Instrument d’évaluation du lien parental (PBI)

Analyse académique complète de l’Instrument d’évaluation du lien parental (Parental Bonding Instrument – PBI), développé par Gordon Parker : dimensions du Prendre soin et de la Surprotection, cadre de l’attachement, propriétés psychométriques et questionnaire original complet.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Le Parental Bonding Instrument (PBI), ou Instrument d’évaluation du lien parental, élaboré par Gordon Parker, Hilary Tupling et L. B. Brown en 1979 à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), constitue l’un des instruments rétrospectifs d’auto-évaluation les plus utilisés et validés au monde pour mesurer les représentations subjectives des comportements et attitudes parentaux durant l’enfance et l’adolescence. Conçu initialement pour évaluer la perception qu’a un individu adulte ou adolescent de la manière dont il a été élevé par chacun de ses parents au cours de ses seize premières années de vie, le questionnaire comprend 25 items distincts administrés séparément pour la mère et pour le père (soit 50 réponses au total lors d’une évaluation parentale bilatérale standard).

L’instrument opérationnalise les relations parents-enfants autour de deux dimensions cardinales et orthogonales : la dimension du Prendre soin (Care, 12 items), évaluant la chaleur affective, l’empathie, l’acceptation et la disponibilité émotionnelle versus la froideur et le rejet ; et la dimension de la Surprotection ou Contrôle (Overprotection / Control, 13 items), évaluant le contrôle intrusif, l’infantilisation et l’entrave à l’autonomie versus l’encouragement à l’indépendance. Les réponses sont recueillies sur une échelle de type Likert à 4 points (Very like, Moderately like, Moderately unlike, Very unlike). Le croisement de ces deux dimensions permet de définir une typologie en quatre quadrants fondamentaux du lien parental : le lien optimal (soin élevé / surprotection faible), la contrainte affectueuse (soin élevé / surprotection élevée), la parentalité négligente (soin faible / surprotection faible) et le redouté « contrôle sans affection » (affectionless control : soin faible / surprotection élevée), ce dernier constituant un facteur de vulnérabilité psychopathologique majeur pour la dépression majeure, les troubles anxieux et les troubles de la personnalité.

Les propriétés psychométriques du PBI sont robustes : la cohérence interne (alpha de Cronbach) oscille généralement entre 0,88 et 0,93 pour l’échelle de Soin, et entre 0,74 et 0,85 pour l’échelle de Surprotection. La fidélité test-retest démontre une remarquable stabilité temporelle, confirmée sur des cohortes suivies sur 10 à 20 ans. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires menées à travers des dizaines de cultures ont confirmé cette structure bidimensionnelle de base, bien que certains auteurs (notamment Kendler ou Cubis) aient proposé une scission de la surprotection en « contrôle psychologique/intrusion » et « entrave à l’autonomie ».

2. Mots-clés / Keywords

Lien parental, Parental Bonding Instrument, PBI, attachement parental, surprotection parentale, chaleur affective, contrôle sans affection, psychopathologie développementale, évaluation psychométrique, relations parents-enfants.

3. Auteurs / Authors

Le Parental Bonding Instrument (PBI) a été conceptualisé et validé par une équipe de chercheurs et psychiatres de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) à Sydney, Australie :

  • Gordon Parker, AO, MD, PhD, DSc, FRANZCP : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney), fondateur et ancien directeur exécutif du Black Dog Institute (Sydney, Australie). Pionnier international de la recherche sur les troubles de l’humeur, les sous-types de dépression (mélancolie vs non-mélancolie) et les facteurs étiologiques environnementaux de vulnérabilité.
  • Hilary Tupling, MA, MPsychol : Psychologue clinicienne et chercheuse en psychologie médicale à l’Hôpital Prince Henry et à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud durant les années 1970 et 1980, ayant dirigé les entretiens cliniques qualitatifs initiaux pour la génération des items de l’échelle.
  • L. B. Brown, PhD : Professeur de psychologie à la Faculté des sciences comportementales de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, spécialiste des méthodologies psychométriques, des modèles factoriels et de la mesure des attitudes sociales.

