1. Résumé / Abstract
L’Outil d’évaluation fonctionnelle de l’articulation de la cheville (connu sous l’acronyme anglophone Ankle Joint Functional Assessment Tool ou AJFAT) est un instrument de mesure psychométrique et clinique autorapporté (patient-reported outcome measure, PROM), initialement développé par Susan L. Rozzi et ses collaborateurs en 1999 à l’Université de Pittsburgh. Cet outil a été spécifiquement conçu pour quantifier la sévérité perçue de l’instabilité fonctionnelle de la cheville (Functional Ankle Instability, FAI) chez les individus souffrant d’entorses latérales à répétition ou d’instabilité chronique de la cheville (Chronic Ankle Instability, CAI).
L’instrument est composé de 12 items univariés explorant une gamme complète de manifestations cliniques et fonctionnelles, allant des symptômes primaires (douleur, tuméfaction locale) aux limitations d’activités motrices complexes (course, changements de direction, descente d’escaliers) et aux déficits sensorimoteurs dynamiques. Une caractéristique novatrice de l’AJFAT réside dans l’investigation phénoménologique du phénomène de dérobement (le « rollover » ou « giving way »), évaluant successivement la capacité du patient à percevoir, à compenser par un réflexe neuromusculaire protecteur, et à reprendre une activité fonctionnelle après un tel événement.
Chaque item est coté sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points (variant de 0 à 4), produisant un score total continu compris entre 0 et 48 points. Des scores faibles reflètent une incapacité marquée, une appréhension sévère et une instabilité fonctionnelle critique, tandis qu’un score maximal de 48 indique une articulation totalement asymptomatique, stable et pleinement opérationnelle. Les propriétés psychométriques de l’AJFAT révèlent une consistance interne satisfaisante (alpha de Cronbach généralement compris entre 0,79 et 0,88) et une excellente fidélité test-retest (coefficients de corrélation intraclasse, CCI > 0,85). Sa validité discriminante est particulièrement robuste, un score seuil composite (souvent fixé à ≤ 26) permettant de distinguer avec une sensibilité et une spécificité élevées les chevilles fonctionnellement instables des chevilles saines. L’outil s’est imposé comme une référence incontournable tant dans la recherche biomécanique et neuromusculaire que dans le suivi longitudinal en physiothérapie et médecine du sport.
2. Mots-clés / Keywords
Instabilité chronique de cheville, AJFAT, évaluation fonctionnelle, proprioception, dérobement articulaire, contrôle neuromusculaire, biomécanique de la cheville, réadaptation sportive, fidélité test-retest, validité de construit, entorse latérale, échelle autorapportée.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs pionniers dans l’étude des mécanismes sensorimoteurs et de l’instabilité articulaire rattachés au Neuromuscular Research Laboratory du Département de Médecine du Sport et de Nutrition de l’Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, États-Unis) :
- Susan L. Rozzi, PhD, ATC : Professeure et directrice de recherche en thérapie du sport, Département de Santé et Performance Humaine, College of Charleston, Charleston, Caroline du Sud, États-Unis. Ses travaux portent sur le contrôle proprioceptif, les différences liées au sexe dans l’instabilité articulaire et la réhabilitation fonctionnelle. Contact académique : [email protected].
- Scott M. Lephart, PhD, ATC : Chercheur principal, alors directeur du Neuromuscular Research Laboratory à l’Université de Pittsburgh (actuellement doyen du College of Health Sciences à l’Université du Kentucky). Reconnu mondialement pour ses contributions fondamentales au paradigme du système sensorimoteur articulaire.
- C. Buz Swanik, PhD, ATC : Chercheur associé, spécialiste de l’électromyographie et de la reprogrammation neuromusculaire (actuellement professeur à l’Université du Delaware).
