Questionnaire sur les croyances relatives à la douleur abdominale (APBQ)

Le Questionnaire sur les croyances relatives à la douleur abdominale (APBQ) est un instrument psychométrique évaluant les évaluations cognitives de menace et de coping chez l’enfant souffrant de maux de ventre récurrents.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Questionnaire sur les croyances relatives à la douleur abdominale (en anglais : Abdominal Pain Beliefs Questionnaire, APBQ), développé initialement par Deborah A. Van Slyke (2001) et validé dans sa forme complète par Lynn S. Walker et ses collaborateurs (2005), est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu spécifiquement pour la population pédiatrique et adolescente (âgée de 8 à 18 ans) souffrant de douleurs abdominales récurrentes ou fonctionnelles (troubles de l’interaction intestin-cerveau, selon les critères de Rome). L’APBQ opérationnalise le modèle transactionnel du stress et du coping de Lazarus et Folkman (1984), ainsi que les modèles cognitifs de l’évaluation développés par Smith et Lazarus (1990), afin d’appréhender la manière dont les enfants interprètent et évaluent leurs symptômes douloureux gastro-intestinaux.

Dans sa version intégrale standard, l’instrument comprend 32 items répartis entre les processus d’évaluation primaire (la menace perçue liée à la douleur, déclinée en cinq dimensions : durée de la condition, fréquence de la condition, gravité perçue, durée des épisodes et intensité des crises) et les processus d’évaluation secondaire (les ressources adaptatives perçues, mesurées par l’efficacité d’adaptation centrée sur le problème et l’efficacité d’adaptation centrée sur les émotions). Une version abrégée validée ultérieurement par Stone, Walker et al. (2016), intitulée Pediatric Pain Beliefs Questionnaire – Short Form (PBQ-SF), synthétise ces dimensions en 18 items structurés autour de trois facteurs robustes : la menace de la douleur (Pain Threat), l’efficacité du coping centré sur le problème (Problem-Focused Coping Efficacy) et l’efficacité du coping centré sur les émotions (Emotion-Focused Coping Efficacy).

Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 0 (« Pas du tout vrai » / Not at all true) à 4 (« Tout à fait vrai » / Very true). Les études psychométriques mettent en évidence une consistance interne satisfaisante à excellente (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre .72 et .88 pour les sous-échelles de la version longue, et atteignant .80 à .87 pour la version courte), une structure factorielle confirmée par modélisation en équations structurelles, ainsi qu’une validité prédictive remarquable à l’égard de l’incapacité fonctionnelle, de la détresse somatique, des symptômes dépressifs et de l’absentéisme scolaire chez les jeunes patients pédiatriques.

2. Mots-clés / Keywords

Douleur abdominale récurrente, pédiatrie, évaluation cognitive, croyances sur la douleur, coping, modèle transactionnel, psychométrie, incapacité fonctionnelle, catastrophisme, gastro-entérologie pédiatrique, validation de questionnaire, APBQ.

3. Auteurs / Authors

Le développement, l’affinement conceptuel et la validation empirique de l’APBQ et de ses déclinaisons reposent sur les travaux pionniers de chercheurs de renommée internationale en psychologie pédiatrique et en médecine comportementale :

  • Deborah A. Van Slyke, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse ayant initié la conceptualisation des croyances chez les enfants souffrant de douleurs somatiques récurrentes dans le cadre de ses travaux doctoraux à l’Université Vanderbilt (Vanderbilt University, Department of Psychology and Human Development, Nashville, Tennessee, États-Unis).
  • Lynn S. Walker, Ph.D. : Professeure émérite de pédiatrie et de psychologie au Vanderbilt University Medical Center (Division of Adolescent and Young Adult Medicine). Pionnière mondiale dans l’étude des douleurs chroniques pédiatriques, des troubles gastro-intestinaux fonctionnels et des dynamiques familiales associées à la somatisation chez l’enfant. Contact institutionnel : Vanderbilt University Medical Center, 2200 Children’s Way, Nashville, TN 37232, États-Unis.
  • Craig A. Smith, Ph.D. : Professeur associé de psychologie et de développement humain à l’Université Vanderbilt. Théoricien reconnu de la psychologie des émotions et de l’évaluation cognitive (cognitive appraisal theory), ayant directement collaboré à la formulation mathématique et factorielle des sous-échelles d’évaluation primaire et secondaire.
  • Judy Garber, Ph.D. : Professeure de psychologie et de psychiatrie à l’Université Vanderbilt, spécialiste du développement de la dépression, de la vulnérabilité cognitive et de l’impact des facteurs parentaux chez les jeunes.
  • Amanda L. Stone, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse au Vanderbilt University Medical Center (Department of Anesthesiology, Division of Pediatric Pain), auteure principale de la validation de la forme courte (PBQ-SF, 2016).

