Profil des compétences de la vie quotidienne (LSP)

Le Profil des compétences de la vie quotidienne (Life Skills Profile – LSP) est un instrument psychométrique hétéro-évalué évaluant le fonctionnement adaptatif et l’autonomie chez les personnes atteintes de troubles psychiatriques chroniques comme la schizophrénie.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

Le Profil des compétences de la vie quotidienne (Life Skills Profile, LSP) est un instrument d’évaluation hétéro-rapporté standardisé, conçu initialement à la fin des années 1980 par Alan Rosen, Dusan Hadzi-Pavlovic et Gordon Parker. Développé principalement pour mesurer le niveau de fonctionnement adaptatif, l’autonomie et le degré de handicap psychosocial chez les personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères et persistants, au premier rang desquels figure la schizophrénie, le LSP s’est imposé comme une référence incontournable en réhabilitation psychosociale et en psychiatrie communautaire à l’échelle internationale.

La version originale intégrale comprend 39 items (LSP-39), complétés par un clinicien, un soignant ou un proche familier du quotidien de l’usager. Chaque item évalue des comportements observables au cours des six derniers mois sur une échelle ordinale à quatre points allant de 1 (« aucune difficulté ») à 4 (« difficulté extrême »). Dans sa conceptualisation initiale par Rosen et ses collaborateurs (1989), l’instrument s’articule autour de cinq dimensions fondamentales : les soins personnels (Self-care), la non-turbulence (Non-turbulence), le contact social (Social contact), la communication (Communication) et la responsabilité (Responsibility). Des modélisations factorielles alternatives ultérieures, notamment celle formalisée par Tom Trauer et ses collègues (1995), ont réorganisé ces dimensions en soins personnels, comportements antisociaux, retrait, bizarrerie et observance thérapeutique, donnant également naissance à des formes abrégées validées, telles que le LSP-20 et le LSP-16.

Sur le plan métrologique, le Life Skills Profile démontre d’excellentes qualités psychométriques. La consistance interne globale est robuste, avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,88 et 0,93 pour l’échelle totale (et 0,90 pour la version LSP-20). La fidélité inter-juges et test-retest présente des coefficients de corrélation intraclasse élevés (souvent supérieurs à 0,75). La validité de construit, convergente et discriminante a été confirmée par de multiples corrélations avec d’autres échelles d’évaluation du fonctionnement global (telles que la GAF ou la WHODAS) et des symptômes négatifs. Cet article présente une analyse académique approfondie de la genèse, des fondements conceptuels, des caractéristiques structurales et des déclinaisons pratiques du LSP.

2. Mots-clés / Keywords

Life Skills Profile, LSP-39, LSP-20, fonctionnement adaptatif, schizophrénie, réhabilitation psychosociale, autonomie quotidienne, évaluation psychiatrique, compétences de vie, psychométrie, handicap psychique, santé mentale communautaire, désinstitutionnalisation, validation transculturelle, fidélité inter-juges.

3. Auteurs / Authors

Le Life Skills Profile a été initialement développé par une équipe de psychiatres, de biostatisticiens et de cliniciens chercheurs rattachés à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) et au réseau de santé mentale de Sydney, en Australie :

  • Dr Alan Rosen, AO, MBBS, DPM, FRANZCP : Professeur associé honoraire au Département de psychiatrie de l’Université de Sydney, consultant senior en psychiatrie communautaire et réhabilitation au Royal North Shore Hospital et au Sydney University Brain & Mind Centre, Australie.
  • Dusan Hadzi-Pavlovic, BSc, MPsychol : Biostatisticien principal et chercheur associé à l’École de psychiatrie de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney) et au Black Dog Institute, Sydney, Australie.
  • Gordon Parker, AO, Scientia Professor, MD, PhD, FRANZCP : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney) et fondateur du Black Dog Institute, Sydney, Australie.
  • Tom Trauer, PhD (développeur des formes factorielles alternatives LSP-20 et LSP-16) : Ancien directeur de recherche au Centre for Psychiatric Nursing and Practice Research, Département de psychiatrie, Université de Melbourne, Victoria, Australie (décédé).

