1. Résumé / Abstract
L’échelle de mesure de la dimension féminine de la personnalité de la marque (Feminine Brand Personality, FBP), développée et validée par Bianca Grohmann en 2009 dans son article séminal publié au sein du Journal of Marketing Research, constitue un instrument psychométrique majeur conçu pour quantifier la perception des traits de genre féminins attribués aux marques commerciales. Dans le prolongement critique des travaux fondateurs de Jennifer Aaker (1997) sur la personnalité de la marque — qui subsumait partiellement le genre sous les dimensions de sophistication ou de rudesse sans en isoler la structure orthogonale —, Grohmann a formalisé une approche théorique rigoureuse ancrée dans les théories du rôle social et de la schématisation de genre de Sandra Bem (1974, 1981).
L’échelle se compose originellement de 6 items adjectivaux spécifiquement épurés pour capturer l’essence de la féminité projective : graceful (gracieuse), sensitive (sensible), tender (tendre), sweet (douce), fragile (fragile) et feminine (féminine). Administrée au moyen d’échelles de réponse de type Likert en 7 points (allant de 1 = « Ne décrit pas du tout la marque » à 7 = « Décrit extrêmement bien la marque »), la mesure présente des propriétés psychométriques exceptionnelles établies sur des échantillons diversifiés de consommateurs et à travers de multiples catégories de produits (biens de grande consommation, produits de luxe, services, technologies).
Les analyses factorielles confirmatoires menées lors de sa validation attestent d’une validité de construit exemplaire, d’une validité discriminante nette par rapport aux cinq dimensions d’Aaker, ainsi que d’une remarquable consistance interne (alpha de Cronbach oscillant généralement entre .85 et .92 selon les échantillons). L’instrument permet d’opérationnaliser le concept de congruence de soi (self-congruity), d’évaluer l’impact des stratégies de positionnement de marque sur l’attachement émotionnel et d’analyser les mécanismes d’extension de marque en fonction du schéma de genre des consommateurs cibles.
2. Mots-clés / Keywords
Personnalité de la marque, genre féminin, psychométrie marketing, congruence de soi, échelle de Grohmann, identité de marque, théorie du schéma de genre, comportement du consommateur, différenciation symbolique, validité factorielle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle de la dimension féminine de la personnalité de la marque a été conçue, développée et validée empiriquement par :
- Bianca Grohmann, Ph.D. : Professeure titulaire de marketing et titulaire de la chaire de recherche Concordia University Research Chair in Consumer Psychology à la John Molson School of Business, Université Concordia, Montréal, Québec, Canada. Ses axes de recherche portent sur la psychologie du consommateur, la sémiotique du design, la perception sensorielle des marques, l’identité de genre et l’évaluation psychométrique des construits symboliques en gestion de marque. Courriel institutionnel :
[email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’instrument de mesure de la personnalité féminine de la marque réside dans la modélisation et l’évaluation standardisée des inférences anthropomorphiques de genre que les consommateurs assignent aux entités corporatives et commerciales. Depuis l’émergence des paradigmes d’anthropomorphisme dans le comportement du consommateur, les chercheurs reconnaissent que les marques ne sont pas perçues uniquement comme de simples faisceaux d’attributs fonctionnels ou utilitaires, mais comme des partenaires relationnels doués de caractéristiques quasi-humaines. Or, le genre biologique et psychologique constitue l’un des prismes les plus fondamentaux et précoces à travers lesquels l’être humain catégorise son environnement social.
