1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de parentalité d’Alabama (Alabama Parenting Questionnaire, APQ), développé initialement par Paul J. Frick et ses collaborateurs en 1996, constitue l’un des instruments psychométriques les plus largement employés à l’échelle internationale pour évaluer les pratiques éducatives et parentales associées à l’émergence, au maintien et au traitement des troubles du comportement chez l’enfant et l’adolescent. Conçu pour pallier les limites méthodologiques des échelles antérieures — qui manquaient souvent de spécificité dimensionnelle ou ciblaient quasi exclusivement les conduites punitives négatives —, l’APQ dans sa version pour parents (Parent Version) comporte 42 items auto-rapportés. Ces énoncés évaluent la fréquence d’apparition de comportements parentaux spécifiques à travers une échelle de réponse ordinale de type Likert en 5 points, allant de 1 (« Jamais ») à 5 (« Toujours »).
L’instrument opérationnalise cinq dimensions majeures identifiées par la littérature empirique sur la psychopathologie développementale : l’engagement parental (Involvement), les pratiques parentales positives (Positive Parenting), le déficit de supervision / surveillance (Poor Monitoring/Supervision), la discipline incohérente (Inconsistent Discipline) et le recours aux châtiments corporels (Corporal Punishment), complétées par une série d’items évaluant d’autres pratiques disciplinaires non corporelles. Les propriétés psychométriques établies dans l’étude princeps de Shelton, Frick et Wootton (1996) ainsi que dans les nombreuses réplications internationales démontrent une consistance interne satisfaisante pour les échelles positives (coefficients alpha de Cronbach d’environ 0,80 pour l’engagement et le renforcement positif) et modérée à acceptable pour la surveillance (0,67) et l’incohérence disciplinaire (0,67). L’échelle des châtiments corporels, plus brève (3 items), présente une consistance interne traditionnellement plus faible (0,46), reflétant la variabilité situationnelle de ces comportements. L’APQ démontre une excellente validité critériée, discriminant avec force les enfants au développement typique de ceux présentant un trouble des conduites ou un trouble oppositionnel avec provocation (TOP).
2. Mots-clés / Keywords
Pratiques parentales, Alabama Parenting Questionnaire, APQ, psychométrie, évaluation familiale, discipline incohérente, supervision parentale, renforcement positif, troubles du comportement extériorisés, psychopathologie développementale, validité factorielle, style parental.
3. Auteurs / Authors
L’Alabama Parenting Questionnaire a été élaboré au sein du Département de psychologie de l’Université de l’Alabama par une équipe de chercheurs de premier plan spécialisés en psychopathologie de l’enfant et en psychologie clinique du développement :
- Paul J. Frick, Ph.D. : Professeur émérite et titulaire de la chaire Roy Crumpler Memorial au Département de psychologie de la Louisiana State University (LSU), Bâton-Rouge, Louisiane, États-Unis, et professeur honoraire à l’Institute for Learning and Brain Sciences de l’Université de Wollongong (Australie). Spécialiste mondialement reconnu de l’étiologie et du diagnostic des troubles du comportement perturbateur et des traits de callous-unemotional (insensibilité émotionnelle). Courriel institutionnel : [email protected].
- Karen K. Shelton, Ph.D. : Chercheuse et psychologue clinicienne affiliée à l’Université de l’Alabama (Tuscaloosa, États-Unis) lors de la conception initiale et de la publication des données normatives de l’instrument en 1996.
- Jane M. Wootton, M.A. / Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse ayant collaboré aux travaux de recherche empirique sur l’évaluation des interactions familiales et des styles éducatifs au sein de l’Université de l’Alabama.
4. Objectif / Purpose
Finalité diagnostique et étiologique
L’objectif fondamental de l’Alabama Parenting Questionnaire (APQ) est de fournir une mesure standardisée, quantitative et multidimensionnelle des pratiques éducatives parentales qui interviennent de manière critique dans l’étiopathogénie des troubles externalisés de l’enfance. Depuis plusieurs décennies, la recherche en psychologie clinique et en criminologie développementale a mis en évidence que les comportements perturbateurs chez l’enfant — incluant l’agressivité hétéro-agressive, la destructivité, les conduites d’opposition et les transgressions des règles sociales — sont intimement modulés par la qualité des interactions au sein du système familial. L’APQ vise à capturer ces interactions non pas sous la forme de traits de personnalité abstraits ou d’attitudes globales, mais sous la forme de comportements concrets, observables et répétitifs.
