1. Résumé
Le Questionnaire sur les attitudes socioculturelles envers l’apparence – Révisé (Sociocultural Attitudes Towards Appearance Questionnaire – Revised, SATAQ-R), développé par Dale L. Cusumano et J. Kevin Thompson en 1997, constitue un jalon fondamental dans l’évaluation psychométrique de l’influence des médias de masse sur l’image corporelle et l’étiologie des troubles des conduites alimentaires. Évolution directe de la version princeps du SATAQ créée en 1995 par Heinberg, Thompson et Stormer, cette version révisée à 21 items a été conçue pour surmonter les limitations psychométriques de l’instrument original, notamment en matière de granularité factorielle et de clarification des mécanismes d’internalisation versus de simple prise de conscience (awareness) des idéaux esthétiques socioculturels.
L’instrument opérationnalise la réceptivité individuelle face aux pressions esthétiques véhiculées par la télévision, le cinéma, les clips musicaux et les magazines de mode. Il permet de quantifier précisément dans quelle mesure un individu adopte les canons corporels dominants — en particulier l’idéal de minceur chez les femmes et la tonicité musculaire athlétique — comme repères normatifs pour sa propre valeur personnelle. Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Completely Disagree ») à 5 (« Completely Agree »), avec un point médian neutre (3 = « Neither Agree Nor Disagree »). Les analyses factorielles révèlent une organisation multidimensionnelle robuste articulée autour de l’internalisation des idéaux médiatiques, de la prise de conscience des pressions normatives et de la tendance aux comparaisons sociales ascendantes basées sur le physique.
Sur le plan psychométrique, le SATAQ-R présente une cohérence interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,92 pour l’échelle globale et ses sous-échelles dans les échantillons féminins universitaires et cliniques. Sa validité de construit, sa validité convergente et sa validité prédictive sont étayées par de fortes corrélations positives avec l’insatisfaction corporelle, la restriction cognitive, la symptomatologie boulimique, l’anxiété sociale liée à l’apparence et une baisse de l’estime de soi. Le SATAQ-R demeure un outil de référence incontournable pour la recherche en psychologie sociale, en psychopathologie cognitive et comportementale, ainsi que pour le dépistage précoce et l’évaluation des interventions préventives ciblant les distorsions de l’image corporelle.
2. Mots-clés
SATAQ-R, image corporelle, internalisation des idéaux corporels, idéaux de minceur, médias de masse, troubles des conduites alimentaires, psychométrie, comparaison sociale, insatisfaction corporelle, pressions socioculturelles, validation psychométrique.
3. Auteurs
Le SATAQ-R a été conçu et validé par des chercheurs affiliés au département de psychologie de l’Université de Floride du Sud (University of South Florida, Tampa, États-Unis), sous la direction de l’un des pionniers mondiaux de l’étude de l’image corporelle :
- Dale L. Cusumano, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse en psychologie du développement et en psychopathologie, ancienne doctorante au département de psychologie de l’Université de Floride du Sud. Ses travaux se sont focalisés sur les déterminants socioculturels de l’estime corporelle, l’exposition ciblée aux médias imprimés et l’impact développemental des idéaux véhiculés par les magazines féminins.
- J. Kevin Thompson, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Floride du Sud (Tampa, FL, États-Unis ; courriel institutionnel : [email protected]). Figure de proue internationale de la recherche sur les troubles de l’image corporelle, l’obésité, la dysmorphophobie corporelle et les conduites alimentaires pathologiques. Le professeur Thompson a développé le modèle théorique tripartite de l’influence socioculturelle et dirigé la publication d’ouvrages académiques majeurs pour l’American Psychological Association (APA).
