Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (YAR)

Le Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (Youth At Risk Screening Questionnaire, YAR), conçu par Michael G. Conner en 1989, est un outil psychométrique de 51 items destiné au dépistage clinique des conduites externalisées, des troubles de l’opposition, des conduites antisociales et de l’instabilité affective chez les adolescents.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (Youth At Risk Screening Questionnaire, YAR) est un instrument psychométrique d’évaluation clinique et comportementale conçu initialement en 1989 par le psychologue clinicien Michael G. Conner. Cet outil a été développé pour identifier de manière précoce, structurée et standardisée les adolescents et préadolescents manifestant des trajectoires comportementales, émotionnelles et relationnelles hautement dysfonctionnelles. Composé de 51 items descriptifs, le YAR permet d’évaluer un large spectre de conduites externalisées et de signes précurseurs de décompensation psychosociale grave, englobant les difficultés d’attention et de régulation exécutive, les comportements d’opposition avec provocation (TOP), les manifestations du trouble des conduites (TC), les perturbations de l’attachement, l’instabilité affective, la manipulation interpersonnelle, ainsi que l’abus de substances psychoactives et les passages à l’acte hétéro- et auto-agressifs.

Dans sa pratique clinique standard, le YAR est administré sous forme de liste de contrôle (checklist) hétéro-rapportée, généralement complétée par les parents, les tuteurs légaux, les éducateurs spécialisés ou les professionnels de santé mentale lors de consultations d’évaluation de crise ou d’orientation vers des programmes de soins intensifs (thérapie résidentielle, programmes en milieu naturel ou hospitalisation pédopsychiatrique). Les items sont généralement cotés sur un format dichotomique (présence/absence du comportement) ou sur une échelle de fréquence ordinale permettant de quantifier la sévérité globale de la détresse et du risque d’inadaptation sociale.

Sur le plan des propriétés psychométriques, les données accumulées dans les contextes de consultation d’urgence, de suivi en pédopsychiatrie et de centres d’intervention de crise témoignent d’une excellente consistance interne pour le score global, avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant fréquemment entre 0,91 et 0,95 selon les échantillons cliniques. La validité de critère s’avère particulièrement robuste, l’instrument démontrant une haute sensibilité pour discriminer les adolescents nécessitant un placement ou une intervention institutionnelle urgente de ceux présentant des difficultés d’adaptation transitoires. Les analyses factorielles révèlent une organisation multidimensionnelle articulée autour d’un facteur général de vulnérabilité comportementale et de sous-dimensions spécifiques reflétant la dysrégulation émotionnelle, l’antisocialité et la rupture des liens d’attachement sécure.

2. Mots-clés / Keywords

Dépistage clinique, adolescents à risque, troubles des conduites, trouble oppositionnel avec provocation, dysrégulation émotionnelle, psychopathologie développementale, abus de substances, délinquance juvénile, évaluation psychométrique, crise comportementale, comportement antisocial, intervention précoce.

3. Auteurs / Authors

Le questionnaire a été conçu et conceptualisé par le Dr Michael G. Conner, Psy.D., psychologue clinicien américain spécialisé dans l’évaluation psychologique des adolescents en situation de crise, l’intervention familiale et la conception de protocoles de triage pour les jeunes en difficulté d’adaptation sévère. Ses travaux cliniques se sont développés au sein de Bend Psychological Services (Bend, Oregon, États-Unis) et à travers la plateforme clinique et éducative CrisisCounseling.org. Les affiliations et coordonnées professionnelles historiques associées au développement et à la diffusion de l’instrument comprennent :

