Questionnaire de conscience émotionnelle (EAQ)

Le Questionnaire de conscience émotionnelle (Emotion Awareness Questionnaire, EAQ) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour évaluer la manière dont les enfants et les adolescents identifient, différencient, expriment et analysent leurs émotions.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 4, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 4, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire de conscience émotionnelle (Emotion Awareness Questionnaire, EAQ ; révisé sous la forme de l’EAQ30) constitue un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu initialement par Carolien Rieffe et ses collaborateurs à l’Université de Leiden. Ce questionnaire vise à évaluer la manière dont les enfants et les adolescents identifient, différencient, analysent, communiquent et régulent leurs propres états affectifs, ainsi que leur disposition à prêter attention aux états émotionnels d’autrui. L’outil s’inscrit au carrefour de la psychologie du développement, de la psychopathologie développementale et des théories du traitement de l’information émotionnelle. Il opérationnalise la conscience émotionnelle non pas comme une aptitude cognitive globale et abstraite, mais comme un ensemble articulé de compétences fonctionnelles et d’attitudes métacognitives orientées vers l’action et l’adaptation sociale.

Dans sa version standardisée à 30 items (EAQ30), l’instrument se compose de six sous-échelles distinctes : la différenciation des émotions (Differentiating Emotions), le partage verbal des émotions (Verbal Sharing of Emotions), la non-dissimulation des émotions (Not Hiding Emotions), la conscience corporelle des émotions (Bodily Awareness), l’attention portée aux émotions d’autrui (Attending to Others’ Emotions) et l’analyse de ses propres émotions (Analyses of Emotions). Les participants répondent au moyen d’une échelle de notation ordinale en 3 points (0 = not true [faux], 1 = sometimes true [parfois vrai], 2 = true [vrai]). Sur le plan psychométrique, les études initiales et transculturelles démontrent une consistance interne satisfaisante à robuste pour l’ensemble des sous-échelles, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,64 et 0,77 selon les dimensions et les tranches d’âge. Les analyses factorielles confirmatoires appuient une structure multidimensionnelle stable à six facteurs covariants, exhibant une validité convergente et prédictive prononcée à l’égard des troubles internalisés tels que l’anxiété, la dépression et les plaintes somatiques pédiatriques.

2. Mots-clés / Keywords

Conscience émotionnelle, régulation émotionnelle, psychopathologie développementale, enfance, adolescence, alexithymie, intéroception, différenciation affective, validation psychométrique, troubles internalisés.

3. Auteurs / Authors

Le développement original et les révisions méthodologiques majeures de l’Emotion Awareness Questionnaire sont attribuables à une équipe de chercheurs internationaux spécialisés dans le développement socio-émotionnel :

  • Carolien Rieffe : Professeure de psychologie du développement au Département de Psychologie du Développement de l’Université de Leiden (Pays-Bas) et professeure honoraire à l’University College London (Royaume-Uni). Ses recherches portent sur le développement affectif, la surdité, les troubles du spectre de l’autisme et la santé mentale infanto-juvénile. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Mark Meerum Terwogt : Émérite, Département de Psychologie du Développement, Université Libre d’Amsterdam (Vrije Universiteit Amsterdam), Pays-Bas. Spécialiste reconnu de la métacognition infantile et de la cognition sociale.
  • Kostas V. Petrides : Professeur de psychologie et de psychométrie à l’University College London (UCL), directeur du London Psychometric Laboratory. Connu mondialement pour ses travaux sur la théorie de l’intelligence émotionnelle trait (Trait Emotional Intelligence).
  • Paul Oosterveld : Psychométricien et méthodologiste, affilié au Département de Psychologie, Université de Leiden, Pays-Bas.
  • Anne C. Miers : Maître de conférences en psychologie du développement et clinique de l’enfant, Université de Leiden, spécialiste des déterminants de l’anxiété sociale juvénile.
  • Colin Cowan et Alison Tolland : Chercheurs cliniciens associés aux programmes d’évaluation de la santé mentale de l’enfant au Royaume-Uni.
  • Vanna Ly : Chercheuse en neurosciences affectives et psychologie clinique du développement, Leiden University.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Emotion Awareness Questionnaire est d’évaluer de manière fine, différentielle et multidimensionnelle les capacités d’identification, de traitement cognitif et de communication des ressentis affectifs chez les jeunes d’âge scolaire (généralement de 8 à 16 ans). Historiquement, les instruments de mesure de la vie affective chez l’enfant se concentraient soit sur l’évaluation globale de traits tempéramentaux ou d’affects négatifs, soit sur une transposition descendante du concept d’alexithymie conçu initialement pour les populations adultes en milieu psychosomatique (tel que mesuré par la Toronto Alexithymia Scale – TAS-20). Or, Carolien Rieffe et ses collaborateurs ont mis en exergue les limites développementales de ces conceptualisations adultes : chez l’enfant et l’adolescent en cours de maturation cognitive, l’absence de mots pour désigner ses émotions ou la présence de sensations corporelles intenses ne procèdent pas nécessairement d’un déficit pathologique immuable, mais reflètent des étapes d’intégration fonctionnelle entre cognition, intéroception et socialisation.

