Questionnaire de style attributionnel pour enfants de Kastan – Révisé (CASQ-R)

Le Questionnaire de style attributionnel pour enfants de Kastan – Révisé (CASQ-R) est un outil psychométrique de référence évaluant les attributions causales (internalité, stabilité, globalité) chez l’enfant et l’adolescent de 8 à 14 ans, dans le cadre de la théorie de l’impuissance acquise et de la dépression.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire de style attributionnel pour enfants de Kastan – Révisé (Children’s Attributional Style Questionnaire – Revised, ou CASQ-R) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation et d’hétéro-évaluation conçu pour mesurer les schémas d’explication causale que les enfants et les jeunes adolescents appliquent aux événements de leur vie quotidienne. Initialement développé par Nadine J. Kaslow, Robert L. Tanenbaum et Martin E. P. Seligman en 1978 (puis validé empiriquement par Seligman et al. en 1984 sous une forme à 48 items), le questionnaire a fait l’objet d’une révision psychométrique substantielle par Michael P. Thompson, Nadine J. Kaslow, Bahr Weiss et Susan Nolen-Hoeksema en 1998 pour aboutir à une version condensée et optimisée de 24 items.

Le CASQ-R opérationnalise la version révisée de la théorie de l’impuissance acquise (Reformulated Learned Helplessness Theory ; Abramson, Seligman, & Teasdale, 1978) et la théorie du désespoir (Hopelessness Theory of Depression ; Abramson, Metalsky, & Alloy, 1989). L’outil évalue les attributions causales selon trois dimensions bipolaires fondamentales : le locus de causalité (interne versus externe), la stabilité temporelle (stable versus instable) et la généralisabilité contextuelle (globale versus spécifique), croisées avec la valence de l’événement (12 situations à valence positive et 12 situations à valence négative). Chaque item propose un scénario hypothétique suivi d’un choix forcé dichotomique entre deux explications causales qui maintiennent deux dimensions constantes tout en faisant varier la troisième.

Sur le plan psychométrique, le CASQ-R présente des indices d’adéquation nettement améliorés par rapport à sa version originale de 48 items, réduisant la redondance et la fatigue attentionnelle chez les jeunes répondants (âgés de 8 à 14 ans). Les coefficients de consistance interne (alpha de Cronbach) oscillent généralement entre .61 et .73 pour le score composite négatif et entre .53 et .65 pour le score composite positif, ce qui est congruent avec la nature multifactorielle et situationnelle des mesures à choix forcé chez l’enfant. La validité convergente est solidement établie par des corrélations modérées à fortes avec des mesures de symptomatologie dépressive, notamment l’Inventaire de dépression pour enfants (CDI ; Kovacs, 1985), et une validité prédictive attestée lors de multiples études longitudinales sur les épisodes dépressifs majeurs.

2. Mots-clés / Keywords

Style attributionnel, théorie de l’impuissance acquise, CASQ-R, dépression infantile, vulnérabilité cognitive, modèle diathèse-stress, internalité, stabilité temporelle, globalité, psychométrie développementale, Martin Seligman, Nadine Kaslow, désespoir cognitif, évaluation psychologique de l’enfant.

3. Auteurs / Authors

Le développement historique et la révision psychométrique du Children’s Attributional Style Questionnaire reposent sur les travaux collaboratifs de plusieurs chercheurs éminents en psychologie clinique et psychopathologie développementale :

  • Nadine J. Kaslow, Ph.D., ABPP : Professeure et vice-présidente au département de psychiatrie et des sciences du comportement de l’Université Emory (Emory University School of Medicine), ancienne présidente de l’American Psychological Association (APA). Elle est la conceptrice principale des versions adaptées aux enfants du questionnaire attributionnel.
  • Martin E. P. Seligman, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Pennsylvanie (University of Pennsylvania), fondateur du mouvement de la psychologie positive et co-auteur de la théorie révisée de l’impuissance acquise.
  • Robert L. Tanenbaum, Ph.D. : Chercheur et psychologue clinicien ayant collaboré avec l’équipe de l’Université de Pennsylvanie sur les premiers manuscrits de validation du questionnaire chez l’enfant.
  • Michael P. Thompson, Ph.D. : Chercheur en santé publique et biostatistique, affilié à la Rollins School of Public Health de l’Université Emory, principal instigateur de la révision psychométrique de 1998.
  • Bahr Weiss, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique et de développement de l’enfant à l’Université Vanderbilt (Vanderbilt University), spécialiste de la méthodologie quantitative et de la psychopathologie de l’enfant.
  • Susan Nolen-Hoeksema, Ph.D. (1959–2013) : Professeure de psychologie à l’Université Yale, mondialement reconnue pour ses travaux pionniers sur les théories cognitives de la dépression et la rumination mentale.