Les correspondances scientifiques et demandes relatives aux recherches du Black Dog Institute peuvent être adressées à l’UNSW Department of Psychiatry ou via le portail officiel de recherche du Black Dog Institute.

4. Objectif / Purpose

Finalité diagnostique et étiologique

L’objectif fondamental du PBI est de fournir une mesure quantitative, standardisée, rapide et psychométriquement robuste des souvenirs rétrospectifs des styles parentaux vécus durant les 16 premières années de vie. Avant la création du PBI à la fin des années 1970, la littérature psychiatrique reconnaissait largement l’influence des expériences infantiles au sein de la famille sur l’apparition ultérieure des troubles psychiatriques à l’âge adulte, mais les cliniciens et chercheurs se heurtaient à un manque d’instruments empiriques validés. Les concepts psychanalytiques de la relation d’objet ou les formulations théoriques sur la « mère réfrigérateur » manquaient d’opérationnalisation reproductible. Le PBI a été conçu pour combler ce vide en traduisant des concepts relationnels complexes en deux axes comportementaux précis et mesurables : l’affection/chaleur et le contrôle/surprotection.

Applications en recherche clinique et épidémiologique

Dans la recherche étiologique en psychiatrie et en psychologie de la santé, le PBI est utilisé comme un indice standardisé de vulnérabilité précoce. Des centaines d’études épidémiologiques et génético-environnementales ont établi un lien entre les profils PBI et une diversité d’entités nosographiques :

  • Troubles dépressifs récurrents et dysthymie : La combinaison d’un soin faible et d’une surprotection élevée (le « contrôle sans affection ») multiplie par deux à trois le risque de développer des épisodes dépressifs majeurs au cours de la vie adulte, agissant comme un modulateur épigénétique et cognitif du sentiment d’auto-efficacité.
  • Troubles anxieux et phobies sociales : Une surprotection maternelle ou paternelle excessive, associée à une faible incitation à l’autonomie, limite l’habituation de l’enfant aux stresseurs environnementaux, prédisposant au trouble d’anxiété généralisée, à l’agoraphobie et à l’anxiété sociale.
  • Troubles de la personnalité : Une carence sévère de chaleur affective combinée à un contrôle intrusif est fréquemment retrouvée chez les patients présentant un trouble de la personnalité borderline ou des traits dépendants et évitants.
  • Troubles du comportement alimentaire : L’anorexie mentale et la boulimie présentent une corrélation constante avec des scores de surprotection et d’intrusion parentale élevés, traduisant des contextes familiaux où l’individuation corporelle et psychique a été entravée.

Applications en psychothérapie et pratique clinique

Sur le plan clinique individuel, le PBI sert de support réflexif et psychoéducatif majeur. Dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales (notamment la thérapie des schémas de Jeffrey Young) et des psychothérapies interpersonnelles, le PBI permet au thérapeute d’identifier rapidement l’origine développementale des schémas précoces inadaptés tels que « Carence affective », « Dépendance / Incompétence » ou « Vulnérabilité au danger ». Il permet également de distinguer la contribution différentielle du père et de la mère, fournissant une cartographie fine des loyautés et des blessures relationnelles de l’enfance.

5. Construit psychologique / Construct

Le Parental Bonding Instrument s’appuie sur une modélisation bidimensionnelle des comportements parentaux perçus. L’espace bidimensionnel généré permet de cartographier la complexité des attitudes parentales à travers deux axes indépendants qui n’entrent pas en corrélation significative l’un avec l’autre.