4. Objectif
L’objectif fondamental du SATAQ-R est d’isoler, de mesurer et de modéliser les processus psychologiques par lesquels les messages socioculturels et les images médiatiques idéalisées sont intégrés par les individus au sein de leur propre schéma corporel et système de valeurs. Alors que la première mouture du SATAQ (Heinberg et al., 1995) s’était révélée novatrice en distinguant pour la première fois la simple « conscience » (awareness) des canons esthétiques de leur « internalisation » (internalization), l’évolution rapide du paysage médiatique des années 1990 — caractérisée par l’essor des vidéoclips musicaux, la prolifération des magazines de fitness et l’hyper-spécialisation des programmes télévisuels — nécessitait une mesure plus fine et étendue des représentations corporelles.
Applications en recherche scientifique
Dans le domaine fondamental et expérimental, le SATAQ-R remplit plusieurs fonctions critiques :
- Vérification empirique des modèles étiologiques : L’échelle sert de variable médiatrice ou modératrice centrale au sein du modèle tripartite d’influence socioculturelle (Thompson et al., 1999). Elle permet de déterminer si l’exposition quantitative et qualitative aux médias induit directement une dysmorphie ou si cet effet transite obligatoirement par l’internalisation psychologique active des normes esthétiques.
- Étude des mécanismes de comparaison sociale : Le questionnaire permet d’examiner le paradigme de Festinger appliqué au corps, en quantifiant la propension des individus à comparer leur silhouette, leur musculature et leur habillement à des cibles ascendantes irréalistes (mannequins, actrices, athlètes de haut niveau).
- Recherche interculturelle et différentielle : L’instrument offre une base standardisée pour comparer les niveaux de perméabilité aux injonctions esthétiques selon le genre, l’âge, l’orientation sexuelle ou l’appartenance ethnoculturelle, éclairant ainsi la diffusion planétaire de l’idéal de minceur occidental.
Applications cliniques et préventives
Sur le versant appliqué et psychopathologique, le SATAQ-R est largement exploité au sein d’environnements cliniques variés :
- Évaluation initiale et conceptualisation de cas : En thérapie cognitive et comportementale (TCC) de l’anorexie mentale, de la boulimie et du trouble d’hyperphagie boulimique, le SATAQ-R aide le clinicien à identifier les croyances dysfonctionnelles sous-jacentes stipulant que l’attractivité corporelle et la minceur extrême constituent des prérequis indispensables à la réussite sociale et au bonheur personnel.
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Utilisé en pré- et post-traitement, l’outil permet d’évaluer la restructuration cognitive et la désactivation des schémas d’idéalisation des corps médiatiques à la suite de modules thérapeutiques axés sur l’acceptation corporelle ou la déconstruction des stéréotypes.
- Programmes de littératie médiatique en milieu scolaire : Dans le cadre d’interventions préventives universelles ou ciblées en santé publique, le questionnaire quantifie l’efficacité des ateliers apprenant aux adolescentes à décoder les retouches photographiques, les artifices de mise en scène et les pressions économiques de l’industrie cosmétique et de la mode.
5. Construit psychologique
Le SATAQ-R opérationnalise une constellation de construits psychologiques interdépendants qui définissent la manière dont un individu s’approprie les pressions esthétiques externes. Le postulat central de Cusumano et Thompson (1997) réside dans le fait que la réception des stimuli médiatiques n’est pas un phénomène passif et homogène : deux individus soumis à une exposition visuelle identique peuvent manifester des vulnérabilités radicalement divergentes selon la nature de leur traitement cognitif.
1. L’internalisation des idéaux médiatiques d’apparence (Media Internalization)
L’internalisation représente le processus cognitif le plus pathogène. Elle se définit comme l’adhésion intime et l’intégration personnelle des idéaux de beauté véhiculés par les médias au système normatif du sujet, au point que l’individu adopte ces critères externes comme ses propres standards de référence. Le sujet ne se contente pas de reconnaître que la société valorise la minceur ou la fermeté corporelle ; il désire ardemment modifier son propre corps pour correspondre à cette norme. Dans le SATAQ-R, cette dimension est illustrée par des énoncés explicites de désir de conformité physique :
- Item 1 : « I would like my body to look like the women who appear in TV shows and movies. »
- Item 13 : « I wish I looked like the women pictured in magazines who model underwear. »
Lorsque cette internalisation est élevée, l’écart entre le soi réel (actual self) et le soi idéal prescrit par les médias (ideal self) génère une divergence de schémas de soi (selon la théorie de la discordance du soi d’Higgins), provoquant honte corporelle, anxiété et conduites de compensation nocives (jeûne, vomissements provoqués, exercice compulsif).