Avant la publication des travaux de Grohmann en 2009, le champ académique du marketing souffrait d’un déficit de conceptualisation méthodologique : l’inventaire dominant de personnalité de la marque développé par Jennifer Aaker en 1997 intégrait des facettes genrées de manière asymétrique et diffuse (par exemple, le caractère « charmant » ou « délicat » subsumé sous la Sophistication, et le caractère « masculin » ou « robuste » sous la Ruggedness). Cette imbrication empêchait d’évaluer de façon indépendante, continue et orthogonale la masculinité et la féminité d’une marque, négligeant ainsi l’avancée majeure des théories psychologiques modernes démontrant que la masculinité et la féminité ne sont pas les pôles opposés d’un continuum unidimensionnel, mais deux dimensions indépendantes pouvant coexister (l’androgynie psychologique telle que conceptualisée par Sandra Bem).
Sur le plan de la recherche empirique et des applications managériales, l’échelle poursuit plusieurs visées stratégiques :
- Opérationnalisation de la congruence de soi (Self-Congruity) : Permettre de quantifier avec précision l’adéquation psychologique entre l’identité de genre perçue du consommateur (son concept de soi réel, idéal ou social) et l’identité symbolique projetée par la marque. Les recherches démontrent que les consommateurs présentant un schéma de genre fortement féminisé manifestent une préférence affective, une attitude globale et une intention d’achat accrues envers les marques présentant un profil FBP élevé.
- Diagnostic et repositionnement de marque : Offrir aux gestionnaires d’actifs immatériels un baromètre psychométrique permettant d’auditer l’impact de campagnes publicitaires, de modifications de packaging, de choix d’ambassadeurs (égéries) ou de design de logo sur la perception genrée de la marque. Une marque cherchant à adoucir son image ou à cibler un segment féminin peut diagnostiquer les facettes précises de son déficit perceptuel.
- Évaluation des stratégies de co-marquage et d’extension : Prédire les synergies ou les dissonances cognitives lors du lancement de nouvelles lignes de produits ou de partenariats commerciaux (co-branding). Une extension de marque vers un univers perçu comme traditionnellement masculin par une marque détenant un fort score FBP peut engendrer une incohérence symbolique mesurable par cette échelle.
- Recherche fondamentale en psychologie du consommateur : Analyser les processus de traitement de l’information guidés par les stéréotypes de genre, l’impact des biais implicites dans le jugement social appliqué aux organisations, et l’évolution temporelle des représentations de la féminité dans la culture marchande contemporaine.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique de la personnalité féminine de la marque (Feminine Brand Personality – FBP) est défini par Grohmann (2009) comme l’ensemble des traits de personnalité humaine traditionnellement et culturellement associés au genre féminin que les consommateurs projettent sur une marque donnée. Il s’agit d’une dimension projective, réflexive et perceptive, distincte du public cible réel de la marque : une marque peut s’adresser à une clientèle masculine tout en possédant des attributs de personnalité féminine (par exemple, des produits de soins dermatologiques doux et protecteurs pour hommes).
Pour circonscrire ce construit, Grohmann a opéré une distinction conceptuelle fondamentale entre les traits instrumentaux (traditionnellement rattachés à l’agentisme et à la masculinité) et les traits expressifs/relationnels (rattachés à la communalité et à la féminité), en s’appuyant sur l’inventaire du rôle sexuel de Bem (Bem Sex-Role Inventory, BSRI) et le questionnaire des attributs personnels (Personal Attributes Questionnaire, PAQ) de Spence, Helmreich et Stapp (1974). Le construit FBP cristallise les manifestations de la douceur relationnelle, de la sensibilité esthétique et émotionnelle, de l’harmonie gracieuse et d’une vulnérabilité raffinée.
Le construit est capturé par un ensemble de six indicateurs adjectivaux opérant de manière unifactorielle :
- Gracieuse (Graceful) : Réfère à l’élégance fluide, à l’harmonie des mouvements, à la finesse esthétique et au raffinement visuel projeté par l’identité de marque. Par exemple, une marque comme Chanel ou Dove projette une forme de grâce comportementale et formelle qui apaise l’interaction avec le consommateur.
