1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de contrôle des pensées (en anglais, Thought Control Questionnaire ou TCQ) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé initialement par Adrian Wells et Martin I. Davies en 1994. Conçu pour évaluer les différences individuelles dans l’utilisation de stratégies spécifiques visant à contrôler, neutraliser ou réguler les pensées intrusives désagréables ou non désirées, le questionnaire constitue un outil fondamental au sein de l’approche métacognitive des troubles émotionnels. L’instrument comprend 30 items mesurés à l’aide d’une échelle de Likert en 4 points (allant de 1 = Jamais à 4 = Presque toujours). L’analyse factorielle révèle une structure stable en cinq dimensions distinctes de six items chacune : la Distraction (détourner l’attention vers d’autres activités ou stimuli), le Contrôle social (discuter de la pensée avec autrui pour obtenir un soutien ou une réassurance), l’Inquiétude (focaliser son attention sur d’autres soucis plus mineurs ou négatifs), la Punition (s’infliger des auto-critiques, de la colère ou des sanctions physiques pour avoir eu cette pensée) et la Réévaluation (analyser rationnellement et réinterpréter la cognition intrusive).
Les propriétés psychométriques du TCQ ont été validées auprès de larges cohortes cliniques et non cliniques. Il présente une cohérence interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,64 et 0,79 pour les sous-échelles individuelles et excédant 0,80 pour l’échelle globale. Les corrélations test-retest démontrent une stabilité temporelle robuste. D’un point de vue de la validité de construit et convergente, les sous-échelles d’Inquiétude et de Punition sont systématiquement corrélées de manière positive avec l’anxiété générale, la dépression, le trouble obsessionnel-compulsif (TOC) et l’intensité des pensées intrusives, confirmant leur rôle dysfonctionnel dans le maintien de la détresse psychologique. En revanche, la distraction et la réévaluation tendent à être associées à des profils d’adaptation plus neutres ou protecteurs. Le TCQ est aujourd’hui un instrument de référence mondial dans la recherche sur la régulation cognitive et dans l’évaluation empirique des thérapies cognitives et métacognitives.
2. Mots-clés / Keywords
Questionnaire de contrôle des pensées, Thought Control Questionnaire, TCQ, métacognition, pensées intrusives, régulation cognitive, psychométrie, thérapie métacognitive, inquiétude, punition de soi, contrôle social, réévaluation cognitive, distraction, troubles anxieux, obsession.
3. Auteurs / Authors
Le Questionnaire de contrôle des pensées a été conçu et validé par :
- Adrian Wells, Ph.D. : Professeur titulaire de psychologie clinique et expérimentale à l’Université de Manchester (Royaume-Uni). Le professeur Wells est le pionnier international du modèle du Self-Regulatory Executive Function (S-REF) et le fondateur de la Thérapie Métacognitive (MCT). Ses recherches fondamentales portent sur les mécanismes d’attention, le traitement métacognitif et l’étiologie cognitive des troubles anxieux et de l’humeur. (Courriel institutionnel : [email protected]).
- Martin I. Davies, Ph.D. : Chercheur et psychologue affilié au département de psychologie clinique de l’Université de Manchester et aux services du National Health Service (NHS) lors des travaux initiaux sur le développement de l’échelle.
4. Objectif / Purpose
Le Thought Control Questionnaire (TCQ) a été élaboré pour pallier une lacune conceptuelle et méthodologique majeure dans l’évaluation psychologique des processus cognitifs. Alors que les instruments antérieurs se focalisaient essentiellement sur la fréquence ou le contenu thématique des pensées intrusives (par exemple, les obsessions, les flash-backs traumatiques ou les ruminations dépressives), aucun outil standardisé ne mesurait de manière différentielle les stratégies actives de contrôle mental déployées par les individus lorsqu’une cognition non désirée fait irruption dans leur flux de conscience.
