Questionnaire d’acceptation et d’action – Stigmatisation (AAQ-S)

Le Questionnaire d’acceptation et d’action – Stigmatisation (AAQ-S) est une échelle psychométrique de 21 items évaluant la flexibilité et l’inflexibilité psychologiques face aux préjugés et aux pensées stigmatisantes selon le modèle de l’ACT.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 4, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 4, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

Le Questionnaire d’acceptation et d’action – Stigmatisation (Acceptance and Action Questionnaire – Stigma, ou AAQ-S) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer la flexibilité psychologique et l’inflexibilité psychologique appliquées spécifiquement aux pensées stigmatisantes, aux préjugés et aux stéréotypes intergroupes. Développé par Michael E. Levin, Jason B. Luoma, Jason Lillis, Steven C. Hayes et Roger Vilardaga en 2014, l’AAQ-S s’inscrit au cœur des modèles de la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT, Acceptance and Commitment Therapy) et de la théorie des cadres relationnels (Relational Frame Theory, RFT). Contrairement aux échelles traditionnelles qui quantifient l’adhésion explicite ou implicite aux croyances préjudiciables, l’AAQ-S évalue la relation fonctionnelle qu’un individu entretient avec ses propres évaluations négatives à l’égard d’autrui, notamment les processus de défusion cognitive, d’acceptation psychologique, d’évitement expérientiel et d’action guidée par les valeurs.

L’instrument se compose de 21 items répartis en deux dimensions factorielles distinctes : la sous-échelle d’Inflexibilité psychologique (11 items) et la sous-échelle de Flexibilité psychologique (10 items cotés de manière inversée). Les participants répondent au moyen d’une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« jamais vrai ») à 7 (« toujours vrai »). Les analyses psychométriques initiales et ultérieures confirment une consistance interne satisfaisante à excellente (coefficients alpha de Cronbach variant de 0,78 à 0,86 selon les sous-échelles) ainsi qu’une structure factorielle robuste confirmée par modélisation en équations structurelles. L’échelle démontre une validité convergente et prédictive supérieure à celle des mesures génériques de flexibilité psychologique (comme l’AAQ-II) lorsqu’il s’agit d’expliquer les comportements d’évitement interpersonnel, la discrimination, l’anxiété intergroupe et la propension à s’engager dans des interactions socialement diversifiées.

2. Mots-clés

AAQ-S, flexibilité psychologique, inflexibilité psychologique, stigmatisation, préjugés, thérapie d’acceptation et d’engagement, défusion cognitive, évitement expérientiel, théorie des cadres relationnels, psychométrie.

3. Auteurs

Le questionnaire AAQ-S a été élaboré et validé par une équipe de chercheurs de référence en sciences comportementales contextuelles :

  • Michael E. Levin, Ph.D. : Professeur au Département de psychologie de l’Université d’État de l’Utah (Utah State University), Logan, UT, États-Unis. Directeur du Contextual Behavioral Science Laboratory. Contact institutionnel : [email protected].
  • Jason B. Luoma, Ph.D. : Directeur du Portland Psychotherapy Clinic, Research, & Training Center, Portland, OR, États-Unis. Chercheur clinicien spécialiste des dynamiques de honte, d’auto-stigmatisation et de compassion.
  • Jason Lillis, Ph.D. : Professeur associé (recherche) au Département de psychiatrie et de comportement humain, Alpert Medical School de l’Université Brown, et chercheur au Weight Control and Diabetes Research Center de l’Hôpital The Miriam, Providence, RI, États-Unis.
  • Steven C. Hayes, Ph.D. : Nevada Foundation Professor Emeritus au Département de psychologie de l’Université du Nevada à Reno (UNR), Reno, NV, États-Unis. Co-fondateur de la thérapie d’acceptation et d’engagement et de la théorie des cadres relationnels.
  • Roger Vilardaga, Ph.D. : Professeur associé au Département de psychiatrie et des sciences du comportement, Duke University School of Medicine, Durham, NC, États-Unis. Spécialiste des technologies appliquées aux interventions contextuelles.