2. La prise de conscience et croyance en l’utilité sociale de l’attractivité (Awareness & Societal Recognition)
La prise de conscience correspond à la reconnaissance intellectuelle que la culture contemporaine accorde une prime disproportionnée à l’apparence physique, à la minceur et à la tonicité musculaire dans les interactions sociales, la séduction et l’ascension professionnelle. Contrairement à l’internalisation, la prise de conscience n’implique pas nécessairement que l’individu approuve personnellement cette injustice ou souhaite s’y soumettre, bien qu’elle en constitue fréquemment le terreau préalable. Dans le SATAQ-R, cette dimension explore les croyances relatives aux stéréotypes de beauté (« ce qui est beau est bon ») :
- Item 8 : « Attractiveness is very important if you want to get ahead in our culture. »
- Item 9 : « It’s important for people to look attractive if they want to succeed in today’s culture. »
- Item 19 : « In our culture, someone with a well-built body has a better chance of obtaining success. »
3. La comparaison sociale descendante et ascendante basée sur les médias (Media Comparison)
Le SATAQ-R intègre de façon pionnière la mesure directe des comportements de comparaison de l’apparence physique induits par la consommation de médias audiovisuels et imprimés. L’individu s’évalue continuellement en prenant pour étalon les figures idéalisées du spectacle ou du sport :
- Item 5 : « I tend to compare my body to TV and movie stars. »
- Item 14 : « I often read magazines and compare my appearance to the female models. »
- Item 20 : « I often find myself comparing my physique to that of athletes pictured in magazines. »
4. L’idéalisation de la condition physique et du tonus musculaire (Fitness / Athletic Ideal)
Une innovation décisive de la révision de 1997 par Cusumano et Thompson a été de reconnaître que l’idéal féminin ne se réduisait plus à une simple émaciation passive, mais intégrait de manière croissante une exigence de tonus musculaire, de fermeté et de « forme physique » (fitness). Cette dimension préfigure l’explosion contemporaine de l’idéal athlétique :
- Item 3 : « Music videos that show women who are in good physical shape make me wish that I were in better physical shape. »
- Item 7 : « Photographs of physically fit women make me wish that I had better muscle tone. »
- Item 16 : « A physically fit woman is admired for her looks more than someone who is not fit or toned. »
6. Cadre théorique
Le SATAQ-R s’inscrit au carrefour de trois traditions théoriques majeures de la psychologie contemporaine : l’approche socioculturelle de l’image corporelle, la théorie de la comparaison sociale et la théorie des schémas cognitifs.
Le modèle tripartite d’influence socioculturelle
Formulé et formalisé par J. Kevin Thompson et ses collaborateurs (Thompson et al., 1999 ; van den Berg et al., 2002), le modèle tripartite postule que le mécontentement corporel et les comportements alimentaires pathologiques résultent principalement de l’exposition à trois vecteurs d’influence sociale puissants : les pairs, la famille et les médias de masse. Dans ce modèle, l’influence médiatique n’agit pas de façon magique ou automatique ; son pouvoir destructeur repose sur deux mécanismes médiateurs fondamentaux :
- L’internalisation de l’idéal de minceur et de beauté athlétique.
- L’engagement dans des processus chroniques de comparaison de l’apparence corporelle.