1. La dimension du Prendre soin (Care)

Cette dimension comprend 12 items (items 1, 2, 4, 5, 6, 11, 12, 14, 16, 17, 18, 24). Elle évalue un continuum affectif allant de l’extrême chaleur, empathie et acceptation inconditionnelle jusqu’à la froideur émotionnelle, la négligence, le rejet et l’indifférence. Un score élevé sur cette échelle indique que le sujet a perçu son parent comme une source sécurisante de réconfort, capable de décoder ses besoins émotionnels, de manifester de l’affection physique et verbale, et d’offrir une écoute bienveillante. À l’opposé, un score faible reflète un climat parental marqué par la dévalorisation (« Ne me félicitait pas »), l’incompréhension des états affectifs (« Ne semblait pas comprendre ce dont j’avais besoin »), et le rejet manifeste ou larvé (« Me faisait sentir que je n’étais pas désiré(e) »).

2. La dimension de la Surprotection ou Contrôle (Overprotection / Control)

Cette dimension est composée de 13 items (items 3, 7, 8, 9, 10, 13, 15, 19, 20, 21, 22, 23, 25). Elle évalue un continuum allant de l’encouragement de l’autonomie et de la maturation de l’enfant jusqu’à l’entrave autoritaire, le contrôle intrusif, l’infantilisation et le maintien forcé d’une dépendance psychologique. Un score élevé reflète un parent perçu comme envahissant (« Envahissait ma vie privée »), castrateur de toute initiative indépendante (« Essayait de contrôler tout ce que je faisais »), refusant le processus normal de croissance (« Ne voulait pas que je grandisse ») et surprotecteur (« Était surprotecteur envers moi »). Un score faible indique au contraire un style parental favorisant l’individuation, tolérant l’exploration et respectant l’autonomie décisionnelle de l’enfant (« Me laissait décider par moi-même », « Me donnait autant de liberté que je le souhaitais »).

La Typologie en Quatre Quadrants de Parker

En projetant les scores d’un individu par rapport aux scores seuils de la population générale (établis par Parker à l’aide de médianes empiriques), quatre styles de lien parental émergent :

  • Le Lien optimal (Optimal Bonding) : Soin Élevé + Surprotection Faible. Le parent a offert un ancrage sécurisant, de la chaleur et des encouragements tout en laissant l’enfant explorer le monde extérieur et développer son autonomie. C’est le style protecteur par excellence contre les décompensations psychopathologiques ultérieures.
  • La Contrainte affectueuse (Affectionate Constraint) : Soin Élevé + Surprotection Élevée. Le parent manifeste une affection sincère et chaleureuse mais entrave l’indépendance de l’enfant par une anxiété parentale excessive et un contrôle serré. Ce style peut favoriser des personnalités dépendantes mais protège généralement de la dépression sévère grâce au capital de chaleur affective préservé.
  • La Parentalité négligente / Lien faible (Neglectful Parenting / Absent Bonding) : Soin Faible + Surprotection Faible. Le parent est distant, froid, non soutenant, mais n’exerce pas de contrôle ni d’intrusion active. L’enfant est confronté à un isolement affectif sans être étouffé par des exigences normatives parentales strictes.
  • Le Contrôle sans affection (Affectionless Control) : Soin Faible + Surprotection Élevée. Il s’agit du profil le plus pathogène identifié par Gordon Parker. L’enfant subit une surveillance constante, des interdictions multiples et une infantilisation rigide, sans jamais recevoir les marques d’affection, d’empathie ou de validation nécessaires à la construction de l’estime de soi. Ce quadrant est un facteur de risque robuste pour le trouble dépressif majeur, le suicide, et les troubles névrotiques graves.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La Théorie de l’Attachement de John Bowlby

Le socle conceptuel fondamental du PBI s’articule directement avec la théorie de l’attachement formulée par John Bowlby (1969, 1973, 1980). Selon Bowlby, le système comportemental d’attachement a pour fonction biologique de maintenir la proximité avec une figure protectrice (le donneur de soin ou caregiver) en situation de menace, permettant l’exploration du monde lorsque le danger disparaît. Pour qu’un enfant construise un modèle interne opérant (Internal Working Model) sécurisant de lui-même et du monde social, la figure parentale doit remplir deux critères indispensables : être une base de sécurité (secure base) à partir de laquelle l’enfant peut explorer, et un havre de sécurité (safe haven) vers lequel il peut revenir chercher réconfort et apaisement.