4. Objectif

L’objectif fondamental du questionnaire AAQ-S est d’opérationnaliser et de mesurer la manière dont les individus réagissent à leurs propres pensées, jugements et stéréotypes automatiques à l’égard de groupes sociaux minoritaires, marginalisés ou stigmatisés (personnes en surpoids, minorités ethniques ou religieuses, personnes vivant avec un trouble de santé mentale, personnes issues de la diversité sexuelle et de genre). Traditionnellement, les recherches en psychologie sociale et cognitive ont appréhendé les préjugés sous l’angle du contenu cognitif : quelles croyances erronées l’individu nourrit-il, avec quelle force y souscrit-il, et comment modifier directement ces attitudes au travers de restructurations rationnelles ou de programmes éducatifs ?

Cependant, les sciences comportementales contemporaines ont largement documenté le phénomène de rebond cognitif et les limites des tentatives directes de suppression de pensées (Wenzlaff & Wegner, 2000). Forcer un individu à supprimer un stéréotype automatique (« je ne dois pas penser cela ») accentue fréquemment la fréquence et l’accessibilité de ce stéréotype, un processus contre-productif souvent désigné sous le terme d’ironie du contrôle mental. Face à cette impasse, le modèle de l’ACT propose que la source proximale de la discrimination et du comportement stigmatisant ne réside pas nécessairement dans l’émergence involontaire d’une cognition négative issue du conditionnement socio-culturel, mais dans la fusion cognitive avec cette pensée et les stratégies d’évitement expérientiel mises en place pour tenter de la réguler.

Dans cette perspective, l’AAQ-S répond à plusieurs finalités scientifiques et cliniques prioritaires :

  • Mesure de processus ciblés : Évaluer spécifiquement la capacité de l’individu à remarquer ses jugements négatifs automatiques sans s’y identifier aveuglément (défusion) et sans fuir l’inconfort émotionnel associé (acceptation), plutôt que de tenter de mesurer l’absence artificielle de préjugés.
  • Évaluation des interventions de dé-stigmatisation : Fournir aux chercheurs et praticiens un instrument sensible au changement thérapeutique dans le cadre d’ateliers de sensibilisation à la diversité, de formations de soignants ou d’interventions basées sur la pleine conscience et l’ACT visant la réduction du stigmate social et professionnel.
  • Prédiction des comportements réels : Prédire les comportements interpersonnels effectifs (retrait social, rejet, discrimination ouverte, refus de collaboration) avec une précision accrue par rapport aux instruments mesurant la désirabilité sociale ou les attitudes explicites déclarées.
  • Compréhension de la dynamique intrapersonnelle : Analyser comment la lutte interne contre ses propres biais peut paradoxalement détériorer les compétences relationnelles et l’ouverture interculturelle chez des professionnels de la santé, des travailleurs sociaux ou des éducateurs.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique opérationnalisé par l’AAQ-S est la flexibilité psychologique vis-à-vis des pensées stigmatisantes (psychological flexibility with stigmatizing thoughts). Selon le modèle hexagonal de l’ACT (l’hexaflex), la flexibilité psychologique se définit comme la capacité à être en contact conscient avec le moment présent, pleinement et sans défense inutile, tout en adaptant ou en persévérant dans des comportements orientés vers des valeurs choisies. Dans le contexte de l’AAQ-S, ce construit est articulé en deux composantes dialectiques complémentaires et distinctes :

Sous-échelle 1 : Inflexibilité psychologique (11 items)

L’inflexibilité psychologique désigne la tendance rigide à réagir aux évaluations d’autrui par la fusion cognitive, le contrôle dysfonctionnel et l’évitement comportemental. Elle se caractérise par :

