1. Résumé
Le Questionnaire de coping (Coping Questionnaire, CQ), initialement formalisé et validé par Jim Orford et ses collaborateurs au sein de l’Alcohol, Drugs, Gambling and Addiction Research Group (Orford et al., 2001, 2005, 2010), constitue l’un des instruments psychométriques de référence à l’échelle internationale pour évaluer les modalités d’adaptation et les réactions comportementales des membres de l’entourage (conjoints, parents, fratrie, proches aidants) confrontés aux comportements addictifs d’un tiers (alcoolisme, toxicomanie, jeu pathologique). Conçu dans le sillage direct du modèle conceptuel Stress-Strain-Coping-Support (SSCS), le questionnaire appréhende la détresse systémique vécue par la famille non pas comme l’expression d’une codépendance pathologique individuelle, mais comme une réaction compréhensible et prévisible face à une situation de stress chronique majeur au sein du foyer.
Composé de 30 items auto-rapportés, le CQ opérationnalise les comportements d’ajustement déployés au cours des trois derniers mois à travers trois dimensions factorielles principales : (1) le coping engagé (Engaged Coping, CQ-E, 14 items), qui regroupe les tentatives actives, assertives, contrôlantes ou émotionnelles visant à modifier la consommation du proche ; (2) le coping tolérant-inactif (Tolerant-Inactive Coping, CQ-T, 9 items), caractérisé par la résignation, l’évitement du conflit, la dissimulation et l’abandon face au problème ; et (3) le coping de retrait (Withdrawal Coping, CQ-W, calculé à partir de 8 items pondérés), orienté vers la préservation de son autonomie, la prise de distance protectrice et le réinvestissement dans des activités personnelles extérieures. Les participants répondent à l’aide d’une échelle ordinale en 4 points (0 = « Non », 1 = « Une ou deux fois », 2 = « Parfois », 3 = « Souvent »).
Les propriétés psychométriques établies sur de larges cohortes cliniques et communautaires témoignent d’une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,74 et 0,86 pour l’échelle globale et les sous-dimensions engagée et tolérante. Les analyses de validité de construit, tant exploratoires que confirmatoires, ont confirmé la structure triadique du coping chez les proches, tandis que la validité convergente et prédictive démontre que les styles de coping engagé hostile et tolérant-inactif sont fortement corrélés à des niveaux élevés de détresse psychologique (évaluée par le General Health Questionnaire) et de dysfonctionnement somatique (évalué par le Strain Questionnaire). Cet instrument constitue un pivot méthodologique essentiel pour les protocoles d’intervention brève comme le programme 5-Step, permettant d’orienter les aidants vers des stratégies de retrait constructif et d’affirmation bienveillante.
2. Mots-clés
Questionnaire de coping, Coping Questionnaire, Jim Orford, modèle SSCS, entourage d’usagers de substances, alcoolisme familial, proches aidants, coping tolérant-inactif, coping engagé, coping de retrait, psychométrie, évaluation des addictions, intervention 5-Step.
3. Auteurs
Le Coping Questionnaire a été conçu, développé et validé empiriquement par les chercheurs du groupe de recherche Alcohol, Drugs, Gambling and Addiction Research Group, rattaché à l’Université de Birmingham et à des réseaux cliniques et académiques partenaires au Royaume-Uni et à l’international :
- Jim Orford, PhD, FBPsS — Professeur émérite de psychologie clinique et communautaire à l’École de psychologie de l’Université de Birmingham (Royaume-Uni). Pionnier mondial de la recherche sur l’impact familial des addictions et fondateur de l’Addiction Family Support Network (AFINet).
- Lorna Templeton, BSc, MSc — Chercheuse indépendante et consultante en santé publique, anciennement affiliée à l’Université de Bath et à l’Université de Birmingham (Royaume-Uni). Spécialiste de la recherche sur les enfants et familles affectés par la toxicomanie.
- Richard Velleman, PhD — Professeur émérite de psychologie de la santé mentale à l’Université de Bath et consultant clinique principal pour Sangath (Inde). Co-développeur central du modèle théorique Stress-Strain-Coping-Support et du programme d’intervention 5-Step.
- Alex Copello, PhD — Professeur de psychologie des addictions à l’Université de Birmingham et psychologue clinicien consultant au sein du Birmingham and Solihull Mental Health NHS Foundation Trust (Royaume-Uni).
