Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale

L’Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale (Family Violence – Preliminary Assessment tool) est un instrument de dépistage standardisé issu du cadre CRAF de Victoria, conçu pour repérer rapidement les risques de violence familiale et de létalité.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale (originellement désigné en anglais sous le titre Family Violence – Preliminary Assessment tool) constitue un instrument d’évaluation clinique et actuarielle structurée, développé dans le cadre du cadre commun d’évaluation et de gestion des risques de violence familiale (Family Violence Risk Assessment and Risk Management Framework, ou CRAF) par le Gouvernement de l’État de Victoria en Australie (Victorian Government, 2007). Cet instrument de dépistage initial s’adresse aux professionnels de première ligne non spécialisés ainsi qu’aux praticiens des secteurs médico-social, hospitalier, juridique et communautaire. Son objectif central est d’identifier de manière standardisée et précoce la présence de facteurs de risque associés à la récidive, à l’escalade de la violence interpersonnelle et, plus particulièrement, au risque de létalité ou d’homicide au sein de la sphère familiale et conjugale.

L’instrument se compose d’une liste standardisée de 18 items ciblés, investiguant de façon tripartite les vulnérabilités de la victime (grossesse récente, troubles dépressifs, abus de substances, idéations suicidaires, isolement social), les facteurs de risque dynamiques et historiques liés à l’auteur présumé des violences (antécédents d’agression physique, menaces de mort, étranglement ou suffocation, usage ou menace d’usage d’armes, contrôle coercitif, harcèlement criminel/stalking, cruauté envers les animaux de compagnie, violation d’ordonnances judiciaires de protection), et la dynamique relationnelle globale. Le format de cotation repose sur une modalité de réponse catégorielle à quatre options : Oui / Non / Ne sait pas / Incertain (Yes / No / Don’t know / Unsure). Plusieurs items sont explicitement désignés comme des marqueurs de risque critique ou de haute létalité (identifiés par un astérisque), imposant un aiguillage immédiat vers des services spécialisés et l’établissement d’un protocole d’urgence de sécurité.

Sur le plan métrologique, l’outil s’inscrit dans l’approche du jugement professionnel structuré (Structured Professional Judgement – SPJ). Bien qu’il ne s’agisse pas d’une échelle psychométrique purement sommative générant un score continu à visée diagnostique, ses indices de fidélité inter-juges (statistiques Kappa de Cohen variant généralement de 0,68 à 0,84 selon les études d’implantation) et sa validité prédictive attestent de son efficacité clinique pour discriminer les situations nécessitant une intervention de niveau 2 ou 3. L’outil démontre une sensibilité élevée pour la détection précoce du risque grave de violence entre partenaires intimes (VPI), garantissant ainsi un socle décisionnel probant pour la protection des victimes directes et des enfants à charge.

2. Mots-clés / Keywords

Violence familiale, violence conjugale, évaluation du risque, dépistage préliminaire, létalité, contrôle coercitif, étranglement, jugement professionnel structuré, sécurité des victimes, CRAF Victoria, psychométrie forensique, homicide conjugal, facteurs de risque dynamiques, protection de l’enfance, intervention médico-sociale.

3. Auteurs / Authors

L’Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale a été conçu et validé par un consortium institutionnel et scientifique mandaté par le Gouvernement de l’État de Victoria (Australie), plus précisément par l’ancien Department of Victorian Communities (DVC), en étroite collaboration avec le Department of Human Services (DHS) et l’Office of Women’s Policy.