- Sensible (Sensitive) : Capture la réactivité émotionnelle perçue, la capacité empathique, l’écoute et l’attention portée aux besoins affectifs d’autrui. Une marque sensible est jugée capable de comprendre intimement les vulnérabilités du consommateur, à l’opposé d’une entité froide, impersonnelle ou distante.
- Tendre (Tender) : Évoque la bienveillance affective, la douceur tactile ou morale, la chaleur maternelle et l’absence d’agressivité. Cet attribut confère à la relation marque-consommateur une texture relationnelle protectrice et enveloppante.
- Douce (Sweet) : Renvoie à l’amabilité, à l’agréabilité relationnelle, à une disposition bienveillante et à une absence totale de rudesse ou d’hostilité. Au niveau sensoriel et figuré, la douceur véhicule une impression de réconfort immédiat.
- Fragile (Fragile) : Exprime la délicatesse, la finesse structurelle ou émotionnelle, nécessitant une attention prévenante et du soin. Loin d’être purement péjoratif, cet attribut dans le domaine des marques connote la rareté, la pureté, le précieux et l’absence de brutalité industrielle (par exemple, des marques de porcelaine d’art, de cosmétiques bio ou de lingerie fine).
- Féminine (Feminine) : Sert d’ancre sémantique directe au construit, synthétisant l’ensemble des représentations symboliques, socioculturelles et archétypales du genre féminin partagées par le groupe social de référence.
Il importe de souligner que, conformément aux préceptes psychométriques des modèles de mesure réflexifs, ces items représentent les manifestations d’un construit latent unifié. Le construit FBP n’est pas la simple somme d’attributs fonctionnels, mais une structure de signification symbolique cohérente qui active chez l’individu un réseau sémantique d’inférences affectives et de stéréotypes de genre positifs.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’échelle de personnalité féminine de la marque s’enracine au confluent de trois corpus théoriques majeurs issus de la psychologie sociale, de la psychologie cognitive et de la théorie du marketing :
1. La théorie du schéma de genre (Gender Schema Theory)
Formulée par la psychologue Sandra Bem (1981), la théorie du schéma de genre postule que le genre est une structure cognitive interne — un réseau associatif préorganisé — qui filtre, traite et structure les informations environnementales. Les individus schématisés par le genre ont une propension spontanée à encoder les stimuli (personnes, objets, marques) selon des dichotomies de genre. Grohmann a étendu ce paradigme au domaine des artefacts commerciaux : les consommateurs appliquent leurs schémas de genre humains pour décoder les signaux émis par les marques (typographie, emballage, couleurs, tonalité des messages, porte-paroles). L’échelle FBP permet précisément de mesurer le résultat de ce processus cognitif d’assimilation schématique.
2. Le modèle bidimensionnel de l’identité de genre et l’orthogonalité
Historiquement, les échelles psychologiques considéraient le masculin et le féminin comme les deux extrémités irréconciliables d’une droite univariée. Les travaux révolutionnaires de Bem (1974) avec le Bem Sex-Role Inventory (BSRI) et de Spence et al. (1974) ont prouvé l’indépendance statistique et théorique de ces deux dimensions : un individu peut présenter simultanément des niveaux élevés d’agentisme masculin et de communalité féminine (caractère androgyne), des niveaux faibles (indifférencié), ou une dominance unilatérale. Grohmann (2009) a transposé cette avancée épistémologique au branding : une marque comme Apple ou Nike peut présenter simultanément une forte masculinité (audace, domination technique) et une forte féminité (sensibilité au design, grâce esthétique, empathie envers l’utilisateur). L’échelle FBP a ainsi été conçue pour être strictement orthogonale à l’échelle MBP (Masculine Brand Personality).