  • La fusion cognitive avec les préjugés : L’incapacité à distinguer une pensée évaluative issue d’un automatisme appris de la réalité objective elle-même. Par exemple, l’item 21 (« The bad things I think about others must be true ») illustre une fusion littérale où la cognition négative est traitée comme un fait absolu plutôt que comme un événement verbal transitoire.
  • L’asservissement comportemental aux affects et aux évaluations : La croyance que le comportement manifeste doit nécessairement être aligné sur l’émotion ou le jugement instantané. L’item 16 (« When talking with someone I believe I should act according to how I feel about him/her‚ even if its negative ») et l’item 9 (« I have trouble not acting on my negative thoughts about others ») démontrent cette incapacité à choisir une action guidée par des valeurs prosociales en présence de pensées aversives.
  • L’évitement expérientiel et le retrait social : L’abandon d’activités porteuses de sens ou l’isolement relationnel déclenchés par la survenue de jugements négatifs (ex. item 6 : « I stop doing things that are important to me when it involves someone I don’t like » et item 13 : « When I am having negative thoughts about others‚ I withdraw from people »).
  • La lutte contre le contenu cognitif comme préalable à l’action : L’illusion selon laquelle il serait indispensable d’éliminer totalement les pensées automatiques avant de pouvoir interagir harmonieusement (ex. item 4 : « I need to reduce my negative thoughts about others in order to have good social interactions »).

Sous-échelle 2 : Flexibilité psychologique (10 items)

La dimension de flexibilité psychologique reflète une posture métacognitive de pleine conscience, d’ouverture sans jugement et de défusion par rapport aux automatismes de l’esprit. Elle repose sur :

  • La conscience métacognitive et la défusion : L’aptitude à observer l’apparition d’un préjugé ou d’un jugement stéréotypé comme un simple flux mental sans substance factuelle contraignante. L’item 5 (« When I evaluate someone negatively‚ I am able to recognize that this is just a reaction‚ not an objective fact ») et l’item 10 (« I am aware when judgments about others are passing through my mind ») capturent parfaitement ce décentrement cognitif.
  • L’acceptation expérientielle radicale : La reconnaissance bienveillante du fait que l’esprit humain génère inévitablement des pensées évaluatives indésirables issues de la culture ambiante, sans que cela n’exige une lutte compulsive (ex. item 19 : « I accept that I will sometimes have unpleasant thoughts about other people » et item 11 : « It’s OK to have friends that I have negative thoughts about from time to time »).
  • L’absence d’hyper-contrôle anxieux : Le relâchement de la tentative obsessionnelle de maîtriser chaque évaluation interne (ex. item 12 : « I don’t struggle with controlling my evaluations about others » et item 18 : « I rarely worry about getting my evaluations towards others under control »).

6. Cadre théorique

L’architecture conceptuelle de l’AAQ-S est solidement ancrée dans les principes du contextualisme fonctionnel, de la théorie des cadres relationnels (RFT) et de la thérapie d’acceptation et d’engagement formulés par Steven C. Hayes et ses collaborateurs.

La théorie des cadres relationnels (RFT) et la genèse des préjugés

Selon la RFT, le langage humain et la cognition complexe reposent sur la capacité à établir des relations arbitraires et dérivées entre des stimuli symboliques (cadrage relationnel de coordination, de distinction, de comparaison, de hiérarchie). Dès lors qu’une catégorie sociale (par exemple une appartenance ethnique ou une condition médicale) est associée verbalement à un attribut aversif (« dangereux », « incompétent », « paresseux »), les fonctions stimulus de cet attribut sont automatiquement transférées ou transformées sur les individus membres de cette catégorie, même en l’absence de tout contact empirique préalable direct.

Parce que ces réseaux relationnels sont appris au sein de l’environnement social et culturel, ils s’activent de façon automatique et involontaire. La RFT démontre qu’un réseau relationnel consolidé ne peut pas être simplement « effacé » de la mémoire sémantique ; les tentatives de suppression ou de réfutation logique créent en réalité de nouveaux liens relationnels qui renforcent souvent la saillance du stimulus originel.

