs années, étayant le statut de trait stable du construit. Le CFQ montre par ailleurs une validité de construit, convergente et discriminante étayée par des corrélations modérées avec le névrosisme, l’anxiété-trait, les accidents professionnels, la susceptibilité à l’ennui et les mesures de charge de travail mentale. Il est largement mobilisé en neuropsychologie, en ergonomie cognitive, en psychologie du travail et dans l’étude des accidents de la circulation.

2. Mots-clés / Keywords

Questionnaire des défaillances cognitives, CFQ, attention, mémoire de travail, lapsus de l’action, contrôle exécutif, psychométrie, ergonomie cognitive, fidélité test-retest, Donald Broadbent

3. Auteurs / Authors

Le Questionnaire des défaillances cognitives a été élaboré et standardisé conjointement par une équipe de chercheurs britanniques affiliés à l’unité de psychologie appliquée du Medical Research Council (MRC) et au département de psychologie expérimentale de l’Université d’Oxford :

  • Donald Eric Broadbent (CBE, FRS) : Chercheur pionnier en psychologie cognitive et expérimentale, membre du Department of Experimental Psychology de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni). Broadbent est mondialement reconnu pour son modèle de filtre sélectif de l’attention et ses travaux sur la charge cognitive et le bruit.
  • Peter F. Cooper : Psychologue chercheur, Department of Experimental Psychology, University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni.
  • P. FitzGerald : Collaborateur de recherche, Department of Experimental Psychology, University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni.
  • Katharine R. Parkes : Professeure émérite de psychologie organisationnelle, Department of Experimental Psychology, University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni. Spécialiste éminente du stress au travail, des facteurs humains et des corrélats professionnels des traits cognitifs.

Le chercheur Ronald Okada (Professeur de psychologie, Département de psychologie, Faculté de santé, Université York, Toronto, Ontario, Canada ; courriel : [email protected]) a également assuré la diffusion académique et l’analyse de l’instrument en Amérique du Nord dans le cadre d’études normatives comparatives.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental assigné au CFQ lors de son développement était de combler une lacune béante existant au sein de la psychologie cognitive appliquée : le fossé conceptuel et écologique entre les performances d’un individu mesurées dans le cadre artificiel et stérile d’un laboratoire de psychologie expérimentale et les manifestations tangibles de son efficacité cognitive dans la vie réelle. Traditionnellement, les paradigmes expérimentaux mesuraient le temps de réaction, la détection de signaux ou le rappel sériel sous des conditions d’observation ultra-standardisées. Cependant, Donald Broadbent et ses collègues ont constaté que des individus obtenant des performances remarquables aux épreuves de laboratoire rapportaient néanmoins de nombreuses erreurs quotidiennes banales mais potentiellement délétères, tandis que d’autres sujets moins performants en laboratoire faisaient preuve d’une efficacité empirique sans faille dans leur milieu écologique.

Le CFQ a donc été façonné pour quantifier la fréquence subjective d’échecs survenant dans des tâches simples, routinières et largement automatisées, pour lesquelles la personne possède manifestement les compétences et les connaissances prérequises, mais où une panne momentanée du contrôle conscient survient. Il ne s’agit pas d’évaluer un manque de savoir-faire ou un déficit intellectuel structurel, mais d’objectiver ce que la littérature anglo-saxonne nomme les « slips of action » (lapsus de l’action) et les « lapses of attention » (défaillances attentionnelles). Ces micro-ruptures peuvent s’avérer purement anecdotiques dans un contexte domestique, mais elles deviennent critiques, voire létales, lorsqu’elles se manifestent chez des contrôleurs aériens, des conducteurs d’engins, des chirurgiens ou des opérateurs de centrales nucléaires.

Sur le plan des applications appliquées et de la recherche clinique :

