Propriété psychologique de l’argent emprunté

Analyse psychométrique détaillée de l’échelle de propriété psychologique de l’argent emprunté (Sharma, Tully, & Cryder, 2021). Cet article examine les fondements théoriques, la validité, la fidélité et les applications économiques de cet instrument mesurant le sentiment subjectif de possession de la dette.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’échelle de propriété psychologique de l’argent emprunté (Psychological Ownership of Borrowed Money Scale), développée et validée par les chercheuses en comportement du consommateur et en économie comportementale Esha Sharma, Stephanie M. Tully et Cynthia Cryder (2021), constitue un instrument psychométrique novateur conçu pour opérationnaliser le degré auquel un individu éprouve un sentiment de possession subjective à l’égard de fonds issus d’un emprunt financier. Alors que la théorie économique classique postule que les fonds empruntés sont perçus comme un passif impliquant une obligation stricte de remboursement futur, les travaux empiriques en psychologie économique démontrent que de nombreux consommateurs perçoivent cognitivement et affectivement ces liquidités comme étant d’ores et déjà les leurs, assimilant l’accès au crédit à une disponibilité anticipée de leurs propres ressources financières.

L’instrument se compose de quatre items unidimensionnels mesurés à l’aide d’une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (Fortement en désaccord / Strongly disagree) à 7 (Fortement d’accord / Strongly agree). Les études psychométriques initiales, menées auprès d’échantillons diversifiés de consommateurs nord-américains, démontrent des qualités métrologiques remarquables. La cohérence interne est exceptionnellement élevée, avec des coefficients d’alpha de Cronbach (Cronbach’s alpha) oscillant systématiquement entre 0,91 et 0,96 à travers plusieurs expérimentations, et des analyses factorielles confirmatoires confirmant une structure strictement unidimensionnelle. L’échelle démontre une validité convergente robuste avec les propensions à dépenser de manière excessive, la sous-estimation du coût réel de la dette et l’utilisation imprudente des instruments de crédit (notamment les cartes de crédit et les facilités de paiement fractionné de type Buy Now Pay Later). Cet outil fournit aux chercheurs, régulateurs financiers et cliniciens de la santé financière un cadre quantitatif pour comprendre les mécanismes cognitifs sous-jacents au surendettement et aux distorsions de la comptabilité mentale.

2. Mots-clés / Keywords

Propriété psychologique, argent emprunté, comptabilité mentale, comportement du consommateur, psychologie financière, prise de décision économique, surendettement, illusion de richesse, crédit à la consommation, psychométrie, échelle d’évaluation, biais cognitifs.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue, testée et publiée par une équipe de chercheuses éminentes spécialisées dans le marketing quantitatif, la prise de décision financière et la psychologie du consommateur :

  • Esha Sharma, Ph.D. : Professeure adjointe de marketing à la San Diego State University (Fowler College of Business). Ses recherches portent sur la gestion des finances personnelles par les consommateurs, les comportements d’emprunt, les mécanismes de privation financière et les dons caritatifs. (Contact académique : [email protected]).
  • Stephanie M. Tully, Ph.D. : Professeure agrégée de marketing à la Stanford Graduate School of Business, Université Stanford. Ses travaux explorent l’impact des contraintes financières perçues sur les choix de consommation, la distinction entre biens matériels et expérientiels, ainsi que les dynamiques psychologiques régissant l’utilisation de l’argent et du temps. (Contact académique : [email protected]).
  • Cynthia Cryder, Ph.D. : Professeure de marketing à l’Olin Business School, Université Washington à Saint-Louis. Ses axes de recherche portent sur la prise de décision sous l’angle du jugement comportemental, la douleur de payer (pain of paying), la philanthropie et l’amélioration du bien-être financier des ménages. (Contact académique : [email protected]).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’échelle de propriété psychologique de l’argent emprunté est de quantifier une illusion cognitive et motivationnelle critique : la tendance psychologique à traiter l’argent emprunté non pas comme une obligation financière assortie d’un passif futur, mais comme un actif personnel disponible immédiatement. Dans les modèles économiques traditionnels fondés sur l’hypothèse de l’agent rationnel (l’Homo economicus), l’emprunt financier est conçu comme un transfert intertemporel de ressources où l’agent arbitre de manière lucide entre utilité présente et coût d’opportunité futur majoré d’un taux d’intérêt. Néanmoins, la réalité empirique du comportement des consommateurs contredit fréquemment cette rationalité idéale : des millions d’individus s’engagent dans des spirales d’endettement débilitantes en accumulant des dettes renouvelables sur cartes de crédit, des prêts personnels et des microcrédits sans sembler enregistrer la charge psychologique de la dette contractée.