Le modèle Hexaflex et les processus d’action

Face à l’inévitabilité des stéréotypes conditionnés, l’ACT propose que le problème fondamental réside dans deux processus d’inflexibilité majeurs :

  • La fusion cognitive (Cognitive Fusion) : Le sujet réagit à ses pensées comme si elles étaient des réalités littérales. Si la pensée « cette personne est peu digne de confiance » surgit, la fusion amène l’individu à traiter autrui comme étant objectivement non digne de confiance, entraînant de la méfiance, de l’hostilité ou de l’évitement relationnel.
  • L’évitement expérientiel (Experiential Avoidance) : L’inconfort ressenti lors de l’interaction (malaise, anxiété intergroupe, culpabilité d’avoir une pensée raciste ou sexiste) pousse l’individu à fuir la situation d’interaction ou à la saboter, restreignant son répertoire comportemental au détriment de ses valeurs profondes d’équité, de curiosité ou de coopération.

L’AAQ-S a donc été développé pour évaluer si l’individu peut cultiver la défusion cognitive (observer la pensée comme un simple événement mental produit par son histoire d’apprentissage) et l’acceptation (faire de la place au sentiment d’inconfort sans chercher à le fuir), afin de réorienter son comportement vers des actions engagées fondées sur des valeurs humaines et dénuées de discrimination.

7. Validité

La validité psychométrique de l’AAQ-S a été rigoureusement documentée lors de son étude princeps de validation (Levin et al., 2014) ainsi que dans des travaux ultérieurs appliqués à divers contextes sociaux et professionnels.

Validité convergente

L’AAQ-S présente des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec les mesures établies de processus d’acceptation, de pleine conscience et d’attitudes explicites :

  • Flexibilité psychologique générale : Les deux sous-échelles de l’AAQ-S sont corrélées de façon modérée avec l’Acceptance and Action Questionnaire – II (AAQ-II ; corrélations d’ordre de $r = -0,35$ à $r = -0,48$), confirmant que l’AAQ-S partage une variance commune avec la flexibilité générale tout en mesurant un domaine de fonctionnement hautement spécifique.
  • Pleine conscience (Mindfulness) : Des corrélations positives modérées sont observées entre la sous-échelle de Flexibilité de l’AAQ-S et les facettes d’observation et de non-jugement du Five Facet Mindfulness Questionnaire (FFMQ).
  • Évitement et suppression de pensées : L’inflexibilité liée au stigmate est positivement corrélée avec le White Bear Suppression Inventory (WBSI), démontrant que les individus inflexibles face à leurs stéréotypes s’engagent plus fréquemment dans des tentatives dysfonctionnelles de suppression de pensées.

Validité discriminante

L’AAQ-S démontre une dissociation nette d’avec les mesures de désirabilité sociale (évaluée notamment via l’échelle de Marlow-Crowne). Cette indépendance empirique est essentielle dans le domaine des préjugés, où les biais d’auto-présentation faussent fréquemment les réponses. De plus, la corrélation modeste entre l’AAQ-S et les échelles mesurant le contenu explicite des préjugés (comme les échelles d’attitudes envers les minorités ethniques ou le stigmate du poids) prouve que l’AAQ-S ne quantifie pas l’intensité de la haine ou du rejet, mais bien le degré d’accrochage psychologique à ces pensées lorsqu’elles surviennent.

Validité prédictive et incrémentielle

Dans l’étude de Levin et al. (2014), les analyses de régression multiple ont révélé que les sous-échelles de l’AAQ-S prédisent de manière incrémentielle des variables comportementales clés au-delà de ce qui est prédit par l’AAQ-II général, par les mesures de stéréotypes explicites et par les traits de personnalité généraux. Plus particulièrement, l’AAQ-S prédit significativement :

  • Le niveau d’anxiété ressenti lors de situations d’interaction intergroupe.
  • L’évitement comportemental et la distance sociale adoptée face à des personnes stigmatisées.
  • Le sentiment d’auto-efficacité dans la communication transculturelle.
  • L’efficacité des formations professionnelles à la diversité et la persistance des acquis comportementaux à long terme.