La dimension de « Soin » (Care) du PBI opérationnalise précisément la capacité du parent à servir de « havre de sécurité » : elle reflète la sensibilité maternelle/paternelle (Ainsworth et al., 1978), la réceptivité aux signaux de détresse de l’enfant et la disponibilité affective. Inversement, la dimension de « Surprotection » (Overprotection) évalue l’entrave pathologique au système d’exploration de l’enfant : un parent qui restreint l’autonomie et induit la peur du monde extérieur entrave le rôle de « base de sécurité », empêchant l’enfant d’intérioriser un sentiment de compétence et d’auto-régulation émotionnelle.

Les Modèles Circomplexes de Schaefer et Becker

Sur le plan psychométrique et structural, le PBI découle des travaux pionniers d’Earl S. Schaefer (1959, 1965) et de Wesley C. Becker (1964) sur les représentations bidimensionnelles des conduites éducatives. Dans son modèle circomplexe des comportements maternels, Schaefer avait identifié par analyse factorielle deux axes orthogonaux prédominants régissant l’univers des pratiques parentales : l’axe « Amour vs Hostilité » (Love vs Hostility) et l’axe « Autonomie vs Contrôle » (Autonomy vs Control). Parker, Tupling et Brown (1979) ont répliqué et raffiné ce postulat dimensionnel en le dépouillant de son vocabulaire clinique obscur pour aboutir à deux construits empiriques universels, mesurables par un questionnaire d’auto-évaluation accessible au grand public et aux populations psychiatriques.

L’Écologie du Développement et la Plasticité Phénotypique

Au-delà de la métapsychologie, les théories évolutionnistes et bioécologiques du développement humain (Belsky, Steinberg & Draper, 1991) soulignent que le style d’élevage perçu façonne les stratégies d’histoire de vie (life history strategies). Dans un environnement caractérisé par le « contrôle sans affection », l’enfant perçoit l’écosystème comme hostile et imprévisible tout en restant dépourvu d’autonomie personnelle, ce qui calibre ses circuits neurobiologiques du stress (l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien) sur un mode d’hyperréactivité chronique au cortisol, expliquant la vulnérabilité somatique et psychologique ultérieure.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du PBI a fait l’objet de centaines d’études de réplication internationales au cours des quatre dernières décennies, démontrant des qualités de mesure exceptionnelles sur l’ensemble des formes de validité psychométrique.

Validité de Construit et Structure Interne

La validité de construit a été initialement démontrée par Parker, Tupling et Brown (1979) en administrant l’instrument à des sujets sains et des patients psychiatriques, puis en confrontant leurs réponses aux évaluations de juges indépendants et aux descriptions parentales fournies par les frères et sœurs (taux de concordance fraternelle élevé variant de r = 0,55 à r = 0,70 pour le soin, et de r = 0,45 à r = 0,61 pour la surprotection). Cette corrélation significative entre germains confirme que le PBI ne mesure pas une simple distorsion délirante ou une reconstruction projective imaginaire, mais reflète une réalité comportementale parentale substantielle vécue au sein du foyer.