Sharma, Tully et Cryder (2021) ont développé cette échelle afin de capturer le mécanisme psychologique qui comble ce fossé explicatif. Plus précisément, l’instrument permet de répondre aux interrogations suivantes :

  • Expliquer les disparités individuelles dans la propension aux dépenses excessives : Pourquoi deux individus confrontés aux mêmes contraintes de revenu et aux mêmes offres de crédit réagissent-ils différemment face à des liquidités empruntées ? L’échelle démontre que ceux qui développent une forte propriété psychologique sur ces fonds perçoivent une « réserve de liquidité personnelle » et dépensent ces montants avec une désinhibition nettement supérieure.
  • Analyser l’atténuation de la douleur de payer : Le concept de pain of paying (Prelec & Loewenstein, 1998) postule que la dépense monétaire génère une souffrance psychologique immédiate qui régule les excès d’achat. Lorsque l’argent emprunté est ressenti comme appartenant déjà à l’individu, l’acte de contracter une dette ne déclenche pas l’aversion normalement associée au passif, réduisant ainsi la friction émotionnelle au moment de l’achat.
  • Évaluer les conséquences des innovations FinTech : Les mécanismes modernes de paiement dématérialisé (crédit revolving, solutions « Achetez maintenant, payez plus tard » / BNPL, découverts bancaires automatisés) estompent volontairement les frontières physiques et conceptuelles de la dette. L’échelle offre un moyen empirique rigoureux de mesurer à quel point ces interfaces technologiques stimulent artificiellement le sentiment de possession personnelle des fonds prêtés.

Sur le plan des applications cliniques et de la recherche en politique publique, cet instrument s’avère précieux pour le diagnostic psychologique des individus souffrant d’achats compulsifs ou de détresse financière chronique. Il permet également d’évaluer l’efficacité d’interventions de « nudge » ou de programmes d’alphabétisation financière visant à restaurer la perception objective de la dette en rompant l’appropriation cognitive prématurée de l’argent prêté.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par cette échelle est la propriété psychologique appliquée à l’argent emprunté. Pour comprendre la nature de ce construit, il convient d’articuler la théorie générale de la propriété psychologique avec la spécificité ontologique de la monnaie en tant qu’actif fongible.

5.1 Définition de la propriété psychologique

La propriété psychologique est définie classiquement par Pierce, Kostova et Dirks (2001, 2003) comme cet état dans lequel un individu a le sentiment qu’une cible de propriété (qu’elle soit matérielle, immatérielle ou conceptuelle) est « la sienne » (« it is mine »). Ce sentiment peut se manifester en l’absence totale de titre juridique légal de propriété. Dans le contexte des objets matériels (une maison, un vêtement, une voiture louée), la propriété psychologique émerge par le biais de trois voies majeures : le contrôle exercé sur l’objet, la connaissance intime de l’objet, et l’investissement personnel (en temps, énergie ou identité) consenti dans l’objet.

5.2 Transposition à l’argent emprunté : le paradoxe de la fongibilité

Appliquer ce cadre théorique à la monnaie constitue une avancée conceptuelle majeure opérée par Sharma et ses collègues. Contrairement à un objet physique spécifique, l’argent est fongible, interchangeable et abstrait. Lorsque des fonds sont déposés sur un compte courant via un prêt bancaire ou mis à disposition sur une ligne de crédit, ils se mélangent matériellement et numériquement avec les fonds propres de l’emprunteur. Le construit de propriété psychologique de l’argent emprunté mesure précisément le degré auquel l’individu incorpore cognitivement ces ressources financières externes dans son concept de « soi étendu » financier (extended financial self).