  • Michael G. Conner, Psy.D. : Psychologue clinicien, directeur de Bend Psychological Services, Bend, Oregon, États-Unis.
  • Ressource institutionnelle en ligne : Crisis Counseling & Consulting Services (http://www.crisiscounseling.org/).
  • Champs d’expertise : Évaluation médico-légale et clinique des mineurs, dynamique familiale conflictuelle, programmes d’intervention en milieu naturel (wilderness therapy), prévention du suicide et des conduites à haut risque chez l’adolescent.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental du Youth At Risk Screening Questionnaire (YAR) est de fournir aux cliniciens, aux psychiatres, aux psychologues scolaires et aux intervenants sociaux un inventaire exhaustif, rapide et discriminant permettant d’objectiver l’ampleur et la gravité des conduites inadaptées chez les adolescents. Lors de la phase de transition développementale que constitue l’adolescence, il est souvent ardu pour les praticiens de tracer une frontière nette entre les turbulences normatives de l’autonomisation (expérimentation sociale, quête d’indépendance, labilité d’humeur modérée) et les signaux d’alarme indicateurs d’une trajectoire psychopathologique sévère. Le YAR a précisément été conçu pour répondre à cette exigence de clarification diagnostique et pronostique.

Sur le plan des applications cliniques, l’outil s’insère au premier plan du triage lors de consultations d’urgence ou de situations de crise intrafamiliale aiguë. Il permet d’évaluer la faisabilité d’un maintien de l’adolescent dans son milieu de vie naturel avec un suivi ambulatoire intensif, ou, à l’inverse, d’étayer cliniquement la nécessité d’un placement temporaire en unité d’hospitalisation psychiatrique, en centre d’éducation fermée ou au sein de programmes thérapeutiques résidentiels spécialisés. En documentant avec précision des comportements tels que la fugue, les vols avec ou sans confrontation de la victime, la cruauté envers les animaux, la destruction volontaire de biens et la consommation active de stupéfiants avec déni, le YAR constitue une cartographie phénoménologique du niveau de dangerosité du jeune pour lui-même et pour autrui.

Dans le domaine de la recherche empirique et évaluative, le questionnaire sert de métrique standardisée pour étudier les trajectoires d’évolution longitudinale des adolescents bénéficiant d’interventions de crise ou de psychothérapies systémiques et cognitivo-comportementales. Il permet d’analyser les effets différentiels des programmes de réadaptation en fonction du profil initial d’externalisation des troubles. Sur le plan de la justification théorique, le YAR repose sur le principe de l’évaluation globale des risques cumulatifs : la sévérité du pronostic psychosocial chez l’adolescent n’est pas uniquement déterminée par l’intensité isolée d’un symptôme (comme l’absentéisme scolaire), mais par l’effet de cascade provoqué par la co-occurrence de déficits neurodéveloppementaux, de perturbations de l’attachement et de transgressions normatives répétées.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par le YAR est un méta-construit de vulnérabilité comportementale et de risque psychosocial d’inadaptation globale. Plutôt que de se limiter à une seule catégorie diagnostique du DSM-5 ou de la CIM-11, l’instrument saisit l’intersectionnalité des troubles neurodéveloppementaux, affectifs, relationnels et antisociaux. Les 51 items s’articulent autour de plusieurs dimensions sémiologiques fondamentales :

Déficits de régulation attentionnelle et des fonctions exécutives

Ce pôle regroupe les manifestations de désorganisation, d’impulsivité cognitive et d’évitement des tâches exigeant un effort mental soutenu. Les items 1, 2, 3, 4 et 5 (par exemple : échec dans l’achèvement des tâches, difficulté à organiser les activités, évitement des activités laborieuses, incapacité à attendre son tour et intrusions interpersonnelles) captent les symptômes cardinaux du Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH). Dans la trajectoire de l’adolescent à risque, ces déficits exécutifs constituent fréquemment le socle neurocognitif sur lequel viennent se greffer l’échec scolaire et le rejet par les pairs normatifs.

Opposition, provocation et vindicativité

Une large série d’items capture la symptomatologie du Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP). Les items 10, 11, 13, 18, 20, 21, 22 et 23 documentent l’intolérance aux règles simples et raisonnables, la grossièreté verbale récurrente, la susceptibilité exacerbée, la contestation permanente des décisions de l’adulte, la provocation délibérée d’autrui et les attitudes rancunières ou vindicatives. Ce construit évalue une défiance active de l’autorité qui sabote l’alliance éducative et thérapeutique.

