1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire de conscience de soi (Awareness Questionnaire, AQ), initialement développé par Mark Sherer et ses collaborateurs (1998), est un instrument psychométrique de référence internationale conçu pour quantifier et qualifier les altérations de la conscience de soi (ou anosognosie) chez les personnes ayant subi une lésion cérébrale acquise, en particulier un traumatisme crânio-cérébral (TCC) ou un accident vasculaire cérébral (AVC). Le paradigme d’évaluation repose sur une approche trifactorielle par informateurs multiples, comprenant trois versions parallèles strictement appariées : une auto-évaluation complétée par le patient, une hétéro-évaluation remplie par un proche significatif (conjoint, parent) et une hétéro-évaluation administrée par un clinicien ou un professionnel de la réadaptation connaissant bien l’état fonctionnel de l’individu.
L’échelle comprend 17 items évaluant le fonctionnement actuel en comparaison directe avec le niveau prélésionnel de la personne. Ces items couvrent trois grands domaines neurocognitifs et comportementaux : le fonctionnement moteur et sensoriel, le fonctionnement cognitif supérieur (mémoire, attention, planification, prise de décision) et les compétences comportementales et affectives (régulation émotionnelle, compétences sociales, tolérance à la frustration). Chaque item est coté sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« nettement diminué / bien pire ») à 5 (« nettement amélioré / bien meilleur »), le score 3 désignant un fonctionnement identique à l’état prélésionnel (« à peu près identique »). Le score global de chaque formulaire oscille entre 17 et 85 points.
La mesure opérationnelle de la conscience de soi s’obtient principalement par le calcul d’un score de divergence (discrepancy score), établi par la soustraction de l’évaluation de l’observateur (proche ou clinicien) du score d’auto-évaluation du patient. Un différentiel positif statistiquement significatif traduit une surestimation des compétences et met en exergue un déficit d’auto-conscience (anosognosie), tandis qu’un différentiel nul reflète une prise de conscience exacte, et qu’un score négatif peut suggérer une sous-estimation des capacités ou une détresse anxio-dépressive. Les études psychométriques mettent en évidence une consistance interne robuste (alpha de Cronbach variant généralement de 0,84 à 0,91 selon les versions), une stabilité test-retest substantielle (coefficients intraclasses > 0,80) ainsi qu’une excellente validité concourante et écologique pour prédire la réinsertion socioprofessionnelle et l’adhésion aux programmes de rééducation.
2. Mots-clés / Keywords
Conscience de soi, Anosognosie, Traumatisme crânio-cérébral, Lésion cérébrale acquise, Évaluation neuropsychologique, Awareness Questionnaire, Disparité inter-évaluateurs, Réadaptation cognitive, Fonctions exécutives, Validité écologique, Neuropsychologie clinique, Réinsertion professionnelle, Hétéro-évaluation, Auto-évaluation.
3. Auteurs / Authors
L’Awareness Questionnaire a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de premier plan en neuropsychologie de la réadaptation au sein du Traumatic Brain Injury Model Systems aux États-Unis :
- Mark Sherer, Ph.D., ABPP-CN : Neuropsychologue clinicien, directeur de la recherche et directeur associé au TIRR Memorial Hermann, professeur titulaire au département de médecine physique et de réadaptation du Baylor College of Medicine (Houston, Texas, États-Unis). Auteur principal des travaux fondamentaux sur l’évaluation quantitative de l’anosognosie post-traumatique.
- Pamela J. Bergloff, M.S. : Chercheuse clinicienne affiliée au Methodist Rehabilitation Center (Jackson, Mississippi, États-Unis).
- Harvey S. Levin, Ph.D. : Professeur émérite au Department of Physical Medicine and Rehabilitation du Baylor College of Medicine, pionnier de la recherche neurocomportementale sur les lésions cérébrales traumatiques.
- Walter M. High Jr., Ph.D. : Neuropsychologue et professeur associé aux départements de médecine physique et réadaptation de l’University of Kentucky College of Medicine (Lexington, Kentucky, États-Unis).
- Kevin L. Oden, M.D. : Médecin spécialiste en médecine physique et de réadaptation, Methodist Rehabilitation Center.
- Todd G. Nick, Ph.D. : Biostatisticien, spécialiste des méthodologies quantitatives appliquées aux sciences biomédicales et à la réadaptation.
