Questionnaire d’Acceptation et d’Action (AAQ-II)

Le Questionnaire d’Acceptation et d’Action (AAQ-II) est l’outil psychométrique de référence pour mesurer l’inflexibilité psychologique et l’évitement expérientiel en thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT). Découvrez sa structure, sa validation et ses propriétés psychométriques.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 4, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 4, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire d’Acceptation et d’Action dans sa seconde mouture (Acceptance and Action Questionnaire – II, ou AAQ-II ; Bond et al., 2011) constitue l’instrument psychométrique de référence internationale pour l’évaluation de l’inflexibilité psychologique et de l’évitement expérientiel. Développé initialement au sein de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et ancré dans la théorie des cadres relationnels (RFT), cet outil auto-rapporté a été conçu pour pallier les limites psychométriques et la complexité structurelle de la première version de l’AAQ (Hayes et al., 2004). Dans sa forme canonique et la plus largement diffusée, l’AAQ-II comporte 7 items formulés de manière unidirectionnelle, bien que son corpus historique et développemental inclue des variantes exploratoires allant jusqu’à 22 items pour investiguer différentes nuances de l’acceptation et de l’engagement dans l’action.

Chaque item est évalué sur une échelle de réponse ordinale de type Likert en 7 points, s’échelonnant de 1 (« never true » / jamais vrai) à 7 (« always true » / toujours vrai). Un score total élevé reflète une forte propension à l’évitement expérientiel, une fusion cognitive marquée et une incapacité relative à orienter ses comportements en direction de valeurs fondamentales face à des émotions ou pensées aversives. Sur le plan psychométrique, l’AAQ-II démontre une cohérence interne robuste à travers de multiples échantillons cliniques et tout-venant, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,88, ainsi qu’une stabilité temporelle satisfaisante (test-retest sur des intervalles de 3 à 12 mois variant de 0,79 à 0,81). Malgré des débats scientifiques récents concernant sa redondance potentielle avec la détresse psychologique générale ou le névrosisme (Wolgast, 2014), l’AAQ-II demeure une échelle cardinale tant en psychopathologie expérimentale qu’en évaluation des interventions cliniques basées sur la pleine conscience et les thérapies comportementales et cognitives de troisième vague.

2. Mots-clés / Keywords

Inflexibilité psychologique, évitement expérientiel, thérapie d’acceptation et d’engagement, AAQ-II, psychopathologie cognitive, pleine conscience, fusion cognitive, régulation émotionnelle, psychométrie, validité de construit, névrosisme, évaluation clinique.

3. Auteurs / Authors

L’élaboration et la validation empirique de l’Acceptance and Action Questionnaire – II (AAQ-II) ont été orchestrées par un consortium international de chercheurs pionniers de l’approche contextuelle comportementale :

  • Frank W. Bond, Ph.D. — Institute of Management Studies, Goldsmiths, University of London, Royaume-Uni. Spécialiste de la psychologie organisationnelle, de la santé au travail et de l’application de l’ACT en milieu professionnel.
  • Steven C. Hayes, Ph.D. — Foundation Professor of Psychology, Department of Psychology, University of Nevada, Reno, États-Unis. Fondateur de la thérapie d’acceptation et d’engagement et théoricien de la théorie des cadres relationnels. Courriel de contact académique : [email protected].
  • Ruth Anne Baer, Ph.D. — Department of Psychology, University of Kentucky, Lexington, États-Unis. Experte internationale de l’évaluation de la pleine conscience (mindfulness).
  • Kenneth M. Carpenter, Ph.D. — Columbia University College of Physicians and Surgeons et New York State Psychiatric Institute, New York, États-Unis.
  • Nigel Guenole, Ph.D. — Goldsmiths, University of London, Royaume-Uni. Psychométricien et statisticien spécialisé dans les modélisations en équations structurelles.
  • Holly K. Orcutt, Ph.D. — Northern Illinois University, DeKalb, Illinois, États-Unis. Chercheuse en victimologie et stress post-traumatique.
  • Tom Waltz, Ph.D. — University of Nevada, Reno, États-Unis.
  • Kelly G. Wilson, Ph.D. — University of Mississippi, University, Mississippi, États-Unis. Co-développeur historique de l’ACT.
  • Kirk D. Strosahl, Ph.D. — Central Washington Family Medicine, Yakima, Washington, États-Unis. Co-fondateur de l’ACT.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’AAQ-II est d’opérationnaliser et de quantifier l’inflexibilité psychologique, concept faîtier du modèle de psychopathologie développé par l’Acceptance and Commitment Therapy. Selon ce cadre nosologique alternatif, la souffrance psychologique invalidante ne découle pas prioritairement de la fréquence, de l’intensité ou de la forme intrinsèque des cognitions négatives et des sensations intéroceptives douloureuses. Elle émerge plutôt de la rigidité avec laquelle un individu répond à ces événements privés : la tendance systématique à tenter de modifier, supprimer, contrôler ou fuir les pensées et émotions désagréables, même lorsque cet effort d’évitement engendre une altération fonctionnelle majeure des comportements orientés vers des valeurs choisies.