L’outil a été spécifiquement élaboré pour surmonter les lacunes des instruments précédents qui mesuraient fréquemment le climat parental de façon univariée ou se focalisaient unilatéralement sur les comportements coercitifs. L’APQ intègre de manière conjointe les pratiques protectrices (chaleur, implication scolaire, félicitations verbales, activités partagées) et les pratiques à risque (surveillance déficiente, manque de suivi, oscillation entre laxisme et explosion punitive, châtiments physiques).
Applications en recherche et en pratique clinique
Dans le domaine de la recherche, l’APQ est abondamment utilisé pour examiner les trajectoires développementales des enfants à risque de délinquance juvénile, explorer les interactions gène-environnement, et disséquer les médiateurs ou modérateurs psychologiques reliant la détresse socio-économique ou la psychopathologie maternelle (comme la dépression) aux difficultés émotionnelles et comportementales de l’enfant.
Sur le plan clinique, l’APQ s’avère un outil indispensable à plusieurs niveaux :
- Évaluation initiale et conceptualisation de cas : Il permet au clinicien de cartographier avec exactitude les forces et vulnérabilités du système éducatif parental lors de consultations pour un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), un trouble des conduites ou un trouble oppositionnel avec provocation.
- Ciblage des interventions thérapeutiques : L’outil sert de boussole pour orienter les programmes d’entraînement aux habiletés parentales (Parent Management Training – PMT, programme de Barkley, Thérapie d’interaction parent-enfant – PCIT, ou Triple P). Les résultats guident le thérapeute vers les domaines nécessitant une restructuration immédiate, qu’il s’agisse de restaurer une discipline prévisible ou d’augmenter le ratio de renforcements positifs.
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Administré avant, pendant et après l’intervention, l’APQ offre une mesure objective de la modification des pratiques éducatives au fil du protocole clinique, attestant des mécanismes de changement thérapeutique.
5. Construit psychologique / Construct
L’APQ opérationnalise le construit de « pratiques parentales » en le distinguant clairement de la notion plus générale de « style parental ». Alors que le style parental renvoie au climat émotionnel global de la relation parent-enfant (selon la typologie classique de Baumrind : autoritaire, permissif, démocratique, désengagé), les pratiques parentales désignent des actes contextuels, orientés vers un but précis, mis en œuvre par les figures parentales pour socialiser l’enfant, réguler son comportement ou répondre à ses demandes. L’APQ isole cinq dimensions majeures et une catégorie complémentaire :
1. L’engagement parental (Involvement) – 10 items
Cette dimension mesure le degré auquel le parent s’investit de façon proactive dans le quotidien intellectuel, scolaire, social et affectif de l’enfant. Elle reflète la présence psychologique et physique du parent. Des scores élevés indiquent une participation active aux devoirs scolaires (item 11), aux activités parascolaires (items 4, 15, 26), ainsi qu’une disponibilité pour communiquer de manière ouverte et empathique (items 1, 9, 14, 20). Cet investissement soutient le sentiment de sécurité de l’enfant, valorise ses compétences et renforce son adhésion aux normes prosociales de la famille et de l’école.
2. Les pratiques parentales positives (Positive Parenting) – 6 items
Cette sous-échelle évalue l’utilisation systématique de renforcements positifs, qu’ils soient de nature verbale (félicitations, compliments ; items 2, 13, 16, 27), matérielle (récompenses, privilèges supplémentaires accordés pour bonne conduite ; item 5) ou physique/affective (câlins, bisous ; item 18). L’application régulière de ces renforcements repose sur les lois de l’apprentissage opérant : elle accroît la probabilité d’occurrence des comportements adéquats et nourrit l’estime de soi de l’enfant, tout en offrant un contrepoids capital aux interactions négatives.