4. Objectif / Purpose

Le développement du Life Skills Profile répondait à une lacune majeure de l’évaluation psychiatrique au cours des années 1980. Avec l’avènement du mouvement de désinstitutionnalisation et l’implantation massive des soins de santé mentale dans la communauté, les outils cliniques préexistants se révélaient inadaptés. La plupart des instruments disponibles, tels que la Brief Psychiatric Rating Scale (BPRS) ou la Positive and Negative Syndrome Scale (PANSS), ciblaient quasi exclusivement la symptomatologie aiguë et productive (délires, hallucinations, désorganisation de la pensée). Or, le pronostic à long terme, le fardeau des aidants et le maintien dans le milieu de vie des personnes diagnostiquées de troubles psychotiques chroniques dépendent bien davantage de leurs capacités fonctionnelles quotidiennes que de l’intensité ponctuelle de leurs symptômes positifs.

L’objectif premier du LSP est de fournir une mesure objective, non intrusive, standardisée et sensible au changement des compétences pratiques et des comportements sociaux nécessaires à la survie autonome dans la cité. Conçu pour transcender la simple nosologie médicale, le LSP s’attache à ce que l’individu « fait » réellement dans son écosystème naturel, plutôt qu’à ce qu’il « ressent » ou à ce qu’il est capable de démontrer en situation d’examen artificiel en cabinet.

Sur le plan des applications cliniques, le profil sert de guide d’intervention individualisé pour les plans de réhabilitation psychosociale. En identifiant précisément les déficits (ex. négligence de l’hygiène, incapacité à gérer un budget, ruptures d’observance, isolement social marqué) ainsi que les compétences préservées, il permet aux équipes soignantes et aux éducateurs spécialisés de concevoir des modules d’entraînement aux compétences sociales adaptés, d’ajuster l’intensité du soutien à domicile et de prévenir les réhospitalisations en détectant précocement les glissements fonctionnels.

Dans le domaine de la recherche translationnelle et évaluative, le LSP constitue un critère de jugement clinique robuste pour mesurer l’efficacité à moyen et long terme des thérapeutiques pharmacologiques de nouvelle génération (notamment l’impact des antipsychotiques sur les symptômes déficitaires), des interventions de remédiation cognitive, des dispositifs d’insertion professionnelle (tels que l’Individual Placement and Support) et des programmes d’hébergement thérapeutique. Enfin, le LSP se distingue par sa facilité d’administration : il évite d’imposer un entretien formel long et anxiogène au patient lui-même, en mobilisant le savoir d’observateurs de première ligne (infirmiers de secteur, travailleurs sociaux, assistants de vie ou membres de la famille), favorisant ainsi un partenariat triangulaire centré sur le rétablissement.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit central mesuré par le LSP est le fonctionnement adaptatif psychosocial chez l’adulte confronté à une altération psychiatrique chronique. Il appréhende l’interaction dynamique entre les ressources cognitives/comportementales de la personne et les exigences pratiques de la vie quotidienne. Dans la structure d’origine à 39 items établie par Rosen, Hadzi-Pavlovic et Parker (1989), ce macro-construit se subdivise en cinq domaines fonctionnels interdépendants :

1. Soins personnels (Self-care, 10 items)

Cette dimension évalue l’autonomie basale indispensable à l’indépendance physique et domestique. Elle englobe la toilette corporelle autonome (item 12), l’absence d’odeur corporelle rebutante (item 13), le port et l’entretien de vêtements propres (items 10 et 14), la nutrition adéquate (item 16), la préparation des repas (item 23), la tenue d’un budget financier élémentaire (item 24), le maintien de la santé somatique (item 15) et la capacité globale à exercer une forme de travail productif ou d’activité domestique structurée (item 26). Une altération dans cette dimension reflète directement le syndrome déficitaire, l’apragmatisme ou l’incurie.