Dans les applications de recherche fondamentale, l’AAQ-II répond à la nécessité d’étudier les mécanismes transdiagnostiques sous-jacents aux troubles de l’humeur, aux troubles anxieux, aux addictions, aux douleurs chroniques et au stress professionnel. Les approches catégorielles traditionnelles (DSM, CIM) classifient les psychopathologies selon des grappes de symptômes observables. À l’inverse, l’évaluation par l’AAQ-II permet d’isoler un processus fonctionnel commun : l’évitement expérientiel. Ce processus prédit l’étiologie, le maintien et la chronicité d’un large spectre de dysfonctionnements psychologiques, en démontrant comment la lutte acharnée contre les expériences intérieures aversives finit par rétrécir le répertoire comportemental de l’individu.

Sur le plan clinique, l’instrument remplit une triple vocation diagnostique, pronostique et évaluative :

  • Évaluation initiale et conceptualisation de cas : Il offre au praticien une mesure standardisée du degré d’adhérence cognitive et d’évitement comportemental du patient, permettant d’orienter le plan d’intervention vers la défusion et l’acceptation dès les premières séances thérapeutiques.
  • Suivi longitudinal des processus de changement : Utilisé de manière répétée en cours de thérapie, l’AAQ-II sert d’indicateur pour tester si les gains cliniques observés (diminution des symptômes dépressifs ou paniques) sont effectivement médiés par l’accroissement de la flexibilité psychologique, conformément aux postulats de l’ACT.
  • Mesure d’efficacité des interventions préventives : Dans le cadre d’interventions en entreprise, en milieu scolaire ou hospitalier, l’échelle permet de déterminer si des protocoles basés sur la pleine conscience renforcent la résilience psychologique et l’efficacité personnelle face aux stresseurs environnementaux chroniques.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’AAQ-II s’articule autour de l’inflexibilité psychologique, elle-même déclinée à travers l’évitement expérientiel et la fusion cognitive. Bien que le modèle factoriel de la version courte à 7 items isole un facteur général unidimensionnel, l’architecture conceptuelle globale repose sur plusieurs composantes interdépendantes telles que définies dans le modèle hexaflexial de l’ACT :

1. L’évitement expérientiel (Experiential Avoidance)

L’évitement expérientiel désigne la répugnance d’un individu à demeurer en contact avec des événements intérieurs aversifs spécifiques (souvenirs douloureux, émotions désagréables, pensées catastrophistes, sensations physiques inconfortables) combinée à des démarches actives visant à altérer la forme, la fréquence ou le contexte de ces expériences, au détriment d’engagements personnels vitaux. Par exemple, l’item « my painful experiences and memories make it difficult for me to live a life that I would value » illustre directement la façon dont le refus de traverser le souvenir douloureux entrave la poursuite d’une existence riche de sens. L’individu s’interdit d’initier de nouveaux projets professionnels ou relationnels de peur de réactiver des réminiscences affectives intolérables.