Instabilité émotionnelle et dysfonctionnement de l’attachement

L’adolescence à risque est intimement liée à des patrons de dysrégulation affective majeure et de détresse interpersonnelle. Les items 12, 14, 25, 30, 31 et 32 mettent en lumière une instabilité affective profonde, caractérisée par des explosions colériques quotidiennes, des oscillations thymiques brutales, une hypersensibilité à la critique vécue sous le mode d’un effondrement dépressif ou d’une culpabilité écrasante, ainsi qu’un schéma d’attachement désorganisé ou insécure de type « rejet/rapprochement désespéré » (item 12 : Pushes people away but then desperately wants them back). L’item 32 (exigence d’une quantité excessive d’attention et de réassurance) souligne la dépendance affective paradoxale souvent masquée par l’agressivité de façade.

Comportements antisociaux, délinquance et cruauté

Le versant le plus sévère de l’instrument s’aligne directement sur les critères diagnostiques du Trouble des Conduites. Sont évaluées des transgressions graves de l’ordre public et des droits fondamentaux d’autrui : l’absentéisme scolaire chronique (item 9), les vols clandestins sans confrontation (item 8), le mensonge compulsif (item 19), les fugues du domicile familial (item 37), les dégradations matérielles volontaires (item 38), les effractions dans des bâtiments ou véhicules (item 43) et les vols avec violence ou confrontation directe de la victime (item 44). De surcroît, les items 50 et 51 (cruauté envers les animaux et cruauté physique envers des personnes) signalent la présence potentielle de traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle (Callous-Unemotional traits), marqueurs pronostiques d’une antisocialité persistante.

Manipulation, déresponsabilisation et externalisation du blâme

Ce construit cognitivo-relationnel est interrogé par les items 15, 16, 27, 28, 29, 33, 34, 35, 36, 39 et 40. L’adolescent présente une incapacité marquée à décentrer sa pensée pour adopter la perspective d’autrui (item 29), minimise ou nie l’impact de ses actes sur ses proches, rejette systématiquement la faute sur des tiers ou sur les circonstances extérieures (items 15 et 16), et déploie des stratégies manipulatoires et trompeuses pour éluder les conséquences naturelles de ses actions (items 34 et 35).

Abus de substances psychoactives et échec des interventions thérapeutiques

Enfin, les items 42, 45, 46, 47, 48 et 49 ciblent l’escalade toxicologique et la résistance au traitement. Ils évaluent les suspicions fondées ou les preuves tangibles d’un abus de drogues/alcool, le déni massif de l’adolescent face aux répercussions observables de sa consommation, l’historique d’échecs de prises en charge psychothérapeutiques antérieures, la médication psychotrope en cours et le chantage à la violence ou au passage à l’acte auto-destructeur et suicidaire exercé sur les parents (item 48).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement du Questionnaire de dépistage des jeunes à risque s’enracine au confluent de plusieurs courants majeurs de la psychologie clinique, de la psychiatrie et des théories du développement de l’enfant et de l’adolescent :

La psychopathologie développementale (Cicchetti & Sroufe)

Le cadre intégratif de la psychopathologie développementale postule que les troubles mentaux chez l’adolescent ne sont pas des entités statiques, mais le produit dynamique d’interactions continues entre des vulnérabilités neurobiologiques endogènes et des facteurs d’adversité environnementaux. Les principes d’équifinalité (différentes trajectoires développementales conduisant à un même tableau de rupture antisociale) et de multifinalité (une vulnérabilité initiale commune, comme l’impulsivité, se traduisant soit par une délinquance sévère, soit par un trouble addictif, soit par une dépression majeure) constituent l’ossature conceptuelle du YAR. L’outil explore la cascade développementale par laquelle des difficultés précoces de régulation cognitive (inattention, impulsivité) entraînent des ruptures scolaires, favorisent l’agrégation avec des pairs déviants (items 6 et 7) et culminent dans des conduites hautement destructrices.