3. Le déficit de supervision / surveillance (Poor Monitoring/Supervision) – 10 items
Le déficit de supervision capture le manque de contrôle, de vigilance et de connaissance qu’a le parent quant aux activités, aux fréquentations et à la localisation spatio-temporelle de son enfant. Cette dimension inclut des situations où l’enfant reste seul à la maison sans encadrement d’un adulte (item 32), rentre tard sans autorisation (items 10, 30), fréquente des pairs inconnus des parents (item 17) ou sort sans horaire fixe ni vérification (items 6, 19, 21, 28). L’absence de supervision constitue l’un des prédicteurs longitudinaux les plus robustes de l’affiliation à des pairs déviants et de l’initiation précoce à la délinquance et aux substances psychoactives.
4. La discipline incohérente (Inconsistent Discipline) – 6 items
Cette échelle évalue la prévisibilité et la constance du parent dans l’application des règles et des contingences disciplinaires. Elle mesure la tendance à menacer sans sanctionner (item 3), à lever prématurément les sanctions sous l’influence des supplications de l’enfant (items 8, 22), à abandonner par épuisement (« avoir le sentiment qu’obtenir l’obéissance est plus pénible que cela n’en vaut la peine » ; item 12), ou à moduler la sévérité de la punition en fonction de l’humeur subjective du parent plutôt que de la gravité de la transgression (item 31). Cette instabilité génère chez l’enfant une insécurité cognitive et comportementale qui renforce paradoxalement les comportements d’opposition par renforcement intermittent.
5. Les châtiments corporels (Corporal Punishment) – 3 items
Cette sous-échelle mesure le recours explicite à des sanctions physiques douloureuses ou coercitives en réponse à une mauvaise conduite : fesser l’enfant avec la main (item 33), lui donner une gifle (item 35) ou le frapper avec un objet comme une ceinture ou une baguette (item 38). Les données empiriques démontrent que si ces pratiques peuvent obtenir une suppression momentanée de la conduite indésirable, elles favorisent à moyen terme l’apprentissage par imitation de modèles agressifs et accroissent l’hostilité relationnelle.
6. Autres pratiques disciplinaires (Other Discipline Practices) – 7 items
Bien que non regroupés au sein d’un facteur unitaire dans la structure factorielle primaire de Frick, ces items évaluent une palette de techniques disciplinaires non corporelles : retrait de privilèges (item 36), mise au coin ou time-out (item 41), corvées supplémentaires (item 42), envoi dans la chambre (item 37), mais aussi explications calmes (item 40), cris/hurlements (item 39) ou ignorance délibérée (item 34).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de l’APQ s’enracine principalement dans la théorie de l’apprentissage social (Social Learning Theory) et dans le modèle du cycle coercitif familial développé par Gerald Patterson et l’équipe du Oregon Social Learning Center (OSLC).
Le modèle coercitif de Patterson
Selon Gerald Patterson (1982), les troubles des conduites et les comportements antisociaux chez l’enfant ne résultent pas uniquement d’une disposition intrapsychique, mais se construisent au sein d’échanges interpersonnels hautement prévisibles fondés sur le renforcement négatif mutuel. Dans une dynamique coercitive typique :
- Le parent émet une consigne ou une exigence (ex. faire ses devoirs ou ranger sa chambre).
- L’enfant réagit par une conduite aversive (pleurs, cris, insultes, refus violent).
- Le parent, démuni, fatigué ou incapable de maintenir la consigne, abandonne son exigence pour mettre fin au comportement aversif de l’enfant (discipline incohérente).
- Ce retrait parentale renforce négativement l’enfant : ce dernier apprend que l’escalade agressive et l’opposition lui permettent d’échapper aux contraintes et d’obtenir le contrôle de la situation.
- En retour, le parent se trouve temporairement soulagé par l’arrêt des cris de l’enfant, ce qui renforce sa propre passivité ou sa capitulation future.
L’APQ opérationnalise directement ce processus à travers les items de discipline incohérente et de punitions modulées par l’humeur. Lorsque le parent finit par réagir, il le fait fréquemment par des explosions émotionnelles disproportionnées (hurlements, châtiments corporels), instaurant un modèle comportemental où la violence verbale et physique devient le mode privilégié de résolution des conflits.