2. La fusion cognitive et la peur des affects (Cognitive Fusion & Affect Phobia)

La fusion cognitive est l’état dans lequel les processus verbaux et cognitifs dominent le comportement au point que l’individu ne distingue plus ses pensées de la réalité factuelle. Les pensées ne sont plus perçues comme de simples événements mentaux passagers, mais comme des vérités absolues ou des ordres impératifs. Dans l’AAQ-II, ce mécanisme est étroitement couplé à la phobie des états affectifs, mesurée par des énoncés comme « I’m afraid of my feelings » et « I worry about not being able to control my worries and feelings ». La personne s’alarme de ses propres réactions émotionnelles, développant une méta-anxiété (l’anxiété au sujet de l’anxiété) qui paralyse sa capacité de recul métacognitif et de défusion.

3. L’entravement de l’action engagée (Inaction / Behavioral Impairment)

Dans la théorie du comportement verbal contextuel, l’inflexibilité se traduit par l’abandon des actions signifiantes lorsque surgit l’inconfort. Les items tels que « worries get in the way of my success » ou « my painful memories prevent me from having a fulfilling life » capturent l’incapacité de maintenir des comportements dirigés vers des buts constructifs dès lors que des barrières internes (le doute, l’anticipation négative, l’échec perçu) se manifestent. Dans les versions élargies (AAQ-16 ou versions exploratoires à 22 items), cette composante était spécifiquement contrastée avec des items d’action inversement cotés (tels que « If I promised to do something, I’ll do it, even if I later don’t feel like it »), évaluant la capacité à agir de manière congruente avec ses engagements en dépit des fluctuations de l’humeur.

4. La comparaison sociale dépréciative et l’évaluation globale de soi

L’item « it seems like most people are handling their lives better than I am » capte une dimension secondaire mais omniprésente dans l’inflexibilité : l’attachement à un « soi conceptuel » déficitaire. L’individu évalue rigidement sa condition personnelle comme défaillante par rapport à la normalité supposée des pairs, ce qui amplifie le sentiment d’isolement psychologique et alimente les tentatives désespérées de contrôle émotionnel.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’AAQ-II s’enracine dans la Théorie des Cadres Relationnels (Relational Frame Theory, Hayes, Barnes-Holmes, & Roche, 2001) et le contextualisme fonctionnel, philosophie des sciences sous-jacente à la thérapie d’acceptation et d’engagement. Le contextualisme fonctionnel rejette le modèle mécaniste de l’esprit humain, où les pensées seraient des pièces défectueuses d’une machine à réparer ou restructurer. Il envisage plutôt l’acte humain comme un événement indissociable de son contexte historique et situationnel, dont la validité s’apprécie à l’aune de sa viabilité pragmatique (l’utilité du comportement pour accomplir ce qui compte pour la personne).

Selon la Théorie des Cadres Relationnels, l’apprentissage du langage humain repose sur la capacité d’établir des relations arbitraires entre des stimuli (par exemple, relations de coordination, d’opposition, de comparaison, temporelles). Cette compétence linguistique génère un phénomène crucial : la transformation des fonctions de stimulus. Dès qu’un mot est relié à une expérience douloureuse réelle, ce mot acquiert certaines propriétés aversives de l’événement originel. Par conséquent, les êtres humains peuvent ressentir une terreur intense, de la honte ou de la douleur en réponse à de simples représentations symboliques, abstractions temporelles ou anticipations futures, même en l’absence de danger physique immédiat.

Face à cette souffrance verbalement induite, l’humain applique spontanément une règle issue du monde physique : « Si quelque chose ne me plaît pas, je m’en débarrasse ». Or, appliquer cette stratégie de contrôle délibéré aux événements privés (pensées, souvenirs, émotions) produit un paradoxe cognitif documenté par les travaux sur la suppression de pensée (Wenzlaff & Wegner, 2000). Tenter de supprimer activement une pensée anxieuse nécessite un processus de surveillance mentale qui doit constamment vérifier si la pensée est présente, ce qui en réalité la réactive et intensifie sa saillance émotionnelle.

L’AAQ-II mesure précisément le résultat de cette impasse paradoxale. Au lieu de vivre dans l’instant présent avec ouverture (acceptation et défusion), l’individu reste piégé dans un combat interne contre sa propre intériorité, sacrifiant les conduites adaptatives au nom du soulagement immédiat mais éphémère procuré par l’évitement. Le modèle de l’Hexaflexe de l’ACT résume les six processus pathologiques qui constituent l’inflexibilité psychologique mesurée par l’AAQ-II :

  • La fusion cognitive (face à la défusion cognitive) ;
  • L’évitement expérientiel (face à l’acceptation) ;
  • L’attention inflexible ou dominée par le passé/futur (face au contact avec le moment présent) ;
  • L’attachement au soi conceptuel (face au soi comme contexte) ;
  • Le manque de clarté ou contact avec les valeurs (face aux valeurs choisies) ;
  • L’inaction, l’impulsivité ou l’évitement persistant (face à l’action engagée).

