1. Résumé / Abstract
L’échelle de probabilité d’adhésion (Enrollment Likelihood, ENRL) est un instrument psychométrique unidimensionnel composé de trois items, développé initialement par Colleen M. Harmeling, Martin Mende, Maura L. Scott et Robert W. Palmatier (2021) dans le cadre de leurs recherches séminales sur le comportement des consommateurs confrontés à des identités stigmatisées. Cet outil d’évaluation standardisé a été conçu pour quantifier l’intention comportementale et la volonté d’un individu de s’inscrire formellement à un programme, de devenir membre d’une communauté ou d’accepter de recevoir des communications numériques ciblées émanant d’une organisation ou d’un réseau de soutien. Face aux barrières psychosociales majeures générées par la stigmatisation sociale, notamment l’appréhension de l’évaluation négative, la honte intériorisée et la méfiance institutionnelle, l’échelle ENRL capture les nuances subtiles de l’engagement initial, allant de la simple réception passive d’informations à l’adhésion formelle et active.
Sur le plan psychométrique, l’instrument s’administre via une échelle de réponse de type Likert en 7 points, s’étendant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 7 (« Tout à fait d’accord »). Les analyses factorielles confirmatoires conduites dans les études originales confirment une structure strictement unidimensionnelle, caractérisée par des saturations factorielles très élevées (supérieures à 0,85) et une consistance interne exceptionnelle (généralement caractérisée par un coefficient alpha de Cronbach supérieur à 0,90). L’échelle démontre une validité de construit robuste, ainsi qu’une sensibilité prononcée pour détecter les effets d’interaction entre les signaux de cadrage marketing, l’autonomisation identitaire et l’anxiété sociale. Bien que développée à l’origine pour évaluer l’acceptabilité de programmes de soutien par les pairs destinés à des populations vulnérables ou marginalisées dans le domaine de la santé, la formulation polyvalente de l’ENRL permet son application transversale à une vaste gamme de contextes organisationnels, d’interventions préventives de santé publique et de dynamiques communautaires virtuelles ou présentielles.
2. Mots-clés / Keywords
Probabilité d’adhésion, intention comportementale, engagement communautaire, stigmatisation sociale, psychologie du consommateur, soutien par les pairs, adhésion à un programme, fidélité organisationnelle, communication persuasive, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
L’échelle de probabilité d’adhésion a été conçue et validée par une équipe de chercheurs de premier plan en marketing comportemental et en psychologie du consommateur :
- Colleen M. Harmeling, Ph.D. : Professeure agrégée de marketing, Florida State University, College of Business, Tallahassee, Floride, États-Unis. Ses recherches portent sur le marketing relationnel, la transformation communautaire et les interactions axées sur les populations vulnérables. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Martin Mende, Ph.D. : Professeur de marketing et Jim Moran Eminent Scholar Chair in Business Administration, Florida State University, College of Business, Tallahassee, Floride, États-Unis. Ses travaux examinent les relations de service, la santé psychologique des consommateurs et la vulnérabilité sociale.
- Maura L. Scott, Ph.D. : Professeure de marketing et Cheryl S. Massingale Chair, Florida State University, College of Business, Tallahassee, Floride, États-Unis. Spécialiste des comportements de santé, de la justice sociale et des prises de décision éthiques des consommateurs.
- Robert W. Palmatier, Ph.D. : Professeur de marketing et John C. Narver Chair in Business Administration, University of Washington, Michael G. Foster School of Business, Seattle, Washington, États-Unis. Expert mondial des théories relationnelles et des stratégies organisationnelles de rétention.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle de probabilité d’adhésion (ENRL) est de fournir une mesure standardisée, fiable et empiriquement rigoureuse de la disposition d’un individu à entrer dans un dispositif collectif ou un programme institutionnel. Sur le plan théorique et appliqué, la décision d’adhérer à un programme ne constitue pas un simple acte transactionnel ; elle représente une transition psychosociale impliquant une divulgation de soi, une acceptation d’appartenance et une volonté d’interaction soutenue. Ce processus est particulièrement délicat lorsque le programme cible des dimensions identitaires sensibles, des pathologies chroniques, des difficultés socio-économiques ou des comportements soumis à la réprobation socioculturelle.