Le construit se caractérise par deux pôles conceptuels opposés :

  • Faible propriété psychologique de l’argent emprunté : L’emprunteur maintient une frontière cognitive hermétique et rigoureuse entre ses actifs réels et ses dettes. Les fonds empruntés sont catégorisés dans un compte mental de « dette » ou d’« argent d’autrui ». L’individu ressent une conscience aiguë de l’obligation de restitution et éprouve une réticence psychologique à puiser dans ces fonds, sauf en cas d’absolue nécessité.
  • Forte propriété psychologique de l’argent emprunté : L’emprunteur efface la démarcation entre liquidités propres et liquidités prêtées. L’accès au crédit est perçu subjectivement comme l’obtention anticipée de son propre argent (par exemple, un salaire futur simplement mis à disposition plus tôt). L’argent est ressenti comme « le mien », ce qui génère une illusion de pouvoir d’achat accru et élimine le sentiment de dépendance ou d’assujettissement envers le créancier.

5.3 Unidimensionnalité du construit

Contrairement aux échelles multifactorielles de propriété psychologique organisationnelle qui distinguent des facettes cognitives, affectives et préventives, le construit développé par Sharma et al. (2021) est volontairement conçu comme une structure psychologique unidimensionnelle et focalisée. Il cible l’évaluation globale et intuitive du lien de possession ressenti entre le consommateur et la somme empruntée. Les quatre énoncés capturent la quintessence de l’expérience phénoménologique de l’appropriation : la sensation brute que les fonds sont à soi (« is mine »), le maintien de ce sentiment en dépit de la nature contractuelle du prêt (« although I borrow… it is my money »), le sens personnel de possession (« personal sense of ownership »), et l’attribution d’appartenance (« belongs to me »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’élaboration de l’échelle s’inscrit au carrefour de trois courants théoriques majeurs de la psychologie et des sciences économiques comportementales : la théorie de la propriété psychologique, la théorie de la comptabilité mentale et les modèles d’actualisation temporelle et d’illusion monétaire.

6.1 La théorie de la propriété psychologique (Pierce, Kostova, & Dirks)

Le fondement théorique primaire provient des travaux séminaux de Pierce et al. (2001, 2003) sur la propriété psychologique dans les organisations. Selon cette théorie, le sentiment de possession répond à des motivations humaines fondamentales : l’auto-efficacité (le besoin d’exercer un contrôle sur son environnement), l’auto-identité (définir qui l’on est par ce que l’on possède), et le besoin d’avoir un « chez-soi » ou un espace sécurisé. Dans le domaine financier, détenir des liquidités procure un sentiment direct d’auto-efficacité : pouvoir acheter, se protéger des chocs économiques, ou satisfaire des désirs immédiats. Lorsque des fonds empruntés sont transférés sous le contrôle physique et opérationnel du consommateur (par exemple, disponibles sur son application bancaire mobile), le mécanisme de contrôle instrumental active spontanément le sentiment de possession, courcircuitant l’évaluation légale du passif.

6.2 La comptabilité mentale (Mental Accounting Theory)

Le deuxième pilier théorique repose sur la théorie de la comptabilité mentale formalisée par le prix Nobel d’économie Richard Thaler (1985, 1999). Thaler démontre que les individus n’évaluent pas l’argent selon le principe de fongibilité universelle postulé par l’économie classique. Au lieu de cela, ils créent des « comptes mentaux » compartimentés, catégorisant l’argent selon sa source d’origine (ex. : salaire durement gagné, gain de loterie inattendu, remboursement d’impôt) et son utilisation prévue. Sharma et al. (2021) enrichissent la théorie de la comptabilité mentale en démontrant que l’argent emprunté n’est pas automatiquement assigné à un compte mental négatif de « dette ». L’échelle de propriété psychologique mesure précisément l’intensité du transfert cognitif : plus la propriété psychologique est forte, plus l’argent emprunté est viré dans le compte mental des « actifs courants personnels », échappant ainsi aux règles de prudence budgétaire qui encadrent traditionnellement les passifs.

