1. Résumé
L’échelle de Pertinence de la marque dans sa fonction de réduction du risque (en anglais, Brand Relevance – Risk Reduction Function ou BRRR), développée par Marc Fischer, Franziska Völckner et Henrik Sattler (2010), constitue un instrument psychométrique conçu pour mesurer l’intensité avec laquelle un consommateur utilise la marque commerciale comme un signal heuristique destiné à atténuer l’incertitude perçue lors de l’acte d’achat. Issue d’une étude d’envergure internationale et transcatégorielle publiée dans le Journal of Marketing Research, cette sous-échelle opérationnalise l’une des deux dimensions fondamentales de la pertinence de la marque au sein d’une catégorie de produits donnée (la seconde étant la fonction de différenciation sociale et expressive). Composée de quatre items auto-rapportés, elle saisit la propension du consommateur à rechercher la réassurance de la marque afin de se prémunir contre les déceptions fonctionnelles, d’obtenir une garantie de constance qualitative et de limiter le risque d’effectuer un mauvais achat. Les répondants expriment leur degré d’accord à l’aide d’une échelle de Likert en 7 points (allant de 1 = « fortement en désaccord » à 7 = « fortement d’accord »). Les analyses psychométriques attestent d’une excellente consistance interne (alpha de Cronbach systématiquement supérieur à 0,85 selon les catégories et pays examinés), d’une structure factorielle unidimensionnelle stable et robuste via l’analyse factorielle confirmatoire, ainsi que d’une remarquable validité convergente, discriminante et prédictive vis-à-vis des intentions d’achat, de la fidélité de marque et de l’élasticité-prix. Cet outil s’avère précieux tant pour la recherche fondamentale en comportement du consommateur que pour le management stratégique de marque et la segmentation de marché.
2. Mots-clés
Pertinence de la marque, réduction du risque perçu, théorie du signal, asymétrie d’information, comportement du consommateur, psychométrie, garantie de qualité, capital-marque, heuristique de décision, prise de décision d’achat, modélisation par équations structurelles.
3. Auteurs
L’instrument a été conçu et validé par une équipe de chercheurs de premier plan en sciences de gestion et en marketing quantitatif :
- Marc Fischer : Professeur titulaire de la chaire de marketing et d’études de marché à l’Université de Cologne (Köln, Allemagne) et professeur affilié à la UTS Business School de Sydney (Australie). Contact institutionnel : Université de Cologne, Albertus-Magnus-Platz, 50923 Köln, Allemagne.
- Franziska Völckner : Professeure titulaire de la chaire de gestion de la marque et de marketing à l’Université de Cologne (Köln, Allemagne). Spécialiste du capital-marque et des extensions de gamme.
- Henrik Sattler : Professeur de marketing et directeur de l’Institut de recherche sur les marques et la communication à l’Université de Hambourg (Hamburg, Allemagne).
4. Objectif
L’échelle de Pertinence de la marque (Fonction de réduction du risque) a été élaborée pour combler une lacune théorique et empirique majeure dans l’évaluation du rôle des marques dans les choix d’achat. Si la littérature reconnaissait depuis longtemps que l’importance relative d’une marque varie selon les catégories de produits (par exemple, entre les biens de grande consommation courante, les produits technologiques de pointe et les services financiers), il n’existait pas d’instrument psychométrique standardisé permettant de quantifier rigoureusement la composante utilitaire de réassurance psychologique associée à la marque.
Sur le plan conceptuel, cet instrument mesure dans quelle mesure le nom de marque sert d’antidote à l’anxiété transactionnelle et à l’incertitude cognitive inhérente à l’évaluation d’un produit. Le modèle de Fischer, Völckner et Sattler (2010) postule que la pertinence globale de la marque dans une catégorie (Brand Relevance in Category ou BRiC) repose sur deux piliers motivationnels : la fonction d’identification/prestige (tournée vers l’expression de soi) et la fonction de réduction du risque (tournée vers la sécurité et la préservation de valeur). L’échelle BRRR s’attache spécifiquement à isoler et quantifier cette dernière.