Dans les contextes de recherche clinique et appliquée, l’ENRL répond à la nécessité d’anticiper le taux d’adoption réel des programmes d’aide et de soutien thérapeutique par les pairs (peer support programmes). De nombreuses interventions de santé échouent non pas en raison d’un manque d’efficacité thérapeutique intrinsèque, mais à cause d’une attrition préliminaire massive : les individus cibles refusent d’effectuer le premier pas vers l’enrôlement en raison de la crainte d’être identifiés, catalogués ou jugés. L’échelle ENRL permet aux chercheurs et aux concepteurs d’interventions de mesurer l’impact de différents formats de communication, de cadrages sémantiques ou de structures d’anonymat sur la volonté d’intégration des participants.
Au-delà de la santé publique, l’outil trouve une application déterminante dans le domaine des sciences de gestion, du comportement du consommateur et de la sociologie organisationnelle. Il permet d’évaluer :
- La propension à s’inscrire à des plateformes collaboratives ou à des communautés de marque ;
- L’efficacité de campagnes de recrutement au sein d’organisations non gouvernementales ou d’associations caritatives ;
- La disposition des usagers à recevoir des flux continus de communication personnalisée, étape critique de la fidélisation relationnelle ;
- L’élasticité de l’engagement selon les signaux d’empathie, de confidentialité et de légitimité véhiculés par l’organisme initiateur.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’échelle ENRL relève de l’intention comportementale ciblée (behavioral intention), telle que conceptualisée dans les modèles d’action raisonnée et de comportement planifié. Toutefois, l’échelle capture spécifiquement une forme d’engagement progressif à trois niveaux opérationnels distincts mais fortement corrélés : l’enrôlement formel, l’adhésion statutaire et l’autorisation relationnelle par voie électronique.
1. L’intention formelle d’enrôlement (Formal Enrollment)
Ce niveau renvoie à la décision d’inscription explicite à un programme défini dans le temps ou structuré autour d’objectifs précis. L’enrôlement suppose que l’individu perçoit les bénéfices attendus du programme comme supérieurs aux coûts psychologiques (peur de l’exposition, fardeau temporel, anxiété de performance). Dans le cas d’individus stigmatisés (par exemple, des patients vivant avec l’obésité, le VIH ou des troubles de santé mentale), s’enrôler implique d’admettre la pertinence du programme pour soi-même, ce qui franchit le seuil du déni ou de l’évitement protecteur.
2. L’identification et l’adhésion statutaire (Membership Affiliation)
Le désir de « devenir membre » d’une communauté ou d’un groupe mobilise des processus d’identité sociale (Social Identity Theory). L’adhésion transcende la simple participation utilitaire pour s’ancrer dans une quête d’appartenance collective. Le participant accepte d’associer son concept de soi à un groupe de pairs. Dans l’étude de Harmeling et ses collaborateurs (2021), cette dimension est cruciale car elle teste si le consommateur stigmatisé se sent en sécurité psychologique au sein de la communauté envisagée, ou s’il anticipe une stigmatisation vicariante de la part des autres membres.
3. L’acceptation d’un canal de communication continu (Communication Subscription)
Le consentement à recevoir des communications par courriel constitue l’indicateur le plus tangible d’une perméabilité de la sphère privée. Alors que l’enrôlement ou l’adhésion peuvent parfois être perçus comme des déclarations d’intention abstraites, autoriser l’envoi de messages directs implique une acceptation de l’intrusion du programme dans le quotidien de l’individu. Ce canal représente le cordon ombilical maintenant l’engagement à long terme et témoigne d’un niveau fondamental de confiance institutionnelle.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’échelle ENRL s’enracine principalement dans l’intégration de trois paradigmes théoriques fondamentaux issus de la psychologie sociale et du marketing relationnel :
La théorie de la stigmatisation sociale d’Erving Goffman
Selon les travaux fondateurs d’Erving Goffman (1963), la stigmatisation constitue un attribut profondément discréditant qui réduit l’individu porteur d’une identité dévalorisée à un statut social inférieur. Dans leur recherche, Harmeling et al. (2021) démontrent que les individus confrontés au regard stigmatisant développent des mécanismes d’autodéfense caractérisés par la vigilance sociale, le repli sur soi et l’évitement des situations susceptibles de rendre leur stigmate saillant. L’enrôlement dans un programme d’aide met directement en jeu cette dynamique : si le programme est perçu comme adoptant le regard dépréciateur de la société dominante (« the eyes of the dominant out-group »), la probabilité d’inscription s’effondre. Inversement, si le programme adopte le regard empathique des pairs (« the eyes of the stigmatized »), l’adhésion augmente significativement.