La recherche en psychopathologie cognitive a largement démontré que les pensées intrusives sont des phénomènes universels, expérimentés par plus de 80 à 90 % de la population générale saine. Dès lors, ce n’est pas l’émergence d’une pensée intrusive en soi qui prédit la pathologie, mais plutôt la façon dont l’individu y réagit et les manœuvres cognitives et comportementales qu’il met en œuvre pour l’éliminer, la neutraliser ou la maîtriser. L’objectif fondamental du TCQ est donc d’identifier, de quantifier et de disséquer ces mécanismes de contrôle spécifiques.
Sur le plan clinique, le TCQ remplit plusieurs fonctions critiques :
- Diagnostic fonctionnel et métacognitif : Il permet au praticien d’identifier les stratégies contre-productives mobilisées par le patient. En particulier, les stratégies fondées sur l’Inquiétude (générer d’autres soucis pour bloquer la pensée d’origine) et la Punition (s’auto-châtier ou entrer dans une colère dirigée contre soi-même) exacerbent la saillance de la pensée et maintiennent des niveaux élevés de détresse affective.
- Planification thérapeutique : Dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et plus particulièrement de la thérapie métacognitive de Wells, le profil obtenu au TCQ guide la restructuration des croyances métacognitives et l’abandon des stratégies d’évitement ou de neutralisation inopérantes au profit d’un état de pleine conscience détachée (detached mindfulness).
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Le questionnaire est régulièrement administré en pré- et post-traitement pour objectiver la désactivation des modes de contrôle inadaptés et l’adoption de modalités cognitives plus flexibles.
En recherche, le TCQ constitue une référence empirique pour explorer le paradigme de l’effet rebond post-suppression théorisé par Daniel Wegner, en démontrant que toutes les techniques de contrôle ne se valent pas et que certaines sous-échelles prédisent de manière causale la vulnérabilité aux rechutes dépressives, aux crises de panique et à l’état de stress post-traumatique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le TCQ est le contrôle des pensées, défini comme l’ensemble des manœuvres cognitives, émotionnelles et comportementales initiées intentionnellement par un individu pour modifier, supprimer ou dévier une pensée vécue comme indésirable, menaçante ou inappropriée. Le TCQ segmente ce construit multidimensionnel en cinq facteurs indépendants :
1. La Distraction (Distraction)
Cette dimension mesure la propension de l’individu à détourner son attention de la pensée indésirable en l’orientant délibérément vers des stimuli externes, des activités concrètes ou des représentations mentales concurrentes positives. Les items capturent des comportements tels que s’occuper au travail, pratiquer une activité plaisante ou évoquer des images positives. Si la distraction comportementale peut temporairement apaiser l’inconfort immédiat, elle peut également se transformer en un mécanisme d’évitement cognitif qui empêche l’habituation émotionnelle lorsque la pensée intrusive est systématiquement esquivée.
2. Le Contrôle social (Social Control)
Le contrôle social renvoie à l’utilisation du réseau relationnel pour moduler le vécu cognitif interne. L’individu cherche à discuter de la pensée avec des amis ou des proches, à demander comment les autres gèrent ce type de cognitions, ou à normaliser son expérience par la comparaison sociale. Deux items de cette dimension sont formulés de manière inversée (items 5 et 8 : garder la pensée pour soi ou ne pas en parler), traduisant le degré d’ouverture ou d’isolement social face à la pensée. Le recours au contrôle social peut apporter une réassurance saine ou, à l’inverse, dériver vers une quête compulsive de réassurance propre aux troubles anxieux sévères.
3. L’Inquiétude (Worry)
Cette stratégie paradoxale consiste à remplacer la pensée non désirée par d’autres pensées négatives, des tracas quotidiens plus mineurs ou le souvenir de préoccupations passées. L’individu utilise activement l’inquiétude comme un écran cognitif pour chasser une pensée perçue comme encore plus intolérable ou effrayante. Par exemple, penser délibérément à des soucis financiers mineurs pour bloquer une pensée sacrilège ou agressive. Cette sous-échelle est hautement dysfonctionnelle car elle surcharge la mémoire de travail par une chaîne verbale négative et maintient un état continu d’hypervigilance et d’anxiété.