7. Validité / Validity

L’examen des propriétés psychométriques de l’AAQ-II a fait l’objet d’une littérature prolifique, documentant rigoureusement ses différentes formes de validité tout en soulevant des controverses méthodologiques fécondes.

Validité convergente

Dans l’étude princeps de validation multicentrique menée par Bond et al. (2011) auprès de 2 816 participants répartis sur six échantillons différents, l’AAQ-II a montré des corrélations positives substantielles avec les mesures établies de psychopathologie et de détresse affective :

  • Le Beck Depression Inventory-II (BDI-II) : corrélations de r = 0,65 à 0,71 ;
  • Le Depression Anxiety Stress Scales (DASS-21) : corrélations moyennes de r = 0,66 avec la dépression, r = 0,59 avec l’anxiété et r = 0,60 avec le stress ;
  • Le State-Trait Anxiety Inventory (STAI-Traite) : r = 0,68 à 0,73.

Parallèlement, l’AAQ-II démontre des corrélations négatives attendues et significatives avec les échelles de bien-être subjectif, de satisfaction de vie (Satisfaction with Life Scale, SWLS, r = -0,48 à -0,56) et les mesures de pleine conscience telles que le Mindful Attention Awareness Scale (MAAS, r = -0,52 à -0,59).

Validité discriminante et controverses

La validité discriminante de l’AAQ-II a suscité d’intenses débats psychométriques. Plusieurs chercheurs, notamment Wolgast (2014) ainsi que Rochefort et al. (2018), ont souligné que l’AAQ-II présente des corrélations extrêmement élevées avec le névrosisme (affectivité négative mesurée par le NEO-PI-R ou le BFI, souvent r > 0,70). Wolgast (2014) a démontré que lorsque le niveau d’affectivité négative ou de détresse psychologique est contrôlé statistiquement, la variance résiduelle unique prédite par l’AAQ-II sur certains critères cliniques est parfois marginale. Les critiques suggèrent donc que l’AAQ-II fonctionne en pratique comme un indicateur général de détresse émotionnelle ou de plainte affective plutôt que comme une mesure pure de l’évitement expérientiel indépendant des symptômes.

En réponse, les partisans du modèle contextuel soutiennent que dans la perspective de l’ACT, le névrosisme n’est pas un trait biologique immuable mais l’expression comportementale même d’une inflexibilité chronique : réagir à des émotions difficiles par une détresse accrue découle directement de l’évitement de ces émotions. Néanmoins, ces débats ont encouragé le développement d’outils complémentaires plus processuels et moins saturés d’affectivité négative (ex. le CompACT de Francis et al., 2016, ou le Brief Experiential Avoidance Questionnaire / BEAQ de Gámez et al., 2014).

Validité prédictive et incrémentielle

Malgré cette proximité conceptuelle avec le névrosisme, l’AAQ-II a démontré une validité prédictive longitudinale remarquable. Dans des contextes organisationnels (Bond & Bunce, 2003 ; Bond et al., 2011), les scores à l’AAQ prédisent l’absentéisme pour raison médicale, la santé mentale future et la performance au travail à un horizon de 12 mois, au-delà de ce qui est prédit par les facteurs de stress au travail ou la personnalité de base. Dans les essais cliniques randomisés, les diminutions du score à l’AAQ-II au cours des premières semaines d’un protocole ACT prédisent la rémission symptomatique ultérieure, confirmant son statut de médiateur du changement thérapeutique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’AAQ-II a été confirmée comme particulièrement élevée et homogène à travers de multiples contextes linguistiques et cliniques.