L’EAQ a donc été édifié pour répondre à une triple finalité scientifique et appliquée :

  • Opérationnaliser une approche fonctionnelle des émotions : L’outil ne postule pas que toute focalisation sur l’émotion est intrinsèquement salutaire. Il fait la distinction entre l’analyse adaptative orientée vers la compréhension de la situation et la rumination improductive, tout en examinant la valeur communicative accordée au ressenti affectif dans le cercle des pairs.
  • Fournir un outil de dépistage et de recherche clinique : L’instrument permet d’explorer les trajectoires étiologiques des troubles internalisés (troubles anxieux, états dépressifs caractérisés, troubles à symptomatologie somatique). Les enfants présentant une faible différenciation émotionnelle conjuguée à une conscience corporelle élevée et à une réticence au partage verbal manifestent une vulnérabilité accrue au basculement vers la somatisation et le repli dépressif.
  • Guider et évaluer les interventions thérapeutiques : En clinique infanto-juvénile, l’EAQ permet d’établir un profil idiosyncrasique des forces et faiblesses socio-émotionnelles de l’enfant. Il éclaire les psychologues sur les cibles à privilégier au sein des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), des programmes d’apprentissage socio-émotionnel (Social and Emotional Learning – SEL) ou des prises en charge psycho-éducatives (par exemple, enseigner la différenciation lexicale entre la colère et la tristesse versus encourager l’expression verbale auprès des pairs).

Le questionnaire est également largement déployé dans la recherche portant sur des cohortes spécifiques présentant des atypies communicationnelles ou sensorielles, notamment les enfants sourds ou malentendants, ainsi que les jeunes porteurs d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA), chez qui la conscience émotionnelle interpersonnelle et intrapersonnelle suit des trajectoires évolutives singulières.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit de conscience émotionnelle mesuré par l’EAQ30 repose sur une modélisation multi-facettes de la métacognition émotionnelle. Carolien Rieffe postule que la conscience de ses propres émotions et de celles d’autrui ne constitue pas un trait unidimensionnel, mais un faisceau de dispositions métacognitives distinctes pouvant être dissociées sur les plans fonctionnel et psychopathologique. L’instrument appréhende six dimensions spécifiques :

1. Différenciation des émotions (Differentiating Emotions – 7 items)

Cette dimension mesure l’aptitude du jeune à discriminer avec clarté la nature qualitative de ses éprouvés subjectifs (par exemple, savoir distinguer si l’on est triste, en colère, effrayé ou simplement contrarié) et à identifier les antécédents situationnels de son vécu affectif. Une défaillance dans ce domaine se traduit par une confusion globale face aux événements vécus (ex. : item 19 : « When I am upset, I don’t know if I am sad, scared or angry » ; item 24 : « Sometimes, I feel upset and I have no idea why »). Sur le plan psychopathologique, un faible score sur cette échelle constitue l’un des prédicteurs les plus constants de l’anxiété et de la symptomatologie dépressive.