Le modèle de Baumrind et la théorie de l’attachement
L’APQ s’inspire également des travaux fondateurs de Diana Baumrind (1971) sur la typologie parentale, articulée autour de deux axes orthogonaux fondamentaux : l’exigence parentale (demandingness) et la sensibilité/chaleur parentale (responsiveness). Les dimensions de l’APQ traduisent ces axes en unités comportementales quantifiables :
- L’exigence se reflète dans la supervision structurée et l’application constante des limites comportementales.
- La sensibilité se matérialise par l’engagement parental bienveillant, l’écoute et les pratiques parentales positives.
Par ailleurs, la théorie de l’attachement de John Bowlby apporte un éclairage complémentaire : un parent engagé, prévisible et valorisant permet l’élaboration d’un modèle interne opérant sécurisé. À l’inverse, l’alternance imprévisible entre rejet punitif corporel et négligence de supervision fragilise la régulation émotionnelle de l’enfant, précipitant des conduites d’extériorisation.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Alabama Parenting Questionnaire a fait l’objet d’un ensemble considérable d’investigations empiriques, confirmant sa robustesse à travers divers contextes cliniques et culturels.
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit a été documentée dès la publication originale de Shelton et al. (1996) par des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires qui ont isolé cinq dimensions cohérentes. Les corrélations inter-échelles corroborent la structure théorique attendue :
- L’engagement parental et les pratiques parentales positives présentent une corrélation positive élevée et statistiquement significative (souvent comprise entre r = 0,55 et r = 0,70), indiquant qu’ils participent tous deux d’un facteur latent d’ordre supérieur de « parentalité positive / chaleur » (Positive Parenting / Warmth).
- La discipline incohérente et le déficit de supervision sont positivement corrélés entre eux et négativement corrélés aux conduites positives d’engagement, confirmant l’opposition entre régulation soutenue et désorganisation éducative.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’APQ a été établie en confrontant les auto-évaluations des parents à des mesures tierces :
- Concordance multi-informateurs : Les corrélations entre la version pour parents et la version pour enfants/adolescents (APQ – Child Version) sont modérées mais systématiquement significatives (généralement comprises entre r = 0,25 et r = 0,45), un niveau tout à fait conforme aux normes psychométriques en évaluation multi-sources où chaque acteur perçoit l’écosystème familial selon un angle d’observation distinct.
- Validité écologique et observation directe : Les scores de l’APQ corrèlent de façon significative avec des observations comportementales directes standardisées des interactions parent-enfant en laboratoire et à domicile, attestant que les déclarations parentales reflètent fidèlement les comportements interactifs réels.
- Validité discriminante : L’APQ démontre une excellente capacité à discriminer les groupes cliniques des groupes contrôles tout-venant. Les familles d’enfants présentant un diagnostic formel de TOP ou de trouble des conduites obtiennent des scores significativement plus élevés en discipline incohérente, châtiments corporels et déficit de supervision, et des scores plus faibles en engagement et renforcement positif, comparativement aux familles témoins (Shelton et al., 1996 ; Frick et al., 1999).
Validité prédictive et longitudinale
De nombreuses études longitudinales ont confirmé la validité prédictive de l’instrument. Des scores initiaux élevés en discipline incohérente et faible supervision prédisent significativement, sur des intervalles de plusieurs années, l’aggravation des comportements délinquants, les arrestations à l’adolescence, l’échec scolaire et la comorbidité avec l’abus de substances, même après contrôle statistique du niveau initial d’agressivité de l’enfant.
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
Les estimations de la consistance interne de l’APQ reposent principalement sur le calcul du coefficient alpha de Cronbach et, plus récemment, du coefficient oméga de McDonald (ω). Les valeurs rapportées dans les études princeps et les méta-analyses contemporaines se structurent comme suit :
- Engagement parental (10 items) : α = 0,80 (Shelton et al., 1996) ; les études de réplication retrouvent systématiquement des indices oscillant entre 0,78 et 0,84, témoignant d’une excellente homogénéité du construit.
- Pratiques parentales positives (6 items) : α = 0,80 (Shelton et al., 1996) ; réplications rapportant des valeurs entre 0,75 et 0,82, confirmant une très bonne fidélité pour une échelle de longueur modérée.
- Déficit de supervision / surveillance (10 items) : α = 0,67 dans l’échantillon initial d’enfants d’école primaire. La fidélité de cette échelle s’accroît nettement lorsque l’échantillon comprend des préadolescents et adolescents (α atteignant souvent 0,75 à 0,82), les items de sorties tardives ou sans surveillance étant plus applicables et discriminants à ces âges.