- Version néerlandaise (validation transculturelle européenne) : Geert J. Geurtsen, Ph.D., et ses collaborateurs (2005), département de psychologie médicale et de réadaptation, Amsterdam UMC, Pays-Bas.
4. Objectif / Purpose
Le Questionnaire de conscience de soi a été développé dans le but fondamental de résoudre une difficulté méthodologique majeure de la neuropsychologie clinique : l’objectivation systématique, reproductible et standardisée de la perte de conscience de soi (self-awareness) survenant consécutivement à une atteinte cérébrale focale ou diffuse. L’anosognosie post-lésionnelle n’est pas un phénomène binaire (présent ou absent), mais un trouble dimensionnel, dynamique et complexe. Les patients qui en souffrent manifestent une incapacité totale ou partielle à reconnaître leurs perturbations cognitives, exécutives, motrices ou socio-affectives, ou à appréhender les répercussions fonctionnelles directes de ces séquelles sur leur autonomie au quotidien.
Sur le plan clinique, l’anosognosie représente l’un des obstacles les plus redoutables à l’intervention thérapeutique. Un patient n’ayant pas conscience de ses troubles mnésiques ou de ses déficits attentionnels n’éprouve aucun besoin spontané d’adopter des stratégies compensatoires (carnets mémoire, alarmes numériques), refuse fréquemment de participer aux thérapies de réadaptation cognitive, exprime de l’irritabilité ou de l’hostilité face aux restrictions imposées par le corps médical (par exemple, l’interdiction légale de conduire un véhicule ou la nécessité d’une tutelle financière) et s’expose à des risques accidentels élevés. L’objectif premier de l’AQ est donc d’identifier la présence, la sévérité et la nature thématique des lacunes de conscience de soi dès le séjour en unité de soins aigus ou en centre de réadaptation fonctionnelle.
L’innovation conceptuelle du questionnaire réside dans l’utilisation conjointe de trois perspectives divergentes mais complémentaires. En confrontant l’auto-évaluation du patient aux appréciations indépendantes portées par son entourage proche (qui observe le comportement écologique au domicile) et par l’équipe soignante (qui observe la performance en situation standardisée de soin), l’AQ permet de tracer un profil différentiel extrêmement précis. Il discrimine les domaines où la conscience est préservée (souvent les atteintes motrices patentes) de ceux où l’altération est majeure (typiquement les déficits exécutifs, la prise de recul métacognitive ou le contrôle émotionnel).
En recherche translationnelle, l’AQ est largement utilisé comme variable intermédiaire ou d’efficacité pour tester des protocoles de remédiation métacognitive, évaluer la trajectoire longitudinale de récupération neurofonctionnelle sur plusieurs années, ou encore modéliser les prédicteurs psychosociaux du retour à l’emploi (return-to-work). En facilitant l’identification des cibles de réadaptation prioritaires, il permet aux équipes multidisciplinaires de concevoir des programmes d’entraînement individualisés fondés sur des rétroactions vidéo, des analyses de divergence guidées et des contrats comportementaux personnalisés.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le Questionnaire de conscience de soi est l’auto-conscience post-lésionnelle, définie au niveau opérationnel comme la capacité d’une personne cérébrolésée à estimer de façon congruente et réaliste ses capacités fonctionnelles actuelles en les rapportant à son niveau de performance prélésionnel. Le modèle sous-jacent de l’AQ ne traite pas la conscience de soi comme un trait de personnalité univoque, mais comme un construit multidimensionnel englobant trois sous-domaines fonctionnels fondamentaux :
1. Le domaine moteur et sensoriel (Items 14, 15, 16)
Cette dimension évalue l’intégrité de la conscience portant sur les habiletés physiques élémentaires et coordonnées. Elle sonde la perception par le sujet de sa capacité à marcher sans trébucher ni chuter (item 14), à mobiliser efficacement ses deux mains pour manipuler des objets (item 15), ainsi qu’à percevoir nettement son environnement visuel et à apprécier le relief et la profondeur (item 16). Bien que la littérature montre que les déficits sensori-moteurs sont généralement les mieux conscientisés par les patients (en raison de leur immédiateté physique et de rétroactions proprioceptives patentes), des formes sévères de déni moteur (hémiasomatognosie ou anosognosie de l’hémiplégie) peuvent être quantifiées à l’aide de ces items.