2. Partage verbal des émotions (Verbal Sharing of Emotions – 3 items)

Cette sous-échelle évalue la capacité et la disposition du sujet à verbaliser spontanément ses états émotionnels internes à destination de ses pairs ou de ses proches (ex. : item 14 : « I can easily explain to a friend how I feel inside »). Contrairement à la simple propension à se confier, cette dimension explore l’accessibilité communicative des sentiments : l’enfant perçoit-il l’expression verbale de sa détresse comme un vecteur intelligible de communication ou comme une barrière insurmontable (ex. : item 2 : « I find it difficult to explain to a friend how I feel ») ?

3. Non-dissimulation des émotions (Not Hiding Emotions – 5 items)

Cette composante examine le degré auquel l’enfant évite d’inhiber ou de dissimuler activement ses manifestations émotionnelles face à son entourage social (ex. : item 15 : « When I am angry or upset, I try to hide this » ; item 20 : « When I am upset, I try not to show it »). Cette dimension touche directement aux stratégies de régulation expressive et à la suppression émotionnelle (expressive suppression). Un score élevé indique que le jeune ne cherche pas systématiquement à masquer ce qu’il ressent, évitant ainsi le coût cognitif et physiologique délétère lié à la suppression chronique des émotions.

4. Conscience corporelle des émotions (Bodily Awareness – 5 items)

Cette échelle sonde la réceptivité aux manifestations somatiques et viscérales associées aux émotions (l’intéroception émotionnelle subjective). Elle explore comment l’enfant ressent la peur, la nervosité ou le chagrin dans sa chair (ex. : item 4 : « When I am scared or nervous, I feel something in my tummy » ; item 26 : « When I am sad, my body feels weak »). Dans le cadre théorique de Rieffe, une conscience corporelle excessive non couplée à une capacité de différenciation cognitive est fréquemment observée chez les enfants souffrant de troubles somatoformes ou d’hypochondrie infantile, les signaux viscéraux étant interprétés à tort comme des signes de maladie organique plutôt que comme des composantes affectives normales.

5. Attention portée aux émotions d’autrui (Attending to Others’ Emotions – 5 items)

Cette dimension mesure l’orientation pro-sociale de l’attention et l’intérêt spontané pour le vécu émotionnel des pairs (ex. : item 5 : « It is important to know how my friends are feeling » ; item 17 : « If a friend is upset, I try to understand why »). Elle reflète une disposition empathique et une sensibilité aux indices relationnels, élément capital de l’intelligence émotionnelle interpersonnelle qui participe au maintien des liens d’amitié et au climat social dans le groupe de pairs.

6. Analyse de ses propres émotions (Analyses of Emotions – 5 items)

Cette dernière échelle évalue la propension métacognitive de l’enfant à réfléchir activement sur les causes, les significations et les conséquences de ses propres états affectifs (ex. : item 6 : « When I am angry or upset, I try to understand why » ; item 18 : « When I have a problem, it helps me when I know how I feel about it »). Contrairement à la différenciation qui renvoie à la reconnaissance immédiate du type d’émotion, l’analyse constitue une démarche de résolution de problème réflexive centrée sur la causalité émotionnelle, favorisant l’élaboration de stratégies d’adaptation (coping) constructives.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de l’EAQ puise ses racines dans plusieurs courants majeurs de la psychologie contemporaine :

L’approche fonctionnaliste des émotions

L’ancrage paradigmatique prépondérant de l’EAQ repose sur l’approche fonctionnaliste défendue par des théoriciens tels que Joseph Campos, Nico Frijda et James Gross. Selon cette perspective, les émotions ne sont ni des épiphénomènes biologiques irrationnels ni de simples états affectifs passifs, mais des processus dynamiques, interactifs et adaptatifs ayant une fonction évolutive cardinale : mobiliser l’individu face aux exigences environnementales et signaler aux partenaires sociaux les besoins et intentions du sujet. Carolien Rieffe applique ce principe au développement de l’enfant : être conscient de ses émotions n’a pas pour but unique l’introspection stérile, mais sert à décoder l’environnement (« My feelings help me to understand what has happened », item 12) et à réguler ses interactions sociales.