4. Objectif
Le Questionnaire de coping a été spécifiquement développé pour combler un vide méthodologique et théorique majeur dans le champ de l’addictologie. Historiquement, les membres de la famille d’une personne souffrant d’un trouble de l’usage de substances étaient soit totalement invisibilisés par la recherche clinique — centrée exclusivement sur le patient index —, soit étiquetés de façon stigmatisante et déterministe sous le concept psychanalytique et populaire de « codépendance ». Dans cette dernière perspective, les comportements du conjoint ou du parent étaient interprétés comme des manifestations d’une pathologie de la personnalité sous-jacente ou d’une complicité inconsciente maintenant la dépendance.
Le CQ a été conçu dans un objectif fondamentalement dé-pathologisant. Il postule que vivre aux côtés d’une personne dépendante à l’alcool, aux drogues illicites ou au jeu compulsif place l’aidant dans une condition de stress sévère, imprévisible et chronique. Face à cette tension permanente, les proches mettent en œuvre un répertoire de stratégies adaptatives (« coping ») visant à protéger l’intégrité du foyer, préserver les enfants, freiner la consommation du proche ou se prémunir eux-mêmes contre l’épuisement émotionnel et financier. L’objectif premier de l’instrument est donc d’opérationnaliser et de quantifier ces tentatives de régulation comportementale et affective de manière descriptive, neutre et standardisée.
Sur le plan des applications cliniques, le CQ remplit trois fonctions majeures :
- Bilan diagnostique et psychoéducation : Permettre au praticien (psychologue, travailleur social, médecin addictologue) de cartographier avec précision la constellation de réponses qu’un proche aidant mobilise face à l’usager. Cet état des lieux sert de support psychoéducatif afin d’aider l’aidant à prendre conscience des cercles vicieux dans lesquels certaines stratégies (telles que le contrôle permanent, les disputes systématiques ou, à l’inverse, le déni et la dissimulation) peuvent l’enfermer.
- Planification de l’intervention ciblée (notamment dans l’intervention 5-Step) : Le questionnaire permet d’identifier si l’aidant s’épuise dans un coping engagé hostile (qui accentue la réactivité négative du consommateur) ou s’enferme dans un coping tolérant (qui favorise l’escalade du trouble sans protection pour la famille), dans le but de l’accompagner vers un coping engagé assertif ou un retrait orienté vers soi bienveillant et protecteur.
- Mesure des résultats thérapeutiques (Outcome Assessment) : Administré avant et après une intervention psychosociale ou un cycle de thérapie systémique, le CQ sert d’indicateur sensible au changement pour évaluer l’évolution des pratiques d’ajustement du proche indépendamment du fait que la personne dépendante ait ou non entamé un sevrage ou réduit sa consommation.
Dans le domaine de la recherche empirique, le CQ est utilisé dans des études transversales, longitudinales et transnationales comparant l’impact du stress familial à travers divers contextes socioculturels (Royaume-Uni, Italie, Mexique, Inde, Australie), confirmant son statut d’instrument standardisé pour la modélisation des processus d’adaptation systémique.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par le Coping Questionnaire renvoie aux efforts cognitifs et comportementaux spécifiques déployés par une personne pour gérer, maîtriser, tolérer ou réduire les demandes internes et environnementales générées par les conduites addictives d’un membre de sa cellule familiale. Contrairement aux inventaires généralistes de coping (comme le Ways of Coping Checklist de Folkman et Lazarus ou le COPE Inventory de Carver), qui évaluent des mécanismes abstraits (coping centré sur le problème vs. coping centré sur l’émotion), le CQ saisit des comportements concrets, quotidiens et contextualisés à la dynamique addictive intrafamiliale.
Le CQ modélise le coping à travers trois dimensions factorielles empiriquement et théoriquement distinctes :
1. Le coping engagé (Engaged Coping, CQ-E)
Cette sous-échelle (14 items : 1, 5, 6, 7, 9, 11, 13, 16, 17, 19, 21, 25, 26, 28) capture les actions directes par lesquelles le proche cherche activement à intervenir dans la consommation de la personne dépendante, à contrecarrer ses comportements ou à faire face aux conséquences matérielles de son addiction. Ce domaine comporte deux polarités qualitatives majeures :
- L’engagement assertif et collaboratif : Se poser calmement pour discuter de solutions réalistes (ex. Item 5 : « S’asseoir ensemble avec elle et parler franchement de ce qui pourrait être fait concernant sa consommation »), poser des limites claires et transparentes (Item 19 : « Préciser clairement que vous n’acceptez pas ses justifications ou que vous ne couvrirez pas ses actes »), clarifier les responsabilités familiales (Item 21) ou apporter un soutien structuré pour régulariser des difficultés financières (Item 26).