8. Fidélité

Les propriétés de fidélité de l’AAQ-S ont été vérifiées à travers de multiples échantillons universitaires et cliniques, démontrant une homogénéité satisfaisante de l’instrument.

Consistance interne

Lors des phases d’élaboration et d’évaluation psychométrique (Levin et al., 2014) :

  • Sous-échelle d’Inflexibilité psychologique : Le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) s’établit entre 0,82 et 0,86 selon les échantillons, reflétant une excellente cohérence des items évaluant la fusion cognitive et l’évitement comportemental.
  • Sous-échelle de Flexibilité psychologique : Le coefficient alpha de Cronbach varie entre 0,78 et 0,83, ce qui démontre une bonne homogénéité interne pour les items formulés dans le sens de la défusion et de l’acceptation.
  • Corrélations item-total corrigées : Toutes les valeurs dépassent largement le seuil psychométrique conventionnel de 0,30, la majorité se situant entre 0,42 et 0,68.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

L’évaluation de la fidélité test-retest sur un intervalle de réévaluation de 2 à 4 semaines auprès d’échantillons non cliniques a révélé des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) satisfaisants ($r_{tt} = 0,76$ pour l’inflexibilité et $r_{tt} = 0,73$ pour la flexibilité). Ces résultats attestent que l’AAQ-S capture des dispositions psychologiques relativement stables dans le temps en l’absence d’intervention ciblée, tout en conservant une sensibilité prouvée aux variations cliniques induites par des protocoles thérapeutiques ACT.

9. Analyse factorielle

Le développement initial de l’AAQ-S est parti d’un pool exhaustif d’items générés pour refléter les six processus fondamentaux du modèle Hexaflex appliqués au stigmate et aux préjugés interpersonnels.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors de la phase exploratoire initiale menée sur un premier échantillon de participants, une analyse factorielle en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) a mis en évidence une solution claire à deux facteurs expliquant une proportion substantielle de la variance totale :

  • Facteur 1 (Inflexibilité psychologique) : Regroupe 11 items avec des saturations factorielles solides (allant de 0,45 à 0,78). Ce facteur capte la tendance à agir sous l’emprise des jugements, à croire littéralement les évaluations négatives et à s’isoler socialement.
  • Facteur 2 (Flexibilité psychologique) : Regroupe 10 items (saturations comprises entre 0,40 et 0,74) mettant en avant la capacité à remarquer la présence de jugements comme des processus intérieurs sans devoir les contrôler compulsivement.

Bien que le modèle théorique ACT envisage six processus interdépendants, l’analyse factorielle empirique tend couramment, dans les mesures de type AAQ, à séparer les processus en deux macro-dimensions bipolaires (processus d’ouverture/flexibilité versus processus de fermeture/inflexibilité), plutôt qu’en six facteurs indépendants trop fortement corrélés.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

L’analyse factorielle confirmatoire (AFC) réalisée sur un échantillon indépendant a permis de comparer plusieurs modèles concurrents :

  1. Un modèle unidimensionnel à un seul facteur général de flexibilité.
  2. Un modèle orthogonal à deux facteurs indépendants.
  3. Un modèle oblique à deux facteurs corrélés (Inflexibilité et Flexibilité).

Les indices d’ajustement ont clairement démontré la supériorité du modèle oblique à deux facteurs :

  • $\chi^2 / dl < 2,5$
  • CFI (Comparative Fit Index) $ge 0,91$
  • TLI (Tucker-Lewis Index) $ge 0,90$
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) $le 0,058$ [IC à 90 % : 0,049 – 0,067]
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) $le 0,052$

La corrélation entre les deux facteurs latents s’élève approximativement à $r = -0,45$, confirmant que si la flexibilité et l’inflexibilité sont reliées, elles ne représentent pas de simples opposés mécaniques sur un continuum unique et méritent d’être interprétées de manière distincte.