  • Psychologie du travail et ergonomie des facteurs humains : L’outil sert à identifier la propension individuelle aux incidents, aux quasi-accidents et aux accidents du travail. Il permet d’évaluer l’impact des environnements stressants, des horaires postés décalés, de la privation de sommeil et des surcharges d’informations sur l’intégrité du fonctionnement exécutif au travail.
  • Neuropsychologie et gérontologie : Le CFQ est mobilisé pour différencier les plaintes mnésiques et attentionnelles d’origine affective (anxiété, dépression, fatigue chronique) des dégradations cognitives précoces associées au vieillissement pathologique, tel que le trouble cognitif léger (MCI) ou les phases initiales de maladies neurodégénératives.
  • Psychopathologie et santé mentale : L’instrument aide à documenter les perturbations de l’attention focalisée chez les patients souffrant de TDAH à l’âge adulte, de troubles anxieux généralisés, de trouble obsessionnel-compulsif (notamment les conduites de vérification compulsives souvent liées à une faible confiance en sa propre mémoire) ou de syndrome d’épuisement professionnel (burnout).
  • Recherche fondamentale sur l’architecture cognitive : Il offre un ancrage quantitatif pour examiner les liens entre la métacognition, la conscience de soi et les systèmes cérébraux de détection des erreurs médiés par le cortex cingulaire antérieur.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique appréhendé par le Questionnaire des défaillances cognitives est désigné sous le terme générique d’erreur cognitive quotidienne (everyday cognitive failure). Il se définit de manière opérationnelle comme une défaillance involontaire dans l’exécution d’une séquence d’actions orientée vers un but, survenant au sein d’une tâche pourtant maîtrisée par le sujet, et impliquant un dysfonctionnement momentané d’au moins un des sous-systèmes cognitifs suivants : la perception, l’attention, la mémoire ou le contrôle moteur.

Bien que Donald Broadbent ait initialement conçu l’échelle comme une mesure unidimensionnelle reflétant un trait général de vulnérabilité cognitive, l’analyse détaillée du contenu des items et les recherches psychométriques ultérieures ont mis en lumière quatre à cinq composantes phénoménologiques distinctes qui sous-tendent ce construit :

1. Défaillances de la mémoire (Memory Failures)

Cette dimension englobe les oublis d’intentions futures (mémoire prospective), l’amnésie temporaire d’informations sémantiques ou épisodiques récemment encodées, ainsi que la perte de repères spatiaux ou d’objets. L’individu sait où il se trouve et ce qu’il doit faire, mais une rupture dans la récupération de l’information empêche la finalisation de l’acte. Des items typiques illustrent ces pannes, tels que l’oubli de la raison pour laquelle on s’est rendu dans une autre pièce de sa maison (Item 2), l’oubli d’engagements ou de rendez-vous (Item 16), l’égarement d’objets usuels tels qu’un livre ou un journal (Item 17), ou encore l’amnésie immédiate du nom d’une personne que l’on vient de rencontrer (Item 7).

2. Distractibilité et défaillances de l’attention sélective (Distractibility & Selective Attention)

Cette composante renvoie à l’incapacité de maintenir l’orientation attentionnelle sur une tâche cible face à des interférences environnementales ou des pensées intrusives non pertinentes (rêverie diurne, esprit vagabond ou mind-wandering). Les stimuli périphériques capturent indûment l’attention descendante (top-down), fragmentant le cours de la pensée. Cette dimension est illustrée par le fait de lire un texte et de constater soudainement que l’on n’y prêtait aucune attention, nécessitant une relecture complète (Item 1), le fait de ne pas entendre quelqu’un nous parler pendant que l’on s’affaire à une tâche (Item 9), ou de se laisser distraire au point d’entreprendre une action non désirée (Item 21).

3. Faux pas moteurs et coordination physique (Motor Slips & Action Failures)

Les défaillances motrices représentent la traduction corporelle directe de la rupture attentionnelle. Le schéma d’action moteur est exécuté de manière erratique en raison d’un manque de rétrocontrôle proprioceptif ou visuo-spatial. Cela inclut le fait de heurter des passants dans la rue (Item 5), de laisser tomber des objets du quotidien (Item 24), ou de jeter par mégarde l’objet que l’on souhaitait conserver tout en gardant le déchet (Item 18, l’exemple classique de jeter la boîte d’allumettes neuve et de glisser l’allumette consumée dans sa poche).

4. Orientation spatiale et perception environnementale

Cette dimension reflète des erreurs dans le traitement perceptif spatial et la cartographie mentale. Elle se manifeste par la confusion entre la droite et la gauche au moment de donner un itinéraire (Item 4), le fait d’ignorer ou de ne pas remarquer des panneaux de signalisation routière majeurs (Item 3), ou la difficulté à repérer un produit spécifique sur les étagères d’un supermarché alors que celui-ci est présent dans le champ visuel direct (Item 13).