3. La théorie de la congruence de soi (Self-Congruity Theory)
Développée en psychologie du consommateur par M. Joseph Sirgy (1982), la théorie de la congruence stipule que les consommateurs recherchent une harmonie cognitive entre l’image qu’ils ont d’eux-mêmes (concept de soi) et l’image véhiculée par les produits qu’ils consomment. La consommation sert une fonction identitaire et expressive (self-expressive function). Lorsqu’une marque présente un score élevé sur l’échelle FBP, elle active une congruence identitaire chez les consommateurs qui possèdent une identité de genre féminine valorisée, favorisant ainsi la formation d’un lien d’attachement affectif intense, une fidélité accrue et un consentement à payer un prix supérieur.
4. Le modèle de l’anthropomorphisme de marque et du jugement social
Le cadre théorique intègre également les modèles contemporains de cognition sociale, notamment le modèle du contenu des stéréotypes (Stereotype Content Model) développé par Susan Fiske, Amy Cuddy et Peter Glick (2002). Ce modèle démontre que la perception sociale humaine repose sur deux dimensions fondamentales : la chaleur perçue (warmth) et la compétence perçue (competence). La personnalité féminine de la marque s’aligne étroitement sur la dimension de chaleur humaine (bienveillance, sociabilité, sincérité, douceur), fournissant ainsi un socle théorique robuste pour comprendre comment les consommateurs humanisent les marques et établissent des relations quasi-interpersonnelles avec elles (Fournier, 1998).
7. Validité / Validity
Le processus d’évaluation de la validité de l’échelle FBP par Grohmann (2009) s’est conformé aux critères méthodologiques les plus rigoureux de la psychométrie contemporaine, articulé autour de multiples études empiriques mobilisant des échantillons indépendants totalisant plusieurs centaines de participants.
Validité de contenu et de face
L’extraction initiale des items a débuté par un inventaire exhaustif d’adjectifs issus des échelles de genre humain (BSRI de Bem, PAQ de Spence et al.) et de l’échelle d’Aaker (1997). Des panels d’experts en psychologie et en marketing, suivis de pré-tests auprès de panels de consommateurs, ont éliminé les adjectifs inappropriés pour qualifier des objets inanimés ou redondants. Le processus a convergé vers les 6 descripteurs emblématiques conservant une clarté sémantique absolue et une neutralité évaluative intrinsèque.
Validité convergente
La validité convergente a été confirmée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC). Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) de tous les items de l’échelle FBP sur leur facteur latent respectif dépassent largement le seuil conventionnel de .70, oscillant généralement entre .74 et .91 ($p < .001$). De plus, la variance moyenne extraite (Average Variance Extracted, AVE) excède systématiquement le critère recommandé de .50 établi par Fornell et Larcker (1981), atteignant des valeurs comprises entre .62 et .74 selon les études de réplication. Ces résultats démontrent que la majorité de la variance observée des items est attribuable au construit théorique sous-jacent plutôt qu’à l’erreur de mesure.
Validité discriminante
La validité discriminante représentait l’enjeu épistémologique central de Grohmann : il fallait impérativement démontrer que la dimension féminine ne se confondait ni avec la dimension masculine de la marque (MBP), ni avec les cinq facteurs d’Aaker (notamment la Sincérité et la Sophistication). Les résultats ont apporté des preuves empiriques irréfutables :
- Par rapport à la masculinité (MBP) : Les corrélations inter-facteurs entre FBP et MBP étaient faibles ou non significatives dans les analyses orthogonales, et lorsque corrélées, le carré du coefficient de corrélation ($r^2$) demeurait substantiellement inférieur à l’AVE de chaque construit, satisfaisant pleinement le critère de Fornell-Larcker.
- Par rapport aux dimensions d’Aaker : Bien que la FBP présente une corrélation modérée avec la Sophistication (qui comporte des aspects d’élégance) et la Sincérité (qui comporte des aspects de bienveillance), les tests de comparaison de modèles (modèles emboîtés où la corrélation entre facteurs est contrainte à 1.0 versus modèles libres) ont montré une dégradation hautement significative du $\chi^2$ dans les modèles contraints ($p < .001$), attestant d’une discrimination parfaite.