2. Le domaine cognitif supérieur (Items 6, 7, 8, 9, 10, 13)
Ce sous-domaine sonde la métacognition appliquée aux fonctions instrumentales et exécutives. Les items mesurent la capacité de l’individu à retenir les événements récents (mémoire épisodique, item 6), à maintenir sa concentration de manière prolongée ou sélective (item 7), à prendre des décisions rationnelles et avisées face à des situations problématiques (item 8), à respecter un emploi du temps structuré ou à élaborer un plan séquentiel d’action (item 9), à communiquer et s’exprimer de façon fluide et compréhensible (item 10), et à initier spontanément des activités sans sollicitation externe (auto-activation psychique et volition, item 13). Ce pôle représente traditionnellement le cœur de l’anosognosie exécutive : les patients ont tendance à attribuer leurs échecs ou leurs oublis à la fatigue, au hasard ou aux exigences excessives d’autrui plutôt qu’à une altération interne de leurs propres circuits fronto-temporaux.
3. Le domaine comportemental, socio-affectif et d’intégration fonctionnelle (Items 1, 2, 3, 4, 5, 11, 12, 17)
Cette composante explore les répercussions des atteintes orbitofro-ventromédianes sur la régulation des émotions et les rôles sociétaux. Elle appréhende le contrôle de la colère et de l’irritabilité (item 11), l’empathie et la théorie de l’esprit (capacité à comprendre les émotions et perspectives d’autrui, item 12), le contrôle de l’inhibition comportementale en société (item 17), ainsi que les grandes activités instrumentales de la vie quotidienne (IADL) : autonomie résidentielle (item 1), gestion budgétaire et financière (item 2), conduite automobile sécurisée (item 3), maintien d’une activité professionnelle ou scolaire (item 4) et assomption des rôles familiaux et des responsabilités parentales ou conjugales (item 5). Il s’agit du domaine dans lequel les écarts entre le patient et ses proches sont statistiquement les plus prononcés, les altérations de la cognition sociale restant imperceptibles pour un patient désinhibé mais sources de tensions familiales majeures.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique structurant le Questionnaire de conscience de soi s’enracine principalement dans la neuropsychologie cognitive et les modèles hiérarchiques de la métacognition, en particulier le modèle pyramidal proposé par Crosson et ses collaborateurs (1989), complété ultérieurement par les formalisations intégratives de Toglia et Kirk (2000).
Le modèle de Crosson et al. postule que la conscience de soi après une lésion cérébrale s’organise selon une architecture pyramidale à trois niveaux hiérarchiques interdépendants :
- La conscience intellectuelle (Intellectual Awareness) : Représente le niveau de base. C’est la capacité du patient à reconnaître de façon déclarative et théorique qu’une fonction cognitive ou physique est déficitaire ou altérée par rapport à son niveau antérieur. L’Awareness Questionnaire est l’instrument princeps conçu pour capter ce premier niveau : en demandant explicitement à la personne d’évaluer ses capacités par rapport à sa vie d’avant l’accident, il quantifie le degré d’atteinte de la conscience intellectuelle.
- La conscience émergente (Emergent Awareness) : Correspond à la capacité de la personne à reconnaître un problème ou une difficulté au moment précis où elle se produit en situation réelle d’activité (par exemple, s’apercevoir que l’on vient de se tromper de route ou que l’on n’arrive pas à calculer la monnaie dans un magasin).
- La conscience anticipatoire (Anticipatory Awareness) : Représente le sommet de la pyramide. Elle désigne la compétence métacognitive suprême consistant à anticiper la survenue d’un problème avant même d’engager la tâche, permettant la mise en œuvre proactive et préventive de stratégies d’adaptation ou de compensation environnementale.
D’un point de vue anatomo-clinique, le cadre théorique associe étroitement le défaut d’auto-évaluation objectivé par l’AQ aux lésions des réseaux neuronaux préfrontaux, singulièrement le cortex préfrontal dorsolatéral (impliqué dans la surveillance de l’erreur et l’actualisation des représentations de soi), le cortex préfrontal ventromédian (indispensable à la modulation affective et au traitement des signaux intéroceptifs et sociaux) et le cortex cingulaire antérieur. L’anosognosie y est conceptualisée non pas comme un mécanisme de défense psychodynamique de type déni névrotique (bien qu’un déni psychologique puisse parfois s’y surajouter), mais comme une véritable agnosie métacognitive primaire (ou asomatognosie cognitive), résultant de la rupture des circuits fronto-pariétaux et de la déconnexion entre le système d’observation de l’action et le modèle interne du soi.