Cohérence interne

Dans l’article de validation de Bond et al. (2011), le coefficient alpha de Cronbach global de la version à 7 items est de 0,84 (avec un intervalle de 0,78 à 0,88 selon les six échantillons évalués, incluant des étudiants universitaires, des employés de grandes banques et des patients en psychiatrie ambulatoire). Dans la validation française validée scientifiquement (Monestès et al., 2016), le coefficient alpha s’élève à 0,86 chez les participants tout-venant et à 0,89 chez les patients consultant en psychiatrie ou addictologie. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent confortablement entre 0,55 et 0,75, attestant de l’absence d’items parasites ou faiblement reliés au noyau central de la mesure.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

La fidélité test-retest a été mesurée par Bond et al. (2011) sur des périodes de suivi prolongées :

  • À un intervalle de 3 mois, le coefficient de corrélation de Pearson test-retest est de r = 0,81 (p < 0,001) ;
  • À un intervalle de 12 mois, la corrélation se maintient à r = 0,79 (p < 0,001).

Ces coefficients témoignent d’une stabilité substantielle, indiquant que l’inflexibilité psychologique se comporte comme une disposition cognitive et comportementale relativement stable en l’absence d’intervention psychothérapeutique ciblée, tout en demeurant suffisamment sensible aux changements consécutifs à un traitement psychothérapeutique de l’ACT.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’histoire de l’analyse factorielle de l’AAQ illustre le passage d’une structure initiale complexe et instable à une solution finale épurée et robuste.

L’échec de la structure bifactorielle de l’AAQ-1

La première version de l’instrument, l’AAQ-1 (Hayes et al., 2004), comprenait des formes à 9 ou 16 items. Les analyses factorielles exploratoires (AFE) révélaient régulièrement une structure instable composée de deux facteurs fragiles : un facteur « Volonté/Acceptation » (Willingness) et un facteur « Action » (Action). De nombreux items inversés souffraient de saturations croisées indésirables, de saturations faibles (< 0,30) et d’artefacts liés à la méthode de formulation négative, conduisant les chercheurs à une révision intégrale.

Analyse factorielle exploratoire (AFE) de l’AAQ-II

Lors de la phase de révision, un ensemble initial de plusieurs dizaines d’items (puis resserré à 22, puis 10 items) a été administré à des cohortes de grande taille. Les AFE conduites avec extraction par le maximum de vraisemblance et rotation oblique (Promax) ont fait émerger un facteur dominant unique représentant l’inflexibilité psychologique globale. Les critères d’exclusion des items étaient rigoureux : élimination des items ayant des saturations inférieures à 0,40, des items corrélés trop fortement aux artefacts de réponse ou créant des distorsions d’interprétation. Les 7 items retenus s’intègrent tous fortement sur ce facteur unique, avec des saturations factorielles comprises entre 0,57 et 0,83.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

L’analyse factorielle confirmatoire menée par Bond et al. (2011) a comparé différents modèles théoriques. Le modèle unidimensionnel à 7 items a démontré des indices d’adéquation remarquables, répliqués dans de nombreuses études d’invariance transculturelle :

  • Chi-deux normé : $\chi^2/df < 3.0$ ;
  • CFI (Comparative Fit Index) : > 0,96 (dans l’échantillon clinique, CFI = 0,98) ;
  • TLI (Tucker-Lewis Index) : > 0,95 ;
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : compris entre 0,045 et 0,065, avec des intervalles de confiance à 90 % robustes ;
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : < 0,040.

Cette structure unifactorielle a été confirmée comme invariante selon le genre, l’âge et le statut clinique (patients vs non-patients), validant la comparabilité directe des scores globaux entre différentes sous-populations.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’AAQ-II se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé rapide et hautement fonctionnel :