Le modèle coercitif de l’interaction familiale (Patterson)

Les théories de l’apprentissage social développées par Gerald Patterson et l’école de l’Oregon Social Learning Center (OSLC) éclairent directement la structure du questionnaire. Le modèle de l’escalade coercitive démontre comment les comportements d’opposition de l’enfant (colères, refus d’obtempérer, provocations) sont involontairement renforcés par les réactions parentales oscillant entre punition hostile et capitulation passive. De nombreux items du YAR (items 18, 20, 21, 31, 34) capturent ces boucles interactionnelles où l’adolescent apprend à utiliser la négociation manipulatoire, les cris et les menaces de violence familiale pour contraindre les figures d’autorité à renoncer à l’application des règles éducatives.

La taxonomie développementale de l’antisocialité (Moffitt)

La typologie établie par Terrie Moffitt distingue deux trajectoires majeures de délinquance juvénile : les conduites limitées à l’adolescence (Adolescence-Limited) et les conduites persistantes tout au long de la vie (Life-Course-Persistent). Les adolescents engagés dans la voie persistante présentent précocement des déficits neuro-exécutifs, des altérations du tempérament et une insensibilité affective. Les items du YAR couvrant la cruauté envers les animaux, la destructivité sans remords, la violence proactive et les effractions permettent de discriminer la délinquance mimétique et transitoire liée à l’influence des pairs des formes graves d’antisocialité précoce à forte composante neuro-développementale.

Le modèle biosocial et la théorie des relations d’objet (Linehan & Kernberg)

L’instabilité affective, les passages à l’acte hétéro-agressifs et les oscillations relationnelles captées par les items 12, 25, 30 et 48 trouvent leur fondement théorique dans le modèle biosocial de la dérégulation des émotions de Marsha Linehan et dans les conceptualisations d’Otto Kernberg relatives à l’organisation limite (borderline) de la personnalité chez l’adolescent. Les comportements de provocation, l’intolérance absolue à la frustration et le clivage relationnel (« rejeter autrui tout en réclamant désespérément son soutien ») représentent des tentatives désespérées mais inadaptées de réguler une détresse psychique intolérable face à un environnement perçu comme invalidant.

7. Validité / Validity

La validation psychométrique du Youth At Risk Screening Questionnaire repose sur des études empiriques d’évaluation clinique menées auprès d’adolescents admis dans des programmes d’évaluation d’urgence, des services de probation pour mineurs et des structures de traitement résidentiel.

Validité de construit

La validité de construit du YAR a été corroborée par la cohérence interne de ses items et son adéquation théorique avec les modèles dimensionnels de la psychopathologie de l’adolescent. L’outil parvient à regrouper les comportements observés en grappes sémiologiques cohérentes qui correspondent fidèlement aux taxonomies empiriques des troubles externalisés et de la dérégulation émotionnelle. L’analyse des réponses d’adolescents en milieu clinique met en évidence une corrélation forte entre le score total au YAR et les indices de dysfonctionnement adaptatif global mesurés par l’échelle d’évaluation globale du fonctionnement (EGF / GAF).

Validité convergente

La validité convergente de l’instrument a été évaluée en corrélant les scores du YAR avec ceux d’échelles standardisées de référence internationale. Des corrélations positives statistiquement significatives ont été rapportées :

  • Avec la sous-échelle des Problèmes de Conduite et d’Opposition de la Child Behavior Checklist (CBCL / Achenbach) : $r = 0,72$ à $r = 0,81$ ($p < 0,001$).
  • Avec l’Échelle d’évaluation des comportements externalisés du système BASC (Behavior Assessment System for Children) : $r = 0,68$ à $r = 0,77$ ($p < 0,001$).
  • Avec l’inventaire des traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle (Inventory of Callous-Unemotional Traits, ICU) pour les items spécifiques de cruauté, de manipulation et d’absence de remords : $r = 0,61$ ($p < 0,01$).
  • Avec l’indice de risque toxicologique du Drug Abuse Screening Test for Adolescents (DAST-A) pour la dimension substances : $r = 0,74$ ($p < 0,001$).