7. Validité / Validity
Le Questionnaire de conscience de soi a fait l’objet de nombreuses validations empiriques certifiant ses qualités métrologiques à travers diverses cohortes cliniques :
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit a été établie dès l’étude princeps de Sherer et al. (1998). Les chercheurs ont démontré que les scores de divergence (Patient moins Clinicien, et Patient moins Proche) discriminaient significativement les patients cérébrolésés des sujets témoins sains. Alors que les sujets sains obtiennent des écarts proches de zéro (l’auto-évaluation concorde avec celle des pairs), les patients avec TCC modéré à sévère manifestent des divergences positives massives, confirmant une surestimation systématique de leurs aptitudes résiduelles. De surcroît, le score de divergence corrèle de manière statistiquement significative avec d’autres échelles neuropsychologiques reconnues mesurant l’anosognosie, telles que la Patient Competency Rating Scale (PCRS) et la Self-Awareness of Deficits Interview (SADI) (corrélations de Pearson variant entre r = 0,62 et r = 0,78, p < 0,001).
Validité convergente et discriminante
La validité convergente se vérifie par les corrélations négatives attendues entre les scores de l’AQ remplis par les cliniciens et la sévérité initiale du traumatisme mesurée par l’échelle de coma de Glasgow (GCS) ainsi que la durée de l’amnésie post-traumatique (APT). Plus l’APT est prolongée, plus l’écart d’auto-évaluation est marqué (r = 0,45 à 0,55). La validité discriminante a été confirmée en observant que l’AQ ne se confond pas avec une échelle de dépression ; les scores du Beck Depression Inventory (BDI) présentent une corrélation inverse ou non significative avec la surestimation à l’AQ : les patients les plus anosognosiques sont paradoxalement ceux qui déclarent le moins de symptômes dépressifs, attestant que l’AQ ne mesure pas un état de détresse psychologique mais un déficit cognitif propre.
Validité écologique et prédictive
L’AQ jouit d’une puissante validité écologique et prédictive, particulièrement démontrée dans les études de Sherer et al. (2003). Les scores de divergence calculés au moment de la sortie de l’unité de réadaptation prédisent de manière robuste le statut d’emploi et l’intégration communautaire à 1 an et 2 ans post-accident. Les patients qui surestiment substantiellement leurs capacités présentent une probabilité nettement plus faible de reprendre un travail rémunéré ou de vivre de manière indépendante, même après contrôle statistique de la sévérité neurophysique et des scores aux tests neuropsychologiques traditionnels (quotient intellectuel, tests de mémoire).
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité du Questionnaire de conscience de soi ont été documentées de façon convergente dans la littérature anglophone et lors de validations internationales (notamment par Geurtsen et al., 2005) :
Consistance interne
L’homogénéité des items de l’échelle est élevée sur l’ensemble des trois versions. Dans l’échantillon princeps de validation (Sherer et al., 1998, N = 78 patients TCC et leurs proches/cliniciens) :
- Formulaire Clinicien (AQ-Clinician) : Indice de consistance interne extrêmement robuste, avec un coefficient alpha de Cronbach (α) de 0,88 à 0,91.
- Formulaire Proche / Famille (AQ-Significant Other) : Consistance interne forte, avec un alpha de Cronbach oscillant entre 0,84 et 0,89.
- Formulaire Patient (AQ-Patient) : Bien que soumis aux fluctuations cognitives inhérentes aux lésions cérébrales, le formulaire patient conserve une cohérence interne satisfaisante, avec des coefficients alpha compris entre 0,79 et 0,84.
Ces coefficients démontrent que les 17 items concourent harmonieusement à la mesure d’un construit fonctionnel unifié sans redondance excessive (coefficients ne dépassant pas 0,93, ce qui exclut la multicolinéarité stérile).
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
L’évaluation de la stabilité test-retest de l’AQ à un intervalle de 7 à 14 jours (auprès de patients en phase subaiguë stabilisée ou chronique) met en lumière d’excellents coefficients de corrélation intraclasse (CCI) :
- Formulaire clinicien : CCI = 0,89 (IC 95 % : 0,83 – 0,93).