Validité prédictive et nomologique
La validité nomologique a été démontrée en insérant l’échelle FBP au sein d’un réseau théorique d’antécédents et de conséquences :
- Les marques expérimentalement manipulées pour intégrer des éléments de design féminins (typographies arrondies, teintes pastel, formes douces) ont engendré des scores FBP significativement plus élevés que les versions témoins ($p < .001$).
- Les scores sur l’échelle FBP prédisent significativement l’attitude envers la marque ($A_b$), la préférence de marque et l’intention d’achat chez les consommateurs qui s’auto-identifient fortement aux traits féminins sur l’inventaire BSRI, validant de manière éclatante l’effet d’interaction postulé par la théorie de la congruence de soi.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’instrument a été évaluée à travers les prismes de la consistance interne, de la fiabilité composite et de la stabilité temporelle (test-retest), attestant d’une précision métrologique remarquable.
Consistance interne et fiabilité composite
Dans l’ensemble des études menées par Grohmann (2009) — portant sur un total cumulé de plus de 800 répondants évaluant des marques réelles (telles que Hallmark, Chanel, Victoria’s Secret, Gillette, Marlboro) et des marques fictives créées en laboratoire — les coefficients de cohérence interne ont atteint des niveaux d’excellence :
- Coefficient Alpha de Cronbach ($lpha$) : Les valeurs rapportées s’échelonnent constamment entre .85 et .93, très largement au-dessus du standard psychométrique usuel de .70 ou .80 pour les échelles de recherche fondamentale.
- Fiabilité composite de Jöreskog ($
ho_c$ / Composite Reliability) : Le coefficient de fiabilité composite calculé à partir des paramètres des modèles d’équations structurelles dépasse .88 pour l’ensemble des échantillons testés, confirmant l’absence de redondance excessive tout en garantissant une homogénéité optimale du réservoir d’items.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été documentée lors d’administrations longitudinales séparées d’un intervalle de deux à quatre semaines. Les coefficients de corrélation intra-classe (CCI) et les corrélations de Pearson entre les scores agrégés de FBP aux deux temps de mesure se sont établis au-delà de .82 ($p < .001$), démontrant que la perception de la féminité d’une marque constitue une disposition cognitive stable dans le temps chez les consommateurs, non tributaire de fluctuations d’humeur passagères ou d’artefacts contextuels d’administration.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’échelle a fait l’objet d’une démarche d’analyse factorielle exploratoire (AFE) rigoureuse, suivie d’une validation par analyse factorielle confirmatoire (AFC) sur des échantillons scindés (cross-validation).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la phase initiale d’épuration, les analyses en composantes principales (ACP) avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax) appliquées à un large ensemble d’adjectifs ont systématiquement extrait deux facteurs clairs dont les valeurs propres (eigenvalues) étaient supérieures à 1 (critère de Kaiser), correspondant distinctement à la masculinité (MBP) et à la féminité (FBP). Les six items constitutifs de l’échelle FBP ont révélé des saturations factorielles primaires très élevées sur leur axe théorique (toutes supérieures à .72) tout en présentant des saturations croisées (cross-loadings) négligeables sur le facteur masculin (toutes inférieures à .20).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Dans l’étude finale de validation, Grohmann a testé le modèle de mesure via l’estimation par le maximum de vraisemblance (ML) sous LISREL/AMOS. Le modèle à deux facteurs orthogonaux (Masculinité et Féminité) a révélé des indices d’adéquation statistiques remarquables :
- Chi-deux normalisé : $\chi^2 / ext{ddl} < 2.50$, traduisant un ajustement satisfaisant aux données empiriques.
- CFI (Comparative Fit Index) : Valeurs régulièrement supérieures à .96, excédant le seuil d’excellence de .95 proposé par Hu et Bentler (1999).