- Discipline incohérente (6 items) : α = 0,67 (Shelton et al., 1996) ; réplications variant généralement entre 0,65 et 0,74, reflétant une consistance modérée mais suffisante pour une utilisation en recherche et en profilage clinique.
- Châtiments corporels (3 items) : α = 0,46 (Shelton et al., 1996). Cette consistance interne plus modeste s’explique techniquement par le nombre restreint d’items (3) et par la faible variance de certains comportements extrêmes (ex. frapper avec un objet), dont la fréquence déclarée reste faible en raison de la désirabilité sociale et des normes légales.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Les études ayant examiné la stabilité test-retest de l’APQ sur des intervalles de 2 à 4 semaines démontrent des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) élevés, oscillant entre r = 0,72 et r = 0,86 pour l’ensemble des sous-échelles. Cette stabilité atteste que l’APQ capture des schémas d’interaction parent-enfant stables dans le temps, tout en demeurant suffisamment sensible aux changements thérapeutiques induits lors d’interventions ciblées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales
Dans l’étude séminale de Shelton, Frick et Wootton (1996), un groupe de 142 parents d’enfants d’âge scolaire (âgés de 6 à 13 ans) a été recruté au sein de cliniques universitaires et d’écoles primaires. Une analyse factorielle exploratoire en composantes principales, suivie d’une rotation oblique (Promax), a été conduite sur les items de l’APQ. Cette analyse a révélé une solution robuste à cinq facteurs expliquant une part substantielle de la variance totale :
- Facteur 1 (Involvement) : Saturations factorielles élevées (entre 0,45 et 0,76) pour les items relatifs aux échanges verbaux réguliers, aux jeux partagés, à l’aide aux devoirs et à la présence aux activités scolaires.
- Facteur 2 (Positive Parenting) : Saturations comprises entre 0,48 et 0,81 sur les items évaluant les compliments, les récompenses et les marques d’affection physique lors d’un comportement conforme.
- Facteur 3 (Poor Monitoring/Supervision) : Saturations significatives (entre 0,38 et 0,72) pour les items captant les sorties nocturnes sans adulte, l’absence de vérification des horaires de rentrée et le manque d’informations sur les pairs.
- Facteur 4 (Inconsistent Discipline) : Saturations nettes (entre 0,42 et 0,74) sur les items relatifs à l’abandon des punitions promises, à l’influence de l’humeur sur la sanction et à la permissivité par lassitude.
- Facteur 5 (Corporal Punishment) : Saturations très nettes (supérieures à 0,60) isolant spécifiquement les fessées, gifles et frappes par objet.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et modèles structuraux
Au cours des deux décennies suivantes, des analyses factorielles confirmatoires menées sur de larges cohortes (ex. Frick et al., 1999 ; Essau et al., 2006 ; Gross et al., 2017) ont testé différents modèles concurrents :
- Modèle à 5 facteurs corrélés : Démontre généralement de bons indices d’ajustement global (CFI > 0,90, TLI > 0,90, RMSEA < 0,06) dans les échantillons cliniques et communautaires.
- Modèle hiérarchique / bifactoriel d’ordre supérieur : Plusieurs chercheurs ont soutenu un modèle hiérarchique comprenant deux facteurs de second ordre : un facteur de Parentalité Positive (englobant l’engagement et le renforcement positif) et un facteur de Parentalité Négative / Inefficace (regroupant la discipline incohérente, le déficit de surveillance et les châtiments corporels). Ce modèle offre une excellente parcimonie pour les modélisations par équations structurelles complexes reliant le climat parental global aux comportements extériorisés.
- Invariance de mesure : Les analyses multi-groupes ont démontré une invariance métrique et scalaire satisfaisante de l’APQ en fonction du genre de l’enfant (garçons vs filles) et du parent répondant (mère vs père), autorisant des comparaisons directes valides entre ces sous-groupes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Questionnaire de parentalité d’Alabama – Version pour parents (Alabama Parenting Questionnaire – Parent Version, APQ).