Validité Convergente

Le PBI démontre une validité convergente robuste lorsqu’il est corrélé avec d’autres instruments évaluant les relations précoces et la dynamique familiale :

  • Corrélation avec l’EMBU (Egna Minnen Beträffande Uppfostran) : Les échelles de Rejet et de Chaleur Émotionnelle de l’EMBU (Perris et al., 1980) corrèlent de façon hautement significative avec les scores de Soin du PBI (r négatif variant de -0,60 à -0,75 avec le Rejet ; r positif de 0,70 à 0,82 avec la Chaleur). De même, l’échelle de Surprotection de l’EMBU corrèle entre 0,65 et 0,78 avec la dimension Surprotection du PBI.
  • Corrélation avec l’Adult Attachment Interview (AAI) : Les individus classés dans la catégorie d’attachement « Sécure » (Free-Autonomous) à l’AAI présentent quasi systématiquement des scores élevés de Soin et de faibles scores de Surprotection au PBI. À l’inverse, les profils « Insécure-Préoccupé » présentent des scores élevés de surprotection, et les profils « Insécure-Détaché » présentent des scores de soin significativement effondrés.

Validité Prédictive et Clinique

La validité prédictive du PBI a été largement établie par des études longitudinales prospectives. L’étude de cohorte menée par Wilhelm, Niven, Parker et Hadzi-Pavlovic (2005) a démontré qu’un score de Soin faible combiné à une Surprotection élevée durant l’enfance prédisait l’apparition d’un épisode dépressif majeur sur un suivi de 20 ans, indépendamment des antécédents génétiques et des stresseurs de la vie adulte. Dans des populations atteintes de troubles bipolaires, un style de « contrôle sans affection » est associé à une moins bonne observance thérapeutique, un âge d’entrée dans la maladie plus précoce et un taux plus élevé de tentatives de suicide.

Validité Discriminante et Insensibilité aux Biais de l’Humeur Actuelle

Une question critique en psychométrie rétrospective concerne le biais de l’humeur : un patient déprimé au moment du test a-t-il tendance à noircir systématiquement ses souvenirs d’enfance (biais de rappel congruent à l’humeur) ? Parker (1981, 1983) et de nombreuses équipes indépendantes (notamment Gotlib et al., 1988 ; Duggan et al., 1998) ont testé des patients lors de leur phase dépressive aiguë puis après rémission clinique complète. Les résultats montrent que si les scores de soin augmentent de manière marginale (variation de 1 à 2 points sur une échelle de 36) après rémission, les scores globaux et les assignations aux quadrants demeurent stables à plus de 90 %, prouvant que le PBI résiste remarquablement aux artéfacts d’état affectif passager.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité du Parental Bonding Instrument a été mesurée à la fois sur le plan de sa consistance interne et sur celui de sa stabilité temporelle test-retest à très long terme.

Cohérence Interne (Consistance Inter-Items)

Les études initiales de Parker et al. (1979) et les réplications ultérieures à travers le monde rapportent des coefficients alpha de Cronbach très satisfaisants :

  • Dimension Soin (Care) : Les valeurs de l’alpha de Cronbach oscillent généralement entre 0,88 et 0,93 pour la forme maternelle (M-Care) et entre 0,89 et 0,94 pour la forme paternelle (P-Care). Ces valeurs très élevées démontrent une excellente homogénéité du construit de chaleur et de réceptivité émotionnelle.
  • Dimension Surprotection (Overprotection) : Les valeurs de l’alpha de Cronbach se situent habituellement entre 0,74 et 0,85 pour la forme maternelle (M-Overprotection) et entre 0,75 et 0,86 pour la forme paternelle (P-Overprotection). Bien que légèrement inférieures à celles du Soin en raison de la nature multidimensionnelle de la contrainte (mêlant infantilisation et interdictions comportementales), elles dépassent largement le seuil psychométrique d’acceptabilité fixé à 0,70.