10. Instrument de mesure

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report measure).
  • Nombre total d’items : 21 items.
  • Structure des sous-échelles :
    • Sous-échelle d’Inflexibilité psychologique (Psychological Inflexibility Subscale) : 11 items (1, 4, 6, 7, 8, 9, 13, 15, 16, 20, 21).
    • Sous-échelle de Flexibilité psychologique (Psychological Flexibility Subscale) : 10 items (2, 3, 5, 10, 11, 12, 14, 17, 18, 19). Tous ces items sont cotés de manière inversée (*).
  • Échelle de réponse (Format Likert en 7 points) :
    • 1 = never true (jamais vrai)
    • 2 = very seldom true (très rarement vrai)
    • 3 = seldom true (rarement vrai)
    • 4 = sometimes true (parfois vrai)
    • 5 = frequently true (fréquemment vrai)
    • 6 = almost always true (presque toujours vrai)
    • 7 = always true (toujours vrai)
  • Modalités de cotation (Scoring) :
    • Cotation par sous-échelles (recommandée) : Calculer séparément le score moyen ou la somme des items d’Inflexibilité (items directs) et le score des items de Flexibilité (après inversion des scores ou sous forme de score brut de flexibilité).
    • Score global d’Inflexibilité psychologique : Pour obtenir un score composite unique d’inflexibilité générale vis-à-vis du stigmate, inverser les 10 items de Flexibilité (1 = 7, 2 = 6, 3 = 5, 4 = 4, 5 = 3, 6 = 2, 7 = 1) puis sommer l’ensemble des 21 items. Le score total varie de 21 à 147 points, un score plus élevé reflétant une inflexibilité psychologique accrue face aux stéréotypes.
  • Temps de passation estimé : 4 à 7 minutes.
  • Public cible : Adultes et adolescents en contexte de recherche fondamentale, de psychologie sociale, de formation médicale ou d’interventions cliniques en milieu organisationnel.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

L’Acceptance and Action Questionnaire – Stigma (AAQ-S) a été publié pour la première fois en 2014. Conformément aux principes éthiques de l’Association for Contextual Behavioral Science (ACBS) régissant les mesures issues de la recherche contextuelle comportementale :

  • Statut des droits et accès : L’AAQ-S est un instrument du domaine public académique, libre d’accès pour les chercheurs, universitaires, formateurs et cliniciens non commerciaux.
  • Tarification : L’accès et l’utilisation du questionnaire sont entièrement gratuits (aucun coût de licence ni redevance).
  • Conditions d’utilisation : Les utilisateurs sont tenus de citer explicitement la publication originale de Levin et al. (2014) dans tous leurs travaux, publications ou communications scientifiques. Toute adaptation, traduction ou modification substantielle doit être documentée et soumise aux règles d’évaluation psychométrique standard.
  • Dépôt institutionnel : L’échelle et ses consignes d’administration sont hébergées librement sur le portail institutionnel de l’Université d’État de l’Utah (Utah State University Digital Commons) ainsi que sur le portail officiel de l’ACBS.

12. Références

Les références ci-dessous regroupent les publications clés relatives à l’élaboration de l’AAQ-S et aux modèles théoriques sous-jacents :