4. La Punition (Punishment)
La punition représente l’ensemble des réponses punitives autodirigées en réaction à l’apparition de la pensée. Elle englobe des jugements auto-dénigrants (« se dire de ne pas être si stupide »), des sentiments de colère contre soi-même, des auto-menaces (« se dire que quelque chose de terrible va arriver si l’on a cette pensée ») et des sanctions physiques mineures (se pincer ou se gifler). La dimension de punition est le marqueur le plus direct de croyances métacognitives négatives sur l’inacceptabilité des pensées et constitue le prédicteur empirique le plus puissant de la détresse psychologique générale et de la symptomatologie obsessionnelle.
5. La Réévaluation (Reappraisal)
La réévaluation regroupe les tentatives de traitement cognitif réflexif de la pensée intrusive. Elle inclut l’analyse rationnelle, la remise en question de la validité de la pensée, l’interrogation sur les motifs de son émergence et les efforts pour réinterpréter le contenu sous un angle différent. Bien que conceptuellement similaire à la restructuration cognitive issue du modèle de Beck, les données empiriques montrent que dans certains troubles (notamment le TOC), une réévaluation excessive peut dégénérer en un processus de rationalisation compulsive ou de rumination analytique stérile.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le TCQ s’enracine directement dans le modèle S-REF (Self-Regulatory Executive Function) élaboré par Adrian Wells et Gerald Matthews (1994, 1996), ainsi que dans la littérature sur la suppression de pensée initiée par Daniel Wegner. L’interaction entre ces deux cadres conceptuels fournit la clé de voûte théorique du questionnaire.
Le modèle S-REF et le syndrome cognitivo-attentif (CAS)
Selon le modèle S-REF, la souffrance psychologique n’est pas déclenchée par les intrusions cognitives de bas niveau (les pensées automatiques spontanées), mais par l’activation d’un mode de traitement rigide et inadapté nommé le Syndrome Cognitivo-Attentif (CAS pour Cognitive Attentional Syndrome). Le CAS se caractérise par trois piliers :
- Une attention focalisée sur la menace (hypervigilance et auto-surveillance) ;
- Des ruminations et inquiétudes verbales prolongées ;
- Des stratégies d’adaptation et de contrôle inefficaces (comme l’évitement et la punition).
Les métacroyances de l’individu (par exemple : « Si j’ai cette pensée, cela signifie que je suis mauvais » ou « Je dois contrôler absolument toutes mes pensées sous peine de perdre la tête ») motivent l’adoption de stratégies de contrôle du TCQ. Lorsque ces stratégies s’avèrent inefficaces ou punitives, elles confirment aux yeux du sujet que son esprit est incontrôlable, renforçant la croyance métacognitive initiale et pérennisant le cycle psychopathologique.
La théorie du contrôle mental et le modèle des processus ironiques
Wegner (1994) a mis en lumière la théorie des processus ironiques de contrôle mental. Lorsqu’un individu s’efforce de ne pas penser à un stimulus particulier (la fameuse consigne de ne pas penser à un ours blanc), deux processus distincts s’activent dans le système cognitif :
- Un processus d’opération intentionnel : Ce mécanisme conscient et coûteux en ressources attentionnelles recherche des pensées distractrices alternatives congruentes avec l’objectif de suppression.
- Un processus de surveillance ironique : Ce mécanisme automatique et inconscient scanne continuellement la mémoire de travail pour vérifier si la pensée indésirable refait surface.
Sous condition de charge cognitive, de stress émotionnel ou de fatigue, le processus opérationnel faiblit, tandis que le processus de surveillance continue d’opérer, amenant la pensée proscrite au premier plan de la conscience : c’est l’effet rebond ironique. Le TCQ cartographie précisément la diversité des tactiques d’opération utilisées par les individus (distraction, inquiétude, contrôle social) et montre comment certaines d’entre elles — singulièrement l’inquiétude et la punition — augmentent paradoxalement la charge cognitive globale, favorisant l’échec ironique du contrôle.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique du TCQ a fait l’objet de nombreuses investigations dans divers contextes culturels, cliniques et linguistiques, confirmant la robustesse de sa validité méthodologique.