4. Objectif / Purpose

Contexte clinique et épidémiologique

La douleur abdominale chronique ou récurrente constitue l’un des motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie générale et en gastro-entérologie pédiatrique, touchant entre 10 % et 20 % des enfants d’âge scolaire à l’échelle mondiale. Chez une vaste majorité de ces patients, les examens biomédicaux approfondis (endoscopies, imagerie médicale, bilans biologiques) ne révèlent aucune anomalie tissulaire, inflammatoire ou structurale explicative ; ces tableaux correspondent alors à des troubles de l’interaction intestin-cerveau (anciennement qualifiés de troubles fonctionnels), tels que le syndrome de l’intestin irritable pédiatrique, la dyspepsie fonctionnelle ou la douleur abdominale fonctionnelle non spécifiée.

Historiquement, les cliniciens se sont heurtés à un paradoxe majeur : l’intensité de la douleur mesurée par des échelles visuelles analogiques ou numériques n’explique qu’une fraction minime de la variabilité observée dans le handicap fonctionnel, l’évitement scolaire et la détresse psychologique de l’enfant. Deux enfants présentant des niveaux de stimulation nociceptive déclarés identiques peuvent afficher des trajectoires évolutives radicalement divergentes, l’un maintenant ses activités scolaires et sociales régulières tandis que l’autre se retrouve confiné au domicile dans un état de handicap sévère. L’APBQ a été conçu pour élucider ce paradoxe en déplaçant le regard clinique de l’intensité brute de la sensation douloureuse vers la signification cognitive que l’enfant attribue à cette douleur.

Finalités cliniques et de recherche

L’objectif fondamental de l’APBQ est de quantifier avec précision les croyances subjectives d’un enfant concernant la prévisibilité, la gravité, la chronicité et la contrôlabilité de ses douleurs abdominales. En pratique clinique, l’outil poursuit plusieurs finalités ciblées :

  • Dépistage des profils à haut risque de chronicisation : Identifier précocement les enfants qui perçoivent leurs maux de ventre comme le marqueur d’une maladie organique destructrice non diagnostiquée et qui se considèrent impuissants à moduler cette douleur.
  • Personnalisation des protocoles de thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : L’APBQ permet aux psychologues de santé d’orienter précisément leurs interventions : cibler la restructuration cognitive si l’évaluation primaire de la menace est démesurée, ou renforcer l’entraînement aux habiletés d’adaptation (relaxation, distraction active) si c’est le potentiel de coping secondaire qui est défaillant.
  • Évaluation de l’efficacité thérapeutique : Servir de mesure standardisée de résultat (outcome measure) avant et après une intervention médicale, psychologique ou pharmacologique, pour documenter si le changement clinique passe par une modification des schémas d’évaluation de la douleur.
  • Recherche translationnelle et mécanistique : Tester empiriquement les interactions entre les processus neurobiologiques intestinaux, les facteurs parentaux (renforcement des comportements de douleur) et les croyances cognitives de l’enfant dans la pathogenèse du handicap pédiatrique.

5. Construit psychologique / Construct

L’APBQ opérationnalise le construit psychologique de l’évaluation cognitive de la douleur (pain appraisal). Dans la perspective des sciences cognitives et de la psychologie de la santé, les croyances relatives à la douleur ne constituent pas de simples pensées passives, mais de véritables schémas de traitement de l’information qui modulent la perception de la douleur, l’activation du système nerveux autonome et le choix des comportements adaptatifs.