  • Hayes, S. C., Luoma, J. B., Bond, F. W., Masuda, A., & Lillis, J. (2006). Acceptance and commitment therapy: Model, processes and outcomes. Behaviour Research and Therapy, 44(1), 1–25. https://doi.org/10.1016/j.brat.2005.06.006
  • Hayes, S. C., Strosahl, K. D., & Wilson, K. G. (2011). Acceptance and commitment therapy: The process and practice of mindful change (2nd ed.). Guilford Press.
  • Levin, M. E., Luoma, J. B., Lillis, J., Hayes, S. C., & Vilardaga, R. (2014). The Acceptance and Action Questionnaire – Stigma (AAQ-S): Developing a measure of psychological flexibility with stigmatizing thoughts. Journal of Contextual Behavioral Science, 3(1), 21–26. https://doi.org/10.1016/j.jcbs.2013.11.003
  • Levin, M. E., Luoma, J. B., Lillis, J., Hayes, S. C., & Vilardaga, R. (2014). The Acceptance and Action Questionnaire – Stigma (AAQ-S): Developing a Measure of Psychological Flexibility with Stigmatizing Thoughts. Psychology Faculty Publications, Paper 1096. https://digitalcommons.usu.edu/psych_facpub/1096
  • Luoma, J. B., Kohlenberg, B. S., Hayes, S. C., Bunting, K., & Rye, A. K. (2008). Reducing self-stigma in substance abuse through acceptance and commitment therapy: Model, manual development, and pilot outcomes. Addiction Research & Theory, 16(2), 149–165. https://doi.org/10.1080/16066350701850295
  • Masuda, A., Hayes, S. C., Fletcher, L. B., Seignourel, P. J., Bunting, K., Herbst, S. A., Twohig, M. P., & Lillis, J. (2007). The impact of Acceptance and Commitment Training and education on stigma toward people with psychological disorders. Behaviour Research and Therapy, 45(11), 2764–2772. https://doi.org/10.1016/j.brat.2007.05.008
  • Wenzlaff, R. M., & Wegner, D. M. (2000). Thought suppression. Annual Review of Psychology, 51(1), 59–91. https://doi.org/10.1146/annurev.psych.51.1.59

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:
1 = never true‚ 2 = very seldom true‚ 3 = seldom true‚ 4 = sometimes true‚ 5 = frequently true‚ 6 = almost always true‚ 7 = always true

Items:

  1. My biases and prejudices affect how I interact with people from different backgrounds.
  2. I feel that I am aware of my own biases.*
  3. My negative thoughts about others are never a problem in my life.*
  4. I need to reduce my negative thoughts about others in order to have good social interactions.
  5. When I evaluate someone negatively‚ I am able to recognize that this is just a reaction‚ not an objective fact.*
  6. I stop doing things that are important to me when it involves someone I don’t like.
  7. I have trouble letting go of my judgments of others.
  8. I feel that my prejudicial thoughts are a significant barrier to me being culturally sensitive.
  9. I have trouble not acting on my negative thoughts about others.
  10. I am aware when judgments about others are passing through my mind.*
  11. It’s OK to have friends that I have negative thoughts about from time to time.*
  12. I don’t struggle with controlling my evaluations about others.*
  13. When I am having negative thoughts about others‚ I withdraw from people.
  14. When I’m talking with someone I don’t like‚ I’m aware of my evaluations of them.*
  15. When I have judgments about others‚ they are very intense.
  16. When talking with someone I believe I should act according to how I feel about him/her‚ even if its negative.
  17. I’m good at noticing when I have a judgment of another person.*
  18. I rarely worry about getting my evaluations towards others under control.*
  19. I accept that I will sometimes have unpleasant thoughts about other people.*
  20. I often get caught up in my evaluations of what others are doing wrong.
  21. The bad things I think about others must be true.

* Reverse scored items

Subscales:
Psychological Inflexibility Subscale: Items 1, 4, 6, 7, 8, 9, 13, 15, 16, 20, 21
Psychological Flexibility Subscale: Items 2, 3, 5, 10, 11, 12, 14, 17, 18, 19

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 4). Questionnaire d’acceptation et d’action – Stigmatisation (AAQ-S). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-acceptation-action-stigmatisation-aaq-s/
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’acceptation et d’action – Stigmatisation (AAQ-S).” Base de données de psychologie en français, 4 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-acceptation-action-stigmatisation-aaq-s/.
Looti, Mohammed. “Questionnaire d’acceptation et d’action – Stigmatisation (AAQ-S).” Base de données de psychologie en français. octobre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/questionnaire-acceptation-action-stigmatisation-aaq-s/.