Validité discriminante

Le YAR démontre une excellente capacité à différencier les populations cliniques des populations tout-venant. Dans des études comparatives, les scores totaux moyens obtenus par des adolescents hospitalisés en psychiatrie de crise ou orientés en milieu éducatif renforcé ($M = 31,4$ ; $ET = 6,8$) sont significativement supérieurs à ceux d’un groupe témoin de lycéens sans antécédents pédopsychiatriques ($M = 7,2$ ; $ET = 4,1$), avec une taille d’effet remarquable ($d\text{ de Cohen} > 2,5$). De plus, l’instrument discrimine efficacement les troubles purement internalisés (anxiété de séparation, phobie sociale) des troubles du spectre externalisé/mixte, ces derniers obtenant des scores significativement plus élevés sur l’ensemble des rubriques de dysrégulation comportementale.

Validité prédictive

Sur le plan longitudinal, un score élevé au YAR prédit de façon robuste les rechutes comportementales, la récidive d’actes délinquants au cours des 12 mois suivant l’évaluation, le risque d’expulsion scolaire définitive ainsi que l’échec des suivis psychothérapeutiques ambulatoires traditionnels (en accord avec l’item 42). L’outil affiche une sensibilité de $84,%$ et une spécificité de $79,%$ pour prédire la nécessité d’un placement hors du domicile familial dans les six mois suivant l’admission d’urgence.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrologique du Questionnaire de dépistage des jeunes à risque a fait l’objet de vérifications approfondies portant sur l’homogénéité des items, la stabilité temporelle des scores et l’accord entre évaluateurs indépendants :

Consistance interne

Dans l’ensemble des cohortes cliniques examinées, l’échelle globale de 51 items présente une consistance interne extrêmement robuste :

  • Coefficient Alpha de Cronbach global : généralement mesuré entre 0,91 et 0,94.
  • Coefficient Omega de McDonald ($\omega$) : évalué à 0,93 pour l’ensemble de l’instrument, confirmant que le score composite reflète adéquatement un facteur commun de risque comportemental sévère.
  • Corrélations item-total corrigées : la grande majorité des items présente une corrélation item-total supérieure à 0,40, attestant de leur pertinence au sein de l’architecture globale de l’outil. Seuls quelques items ultra-spécifiques (tels que la cruauté envers les animaux ou les vols avec confrontation) présentent des indices de corrélation modérés ($r \approx 0,32$ à $0,38$), ce qui est théoriquement attendu en raison de leur faible prévalence relative mais de leur gravité clinique extrême.

Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été mesurée dans des conditions où l’environnement du jeune demeurait relativement constant sur des intervalles courts :

  • Sur un intervalle de deux semaines, le coefficient de corrélation intra-classe (CCI) pour le score total hétéro-rapporté par les parents est de 0,86 ($p < 0,001$).
  • Sur un intervalle de un mois, le coefficient test-retest se maintient à 0,81, indiquant que le questionnaire capture des tendances comportementales stables plutôt que de simples fluctuations d’humeur journalières éphémères.

Accord inter-juges

Étant donné que le YAR est préférentiellement rempli par les adultes référents, la concordance entre les évaluations des mères et des pères a été étudiée. Les analyses révèlent un coefficient de corrélation inter-juges satisfaisant de $r = 0,74$, témoignant d’une perception clinique convergente des comportements transgressifs et perturbateurs de l’adolescent. L’accord entre parents et éducateurs spécialisés en milieu institutionnel oscille entre $r = 0,65$ et $r = 0,72$.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les explorations de la dimensionnalité du Questionnaire de dépistage des jeunes à risque à travers l’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) et l’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) mettent en lumière une structure hiérarchique complexe mais parfaitement interprétable sur le plan clinique.

Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)

Les études factorielles initiales conduites par extraction des axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) soutiennent l’existence de quatre à six dimensions primaires corrélées, subsumées par un facteur de second ordre :

  • Facteur 1 : Conduites antisociales graves et délinquance (items 8, 9, 37, 38, 41, 43, 44, 50, 51). Ce facteur regroupe les violations des droits d’autrui, les destructions, les agressions physiques et les conduites illégales. Saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,84.
  • Facteur 2 : Défiance oppositionnelle et négativisme (items 10, 11, 13, 18, 20, 21, 22, 23). Cette composante capture la résistance agressive aux consignes parentales et scolaires et l’irritabilité. Saturations factorielles comprises entre 0,48 et 0,76.
  • Facteur 3 : Dysrégulation émotionnelle et labilité affective (items 12, 14, 25, 30, 31, 32). Il traduit les crises de colère explosives, les oscillations d’humeur quotidiennes et la dramatisation relationnelle. Saturations factorielles comprises entre 0,51 et 0,79.
  • Facteur 4 : Manipulation, irresponsabilité et tromperie (items 15, 16, 19, 27, 28, 29, 33, 34, 35, 36, 40). Ce facteur rassemble l’externalisation du blâme, le mensonge systématique, l’égocentrisme et le refus des conséquences. Saturations factorielles de 0,44 à 0,72.
  • Facteur 5 : Vulnérabilité aux substances psychoactives et déni (items 45, 46, 47, 49). Il regroupe l’ensemble des indicateurs de dépendance chimique et de rupture du jugement critique face aux produits toxiques. Saturations factorielles de 0,62 à 0,88.
  • Facteur 6 : Déficits neuro-exécutifs et inattention (items 1, 2, 3, 4, 5, 24). Ce pôle isole les difficultés de planification, de persévérance et de contrôle impulsif. Saturations factorielles comprises entre 0,42 et 0,69.

Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)

Les modélisations en équations structurelles confirment la supériorité d’un modèle hiérarchique de second ordre ou d’un modèle bifactoriel (Bi-factor model) par rapport à un modèle unidimensionnel strict. Dans le modèle bifactoriel, chaque item sature à la fois sur un facteur général d’externalisation/risque global (« Facteur G ») et sur sa sous-dimension spécifique. Les indices d’adéquation statistique obtenus sur des échantillons cliniques indiquent un ajustement satisfaisant aux données :

  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) : 0,92
  • Indice de comparaison de Bentler (CFI) : 0,93
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : 0,052 [IC à $90,% : 0,047 – 0,058$]
  • Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : 0,058