Validité de construit
Dans l’étude princeps de Wells et Davies (1994) menée auprès d’un échantillon normatif non clinique de 105 participants, la structure factorielle à cinq composantes a confirmé que le contrôle des pensées ne constitue pas un trait unidimensionnel, mais un ensemble de composantes distinctes. Des études subséquentes de validation transculturelle, notamment en versions française (Luciano et al., 2005 ; Bouvard et al.), italienne (Sica et al., 2007) et espagnole (Fernández-Berrocal et al.), ont corroboré la stabilité conceptuelle de ces cinq facteurs transversaux.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations différentielles cohérentes avec plusieurs instruments standardisés :
- Corrélation avec l’inventaire de suppression de la pensée (White Bear Suppression Inventory – WBSI) : Les sous-échelles Inquiétude et Punition présentent des corrélations positives statistiquement très significatives avec le WBSI ($r$ oscillant entre 0,40 et 0,55, $p < 0,001$), indiquant que les individus ayant une forte tendance générale à vouloir supprimer leurs pensées utilisent principalement ces deux stratégies inadaptées.
- Corrélation avec l’anxiété et la dépression : L’Inventaire de Dépression de Beck (BDI) et le STAI (State-Trait Anxiety Inventory) affichent des corrélations positives modérées à fortes avec la Punition ($r = 0,45$ à $0,60$) et l’Inquiétude ($r = 0,35$ à $0,50$), tandis que les relations avec la Distraction et la Réévaluation sont généralement faibles, nulles, ou négatives, confirmant la spécificité psychopathologique des stratégies négatives.
- Symptomatologie obsessionnelle-compulsive : Les scores de Punition et d’Inquiétude sont fortement prédictifs des scores sur l’Inventaire Obsessionnel-Compulsif de Maudsley (MOCI) et le Paduan Inventory.
Validité différentielle et discriminante
Le TCQ démontre une excellente capacité à discriminer les populations cliniques des témoins sains. Les patients souffrant de trouble panique, de trouble anxieux généralisé (TAG), de phobie sociale ou de TOC obtiennent des scores significativement plus élevés sur les sous-échelles Punition et Inquiétude comparativement aux groupes contrôles ($p < 0,001$). De plus, des analyses de régression multiple montrent que ces sous-échelles prédisent la sévérité des symptômes anxieux et dépressifs même après contrôle statistique de la propension globale à la suppression de pensée (mesurée par le WBSI), attestant d’une variance explicative incrémentale unique du TCQ.
8. Fidélité / Reliability
Les études psychométriques consacrées au TCQ démontrent une consistance interne globale adéquate et une reproductibilité temporelle confirmée.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon initial de Wells et Davies (1994), les coefficients alpha de Cronbach pour chaque sous-échelle de 6 items s’établissent comme suit :
- Distraction : $\alpha = 0,72$
- Contrôle social : $\alpha = 0,79$
- Inquiétude : $\alpha = 0,64$
- Punition : $\alpha = 0,64$
- Réévaluation : $\alpha = 0,67$
Pour le score total (30 items), le coefficient alpha s’élève généralement au-delà de $\alpha = 0,81$. Dans des échantillons ultérieurs de plus grande envergure (par exemple, Sica et al., 2007, $N = 756$), les indices de cohérence interne se sont révélés encore plus robustes, atteignant 0,74 pour la Distraction, 0,78 pour le Contrôle social, 0,70 pour l’Inquiétude, 0,73 pour la Punition et 0,71 pour la Réévaluation. Ces valeurs se situent dans les standards psychométriques acceptables pour des sous-échelles courtes composées d’un nombre restreint d’items.
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La stabilité temporelle a été documentée sur divers intervalles de temps :
- Sur un intervalle de trois semaines (Wells & Davies, 1994), les coefficients de corrélation de Pearson test-retest sont : Distraction ($r = 0,72$), Contrôle social ($r = 0,73$), Inquiétude ($r = 0,71$), Punition ($r = 0,67$) et Réévaluation ($r = 0,67$), démontrant que les styles de contrôle cognitif possèdent des caractéristiques stables de type « trait » psychologique en l’absence d’intervention thérapeutique ciblée.