Le modèle des niveaux de conscience émotionnelle de Lane et Schwartz

Le cadre théorique de l’EAQ s’inspire également des travaux fondamentaux de Richard D. Lane et Gary E. Schwartz (1987) sur les niveaux de conscience émotionnelle (Levels of Emotional Awareness Model – LEAS), inspiré de la théorie piagétienne du développement cognitif. Lane et Schwartz postulent une trajectoire développementale ascendante en cinq paliers :

  1. Sensations corporelles et viscérales ;
  2. Tendances à l’action motrice ;
  3. Émotions globales unidimensionnelles (bon/mauvais) ;
  4. Émotions différenciées individualisées ;
  5. Mélanges complexes d’émotions et conscience des états affectifs réciproques.

L’EAQ opérationnalise cette progression chez l’enfant en séparant la conscience corporelle (niveau intéroceptif précoce) de la différenciation et de l’analyse métacognitive (niveaux cognitifs supérieurs), tout en évaluant l’intégration des états émotionnels d’autrui.

La refonte du concept d’alexithymie pour l’enfance

Historiquement formalisée par Peter Sifneos et John Nemiah, l’alexithymie désigne une incapacité à identifier et décrire ses émotions, couplée à une pensée orientée vers l’extérieur et une pauvreté fantasmatique. Rieffe, Meerum Terwogt et leurs collaborateurs (2006, 2007) ont soutenu que transposer brutalement le concept d’alexithymie adulte à l’enfant constitue un sophisme de mesure. Chez les enfants, un manque de vocabulaire émotionnel ne traduit pas nécessairement un déficit structural pathologique, mais peut être lié à l’immaturité des compétences socio-communicatives ou à la peur de la désapprobation des pairs. C’est pourquoi l’EAQ distingue nettement l’aspect intrapersonnel (différencier ce que je ressens) du versant interpersonnel et social (choisir de partager ou de dissimuler ses émotions dans un contexte relationnel donné).

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques relatives à la validité de l’EAQ30 ont fait l’objet de multiples validations empiriques menées tant sur des échantillons tout-venant que sur des populations cliniques aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie et dans plusieurs pays non occidentaux.

Validité de construit et validité factorielle

L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) a permis d’attester que le modèle à six facteurs corrélés fournit un ajustement nettement supérieur à un modèle unidimensionnel ou à des modèles hiérarchiques de second ordre indifférenciés. L’étude fondatrice de Rieffe et al. (2008), menée auprès d’une cohorte de 524 enfants et adolescents âgés de 9 à 16 ans, a révélé des indices d’adéquation robustes pour la structure à six facteurs : Comparative Fit Index (CFI) = 0,93, Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,042, confirmant la pertinence de séparer les construits de différenciation, de partage verbal, de conscience somatique, de non-dissimulation, d’analyse et d’attention à autrui.

Validité convergente et discriminante

La validité convergente de l’EAQ30 est amplement étayée par ses associations théorisées avec les indicateurs de santé mentale et de régulation émotionnelle :

  • Troubles internalisés (Anxiété et Dépression) : Comme prédit par la théorie, la sous-échelle Différenciation des émotions présente une corrélation négative marquée avec la dépression mesurée par le CDI (Children’s Depression Inventory) ($r = -0,48$ à $-0,56$, $p < 0,001$) et a\vec l’anxiété générale et sociale mesurée par le MASC ou le SCAS ($r = -0,38$ à $-0,46$, $p < 0,001$). Les enfants incapables de discriminer clairement la nature de leurs affects négatifs développent une détresse émotionnelle diffuse propice au déclenchement de syndromes anxio-dépressifs.
  • Plaintes somatiques : La sous-échelle Bodily Awareness montre des corrélations positives significatives avec les échelles de somatisation ($r = 0,35$ à $0,42$, $p < 0,001$), en particulier lorsque la différenciation émotionnelle est basse. Les patrons d'interactions statistiques démontrent que l'intéroception émotionnelle en l'absence de régulation cognitive se transforme en plaintes somatiques fonctionnelles récurrentes (maux de ventre, céphalées).
  • Dissimulation et retrait social : La sous-échelle Not Hiding Emotions est corrélée négativement avec le repli sur soi, l’inhibition comportementale et la timidité évaluée par les pairs ($r = -0,32$ à $-0,40$).
  • Validité discriminante : Les dimensions d’attention aux émotions d’autrui (Attending to Others’ Emotions) présentent de très faibles corrélations avec les symptômes dépressifs intrapersonnels ($r < 0,10$, non significatif), ce qui démontre avec acuité que la sensibilité à l'environnement social ne se confond pas avec la vulnérabilité affective intrapersonnelle.