4. Objectif / Purpose

Le CASQ-R a été élaboré pour combler un vide méthodologique majeur dans l’évaluation psychologique des enfants : la quantification objective et standardisée des biais cognitifs attributionnels impliqués dans la vulnérabilité à la dépression et aux troubles de l’humeur. Alors que le Attributional Style Questionnaire (ASQ ; Peterson et al., 1982) s’adressait exclusivement aux adultes avec des formats de réponses de type Likert complexes, le CASQ-R adapte les scénarios de vie et la structure linguistique aux capacités cognitives des enfants d’âge scolaire (typiquement de 8 à 14 ans).

Sur le plan théorique et étiologique, l’objectif principal de l’instrument est d’opérationnaliser le concept de « style explicatif pessimiste » (ou dépressogène). Ce style cognitif se caractérise par une tendance systématique à imputer les échecs et les événements négatifs à des causes internes (liées à des défauts de soi), stables (permanentes dans le temps) et globales (affectant tous les domaines de la vie), tout en attribuant les succès et les événements positifs à des causes externes (la chance, la facilité de la tâche), instables (transitoires) et spécifiques (circonscrites à un domaine unique).

Dans les contextes de recherche clinique et de psychopathologie développementale, le CASQ-R poursuit plusieurs finalités fondamentales :

  • L’identification précoce de la vulnérabilité cognitive : Selon le paradigme diathèse-stress, posséder un style attributionnel pessimiste ne suffit pas à déclencher la dépression en soi ; en revanche, en présence d’événements de vie stressants majeurs ou de tracas quotidiens cumulatifs, ce profil cognitif amplifie de manière drastique le risque d’apparition d’un épisode dépressif caractérisé, de sentiments de désespoir et d’une perte d’estime de soi.
  • L’évaluation différentielle des troubles internalisés et externalisés : Le questionnaire permet de dissocier les profils cognitifs associés à la dépression pure de ceux liés aux troubles anxieux, au trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et aux troubles des conduites. Les enfants présentant des troubles externalisés ont fréquemment un biais d’attribution d’externalisation hostile, à l’opposé du biais d’internalisation autodépréciateur observé chez les enfants dépressifs.
  • Le suivi des interventions thérapeutiques : En thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et dans les programmes de prévention universelle comme le Penn Resiliency Program (PRP), le CASQ-R sert d’indicateur sensible au changement thérapeutique pour mesurer la restructuration cognitive et l’acquisition d’un style explicatif plus flexible et optimiste.
  • La recherche translationnelle et croisée parent-enfant : L’existence conjointe d’une version enfant et d’une version parent permet d’étudier la transmission intergénérationnelle des styles cognitifs, la congruence entre la perception de l’enfant et celle de ses figures d’attachement, ainsi que l’impact des pratiques parentales de socialisation cognitive.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique évalué par le CASQ-R est le style attributionnel (ou style explicatif), défini comme une variable de différence individuelle stable reflétant la manière habituelle dont un individu assigne une signification causale aux événements de son environnement. Ce construit s’articule autour d’une matrice tridimensionnelle croisée avec la polarité de la valence de l’événement.