Le SATAQ-R a été conçu précisément pour fournir l’ancrage opérationnel de ce pôle médiatique au sein du modèle tripartite, démontrant empiriquement que les pressions médiatiques prédisent l’insatisfaction de la silhouette par l’intermédiaire des scores du questionnaire.
La théorie de la comparaison sociale de Festinger
Énoncée initialement par Leon Festinger en 1954, la théorie de la comparaison sociale stipule que les êtres humains possèdent une pulsion innée les conduisant à évaluer leurs propres opinions et aptitudes en se comparant à autrui, en particulier en l’absence de critères objectifs standardisés. Appliquée au domaine physique, la comparaison peut être latérale (à des pairs semblables), descendante (à des personnes jugées moins attrayantes, renforçant l’estime de soi) ou ascendante (à des individus perçus comme supérieurs en attractivité).
L’environnement médiatique moderne confronte quotidiennement les individus à des cibles ascendantes artificiellement parfaites (sélection génétique extrême, maquillage professionnel, éclairages calibrés, retouches numériques). Cusumano et Thompson (1997) ont démontré que les personnes qui internalisent ces images réalisent quasi systématiquement des comparaisons ascendantes automatiques. Ces comparaisons engendrent immédiatement un contraste défavorable, nourrissant le sentiment d’insuffisance, l’autodépréciation corporelle et la conviction erronée que la norme populationnelle correspond aux standards de l’élite médiatique.
La théorie des schémas cognitifs de l’image corporelle
Développée par Thomas F. Cash (2002), la perspective cognitive postule que les attitudes envers l’apparence sont structurées sous forme de schémas d’auto-évaluation. Les individus « schématiques pour l’apparence » traitent préférentiellement et encodent de manière sélective toute information relative au poids, aux formes corporelles et aux critères de beauté. Les items du SATAQ-R capturent l’activation de ces schémas d’évaluation conditionnelle, selon lesquels l’acceptabilité sociale, la valeur morale et la réussite dépendent de l’ajustement du corps physique aux stéréotypes de l’attractivité (ex. items 8, 9 et 19).
7. Validité
La validité psychométrique du SATAQ-R a fait l’objet d’investigations approfondies dans l’étude princeps de Cusumano et Thompson (1997) ainsi que dans des travaux ultérieurs d’évaluation comparative (Steinberg, 2004 ; Thompson et al., 2004).
Validité de construit
La validité de construit est attestée par la capacité du questionnaire à discriminer nettement les individus présentant des degrés variables de préoccupation corporelle. Les analyses factorielles confirmatoires ont mis en évidence la pertinence conceptuelle de la distinction entre la simple perception des conventions sociétales et leur appropriation sous forme de règles de conduite personnelle. Le SATAQ-R permet d’expliquer une part substantielle de variance incrémentielle dans les modèles de régression hiérarchique évaluant l’investissement subjectif dans l’apparence, au-delà des indices biométriques objectifs tels que l’indice de masse corporelle (IMC).
Validité convergente
La validité convergente du SATAQ-R a été corroborée par des corrélations statistiquement significatives et substantielles avec les instruments d’évaluation les plus reconnus en psychologie clinique :
- Insatisfaction corporelle : Corrélations positives élevées ($r$ compris entre 0,45 et 0,65, $p < 0,001$) avec la sous-échelle Body Dissatisfaction de l’Eating Disorder Inventory (EDI ; Garner et al., 1983) et le Body Shape Questionnaire (BSQ ; Cooper et al., 1987).
- Troubles des conduites alimentaires : Corrélations modérées à fortes ($r$ compris entre 0,40 et 0,58) avec les sous-échelles de pulsion de minceur (Drive for Thinness) et de boulimie de l’EDI, ainsi qu’avec le score global de l’Eating Attitudes Test (EAT-26).
- Anxiété sociale liée au physique : Corrélations positives significatives ($r \approx 0,40$ à $0,52$) avec la Social Physique Anxiety Scale (SPAS ; Hart et al., 1989), démontrant que l’internalisation des standards médiatiques accroît la peur d’être évalué négativement sur son corps par autrui.