Le questionnaire est structuré autour d’une architecture bidimensionnelle majeure regroupant l’évaluation primaire et l’évaluation secondaire, subdivisées en composantes cliniquement distinctes :

1. Évaluations primaires (Primary Coping Appraisals : Perceived Threat)

L’évaluation primaire reflète la réponse de l’enfant à la question implicite : « Que représente cette douleur pour moi et en quoi menace-t-elle mon bien-être ? ». Dans la version complète de l’APBQ (32 items), cette menace est décomposée en cinq sous-construits spécifiques :

  • Durée de la condition (Condition-Duration – CD) : Mesure la croyance selon laquelle les douleurs abdominales vont persister indéfiniment ou récidiver tout au long de la vie (ex. item 8 : « I’m going to have stomach aches for the rest of my life » ; item 2 : « I’ll always have stomach aches »). Cette dimension quantifie le désespoir temporel et l’absence d’anticipation d’une guérison.
  • Fréquence de la condition (Condition-Frequency – CF) : Évalue la perception de la constance ou de l’omniprésence des crises douloureuses dans le quotidien de l’enfant (ex. item 5 : « I get stomach aches all the time » ; item 30 : « I always get stomach aches »). Un score élevé signale un sentiment d’invasion permanente de la vie quotidienne par la symptomatologie.
  • Gravité perçue de la condition (Condition-Seriousness – CS) : Traduit la croyance alarmiste que la douleur signale une pathologie médicale sous-jacente grave, dangereuse ou létale (ex. item 1 : « My stomach aches mean I have a serious illness » ; item 16 : « My stomach aches mean that I’m very sick »). C’est le noyau cognitif de l’angoisse somatique et de l’anxiété pour la santé.
  • Durée des épisodes (Episode-Duration – ED) : Apprécie la perception de la durée temporelle de chaque crise douloureuse individuelle (ex. item 4 : « When I have a bad stomach ache, it usually lasts a long time » ; item 20 : « My stomach aches go on forever »).
  • Intensité des épisodes (Episode-Intensity – EI) : Mesure l’évaluation subjective de la violence sensorielle et de l’insupportabilité perçue des crises (ex. item 7 : « My stomach aches hurt a whole lot » ; item 18 : « My stomach aches hurt worse than anything »).

2. Évaluations secondaires (Secondary Coping Appraisals : Perceived Coping Potential)

L’évaluation secondaire reflète l’estimation par l’enfant de ses propres ressources personnelles pour faire face à la douleur, répondant à la question : « Puis-je faire quelque chose pour maîtriser cette douleur ou pour supporter ses effets émotionnels ? ». Elle se divise en deux mécanismes complémentaires :

  • Potentiel d’adaptation centré sur le problème (Problem-Focused Coping Potential – PFCP) : Quantifie le sentiment d’efficacité personnelle de l’enfant quant à sa capacité à agir directement sur le symptôme pour le soulager, l’interrompre ou en réduire l’impact physiologique (ex. item 3 : « When I have a bad stomach ache, I can find ways to feel better » ; item 19 : « When I have a bad stomach ache, there are ways I can get it to stop »). Un faible score reflète une impuissance acquise face à la sensation viscérale.
  • Potentiel d’adaptation centré sur les émotions (Emotion-Focused Coping Potential – EFCP) : Évalue la capacité perçue de l’enfant à tolérer la détresse émotionnelle générée par la douleur, à maintenir une perspective optimiste et à éviter l’effondrement psychologique même si la sensation corporelle persiste (ex. item 9 : « I know I can handle it no matter how bad my stomach hurts » ; item 23 : « Things will be OK for me even if I keep having stomach aches » ; contrasté avec l’item inversé 6 : « When I have a bad stomach ache, I just can’t take it »).