5.1. Les trois dimensions causales fondamentales

  • Le Locus de Causalité (Internalité vs Externalité) : Cette dimension détermine si la cause d’un événement réside à l’intérieur de l’individu (personnalité, capacités, intelligence, effort) ou dans son environnement externe (difficulté de la tâche, action d’autrui, hasard, injustice circonstancielle). Par exemple, pour un échec scolaire (« Vous obtenez une mauvaise note »), une explication interne est « Je ne suis pas un bon élève », tandis qu’une explication externe est « Les professeurs donnent des examens difficiles ».
    Un locus interne pour les échecs compromet directement l’estime de soi et génère un sentiment de culpabilité ou d’indignité, tandis qu’un locus interne pour les réussites favorise l’auto-efficacité perçue et le sentiment de compétence.
  • La Stabilité Temporelle (Stable vs Instable) : Cette dimension renvoie à la pérennité de la cause dans le temps. Une cause stable est perçue comme permanente, récurrente, immuable et prédictive de l’avenir (« J’ai toujours de la difficulté à travailler en groupe »), tandis qu’une cause instable est transitoire, dynamique, modifiable ou conjoncturelle (« Ce jour-là, nous n’avons pas réussi à travailler ensemble »).
    La stabilité des attributions négatives est l’élément moteur de la chronicité dépressive : si la cause d’un échec est perçue comme inaltérable, l’enfant anticipe que ses efforts futurs seront tout aussi vains, ce qui engendre un état de résignation et de désespoir à long terme.
  • La Généralisabilité Contextuelle (Globale vs Spécifique) : Cette dimension concerne l’étendue de l’impact de la cause à travers différents domaines de fonctionnement (académique, social, familial, sportif). Une attribution globale généralise la cause à l’ensemble de l’existence de l’enfant (« Je ne suis bon à rien », « Tous les examens sont difficiles »), alors qu’une attribution spécifique limite l’effet de la cause à un domaine restreint ou à une tâche singulière (« Seuls certains examens sont difficiles »).
    La globalité détermine l’amplitude de la généralisation des déficits comportementaux et affectifs consécutifs à un événement négatif.

5.2. Les scores composites et structures dimensionnelles

Dans la cotation du CASQ-R, chaque item oppose deux dimensions tout en neutralisant les autres paramètres. L’instrument permet d’extraire plusieurs scores composites standardisés :

  • Score Composite Positif (CP) : Somme des choix d’attributions optimistes (internes, stables et globales) pour les 12 scénarios positifs. Un score élevé reflète une tendance à s’approprier durablement ses réussites.
  • Score Composite Négatif (CN) : Somme des choix d’attributions dépressogènes (internes, stables et globales) pour les 12 scénarios négatifs. Un score élevé caractérise une forte vulnérabilité cognitive au désespoir et à la dépression.
  • Score Global / Différentiel Composite (CP – CN) : Ce score net soustrait le composite négatif du composite positif. Un score positif élevé témoigne d’un style attributionnel nettement orienté vers l’optimisme, tandis qu’un score négatif marque une vulnérabilité dépressogène prédominante.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le fondement conceptuel du CASQ-R s’inscrit au carrefour du béhaviorisme cognitif, de la psychologie sociale cognitive et des théories du traitement de l’information. L’instrument est l’aboutissement direct de trois décennies de théorisation sur l’impuissance et la dépression :

6.1. De l’impuissance acquise à la reformulation attributionnelle

Le paradigme initial de l’impuissance acquise formulé par Martin Seligman et Steven Maier à la fin des années 1960 postulait qu’une exposition répétée à des événements aversifs incontrôlables entraînait des déficits motivationnels, cognitifs et émotionnels majeurs. Cependant, le modèle animal d’origine ne parvenait pas à expliquer pourquoi, face à des situations d’incontrôlabilité identiques, certains êtres humains sombraient dans une dépression profonde et durable alors que d’autres manifestaient une résilience remarquable ou des réactions transitoires.