- Freddie H. Fu, MD, DSc (Hon), DPs (Hon) : Chirurgien orthopédique de renommée internationale, alors directeur du Département de Chirurgie Orthopédique de l’Université de Pittsburgh Medical Center (décédé en 2021).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Outil d’évaluation fonctionnelle de l’articulation de la cheville (AJFAT) est de fournir une évaluation multidimensionnelle, standardisée et sensible de l’altération fonctionnelle de la cheville chez les patients présentant une instabilité latérale unilatérale consécutive à une ou plusieurs entorses. Lors d’une entorse du ligament collatéral latéral de la cheville (touchant principalement les faisceaux talo-fibulaire antérieur et calcanéo-fibulaire), une proportion importante d’individus (estimée entre 30 % et 70 %) développe un tableau pathologique chronique caractérisé par des épisodes récurrents d’instabilité, de subluxation perçue ou de dérobement complet de l’articulation lors des activités quotidiennes et sportives. Ce phénomène est classiquement décomposé en instabilité mécanique (laxité anatomique mesurable par des tests tiroirs ou des radiographies de stress) et instabilité fonctionnelle (déficit subjectif et sensorimoteur où l’articulation cède malgré une amplitude de mouvement passive parfois normale).
L’AJFAT a été créé pour combler un vide méthodologique majeur dans la littérature des années 1990 : l’absence d’outils autorapportés suffisamment précis pour capturer la composante subjective du contrôle sensorimoteur dynamique. Les échelles orthopédiques génériques existantes (telles que le score AOFAS) étaient largement dominées par des critères chirurgicaux ou anatomiques et présentaient de sévères effets de plafond chez les athlètes ou les individus jeunes et actifs. L’AJFAT cible précisément les perturbations ressenties dans des conditions de mise en charge dynamique et d’incertitude environnementale.
Dans la pratique clinique, l’AJFAT poursuit plusieurs finalités essentielles :
- Dépistage et classification diagnostique : Identifier rapidement les patients atteints d’instabilité fonctionnelle vraie nécessitant des interventions axées sur l’entraînement neuromusculaire, proprioceptif et postural, indépendamment de la présence ou de l’absence d’une hyperlaxité ligamentaire résiduelle.
- Quantification du déficit fonctionnel unilatéral : En permettant la comparaison entre le membre lésé et le membre controlatéral sain (le membre sain servant de référence de base dans la conception théorique de Rozzi), l’AJFAT isole les altérations spécifiques à la cheville pathologique en éliminant les variations individuelles de perception de la douleur ou d’habileté motrice générale.
- Suivi de l’efficacité thérapeutique : Mesurer avec précision les progrès réalisés au cours d’un protocole de rééducation (ex. : biofeedback proprioceptif, entraînement sur plateau instable de Freeman, renforcement excentrique des fibulaires) et objectiver le rétablissement avant l’autorisation de reprise de l’activité sportive (return-to-play).
Sur le plan de la recherche scientifique, l’AJFAT est massivement employé comme instrument de sélection ou de stratification de cohortes. Il permet aux investigateurs de composer des groupes homogènes de sujets présentant une « instabilité fonctionnelle avérée » en appliquant des scores seuils validés, évitant ainsi le biais d’hétérogénéité qui a longtemps affaibli les études biomécaniques portant sur le contrôle postural et l’électromyographie réflexe.
5. Construit psychologique / Construct
L’AJFAT opérationnalise le construit d’incompétence fonctionnelle de la cheville (functional ankle impairment) comme une entité sensorimotrice et comportementale multidimensionnelle. Ce construit ne se limite pas à la simple sensation physique d’inconfort ; il intègre l’interaction dynamique entre les afférences proprioceptives périphériques dégradées, les représentations cognitives d’appréhension (peur de la récidive) et les défaillances motrices effectrices. L’analyse conceptuelle du questionnaire met en lumière quatre domaines constitutifs majeurs :
1. Symptomatologie mécanique et douloureuse basale (Items 1 et 2)
Ce domaine évalue les manifestations physiques primaires résultant du traumatisme tissulaire initial ou de la synovite chronique associée :
- Douleur à la cheville (Item 1) : Mesure l’intensité et la fréquence des sensations nociceptives articulaires lors des sollicitations habituelles. La douleur chronique agit comme un inhibiteur puissant de l’activation musculaire par le mécanisme d’inhibition musculaire arthrogénique (AMI).