Structure tridimensionnelle de la version courte (PBQ-SF)

Dans la version abrégée validée par Stone et al. (2016), les analyses factorielles de second ordre ont fusionné les sous-échelles d’évaluation primaire en un facteur d’ordre supérieur unifié dénommé Menace de la douleur (Pain Threat), tandis que les évaluations secondaires demeurent divisées en Efficacité du coping centré sur le problème et Efficacité du coping centré sur les émotions. Cette triade conceptuelle permet une capture élégante et parcimonieuse du fonctionnement cognitif de l’enfant en consultation rapide.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le modèle transactionnel du stress et du coping (Lazarus & Folkman)

L’armature théorique principale de l’APBQ est issue directement du modèle transactionnel du stress, de l’évaluation cognitive et de l’adaptation formulé par Richard S. Lazarus et Susan Folkman (1984). Selon ce paradigme, le stress psychologique n’est ni un stimulus environnemental intrinsèque ni une réponse biologique unilatérale, mais une transaction dynamique entre l’individu et son environnement, médiée par des processus cognitifs d’évaluation.

Face à un événement aversif interne tel qu’une douleur viscérale abdominale, l’enfant effectue quasi instantanément deux évaluations cognitives fondamentales :

  1. L’évaluation primaire (Primary Appraisal) : L’enfant jauge la signification adaptative du stimulus. La douleur est-elle bénigne, sans conséquence, ou au contraire une menace directe pour sa sécurité corporelle (peur d’une maladie mortelle, risque de destruction physique) ? Si la douleur est perçue comme menaçante, elle déclenche une réponse d’alerte émotionnelle immédiate (peur, anxiété).
  2. L’évaluation secondaire (Secondary Appraisal) : Simultanément, l’enfant analyse ses options de contrôle et ses compétences d’ajustement. S’il estime posséder des stratégies adéquates (respiration diaphragmatique, réassurance cognitive, poursuite d’une activité distrayante), la menace perçue est neutralisée ou contenue. En revanche, si l’enfant estime qu’aucun moyen ne permet de stopper la douleur et qu’il est incapable d’en supporter le fardeau émotionnel (faible potentiel de coping), la transaction débouche sur un état de détresse aiguë et de catastrophisme.

La théorie de l’évaluation émotionnelle de Smith et Lazarus

Craig A. Smith et Richard S. Lazarus (1990) ont affiné ce modèle en démontrant que des composantes spécifiques d’évaluation déterminent des états émotionnels différenciés. Dans le contexte de la douleur pédiatrique, Walker, Smith et al. (2005) ont opérationnalisé ces concepts : la croyance en une menace élevée combinée à un faible potentiel d’adaptation centré sur les émotions génère un sentiment d’impuissance et de terreur, qui intensifie la focalisation attentionnelle sur les sensations corporelles via un mécanisme d’hypervigilance viscérale.

Intégration avec le modèle de la peur-évitement (Fear-Avoidance Model of Chronic Pain)

L’APBQ s’articule également avec le modèle de la peur-évitement appliqué à la pédiatrie (Asmundson et al., Simons & Kaczynski). Lorsque l’enfant évalue la douleur abdominale comme catastrophique (évaluation primaire de gravité et de chronicité), cette croyance engendre la peur de la douleur (peur de la récurrence). Cette peur motive des comportements d’évitement protecteurs inadaptés : refus de se rendre à l’école, arrêt des activités sportives, alitement prolongé et repli social.

Ces conduites d’évitement entraînent un déconditionnement physique, une privation de renforçateurs positifs et une augmentation de l’anxiété somatique, créant ainsi une boucle de rétroaction positive : les croyances dysfonctionnelles mesurées par l’APBQ alimentent directement l’incapacité fonctionnelle et pérennisent l’expérience douloureuse dans le temps.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’APBQ a été méticuleusement documentée à travers plusieurs études transversales et longitudinales menées auprès de larges cohortes d’enfants suivis en centres hospitaliers universitaires spécialisés (notamment au Vanderbilt Children’s Hospital) ainsi qu’en médecine générale.