Pour résoudre cette anomalie théorique, Lyn Y. Abramson, Martin E. P. Seligman et John D. Teasdale (1978) ont reformulé la théorie en y intégrant la théorie de l’attribution de Fritz Heider, Harold Kelley et Bernard Weiner. Selon ce modèle révisé, lorsqu’un individu est confronté à un événement négatif, il formule spontanément une question causale (« Pourquoi cela s’est-il produit ? »). La nature de la réponse cognitive structure directement l’impact émotionnel :

Événement négatif non contrôlable → Attribution causale (Interne / Stable / Globale) → Baisse d’estime de soi + Attentes de non-contingence future généralisées → Symptômes dépressifs

6.2. La théorie du désespoir (Hopelessness Theory)

En 1989, Abramson, Metalsky et Alloy ont affiné le modèle pour définir un sous-type étiologique précis de trouble de l’humeur : la dépression basée sur le désespoir (Hopelessness Depression). Dans cette révision, le style attributionnel n’est plus considéré comme une cause suffisante en soi, mais comme une diathèse cognitive distale. Le facteur proximal déterminant est l’état psychologique de « désespoir », défini par la conjonction d’une attente que des conséquences négatives highly valorisées vont inévitablement survenir et de la conviction que l’individu ne dispose d’aucun comportement dans son répertoire pour modifier cette issue fatale.

6.3. Considérations développementales et métacognition chez l’enfant

L’application de ces cadres conceptuels à la population pédiatrique a nécessité une adaptation tenant compte des stades du développement cognitif (notamment les théories de Jean Piaget et Robert Selman). Avant l’âge de 7-8 ans, les enfants ont des capacités métacognitives immatures pour différencier nettement l’effort des aptitudes intrinsèques (locus interne stable versus instable) et manifestent fréquemment un optimisme irréaliste ou un biais de positivité développemental protecteur. À partir de 8-9 ans, avec l’émergence des opérations concrètes, de la comparaison sociale scolaire et de la prise de perspective, les styles attributionnels se cristallisent en traits cognitifs relativement stables. Le CASQ-R a donc été spécifiquement étalonné pour cette fenêtre développementale critique.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du CASQ-R a été rigoureusement démontrée à travers de multiples investigations empiriques dans des cohortes normatives, scolaires et cliniques.

7.1. Validité convergente

La validité convergente du CASQ-R a été documentée par des associations théoriquement cohérentes avec les échelles de référence évaluant la dépression infantile. Dans l’étude de validation princeps de Thompson, Kaslow, Weiss et Nolen-Hoeksema (1998), menée auprès d’un échantillon diversifié de plus de 800 enfants, le score composite négatif (CN) présentait une corrélation positive statistiquement significative avec le score de dépression au Children’s Depression Inventory (CDI ; Kovacs), oscillant entre $r = .36$ et $r = .52$ ($p < .001$). Réciproquement, le score composite positif (CP) présentait une corrélation inverse significative avec le CDI ($r = -.28$ à $-.41$, $p < .001$).

De plus, des corrélations convergentes robustes ont été établies avec des mesures de l’anxiété (telles que la Revised Children’s Manifest Anxiety Scale, RCMAS) et des mesures d’auto-efficacité perçue et d’estime de soi (comme la Piers-Harris Children’s Self-Concept Scale), confirmant que les enfants affichant des attributions dépressogènes sous-estiment systématiquement leurs compétences personnelles.

7.2. Validité prédictive et longitudinale

La validité prédictive du CASQ et du CASQ-R a fait l’objet de la méta-analyse fondatrice de Gladstone et Kaslow (1995), regroupant 26 études indépendantes ($N > 3,500$). Les résultats ont confirmé une taille d’effet combinée moyenne modérée à forte ($r = .38$) liant le style attributionnel négatif à la survenue ultérieure de symptômes dépressifs chez les enfants et adolescents. Dans les études prospectives utilisant un devis diathèse-stress (ex., Nolen-Hoeksema, Girgus, & Seligman, 1992), les scores élevés au CASQ-R interagissent de manière significative avec les stresseurs de vie objectifs pour prédire l’apparition de nouveaux épisodes de dépression majeure à 6, 12 et 24 mois d’intervalle, même après contrôle strict du niveau de dépression initial à la ligne de base.