- Tuméfaction / Œdème (Item 2) : Évalue la réactivité inflammatoire de l’articulation après mise en charge, témoignant de microtraumatismes répétés sur une capsule articulaire fragilisée.
2. Tolérance aux contraintes environnementales et locomotrices (Items 3 et 6)
Ce sous-construit examine la capacité de la cheville à s’adapter aux modifications non anticipées de l’environnement physique :
- Marche sur terrain accidenté (Item 3) : La marche sur sol inégal requiert une modulation proprioceptive permanente et des micro-ajustements rapides en inversion/éversion. Chez le sujet instable, cette condition génère une insécurité constante et le risque immédiat d’une inversion forcée.
- Descente des escaliers (Item 6) : La descente d’escaliers exige une dorsiflexion sous charge excentrique importante associée à un contrôle postural unipodal transitoire. L’incapacité à accomplir cette tâche traduit une insuffisance de stabilité sagittale et frontale.
3. Performance dynamique sous contraintes motrices élevées (Items 5, 7, 8 et 9)
Ce domaine explore la réserve de puissance musculaire et l’agilité fonctionnelle lors de sollicitations balistiques et multidirectionnelles :
- Force globale de la cheville (Item 5) : Auto-évaluation de la puissance des stabilisateurs dynamiques (notamment les muscles long et court fibulaires, le tibial antérieur et le triceps sural).
- Capacité à courir / jogger (Item 7) : Évaluation de l’impact des forces de réaction au sol répétées et de la phase d’absorption élastique lors de la course linéaire.
- Changements de direction en course (Item 8) : Le « cutting » ou changement de direction brutal impose des contraintes de cisaillement et d’inversion extrêmes sur le complexe talo-crural et sous-talien. C’est l’item le plus sensible pour détecter la défaillance des réflexes d’éversion protectrice.
- Niveau global d’activité (Item 9) : Mesure comportementale de l’impact de l’instabilité sur le maintien ou l’abandon des activités sportives et professionnelles habituelles.
4. Phénoménologie du dérobement et réactivité sensorimotrice (« Rollover ») (Items 4, 10, 11 et 12)
Ce domaine représente le cœur psychométrique distinctif de l’AJFAT en décomposant la cinétique perceptive du « giving way » :
- Sens général de stabilité (Item 4) : Croyance subjective globale et confiance accordée à l’articulation (concept apparenté à l’auto-efficacité spécifique à la tâche motrice).
- Capacité à détecter le moment d’inversion (« rollover ») (Item 10) : Évalue le seuil de sensibilité kinesthésique consciente. Le patient perçoit-il l’amorce de la bascule en inversion avant qu’elle ne devienne irréversible ?
- Capacité à réagir au moment de bascule (Item 11) : Évalue le contrôle neuromusculaire de rétroaction (feedback neuromuscular control). Le patient est-il capable de déclencher une contraction correctrice immédiate des fibulaires pour restaurer la neutralité articulaire ?
- Capacité à reprendre l’activité après un dérobement (Item 12) : Évalue la résilience fonctionnelle et l’absence de sidération motrice ou de douleur invalidante consécutive à l’incident mécanique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’AJFAT s’ancre profondément dans le paradigme neurobiologique et biomécanique de l’instabilité de cheville, dont les fondations historiques remontent aux travaux princeps de M. A. R. Freeman (1965). Freeman fut le premier à formuler l’hypothèse de la désafférentation articulaire (deafferentation hypothesis), postulant que l’entorse de cheville ne lèse pas uniquement le tissu conjonctif collagénique, mais détruit également les mécanorécepteurs articulaires et capsulaires (corpuscules de Ruffini, de Pacini et terminaisons nerveuses libres) logés au sein des ligaments talo-fibulaires.