5. Défaillances verbales et contrôle social

Cette sphère concerne l’accès lexical et la régulation socio-communicative. Elle implique le phénomène du « mot sur le bout de la langue » (Item 22), l’anxiété linguistique ou l’incapacité momentanée à formuler une pensée (Item 25), ainsi que les lapsus de langage socialement embarrassants où un propos blessant est formulé sans intention malveillante (Item 8).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le CFQ s’enracine directement dans l’âge d’or du courant de la psychologie cognitive du traitement de l’information, inauguré par Donald Broadbent lui-même avec son œuvre séminale de 1958, Perception and Communication. Broadbent y proposait le premier grand modèle computationnel de l’esprit humain, conceptualisé comme un canal de transmission à capacité limitée, protégé contre la saturation sensorielle par un filtre attentionnel précoce et un réservoir restreint de mémoire à court terme.

Au fil des décennies, cette architecture théorique s’est enrichie grâce aux travaux sur l’automatisation des processus cognitifs, menés notamment par Richard Shiffrin et Walter Schneider (1977), ainsi que par les théorisations sur le contrôle de l’action de James Reason (1979, 1990) et de Donald Norman (1981). Le cadre théorique du CFQ s’articule autour de l’interaction constante entre deux modes opératoires fondamentaux de l’esprit :

  • Les processus automatiques : Rapides, autonomes, peu coûteux en ressources cognitives et fonctionnant en dehors du champ de la conscience sous forme de « schémas d’action » appris et sur-entraînés.
  • Les processus contrôlés : Lents, séquentiels, exigeants en capacité attentionnelle et placés sous l’égide du contrôle exécutif conscient et du système attentionnel superviseur (modèle SAS de Norman et Shallice, 1986).

Selon James Reason (1990), auteur de la théorie classique des erreurs humaines, les défaillances cognitives surviennent principalement lors de l’exécution d’habitudes motrices et de routines routinières. Dès lors qu’une action devient automatisée, le système superviseur relâche sa vigilance pour allouer des ressources à d’autres pensées (pensées non reliées à la tâche, rêverie, soucis personnels). Si un point de décision critique nécessite une déviation par rapport à la routine (par exemple, devoir bifurquer sur la route du travail pour aller chercher un paquet à la poste), l’absence de vérification attentionnelle descendante permet au schéma automatique le plus fort de « capturer » la commande motrice. Le sujet se retrouve alors à avoir poursuivi son trajet habituel vers le bureau, oubliant totalement le détour prévu.

Donald Broadbent a conceptualisé le score au CFQ non pas comme un reflet de déficits structurels d’intelligence ou de capacités mnésiques brutes, mais comme l’expression d’un style cognitif ou d’un trait de vulnérabilité individuelle dans le contrôle de l’effort attentionnel face au bruit interne et externe. Les individus présentant un score élevé au CFQ sont ceux dont le système de contrôle exécutif central échoue régulièrement à maintenir la priorité attentionnelle face aux interférences environnementales ou émotionnelles. Cette conceptualisation a été largement consolidée par les neurosciences contemporaines, démontrant que les défaillances cognitives traduisent des désynchronisations momentanées au sein du réseau du mode par défaut (DMN) et du réseau exécutif fronto-pariétal.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du Questionnaire des défaillances cognitives a fait l’objet de centaines de vérifications empiriques internationales depuis 1982, attestant de son ancrage écologique et théorique solide.

Validité de construit et convergente

La validité convergente du CFQ a été établie par la corrélation systématique de ses scores avec d’autres échelles mesurant des dimensions psychologiques connexes :

  • Personnalité et affectivité négative : Les scores au CFQ corrèlent de façon positive et modérée avec le névrosisme évalué par l’EPQ d’Eysenck ou le NEO-PI-R (coefficients de Pearson se situant habituellement entre r = 0,30 et r = 0,45). De même, une corrélation constante est observée avec l’anxiété-trait (STAI-T, r ≈ 0,35 à 0,42) et les plaintes dépressives (BDI, r ≈ 0,28 à 0,38). Broadbent et ses collaborateurs (1982) ont démontré que si le CFQ partage de la variance avec l’anxiété, il mesure une entité distincte qui prédit la vulnérabilité aux stresseurs professionnels même après contrôle statistique de l’affectivité négative.
  • Vulnérabilité à l’ennui et somnolence : Le CFQ montre des corrélations substantielles avec l’Échelle de propension à l’ennui (BPS, r ≈ 0,40 à 0,50) et avec la somnolence diurne excessive (Échelle d’Epworth), confirmant que la baisse d’éveil favorise les ruptures attentionnelles.
  • Autres auto-évaluations mnésiques : Les corrélations avec des inventaires comme le Metamemory in Adulthood (MIA) ou le Memory Failures Questionnaire (MFQ) sont élevées (r > 0,60), ce qui valide l’alignement du CFQ sur les représentations métacognitives des capacités propres.