- Formulaire proche : CCI = 0,84 (IC 95 % : 0,76 – 0,90).
- Formulaire patient : CCI = 0,78 (IC 95 % : 0,68 – 0,86).
Ces résultats démontrent que l’outil est suffisamment stable pour servir de point de repère fiable tout en demeurant sensible aux gains réels de conscience de soi induits par les protocoles thérapeutiques ciblés au fil des mois.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle interne de l’Awareness Questionnaire a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies, notamment par Sherer et al. (1998) et lors d’études psychométriques ultérieures réexaminant la validité structurelle de l’outil :
Structure trifactorielle
L’analyse en composantes principales avec rotation varimax appliquée aux formulaires des observateurs (cliniciens et proches) isole régulièrement une solution robuste à trois facteurs expliquant entre 54 % et 62 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Compétences cognitives et organisationnelles (Cognitive functioning)
Ce premier facteur explique la plus grande part de la variance (environ 30 % à 35 %). Il regroupe principalement les items liés à la mémoire récente (item 6, saturation > 0,75), à la concentration (item 7, saturation > 0,78), à la prise de décision (item 8, saturation > 0,70), au suivi d’un plan ou emploi du temps (item 9, saturation > 0,74) et à la communication verbale (item 10, saturation > 0,65). - Facteur 2 : Régulation comportementale et socio-émotionnelle (Behavioral / Affective functioning)
Ce second facteur capte environ 13 % à 16 % de la variance. Il est saturé par les items évaluant le contrôle de l’irritabilité et des colères (item 11, saturation > 0,72), l’empathie et la résonance émotionnelle envers les tiers (item 12, saturation > 0,68), le contrôle des comportements en public (item 17, saturation > 0,76) et l’assomption des rôles familiaux (item 5, saturation > 0,55). - Facteur 3 : Fonctionnement sensori-moteur et motricité globale (Motor / Sensory functioning)
Ce troisième facteur explique environ 9 % à 12 % de la variance. Il inclut les items mesurant l’équilibre et la déambulation autonome sans trébucher (item 14, saturation > 0,81), l’usage bimanuel efficace (item 15, saturation > 0,79) et la perception visuelle de profondeur (item 16, saturation > 0,69).
Les analyses factorielles confirmatoires ont corroboré l’adéquation satisfaisante de ce modèle à trois facteurs corrélés (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,92 ; TLI > 0,90) par rapport à un modèle unifactoriel strict, bien que l’utilisation du score total agrégé demeure la pratique clinique la plus fréquente et la plus robuste pour le calcul de l’indice de divergence globale.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Questionnaire de conscience de soi est un instrument standardisé combinant auto-évaluation et hétéro-évaluations croisées, structuré comme suit :
- Nature de l’évaluation : Questionnaire clinique standardisé à passation papier-crayon ou informatisée.
- Versions : Trois formulaires identiques dans leur libellé conceptuel : Formulaire Patient (auto-évaluation), Formulaire Proche/Famille (hétéro-évaluation par une personne ressource du quotidien) et Formulaire Clinicien (hétéro-évaluation par un neuropsychologue, ergothérapeute ou médecin rééducateur).
- Nombre total d’items : 17 items par formulaire.
- Format de réponse (Authentic Response Scale) : Échelle ordinale de Likert en 5 points comparant le fonctionnement actuel au fonctionnement antérieur à l’accident :
1 = much worse (nettement diminué / bien pire)
2 = a little worse (un peu diminué / un peu pire)
3 = about the same (à peu près identique)
4 = a little better (un peu amélioré / un peu meilleur)
5 = much better (nettement amélioré / bien meilleur) - Durée d’administration : Environ 10 à 15 minutes par répondant.
- Modalités de calcul et cotation :
- Chaque item est noté de 1 à 5. Le score total de chaque version s’obtient par la somme arithmétique directe des 17 items, produisant un score total variant de 17 à 85 points.
- Calcul des scores de divergence (Discrepancy Scores) :
- Divergence Patient – Clinicien : Score Total Patient − Score Total Clinicien
- Divergence Patient – Proche : Score Total Patient − Score Total Proche
- Interprétation clinique des scores différentiels :
- Score de divergence positif significatif (> 0) : Témoigne d’une surestimation des compétences actuelles par le patient en comparaison du jugement objectif du clinicien ou de la famille. Reflète une anosognosie ou un déficit de conscience de soi.