Validité prédictive et discriminante
En matière de validité prédictive, Cusumano et Thompson (1997) ont mis en évidence que les scores d’internalisation du SATAQ-R prédisent de manière robuste l’apparition d’épisodes de restriction alimentaire sévère et de détresse psychologique lors d’expérimentations d’exposition en laboratoire à des magazines de mode. Sur le plan discriminant, le SATAQ-R se distingue nettement des mesures d’affectivité négative générale ou de dépression non spécifique (telles que le BDI) : bien qu’une légère corrélation existe ($r \approx 0,20$ à $0,30$), le SATAQ-R prédit les troubles de l’image corporelle même après contrôle statistique de la détresse émotionnelle globale.
8. Fidélité
La fidélité métrologique du SATAQ-R a été rigoureusement documentée au sein de multiples cohortes de validation composées d’adolescentes et de jeunes femmes adultes.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les estimations de cohérence interne calculées par le coefficient alpha de Cronbach démontrent une excellente homogénéité des items :
- Échelle globale (21 items) : $\alpha$ généralement rapporté entre 0,88 et 0,93, témoignant d’une solidité psychométrique globale remarquable.
- Sous-échelle Internalisation : $\alpha$ oscillant entre 0,85 et 0,91. Les items composant cette dimension présentent des corrélations item-total corrigées élevées, excédant systématiquement le seuil critique de 0,50.
- Sous-échelle Prise de conscience / Pression sociétale : $\alpha$ variant de 0,78 à 0,84 selon les échantillons, reflétant une consistance satisfaisante pour une dimension cognitive descriptive.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les études de stabilité temporelle conduites sur des intervalles de 2 à 4 semaines auprès d’échantillons non cliniques ont révélé des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de fidélité test-retest de Pearson supérieurs à 0,82 pour la dimension d’internalisation et d’environ 0,76 pour l’échelle globale. Ces résultats confirment que le questionnaire capture des attitudes et des croyances relativement stables dans le temps (traits cognitifs d’internalisation), tout en conservant une sensibilité suffisante aux changements thérapeutiques induits par les interventions cognitives ciblées.
9. Analyse factorielle
L’architecture factorielle du SATAQ-R a été initialement explorée au moyen de l’analyse factorielle exploratoire (AFE) par Cusumano et Thompson (1997), puis soumise à des analyses factorielles confirmatoires (AFC) approfondies (Steinberg, 2004 ; Thompson et al., 2004).
Extraction factorielle initiale et rotation
L’extraction factorielle par la méthode des axes principaux ou du maximum de vraisemblance, associée à des rotations obliques (Promax ou Oblimin) et orthogonales (Varimax), a été appliquée aux 21 items. L’examen du diagramme des valeurs propres (scree plot de Cattell) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) ont mis en lumière une solution multidimensionnelle robuste expliquant entre 50 % et 62 % de la variance totale des scores selon les études.
Organisation des facteurs et saturations
La structure factorielle révisée clarifie les ambiguïtés de l’instrument d’origine en distinguant plusieurs sous-dimensions majeures :
- Facteur 1 : Internalisation médiatique générale (Media Internalization) : Ce facteur regroupe les items exprimant une volonté active et un désir de conformité physique aux figures du cinéma, de la télévision et de la mode imprimée (notamment les items 1, 3, 5, 7, 13, 14, 20). Les saturations factorielles de ces items sont particulièrement élevées, s’échelonnant typiquement de 0,62 à 0,84.
- Facteur 2 : Reconnaissance de l’importance socioculturelle de l’apparence (Societal Awareness / Utility) : Regroupant les items relatifs aux croyances partagées sur les bénéfices sociaux, relationnels et professionnels de la beauté corporelle et du dynamisme physique (notamment les items 8, 9, 10, 11, 15, 16, 18, 19). Leurs saturations factorielles varient généralement entre 0,54 et 0,79.