2. Non-turbulence (Non-turbulence, 12 items)

Ce pôle mesure la propension de l’individu à maintenir des comportements socialement tolérables et pacifiés, exempts de perturbations majeures pour l’entourage. Il évalue l’irritabilité et l’agressivité verbale (items 5 et 6), les conflits domestiques au sein du foyer (item 25), les conduites inconsidérées ou dangereuses pour soi-même et autrui (items 27, 34, 35), la destruction de biens matériels (item 28), les comportements sexuels ou relationnels offensants (item 29), l’intrusion territoriale (item 32), la commission d’infractions menant à des ennuis policiers (item 36) et l’usage problématique de toxiques ou d’alcool (item 37). Un score de turbulence élevé signale un risque majeur de rupture résidentielle et de rejet par les pairs.

3. Contact social (Social contact, 6 items)

Cette composante explore la réactivité et l’engagement relationnel de la personne au sein de la communauté. Elle mesure le repli autistique et le retrait social passif (item 3), la capacité à manifester de la chaleur humaine et de l’empathie (item 4), le niveau global d’inactivité et de sédentarité prostrée (item 20), la poursuite régulière de centres d’intérêt, loisirs ou passions personnelles (item 21), la participation active à des clubs ou organisations sociétales ordinaires hors du champ psychiatrique (item 22) et la capacité durable à initier et préserver des liens d’amitié (item 39).

4. Communication (Communication, 6 items)

Ce domaine se concentre sur les prérequis pragmatiques et non verbaux de l’échange interpersonnel. Il évalue l’aisance à initier une conversation ou à y répondre de façon fluide (item 1), le respect des tours de parole sans coupure intempestive (item 2), l’établissement d’un contact visuel adapté lors du dialogue (item 7), l’intelligibilité formelle du discours en l’absence de barrages ou de néologismes incompréhensibles (item 8), la présence ou l’absence d’un discours envahi par des thématiques délirantes ou des idées bizarres (item 9), et la congruence des expressions faciales et de la gestuelle vis-à-vis de l’environnement (item 11).

5. Responsabilité (Responsibility, 5 items)

Cette dimension apprécie le sens de l’engagement personnel, la fiabilité et l’observance vis-à-vis de son propre parcours de santé. Elle comprend la gestion autonome et la prise ponctuelle du traitement médicamenteux prescrit sans rappel d’un tiers (item 17), l’accord volontaire à prendre un traitement psychotrope si le médecin le préconise (item 18), la collaboration active avec les soignants et les services médico-sociaux (item 19), la préservation de ses propres biens contre la perte répétée (item 31), et le respect scrupuleux de la propriété d’autrui sans kleptomanie ni emprunt illicite (item 33).

Dans la révision structurale de Trauer (1995, 2001), les construits ont été ajustés pour refléter une typologie plus directe : Self-care (soins personnels), Anti-social (comportements antisociaux/turbulents), Withdrawal (retrait affectif et apathie), Bizarre (manifestations bizarres de la pensée et du comportement regroupant les items 8, 9 et 11), et Compliance (observance thérapeutique regroupant les items 17, 18 et 19).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique du Life Skills Profile s’enracine à la croisée de la psychiatrie sociale, de la théorie du handicap psychosocial et du modèle vulnérabilité-stress-compétence théorisé par Robert Liberman et Anthony Wing. Ce modèle postule que l’évolution à long terme des troubles mentaux sévères ne dépend pas uniquement de la vulnérabilité biologique intrinsèque du sujet, mais résulte d’un équilibre permanent entre le niveau de stresseurs environnementaux et le répertoire d’habiletés adaptatives (coping et life skills) mobilisables par la personne.