  • Type de test : Échelle d’auto-évaluation psychologique (auto-questionnaire standardisé).
  • Format : Questionnaire papier-crayon ou administration informatisée/en ligne.
  • Nombre d’items :
    • Forme canonique validée : 7 items (les 7 premiers items de la banque historique).
    • Banque historique et expérimentale : Jusqu’à 22 items pour les études de recherche fondamentale portant sur l’historique de l’AAQ-1, les modèles à sous-échelles d’action/volonté et les formes exploratoires.
  • Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points avec ancrages gradués précis :
    • 1 = never true (jamais vrai)
    • 2 = very seldom true (très rarement vrai)
    • 3 = seldom true (rarement vrai)
    • 4 = sometimes true (parfois vrai)
    • 5 = frequently true (fréquemment vrai)
    • 6 = almost always true (presque toujours vrai)
    • 7 = always true (toujours vrai)
  • Temps de passation : Environ 1 à 3 minutes pour la forme canonique à 7 items.
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Pour l’AAQ-II canonique (items 1 à 7) : Tous les items sont formulés dans le sens de l’inflexibilité. Aucun recodage inverse n’est requis. On calcule le score total en effectuant la somme directe des 7 items.
    • Étendue des scores possibles : De 7 à 49 points.
    • Interprétation : Plus le score total est élevé, plus l’inflexibilité psychologique et l’évitement expérientiel sont considérés comme sévères. Un score supérieur ou égal à 24–28 points est couramment utilisé dans la littérature clinique internationale comme repère empirique signalant un risque significatif de trouble anxiodépressif ou une détresse émotionnelle cliniquement pertinente.
    • Pour les versions historiques et exploratoires (AAQ-9, AAQ-16, 22 items) : Les items inversés signalés doivent être recodés préalablement ($8 – \text{score brut}$) avant sommation des facteurs « Willingness » ou « Action ».

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

L’Acceptance and Action Questionnaire – II a été officiellement publié sous sa forme finalisée en 2011 (Bond et al., Behavior Therapy), faisant suite aux travaux initiaux sur l’AAQ publiés en 2004 (Hayes et al., The Psychological Record).

  • Tarifs et coût d’accès : L’AAQ-II est un instrument entièrement gratuit et libre d’accès pour les praticiens de santé mentale, les chercheurs universitaires et les institutions publiques.
  • Permissions et licence : Les auteurs et l’Association for Contextual Behavioral Science (ACBS) placent traditionnellement cet instrument dans le domaine public à visée de recherche et de pratique clinique non commerciale (« Open Access » pour la communauté scientifique). Aucune redevance financière ni autorisation écrite préalable n’est requise pour une utilisation clinique standard ou pour l’intégrer dans des protocoles de recherche académique.
  • Condition d’utilisation : Les utilisateurs sont tenus de citer explicitement l’article méthodologique fondateur (Bond et al., 2011) dans toute publication, mémoire ou rapport scientifique présentant des données issues de l’échelle, et de ne pas altérer le libellé des items sans validation empirique préalable.

12. Références / References

  • Bond, F. W., & Bunce, D. (2003). The role of acceptance and job control in mental health, job satisfaction, and work performance. Journal of Applied Psychology, 88(6), 1057–1067. https://doi.org/10.1037/0021-9010.88.6.1057
  • Bond, F. W., Hayes, S. C., Baer, R. A., Carpenter, K. M., Guenole, N., Orcutt, H. K., Waltz, T., & Zettle, R. D. (2011). Preliminary psychometric properties of the Acceptance and Action Questionnaire–II: A revised measure of psychological inflexibility and experiential avoidance. Behavior Therapy, 42(4), 676–688. https://doi.org/10.1016/j.beth.2011.03.007
  • Francis, A. W., Dawson, D. L., & Golijani-Moghaddam, N. (2016). The development and validation of the Comprehensive assessment of Acceptance and Commitment Therapy processes (CompACT). Journal of Contextual Behavioral Science, 5(3), 134–145. https://doi.org/10.1016/j.jcbs.2016.05.003
  • Gámez, W., Chmielewski, M., Kotov, R., Ruggero, C., Suzuki, N., & Watson, D. (2014). The Brief Experiential Avoidance Questionnaire: Development and initial validation. Psychological Assessment, 26(1), 35–45. https://doi.org/10.1037/a0034473
  • Hayes, S. C., Barnes-Holmes, D., & Roche, B. (Eds.). (2001). Relational Frame Theory: A Post-Skinnerian account of human language and cognition. Springer Science & Business Media. https://doi.org/10.1007/b108413
  • Hayes, S. C., Strosahl, K. D., Wilson, K. G., Bissett, R. T., Pistorello, J., Toarmino, D., Polusny, M. A., Dykstra, T. A., Batten, S. V., Bergan, J., Stewart, S. H., Zvolensky, M. J., Eifert, G. H., Bond, F. W., Forsyth, J. P., Karekla, M., & McCurry, S. M. (2004). Measuring experiential avoidance: A preliminary test of a working model. The Psychological Record, 54(4), 553–578. https://doi.org/10.1007/BF03395493
  • Monestès, J.-L., Villatte, M., Mouras, H., Loas, G., & Bond, F. W. (2016). Traduction et validation française du questionnaire d’acceptation et d’action (AAQ-II). Revue Européenne de Psychologie Appliquée, 66(4), 183–190. https://doi.org/10.1016/j.erap.2016.06.001
  • Rochefort, C., Baldwin, A. S., & Chmielewski, M. (2018). Experiential avoidance: An examination of the construct validity of the AAQ-II and MEAQ. Behavior Therapy, 49(3), 435–449. https://doi.org/10.1016/j.beth.2017.08.008
  • Wenzlaff, R. M., & Wegner, D. M. (2000). Thought suppression. Annual Review of Psychology, 51(1), 59–91. https://doi.org/10.1146/annurev.psych.51.1.59
  • Wolgast, M. (2014). What does the Acceptance and Action Questionnaire (AAQ-II) really measure? Behavior Therapy, 45(6), 831–839. https://doi.org/10.1016/j.beth.2014.07.002