- Items inversés et comparaisons : Les items formulés négativement (tels que les items 4, 6, 12, 17, 21) saturent de manière appropriée sur leurs facteurs respectifs après inversion du score, bien que certaines analyses confirmatoires aient identifié de légers effets de méthode associés à la formulation inversée des énoncés.
Indices d’ajustement en AFC
Lors des modélisations par équations structurelles, les structures bifactorielles ou trifactorielles du SATAQ-R ont présenté des indices d’adéquation acceptables à satisfaisants :
- Ratio Chi-deux sur degrés de liberté : $\chi^2 / \text{ddl} < 3,0$
- Comparative Fit Index (CFI) : compris entre 0,90 et 0,94
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : oscillant entre 0,055 et 0,072
Ces éléments d’analyse ont ultérieurement servi de matrice préparatoire pour le fractionnement encore plus spécialisé des items dans le SATAQ-3 (qui distinguera l’internalisation athlétique de l’internalisation générale) et dans le SATAQ-4 (intégrant explicitement les pressions distinctes des pairs et de la famille).
10. Instrument de mesure
Le SATAQ-R est un auto-questionnaire standardisé caractérisé par les spécifications techniques suivantes :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique à passation individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou informatisé.
- Population cible : Initialement développé pour les jeunes femmes et adolescentes (à partir de 14-15 ans) ; utilisé également dans des études exploratoires auprès d’échantillons masculins et de populations cliniques présentant des troubles du comportement alimentaire.
- Nombre total d’items : 21 énoncés formulés à la première personne ou portant sur des croyances normatives générales relatives à la société.
- Format des réponses : Échelle de Likert à 5 points d’ancrage :
- 1 = Completely Disagree (Pas du tout d’accord)
- 2 = Échelon intermédiaire d’opposition modérée
- 3 = Neither Agree Nor Disagree (Ni d’accord, ni pas d’accord / Neutre)
- 4 = Échelon intermédiaire d’accord modéré
- 5 = Completely Agree (Tout à fait d’accord)
- Cotation et recodage des items inversés : Les items 4, 6, 12, 17 et 21 sont inversés (reverse-scored) en raison de leur valence négative ou contre-normative. Pour ces items, la conversion s’effectue selon la formule standard : $1 \rightarrow 5$, $2 \rightarrow 4$, $3 \rightarrow 3$, $4 \rightarrow 2$, $5 \rightarrow 1$.
- Calcul des scores : Un score total d’attitudes socioculturelles peut être calculé par sommation (de 21 à 105 points) ou par moyenne globale (de 1 à 5). Des scores factoriels distincts pour les sous-échelles d’Internalisation et de Prise de conscience sont fréquemment calculés en établissant la moyenne arithmétique des items assignés. Des scores plus élevés traduisent une adhésion plus prononcée, une vulnérabilité accrue aux influences médiatiques et une internalisation pathogène des idéaux d’apparence.
- Durée de passation : Approximativement 5 à 8 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Le SATAQ-R a été conçu et publié en 1997 par Dale L. Cusumano et J. Kevin Thompson dans la revue scientifique à comité de lecture Sex Roles: A Journal of Research.
- Statut des droits d’auteur : L’article original est sous le copyright de Springer Science+Business Media (anciennement Plenum Publishing Corporation). Cependant, conformément aux pratiques académiques établies par le professeur J. Kevin Thompson, l’instrument lui-même est mis à la disposition gracieuse de la communauté scientifique mondiale pour un usage non commercial, de recherche universitaire, d’enseignement ou d’évaluation clinique standard.
- Conditions financières : L’utilisation du SATAQ-R est totalement gratuite (aucun droit d’auteur ni redevance de licence commerciale n’est exigé pour la recherche fondamentale ou la pratique clinique).