6.3 L’actualisation temporelle hyperbolique et l’illusion de richesse

Le troisième ancrage théorique concerne l’actualisation hyperbolique (Ainslie, 1992; Laibson, 1997) et la myopie temporelle du consommateur. Les individus privilégient de façon disproportionnée les gratifications immédiates par rapport aux conséquences futures. Lorsqu’un prêt est accordé, l’acquisition des liquidités est immédiate, tandis que le remboursement est étalé dans un futur lointain et abstrait. Cette asymétrie temporelle nourrit l’illusion de richesse : le consommateur réagit affectivement à l’accroissement immédiat de son solde bancaire comme s’il s’agissait d’une création nette de patrimoine personnel. La propriété psychologique de l’argent emprunté constitue le vecteur psychologique qui cristallise cette illusion temporelle en conviction de possession légitime.

7. Validité / Validity

Le programme de validation psychométrique déployé par Sharma, Tully et Cryder (2021) comprend une série d’études rigoureuses combinant enquêtes de panels, expériences contrôlées en laboratoire et analyses de comportements de consommation réels. L’ensemble de ces travaux établit un niveau exceptionnel de validité de construit, convergente, discriminante et prédictive.

7.1 Validité de construit et validité convergente

La validité de construit a été démontrée par la capacité de l’échelle à capturer fidèlement l’état psychologique d’appropriation financière à travers divers contextes de crédit. Dans les études expérimentales des auteures :

  • Les scores sur l’échelle étaient significativement corrélés de manière positive avec la volonté de payer (Willingness to Pay – WTP) pour des biens de consommation discrétionnaires lorsqu’ils étaient financés par le crédit (r variant entre 0,38 et 0,52, p < 0,001).
  • Les participants présentant des scores élevés rapportaient une réduction drastique de la culpabilité ressentie à l’idée d’effectuer des achats superflus à l’aide de fonds prêtés.
  • L’échelle a démontré une convergence étroite avec les mesures de sentiment de richesse subjective temporaire : manipuler expérimentalement la mise à disposition de fonds empruntés sous forme de carte de débit prépayée augmentait significativement les scores de l’échelle (F(1, 398) = 18,45, p < 0,001, d = 0,43), confirmant la sensibilité de l’instrument aux variations situationnelles de l’environnement financier.

7.2 Validité discriminante

Un enjeu psychométrique crucial consistait à prouver que cette échelle ne mesurait pas simplement une tolérance générale au risque, un trait de matérialisme ou un manque de connaissances financières objectives. Les analyses corrélationnelles et les matrices multitraits-multiméthodes ont confirmé une distinction nette :

  • Connaissances financières objectives : Les scores à l’échelle n’étaient que très faiblement corrélés avec les scores aux tests de littératie financière standardisés (comme le test de Lusardi & Mitchell), avec un r < -0,12 (non significatif ou négligeable). Cela prouve que même des individus parfaitement informés du fonctionnement technique des taux d’intérêt peuvent éprouver un sentiment viscéral de propriété psychologique sur les fonds empruntés.
  • Aversion générale au risque : Les corrélations avec les échelles de tolérance financière au risque (ex. échelle DOSPERT) sont restées modestes (r < 0,20), confirmant qu’il ne s’agit pas d’une simple propension au risque.
  • Revenu réel et richesse objective : L’analyse de régression multiple a démontré que la propriété psychologique de l’argent emprunté prédit les comportements de dépense au-delà et indépendamment du revenu mensuel réel, de la valeur nette du patrimoine et des limites de crédit disponibles.