- Des études longitudinales complémentaires à 6 et 12 semaines confirment une stabilité test-retest oscillant entre 0,60 et 0,75, attestant de la fiabilité de l’outil pour les protocoles expérimentaux longitudinaux.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle du TCQ a fait l’objet de multiples explorations factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au fil des décennies.
Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Lors de la conception initiale par Wells et Davies (1994), un pool de 36 items préliminaires générés à partir d’entretiens cliniques avec des patients anxieux et des étudiants a été soumis à une analyse en composantes principales avec rotation oblique (OBLIMIN) puis varimax. L’analyse du diagramme d’éboulis (scree plot) de Cattell et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) ont clairement isolé une solution à cinq facteurs distincts. Six items présentant des saturations croisées élevées (> 0,35 sur plusieurs facteurs) ou des saturations primaires insuffisantes (< 0,40) ont été purgés, aboutissant à la version définitive de 30 items (6 items par facteur).
Les saturations factorielles primaires des items finaux s’étendent de 0,41 à 0,78, avec des corrélations modérées entre certains facteurs (notamment entre Inquiétude et Punition, $r \approx 0,32$, et entre Distraction et Réévaluation, $r \approx 0,28$), confirmant à la fois l’autonomie conceptuelle et la non-redondance des dimensions.
Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Des analyses factorielles confirmatoires conduites dans diverses populations internationales ont testé la supériorité du modèle original à 5 facteurs par rapport à des modèles alternatifs (modèle unidimensionnel ou modèle bifactoriel) :
- Le modèle à 5 facteurs oblique présente des indices d’ajustement statistiquement supérieurs : rapport du Chi-deux aux degrés de liberté ($\chi^2/df < 2,5$), Comparative Fit Index (CFI $ge 0,90$), Tucker-Lewis Index (TLI $ge 0,89$) et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA $le 0,055$, IC 90% [0,048 ; 0,062]).
- Certains auteurs (par exemple, Abramowitz et al., 2003) ont proposé une dichotomie secondaire d’ordre supérieur distinguant les stratégies cognitives adaptatives (Distraction, Contrôle social, Réévaluation) des stratégies inadaptées/toxiques (Inquiétude, Punition). Néanmoins, la solution à cinq facteurs de premier ordre reste la configuration recommandée et universellement adoptée dans les études cliniques.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Questionnaire de contrôle des pensées (Thought Control Questionnaire – TCQ).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (auto-rapporté).
- Population cible : Adultes et adolescents (dès 16 ans), populations cliniques et non cliniques.
- Nombre d’items : 30 items répartis équitablement en 5 sous-échelles de 6 items chacune :
- Distraction : Items 1, 9, 16, 19, 21, 30
- Contrôle social : Items 5, 8, 12, 17, 25, 29
- Inquiétude : Items 4, 7, 18, 22, 24, 26
- Punition : Items 2, 6, 11, 13, 15, 28
- Réévaluation : Items 3, 10, 14, 20, 23, 27
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale à 4 points :
- 1 = Never (Jamais)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Often (Souvent)
- 4 = Almost always (Presque toujours)
- Procédure de cotation :
- Les scores de chaque sous-échelle s’obtiennent par la somme brute des 6 items correspondants, générant un sous-score compris entre 6 et 24 points.
- Attention aux items inversés : Dans la version originale de Wells et Davies (1994), les items 5, 8 et 12 (portant sur l’évitement du partage social) sont inversés lors du calcul de la sous-échelle « Contrôle social » (1 = 4, 2 = 3, 3 = 2, 4 = 1) afin qu’un score élevé reflète un recours accru aux échanges avec autrui.
- Le score total du TCQ varie de 30 à 120 points. Un score global élevé sur les sous-échelles Inquiétude et Punition signale un profil à risque élevé de décompensation anxio-dépressive.