- Procédure de demande d’autorisation : Les chercheurs et cliniciens sont invités à citer formellement la publication princeps de Cusumano et Thompson (1997) dans tous leurs rapports, mémoires, thèses et publications scientifiques. Pour toute adaptation commerciale, numérisation propriétaire ou intégration logicielle payante, une autorisation formelle doit être obtenue auprès des ayants droit ou de l’éditeur de la revue.
12. Références
Les travaux académiques suivants constituent les fondements théoriques, psychométriques et empiriques du SATAQ-R :
- Cash, T. F. (2002). Cognitive-behavioral perspectives on body image. In T. F. Cash & T. Pruzinsky (Eds.), Body image: A handbook of theory, research, and clinical practice (pp. 38–46). The Guilford Press.
- Cooper, P. J., Taylor, M. J., Cooper, Z., & Fairburn, C. G. (1987). The development and validation of the Body Shape Questionnaire. International Journal of Eating Disorders, 6(4), 485–494. https://doi.org/10.1023/A:1025608616147
- Festinger, L. (1954). A theory of social comparison processes. Human Relations, 7(2), 117–140. https://doi.org/10.1177/001872675400700202
- Garner, D. M., Olmstead, M. P., & Polivy, J. (1983). Development and validation of a multidimensional eating disorder inventory for anorexia nervosa and bulimia. International Journal of Eating Disorders, 2(2), 15–34. https://doi.org/10.1123/jsep.11.1.94
- Heinberg, L. J., Thompson, J. K., & Stormer, S. (1995). Development and validation of the Sociocultural Attitudes Towards Appearance Questionnaire. International Journal of Eating Disorders, 17(1), 81–89. http://scholarcommons.usf.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=2256&context=etd
- Thompson, J. K., Heinberg, L. J., Altabe, M., & Tantleff-Dunn, S. (1999). Exacting beauty: Theory, assessment, and treatment of body image disturbance. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10312-000
- Thompson, J. K., van den Berg, P., Roehrig, M., Guarda, A. S., & Heinberg, L. J. (2004). The Sociocultural Attitudes Towards Appearance Scale-3 (SATAQ-3): Development and validation. International Journal of Eating Disorders, 35(3), 293–304. https://doi.org/10.1002/eat.10257
- van den Berg, P., Thompson, J. K., Obremski-Brandon, K., & Coovert, M. (2002). The Tripartite Influence model of body image and eating disturbance: A covariance structure modeling investigation testing the mediational role of appearance comparison and internalization. Journal of Psychosomatic Research, 53(5), 1007–1020. https://doi.org/10.1016/S0022-3999(02)00499-3
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale:
1 = Completely Disagree, 2, 3 = Neither Agree Nor Disagree, 4, 5 = Completely Agree
- I would like my body to look like the women who appear in TV shows and movies.
- I believe that clothes look better on women that are in good physical shape.
- Music videos that show women who are in good physical shape make me wish that I were in better physical shape.
- I do not wish to look like the female models who appear in magazines.
- I tend to compare my body to TV and movie stars.
- In our society, fat people are regarded as attractive.
- Photographs of physically fit women make me wish that I had better muscle tone.
- Attractiveness is very important if you want to get ahead in our culture.
- It’s important for people to look attractive if they want to succeed in today’s culture.
- Most people believe that a toned and physically fit body improves how you look.
- People think the more attractive you are, the better you look in clothes.
- In today’s society, it’s not important to always look attractive.
- I wish I looked like the women pictured in magazines who model underwear.
- I often read magazines and compare my appearance to the female models.
- People with well-proportioned bodies look better in clothes.
- A physically fit woman is admired for her looks more than someone who is not fit or toned.
- How I look does not affect my mood in social situations.
- People find individuals who are in shape more attractive than individuals who are not in shape.
- In our culture, someone with a well-built body has a better chance of obtaining success.
- I often find myself comparing my physique to that of athletes pictured in magazines.
- I do not compare my appearance to people I consider very attractive.