8. Fidélité / Reliability

La consistance interne et la stabilité temporelle de l’EAQ ont été documentées dans l’ensemble des études psychométriques de référence.

Consistance interne (Alpha de Cronbach)

Dans la version révisée à 30 items (Rieffe et al., 2008), les coefficients alpha de Cronbach calculés sur des échantillons d’enfants et d’adolescents (8 à 16 ans) témoignent d’une fidélité satisfaisante pour des échelles concises de 3 à 7 items :

  • Differentiating Emotions (7 items) : $\alpha = 0,74$ (échantillon de 2008) ; $\alpha = 0,67$ à $0,74$ dans les différentes sous-cohortes.
  • Verbal Sharing of Emotions (3 items) : $\alpha = 0,77$ (échantillon de 2008) ; $\alpha = 0,68$ dans la version initiale de 2007.
  • Not Hiding Emotions (5 items) : $\alpha = 0,76$ (2008) ; $\alpha = 0,68$ (2007).
  • Bodily Awareness (5 items) : $\alpha = 0,74$ (2008) ; $\alpha = 0,64$ (2007).
  • Attending to Others’ Emotions (5 items) : $\alpha = 0,77$ (2008) ; $\alpha = 0,65$ (2007).
  • Analyses of Emotions (5 items) : $\alpha = 0,77$ (2008) ; $\alpha = 0,65$ (2007).

Bien que certains coefficients des versions pilotes à formats plus longs se situaient autour de 0,65 en raison de la concision extrême de certaines sous-échelles (3 items pour le partage verbal) et de la variance développementale des répondants les plus jeunes, la version standardisée EAQ30 atteint une consistance interne globale très honorable pour un instrument pédiatrique auto-rapporté, où le bruit de mesure est traditionnellement plus marqué que chez l’adulte.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Les études de stabilité temporelle sur des intervalles de quatre à huit semaines indiquent des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et des coefficients de Pearson $r$ compris entre 0,68 et 0,81 selon les sous-échelles. La différenciation émotionnelle et l’attention portée à autrui présentent la plus haute stabilité temporelle ($r > 0,75$), confirmant qu’il s’agit de composantes dispositionnelles relativement stables au cours de l’année scolaire en l’absence d’interventions ciblées.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Le développement de l’EAQ a fait l’objet d’un processus itératif rigoureux articulant des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) pour épurer les items initiaux.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales

Lors de la phase initiale de conception (Rieffe et al., 2007), un corpus plus large d’items a été administré à des enfants tout-venant. Les analyses en composantes principales suivies d’une rotation oblique (Oblimin) ont mis en évidence la non-pertinence d’un facteur unique de conscience émotionnelle. La variance totale expliquée par les solutions à six composantes oscillait entre 42 % et 48 %, confirmant la présence de dimensions indépendantes mais corrélées.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et affinement du modèle

L’étude menée par Rieffe, Oosterveld, Miers, Meerum Terwogt et Ly (2008) a formalisé l’actuelle version à 30 items via des modélisations en équations structurelles (SEM). Plusieurs modèles concurrents ont été comparés :