7.3. Validité discriminante et différentielle

Le CASQ-R démontre une capacité probante à discriminer les enfants souffrant de troubles dépressifs majeurs des enfants sains ou de ceux présentant des troubles externalisés du comportement (trouble oppositionnel avec provocation, trouble des conduites). Alors que les enfants dépressifs attribuent les échecs à des causes internes stables et globales, les enfants présentant des profils externalisés manifestent un biais d’attribution d’externalisation exacerbé (imputation des fautes à des tiers ou au système) couplé à une instabilité de la cause, protégeant artificiellement leur estime de soi immédiate au détriment de l’ajustement comportemental.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité du CASQ-R a constitué la motivation centrale de la révision effectuée par Thompson et al. (1998), visant à remédier aux faiblesses statistiques observées dans la version originale à 48 items de Kaslow et Seligman.

8.1. Consistance interne (Cohérence des items)

Dans la version originale de 48 items, le format à choix forcé dyadique et la nature multidimensionnelle de l’échelle généraient des coefficients alpha de Cronbach souvent modestes pour les sous-échelles individuelles (fréquemment compris entre .35 et .55), bien que les scores composites atteignissent des niveaux acceptables (.65 à .75). La révision de 1998 a éliminé les 24 items qui présentaient de faibles corrélations item-total ou qui saturaient de manière erratique sur les facteurs théoriques.

Pour le CASQ-R (24 items), les données psychométriques issues des larges cohortes de Thompson et al. (1998) et de validations ultérieures révèlent :

  • Score Composite Global (CP – CN) : $\alpha$ de Cronbach variant entre .65 et .73, ce qui est considéré comme tout à fait satisfaisant pour un instrument pédiatrique fondé sur des scénarios hypothétiques discrets.
  • Score Composite Négatif (CN, 12 items) : $\alpha$ oscillant entre .61 et .70.
  • Score Composite Positif (CP, 12 items) : $\alpha$ oscillant entre .53 et .63.
  • Sous-échelles spécifiques (Internalité, Stabilité, Globalité) : Les coefficients alpha demeurent modestes lorsqu’ils sont isolés (variant de .38 à .52 pour des sous-échelles composées de seulement 4 items chacune). C’est pourquoi la majorité des psychométristes recommandent expressément d’utiliser les scores composites (CP, CN et score différentiel) plutôt que d’interpréter les sous-échelles isolées à 4 items en pratique diagnostique.

8.2. Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

La stabilité temporelle du CASQ-R atteste que l’instrument capte un véritable style cognitif (trait) plutôt qu’un état d’humeur fluctuant transitoire :

  • À un intervalle de 6 semaines, les coefficients de corrélation intraclasse test-retest se situent entre $r = .65$ et $r = .72$ ($p < .001$).
  • À un intervalle de 6 mois, la corrélation test-retest se maintient autour de $r = .50$ à $.58$, reflétant une stabilité développementale robuste tout en laissant place à la maturation cognitive naturelle ou à l’effet d’événements de vie formateurs.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’architecture factorielle du CASQ-R a été examinée par des méthodes d’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) et d’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC), soulevant d’importants débats conceptuels en psychométrie pédiatrique.

9.1. Modèles factoriels concurrents

Les théoriciens ont initialement modélisé le CASQ-R selon trois perspectives concurrentes :

  1. Le modèle à six facteurs orthogonaux : Ce modèle théorique strict postule six facteurs distincts correspondant au croisement parfait de la valence (Positif, Négatif) et des trois dimensions causales (Internalité Positive, Stabilité Positive, Globalité Positive, Internalité Négative, Stabilité Négative, Globalité Négative). Les analyses factorielles confirmatoires indiquent généralement que ce modèle à six facteurs purs ne présente pas un ajustement optimal ($ ext{RMSEA} > .08$), principalement en raison de la brièveté des sous-échelles (4 items par cellule) et des covariances partagées entre la stabilité et la globalité.
  2. Le modèle bifactoriel de valence (Deux facteurs généraux) : Ce modèle regroupe l’ensemble des items positifs sous un facteur latent d’« Optimisme / Attribution Positives » et l’ensemble des items négatifs sous un facteur de « Vulnérabilité Pessimiste / Attributions Négatives ». Les analyses factorielles confirmatoires conduites par Thompson et al. (1998) et confirmées par Weiss (2002) montrent que ce modèle à deux dimensions de valence offre le meilleur compromis parcimonie/ajustement statistique ($ ext{CFI} > .90$,$ ext{TLI} > .88$,$ ext{RMSEA} approx .048$).
  3. Le modèle hiérarchique de second ordre : Ce modèle propose un facteur général de style attributionnel au sommet, sous-tendu par deux facteurs de second ordre (Composite Positif et Composite Négatif), lesquels chapeautent les facettes d’internalité, de stabilité et de globalité.