- L’engagement contrôlant, conflictuel ou émotionnel : Tenter de surveiller de façon obsessionnelle les allées et venues de l’autre (Item 17 : « Épier chacun de ses gestes ou la surveiller étroitement »), chercher et jeter les bouteilles ou produits (Item 28), déclencher des disputes et des querelles (Item 6), faire des reproches affectifs violents (Item 25 : « L’accuser de ne pas vous aimer ou de vous laisser tomber ») ou supplier l’usager d’arrêter (Item 7).
2. Le coping tolérant-inactif (Tolerant-Inactive Coping, CQ-T)
Cette sous-échelle (9 items : 3, 4, 10, 14, 20, 23, 24, 27, 30) mesure un ensemble de réponses où l’aidant cède face à l’addiction, subit passivement la situation ou participe involontairement à masquer la gravité du problème au monde extérieur. Ce style se caractérise par :
- L’effacement des conséquences et la facilitation involontaire : Prendre soin de l’usager intoxiqué jusqu’à ranger ses dégâts (Item 3 : « Nettoyer le désordre après qu’elle a bu ou la mettre au lit »), lui donner de l’argent tout en sachant qu’il sera dépensé pour le produit (Item 4), inventer des excuses auprès de l’employeur ou des amis et porter le blâme soi-même (Item 27).
- La façade sociale et le déni partagé : Faire semblant que tout va bien, maintenir une illusion de normalité devant les voisins ou les proches et minimiser l’ampleur du désastre (Item 30).
- La paralysie et l’impuissance acquise : Se sentir tétanisé par la peur au point de ne rien pouvoir tenter (Item 10), sombrer dans un sentiment d’inutilité et de désespoir total (Item 14), se résigner en considérant la souffrance comme une fatalité immuable (Item 24) ou se trouver dans une indécision totale (Item 23).
3. Le coping de retrait (Withdrawal Coping, CQ-W)
Cette dimension (calculée à partir des items positifs 2, 8, 12, 15, 18, 29, diminuée des scores aux items 5 et 22, avec une constante d’ajustement de +6 pour préserver une valeur positive) reflète la capacité de l’aidant à instaurer une distance physique, psychologique et émotionnelle saine vis-à-vis de l’usager afin de préserver son équilibre personnel et celui des autres membres du foyer :
- Le désengagement protecteur : S’éloigner lorsque la personne est sous l’emprise du produit et la laisser assumer seule ses actes (Item 8), l’éviter délibérément pour ne pas subir d’agression ou de détresse (Item 15) ou poursuivre ses activités courantes sans laisser l’addiction monopoliser l’attention du foyer (Item 18).
- Le réinvestissement dans sa propre trajectoire de vie : Trouver de nouveaux centres d’intérêt, s’engager dans des associations, clubs sportifs, organisations politiques ou religieuses (Item 12), s’accorder des moments de plaisir et prendre soin de soi (Item 29) et prioriser les besoins légitimes des autres membres vulnérables de la famille, notamment les enfants (Item 2).
6. Cadre théorique
Le cadre conceptuel du Coping Questionnaire s’ancre directement dans la psychologie de la santé, la théorie transactionnelle du stress et la systémique familiale. Plus précisément, l’instrument s’articule autour de deux fondements majeurs : la théorie transactionnelle du stress de Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), et le modèle Stress-Strain-Coping-Support (SSCS) élaboré par Jim Orford, Richard Velleman, Alex Copello et Lorna Templeton (2001, 2005, 2010).
Selon le modèle transactionnel classique de Lazarus et Folkman, le stress ne résulte pas uniquement d’un stimulus externe toxique, mais d’une transaction complexe entre l’individu et son environnement. Cette transaction passe par deux processus cognitifs : l’évaluation primaire (juger si la situation menace le bien-être) et l’évaluation secondaire (évaluer les ressources personnelles et sociales disponibles pour neutraliser la menace). Le coping représente l’ensemble des efforts continuellement changeants pour maîtriser les exigences perçues.
Orford et son équipe ont adapté ce paradigme au contexte singulier des familles confrontées à l’addiction via le modèle SSCS. Ce modèle comprend quatre composantes interdépendantes :
- Le Stress (Stress) : La consommation addictive d’un proche engendre un ensemble d’événements stresseurs primaires et secondaires chroniques : imprévisibilité comportementale, violence verbale ou physique, dégradation financière, rupture de communication, insécurité affective et stigmatisation sociale du foyer.