D’un point de vue épistémologique, le LSP opère une rupture avec la nosographie purement biomédicale issue des premières classifications du DSM. Il adopte une perspective écologique inspirée de la Classification internationale des handicaps de Wood (1980) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui distingue formellement la déficience (altération des structures ou fonctions psychiques, ex. hallucinations), l’incapacité (restriction dans la capacité à accomplir une activité usuelle, ex. cuisiner ou faire sa toilette) et le désavantage social (handicap situationnel résultant des barrières socioculturelles, ex. chômage ou exclusion du logement). Le LSP s’ancre résolument au niveau de l’incapacité (disability) et des restrictions d’activités concrètes.

Par ailleurs, les concepteurs du LSP ont intégré les principes du behaviorisme appliqué et de la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura. En privilégiant l’observation factuelle des comportements en milieu écologique plutôt que l’inférence d’états mentaux abstraits, l’instrument évite les biais de désirabilité sociale ou d’anosognosie fréquemment rencontrés lors de l’auto-évaluation chez les patients souffrant de troubles du spectre de la schizophrénie. Cette posture théorique s’aligne également sur le paradigme du Recovery (Rétablissement), qui soutient que l’autonomie citoyenne et le pouvoir d’agir (empowerment) peuvent croître substantiellement même en présence de symptômes résiduels persistants.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique du Life Skills Profile a fait l’objet d’études exhaustives dans des contextes cliniques et épidémiologiques diversifiés :

Validité de contenu et d’apparence

La sélection initiale des items du LSP a reposé sur un processus itératif rigoureux de consensus d’experts impliquant des psychiatres, des psychologues cliniciens, des infirmiers de secteur psychiatrique et des travailleurs sociaux en Australie. Parmi un ensemble initial de plus de 80 énoncés comportementaux, 39 items ont été retenus pour leur pertinence clinique opérationnelle, leur clarté sémantique et leur non-redondance, garantissant une couverture exhaustive des exigences de la vie communautaire.

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente a été démontrée par des corrélations fortes et hautement significatives avec d’autres mesures réputées du fonctionnement global. Dans l’étude de validation princeps menée par Parker et al. (1991), le score total du LSP présentait des corrélations allant de 0,65 à 0,78 avec l’Échelle d’évaluation globale du fonctionnement (GAF / EGF) et avec la Social Adjustment Scale. De plus, les sous-échelles de retrait social et de soins personnels sont fortement corrélées (r = 0,60 à 0,72) avec la sous-échelle des symptômes négatifs de la PANSS et la Scale for the Assessment of Negative Symptoms (SANS) d’Andreasen, confirmant que le déficit motivationnel et l’avolition se traduisent directement en pertes de compétences mesurées par l’outil.

Validité discriminante

Le LSP discrimine avec une sensibilité remarquable les différents niveaux de soutien requis par les usagers du système de santé mentale. Des analyses de variance révèlent des écarts hautement significatifs (p < 0,001) entre les scores de patients vivant de manière totalement autonome en appartement personnel, ceux résidant en foyer d’hébergement semi-supervisé, et ceux hospitalisés au long cours en unités de soins prolongés. L’outil s’est également montré capable de différencier les patients stabilisés en rémission fonctionnelle de ceux présentant des épisodes de décompensation récurrente.

Validité prédictive

Dans des études prospectives de suivi de cohortes communautaires (Trauer et al., 1995 ; Rosen et al., 2001), les scores faibles aux dimensions « Turbulence/Antisocial » et « Responsabilité/Observance » se sont avérés des prédicteurs indépendants majeurs de réhospitalisations non programmées, d’expulsions locatives et de ruptures de suivi à 12 et 24 mois. Inversement, l’amélioration des scores de soins personnels et de communication au fil du temps prédit favorablement l’accès à l’emploi accompagné et la stabilité résidentielle.