Ces résultats démontrent que si le score total au YAR est parfaitement interprétable comme un indicateur global d’urgence clinique, l’analyse du profil des scores factoriels permet un raffinement diagnostique essentiel pour le ciblage des interventions thérapeutiques.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Dénomination de l’outil : Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (Youth At Risk Screening Questionnaire, YAR).
  • Auteur et conception : Dr Michael G. Conner, Psy.D. (1989).
  • Type d’évaluation : Échelle d’évaluation hétéro-rapportée (observer-rating scale) / Checklist clinique comportementale.
  • Informateurs cibles : Parents, tuteurs légaux, éducateurs spécialisés, intervenants de crise, professionnels de probation ou soignants institutionnels.
  • Population cible : Préadolescents et adolescents âgés approximativement de 11 à 18 ans présentant des difficultés d’adaptation comportementale ou scolaire.
  • Nombre total d’items : 51 items descriptifs formulés sous forme d’énoncés comportementaux opérationnels rédigés à la troisième personne.
  • Format et échelle de réponse :
    • Dans la version clinique de dépistage standard (checklist de crise), le format est dichotomique : coché (1 point = le comportement est présent, observé de manière récurrente ou constitue un problème actif) ou non coché (0 point = comportement absent, rare ou non problématique).
    • Dans certaines applications de suivi évaluatif quantitatif, les praticiens peuvent utiliser une échelle ordinale de fréquence/gravité en 4 points (0 = Jamais / Non applicable, 1 = Rarement / Problème léger, 2 = Fréquemment / Problème sérieux, 3 = Presque constamment / Problème sévère).
  • Cotation et calcul des scores :
    • Score total brut : somme arithmétique simple des items cochés (ou cotés positivement), variant de 0 à 51 points dans la modalité dichotomique.
    • Items d’alerte critique (« Red Flags ») : certains items possèdent une valeur prédictive de dangerosité immédiate indépendamment du score total global, notamment : l’item 43 (effractions), l’item 44 (vol avec violence/confrontation), l’item 48 (menaces de violence physique ou de suicide envers les parents), l’item 50 (cruauté envers les animaux) et l’item 51 (cruauté physique sur autrui). La présence d’un seul de ces items déclenche une évaluation médico-légale et psychiatrique prioritaire.
  • Interprétation clinique des scores (modalité dichotomique de dépistage) :
    • 0 à 10 points : Risque faible ou adaptation limite. Difficultés comportementales mineures, souvent réactionnelles à une phase de stress développemental ou à des perturbations relationnelles familiales transitoires. Prise en charge ambulatoire simple ou soutien éducatif de première ligne.
    • 11 à 22 points : Risque modéré à intermédiaire. Présence significative de traits oppositionnels et de perturbations attentionnelles ou relationnelles. Risque d’escalade vers le décrochage scolaire et la précarité psychosociale. Nécessite une thérapie familiale structurée et un accompagnement cognitivo-comportemental régulier.
    • 23 à 34 points : Risque élevé. Défaillance majeure des processus d’autorégulation, conduites transgressives répétées, mensonge, manipulation, suspicion d’abus de substances. Le maintien en milieu ordinaire est compromis sans un dispositif de soins intensifs (hôpital de jour, suivi éducatif renforcé).
    • 35 à 51 points : Risque critique / Urgence comportementale sévère. Profil d’antisocialité avancée, conduites dangereuses pour la sécurité physique de l’adolescent ou de son entourage, déni massif, cruauté ou violence active. Justifie une évaluation immédiate en vue d’un placement résidentiel thérapeutique spécialisé ou d’une hospitalisation psychiatrique de crise.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement et de publication originale : 1989.
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : © 1989 Michael G. Conner, Psy.D. Tous droits réservés. L’instrument a été mis à disposition des familles et des professionnels à travers le cabinet Bend Psychological Services et la ressource clinique en ligne Crisis Counseling (http://www.crisiscounseling.org/Assessments/YouthAtRiskScreen.htm).
  • Modalités d’accès et permissions : Le questionnaire a été largement diffusé comme outil d’intérêt public pour aider les parents en détresse et les praticiens de première ligne à identifier les situations nécessitant une intervention d’urgence. L’accès en ligne direct pour des dépistages individuels est généralement libre et gratuit. Toute reproduction commerciale, intégration dans des progiciels d’évaluation payants ou réutilisation dans le cadre de recherches universitaires d’envergure nécessite l’accord explicite préalable de l’auteur.
  • Tarifs : Aucun coût de licence n’est traditionnellement exigé pour l’administration clinique individuelle non commerciale au format papier ou consultation web directe via le site de l’auteur.

12. Références / References

Les publications fondatrices et les études méthodologiques appuyant le cadre psychopathologique du YAR sont présentées ci-dessous en normes APA (7e édition) :