Validité de construit (Construct Validity)

La validité de construit de l’APBQ a été établie en démontrant que les sous-échelles reflètent fidèlement les dimensions théoriques de l’évaluation cognitive du stress. Dans l’étude princeps de Walker, Smith, Garber et Claar (2005), menée auprès de 260 enfants âgés de 8 à 16 ans consultant pour des douleurs abdominales chroniques, des analyses d’équations structurelles ont confirmé que le modèle intégrant l’évaluation primaire (menace) et l’évaluation secondaire (coping) expliquait une part substantielle de la variance des réponses comportementales et de l’adaptation psychosociale, validant les hypothèses constructivistes de Lazarus et Folkman.

Validité convergente (Convergent Validity)

La validité convergente de l’APBQ et de sa forme abrégée (PBQ-SF) a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec une pluralité de construits cliniques connexes :

  • Catastrophisme lié à la douleur : Les échelles d’évaluation primaire de la menace (notamment la gravité perçue et la durée de la condition) présentent de fortes corrélations positives ($r = .55$ à $.71, p < .001$) avec l'échelle de catastrophisme pédiatrique (Pain Catastrophizing Scale for Children, PCS-C).
  • Somatisation et détresse physique : Des associations positives substantielles ($r = .42$ à $.58, p < .001$) sont régulièrement observées avec l'inventaire de somatisation pour enfants (Children’s Somatization Inventory, CSI), attestant que les croyances menaçantes s’accompagnent d’une amplification de la charge somatique globale perçue.
  • Symptomatologie anxieuse et dépressive : La menace de la douleur est positivement corrélée aux scores du Child Depression Inventory (CDI) et aux échelles d’anxiété pédiatrique ($r = .35$ à $.49$), tandis que le potentiel de coping centré sur les émotions présente des corrélations négatives robustes avec ces mesures de détresse affective.

Validité discriminante (Discriminant Validity)

L’APBQ montre une excellente validité discriminante par rapport à l’intensité brute de la douleur sensorielle. Bien que l’intensité de la douleur (mesurée par échelle visuelle analogique ou par journal de douleur) présente des corrélations modestes avec les croyances ($r = .20$ à $.35$), les analyses de régression hiérarchique démontrent que les sous-échelles de l’APBQ continuent d’expliquer une part majeure et indépendante de la variance du handicap fonctionnel une fois le niveau de douleur contrôlé statistiquement. De plus, l’outil discrimine efficacement les patients pédiatriques présentant des niveaux d’incapacité élevés par rapport à ceux présentant un bon maintien de leurs activités quotidiennes en dépit de niveaux de douleur équivalents.

Validité prédictive et clinique (Predictive & Criterion Validity)

Sur le plan prédictif, les scores à l’APBQ prédisent prospectivement l’incapacité fonctionnelle mesurée par le Functional Disability Inventory (FDI). Les enfants présentant une menace perçue élevée et une faible efficacité d’adaptation centrée sur le problème affichent des taux significativement plus élevés d’absentéisme scolaire, des visites médicales plus fréquentes et une probabilité accrue de persistance des troubles gastro-intestinaux à l’âge adulte (Walker et al., 2008 ; Stone et al., 2016).

8. Fidélité / Reliability

La fidélité psychométrique de l’APBQ a été évaluée sous l’angle de la cohérence interne (homogénéité des items au sein de chaque dimension) et de la stabilité temporelle (test-retest).

Consistance interne (Internal Consistency)

Dans l’échantillon clinique de référence de Walker et al. (2005) ($N = 260$), les coefficients de fiabilité alpha de Cronbach ($lpha$) pour les sous-échelles de la version intégrale (32 items) se sont révélés très satisfaisants :

  • Évaluations primaires :
    • Durée de la condition (Condition-duration, 4 items) : $lpha = .78$
    • Fréquence de la condition (Condition-frequency, 4 items) : $lpha = .74$
    • Gravité de la condition (Condition-seriousness, 4 items) : $lpha = .72$
    • Durée des épisodes (Episode-duration, 4 items) : $lpha = .73$
    • Intensité des épisodes (Episode-intensity, 4 items) : $lpha = .79$
  • Évaluations secondaires :
    • Efficacité de coping centré sur le problème (PFCP, 6 items) : $lpha = .81$
    • Efficacité de coping centré sur les émotions (EFCP, 6 items) : $lpha = .85$