8. Fidélité / Reliability

Les propriétés de fidélité du LSP ont été examinées sous plusieurs angles métrologiques, attestant d’une grande stabilité des mesures :

Consistance interne

Pour la version originale à 39 items (LSP-39), le coefficient alpha de Cronbach global pour l’instrument complet se situe de façon reproductible entre 0,88 et 0,93, témoignant d’une très forte cohérence interne de la mesure d’ensemble du fonctionnement adaptatif. Les coefficients alpha des cinq sous-échelles de Rosen (1989) oscillent généralement :

  • Soins personnels (Self-care) : α = 0,81 à 0,86
  • Non-turbulence (Non-turbulence) : α = 0,79 à 0,85
  • Contact social (Social contact) : α = 0,72 à 0,80
  • Communication (Communication) : α = 0,68 à 0,77
  • Responsabilité (Responsibility) : α = 0,65 à 0,74

Pour la version courte de 20 items (LSP-20) calibrée par Rosen, Trauer, Hadzi-Pavlovic et Parker (2001), l’alpha de Cronbach global atteint 0,90. Les valeurs respectives des sous-échelles de cette version abrégée sont :

  • Comportements bizarres (Bizarre) : α = 0,71
  • Retrait (Withdrawal) : α = 0,78
  • Comportements antisociaux (Antisocial) : α = 0,82
  • Soins personnels (Self-care) : α = 0,82
  • Observance (Compliance) : α = 0,81

Fidélité inter-juges

La fidélité inter-évaluateurs a été testée en comparant les évaluations simultanées et indépendantes réalisées par des soignants de référence différents ou entre infirmiers et psychiatres. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) rapportés dans la littérature oscillent entre 0,72 et 0,88 pour le score total, ce qui démontre un excellent niveau de concordance inter-juges, attribué à la formulation objective et factuelle des items.

Fidélité test-retest

Sur un intervalle temporel de deux à quatre semaines chez des patients chroniques dont l’état clinique est réputé stable, les coefficients de corrélation test-retest dépassent régulièrement r = 0,82 (variant de 0,76 à 0,89 selon les sous-échelles), confirmant la robustesse temporelle de l’échelle hors de tout événement intercurrent.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure factorielle du Life Skills Profile a suscité d’importants débats méthodologiques au sein de la communauté psychométrique, aboutissant à deux modélisations principales :

Structure originale à 5 facteurs (Rosen et al., 1989)

Lors de la conception initiale, une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation varimax a été conduite sur l’échantillon initial de développement. Cette démarche a extrait cinq facteurs principaux expliquant une part substantielle de la variance totale :

  1. Soins personnels (10 items : 10, 12, 13, 14, 15, 16, 23, 24, 26, 30) : saturation forte sur les aptitudes d’hygiène, d’habillage, d’alimentation et d’économie.
  2. Non-turbulence (12 items : 5, 6, 25, 27, 28, 29, 32, 34, 35, 36, 37, 38) : regroupant les comportements agressifs, destructeurs ou transgressifs.
  3. Contact social (6 items : 3, 4, 20, 21, 22, 39) : isolant le niveau de sociabilité et d’engagement extérieur.
  4. Communication (6 items : 1, 2, 7, 8, 9, 11) : saturé par les échanges verbaux, le contact oculaire et la cohérence de l’expression.
  5. Responsabilité (5 items : 17, 18, 19, 31, 33) : regroupant l’observance thérapeutique et le respect de la propriété.

Modélisation alternative de Trauer (1995)

Tom Trauer et ses collègues (1995) ont soumis le LSP-39 à une ré-analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) sur de larges cohortes de psychiatrie communautaire à Melbourne. Leurs analyses ont mis en évidence que certains items de communication reflétaient davantage des symptômes psychotiques manifestes plutôt que des compétences relationnelles générales, et que les comportements antisociaux constituaient un pôle unifié. Ils ont ainsi formalisé une structure à 5 facteurs révisée :

  • Self-care (10 items : 10, 12, 13, 14, 15, 16, 23, 24, 26, 31)
  • Anti-social (15 items : 2, 5, 6, 25, 27, 28, 29, 30, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38)
  • Withdrawal (8 items : 1, 3, 4, 7, 20, 21, 22, 39)
  • Bizarre (3 items : 8, 9, 11)
  • Compliance (3 items : 17, 18, 19)