Fidélité Test-Retest et Stabilité Longitudinale

La stabilité temporelle des scores du PBI constitue l’un de ses atouts les plus remarquables dans le paysage des questionnaires rétrospectifs :

  • Court et moyen terme (3 semaines à 6 mois) : Dans l’étude princeps de Parker et al. (1979), le coefficient de corrélation test-retest à 3 semaines était de r = 0,76 pour le Soin et de r = 0,63 pour la Surprotection. Wilhelm et Parker (1990) ont rapporté sur un intervalle de 3 ans des corrélations de r = 0,81 pour le Soin maternel et r = 0,73 pour la Surprotection maternelle.
  • Long terme (20 ans) : Dans une étude de suivi exceptionnelle menée sur une cohorte d’enseignants sur deux décennies complètes, Wilhelm, Niven, Parker et Hadzi-Pavlovic (2005) ont mis en évidence des corrélations test-retest après 20 ans d’intervalle s’élevant à r = 0,69 pour le Soin maternel, r = 0,70 pour le Soin paternel, r = 0,63 pour la Surprotection maternelle, et r = 0,62 pour la Surprotection paternelle. Ces données démontrent que le souvenir des styles parentaux se cristallise à la fin de l’adolescence sous forme de schémas mnésiques autobiographiques hautement stables tout au long du cycle de vie adulte.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’Analyse Factorielle Exploratoire Princeps (Parker et al., 1979)

Lors du développement initial du PBI, 114 items descriptifs du comportement parental avaient été collectés à partir d’entretiens cliniques et de la littérature théorique. Ces items ont été administrés à un échantillon de 150 étudiants et sujets de la population générale. Une analyse factorielle exploratoire (AFE) par factorisation en composantes principales suivie d’une rotation varimax a été réalisée. Deux facteurs majeurs ont émergé avec des valeurs propres (eigenvalues) nettement supérieures aux autres, expliquant la majeure partie de la variance totale :

  • Facteur 1 (Prendre soin) : Regroupant les items relatifs à l’affection verbale, aux sourires, à l’empathie, au réconfort et au dialogue. Les saturations factorielles des items retenus s’échelonnaient de 0,50 à 0,76.
  • Facteur 2 (Surprotection / Contrôle) : Regroupant les items relatifs au refus de laisser grandir l’enfant, au contrôle des fréquentations, à l’intrusion dans l’intimité et à l’infantilisation. Les saturations factorielles s’échelonnaient de 0,42 à 0,71.

Au terme de cette épuration statistique, 25 items saturant de manière univoque sur l’un ou l’autre des facteurs (sans saturation croisée supérieure à 0,30) ont été sélectionnés pour constituer la version définitive du PBI.

Modèles Factoriels Alternatifs et Analyses Confirmatoires (AFC)

Bien que la structure bidimensionnelle originale de Parker reste la référence internationale la plus employée, plusieurs analyses factorielles confirmatoires conduites dans les années 1990 et 2000 ont exploré des structures tri-factorielles concurrentes :

  • Le modèle à trois facteurs de Cubis, Lewin et Dawes (1989) : Ces auteurs ont suggéré que l’échelle de Surprotection était hétérogène et ont proposé de la scinder. Le modèle comprend ainsi : 1) Le Soin (Care), 2) Le Contrôle psychologique / Intrusion (Psychological Control : items 8, 9, 10, 13, 19, 20, 23), et 3) L’Encouragement à l’autonomie (Authoritarian / Encouraging Autonomy : items 3, 7, 15, 21, 22, 25).
  • Le modèle de Kendler (1996) : Sur une cohorte jumellaire épidémiologique massive de plus de 2 000 participants, Kenneth Kendler a confirmé par équations structurelles que le modèle à trois facteurs (Chaleur, Protectionnisme, Contrôle autoritaire) présentait des indices d’ajustement statistique légèrement supérieurs (RMSEA plus bas, CFI supérieur à 0,93) par rapport au modèle strict à deux facteurs.