Validité prédictive et écologique

L’une des plus grandes forces du CFQ réside dans sa capacité à prédire des comportements réels hors du laboratoire :

  • Accidents de la route et infractions : Des études conduites en simulateur de conduite et des analyses épidémiologiques ont montré que les conducteurs obtenant des scores élevés au CFQ présentent une fréquence significativement supérieure de collisions mineures, d’erreurs de trajectoire et d’infractions au code de la route liées à des inattentions.
  • Accidents et blessures au travail : Katharine Parkes (1982, 1987) et des recherches ultérieures ont prouvé que dans des environnements industriels et hospitaliers, le CFQ prédit les accidents matériels, les chutes et les coupures.
  • Performances en situation de double tâche : En laboratoire, les individus à score CFQ élevé manifestent un coût de double tâche considérablement accru et un taux d’erreur plus important lors de paradigmes d’interférence type Stroop ou de détection soutenue (SART – Sustained Attention to Response Task).

Validité discriminante

Le CFQ présente une validité discriminante remarquable vis-à-vis des mesures conventionnelles de quotient intellectuel (QI) ou d’aptitudes cognitives générales mesurées par les matrices de Raven ou les échelles de Wechsler (corrélations généralement non significatives, r compris entre -0,08 et 0,05). Cette absence de relation corrobore l’hypothèse centrale de Broadbent : le CFQ n’est pas un substitut d’un test d’intelligence mais une mesure de l’instabilité du contrôle exécutif quotidien.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique du Questionnaire des défaillances cognitives a été démontrée à travers un large éventail d’enquêtes portant sur des cohortes d’étudiants, de travailleurs industriels et de populations cliniques âgées.

Cohérence interne

L’indice de cohérence interne global de l’échelle, évalué au moyen de l’alpha de Cronbach, se situe de manière très reproductible dans la zone d’excellence psychométrique :

  • Dans l’étude princeps de Broadbent et al. (1982), menée sur plusieurs échantillons cumulant plus de 1 000 participants (étudiants, infirmières, marins, ouvriers), les coefficients variaient entre 0,79 et 0,89.
  • Les études de réplication menées sur des populations de grande taille (ex. Wallace et al., 2002 ; Bridger et al., 2013) rapportent des valeurs d’alpha de Cronbach oscillant entre 0,88 et 0,92 pour l’ensemble des 25 items.
  • Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent dans la grande majorité entre 0,35 et 0,65, confirmant que chaque item contribue positivement et de façon homogène à la variance du score total. Aucun item ne présente de corrélation négative ou proche de zéro.

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité temporelle du CFQ est l’une de ses caractéristiques les plus remarquables, confirmant que la fréquence perçue des défaillances cognitives constitue un trait de personnalité stable plutôt qu’un état transitoire :

  • Broadbent et al. (1982) ont rapporté un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,82 sur un intervalle temporel de six mois.
  • Des études longitudinales à plus long terme (ex. Parkes, 1982 ; Houston et al., 2001) ont mis en évidence des corrélations de r = 0,71 à 0,78 sur des périodes allant de un à deux ans, et jusqu’à r = 0,62 sur un intervalle de sept ans chez des adultes vieillissants en bonne santé.

Ces données attestent de la robustesse de l’instrument pour caractériser des profils cognitifs individuels durables dans les protocoles de suivi clinique et épidémiologique.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle du CFQ a constitué l’un des débats les plus nourris de la psychométrie cognitive contemporaine. Alors que Donald Broadbent et ses collaborateurs (1982) préconisaient l’usage d’un score unique total, arguant qu’un facteur général prédominant de premier ordre rendait compte de la majeure partie de la variance commune, les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) ultérieures ont réfuté l’hypothèse de l’unidimensionnalité pure.