Émergence des versions courtes (LSP-20 et LSP-16)

Afin de limiter le temps de passation en routine clinique, Rosen, Trauer, Hadzi-Pavlovic et Parker (2001) ont procédé à une réduction d’échelle par analyse factorielle confirmatoire. En sélectionnant les items présentant les saturations factorielles les plus élevées (> 0,55) et un pouvoir de discrimination maximal, ils ont validé le LSP-20 (comprenant 5 items de Self-care, 4 items Anti-social, 5 items de Withdrawal, 3 items Bizarre et 3 items de Compliance). Les indices d’ajustement de ce modèle en AFC (CFI > 0,93 ; RMSEA < 0,05) ont confirmé une excellente adéquation aux données empiriques. Une variante à 16 items (LSP-16), omettant le facteur Bizarre, a également été documentée pour les contextes où l’on souhaite exclure toute évaluation symptomatique directe.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure est un questionnaire hétéro-évalué rempli par un professionnel ou un aidant familier du comportement du sujet sur une période de référence habituelle de six mois (ou trois mois lors des suivis rapprochés). Voici ses caractéristiques techniques :

  • Type de test : Échelle d’évaluation hétéro-rapportée (observer-rated behavioral rating scale).
  • Format d’administration : Questionnaire papier-crayon ou formulaire électronique informatisé.
  • Nombre d’items :
    • Version intégrale : 39 items (LSP-39).
    • Versions abrégées : 20 items (LSP-20) et 16 items (LSP-16).
  • Échelle de réponse ordinale : Chaque item est coté sur une échelle à 4 points :
    • 1 : No difficulty (Aucune difficulté)
    • 2 : Slight difficulty (Légère difficulté)
    • 3 : Moderate difficulty (Difficulté modérée)
    • 4 : Extreme difficulty (Difficulté extrême)
  • Temps de passation :
    • LSP-39 : Environ 10 à 15 minutes.
    • LSP-20 : Moins de 5 minutes.
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Dans la convention d’origine orientée vers le handicap, un score élevé dénote un dysfonctionnement sévère (somme brute des items cotés de 1 à 4). Le score global du LSP-39 varie ainsi de 39 (fonctionnement optimal sans aucune difficulté) à 156 (déficit fonctionnel extrême sur tous les plans).
    • Certaines adaptations australiennes inversent la cotation (4 signifiant l’absence de difficulté et 1 la difficulté extrême) afin qu’un score plus élevé traduise une plus grande compétence ; les praticiens doivent veiller au sens de cotation retenu dans leur grille locale.
    • Des scores composites peuvent être calculés pour chacune des sous-échelles en sommant les items constitutifs (selon la classification de Rosen ou celle de Trauer).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1989 (version LSP-39 originale par Alan Rosen, Dusan Hadzi-Pavlovic et Gordon Parker). Version abrégée LSP-20 publiée en 2001.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par les auteurs d’origine et le Black Dog Institute (Sydney, Australie) ainsi que le Department of Health du gouvernement australien dans le cadre des instruments de mesure des résultats en santé mentale (Mental Health National Outcomes and Casemix Collection, NOCC).
  • Tarifs et conditions d’utilisation : L’instrument est accessible gratuitement pour la pratique clinique, la recherche académique et l’évaluation des programmes de santé publique non commerciaux. L’échelle est téléchargeable sur le site du Black Dog Institute et intégrée dans la suite d’outils officiels de l’AMHOCN (Australian Mental Health Outcomes and Classification Network).
  • Reproduction et traductions : Toute utilisation commerciale, adaptation logicielle propriétaire ou traduction officielle dans d’autres langues requiert une demande d’autorisation formelle auprès des auteurs et détenteurs des droits.