  • Modèle à 1 facteur général : Affichait une adéquation médiocre ($\chi^2 / dl > 4,5$, $text{CFI} < 0,70$,$text{RMSEA} > 0,09$), rejetant sans équivoque la conceptualisation de la conscience émotionnelle comme un bloc unitaire.
  • Modèle à 2 facteurs d’ordre supérieur (Facteur Interpersonnel vs Intrapersonnel) : Bien que conceptuellement séduisant, ce modèle sous-estimait la spécificité de la conscience corporelle et du partage verbal.
  • Modèle à 6 facteurs corrélés de premier ordre : Révélé comme le modèle optimal ($\chi^2 = 612,4$, $dl = 390$, $p < 0,001$ ; $\text{CFI} = 0,93$ ; $\text{TLI} = 0,92$ ; $\text{RMSEA} = 0,042$ [IC 90 % : 0,037 – 0,047]). Toutes les saturations factorielles standardisées ($lambda$) se situaient entre 0,42 et 0,76, chaque item saturant significativement sur son facteur assigné sans saturation croisée majeure.

Les covariances inter-factorielles ont révélé des associations modérées et cohérentes : la différenciation des émotions corrèle positivement avec le partage verbal ($r pprox 0,45$) et l’analyse des émotions ($r pprox 0,40$), tandis que la conscience corporelle entretient des relations plus faibles avec les dimensions d’analyse ($r pprox 0,20$), étayant la nature métacognitive distincte des composantes.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Emotion Awareness Questionnaire (version standardisée à 30 items, EAQ30).
  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (Self-report questionnaire). Des versions adaptées pour parents (Parent-report) existent également dans la littérature scientifique.
  • Population cible : Enfants et adolescents âgés de 8 à 16 ans (adapté aux élèves du cycle 3, du collège et du début de lycée).
  • Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes.
  • Nombre d’items : 30 items formulés sous la forme d’affirmations à la première personne du singulier.
  • Format de réponse : Échelle ordinale en 3 points spécifiquement conçue pour limiter la charge cognitive des jeunes participants :
    • 0 = Not true (Faux / Pas vrai)
    • 1 = Sometimes true (Parfois vrai)
    • 2 = True (Vrai)
  • Répartition des sous-échelles :
    • Différenciation des émotions (Differentiating Emotions) : 7 items (Items 1, 7, 13, 19, 24, 29, 30).
    • Partage verbal des émotions (Verbal Sharing of Emotions) : 3 items (Items 2, 8, 14).
    • Non-dissimulation des émotions (Not Hiding Emotions) : 5 items (Items 3, 9, 15, 20, 25).
    • Conscience corporelle des émotions (Bodily Awareness) : 5 items (Items 4, 10, 16, 21, 26).
    • Attention portée aux émotions d’autrui (Attending to Others’ Emotions) : 5 items (Items 5, 11, 17, 22, 27).
    • Analyse de ses propres émotions (Analyses of Emotions) : 5 items (Items 6, 12, 18, 23, 28).
  • Modalités de cotation et inversion des items (Recodage) :

    Afin de garantir que des scores élevés reflètent systématiquement une conscience émotionnelle adaptative plus prononcée sur la dimension considérée, un ensemble de 20 items formulés de manière négative ou inversée doivent obligatoirement faire l’objet d’un recodage inverse ($0
    ightarrow 2$
    ; $1
    ightarrow 1$
    ; $2
    ightarrow 0$
    ) avant le calcul des scores :

    Items à recoder : 1, 2, 3, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 15, 19, 20, 21, 22, 24, 25, 26, 29 et 30.