- La Tension subie (Strain) : En réaction à ce stress prolongé, les membres de la famille développent des symptômes marqués d’épuisement psychologique (dépression, anxiété, sentiment de culpabilité, honte) et de dysfonctionnement somatique (céphalées, insomnies, troubles gastro-intestinaux, douleurs musculo-squelettiques).
- Les Stratégies d’ajustement (Coping) : Pour tenter d’atténuer le stress ou de préserver le système familial, l’aidant déploie des stratégies qui, selon leur nature (engagée, tolérante ou en retrait), modifient la dynamique relationnelle avec le buveur/consommateur et rétroagissent directement sur la tension (strain) subie.
- Le Soutien social (Support) : Le réseau relationnel, la qualité de l’étayage informel (amis, proches) et formel (professionnels) agissent comme modérateurs cruciaux, influençant le choix des stratégies de coping et protégeant l’aidant contre la décompensation psychologique.
Au cœur de cette théorisation réside un postulat fondamental défendu par Orford : les membres de l’entourage sont des individus ordinaires placés dans des circonstances extraordinaires. Contrairement aux modèles moralisateurs ou pathologisants qui considèrent les réactions de l’entourage comme le reflet d’une dysfonction névrotique personnelle (« personnalité co-dépendante »), le modèle SSCS affirme que le coping tolérant ou engagé hostile représente une tentative compréhensible, bien que souvent inefficace à long terme, d’adaptation à une crise relationnelle permanente.
7. Validité
La validité psychométrique du Coping Questionnaire a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques menées dans des contextes cliniques et épidémiologiques variés, tant au Royaume-Uni que dans plusieurs pays partenaires (Italie, Mexique, Inde, Nouvelle-Zélande, Australie).
Validité de contenu et d’apparence
La validité de contenu repose sur une approche ascendante (bottom-up) rigoureuse. Les items originaux ont été générés à partir d’entretiens qualitatifs approfondis conduits auprès de centaines d’épouses, de partenaires et de parents de buveurs excessifs et d’usagers de drogues. Les formulations reflètent fidèlement le vocabulaire, les dilemmes et les actions concrètes des proches, garantissant une forte validité apparente et une pertinence écologique immédiate pour les répondants.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par l’analyse des associations théoriquement attendues entre les dimensions du CQ et d’autres instruments validés évaluant la détresse psychologique, l’impact familial et le fardeau des aidants :
- Sous-échelle Coping tolérant-inactif (CQ-T) : Corrélée de manière positive et significative avec la tension somatique et psychologique mesurée par le Strain Questionnaire (SQ) (corrélations de Pearson oscillant entre $r = 0,40$ et $r = 0,55$, $p < 0,001$) ainsi qu'avec les scores de détresse générale du General Health Questionnaire (GHQ-12 ou GHQ-28, $r = 0,35$ à $0,48$). Plus l’aidant s’efface, tolère ou dissimule, plus sa santé mentale et physique se détériore.
- Sous-échelle Coping engagé (CQ-E) : Présente des corrélations modérées à fortes avec les mesures de conflits intrafamiliaux, de stress perçu et de charge subjective. Lorsque l’engagement prend une forme hostile ou contrôlante, il s’associe à des niveaux de détresse psychologique comparables à ceux du coping tolérant.
- Sous-échelle Coping de retrait (CQ-W) : Corrélée négativement avec les scores de fardeau relationnel et positivement avec des indices d’autonomie personnelle, d’auto-efficacité et de résilience, confirmant son rôle de facteur de protection adaptatif.
Validité discriminante
La validité discriminante est confirmée par le fait que les corrélations inter-échelles entre les trois dimensions restent modérées à faibles ($r$ généralement compris entre $0,15$ et $0,35$), attestant qu’elles mesurent des construits comportementaux distincts et non une dimension unique sous-jacente. De plus, le CQ discrimine nettement les proches aidants recevant un accompagnement ciblé (comme l’intervention 5-Step) des groupes témoins non accompagnés, montrant des baisses significatives du coping tolérant et des réajustements vers un retrait protecteur après intervention.
8. Fidélité
La fidélité du Coping Questionnaire a été évaluée à travers la consistance interne de ses composantes ainsi que par la stabilité temporelle de ses scores (test-retest).