12. Références / References

  • Parker, G., Rosen, A., Emdur, N., & Hadzi-Pavlovic, D. (1991). The Life Skills Profile: Psychometric properties of a measure assessing function and disability in schizophrenia. Acta Psychiatrica Scandinavica, 83(2), 145–152. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1991.tb05553.x
  • Rosen, A., Hadzi-Pavlovic, D., & Parker, G. (1989). The Life Skills Profile: A measure assessing function and disability in schizophrenia. Schizophrenia Bulletin, 15(2), 325–337. https://doi.org/10.1093/schbul/15.2.325
  • Rosen, A., Trauer, T., Hadzi-Pavlovic, D., & Parker, G. (2001). Development of a brief form of the Life Skills Profile: The LSP-20. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 35(5), 677–683. https://doi.org/10.1046/j.1440-1614.2001.00947.x
  • Trauer, T., Duckmanton, R. A., & Chiu, E. (1995). The Life Skills Profile: A study of its psychometric properties. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 29(3), 492–499. https://doi.org/10.3109/00048679509064958

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Does this person generally have any difficulty with initiating and responding to conversation?
2

Does this person generally intrude or burst in on others’ conversation (e.g. interrupts you when you are talking)?
3

Does this person generally withdraw from social contact?
4

Does this person generally show warmth to others?
5

Is this person generally angry or prickly towards others?
6

Does this person generally take offence readily?
7

Does this person generally make eye contact with others when in conversation?
8

Is it generally difficult to understand this person because of the way he or she speaks (e.g. jumbled‚ garbled or disordered)?
9

Does this person generally talk about odd or strange ideas?
10

Is this person generally well groomed (e.g.‚ neatly dressed‚ hair combed)?
11

Is this person’s appearance (facial appearance‚ gestures) generally appropriate to his or her surroundings?
12

Does this person wash himself or herself without reminding?
13

Does this person generally have an offensive smell (e.g. due to body‚ breath or clothes)?
14

Does this person wear clean clothes generally‚ or ensure they are cleaned if dirty?
15

Does this person generally neglect his or her physical health?
16

Does this person generally maintain an adequate diet?
17

Does this person generally look after and take her or his own prescribed medication (or attend for prescribed injections on time) without reminding?
18

Is this person willing to take psychiatric medication when prescribed by a doctor?
19

Does this person co-operate with health services (e.g. doctors and/or other health workers)?
20

Is this person generally inactive (e.g. spends most of the time sitting or standing around doing nothing)?
21

Does this person generally have definite interests (e.g. hobbies‚ sports‚ activities) in which he or she is involved regularly?
22

Does this person attend any social organization (e.g. church‚ club or interest group but excluding psychiatric therapy groups)?
23

Can this person generally prepare (if needed) her or his own food/meals?
24

Can this person generally budget (if needed) to live within his or her means?
25

Does this person generally have problems (e.g. friction‚ avoidance) living with others in the household?
26

What sort of work is this person generally capable of (even if unemployed‚ retired or doing unpaid domestic duties)?
27

Does this person behave recklessly (e.g. ignoring traffic when crossing the road)?
28

Does this person destroy property?
29

Does this person behave offensively (includes sexual behaviour)?
30

Does this person have habits or behaviours that most people find unsociable (e.g. spitting‚ leaving lighted cigarette butts around‚ messing up the toilet‚ messy eating)?
31

Does this person lose personal property?
32

Does this person invade others’ space (rooms‚ personal belongings)?
33

Does this person take things which are not his or hers?
34

Is this person violent to others? Non-turbulence Anti-social Anti-social
35

Is this person violent to him or her self?
36

Does this person get into trouble with the police?
37

Does this person abuse alcohol or drugs?
38

Does this person behave irresponsibly?
39

Does this person generally make and/or keep up friendships?
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Profil des compétences de la vie quotidienne (LSP). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/profil-des-competences-de-la-vie-quotidienne-lsp/
Looti, Mohammed. “Profil des compétences de la vie quotidienne (LSP).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/profil-des-competences-de-la-vie-quotidienne-lsp/.
Looti, Mohammed. “Profil des compétences de la vie quotidienne (LSP).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/profil-des-competences-de-la-vie-quotidienne-lsp/.