Cette dénervation mécanique partielle interrompt la boucle afférente proprioceptive projetant sur les centres spinaux et sous-corticaux, induisant un retard substantiel dans le temps de réaction réflexe des muscles éverseurs (principalement le muscle long fibulaire). En conséquence, lorsque le pied heurte une surface instable, le couple protecteur d’éversion arrive trop tard pour contrer le moment d’inversion pathologique, provoquant le phénomène récurrent de « giving way ».
À la fin des années 1990, le laboratoire de Scott Lephart et Susan Rozzi a formalisé le Modèle du Système Sensorimoteur Articulaire (Sensorimotor System Model), intégrant trois niveaux de régulation motrice interactifs :
- Le niveau spinal : Responsable des réflexes myotatiques courts et de la modulation réflexe d’urgence.
- Le niveau du tronc cérébral : Gouvernant le contrôle postural global, l’équilibre et la coordination vestibulo-spinale.
- Le niveau sous-cortical et cortical (moteur et somatosensoriel) : Impliqué dans les programmes moteurs anticipatoires (contrôle feedforward), la pré-activation musculaire préparatoire et la planification cognitive du mouvement.
Ce cadre théorique a par la suite été consolidé par le modèle conceptuel unifié de Jay Hertel (2000, 2002), qui démontre que l’instabilité chronique de la cheville est un état multifactoriel où interagissent des déficiences pathomécaniques (laxité ligamentaire, altérations arthrocinématiques du talus) et des déficiences fonctionnelles (déficits de proprioception, altérations neuromusculaires, déficits du contrôle postural postural postural postural, et inhibition motrice centrale).
L’AJFAT a été délibérément structuré pour refléter cette chaîne sensorimotrice. Plutôt que de mesurer des variables d’atelier statiques, il capture l’expression finale de cette régulation neuro-articulaire : la capacité du patient à adapter son comportement moteur en temps réel. Lorsque l’AJFAT interroge la capacité de « sentir », « réagir » et « récupérer » après un événement de bascule (items 10 à 12), il opérationnalise directement l’efficacité des boucles de rétroaction (feedback loops) et d’anticipation (feedforward mechanisms) décrites par Lephart et Hertel. De plus, l’outil s’articule avec les théories modernes de la peur du mouvement (kinésiophobie) et d’inhibition motrice d’origine centrale, où la perte de confiance subjective en l’articulation contribue directement à la désorganisation du schéma moteur.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’AJFAT ont fait l’objet de nombreuses validations empiriques dans des populations d’athlètes de haut niveau, de militaires et de patients civils souffrant de pathologies musculosquelettiques de la cheville.
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit de l’AJFAT a été établie dès l’étude initiale de Rozzi et al. (1999) en comparant des cohortes de sujets présentant une instabilité fonctionnelle unilatérale de cheville à des cohortes de sujets sains contrôles. Les analyses comparatives (tests t pour échantillons indépendants) ont démontré des différences hautement significatives (p < 0,001) entre les deux groupes. Les sujets atteints d’instabilité présentaient des scores moyens à l’AJFAT considérablement inférieurs (typiquement compris entre 18 et 25 points) par rapport aux sujets sains sans antécédents traumatiques (scores compris entre 42 et 48 points), confirmant que l’outil mesure bien l’incompétence fonctionnelle postulée.
De surcroît, la validité de construit est étayée par la capacité de l’AJFAT à mettre en évidence le déficit asymétrique unilatéral : chez un même individu instable, la cheville pathologique obtient un score significativement abaissé par rapport à la cheville saine controlatérale (différence moyenne intrapersonnelle souvent supérieure à 15 points).