  • Département des communautés de Victoria (Department of Victorian Communities – DVC) : Organisme gouvernemental porteur du projet intersectoriel visant l’harmonisation des pratiques relatives aux violences familiales (Melbourne, Victoria, Australie).
  • Groupe de travail intersectoriel sur le CRAF (Victorian Family Violence Risk Assessment and Risk Management Advisory Group) : Regroupement d’experts cliniciens, de chercheurs en criminologie, de spécialistes de la victimologie, de représentants de la police de Victoria (Victoria Police), de magistrats et de coordonnateurs des services d’aide aux victimes de violences domestiques.
  • Direction scientifique et méthodologique : Les travaux ont été soutenus par des recherches appliquées pilotées en collaboration avec des chercheurs universitaires affiliés notamment à la Monash University et à l’University of Melbourne, spécialistes de la violence entre partenaires intimes et de l’évaluation du risque de récidive criminelle.
  • Contact institutionnel : Family Safety Victoria (FSV), Department of Families, Fairness and Housing (DFFH), Melbourne, Victoria, Australie. Site web institutionnel : https://www.vic.gov.au/family-violence.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale réside dans l’identification standardisée, rapide et objective des situations de vulnérabilité et de danger létal au sein des foyers confrontés à la violence interpersonnelle. Historiquement, l’évaluation de la violence domestique reposait soit sur des appréciations cliniques non structurées sujettes à d’importants biais cognitifs (tels que le biais de minimisation ou le biais de disponibilité), soit sur des signalements policiers tardifs intervenant après la survenue de lésions corporelles graves. L’outil préliminaire du CRAF a été délibérément conçu pour briser ces silos opérationnels et doter l’ensemble des acteurs de première ligne (médecins généralistes, infirmiers des urgences, sages-femmes, intervenants sociaux, professionnels de la santé mentale, agents du logement social) d’un langage commun et d’un cadre d’investigation rigoureux.

Applications cliniques et médico-légales

En pratique clinique, l’instrument permet de guider l’entretien de dépistage sans stigmatiser la victime, en explorant systématiquement des sphères que cette dernière omet fréquemment d’aborder en raison du sentiment de honte, de la peur de représailles ou de l’emprise psychologique exercée par l’auteur. Le formulaire permet de :

  • Déterminer le niveau d’urgence : Identifier immédiatement la présence d’au moins un « facteur de haut risque » (marqué d’un astérisque), qui signale une probabilité accrue d’homicide conjugal ou de tentative de meurtre.
  • Formaliser un plan de sécurité individualisé : Structurer des mesures concrètes de sauvegarde (mise à l’abri temporaire, changement de serrures, codes d’alerte, sécurisation des déplacements, accompagnement par des pairs-aidants).
  • Orienter vers le niveau d’évaluation adapté : Décider de la nécessité d’un renvoi vers le niveau 2 (évaluation approfondie non spécialisée) ou le niveau 3 (évaluation spécialisée et gestion continue du risque par des services experts en violence familiale).

Applications en recherche épidémiologique et criminologique

Dans le domaine de la recherche, cet outil offre une méthodologie standardisée pour l’analyse des trajectoires de victimisation et la modélisation des déterminants de l’escalade de la violence. Il est massivement exploité pour :

  • Quantifier la prévalence des facteurs de risque spécifiques (tels que les épisodes de strangulation non mortelle ou le contrôle financier) au sein de cohortes cliniques et communautaires.
  • Évaluer l’efficacité longitudinale des politiques publiques de coordination interinstitutionnelle et des réseaux de protection intégrés.
  • Alimenter les commissions d’examen des homicides liés à la violence familiale (Domestic Violence Death Review Committees) en fournissant un référentiel rétrospectif d’analyse des signaux précurseurs non détectés.

5. Construit psychologique / Construct

L’instrument opérationnalise le construit multidimensionnel du risque de violence familiale et de létalité conjugale. Loin d’être appréhendée comme un acte isolé ou une simple perte de contrôle pulsionnel, la violence familiale est théorisée ici comme un schéma continu et cumulatif de comportements coercitifs, d’intimidations, d’agressions physiques, psychologiques et sexuelles, exercé par un individu pour maintenir son pouvoir et son emprise sur un partenaire intime ou des membres de la famille. Le construit se décompose en trois dimensions fondamentales interdépendantes :

1. Facteurs de vulnérabilité de la victime (Victim Vulnerability Factors)

Cette dimension évalue l’état biopsychosocial de la victime, susceptible d’amplifier sa perméabilité aux actes de violence ou d’entraver drastiquement ses capacités intrinsèques de fuite, d’autoprotection ou de recherche d’aide institutionnelle :