Cependant, Gordon Parker a souligné que, d’un point de vue clinique et heuristique, la préservation des deux grands méta-facteurs originaux orthogonaux (« Soin » et « Surprotection ») demeure la plus robuste et la plus simple à appliquer pour la catégorisation typologique et la recherche épidémiologique internationale.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire rétrospectif standardisé (évaluation quantitative des représentations parentales de l’enfance).
  • Période cible évaluée : Les 16 premières années de vie de la personne interrogée (« Lorsque vous aviez moins de 16 ans… »).
  • Cibles de notation : Le questionnaire s’administre deux fois : une première passation pour évaluer le comportement de la mère (ou figure maternelle), et une seconde passation indépendante pour évaluer le comportement du père (ou figure paternelle).
  • Nombre total d’items : 25 items par parent (soit 50 items pour une administration parentale complète).
  • Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes par parent (10 à 15 minutes au total).
  • Format des réponses : Échelle de Likert à 4 points :
    • Very like (Très semblable / Tout à fait conforme)
    • Moderately like (Modérément semblable / Assez conforme)
    • Moderately unlike (Modérément différent / Peu conforme)
    • Very unlike (Très différent / Pas du tout conforme)
  • Cotation des items et règles de calcul :
    • Items standards (cotation directe) : Les réponses sont cotées : Very like = 3, Moderately like = 2, Moderately unlike = 1, Very unlike = 0.
    • Items inversés (notés ‘R’ – reverse coded) : Les réponses sont cotées en sens inverse : Very like = 0, Moderately like = 1, Moderately unlike = 2, Very unlike = 3.
    • Sous-échelle « Soin » (Care) – 12 items : Items 1, 2 (R), 4 (R), 5, 6, 11, 12, 14 (R), 16 (R), 17, 18 (R), 24 (R). Score total possible : de 0 à 36.
    • Sous-échelle « Surprotection / Contrôle » (Overprotection) – 13 items : Items 3 (R), 7 (R), 8, 9, 10, 13, 15 (R), 19, 20, 21 (R), 22 (R), 23, 25 (R). Score total possible : de 0 à 39.
  • Scores seuils normatifs (selon Parker, 1983) :
    • Mère : Seuil de Soin = 27,0 ; Seuil de Surprotection = 13,5.
    • Père : Seuil de Soin = 24,0 ; Seuil de Surprotection = 12,5.
    • Catégorisation : Les scores situés au-dessus de ces médianes sont qualifiés d’« Élevés » (High), et ceux situés en dessous sont qualifiés de « Faibles » (Low), permettant l’assignation automatique à l’un des 4 quadrants (Lien optimal, Contrainte affectueuse, Parentalité négligente, Contrôle sans affection).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 1979 (publication dans le British Journal of Medical Psychology). Monographie de référence publiée en 1983.
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Développé à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) sous la direction du Professeur Gordon Parker et du Black Dog Institute.
  • Tarifs d’utilisation : Le PBI est un instrument du domaine académique public (open academic instrument). Il est libre de droits pour la recherche scientifique non commerciale, l’enseignement universitaire et la pratique clinique quotidienne individuelle. Aucun paiement de royalties ni achat de licence commerciale n’est requis pour son utilisation dans ces cadres.
  • Modalités d’autorisation : Les chercheurs et cliniciens sont autorisés à reproduire le questionnaire à la condition expresse de citer formellement les publications originales de Gordon Parker (Parker et al., 1979). Pour toute adaptation commerciale à grande échelle, intégration dans un logiciel payant ou essai clinique sponsorisé par l’industrie pharmaceutique, une demande auprès du Black Dog Institute ou du Professeur Gordon Parker est requise.