- Nature de l’évaluation : Questionnaire auto-rapporté par le père, la mère ou le tuteur légal de l’enfant.
- Population cible : Parents d’enfants et d’adolescents âgés de 6 à 18 ans (des déclinaisons adaptées pour l’âge préscolaire, comme l’APQ-Preschool, existent par ailleurs).
- Nombre total d’items : 42 énoncés comportementaux concrets.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence en 5 points :
- 1 = Jamais (Never)
- 2 = Presque jamais (Almost Never)
- 3 = Quelquefois (Sometimes)
- 4 = Souvent (Often)
- 5 = Toujours (Always)
- Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes.
- Modalité d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur ordinateur/tablette, ou passation sous forme d’entretien clinique semi-structuré.
- Règles de cotation et calcul des scores :
- Score d’Engagement parental (10 items) : Somme ou moyenne des items 1, 4, 7, 9, 11, 14, 15, 20, 23, 26. Étendue théorique : 10 à 50.
- Score de Pratiques parentales positives (6 items) : Somme ou moyenne des items 2, 5, 13, 16, 18, 27. Étendue théorique : 6 à 30.
- Score de Déficit de supervision (10 items) : Somme ou moyenne des items 6, 10, 17, 19, 21, 24, 28, 29, 30, 32. Étendue théorique : 10 à 50. (Un score élevé reflète une supervision défaillante).
- Score de Discipline incohérente (6 items) : Somme ou moyenne des items 3, 8, 12, 22, 25, 31. Étendue théorique : 6 à 30. (Un score élevé reflète une forte inconsistance).
- Score de Châtiments corporels (3 items) : Somme ou moyenne des items 33, 35, 38. Étendue théorique : 3 à 15.
- Autres pratiques disciplinaires (7 items) : Items 34, 36, 37, 39, 40, 41, 42. Ces items ne sont généralement pas fusionnés en un score factoriel unique, mais analysés individuellement de façon qualitative pour examiner le recours au « time-out », au retrait de privilèges ou aux explications verbales.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 1996 (Shelton, Frick, & Wootton).
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’Alabama Parenting Questionnaire est une mesure placée dans le domaine public académique par son auteur principal, le Dr Paul J. Frick. Il a été conçu pour un usage ouvert dans la recherche scientifique et la pratique clinique non commerciale.
- Tarification / Coût : Gratuit (0,00 $). Aucun coût d’acquisition de licence, de royalties ou d’achat de protocoles imprimés n’est exigé pour l’utilisation courante.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les chercheurs et cliniciens sont autorisés à reproduire, traduire et utiliser l’instrument sans autorisation préalable écrite, sous réserve expresse de citer de manière appropriée les publications princeps de Shelton et al. (1996) et Frick et al. (1999). Les protocoles originaux, les versions complémentaires (version enfant, version enseignant) ainsi que les traductions approuvées sont librement téléchargeables sur le site officiel du laboratoire du Dr Paul J. Frick (LSU Frick Lab).
12. Références / References
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à l’Alabama Parenting Questionnaire comprennent :
- Baumrind, D. (1971). Current patterns of parental authority. Developmental Psychology Monographs, 4(1, Pt.2), 1–103. https://doi.org/10.1037/h0030372
- Essau, C. A., Sasagawa, S., & Frick, P. J. (2006). Psychometric properties of the Alabama Parenting Questionnaire. Journal of Child and Family Studies, 15(5), 597–616. https://doi.org/10.1007/s10826-006-9036-y
- Frick, P. J., Christian, R. E., & Wootton, J. M. (1999). Age trends in the association between parenting practices and conduct problems. Behavior Modification, 23(1), 106–128. https://doi.org/10.1177/0145445599231005
- Gross, H. E., Shaw, D. S., Burwell, R. A., & Nagin, D. S. (2017). Transactional processes between maternal parenting practices and child conduct problems from early childhood through adolescence. Development and Psychopathology, 29(4), 1145–1160. https://doi.org/10.1017/S095457941600121X
- Patterson, G. R. (1982). Coercive family process. Castalia Publishing Company.
- Shelton, K. K., Frick, P. J., & Wootton, J. M. (1996). Assessment of parenting practices in families of elementary school-age children. Journal of Clinical Child Psychology, 25(3), 317–329. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp2503_8