Validité convergente et concourante
La validité convergente de l’AJFAT a été examinée en le corrélant avec d’autres échelles validées d’incapacité de la cheville ainsi qu’avec des mesures biomécaniques objectives en laboratoire :
- Corrélation avec les questionnaires de référence : L’AJFAT présente des corrélations fortes à très fortes avec le Cumberland Ankle Instability Tool (CAIT, r = 0,76 à 0,84) et avec les sous-échelles du Foot and Ankle Ability Measure (FAAM-Sport, r = 0,72 à 0,81). Des corrélations modérées à fortes ont également été observées avec le Foot and Ankle Disability Index (FADI, r > 0,70).
- Corrélations instrumentales biomécaniques : Plusieurs études ont mis en évidence des corrélations statistiquement significatives entre les scores à l’AJFAT et la performance au Star Excursion Balance Test (SEBT) ou au Y-Balance Test, particulièrement dans la direction postéro-médiale (r = 0,45 à 0,60). Des scores réduits à l’AJFAT sont également corrélés à une augmentation de l’aire de déplacement du centre de pression (CoP) lors de tests de posture unipodale sur plateforme de force, objectivant ainsi le lien direct entre perception subjective et instabilité posturale réelle.
Validité discriminante et diagnostique
L’AJFAT démontre une excellente précision diagnostique pour classer les individus dans les catégories fonctionnelles appropriées. Les analyses de courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) révèlent une aire sous la courbe (AUC) oscillant entre 0,88 et 0,94. Le score de coupure le plus fréquemment retenu dans la littérature biomécanique internationale pour caractériser l’instabilité fonctionnelle de la cheville se situe à ≤ 26 points. Un score inférieur ou égal à ce seuil présente une sensibilité d’environ 85 % et une spécificité supérieure à 88 % pour identifier les sujets présentant des épisodes documentés de dérobement articulaire et des déficits sensorimoteurs mesurables.
8. Fidélité / Reliability
La robustesse métrologique de l’AJFAT repose sur une consistance interne élevée et une stabilité temporelle remarquable, attestées par les normes psychométriques internationales.
Consistance interne
La cohérence entre les 12 items du questionnaire a été quantifiée à l’aide de l’alpha de Cronbach dans diverses études indépendantes :
- Dans la publication princeps de Rozzi et al. (1999), l’alpha de Cronbach atteignait 0,82, indiquant une forte homogénéité des items sans redondance excessive.
- Des études subséquentes de validation transculturelle et d’évaluation neuromusculaire ont rapporté des coefficients alpha compris entre 0,79 et 0,89 pour la population globale de patients avec instabilité latérale.
- L’analyse de la corrélation item-total corrigée montre que chaque item contribue positivement au score global, les coefficients de corrélation oscillant entre 0,42 (pour l’œdème/tuméfaction) et 0,78 (pour la détection de la bascule en inversion et les changements de direction). L’omission d’aucun item n’entraîne une augmentation significative de l’alpha global.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La fidélité temporelle de l’AJFAT a été éprouvée sur des intervalles variant de 48 heures à deux semaines chez des sujets stables sur le plan clinique (absence de nouvelle entorse ou d’intervention thérapeutique entre les passations) :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI, modèle à deux facteurs à effets mixtes, consistance absolue) oscille uniformément entre 0,84 et 0,93, démontrant une excellente reproductibilité des scores.
- L’erreur standard de mesure (SEM / Standard Error of Measurement) a été estimée à environ 1,8 à 2,2 points sur l’échelle de 48 points, confirmant la très faible variance attribuable à l’erreur de mesure aléatoire.
- Le changement minimal détectable (MDC / Minimal Detectable Change au seuil de confiance de 95 %) a été établi entre 4,9 et 6,1 points. En pratique clinique, un gain d’au moins 6 points après un programme de rééducation proprioceptive atteste d’une amélioration réelle et objective de l’état fonctionnel du patient, au-delà de la fluctuation de mesure.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle interne de l’AJFAT a fait l’objet d’explorations par analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) afin de clarifier si l’outil opère de manière unidimensionnelle ou pluridimensionnelle.