Dans le domaine de la recherche académique, cette échelle est employée pour cartographier l’hétérogénéité des marchés, modéliser la propension des consommateurs à payer une prime de marque (price premium) et étudier l’influence modératrice des variables socio-démographiques, culturelles ou d’implication personnelle. En recherche appliquée et dans le conseil stratégique, les directeurs marketing utilisent l’échelle afin d’orienter les budgets promotionnels : dans les catégories où la fonction de réduction du risque est statistiquement prédominante, les campagnes de communication doivent prioritairement valoriser la fiabilité, les certifications, les labels d’experts et les garanties contractuelles plutôt que des narratifs purement émotionnels ou lifestyle.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’échelle BRRR est la fonction de réduction du risque perçu assurée par la marque. Dans la psychologie du consommateur, l’achat d’un bien ou d’un service expose l’individu à un risque multidimensionnel :
- Le risque fonctionnel ou de performance : la crainte que le produit ne fonctionne pas conformément aux promesses ou tombe en panne prématurément ;
- Le risque financier : la peur de subir une perte pécuniaire consécutive à l’achat d’un produit de qualité médiocre ou non équivalente au prix payé ;
- Le risque psychologique : le sentiment de regret, de culpabilité ou d’insatisfaction cognitive consécutif à une décision erronée.
Face à ces risques, la marque opère comme un capital confiance synthétique. L’échelle déploie quatre facettes étroitement intriquées de cette fonction régulatrice :
- Le sentiment de sécurité cognitive et émotionnelle : l’assurance intime et la tranquillité d’esprit éprouvées au moment d’opter pour une marque établie dans la catégorie ;
- L’évitement des mauvaises surprises : la prévisibilité des attributs du produit et l’élimination des déceptions post-achat ;
- La certitude de conformité qualitative : l’anticipation rigoureuse que le niveau d’excellence technique ou d’usage attendu sera effectivement délivré ;
- La protection contre le mauvais choix décisionnel : l’utilisation de la notoriété de la marque comme bouclier psychologique contre l’erreur d’évaluation.
Ce construit se distingue nettement de la simple fidélité comportementale ou de l’attachement affectif : un consommateur peut manifester un score très élevé sur la dimension BRRR pour des raisons purement pragmatiques et de rationalité limitée, sans pour autant éprouver une quelconque passion ou connexion identitaire envers la marque concernée.
6. Cadre théorique
Le fondement épistémologique de l’échelle BRRR s’ancre dans la convergence de trois courants théoriques majeurs de l’économie comportementale et des sciences cognitives :
La théorie du signal et l’économie de l’information
Initiée par George Akerlof (1970) avec son étude séminale sur l’asymétrie d’information, et formalisée par Michael Spence (1973), la théorie du signal démontre que sur les marchés caractérisés par une information imparfaite, les acheteurs ne peuvent évaluer les attributs intrinsèques d’un bien avant de l’avoir consommé. Tülin Erdem et Joffre Swait (1998, 2004) ont étendu cette approche au champ du branding : une marque crédible fonctionne comme un signal d’engagement crédible. Le fabricant investit des sommes colossales dans son capital réputationnel, ce qui rend la tricherie sur la qualité économiquement sous-optimale pour lui. L’échelle BRRR opérationnalise directement la perception subjective de ce signal de crédibilité par l’acheteur.
La théorie du risque perçu en comportement du consommateur
Formulée à l’origine par Raymond A. Bauer (1960) puis développée par Jacob Jacoby et Leon Kaplan (1972), cette perspective pose que le comportement du consommateur est une démarche orientée vers la minimisation de l’aléa négatif plutôt que vers la maximisation du gain. Les consommateurs développent des stratégies de réduction du risque, parmi lesquelles le recours à des repères externes de confiance. La marque devient ainsi le principal réducteur d’entropie dans l’environnement d’achat.
L’heuristique de jugement et la rationalité limitée
Dans la lignée des travaux de Herbert Simon sur la rationalité procédurale et des recherches de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur les biais cognitifs, la marque agit comme une heuristique de substitution rapide (Système 1). L’examen approfondi des spécifications techniques de chaque alternative d’achat requiert un coût cognitif et temporel prohibitif. Le consommateur remplace donc la question complexe (« Ce composant répond-il à toutes les normes de durabilité ? ») par la question heuristique simple (« Cette marque m’inspire-t-elle confiance ? »).