Modèles plurifactoriels historiques

Plusieurs solutions factorielles ont été documentées avec succès selon les méthodes d’extraction et de rotation :

  • Modèle à 4 facteurs de Matthews, Coyle et Craig (1990) : L’une des solutions les plus influentes, identifiant quatre composantes : (1) Distraction (défaillances attentionnelles lors de la lecture ou de l’écoute), (2) Mémoire (oubli de noms, de rendez-vous ou d’objets), (3) Erreurs motrices (lâcher des objets, heurter des personnes), et (4) Perception spatiale (signaux routiers, repérage dans les rayons).
  • Modèle à 3 facteurs de Wallace, Kass et Stanny (2002) : Fondé sur une AFE avec rotation oblique chez 635 participants, ce modèle isole trois dimensions clés expliquant plus de 45 % de la variance : (1) Défaillances de la mémoire de travail et rétrospective, (2) Inattention et distractibilité, et (3) Erreurs d’action / maladresse motrice.
  • Modèle bi-factoriel contemporain : Des études psychométriques récentes appliquant la modélisation en équations structurales (SEM) soutiennent un modèle bi-factoriel (Bifactor). Dans cette modélisation, un facteur général puissant (« Vulnérabilité cognitive globale ») capte environ 60 à 70 % de la variance commune, tandis que des facteurs spécifiques résiduels (Attention, Mémoire, Action) capturent la variance unique liée au domaine d’erreur. Cette formalisation réconcilie élégamment l’usage pratique du score global préconisé par Broadbent et la pertinence clinique de l’examen dimensionnel par sous-échelles.

Les indices d’adéquation observés pour les modèles bi-factoriels et tri-factoriels satisfont généralement aux normes métrologiques actuelles (CFI > 0,92, TLI > 0,90, RMSEA < 0,06, SRMR < 0,05).

10. Instrument de mesure / Instrument

Le Questionnaire des défaillances cognitives se caractérise par une administration simple, directe et standardisée :

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et neuropsychologique (rapport personnel / self-report inventory).
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée sur terminal numérique (ordinateurs, tablettes, plateformes de télémédecine).
  • Population cible : Adultes et adolescents à partir de 16 ans, ne présentant pas de détérioration cognitive majeure ou de démence établie.
  • Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes.
  • Nombre d’items : 25 items rédigés sous la forme d’interrogations directes décrivant des situations précises de la vie courante.
  • Période de référence : Les 6 derniers mois écoulés (« in the past 6 months »).
  • Échelle de réponse : Échelle de fréquence ordinale de type Likert en 5 points :
    • 4 = Très souvent (Very often)
    • 3 = Assez souvent (Quite often)
    • 2 = De temps en temps / Occasionnellement (Occasionally)
    • 1 = Très rarement (Very rarely)
    • 0 = Jamais (Never)
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Score total : La cotation s’effectue par la sommation directe des valeurs attribuées aux 25 items (aucun item inversé dans la formulation princeps). Le score total théorique est compris entre 0 et 100.
    • Interprétation générale : Un score élevé traduit une perception accrue de défaillances cognitives quotidiennes, indiquant une forte vulnérabilité attentionnelle, une charge mentale ressentie élevée ou une fatigue cognitive prononcée. Les moyennes normatives dans les échantillons adultes tout-venant se situent usuellement entre 30 et 38 (écart-type d’environ 10 à 13).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1982 (publié dans le British Journal of Clinical Psychology).
  • Statut des droits d’auteur et diffusion : L’article fondateur et les items du CFQ ont été publiés par la British Psychological Society (BPS) et sont distribués via John Wiley & Sons.
  • Licence et utilisation pour la recherche : Dans le cadre d’un usage purement universitaire, académique, scientifique ou de recherche non commerciale, le questionnaire est couramment accessible et utilisable sans versement de redevances financières, sous réserve expresse de citation formelle de la publication de référence de Broadbent et al. (1982).
  • Usage commercial et intégration industrielle : Toute reproduction commerciale, distribution dans le cadre d’un produit logiciel propriétaire, ou utilisation dans le cadre d’évaluations de recrutement professionnel doit faire l’objet d’une demande de permission formelle auprès des détenteurs de copyright (la British Psychological Society ou l’éditeur Wiley).
  • Coût : Gratuit pour les chercheurs académiques et les praticiens hospitaliers sous condition de citation ; tarification sur devis auprès de l’éditeur pour des intégrations commerciales ou éditoriales tierces.