Dans la validation de la forme courte (PBQ-SF, Stone et al., 2016), menée auprès d’une cohorte clinique élargie ($N = 758$ enfants souffrant de douleurs fonctionnelles abdominales), la consistance interne des trois échelles composites synthétiques a démontré une robustesse encore accrue :

  • Menace de la douleur (Pain Threat – 6 items) : $lpha = .85$
  • Efficacité du coping centré sur le problème (Problem-Focused Coping Efficacy – 6 items) : $lpha = .80$
  • Efficacité du coping centré sur les émotions (Emotion-Focused Coping Efficacy – 6 items) : $lpha = .87$

Stabilité test-retest (Test-Retest Reliability)

Les évaluations de la stabilité temporelle sur des intervalles de 2 à 4 semaines auprès d’enfants maintenus sous prise en charge médicale standard stable révèlent des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) compris entre $.70$ et $.82$, confirmant que l’outil évalue des croyances relativement stables (styles cognitifs) tout en restant sensible aux changements thérapeutiques induits par des interventions ciblées comme la psychothérapie cognitive ou l’hypnothérapie médicale dirigée vers l’intestin.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales

Le développement initial par Van Slyke (2001) et Walker et al. (2005) s’est appuyé sur des analyses factorielles exploratoires avec rotation oblique (Promax), justifiée par l’interdépendance théorique des différentes facettes de l’évaluation cognitive. Les extractions factorielles ont initialement corroboré la distinction nette entre les items évaluant les caractéristiques aversives de la condition douloureuse (dimensions de menace) et les items évaluant le sentiment de maîtrise ou d’impuissance (dimensions d’efficacité personnelle).

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et Modélisation

Dans l’étude de Walker et al. (2005), la structure factorielle a été soumise à des analyses factorielles confirmatoires via des logiciels de modélisation structurelle (LISREL / EQS). Le modèle à 7 facteurs de premier ordre (5 facteurs d’évaluation primaire et 2 facteurs d’évaluation secondaire) a présenté un ajustement adéquat aux données :

  • Indice de qualité d’ajustement comparatif : $\text{CFI} = 0.92$
  • Indice de Tucker-Lewis : $\text{TLI} = 0.90$
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation : $\text{RMSEA} = 0.052$ (intervalle de confiance à 90 % : $[0.046, 0.058]$)

Affinement structural de la forme abrégée (Stone et al., 2016)

Lors de la transition vers la forme courte (PBQ-SF), une démarche psychométrique rigoureuse a été adoptée afin de réduire la redondance des items tout en optimisant la variance expliquée. L’échantillon de 758 patients pédiatriques a été divisé en un échantillon de dérivation et un échantillon de validation croisée.

L’AFC a comparé un modèle unifactoriel, un modèle à deux facteurs (Menace vs Coping global) et un modèle à trois facteurs corrélés (Menace de la douleur, Efficacité du coping centré sur le problème, Efficacité du coping centré sur les émotions). Le modèle à trois facteurs a manifesté la supériorité absolue de ses indices d’ajustement :

  • $chi^2(132) = 312.45, p < .001$
  • $\text{CFI} = 0.96$
  • $\text{TLI} = 0.95$
  • $\text{RMSEA} = 0.043$ ($IC_{90%} = [0.036, 0.049]$)
  • $\text{SRMR} = 0.038$

Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) pour tous les items retenus étaient robustes, oscillant entre $.52$ et $.84$, confirmant l’absence d’items sous-performants et une partition claire des facteurs sans saturations croisées préjudiciables.