La théorie du comportement planifié d’Icek Ajzen
La théorie du comportement planifié (Ajzen, 1991) postule que l’intention est le prédicteur immédiat et le plus robuste de l’action effective. L’intention d’adhésion dépend conjointement de l’attitude envers le comportement (évaluation des bénéfices du programme), des normes subjectives (approbation perçue de l’entourage) et du contrôle comportemental perçu (facilité d’accès et sentiment d’autonomie). L’échelle ENRL mesure précisément ce point de convergence conatif, juste avant l’exécution du comportement réel d’inscription.
Le modèle de l’engagement relationnel et de l’échange social
S’appuyant sur les travaux de Morgan et Hunt (1994) ainsi que de Palmatier et al. (2006), l’adhésion est modélisée comme une fonction directe de la confiance (trust) et de l’adéquation perçue des valeurs. L’enrôlement dans un groupe requiert l’établissement préalable d’un capital relationnel minimal, sans lequel la crainte d’exploitation ou de trahison identitaire inhibe toute volonté de rapprochement.
7. Validité / Validity
Les qualités psychométriques de validité de l’échelle ENRL ont été rigoureusement établies à travers plusieurs expérimentations menées par Harmeling et al. (2021), notamment dans le cadre de programmes de santé ciblant des consommateurs confrontés à des maladies métaboliques stigmatisées et des programmes de soutien par les pairs.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente de l’ENRL a été confirmée par des analyses factorielles confirmatoires au sein desquelles la variance moyenne extraite (AVE) dépasse largement le seuil standard de 0,50, atteignant des valeurs supérieures à 0,78 dans les différents échantillons d’étude. De surcroît, l’échelle montre des corrélations positives et statistiquement significatives avec des construits théoriquement proches, tels que :
- L’attitude globale envers le programme (r > 0,65, p < 0,001) ;
- La confiance institutionnelle accordée à l’organisme hôte (r > 0,58, p < 0,001) ;
- Le sentiment perçu de soutien mutuel et de sécurité psychologique (r > 0,62, p < 0,001).
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée en appliquant le critère strict de Fornell et Larcker (1981). La racine carrée de l’AVE pour l’ENRL est systématiquement supérieure aux corrélations inter-construits partagées avec des variables connexes comme le bouche-à-oreille positif (word-of-mouth intention), l’identification à la marque et l’anxiété générale liée à la stigmatisation. Cela démontre sans ambiguïté que l’intention d’adhésion constitue une entité psychologique distincte de la simple appréciation affective d’un service.
Validité prédictive et sensibilité expérimentale
L’ENRL s’est révélée particulièrement sensible aux manipulations expérimentales. Dans les études de Harmeling et al. (2021), l’échelle a mis en évidence des effets modérateurs et médiateurs clés : les messages marketing mettant en avant une perspective inclusive centrée sur la résilience des stigmatisés ont provoqué une augmentation statistiquement significative des scores d’adhésion comparativement aux approches prescriptives traditionnelles. L’échelle prédit également de manière robuste les comportements effectifs de clic sur des liens d’inscription dans des scénarios de simulation à haute fidélité écologique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’instrument ENRL a été documentée avec une grande précision au cours de multiples vagues de collecte empirique :
- Consistance interne : Le coefficient alpha de Cronbach (α) de l’échelle ENRL est régulièrement mesuré à des niveaux exceptionnels, oscillant entre 0,92 et 0,96 selon les études et les échantillons rapportés par Harmeling et al. (2021). De telles valeurs attestent d’une cohérence absolue entre les trois items tout en restant en deçà du seuil de redondance excessive (0,98).
- Fiabilité composite (CR) : Le coefficient de fiabilité composite de Jöreskog dépasse régulièrement le seuil de 0,93, ce qui corrobore la robustesse structurelle de la mesure.