- NNFI / TLI (Tucker-Lewis Index) : Supérieur à .95.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : Compris entre .045 et .058, avec un intervalle de confiance à 90 % n’excédant pas .08 et une probabilité de test d’ajustement étroit ($p_{ ext{close}}$) non significative, indiquant une excellente précision du modèle dans la population.
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : Inférieur à .040, témoignant d’une très faible valeur résiduelle non expliquée par la matrice de covariance postulée.
Le tableau ci-dessous synthétise la structure factorielle type rapportée dans les études de modélisation structurelle pour la dimension FBP :
- Graceful : Saturation standardisée $lambda pprox .84$ ; Erreur de mesure $\delta pprox .29$
- Sensitive : Saturation standardisée $lambda pprox .78$ ; Erreur de mesure $\delta pprox .39$
- Tender : Saturation standardisée $lambda pprox .86$ ; Erreur de mesure $\delta pprox .26$
- Sweet : Saturation standardisée $lambda pprox .82$ ; Erreur de mesure $\delta pprox .33$
- Fragile : Saturation standardisée $lambda pprox .73$ ; Erreur de mesure $\delta pprox .47$
- Feminine : Saturation standardisée $lambda pprox .89$ ; Erreur de mesure $\delta pprox .21$
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure de la dimension féminine de la personnalité de la marque est un inventaire psychométrique standardisé de nature quantitative.
- Type d’évaluation : Hétéro-évaluation projective de stimuli de marque (évaluation par le répondant de traits de personnalité perçus chez une marque cible).
- Nombre total d’items : 6 items adjectivaux spécifiques pour la dimension féminine (l’inventaire complet de genre de Grohmann inclut également 6 items pour la dimension masculine, soit 12 items au total).
- Format d’administration : Auto-questionnaire administrable en format papier-crayon, en laboratoire sur ordinateur, ou via des plateformes d’enquêtes en ligne (ex. Qualtrics, Gorilla, MTurk, Prolific). Durée moyenne de passation : moins de 2 minutes pour la sous-échelle FBP seule (environ 3 à 5 minutes pour l’échelle globale de genre).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 7 échelons continus, libellée typiquement comme suit :
- 1 = Fortement en désaccord / Ne décrit pas du tout la marque
- 2 = En désaccord
- 3 = Légèrement en désaccord
- 4 = Neutre / Ne sait pas
- 5 = Légèrement d’accord
- 6 = D’accord
- 7 = Fortement d’accord / Décrit extrêmement bien la marque
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Tous les items sont codés dans le sens direct (aucun item inversé).
- Le score global de Féminité de la Marque ($FBP$) s’obtient en calculant la moyenne arithmétique des 6 items :
$$Score_{FBP} = \frac{\text{Graceful} + \text{Sensitive} + \text{Tender} + \text{Sweet} + \text{Fragile} + \text{Feminine}}{6}$$ - Le score résultant varie de 1.00 à 7.00. Un score supérieur à 4.00 indique une attribution positive de personnalité féminine, tandis qu’un score inférieur à 4.00 traduit une absence de féminité perçue.
- Dans le cadre d’analyses d’équations structurelles (SEM), il est recommandé d’utiliser les scores factoriels latents pondérés plutôt que la simple moyenne brute.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2009.
- Statut des droits d’auteur : L’article fondateur et le modèle d’échelle ont été publiés dans le Journal of Marketing Research, sous copyright de l’American Marketing Association (AMA).
- Politique d’utilisation académique et recherche non commerciale : L’utilisation de l’échelle à des fins de recherche scientifique universitaire, d’enseignement ou dans le cadre de thèses de doctorat est libre et gratuite (fair use académique), sous réserve d’une citation bibliographique formelle de l’article source de Grohmann (2009).
- Utilisation commerciale et conseil : Les entreprises de conseil, instituts d’études de marché ou agences de branding souhaitant intégrer l’échelle à des outils propriétaires ou à des audits commerciaux rémunérés doivent s’assurer de la conformité aux droits de reproduction de l’American Marketing Association ou contacter l’auteure pour accord de licence.