9.2. Saturations factorielles des items

Lors des analyses de réduction des données ayant abouti à la sélection des 24 items finaux, chaque scénario retenu présentait des saturations factorielles standardisées significatives ($lambda ge .35$, majoritairement comprises entre .40 et .68) sur son facteur de valence respectif. Les items éliminés de la version originale de 48 items présentaient des saturations croisées indésirables (cross-loadings) ou des saturations inférieures à .25, souvent attribuables à des ambiguïtés sémantiques ou à une pertinence culturelle déclinante des scénarios présentés.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le CASQ-R se présente sous une forme standardisée facile d’accès, administrable en passation individuelle ou collective au format papier-crayon ou numérique.

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation pédiatrique (avec version parallèle d’hétéro-évaluation par les parents).
  • Population cible : Enfants et adolescents âgés de 8 à 14 ans (du CE2 à la classe de 3e). Pour les enfants de 8 à 9 ans, une lecture orale des items par l’examinateur est fortement recommandée pour neutraliser les biais de décodage en lecture.
  • Nombre total d’items : 24 scénarios situationnels (exactement la moitié de la version historique de 48 items).
  • Structure des scénarios :
    • 12 situations à valence positive : Exemples : obtenir un A à un test, faire un puzzle difficile, se faire un nouvel ami, frapper un coup de circuit.
    • 12 situations à valence négative : Exemples : casser un verre, rater un test, se faire rejeter par un groupe d’enfants, avoir une chambre en désordre.
  • Format de réponse : Choix forcé dichotomique (Options A ou B). Pour chaque item, l’enfant doit choisir l’explication qui correspond le mieux à ce qui lui arriverait personnellement s’il se trouvait dans cette situation. Les options opposent deux polarités d’une seule dimension causale (Interne vs Externe, Stable vs Instable, ou Globale vs Spécifique) en maintenant les deux autres constantes.
  • Règles de cotation (Scoring) :
    • Chaque choix reflétant une explication interne, stable ou globale reçoit 1 point.
    • Chaque choix reflétant une explication externe, instable ou spécifique reçoit 0 point.
    • Score Composite Positif (CP) : Somme des points obtenus sur les 12 items positifs (étendue possible : de 0 à 12).
    • Score Composite Négatif (CN) : Somme des points obtenus sur les 12 items négatifs (étendue possible : de 0 à 12).
    • Score Composite Global / Différentiel : Calculé par la soustraction CP − CN (étendue théorique de -12 à +12). Un score fortement négatif (ex. ≤ -3) dénote un style attributionnel dépressogène marqué nécessitant une attention clinique particulière.
  • Durée d’administration : Environ 15 à 20 minutes (contre 35 à 45 minutes pour la version originale de 48 items).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de création / publication originale : 1978 (manuscrit original de Kaslow, Tanenbaum, & Seligman) ; 1984 (première validation empirique formelle dans le Journal of Abnormal Psychology).
  • Année de révision psychométrique (CASQ-R) : 1998 (publication de l’examen psychométrique dans Psychological Assessment par Thompson et al.).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : Le CASQ-R est un instrument considéré comme relevant du domaine public de la recherche universitaire (academic open-access instrument). Les auteurs originaux (Kaslow, Seligman, Thompson) ont publié les items et la méthodologie dans des revues savantes afin d’en encourager la diffusion libre pour les travaux cliniques et la recherche scientifique à but non lucratif.
  • Frais d’utilisation : Gratuit ($0 / 0 €) pour une utilisation clinique non commerciale, universitaire ou éducative. Aucune redevance commerciale n’est exigée pour la passation papier ou numérique dans le cadre de thèses, d’études hospitalières ou de protocoles de recherche en psychologie. Pour toute intégration dans des logiciels propriétaires ou des applications commerciales payantes, l’autorisation formelle expresse des titulaires des droits d’auteur ou de l’APA est requise.