- Stabilité temporelle : Les indices de corrélation intra-classe et les vérifications en test-retest dans des contextes longitudinaux courts démontrent une stabilité élevée (r > 0,82 sur un intervalle de 14 jours), confirmant que l’outil capte une intention réfléchie plutôt qu’une fluctuation purement aléatoire de l’humeur momentanée.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La validation factorielle de l’instrument ENRL s’appuie sur des protocoles d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) conduits conformément aux meilleures pratiques méthodologiques en psychométrie.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Lors de l’ajustement du modèle de mesure à un facteur unique sous estimation du maximum de vraisemblance, les données empiriques ont démontré un ajustement exceptionnel :
- Chi-deux normé (χ²/ddl) : inférieur à 2,5, indiquant un écart minimal entre le modèle théorique et la matrice de covariance observée ;
- CFI (Comparative Fit Index) : supérieur à 0,99 ;
- TLI (Tucker-Lewis Index) : supérieur à 0,98 ;
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : inférieur à 0,045 avec un intervalle de confiance à 90 % étroit ;
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : inférieur à 0,020.
Saturations factorielles des items
Toutes les saturations factorielles standardisées (λ) sont extrêmement élevées et hautement significatives (p < 0,001) :
- Item 1 (Enrôlement formel) : λ ≈ 0,91 à 0,94 ;
- Item 2 (Adhésion comme membre) : λ ≈ 0,93 à 0,96 ;
- Item 3 (Abonnement aux communications par courriel) : λ ≈ 0,86 à 0,89.
Ces données confirment l’unidimensionnalité stricte de l’échelle : les trois items gravitent autour d’un unique facteur latent représentant la force de la disposition d’intégration du répondant envers le collectif ou le service proposé.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom de l’instrument : Échelle de probabilité d’adhésion (Enrollment Likelihood, ENRL).
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report measure).
- Nombre d’items : 3 items standardisés.
- Format des items : Énoncés fermés avec un espace modulaire adaptable :
[program/community name], permettant d’insérer le nom spécifique du programme, du réseau ou de la communauté évaluée. - Échelle de réponse : 7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 7 = Strongly agree).
- Calcul du score (Cotation) : Les scores accordés aux trois items sont additionnés puis divisés par 3 pour obtenir un score composite moyen variant de 1,00 à 7,00. Un score plus élevé reflète une probabilité et une volonté accrues d’adhésion.
- Items inversés : Aucun item n’est inversé (tous les items sont formulés de manière directe et positive).
- Temps de passation : Moins de 60 secondes, ce qui minimise le fardeau cognitif du participant et limite les biais de lassitude au sein d’enquêtes complexes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 2021.
- Publication de référence : Journal of Marketing Research (American Marketing Association).
- Droit d’utilisation et licence : L’échelle ENRL a été publiée dans un cadre académique. Les chercheurs, cliniciens et praticiens peuvent l’utiliser librement à des fins de recherche fondamentale, de thèses doctorales ou d’évaluations de programmes non commerciales, sous réserve d’inclure la citation bibliographique appropriée des auteurs originaux (Harmeling et al., 2021).
- Tarification : Accès libre et gratuit (aucun coût d’acquisition ou licence payante requis pour l’application dans des contextes de recherche académique).
- Conditions de modification : L’adaptation du nom du programme entre crochets est explicitement prévue par les auteurs originaux pour garantir la pertinence contextuelle de la mesure.
12. Références / References
Ajzen, I. (1991). The theory of planned behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 50(2), 179–211. https://doi.org/10.1016/0749-5978(91)90020-T
Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
Goffman, E. (1963). Stigma: Notes on the management of spoiled identity. Prentice-Hall. Lien d’information sociologique
Harmeling, C. M., Mende, M., Scott, M. L., & Palmatier, R. W. (2021). Marketing through the eyes of the stigmatized. Journal of Marketing Research, 58(2), 223–245. https://doi.org/10.1177/0022243720977259
Morgan, R. M., & Hunt, S. D. (1994). The commitment-trust theory of relationship marketing. Journal of Marketing, 58(3), 20–38. https://doi.org/10.1177/002224299405800302
Palmatier, R. W., Dant, R. P., Grewal, D., & Evans, K. R. (2006). Factors influencing the effectiveness of relationship marketing: A meta-analysis. Journal of Marketing, 70(4), 136–153. https://doi.org/10.1509/jmkg.70.4.136
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 7-point Likert scale (1 = Strongly disagree, 7 = Strongly agree)
- I would like to enroll in [program/community name].
- I would like to become a member of [program/community name].
- I would like to subscribe to emails from [program/community name].