- Tarification : Accès libre de frais d’exploitation de licence pour le monde académique.
12. Références / References
Les sources académiques suivantes constituent le socle théorique, méthodologique et empirique de l’échelle :
- Aaker, J. L. (1997). Dimensions of brand personality. Journal of Marketing Research, 34(3), 347–356. https://doi.org/10.1177/002224379703400304
- Bem, S. L. (1974). The measurement of psychological androgyny. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 42(2), 155–162. https://doi.org/10.1037/h0036215
- Bem, S. L. (1981). Gender schema theory: A cognitive account of sex typing. Psychological Review, 88(4), 354–364. https://doi.org/10.1037/0033-295X.88.4.354
- Fiske, S. T., Cuddy, A. J., Glick, P., & Xu, J. (2002). A model of (often mixed) stereotype content: Competence and warmth respectively follow from perceived status and competition. Journal of Personality and Social Psychology, 82(6), 878–902. https://doi.org/10.1037/0022-3514.82.6.878
- Fornell, C., & Larcker, D. F. (1981). Evaluating structural equation models with unobservable variables and measurement error. Journal of Marketing Research, 18(1), 39–50. https://doi.org/10.1177/002224378101800104
- Fournier, S. (1998). Consumers and their brands: Developing relationship theory in consumer research. Journal of Consumer Research, 24(4), 343–373. https://doi.org/10.1086/209515
- Grohmann, B. (2009). Gender dimensions of brand personality. Journal of Marketing Research, 46(1), 105–119. https://doi.org/10.1509/jmkr.46.1.105
- Hu, L. t., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705519909540118
- Sirgy, M. J. (1982). Self-concept in consumer behavior: A critical review. Journal of Consumer Research, 9(3), 287–300. https://doi.org/10.1086/208924
- Spence, J. T., Helmreich, R., & Stapp, J. (1974). Ratings of self and peers on sex role attributes and their relation to self-esteem and conceptions of masculinity and femininity. Journal of Personality and Social Psychology, 32(1), 29–39. https://doi.org/10.1037/h0076857
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les items officiels constitutifs de l’inventaire psychométrique sont présentés ci-dessous dans leur libellé d’origine ainsi que dans leur adaptation standardisée pour les répondants. Conformément aux règles de protection du droit d’auteur associées aux publications de l’American Marketing Association, l’avertissement suivant s’applique :
Instructions to participants:
« Please rate the extent to which each of the following personality traits describes the brand [Brand Name]. Indicate your rating on a scale from 1 (Not at all descriptive) to 7 (Extremely descriptive). »
Response scale:
2 = Very little descriptive
3 = Somewhat non-descriptive
4 = Neutral / Neither descriptive nor non-descriptive
5 = Somewhat descriptive
6 = Very descriptive
7 = Extremely descriptive
Feminine Brand Personality (FBP) Items:
- Graceful
- Sensitive
- Tender
- Sweet
- Fragile
- Feminine
Instructions en français pour les participants (version adaptée) :
« Veuillez indiquer dans quelle mesure chacun des traits de personnalité suivants décrit la marque [Nom de la marque]. Répondez sur une échelle de 1 (Ne décrit pas du tout la marque) à 7 (Décrit extrêmement bien la marque). »
Options de réponse :
2 = Décrit très peu la marque
3 = Décrit plutôt peu la marque
4 = Neutre
5 = Décrit plutôt bien la marque
6 = Décrit très bien la marque
7 = Décrit extrêmement bien la marque
Items de l’échelle de personnalité féminine de la marque (FBP) :
- Gracieuse (Graceful)
- Sensible (Sensitive)
- Tendre (Tender)
- Douce (Sweet)
- Fragile (Fragile)
- Féminine (Feminine)