7. Validité
La validité psychométrique de l’échelle BRRR a été minutieusement documentée lors de l’étude princeps de Fischer, Völckner et Sattler (2010), laquelle reposait sur un échantillon empirique représentatif de plus de 5 700 consommateurs répartis dans plusieurs pays occidentaux (notamment l’Allemagne, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et le Japon) à travers plus de vingt catégories distinctes de biens et services (automobiles, détergents, smartphones, assurances, bières, ordinateurs, etc.).
Validité de contenu et validité apparente
Les items initiaux ont été générés à partir d’une revue systématique de la littérature sur le risque perçu et d’entretiens qualitatifs avec des panels de consommateurs et d’experts académiques. Un processus de tri itératif a permis d’éliminer les formulations ambiguës ou redondantes pour ne conserver que les quatre items capturant avec précision le noyau conceptuel de la réduction du risque.
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des coefficients de saturation factorielle standardisés élevés (variant généralement entre 0,78 et 0,92 pour l’ensemble des items, tous statistiquement significatifs à p < 0,001). La variance moyenne extraite (AVE, Average Variance Extracted) excède systématiquement le seuil recommandé de 0,50 dans toutes les catégories analysées, se situant fréquemment au-delà de 0,70.
Validité discriminante
La validité discriminante vis-à-vis de l’autre dimension de la pertinence de marque (la fonction d’expression de prestige et d’identité) a été confirmée par le critère de Fornell et Larcker (1981) : pour chaque sous-échelle, la racine carrée de l’AVE s’est avérée nettement supérieure à la corrélation inter-facteurs entre les dimensions. De surcroît, des modèles d’équations structurelles ont vérifié que l’échelle BRRR se distingue conceptuellement de l’implication envers la catégorie de produit (product category involvement) et de la notoriété de marque spontanée.
Validité prédictive et nomologique
L’échelle prédit de façon substantielle et significative la part de marché agrégée des marques nationales par rapport aux marques de distributeurs au sein de la catégorie, la sensibilité au prix des consommateurs, et la rentabilité publicitaire. Dans les catégories affichant un score BRRR élevé, la part de marché des marques leaders est significativement plus forte et la volatilité des choix d’achat est amortie.
8. Fidélité
La consistance interne et la stabilité métrologique de l’instrument de mesure ont été étayées par des indicateurs statistiques probants à travers de multiples échantillons transnationaux :
- Alpha de Cronbach (α) : Les valeurs rapportées par Fischer et ses collaborateurs (2010) oscillent entre 0,86 et 0,93 selon les pays et les catégories de produits, attestant d’une excellente cohérence interne bien au-delà du seuil conventionnel de 0,70.
- Fiabilité composite (Rhô de Jöreskog / CR) : Les coefficients de fiabilité composite rapportés dans les analyses confirmatoires dépassent continuellement 0,88, confirmant que les quatre items mesurent de concert et de façon cohérente le même construit latent.
- Corrélations item-total corrigées : Toutes les corrélations partielles item-total se maintiennent au-dessus de 0,72, démontrant qu’aucun item n’introduit de variance parasite ou d’ambiguïté dans le score global.
- Fidélité transculturelle et temporelle : Des administrations répétées sur des sous-échantillons de contrôle ont révélé une forte stabilité test-retest sur un intervalle de quatre semaines (r > 0,82, p < 0,001), corroborant la robustesse du score dans le temps pour une catégorie de produits donnée.
9. Analyse factorielle
Les investigations factorielles menées par les auteurs ont validé sans ambiguïté l’unidimensionnalité stricte de l’échelle BRRR au sein de la structure factorielle bi-dimensionnelle globale de la pertinence de marque :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de l’analyse en composantes principales avec rotation oblique (Promax), les quatre items de réduction du risque saturent tous massivement sur un premier facteur autonome expliquant plus de 68 % de la variance totale des items. Aucune saturation croisée (cross-loading) problématique n’apparaît avec les items mesurant la dimension de prestige/différenciation sociale (les saturations secondaires restant < 0,25).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
La modélisation par équations structurelles (SEM) a confronté le modèle à deux facteurs corrélés (Réduction du risque vs. Prestige/Différenciation) à un modèle alternatif unidimensionnel global. Les indices d’ajustement du modèle bi-factoriel ont témoigné d’une excellente adéquation aux données :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,97
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,96
- Racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,05 (avec intervalle de confiance à 90 % situé entre 0,038 et 0,058)
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,035
Les saturations factorielles standardisées (λ) des items 1 à 4 sont présentées de manière synthétique dans le tableau ci-dessous :
- Item 1 (Sentiment de sécurité) : λ = 0,84 à 0,89
- Item 2 (Éviter les mauvaises surprises) : λ = 0,86 à 0,91
- Item 3 (Certitude d’obtenir la qualité attendue) : λ = 0,81 à 0,88
- Item 4 (Protection contre un mauvais achat) : λ = 0,87 à 0,92
L’invariance de mesure métrique et scalaire a été vérifiée à travers les différentes zones géographiques et types de produits, garantissant la validité des comparaisons inter-groupes.