12. Références / References

  • Abramson, L. Y., Metalsky, G. I., & Alloy, L. B. (1989). Hopelessness depression: A theory-based subtype of depression. Psychological Review, 96(2), 358–372. https://doi.org/10.1037/0033-295X.96.2.358
  • Abramson, L. Y., Seligman, M. E. P., & Teasdale, J. D. (1978). Learned helplessness in humans: Critique and reformulation. Journal of Abnormal Psychology, 87(1), 49–74. https://doi.org/10.1037/0021-843X.87.1.49
  • Gladstone, T. R. G., & Kaslow, N. J. (1995). Depression and attributions in children and adolescents: A meta-analytic review. Journal of Abnormal Child Psychology, 23(5), 597–606. https://doi.org/10.1007/BF01447664
  • Healey, D. (2005). Attention Deficit/Hyperactivity Disorder and Creativity: An investigation into their relationship (Doctoral dissertation, University of Canterbury). https://core.ac.uk/download/pdf/35468014.pdf
  • Kaslow, N. J., Tanenbaum, R. L., & Seligman, M. E. P. (1978). The KASTAN-R: A children’s attributional style questionnaire (KASTAN-R-CASQ). Unpublished manuscript, University of Pennsylvania.
  • Kovacs, M. (1985). The Children’s Depression, Inventory (CDI). Psychopharmacology Bulletin, 21(4), 995–998.
  • Nolen-Hoeksema, S., Girgus, J. S., & Seligman, M. E. P. (1992). Predictors and consequences of childhood depressive symptoms: A 5-year longitudinal study. Journal of Abnormal Psychology, 101(3), 405–422. https://doi.org/10.1037/0021-843X.101.3.405
  • Peterson, C., Semmel, A., von Baeyer, C., Abramson, L. Y., Metalsky, G. I., & Seligman, M. E. P. (1982). The Attributional Style Questionnaire. Cognitive Therapy and Research, 6(3), 287–299. https://doi.org/10.1007/BF01173577
  • Seligman, M. E. P., Peterson, C., Kaslow, N. J., Tanenbaum, R. L., Alloy, L. B., & Abramson, L. Y. (1984). Attributional style and depressive symptoms among children. Journal of Abnormal Psychology, 93(2), 235–238. https://doi.org/10.1037/0021-843X.93.2.235
  • Thompson, M. P., Kaslow, N. J., Weiss, B., & Nolen-Hoeksema, S. (1998). Children’s Attributional Style Questionnaire-Revised: Psychometric examination. Psychological Assessment, 10(2), 166–170. https://doi.org/10.1037/1040-3590.10.2.166

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

You get an "A" on a test.
2

Some kids that you know say that they do not like you.
3

A good friend tells you that he hates you.
4

A person steals money from you.
5

Your parents tell you that something that you make is very good.
6

You break a glass.
7

You do a project with a group of kids and it turns out badly.
8

You make a new friend.
9

You have been getting along well with your family.
10

You get a bad grade in school.
11

You walk into a door and you get a bloody nose.
12

You have a messy room.
13

Your mother makes you your favorite dinner.
14

A team that you are on loses a game‚
15

You do not get your chores done at home.
16

You go to an amusement park and you have a good time.
17

You go to a friend's party and you have fun.
18

You have a substitute teacher and she likes you.
19

You make your friends happy.
20

You put a hard puzzle together.
21

You try out for a sports team and do not make it.
22

You fail a test.
23

You hit a home run in a ball game.
24

You do the best in your class on a paper.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Questionnaire de style attributionnel pour enfants de Kastan – Révisé (CASQ-R). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-style-attributionnel-pour-enfants-de-kastan-revise-casq-r/
Looti, Mohammed. “Questionnaire de style attributionnel pour enfants de Kastan – Révisé (CASQ-R).” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-style-attributionnel-pour-enfants-de-kastan-revise-casq-r/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire de style attributionnel pour enfants de Kastan – Révisé (CASQ-R).” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-style-attributionnel-pour-enfants-de-kastan-revise-casq-r/.