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1994 (Wells & Davies, Behaviour Research and Therapy).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le TCQ est la propriété intellectuelle d’Adrian Wells et Martin I. Davies, ainsi que des éditeurs associés (Elsevier Ltd. et John Wiley & Sons).
- Tarifs d’utilisation : Gratuit pour la recherche académique non commerciale, l’enseignement universitaire et la pratique clinique individuelle. Aucuns frais de redevance ne sont exigés pour les chercheurs universitaires utilisant l’échelle dans un cadre non lucratif.
- Conditions d’autorisation : L’utilisation dans le cadre d’essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutique ou dans des applications commerciales nécessite l’accord explicite préalable des détenteurs des droits ou de l’éditeur de référence. Il convient de citer systématiquement la publication originale de Wells et Davies (1994) ainsi que le manuel clinique de Wells (1997).
12. Références / References
Les publications de référence ci-dessous fournissent le cadre théorique et les données psychométriques associées à l’échelle :
- Abramowitz, J. S., Whiteside, S., Kalsy, S. A., & Tolin, D. F. (2003). Thought control strategies in obsessive-compulsive disorder: A replication and extension. Behaviour Research and Therapy, 41(5), 529–540. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(02)00025-9
- Bouvard, M., Fournet, N., Denis, A., & Hermand, D. (2007). Évaluation des stratégies de contrôle des pensées : validation de la version française du Questionnaire de Contrôle des Pensées (TCQ). L’Encéphale, 33(3), 289–298.
- Luciano, J. V., Algarabel, S., Tomás, J. M., & Martínez, J. L. (2005). Development and validation of the Spanish version of the Thought Control Questionnaire. European Journal of Psychological Assessment, 21(3), 192–200. https://doi.org/10.1027/1015-5759.21.3.192
- Sica, C., Coradeschi, D., Sanavio, E., Dorz, S., & Novara, C. (2007). A study of the Italian version of the Thought Control Questionnaire. Depression and Anxiety, 24(7), 485–496. https://doi.org/10.1002/da.20235
- Wegner, D. M. (1994). Ironic processes of mental control. Psychological Review, 101(1), 34–52. https://doi.org/10.1037/0033-295X.101.1.34
- Wells, A. (1997). Cognitive therapy of anxiety disorders: A practice manual and conceptual guide. John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9780470713662
- Wells, A., & Davies, M. I. (1994). The Thought Control Questionnaire: A measure of cognitive thought control strategies. Behaviour Research and Therapy, 32(8), 871–878. https://doi.org/10.1016/0005-7967(94)90168-7
- Wells, A., & Matthews, G. (1994). Attention and emotion: A clinical perspective. Lawrence Erlbaum Associates.
- Wells, A., & Matthews, G. (1996). Modelling cognition in emotional disorder: The S-REF model. Behaviour Research and Therapy, 34(11–12), 881–888. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(96)00050-2
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
When I experience an unpleasant/unwanted thought:
Response scale: 1 = Never, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Almost always
- I call to mind positive images instead
- I tell myself not to be so stupid
- I focus on the thought
- I replace the thought with a more trivial bad thought
- I don’t talk about the thought to anyone
- I punish myself for thinking the thought
- I dwell on other worries
- I keep the thought to myself
- I occupy myself with work instead
- I challenge the thought’s validity
- I get angry at myself for having the thought
- I avoid discussing the thought
- I shout at myself for having the thought[quads id=5]
- I analyse the thought rationally
- I slap or pinch myself to stop the thought
- I think pleasant thoughts instead
- I find out how my friends deal with these thoughts
- I worry about more minor things instead
- I do something that I enjoy
- I try to reinterpret the thought
- I think about something else
- I think more about the more minor problems I have
- I try a different way of thinking about it
- I think about past worries instead
- I ask my friends if they have similar thoughts
- I focus on different negative thoughts
- I question the reasons for having the thought
- I tell myself that something bad will happen if I think the thought
- I talk to a friend about the thought
- I keep myself busy