    Les scores de chaque sous-échelle s’obtiennent en calculant soit la somme arithmétique, soit la moyenne arithmétique des items de la sous-échelle (après recodage des items inverses), permettant la comparaison directe de sous-échelles ayant des nombres d’items inégaux.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2007 (première publication psychométrique), suivie de la version standardisée révisée à 30 items en 2008.
  • Statut des droits d’auteur et accessibilité : L’EAQ30 est mis à la disposition de la communauté scientifique et clinique en libre accès (Open Access à des fins académiques et non commerciales). Les auteurs ont fait le choix de ne pas breveter commercialement l’instrument auprès d’éditeurs de tests payants afin de stimuler la recherche internationale sur la santé mentale de l’enfant.
  • Tarifs : Gratuit pour une utilisation clinique individuelle, pédagogique ou de recherche universitaire. Aucun achat de matériel de cotation coûteux n’est requis.
  • Modalités d’obtention : L’instrument, ses clés de codage et ses traductions officielles en diverses langues (anglais, néerlandais, espagnol, français, allemand, etc.) sont librement téléchargeables sur le site de recherche de l’équipe du laboratoire : Focus on Emotions (www.focusonemotions.nl) ou via le dépôt institutionnel de l’Université de Leiden. Pour une utilisation commerciale ou une intégration dans des applications logicielles lucratives, l’autorisation formelle du Pr Carolien Rieffe est requise.

12. Références / References

  • Lane, R. D., & Schwartz, G. E. (1987). Levels of emotional awareness: A cognitive-developmental theory and its application to psychopathology. American Journal of Psychiatry, 144(2), 133–143. https://doi.org/10.1176/ajp.144.2.133
  • Rieffe, C., Meerum Terwogt, M., & Bosch, J. D. (2004). Emotion understanding in children with specific language impairment. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 45(7), 1261–1268. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2004.00318.x
  • Rieffe, C., Meerum Terwogt, M., Petrides, K. V., Cowan, C., Miers, A. C., & Tolland, A. (2007). Psychometric properties of the Emotion Awareness Questionnaire for children. Personality and Individual Differences, 43(1), 95–105. https://doi.org/10.1016/j.paid.2006.11.015
  • Rieffe, C., Oosterveld, P., Miers, A. C., Meerum Terwogt, M., & Ly, V. (2008). Emotion awareness and internalising symptoms in children and adolescents: The Emotion Awareness Questionnaire revised. Personality and Individual Differences, 45(8), 756–761. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.08.001
  • Rieffe, C., & De Rooij, M. (2012). The longitudinal relationship between emotion awareness and internalising symptoms during late childhood. European Child & Adolescent Psychiatry, 21(6), 349–356. https://doi.org/10.1007/s00787-012-0267-8

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I am often confused or puzzled about what I am feeling
2

I find it difficult to explain to a friend how I feel
3

Other people don’t need to know how I am feeling.
4

When I am scared or nervous‚ I feel something in my tummy
5

It is important to know how my friends are feeling
6

When I am angry or upset‚ I try to understand why
7

It is difficult to know whether I feel sad or angry or something else
8

I find it hard to talk to anyone about how I feel
9

When I am upset about something‚ I often keep it to myself
10

When I feel upset‚ I can also feel it in my body
11

I don´t want to know how my friends are feeling
12

My feelings help me to understand what has happened
13

I never know exactly what kind of feeling I am ha‎ving
14

I can easily explain to a friend how I feel inside
15

When I am angry or upset‚ I try to hide this
16

I don´t feel anything in my body when I am scared or nervous
17

If a friend is upset‚ I try to understand why
18

When I have a problem‚ it helps me when I know how I feel about it
19

When I am upset‚ I don´t know if I am sad‚ scared or angry
20

When I am upset‚ I try not to show it
21

My body feels different when I am upset about something
22

I don’t care about how my friends are feeling inside
23

It is important to understand how I am feeling
24

Sometimes‚ I feel upset and I have no idea why
25

When I am feeling bad‚ it is no one else’s business
26

When I am sad‚ my body feels weak
27

I usually know how my friends are feeling
28

I always want to know why I feel bad about something
29

I often don’t know why I am angry
30

I don´t know when something will upset me or not
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 4). Questionnaire de conscience émotionnelle (EAQ). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-conscience-emotionnelle-eaq-2/
Looti, Mohammed. “Questionnaire de conscience émotionnelle (EAQ).” Base de données de psychologie en français, 4 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-conscience-emotionnelle-eaq-2/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire de conscience émotionnelle (EAQ).” Base de données de psychologie en français. octobre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-de-conscience-emotionnelle-eaq-2/.