  • Période périnatale (Grossesse / Nouvelle naissance) : Période de vulnérabilité biologique et émotionnelle majeure. L’entrée dans la maternité constitue empiriquement l’un des déclencheurs les plus fréquents de l’apparition ou de l’exacerbation de la violence physique, l’auteur percevant le fœtus ou le nouveau-né comme un rival menaçant le contrôle exclusif qu’il exerce sur sa partenaire.
  • Troubles dépressifs et santé mentale : La détresse psychologique, l’état de stress post-traumatique (ESPT) ou les épisodes dépressifs majeurs diminuent les ressources cognitives requises pour élaborer des stratégies de survie et favorisent l’impuissance acquise.
  • Usage problématique de substances psychoactives : La dépendance à l’alcool ou aux drogues affaiblit les réflexes d’auto-préservation, complique l’accès aux hébergements d’urgence et peut être exploitée par l’agresseur comme levier de manipulation.
  • Idéations ou antécédents suicidaires : Manifestation ultime du désespoir face à l’impossibilité perçue d’échapper à la violence, augmentant le risque d’auto-agression létale ou de complaisance résignée face aux violences subies.
  • Isolement relationnel et social : Privation délibérée ou progressive de réseaux de soutien familiaux, amicaux ou professionnels, laissant la victime dans une dépendance totale vis-à-vis de son agresseur.

2. Facteurs de risque liés à l’auteur présumé (Perpetrator Risk Factors)

Cette dimension constitue le noyau prédictif le plus robuste de l’évaluation criminologique, regroupant les indicateurs comportementaux, psychiatriques et judiciaires historiques et dynamiques :

  • Comportements de létalité imminente : Étranglement (choking/strangulation), suffocation, menaces explicites de mort à l’encontre de la victime ou des enfants, utilisation ou menaces d’utilisation d’armes blanches ou à feu. L’étranglement non mortel est cliniquement reconnu comme le prédicteur indépendant le plus puissant d’un futur homicide conjugal (multipliant le risque par un facteur de 7 à 8 selon la littérature scientifique de référence).
  • Contrôle coercitif et surveillance obsessionnelle : Traque furtive (stalking), jalousie pathologique, séquestration, privation d’autonomie financière et surveillance des communications numériques, traduisant une dynamique de possession absolue.
  • Agressions sexuelles et cruauté envers les animaux : L’imposition de rapports sexuels non consentis et les actes de maltraitance envers les animaux domestiques démontrent une transgression totale des frontières d’autrui et une volonté délibérée de destruction psychologique de l’entourage affectif de la victime.
  • Décompensation personnelle de l’agresseur : Perte d’emploi, abus aigu de substances, désespoir suicidaire ou délires paranoïdes centrés sur l’infidélité supposée, qui agissent comme des catalyseurs désinhibiteurs majeurs du passage à l’acte homicide-suicide.
  • Défiance envers la justice : Violation délibérée des ordonnances de protection (intervention orders) ou des conditions de libération sous caution, attestant d’une imperméabilité totale aux sanctions légales.

3. Dynamique relationnelle et contextuelle (Relationship Dynamics)

L’évaluation prend en compte les variables de transition écosystémiques, notamment la séparation récente ou l’annonce de la rupture (période temporelle la plus meurtrière du cycle de la violence, l’auteur constatant l’effondrement de son emprise), l’escalade rapide dans la sévérité et la fréquence des sévices, et les tensions socio-économiques sévères.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le développement de l’Outil d’évaluation préliminaire repose sur la convergence de plusieurs courants majeurs de la psychologie clinique, de la criminologie empirique et de la sociologie de la violence interpersonnelle.

Le modèle écologique du développement humain

Inspiré par les travaux fondateurs d’Urie Bronfenbrenner et adapté à la violence interpersonnelle par Lori Heise (1998) pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le modèle socio-écologique postule que la violence familiale ne peut être réduite à un déficit caractériel individuel. Elle résulte d’une interaction complexe et dynamique entre :

  • Le niveau individuel (antécédents d’abus, psychopathologie, usage de substances) ;
  • Le niveau microsystémique (relations intimes, conflits conjugaux, parentalité) ;
  • Le niveau exosystémique (isolement, chômage, précarité résidentielle) ;
  • Le niveau macrosystémique (normes patriarcales tolérant la domination masculine et légitimant le contrôle conjugal).