10. Instrument de mesure / Instrument

Caractéristiques formelles

  • Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (self-report inventory) standardisé pour la pédiatrie.
  • Population cible : Enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans présentant des douleurs abdominales récurrentes, chroniques ou fonctionnelles.
  • Nombre total d’items :
    • Version longue originale (APBQ) : 32 items.
    • Version courte (PBQ-SF) : 18 items.
  • Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points, cotée de 0 à 4 :
    • 0 = Not at all true (Pas du tout vrai)
    • 1 = A little true (Un peu vrai)
    • 2 = Some true (Moyennement vrai)
    • 3 = Mostly true (Assez vrai / Généralement vrai)
    • 4 = Very true (Tout à fait vrai)
  • Temps de passation : Environ 8 à 12 minutes pour la version intégrale (32 items) ; environ 3 à 5 minutes pour la version courte (18 items).

Cotation et règles de calcul des scores

Avant le calcul des scores moyens ou totaux, plusieurs items formulés de manière positive ou inversée doivent faire l’objet d’un recodage inversé (la formule étant : $\text{Nouveau score} = 4 – \text{Score brut}$) :

Version longue (32 items) :

  • Items à recoder de façon inversée : Items 6, 10, 13, 14, 17, 21, 22, 24, 25, 26, 27, 29, 31, 32.
  • Sous-échelles d’évaluation primaire (Menace perçue) :
    • Condition-duration (CD) : Items 2, 8, 15, 32 (Item 32 inversé).
    • Condition-frequency (CF) : Items 5, 12, 22, 30 (Item 22 inversé).
    • Condition-seriousness (CS) : Items 1, 10, 16, 24 (Items 10 et 24 inversés).
    • Episode-duration (ED) : Items 4, 17, 20, 26 (Items 17 et 26 inversés).
    • Episode-intensity (EI) : Items 7, 13, 18, 28 (Item 13 inversé).
  • Sous-échelles d’évaluation secondaire (Potentiel de coping) :
    • Problem-focused coping potential (PFCP) : Items 3, 11, 19, 21, 27, 31 (Items 21, 27 et 31 inversés).
    • Emotion-focused coping potential (EFCP) : Items 6, 9, 14, 23, 25, 29 (Items 6, 14, 25 et 29 inversés).

Version courte (PBQ-SF – 18 items) :

  • Items à recoder de façon inversée : Items 3, 8, 13, 15, 16, 17, 18.
  • Sous-échelles :
    • Problem-Focused Coping Efficacy (6 items) : Items 1, 7, 11, 13, 16, 18 (Items 13, 16, 18 inversés).
    • Emotion-Focused Coping Efficacy (6 items) : Items 3, 6, 8, 14, 15, 17 (Items 3, 8, 15, 17 inversés).
    • Pain Threat (6 items) : Items 2, 4, 5, 9, 10, 12 (Aucun item inversé).

Les scores des sous-échelles peuvent être calculés par sommation brute ou par moyenne arithmétique (score moyen de 0 à 4 par dimension), les scores moyens permettant une comparaison directe entre les dimensions comportant un nombre d’items différent.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement initial : 2001 (dissertation doctorale de Deborah A. Van Slyke) ; première validation complète publiée en 2005 (Walker, Smith, Garber, & Claar) ; validation de la forme courte en 2016 (Stone, Walker, Laird, Shirkey, & Smith).
  • Droits d’auteur : © Lynn S. Walker, Ph.D., Vanderbilt University Medical Center.
  • Statut d’accès et tarifs : L’APBQ et le PBQ-SF sont mis à disposition à titre gratuit pour les chercheurs académiques et les cliniciens exerçant en milieu hospitalier ou non lucratif, dans le but d’encourager la recherche sur la douleur pédiatrique.
  • Conditions d’utilisation : L’utilisation de l’instrument est subordonnée au respect de son intégrité conceptuelle et à la citation formelle des publications de référence (Walker et al., 2005 ; Stone et al., 2016). Toute reproduction dans un cadre commercial ou dans le cadre d’essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique nécessite une autorisation écrite préalable accordée par le laboratoire de recherche de l’Université Vanderbilt.
  • Accès institutionnel : L’échelle et ses notices descriptives sont accessibles via les plateformes documentaires du Vanderbilt Children’s Hospital (Vanderbilt University Medical Center) et les dépôts d’archives ouverts de santé publique (PMC5032835).