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:

1= never true‚ 2= very seldom true‚ 3= seldom true‚ 4= sometimes true‚ 5= frequently true‚ 6= almost always true‚ 7= always true

  1. my painful experiences and memories make it difficult for me to live a life that I would value
  2. I’m afraid of my feelings
  3. I worry about not being able to control my worries and feelings
  4. my painful memories prevent me from ha‎ving a fulfilling life
  5. emotions cause problems in my life
  6. it seems like most people are handling their lives better than I am
  7. worries get in the way of my success
  8. Anxiety is bad.
  9. If I could magically remove all the painful experiences I’ve had in my life‚ I would do so.
  10. My thoughts and feelings do not get in the way of how I want to live my life.
  11. If I could magically remove all the painful experiences I’ve had in my life‚ I would do so. [Use in AAQ-9. Use in single-factor AAQ-16. Score in Willingness factor in the two factor AAQ-16 and reverse score]
  12. I am in control of my life. [Use in single-factor AAQ-16‚ reverse score. Score in Action factor in two-factor AAQ-16 and do not reverse score]
  13. If I get bored of a task‚ I can still complete it. [Use in two-factor AAQ-16. Score in Action factor]
  14. Worries can get in the way of my success. [Reverse score. Use in two-factor AAQ-16. Score in Action factor]
  15. I should act according to my feelings at the time. [Reverse score. Use in two-factor AAQ-16. Score in Action factor]
  16. If I promised to do something‚ I’ll do it‚ even if I later don’t feel like it. [Use in two-factor AAQ-16. Score in Action factor]
  17. I often catch myself daydreaming about things I’ve done and what I would do differently next time. [Use in AAQ-9]
  18. When I evaluate something negatively‚ I usually recognize that this is just a reaction‚ not an objective fact. [Use in AAQ-9 – reverse score]
  19. When I compare myself to other people‚ it seems that most of them are handling their lives better than I do. [Use in AAQ-9 and in the single factor AAQ-16]
  20. It is unnecessary for me to learn to control my feelings in order to handle my life well [Use in the single factor AAQ-16‚ reverse score]
  21. A person who is really “together” should not struggle with things the way I do [Use in the single factor AAQ-16. Do not reverse score … actually this is one folks who do not understand ACT are surprised by. Thinking you should never struggle is itself a kind of struggle. Neat that it loads that way]
  22. There are not many activities that I stop doing when I am feeling depressed or anxious [Use in the single factor AAQ-16‚ reverse score]
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Looti, M. (2026, octobre 4). Questionnaire d’Acceptation et d’Action (AAQ-II). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-d-acceptation-et-d-action-aaq-ii/
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’Acceptation et d’Action (AAQ-II).” Base de données de psychologie en français, 4 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-d-acceptation-et-d-action-aaq-ii/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’Acceptation et d’Action (AAQ-II).” Base de données de psychologie en français. octobre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-d-acceptation-et-d-action-aaq-ii/.