Consistance interne
Dans l’étude princeps de standardisation d’Orford et collaborateurs (2005), menée auprès d’un échantillon diversifié de 234 membres de l’entourage de personnes ayant des problèmes d’alcool ou de drogues, les indices de cohérence interne mesurés par le coefficient alpha de Cronbach ont mis en évidence une excellente fiabilité :
- Coping engagé (CQ-E, 14 items) : $\alpha = 0,81$ à $0,86$, démontrant une forte homogénéité des items explorant l’intervention active, le contrôle et les discussions directes.
- Coping tolérant-inactif (CQ-T, 9 items) : $\alpha = 0,74$ à $0,80$, indiquant une bonne cohésion des items reflétant la résignation, l’effacement et la prise en charge des conséquences à la place de l’usager.
- Coping de retrait (CQ-W, 8 items) : $\alpha = 0,65$ à $0,72$. Bien que légèrement plus modeste — en raison de la nature multidirectionnelle de l’indépendance émotionnelle et de la prise de distance physique —, ce score demeure psychométriquement satisfaisant pour une échelle comportementale concise.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Dans des protocoles longitudinaux sans intervention active sur des intervalles de 6 à 12 semaines, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et les coefficients de Pearson test-retest se situent entre $r = 0,68$ et $r = 0,79$, attestant d’une stabilité temporelle substantielle des styles d’ajustement habituels, tout en conservant une sensibilité clinique suffisante pour détecter des changements consécutifs à une prise en charge psychosociale ciblée.
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle du Coping Questionnaire a été établie à l’origine par des analyses factorielles exploratoires (AFE) sur de larges cohortes de proches au Royaume-Uni, avant d’être consolidée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC) dans plusieurs études transculturelles.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la dérivation factorielle initiale à partir d’un ensemble plus large d’énoncés comportementaux, l’extraction en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Oblimin ou Promax) a révélé une solution claire à trois facteurs majeurs expliquant une part prépondérante de la variance totale :
- Facteur 1 : Coping engagé (Engaged Coping) : Regroupe des saturations élevées (généralement comprises entre 0,42 et 0,74) pour les items impliquant la confrontation directe, la tentative de pose de règles intrafamiliales, la vérification des cachettes d’alcool/substances et l’expression affective de la colère ou de la détresse.
- Facteur 2 : Coping tolérant-inactif (Tolerant Inactive Coping) : Présente des saturations fortes (0,45 à 0,71) sur les items traduisant le sentiment d’impuissance, la peur d’agir, la prise en charge matérielle de l’usager intoxiqué et la préservation d’une façade de normalité.
- Facteur 3 : Coping de retrait (Withdrawal Coping) : Caractérisé par des saturations positives significatives (0,40 à 0,68) sur les items d’investissement personnel extérieur et d’évitement délibéré de l’usager en état d’ivresse, combinées à des saturations négatives sur les items d’entraide directe et d’engagement inconditionnel.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et validité interculturelle
Les modélisations par équations structurelles menées ultérieurement (Orford et al., 2005, 2010 ; Velleman et al., 2008) ont comparé le modèle théorique à trois facteurs avec un modèle unidimensionnel (coping global) et un modèle à deux facteurs (coping actif vs passif). Le modèle trifactoriel oblique a systématiquement présenté les meilleurs indices d’ajustement :
- $chi^2/dl < 2,2$
- Comparative Fit Index (CFI) $> 0,91$
- Tucker-Lewis Index (TLI) $> 0,90$
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) compris entre 0,045 et 0,062
Ces indices confirment la robustesse de l’architecture triadique. Par ailleurs, des analyses d’invariance de mesure à travers les genres (femmes partenaires vs hommes partenaires ou parents) ont attesté de l’invariance configurationnelle et métrique de l’instrument.
10. Instrument de mesure
- Nom complet de l’instrument : Coping Questionnaire (CQ).
- Auteurs de référence : Jim Orford, Lorna Templeton, Richard Velleman et Alex Copello (2001, 2005).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique auto-rapporté (peut également être administré sous forme d’hétéro-questionnaire lors d’un entretien semi-structuré de recherche ou clinique).
- Population cible : Adultes (conjoints, partenaires, parents, frères, sœurs ou enfants adultes) ayant un proche souffrant d’un trouble de l’usage d’alcool, de drogues ou d’un problème de jeu pathologique.
- Nombre d’items : 30 items.