Structure factorielle exploratoire (AFE)
Les analyses factorielles exploratoires initiales conduites selon la méthode d’extraction en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax) révèlent généralement une solution à deux ou trois facteurs, expliquant ensemble plus de 62 % à 68 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Instabilité dynamique et réactivité au dérobement (« Dynamic Giving Way & Sensorimotor Response »). Ce facteur dominant explique à lui seul 38 % à 44 % de la variance. Il regroupe avec de très fortes saturations (loadings > 0,70) les items 4 (sens de stabilité), 8 (changements de direction), 10 (sensation de bascule), 11 (réaction à la bascule) et 12 (retour à l’activité). Ce bloc factoriel capture l’essence même de l’incompétence neuromusculaire.
- Facteur 2 : Tolérance aux activités de mise en charge et motricité complexe (« Functional Locomotion & High-Demand Tasks »). Expliquant environ 14 % à 18 % de la variance, ce facteur inclut les items 3 (marche en terrain accidenté), 5 (force perçue), 6 (escaliers), 7 (jogging) et 9 (niveau global d’activité), avec des saturations factorielles comprises entre 0,55 et 0,78.
- Facteur 3 : Symptômes inflammatoires et mécaniques locaux (« Mechanical & Physical Symptoms »). Isolé dans certaines modélisations (expliquant environ 8 % à 10 % de la variance), ce facteur résiduel isole les items 1 (douleur) et 2 (tuméfaction). Ces deux items présentent des saturations plus modestes sur le facteur principal de dérobement, ce qui concorde avec la constatation clinique que de nombreux patients souffrant d’instabilité fonctionnelle sévère ne présentent que très peu de tuméfaction ou de douleur de repos.
Modélisation confirmatoire (AFC) et unidimensionnalité pratique
Bien que les analyses factorielles révèlent des sous-composantes conceptuelles cohérentes, les modélisations d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) de second ordre soutiennent la validité d’un facteur général unique de fonctionnement de la cheville qui subsume ces dimensions de premier ordre. Les indices d’ajustement pour un modèle hiérarchique global sont tout à fait satisfaisants (RMSEA ≈ 0,064 ; CFI ≈ 0,94 ; TLI ≈ 0,92 ; SRMR ≈ 0,051).
Par conséquent, l’utilisation clinique et scientifique d’un score composite total unique (sommation de 0 à 48) est pleinement justifiée sur le plan psychométrique, car l’ensemble des items converge vers la mesure intégrée de l’aptitude fonctionnelle de l’articulation sous contraintes.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Outil d’évaluation fonctionnelle de l’articulation de la cheville (AJFAT) présente une architecture standardisée simple facilitant son administration clinique et sa passation en auto-évaluation :
- Nature de l’instrument : Questionnaire autorapporté sur support papier ou informatisé (PROM).
- Nombre d’items : 12 questions fermées rédigées sous forme d’énoncés directs évaluant les limitations actuelles du patient.
- Format des réponses : Échelle ordinale de type Likert à 5 points par item, cotée de façon continue de 0 à 4. Les ancres descriptives varient selon la question pour s’adapter précisément à la tâche (ex. : de « Incapable d’effectuer » [0] à « Aucune difficulté » [4], ou de « Sensation permanente d’instabilité » [0] à « Totalement stable » [4]).
- Calcul du score global : Sommation arithmétique directe des points obtenus aux 12 items. Aucun pondération spécifique n’est appliquée.
- Étendue des scores possibles : Le score total s’échelonne de 0 à 48 points.
- Score de 0 : Incapacité fonctionnelle maximale, dérobements permanents, impotence majeure.
- Score de 48 : Fonctionnalité optimale, cheville stable, absence totale de douleur, reprise complète de toutes les activités sportives de pivot-contact.