12. Références / References

Les références ci-dessous constituent le corpus académique et théorique fondateur ayant encadré la construction et la validation de l’APBQ et du PBQ :

  • Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
  • Smith, C. A., & Lazarus, R. S. (1990). Emotion and adaptation. In L. A. Pervin (Ed.), Handbook of personality: Theory and research (pp. 609–637). Guilford Press.
  • Stone, A. L., Walker, L. S., Laird, K. T., Shirkey, K. C., & Smith, C. A. (2016). Pediatric Pain Beliefs Questionnaire: Psychometric properties of the short form. The Journal of Pain, 17(9), 1036–1044. https://doi.org/10.1016/j.jpain.2016.06.006
  • Van Slyke, D. A. (2001). Maternal influences on children’s pain behavior (Doctoral dissertation). Vanderbilt University, Dissertation Abstracts International, 63-2B, 1103.
  • Van Slyke, D. A., & Walker, L. S. (2006). Mothers’ responses to children’s pain. The Clinical Journal of Pain, 22(4), 387–391. https://doi.org/10.1097/01.ajp.0000202528.83515.2f
  • Walker, L. S., Baber, K. F., Garber, J., & Smith, C. A. (2008). A typology of pain coping strategies in pediatric patients with chronic abdominal pain. Pain, 137(2), 266–275. https://doi.org/10.1016/j.pain.2007.08.038
  • Walker, L. S., Garber, J., & Greene, J. W. (1993). Psychosocial correlates of recurrent childhood pain: A comparison of pediatric patients with recurrent abdominal pain, organic illness, and psychiatric disorders. Journal of Abnormal Psychology, 102(2), 248–258. https://doi.org/10.1037/0021-843X.102.2.248
  • Walker, L. S., Smith, C. A., Garber, J., & Claar, R. L. (2005). Testing a model of pain appraisal and coping in children with chronic abdominal pain. Health Psychology, 24(4), 364–374. https://doi.org/10.1037/0278-6133.24.4.364

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

My stomach aches mean I have a serious illness 
2

I'll always have stomach aches
3

When I have a bad stomach ache‚ I can find ways to feel better         
4

When I have a bad stomach ache‚ it usually lasts a long time
5

I get stomach aches all the time
6

When I have a bad stomach ache‚ I just can't take it*
7

My stomach aches hurt a whole lot
8

I'm going to have stomach aches for the rest of my life
9

I know I can handle it no matter how bad my stomach hurts
10

Even though I get stomach aches‚ there's nothing seriously wrong with me*
11

When I have a bad stomach ache‚ I can feel better if I decide to
12

I almost always have a stomach ache
13

My stomach aches don't hurt very much*
14

I don't think I'll be able to stand it if I keep ha‎ving stomach aches*
15

I'll still have stomach aches when I'm older
16

My stomach aches mean that I'm very sick
17

My stomach aches only last a few minutes
18

My stomach aches hurt worse than anything*
19

When I have a bad stomach ache‚ there are ways I can get it to stop
20

My stomach aches go on forever
21

When I have a bad stomach ache‚ nothing I try seems to help*
22

I only get stomach aches once in a while*
23

Things will be OK for me even if I keep ha‎ving stomach aches
24

My stomach aches are no big deal*
25

If I keep ha‎ving stomach aches‚ my life will be terrible*
26

My stomach aches go away quickly*
27

When I have a bad stomach ache‚ there's not much I can do to feel better*
28

My stomach aches hurt really bad PF-EI
29

I can't deal with it when I have a stomach ache*
30

I always get stomach aches
31

When I have a bad stomach ache‚ I can't seem to make it better*
32

I'll stop ha‎ving stomach aches soon*
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Questionnaire sur les croyances relatives à la douleur abdominale (APBQ). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-croyances-douleur-abdominale-apbq/
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les croyances relatives à la douleur abdominale (APBQ).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-croyances-douleur-abdominale-apbq/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire sur les croyances relatives à la douleur abdominale (APBQ).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-croyances-douleur-abdominale-apbq/.