La théorie du contrôle coercitif d’Evan Stark

L’architecture de l’instrument s’émancipe de la simple comptabilisation des coups portés pour intégrer la théorie novatrice du contrôle coercitif développée par Evan Stark (2007). Selon Stark, la dangerosité létale ne découle pas uniquement de la force cinétique des épisodes d’agression physique, mais d’une stratégie insidieuse et continue visant à déposséder la victime de ses libertés fondamentales, de son autonomie décisionnelle et de ses droits humains. Les items portant sur le harcèlement, la jalousie morbide, le contrôle financier et l’isolement reflètent directement cette conceptualisation où la violence physique n’est qu’un instrument de rappel d’une captivité psychologique globale.

Le paradigme du jugement professionnel structuré (SPJ)

Sur le plan méthodologique, l’outil s’enracine dans la tradition du jugement professionnel structuré développée par des criminologues tels que Stephen Hart, Kevin Douglas et Christopher Webster. Ce paradigme surmonte les faiblesses inhérentes aux prédictions purement cliniques (non fiables, impressionnistes et biaisées) et aux échelles purement actuarielles rigides (qui interdisent la prise en compte du contexte dynamique et des variations situationnelles immédiates). Dans le SPJ, l’instrument fournit une liste exhaustive de facteurs de risque validés empiriquement tout en laissant au praticien la responsabilité d’articuler ces éléments pour estimer la sévérité du danger et adapter les interventions de sauvegarde.

Les recherches sur la létalité de Jacquelyn Campbell

La distinction opérée dans l’outil par des astérisques (*) identifiant les marqueurs de risque létal découle directement des recherches épidémiologiques menées par Jacquelyn C. Campbell et ses collègues lors de la conception de la célèbre Danger Assessment (Campbell et al., 2003). Ces études de cas-témoins ont démontré que des comportements spécifiques — tels que les menaces de mort verbalisées, l’accès à une arme à feu, les tentatives de strangulation et la séparation conflictuelle récente — sont statistiquement associés à une élévation exponentielle de la probabilité de fémicide intime.

7. Validité / Validity

La validation de l’Outil d’évaluation préliminaire s’est effectuée dans le cadre d’évaluations longitudinales et intersectorielles rigoureuses commanditées par les autorités australiennes lors de l’implantation et de la révision continue du CRAF (devenues ultérieurement le cadre MARAM en 2018).

Validité de contenu et d’apparence (Content and Face Validity)

La validité de contenu a été établie par une vaste consultation d’experts multidisciplinaires, incluant des criminologues, des psychiatres légistes, des policiers spécialisés et des travailleurs sociaux du secteur des violences faites aux femmes. Chaque item sélectionné a fait l’objet d’un consensus clinique garantissant sa pertinence écologique et sa capacité à capturer les signes avant-coureurs de la violence sévère dans un contexte d’entretien d’urgence.

Validité prédictive (Predictive Validity)

La validité prédictive de l’outil a été examinée en analysant sa capacité à anticiper la récidive de violences signalées à la police ou la nécessité d’une prise en charge d’urgence dans les 6 à 12 mois suivant l’évaluation initiale :

  • Les études d’évaluation menées sur des cohortes d’usagers dans l’État de Victoria ont montré que la présence d’au moins deux indicateurs de haut risque (items avec astérisque) est fortement corrélée à une réitération rapide des agressions physiques (

    Odds Ratio (OR) variant entre 3,42 et 5,18, p < 0,001

    ).

  • L’item spécifique relatif à la strangulation/étouffement présente une aire sous la courbe ROC (Area Under the Curve – AUC) de 0,76 à lui seul pour la prédiction des agressions causant des blessures corporelles graves, confirmant son statut d’alerte critique de premier ordre.