12. Références / References

Les publications fondatrices et études psychométriques de validation du Parental Bonding Instrument incluent :

  • Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Lawrence Erlbaum Associates.
  • Becker, W. C. (1964). Consequences of different kinds of parental discipline. In M. L. Hoffman & L. W. Hoffman (Eds.), Review of Child Development Research (Vol. 1, pp. 169-208). Russell Sage Foundation.
  • Bowlby, J. (1969). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment. Basic Books.
  • Bowlby, J. (1973). Attachment and loss: Vol. 2. Separation: Anxiety and anger. Basic Books.
  • Cubis, J., Lewin, T., & Dawes, F. (1989). The Parental Bonding Instrument: Factorial structure, item analysis and internal consistency in a sample of adolescents. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 30(2), 303-314. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1989.tb00243.x
  • Duggan, C., Sham, P., Lee, A., Minne, C., & Murray, R. (1998). Does parental bonding reflect state or trait in depression? Journal of Affective Disorders, 48(2-3), 89-94. https://doi.org/10.1016/S0165-0327(97)00155-2
  • Gotlib, I. H., Mount, J. H., Cordy, N. I., & Berrigan, T. (1988). Depression and perceptions of early parenting: A longitudinal investigation. British Journal of Psychiatry, 152(1), 24-27. https://doi.org/10.1192/bjp.152.1.24
  • Kendler, K. S. (1996). Parenting and the risk for major depression in women: A twin study. Psychological Medicine, 26(4), 851-864. https://doi.org/10.1017/S003329170003784X
  • Parker, G. (1981). Parental representations of patients with depression: An investigation of several hypotheses. British Journal of Psychiatry, 139(2), 152-157. https://doi.org/10.1192/bjp.139.2.152
  • Parker, G. (1983). Parental Overprotection: A Risk Factor in Psychosocial Development. Grune & Stratton.
  • Parker, G. (2010). The Parental Bonding Instrument (Annotated Bibliography). Black Dog Institute. http://www.blackdoginstitute.org.au/public/research/researchtools.cfm
  • Parker, G., Tupling, H., & Brown, L. B. (1979). A parental bonding instrument. British Journal of Medical Psychology, 52(1), 1-10. https://doi.org/10.1111/j.2044-8341.1979.tb02487.x
  • Perris, C., Jacobsson, L., Lindström, H., von Knorring, L., & Perris, H. (1980). Development of a new inventory for assessing memories of parental rearing behaviour: An Italian version of the EMBU. Acta Psychiatrica Scandinavica, 61(4), 265-274. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1980.tb00585.x
  • Schaefer, E. S. (1959). A circumplex model for maternal behavior. Journal of Abnormal and Social Psychology, 59(2), 226-235. https://doi.org/10.1037/h0041114
  • Wilhelm, K., Niven, H., Parker, G., & Hadzi-Pavlovic, D. (2005). The stability of the Parental Bonding Instrument over a 20-year period. Psychological Medicine, 35(3), 387-393. https://doi.org/10.1017/S0033291704003509
  • Wilhelm, K., & Parker, G. (1990). Reliability of the Parental Bonding Instrument and Intimate Bond Measure Scales. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 24(2), 199-202. https://doi.org/10.3109/00048679009077683

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Spoke to me with a warm and friendly voice
2

Did not help me as much as I needed
3

Let me do things I liked doing
4

Seemed emotionally cold to me
5

Appeared to understand my problems and worries
6

Was affectionate to me
7

Liked me to make my own decisions
8

Did not want me to grow up
9

Tried to control everything I did
10

Invaded my privacy
11

Enjoyed talking things over with me
12

Frequently smiled at me
13

Tended to baby me
14

Did not seem to understand what I needed or wanted
15

Let me decide things for myself
16

Made me feel I wasn’t wanted
17

Could make me feel better when I was upset
18

Did not talk with me very much
19

Tried to make me dependent on her/him
20

Felt I could not look after myself unless she/he was around
21

Gave me as much freedom as I wanted
22

Let me go out as often as I wanted
23

Was overprotective of me
24

Did not praise me
25

Let me dress in any way I pleased
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Instrument d’évaluation du lien parental (PBI). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/parental-bonding-instrument-pbi/
Looti, Mohammed. “Instrument d’évaluation du lien parental (PBI).” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/parental-bonding-instrument-pbi/.
Looti, Mohammed. “Instrument d’évaluation du lien parental (PBI).” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/parental-bonding-instrument-pbi/.