10. Instrument de mesure
- Type d’instrument : Échelle psychométrique auto-rapportée (questionnaire papier ou électronique).
- Domaine d’application : Marketing quantitatif, psychologie économique, comportement du consommateur, études sectorielles.
- Nombre d’items : 4 items formulés à la première personne du singulier.
- Modalités de réponse : Échelle de Likert en 7 points (1 = strongly disagree / fortement en désaccord à 7 = strongly agree / fortement d’accord).
- Procédure de passation : Administration contextualisée par catégorie de produit. La mention générique [product category] est systématiquement remplacée par le libellé de la catégorie investiguée (ex. : « les téléviseurs », « les crèmes solaires », « les services bancaires »). Temps de complétion estimé : inférieur à 2 minutes.
- Calcul du score :
- Aucun item inversé (pas de recodage requis).
- Score moyen : Somme des notes attribuées aux 4 items divisée par 4 (score s’étendant de 1 à 7).
- Score sommé : Somme arithmétique directe des 4 items (score oscillant entre 4 et 28).
- Un score élevé indique que la marque joue un rôle protecteur et réducteur d’incertitude capital pour le consommateur dans la catégorie considérée.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication originale : 2010.
- Statut des droits d’auteur : Les droits de publication de l’article princeps sont détenus par l’American Marketing Association (AMA).
- Licence et utilisation pour la recherche : L’utilisation de l’échelle à des fins académiques, pédagogiques ou de recherche non commerciale est libre et gratuite, sous réserve d’une citation bibliographique formelle de la publication de Fischer, Völckner et Sattler (2010).
- Utilisation commerciale et conseil : Toute intégration de l’outil dans des logiciels propriétaires d’évaluation de marque ou des prestations d’audit commercial nécessite l’accord des auteurs ou l’acquisition des droits correspondants auprès des ayants droit.
12. Références
Akerlof, G. A. (1970). The market for « lemons »: Quality uncertainty and the market mechanism. The Quarterly Journal of Economics, 84(3), 488–500. https://doi.org/10.2307/1879431
Bauer, R. A. (1960). Consumer behavior as risk taking. Dans R. S. Hancock (Éd.), Dynamic Marketing for a Changing World (pp. 389–398). American Marketing Association.
Erdem, T., & Swait, J. (1998). Brand equity as a signaling phenomenon. Journal of Consumer Psychology, 7(2), 131–157. https://doi.org/10.1207/s15327663jcp0702_02
Erdem, T., & Swait, J. (2004). Brand credibility, brand consideration, and choice. Journal of Consumer Research, 31(1), 191–198. https://doi.org/10.1086/383434
Fischer, M., Völckner, F., & Sattler, H. (2010). How important are brands? A cross-category, cross-country study. Journal of Marketing Research, 47(5), 823–839. https://doi.org/10.1509/jmkr.47.5.823
Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
Jacoby, J., & Kaplan, L. B. (1972). The components of perceived risk. Advances in Consumer Research, 3(1), 382–383.
Spence, M. (1973). Job market signaling. The Quarterly Journal of Economics, 87(3), 355–374. https://doi.org/10.2307/1882010
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale: 7-point Likert scale (1 = strongly disagree to 7 = strongly agree)
- When buying [product category], buying a well-known brand gives me a feeling of security.
- When buying [product category], I buy a brand to avoid unpleasant surprises.
- In this product category, a brand gives me the certainty that I will get the quality I expect.
- When buying [product category], buying a brand protects me from making a bad purchase.