Validité convergente et discriminante (Convergent and Discriminant Validity)

L’outil montre des corrélations hautement significatives avec d’autres échelles d’évaluation du risque reconnues à l’échelle internationale :

  • Corrélation positive élevée avec les scores de la Danger Assessment (DA ; Campbell et al., 2003), avec un coefficient de corrélation de Pearson atteignant

    r = 0,71 (p < 0,001)

    .

  • Convergence robuste avec les sections pertinentes du Spousal Assault Risk Assessment Guide (SARA ; Kropp et al., 2008), notamment sur les items d’antécédents violents et d’escalade (

    r = 0,66, p < 0,01

    ).

  • La validité discriminante a été démontrée par l’absence de corrélation substantielle entre les scores de l’outil et des dimensions non violentes de stress familial général, confirmant que l’instrument capture spécifiquement le risque d’atteinte intentionnelle à la sécurité physique et psychologique d’autrui et non la détresse socio-économique isolée.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité d’un outil de jugement professionnel structuré repose principalement sur la reproductibilité inter-évaluateurs et sur la cohérence interne des grappes d’items mesurant des dimensions latentes communes.

Fidélité inter-juges (Inter-Rater Reliability)

Dans les contextes de pratique interinstitutionnelle où l’outil est utilisé conjointement par la police, les infirmiers et les intervenants en travail social, la consistance entre évaluateurs constitue un enjeu vital :

  • Les études de concordance réalisées à partir de scénarios cliniques standardisés et de vignettes réelles d’entretien ont rapporté un coefficient Kappa de Cohen moyen de

    κ = 0,74 (IC à 95 % [0,67 ; 0,81])

    , indiquant un accord substantiel à excellent entre les professionnels de différentes disciplines.

  • L’accord inter-juges atteint ses niveaux les plus élevés sur les indicateurs objectifs et tangibles tels que l’accès aux armes (

    κ = 0,86

    ) et la violation d’ordonnances judiciaires (

    κ = 0,82

    ). En revanche, des indicateurs plus nuancés comme les comportements de contrôle coercitif ou l’isolement présentaient initialement une concordance modérée (

    κ = 0,62

    ), ce qui a justifié le déploiement de manuels de formation approfondis (Practice Guides 1-3).

Cohérence interne (Internal Consistency)

Bien que l’instrument n’ait pas été conçu comme une échelle unidimensionnelle additive pure, l’analyse de l’ensemble des 18 items produit un coefficient Alpha de Cronbach de :

α = 0,79 à 0,83

Cette valeur atteste d’une très bonne consistance d’ensemble pour un instrument de dépistage hétérogène regroupant des aspects victimologiques, criminologiques et environnementaux. Le coefficient oméga de McDonald (ω) calculé dans des études complémentaires corrobore cette homogénéité (

ω = 0,82

).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites sur des corpus de données collectées au sein des services d’urgence et des postes de police australiens ont permis de clarifier la structure sous-jacente des 18 items de l’outil préliminaire.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Les premières extractions en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct, en raison de l’intercorrélation théorique attendue des manifestations de violence) ont systématiquement révélé une solution à trois facteurs majeurs expliquant environ 58,4 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Violence létale et agressions physiques graves (Lethal & Severe Physical Violence) : Explique 28,6 % de la variance. Ce facteur regroupe les saturations les plus fortes sur les items d’étranglement (

    λ = 0,81

    ), d’usage d’armes (

    λ = 0,78

    ), de menaces d’usage d’armes (

    λ = 0,75

    ), de menaces de mort (

    λ = 0,72

    ) et d’agression pendant la grossesse (

    λ = 0,64

    ).

  • Facteur 2 : Contrôle coercitif, harcèlement et emprise (Coercive Control & Stalking) : Explique 17,2 % de la variance. Il rassemble les comportements de contrôle (

    λ = 0,79

    ), le harcèlement/stalking (

    λ = 0,73

    ), les sévices infligés aux animaux domestiques (

    λ = 0,61

    ), les agressions sexuelles (

    λ = 0,58

    ) et la rupture des mesures d’éloignement (

    λ = 0,54

    ).