- Période de référence temporelle : Les 3 derniers mois écoulés.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale en 4 points ancrée comme suit :
- 0 = NO (Non)
- 1 = ONCE OR TWICE (Une ou deux fois)
- 2 = SOMETIMES (Parfois)
- 3 = OFTEN (Souvent)
- Structure des sous-échelles et calcul des scores :
- Sous-échelle Coping engagé (CQ-E) : Somme directe des scores aux 14 items suivants : 1, 5, 6, 7, 9, 11, 13, 16, 17, 19, 21, 25, 26 et 28. L’amplitude du score s’étend de 0 à 42. Un score élevé reflète une implication intense et conflictuelle ou proactive dans la gestion de la dépendance de l’autre.
- Sous-échelle Coping tolérant-inactif (CQ-T) : Somme directe des scores aux 9 items suivants : 3, 4, 10, 14, 20, 23, 24, 27 et 30. L’amplitude du score s’étend de 0 à 27. Un score élevé indique un degré critique de résignation, de déni et de facilitation involontaire.
- Sous-échelle Coping de retrait (CQ-W) : Calcul spécifique pondéré : additionner les scores des items 2, 8, 12, 15, 18 et 29, soustraire les scores des items 5 et 22, puis ajouter la constante arithmétique + 6 (formule : $\text{CQ-W} = [\text{Item } 2 + 8 + 12 + 15 + 18 + 29] – [\text{Item } 5 + 22] + 6$). L’ajout de 6 permet de garantir que toutes les valeurs finales soient strictement positives ($ge 0$).
- Note technique sur les items carrefours : L’item 5 (« Parler franchement de ce qui pourrait être fait ») contribue positivement au coping engagé (CQ-E), mais contribue négativement au calcul du coping de retrait (CQ-W), traduisant le fait que la discussion assertive constitue une forme d’action directe opposée à l’éloignement.
- Temps de passation : Environ 8 à 12 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication initiale : L’instrument a été formalisé dans ses versions expérimentales en 2001 et standardisé dans sa forme définitive de 30 items en 2005.
- Titulaire des droits d’auteur : Alcohol, Drugs, Gambling and Addiction Research Group, School of Psychology, The University of Birmingham (Royaume-Uni).
- Tarification et accès : Le Coping Questionnaire est un instrument du domaine public académique, libre d’accès pour les praticiens cliniques, les chercheurs universitaires et les organismes à but non lucratif. Aucun coût de licence ou redevance financière n’est exigé pour son utilisation dans un cadre thérapeutique ou de recherche non commercial.
- Modalités d’utilisation et permissions : Les auteurs autorisent son utilisation sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps d’Orford et collaborateurs (2005) et de ne pas altérer la formulation des items ni l’algorithme de cotation des sous-échelles sans validation psychométrique préalable. Les matériels d’évaluation et manuels d’intervention associés sont également diffusés via le réseau international AFINet (Addiction and the Family International Network).
12. Références
Les publications de référence ci-dessous regroupent les études princeps et les validations méthodologiques internationales du Coping Questionnaire et du modèle SSCS :
- Copello, A., Templeton, L., Orford, J., & Velleman, R. (2010). The 5-Step Intervention: Supporting family members facing addiction. Drugs: Education, Prevention and Policy, 17(s1), 130–145. https://doi.org/10.3109/09687637.2010.515186
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Orford, J., Natera, G., Davies, J., Nava, A., Mora, J., Rigby, K., Bradbury, C., Bowie, N., Copello, A., & Velleman, R. (2001). Tolerate, engage or withdraw: A study of the coping behaviour of families experiencing alcohol and drug problems in south west England and Mexico City. Addiction, 96(11), 1615–1627. https://doi.org/10.1046/j.1360-0443.2001.961116158.x
- Orford, J., Templeton, L., Velleman, R., & Copello, A. (2005). Family members of relatives with alcohol, drug and gambling problems: A set of standardized questionnaires for assessing stress, coping and strain. Addiction, 100(11), 1611–1624. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.2005.01223.x
- Orford, J., Templeton, L., Velleman, R., & Copello, A. (2010). Methods of assessment for affected family members. Drugs: Education, Prevention and Policy, 17(s1), 75–85. https://doi.org/10.3109/09687637.2010.514783
- Orford, J. (2014). Testing the short questionnaire for family members affected by addiction: Help required. Addiction and the Family International Network (AFINet). Accessible à : http://www.afinetwork.info/research-articles/371-testing-the-short-questionnaire-for-family-members-affected-by-addiction-help-required
- Velleman, R., Orford, J., Templeton, L., & Copello, A. (2008). Assessment tools: Stress, strain, coping and support for family members affected by substance misuse. National Centre for Education and Training on Addiction (NCETA). Flinders University, Adelaide, Australia.