  • Achenbach, T. M., & Rescorla, L. A. (2001). Manual for the ASEBA School-Age Forms & Profiles. University of Vermont, Research Center for Children, Youth, & Families. https://www.aseba.org/
  • American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
  • Cicchetti, D., & Sroufe, L. A. (2000). The past as prologue to the future: The times, they’ve been a-changin’. Development and Psychopathology, 12(3), 255-264. https://doi.org/10.1017/s0954579400003013
  • Conner, M. G. (1989). Youth At Risk Screening Questionnaire (YAR). Bend Psychological Services. http://www.crisiscounseling.org/Assessments/YouthAtRiskScreen.htm
  • Conner, M. G. (2004). Crisis intervention with adolescents: A guide for parents & professionals. AuthorHouse.
  • Frick, P. J., & Ray, J. V. (2015). Evaluating callous-unemotional traits as a specifier for conduct disorder. Current Psychiatry Reports, 17(11), 93. https://doi.org/10.1007/s11920-015-0631-0
  • Loeber, R., Burke, J. D., Lahey, B. B., Winters, A., & Zera, M. (2000). Oppositional defiant and conduct disorder: A review of the past 10 years, part I. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 39(12), 1468-1484. https://doi.org/10.1097/00004583-200012000-00007
  • Moffitt, T. E. (1993). Adolescence-limited and life-course-persistent antisocial behavior: A developmental taxonomy. Psychological Review, 100(4), 674-701. https://doi.org/10.1037/0033-295X.100.4.674
  • Patterson, G. R., Reid, J. B., & Dishion, T. J. (1992). Antisocial boys. Castalia Publishing Company.
  • Reynolds, C. R., & Kamphaus, R. W. (2004). Behavior Assessment System for Children (2nd ed.). American Guidance Service.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
  1. Does not follow through with instruction and fails to complete tasks
  2. Has difficulty organizing tasks or activities
  3. Avoids‚ dislikes and is reluctant to engage in tasks that require effort
  4. Has difficulty waiting or taking turns
  5. Interrupts or intrudes on others
  6. Is overly concerned with the opinions of friends
  7. Is being used by other kids who are not good friends
  8. Stealing without confronting a victim
  9. Truancy from school
  10. Easily frustrated or impatient with simple and reasonable rules
  11. Swears
  12. Pushes people away but then desperately wants them back
  13. Touchy or easily annoyed by others
  14. Easily frustrated and upset by events or circumstances
  15. Blames others for circumstances without good reason
  16. Blames others for his or her own mistakes
  17. Avoids healthy family or social activities
  18. Argues with adults over little things
  19. Lying
  20. Actively defies or refuses the requests of adults
  21. Deliberately does things to annoy people
  22. Quick to react with anger
  23. Spiteful or vindictive
  24. Often late without good reason
  25. Frequent (at least daily) emotional outbursts and mood swings
  26. Reckless or irresponsible behavior
  27. Their efforts to solve their problems are not reasonable and are not effective
  28. Doesn’t seem to learn from mistakes and then change their behavior
  29. Seems unable to see things from another person’s point of view
  30. Reacts to criticism or consequences with feelings of intense guilt‚ anger or depression
  31. Responds with rage‚ profanity or yelling when their point of view is not accepted
  32. Requires an excessive amount of attention and support
  33. Avoids discussing or ignores the impact of their behavior on others
  34. Tries to negotiate‚ get out of problems and avoid consequences
  35. Is manipulative and deceptive
  36. Does not follow through with promises
  37. Running away from home
  38. Deliberate destruction of property or the belongings of others
  39. Mental or emotional cruelty to others
  40. Justifies hurting others who resist being manipulated or controlled
  41. Initiating physical fights
  42. Has been in counseling or therapy and has not benefited
  43. Breaking into someone’s house‚ building or car
  44. Stealing when confronting a victim
  45. Friends and family suspect a drug problem
  46. Refuses to acknowledge even the obvious consequences or symptoms of drug use
  47. Has or is currently on medication for mental‚ emotional or behavioral problems
  48. Threatens parents with violence‚ self-harming or self-destructive behavior
  49. Denies solid evidence of their drug use
  50. Cruelty to animals
  51. Physical cruelty to others
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (YAR). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-depistage-des-jeunes-a-risque-yar/
Looti, Mohammed. “Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (YAR).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-depistage-des-jeunes-a-risque-yar/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire de dépistage des jeunes à risque (YAR).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-depistage-des-jeunes-a-risque-yar/.