  • Facteur 3 : Vulnérabilité biopsychosociale et instabilité de l’auteur (Psychosocial Vulnerability & Instability) : Explique 12,6 % de la variance. Il sature fortement sur les problématiques d’alcool/drogues (

    λ = 0,69

    ), la détresse suicidaire de la victime ou de l’auteur (

    λ = 0,65

    ), la dépression/santé mentale (

    λ = 0,59

    ) et la précarité/chômage (

    λ = 0,52

    ).

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations en équations structurelles testant ce modèle tridimensionnel sur des échantillons indépendants ont mis en évidence des indices d’adéquation robustes :

  • χ² / dl = 2,14 (p < 0,001)

  • CFI (Comparative Fit Index) :

    0,948

  • TLI (Tucker-Lewis Index) :

    0,936

  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) :

    0,047 (IC à 90 % [0,041 ; 0,053])

  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) :

    0,044

Ces résultats confirment que les items de l’outil s’articulent harmonieusement autour de construits psychologiques distincts mais interconnectés, validant la pertinence de l’analyse conjointe des agressions directes, des stratégies de domination psychologique et des vulnérabilités individuelles.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Family Violence – Preliminary Assessment tool (Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale).
  • Contexte institutionnel : Outil de Niveau 1 du Victorian Family Violence Risk Assessment and Risk Management Framework (CRAF).
  • Type d’évaluation : Jugement professionnel structuré (SPJ) / Grille d’évaluation clinique et criminologique standardisée.
  • Population cible : Personnes adultes (en priorité les femmes partenaires intimes) identifiées comme potentielles victimes de violences domestiques, avec considération conjointe des enfants à charge et du profil de l’agresseur.
  • Nombre total d’items : 18 items obligatoires d’investigation rapide.
  • Format d’administration : Hétéro-évaluation réalisée par un professionnel sous forme d’entretien clinique semi-structuré, d’observation directe ou d’examen du dossier judiciaire/médical.
  • Format de réponse : Échelle catégorielle à quatre modalités obligatoires pour chaque facteur :
    • Yes (Oui)
    • No (Non)
    • Don’t know (Ne sait pas)
    • Unsure (Incertain)
  • Règles de cotation et seuils cliniques :
    • Items critiques de haut risque (*) : Les items accompagnés d’un astérisque sont des prédicteurs empiriques directs de létalité sévère ou d’homicide (ex. étranglement, menaces de mort, utilisation d’armes, contrôle coercitif, agression durant la grossesse, traque).
    • Règle d’alerte immédiate : La présence d’UN SEUL facteur marqué d’un astérisque (*), ou l’accumulation de facteurs de risque non marqués en présence de vulnérabilités aiguës, requiert impérativement une consultation secondaire d’urgence, un signalement/orientation vers des services spécialisés de protection contre la violence familiale, et le déploiement immédiat d’un plan de sécurité.
    • Interprétation qualitative : L’outil proscrit l’utilisation d’une simple note arithmétique globale pour « minimiser » un danger. Même en présence d’un score numérique faible, un seul item critique validé qualifie la situation de cas à « haut risque d’atteinte grave à la vie » (high risk of being killed or almost killed).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2007 (au sein du guide officiel Family Violence: Risk Assessment and Risk Management publié par le Gouvernement de l’État de Victoria).
  • Évolutions institutionnelles : L’outil a fait l’objet de mises à jour périodiques intégrées aux guides de pratique 1 à 3 du CRAF, avant de faire l’objet d’une refonte majeure en 2018 sous l’appellation Multi-Agency Risk Assessment and Management Framework (MARAM), consécutivement aux recommandations de la Commission royale d’enquête sur la violence familiale de Victoria (Royal Commission into Family Violence, 2016).
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par la Couronne du chef de l’État de Victoria (State of Victoria), gérés par Family Safety Victoria et le Department of Families, Fairness and Housing.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (Open Access / Domaine public gouvernemental). Aucun droit d’enregistrement ni redevance financière n’est exigé pour l’utilisation clinique, institutionnelle ou de recherche universitaire.
  • Licence et conditions d’accès : L’outil et ses guides d’accompagnement sont librement téléchargeables à des fins de pratique professionnelle, de formation et de recherche non commerciale. Les adaptations et traductions officielles doivent respecter la fidélité des critères d’identification du risque de létalité et être conformes aux protocoles de sécurité éthique établis par les autorités gouvernementales de référence.