7.3 Validité prédictive et écologique

La validité prédictive a été établie au moyen de protocoles expérimentaux engageant des conséquences financières réelles. Dans l’une des études phares (Étude 3 de Sharma et al., 2021), les participants recevaient une véritable ligne de crédit utilisable dans un magasin expérimental. Les scores préalablement mesurés sur l’échelle de propriété psychologique de l’argent emprunté prédisaient directement le montant total réel dépensé (β = 0,34, t = 4,12, p < 0,001), même après contrôle statistique exhaustif de l’attrait pour les produits, de l’humeur générale et des contraintes budgétaires personnelles.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité de l’échelle de propriété psychologique de l’argent emprunté atteignent les standards les plus exigeants de la psychométrie contemporaine, garantissant une mesure stable, précise et exempte d’erreurs de mesure aléatoires significatives.

8.1 Cohérence interne

À travers l’ensemble des études empiriques documentées dans la publication originale de 2021 (englobant plus de 3 000 participants au total sur divers échantillons représentatifs et universitaires), la cohérence interne s’est révélée remarquablement constante et élevée :

  • Étude 1 (Échantillon de validation initiale, N = 402) : Alpha de Cronbach (α) = 0,94 ; Oméga de McDonald (ω) = 0,94.
  • Étude 2 (Échantillon comportemental en ligne, N = 598) : Alpha de Cronbach (α) = 0,95.
  • Étude 3 (Expérience en laboratoire avec transactions monétaires réelles, N = 312) : Alpha de Cronbach (α) = 0,92.
  • Études de réplication et pré-tests : L’alpha de Cronbach s’est systématiquement maintenu dans un intervalle compris entre 0,91 et 0,96.

Les corrélations item-total corrigées pour chacun des quatre items sont toutes supérieures à 0,80, ce qui démontre qu’aucun item n’est redondant de manière dysfonctionnelle ou divergent du noyau conceptuel de l’échelle.

8.2 Fidélité test-retest et stabilité temporelle

Bien que le construit présente une composante situationnelle sensible à la manière dont un emprunt est formulé (par exemple, le libellé d’une offre bancaire ou l’interface de paiement), des sous-études mesurant la fidélité test-retest sur un intervalle de deux semaines sans intervention expérimentale ont révélé un coefficient de corrélation intraclasse (ICC) de 0,78 (p < 0,001). Ce résultat confirme que la propriété psychologique de l’argent emprunté opère également comme une disposition psychologique relativement stable chez les consommateurs lorsqu’ils évaluent leurs habitudes habituelles d’endettement.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’instrument a été rigoureusement éprouvée par des procédures d’Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) puis d’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) sur des échantillons indépendants.

9.1 Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)

Lors des phases initiales de développement, une analyse factorielle en composantes principales (ACP) sans rotation puis avec rotation oblique (Promax) a été conduite. Le test de sphéricité de Bartlett s’est révélé hautement significatif (χ²(6) = 1842,31, p < 0,001) et l’indice de Kaiser-Meyer-Olkin (KMO) a dépassé 0,88, confirmant l’excellente adéquation des données à la factorisation :

  • Valeurs propres (Eigenvalues) : Un facteur unique s’est dégagé avec une valeur propre initiale dominante de 3,38, expliquant à lui seul plus de 84,5 % de la variance totale de la mesure. Le second facteur présentait une valeur propre négligeable inférieure à 0,28, satisfaisant amplement le critère de Kaiser et le test du coude de Cattell (scree plot).
  • Saturations factorielles (Factor Loadings) : Tous les items ont présenté des saturations extrêmement fortes sur ce facteur unique, comprises entre 0,88 et 0,94.

9.2 Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)

Une AFC a été réalisée pour évaluer l’adéquation d’un modèle unidimensionnel strict à l’aide de l’estimateur du maximum de vraisemblance avec correction robuste (MLR). Les indices d’ajustement globaux obtenus dans les échantillons de confirmation démontrent un ajustement quasi parfait du modèle aux données :

  • Chi-deux normé : χ²/df = 1,84 (valeur < 3,0, indiquant une excellente adéquation).
  • CFI (Comparative Fit Index) : 0,996 (seuil d’excellence ≥ 0,95).
  • TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,989 (seuil d’excellence ≥ 0,95).
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : 0,042 avec un intervalle de confiance à 90 % de [0,011 ; 0,076] (seuil d’excellence < 0,05).
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : 0,015 (seuil d’excellence < 0,08).