- Directives d’interprétation clinique :
- Scores ≤ 26 : Indication forte d’une instabilité fonctionnelle de cheville (CAI/FAI) cliniquement significative nécessitant une prise en charge ciblée.
- Scores entre 27 et 35 : Instabilité modérée ou récupération fonctionnelle partielle.
- Scores > 35 : Fonction de cheville satisfaisante à excellente, cheville considérée comme stable ou réhabilitée.
- Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes pour compléter l’ensemble des questions. La cotation par le praticien requiert moins d’une minute.
- Modalité d’évaluation bilatérale : Dans de nombreux contextes cliniques ou de recherche, le questionnaire est administré pour les deux chevilles (séparément pour le membre atteint et le membre sain) afin d’établir un ratio de symétrie fonctionnelle entre membres inférieurs.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 1999 (présenté initialement dans le cadre des travaux doctoraux de Susan L. Rozzi et publié formellement dans le Journal of Athletic Training).
- Propriété intellectuelle : Développé sous l’égide du Neuromuscular Research Laboratory de l’Université de Pittsburgh. Les droits académiques initiaux appartiennent aux auteurs originaux (Rozzi, Lephart, et al.).
- Statut des licences et tarification : L’AJFAT relève du domaine de la recherche académique ouverte. Il est accessible gratuitement (sans redevance ni coût d’utilisation) pour la recherche clinique, la formation universitaire et la pratique médicale ou kinésithérapique quotidienne.
- Conditions de reproduction et d’usage : L’utilisation dans le cadre d’études scientifiques, de thèses ou de suivi de patients ne nécessite aucune redevance financière, sous réserve expresse de citer formellement la publication princeps de référence (Rozzi et al., 1999). Toute commercialisation ou intégration logicielle propriétaire payante requiert l’autorisation préalable des détenteurs des droits.
12. Références / References
Les publications scientifiques suivantes constituent les références fondamentales relatives à la conception, à la modélisation théorique et à la validation métrologique de l’AJFAT :
- Delahunt, E., Coughlan, G. F., Caulfield, B., Nightingale, E. J., Lin, C. W., & Hiller, C. E. (2010). Inclusion criteria when investigating the functional consequences of lateral ankle sprains: An evidence-based approach. Sports Medicine, 40(6), 429-440. https://doi.org/10.2165/11531120-000000000-00000
- Freeman, M. A. R. (1965). Instability of the foot after injuries to the lateral ligament of the ankle. The Journal of Bone and Joint Surgery. British Volume, 47-B(4), 669-677. https://doi.org/10.1302/0301-620X.47B4.669
- Hertel, J. (2000). Functional instability following lateral ankle sprain. Sports Medicine, 29(5), 361-371. https://doi.org/10.2165/00007256-200029050-00005
- Hertel, J. (2002). Functional anatomy, pathomechanics, and pathophysiology of lateral ankle instability. Journal of Athletic Training, 37(4), 364-375. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC164367/
- Hiller, C. E., Refshauge, K. M., Bundy, A. C., Herbert, R. D., & Kilbreath, S. L. (2006). The Cumberland Ankle Instability Tool: A report of validity and reliability testing. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 87(9), 1235-1241. https://doi.org/10.1016/j.apmr.2006.05.022
- Lephart, S. M., Pincivero, D. M., Giraldo, J. L., & Fu, F. H. (1997). The role of proprioception in the management and rehabilitation of athletic injuries. The American Journal of Sports Medicine, 25(1), 130-137. https://doi.org/10.1177/036354659702500126
- Rozzi, S. L., Lephart, S. M., Sterner, R., & Kuligowski, L. (1999). Balance training for persons with functionally unstable ankles. Journal of Athletic Training, 34(4), 378-386. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1323358/
- Wikstrom, E. A., Tillman, M. D., Chmielewski, T. L., & Borsa, P. A. (2007). Measurement properties of selected clinical functional assessment tools for individuals with chronic ankle instability. Journal of Athletic Training, 42(4), 485-494. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2140075/