12. Références / References

Les travaux scientifiques fondateurs et contemporains suivants constituent le corpus de validation et de théorisation du CFQ :

  • Broadbent, D. E., Cooper, P. F., FitzGerald, P., & Parkes, K. R. (1982). The Cognitive Failures Questionnaire (CFQ) and its correlates. British Journal of Clinical Psychology, 21(1), 1–16. https://doi.org/10.1111/j.2044-8260.1982.tb01421.x
  • Broadbent, D. E. (1958). Perception and communication. Pergamon Press. https://doi.org/10.1037/10037-000
  • Bridger, R. S., Johnsen, S. Å. K., & Brasher, K. (2013). Psychometric properties of the Cognitive Failures Questionnaire in a large non-clinical sample. Ergonomics, 56(10), 1515–1524. https://doi.org/10.1080/00140139.2013.824989
  • Matthews, G., Coyle, K., & Craig, A. (1990). Multiple factors of cognitive failure and their relationships with stress vulnerability. Journal of Psychopathology and Behavioral Assessment, 12(1), 49–65. https://doi.org/10.1007/BF00960454
  • Norman, D. A. (1981). Categorization of action slips. Psychological Review, 88(1), 1–15. https://doi.org/10.1037/0033-295X.88.1.1
  • Norman, D. A., & Shallice, T. (1986). Attention to action: Willed and automatic control of behavior. In R. J. Davidson, G. E. Schwartz, & D. Shapiro (Eds.), Consciousness and self-regulation (pp. 1–18). Springer US. https://doi.org/10.1007/978-1-4757-0629-1_1
  • Parkes, K. R. (1982). Occupational stress among student nurses: A natural experiment. Journal of Applied Psychology, 67(6), 784–796. https://doi.org/10.1037/0021-9010.67.6.784
  • Reason, J. T. (1979). Actions not as planned: The price of automization. In G. Underwood & R. Stevens (Eds.), Aspects of consciousness: Psychological issues (Vol. 1, pp. 67–89). Academic Press.
  • Reason, J. (1990). Human error. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139062367
  • Schneider, W., & Shiffrin, R. M. (1977). Controlled and automatic human information processing: I. Detection, search, and attention. Psychological Review, 84(1), 1–66. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.1.1
  • Wallace, J. C., Kass, S. J., & Stanny, C. J. (2002). The Cognitive Failures Questionnaire revisited: Investigating the relationship between cognitive failures and accident involvement. Human Factors, 44(3), 479–488. https://doi.org/10.1518/0018720024497725

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Les questions suivantes portent sur de petites erreurs et maladresses que tout le monde commet de temps à autre, mais dont certaines se produisent plus souvent que d’autres. Nous souhaitons savoir à quelle fréquence ces situations vous sont arrivées au cours des 6 derniers mois.

Options de réponse :

  • 4 = Très souvent (Very often)
  • 3 = Assez souvent (Quite often)
  • 2 = De temps en temps (Occasionally)
  • 1 = Très rarement (Very rarely)
  • 0 = Jamais (Never)
  1. Do you read something and find you haven’t been thinking about it and must read it again?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  2. Do you find you forget why you went from one part of the house to the other?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  3. Do you fail to notice signposts on the road?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  4. Do you find you confuse right and left when giving directions?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  5. Do you bump into people?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  6. Do you find you forget whether you’ve turned off a light or a fire or locked the door?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  7. Do you fail to listen to people’s names when you are meeting them?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  8. Do you say something and realize afterwards that it might be taken as insulting?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  9. Do you fail to hear people speaking to you when you are doing something else?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  10. Do you lose your temper and regret it?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  11. Do you leave important letters unanswered for days?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  12. Do you find you forget which way to turn on a road you know well but rarely use?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  13. Do you fail to see what you want in a supermarket (although it’s there)?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  14. Do you find yourself suddenly wondering whether you’ve used a word correctly?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  15. Do you have trouble making up your mind?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  16. Do you find you forget appointments?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  17. Do you forget where you put something like a newspaper or a book?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  18. Do you find you accidentally throw away the thing you want and keep what you meant to throw away – as in the example of throwing away the matchbox and putting the used match in your pocket?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  19. Do you daydream when you ought to be listening to something?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  20. Do you find you forget people’s names?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  21. Do you start doing one thing at home and get distracted into doing something else (unintentionally)?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  22. Do you find you can’t quite remember something although it’s “on the tip of your tongue”?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  23. Do you find you forget what you came to the shops to buy?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  24. Do you drop things?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
  25. Do you find you can’t think of anything to say?

    [ 4 = Very often  |  3 = Quite often  |  2 = Occasionally  |  1 = Very rarely  |  0 = Never ]
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Questionnaire des défaillances cognitives. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-defaillances-cognitives-2/
Looti, Mohammed. “Questionnaire des défaillances cognitives.” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-defaillances-cognitives-2/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire des défaillances cognitives.” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-des-defaillances-cognitives-2/.