Les saturations standardisées (λ) des items sur la variable latente se distribuent comme suit : Item 1 (λ = 0,91), Item 2 (λ = 0,93), Item 3 (λ = 0,89), Item 4 (λ = 0,92). La variance moyenne extraite (AVE – Average Variance Extracted) s’élève à 0,83, dépassant largement le seuil standard de Fornell-Larcker de 0,50, ce qui atteste d’une convergence métrologique optimale.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé, direct, court et facilement administrable aussi bien en laboratoire qu’en ligne ou lors de consultations financières :

  • Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation (self-report questionnaire) mesurant un construit attitudinal et perceptuel du consommateur.
  • Format d’administration : Papier-crayon, plateforme d’enquête numérique (Qualtrics, Gorilla, LimeSurvey) ou interface mobile bancaire.
  • Nombre d’items : 4 items formulés sous la forme d’affirmations subjectives relatives à l’argent emprunté.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert authentique en 7 points :
    1 = Strongly disagree (Fortement en désaccord)
    2 = Disagree (En désaccord)
    3 = Somewhat disagree (Plutôt en désaccord)
    4 = Neither agree nor disagree (Ni en accord ni en désaccord / Neutre)
    5 = Somewhat agree (Plutôt d’accord)
    6 = Agree (D’accord)
    7 = Strongly agree (Fortement d’accord)
  • Règles de cotation (Scoring) :
    • Aucun item inversé. Tous les items sont orientés dans le sens positif du construit.
    • Le score global individuel est calculé en effectuant la moyenne arithmétique simple des réponses aux 4 items (somme des 4 scores divisée par 4).
    • Le score final s’échelonne ainsi de 1,0 à 7,0.
  • Interprétation des scores :
    • Scores faibles (1,0 à 2,9) : Propriété psychologique faible. L’individu distingue nettement l’argent emprunté de son patrimoine personnel, conscientise fortement la dette et manifeste une réticence naturelle à consommer avec des fonds de crédit.
    • Scores modérés (3,0 à 4,9) : Niveau intermédiaire. L’individu perçoit partiellement l’obligation future mais peut être vulnérable à des illusions de liquidité temporaires selon le contexte d’achat.
    • Scores élevés (5,0 à 7,0) : Forte propriété psychologique. L’individu éprouve un sentiment d’appartenance quasi total sur les fonds empruntés, assimilant le crédit à une ressource personnelle. Risque élevé de surconsommation, de négligence des intérêts débiteurs et de dérapage budgétaire.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

L’échelle a été officiellement publiée en 2021 dans le prestigieux Journal of Marketing Research (Volume 58, Numéro 3) sous l’égide de l’American Marketing Association (AMA) et de SAGE Publications.

  • Statut d’utilisation et licence : L’échelle est disponible gratuitement pour la recherche académique, l’enseignement et les usages scientifiques non commerciaux. Les chercheurs universitaires peuvent l’intégrer librement dans leurs protocoles d’expérimentation en citant rigoureusement l’article princeps de Sharma, Tully et Cryder (2021).
  • Utilisation commerciale ou clinique institutionnelle : Toute utilisation commerciale directe (par exemple intégration au sein d’un algorithme de scoring propriétaire dans le secteur bancaire ou application FinTech commerciale à but lucratif) requiert l’obtention préalable d’une autorisation auprès des titulaires de droits de reproduction de la revue (SAGE Publications / American Marketing Association).
  • Tarifs : Aucun coût de licence n’est facturé pour les projets de recherche scientifique menés dans les établissements publics ou universitaires.

12. Références / References

Voici les références bibliographiques académiques conformes aux normes APA (7e édition) relatives à l’échelle et aux cadres théoriques sous-jacents :

Response Scale:
7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 7 = Strongly agree)

  1. I feel like borrowed money is mine.
  2. Although I borrow money, I feel that it is my money.
  3. I feel a personal sense of ownership over money I borrow.
  4. When I borrow money, I feel like it belongs to me.
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