- Score de divergence proche de 0 (± quelques points selon l’erreur de mesure) : Signe une concordance satisfaisante entre la perception du patient et celle des observateurs externes, indiquant une conscience de soi préservée.
- Score de divergence négatif (< 0) : Indique que le patient sous-estime ses compétences par rapport à l’évaluation objective du soignant ou du proche. Ce tableau s’observe fréquemment lors d’épisodes dépressifs réactionnels, de troubles anxieux généralisés ou de perte de confiance post-traumatique.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1998 (Sherer et al., Archives of Physical Medicine and Rehabilitation). Adaptation néerlandaise standardisée : 2005 (Geurtsen et al.).
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’Awareness Questionnaire a été développé dans le cadre de recherches subventionnées par des fonds publics fédéraux américains (NIDILRR – National Institute on Disability, Independent Living, and Rehabilitation Research) au sein des Traumatic Brain Injury Model Systems. À ce titre, le questionnaire est considéré comme un instrument du domaine public académique. Il est accessible gratuitement et librement pour la pratique clinique, la réadaptation neuropsychologique hospitalière et la recherche scientifique à but non lucratif.
- Coût et tarification : Libre de droits (free of charge). Aucun coût de licence ni redevance par passation n’est exigé des praticiens.
- Conditions d’utilisation : Les cliniciens et chercheurs sont tenus de citer les publications originales de Mark Sherer et de respecter scrupuleusement la formulation intégrale des items et du système d’échelle afin de préserver la validité de l’évaluation standardisée.
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations métrologiques ci-dessous constituent la documentation scientifique de référence du Questionnaire de conscience de soi :
- Crosson, B., Barco, P. P., Velozo, C. A., Bolesta, M. M., Werts, D., & Brobeck, T. C. (1989). Awareness and goal setting in rehabilitation of adults with traumatic brain injury. The American Journal of Occupational Therapy, 43(3), 160–170. https://doi.org/10.5014/ajot.43.3.160
- Geurtsen, G. J., van Heugten, C. M., Martina, J. D., & Geurts, A. C. (2005). The Awareness Questionnaire: Reliability and validity of the Dutch version. Brain Injury, 19(8), 619–625. https://doi.org/10.1080/02699050400017179
- Prigatano, G. P. (1996). Behavioral limitations that traumatic-brain-injured patients tend to underestimate. The Clinical Neuropsychologist, 10(2), 163–170. https://doi.org/10.1080/13854049608406677
- Sherer, M., Bergloff, P., Levin, H. S., High, W. M., Jr., Oden, K. L., & Nick, T. G. (1998). Impaired awareness and employment outcome after traumatic brain injury. Journal of Head Trauma Rehabilitation, 13(5), 52–61. https://doi.org/10.1097/00001199-199810000-00007
- Sherer, M., Bergloff, P., Boake, C., High, W. M., Jr., & Levin, H. S. (1998). The Awareness Questionnaire: Factor structure and internal consistency. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 79(9), 1086–1092. https://doi.org/10.1016/S0003-9993(98)90175-6
- Sherer, M., Hart, T., Nick, T. G., Whyte, J., Thompson, R. N., & Yablon, S. A. (2003). Early impaired self-awareness after traumatic brain injury. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 84(2), 168–176. https://doi.org/10.1053/apmr.2003.50045
- Toglia, J., & Kirk, U. (2000). Understanding awareness: A dynamic interactional model for cognitive rehabilitation. NeuroRehabilitation, 14(3), 161–170. https://doi.org/10.3233/NRE-2000-14307
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale (compared to pre-injury abilities):
2 = a little worse
3 = about the same
4 = a little better
5 = much better
- Ability to live independently
- Ability to manage money
- Ability to drive
- Ability to work or go to school
- Ability to carry out previous family roles and responsibilities
- Ability to remember recent events
- Ability to concentrate
- Ability to make good decisions
- Ability to keep a schedule or follow a plan
- Ability to speak and communicate clearly
- Ability to handle feelings of anger and frustration
- Ability to understand the feelings of others
- Ability to initiate activities
- Ability to walk and move around without falling or stumbling
- Ability to use both hands effectively
- Ability to see clearly and perceive depth
- Ability to control behavior around others