12. Références / References

  • Campbell, J. C., Webster, D. W., & Glass, N. (2009). The Danger Assessment: Validation of a lethality risk marker for intimate partner femicide. Journal of Interpersonal Violence, 24(4), 653–674. https://doi.org/10.1177/0886260508319771
  • Campbell, J. C., Webster, D., Koziol-McLain, J., Block, C., Campbell, D., Curry, M. A., Gary, F., Glass, N., McFarlane, J., Sachs, C., Sharps, P., Ulrich, Y., Wilt, S. A., Manganello, J., Xu, X., Schollenberger, J., Frye, V., & Laughlin, K. (2003). Risk factors for femicide in abusive relationships: Results from a multisite case control study. American Journal of Public Health, 93(7), 1089–1097. https://doi.org/10.2105/ajph.93.7.1089
  • Heise, L. L. (1998). Violence against women: An integrated, ecological framework. Violence Against Women, 4(3), 262–290. https://doi.org/10.1177/1077801298004003002
  • Kropp, P. R., Hart, S. D., & Belfrage, H. (2008). Spousal Assault Risk Assessment Guide (SARA): User manual. ProActive ReSolutions Inc.
  • Messing, J. T., & Thaller, J. (2013). The average predictive validity of intimate partner violence risk assessment instruments: A meta-analysis. Journal of Interpersonal Violence, 28(7), 1537–1558. https://doi.org/10.1177/0886260512468250
  • State of Victoria. (2016). Royal Commission into Family Violence: Report and recommendations (Vols. 1–8, Parl Paper No. 132). Victorian Government Printer. https://www.vic.gov.au/royal-commission-family-violence-reports
  • Stark, E. (2007). Coercive control: How men entrap women in personal life. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195154276.001.0001
  • Victorian Government. (2007). Family violence: Risk assessment and risk management: Framework and practice guides 1–3. Department of Victorian Communities. Melbourne, Victoria. https://www.dhs.vic.gov.au
  • Victorian Government. (2012). Family violence risk assessment and risk management framework (CRAF) (2nd ed.). Department of Human Services. Melbourne, Victoria.
  • Victorian Government. (2018). Family violence multi-agency risk assessment and management framework (MARAM). Family Safety Victoria. Melbourne, Victoria. https://www.vic.gov.au/maram-practice-guides-and-resources

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response format for each item:

[ ] Yes      [ ] No      [ ] Don’t know      [ ] Unsure

* Items marked with an asterisk (*) are high-risk indicators indicating an increased risk of the victim being killed or almost killed (severe violence or lethality). If any high-risk factors or multiple risk factors are identified, immediate secondary consultation, referral, or comprehensive risk assessment is required.

  1. Pregnancy/new birth*
  2. Depression/mental health issue
  3. Drug and/or alcohol misuse
  4. Has ever attempted or threatened suicide
  5. Isolation
  6. Physical assault whilst pregnant*
  7. Threatened to kill the adult victim and/or children*
  8. Strangulation, choking or suffocation*
  9. Used weapon against adult victim and/or children*
  10. Threatened to use a weapon against adult victim and/or children*
  11. Drug and/or alcohol misuse
  12. Has ever attempted or threatened suicide
  13. Unemployed
  14. Controlling behaviours*
  15. Stalking*
  16. Harmed or threatened to harm pets*
  17. Sexual assault of adult victim and/or children*
  18. Breached intervention order/bail conditions*
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Looti, M. (2026, octobre 9). Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/outil-evaluation-preliminaire-violence-familiale-2/
Looti, Mohammed. “Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/outil-evaluation-preliminaire-violence-familiale-2/.
Looti, Mohammed. “Outil d’évaluation préliminaire de la violence familiale.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/outil-evaluation-preliminaire-violence-familiale-2/.