1. Résumé / Abstract
L’Outil d’audit analytique et outil d’audit par liste de contrôle (connus en anglais sous les dénominations Analytic Audit Tool et Checklist Audit Tool) constituent une batterie méthodologique d’évaluation environnementale développée par Ross C. Brownson et ses collaborateurs en 2004 au sein du Prevention Research Center de l’Université de Saint-Louis. Conçus pour opérationnaliser la mesure directe des caractéristiques micro-environnementales de l’espace public urbain influençant l’activité physique, ces deux instruments standardisés permettent de quantifier les attributs du cadre bâti au niveau du segment de rue (street segment). L’instrument se décline en deux formats complémentaires : une version analytique (Analytic Audit Tool), recourant à des échelles de type Likert en 4 points et à des catégories ordinales fines pour mesurer les nuances qualitatives et quantitatives des aménagements, et une version sous forme de liste de contrôle (Checklist Audit Tool), structurée selon des formats de réponse dichotomiques (Oui / Non) privilégiant la rapidité de passation et la réduction de la charge cognitive des observateurs de terrain.
Composés de 26 items cibles évaluant 7 domaines fondamentaux du cadre bâti (l’environnement de l’utilisation des sols, l’environnement de transport, les infrastructures pour la marche et le cyclisme, l’esthétique et l’entretien, le désordre physique, l’environnement social et l’attractivité globale du segment), ces instruments ont fait l’objet d’une validation psychométrique rigoureuse dans l’agglomération de Saint-Louis, Missouri, sur 147 segments de rue stratifiés selon le niveau socio-économique. Les évaluations de fidélité inter-juges révèlent des niveaux de concordance substantiels à quasi-parfaits pour les caractéristiques physiques tangibles (coefficients kappa de Cohen compris entre 0,60 et 0,90 et accords observés souvent supérieurs à 80 %), tandis que les construits plus subjectifs relatifs à l’esthétique et au désordre physique présentent une fidélité modérée (kappa entre 0,35 et 0,65). Cet article propose une analyse psychométrique, conceptuelle et méthodologique exhaustive de ces deux outils fondateurs dans l’épidémiologie environnementale de l’activité physique.
2. Mots-clés / Keywords
Audit environnemental, cadre bâti, activité physique, marchabilité, cyclabilité, fidélité inter-juges, kappa de Cohen, épidémiologie comportementale, urbanisme et santé publique, outil d’audit analytique, liste de contrôle, micro-environnement urbain, modèle socio-écologique.
3. Auteurs / Authors
Les instruments ont été conçus et validés par une équipe interdisciplinaire de chercheurs en santé publique, épidémiologie, urbanisme et biostatistique :
- Ross C. Brownson, PhD : Professeur émérite en santé publique, Prevention Research Center, Brown School et Division of Public Health Sciences, Faculté de médecine de l’Université Washington à Saint-Louis (auparavant à la Saint Louis University School of Public Health), Saint-Louis, Missouri, États-Unis. Spécialiste mondial de l’épidémiologie translationnelle et des déterminants environnementaux de la santé.
- Laura K. Brennan Ramirez, PhD, MPH : Chercheure associée, Department of Community Health, Saint Louis University School of Public Health, Saint-Louis, Missouri, États-Unis. Experte en interventions communautaires et promotion de l’activité physique.
- Christine M. Hoehner, PhD, MSPH : Épidémiologiste, Prevention Research Center, Saint Louis University School of Public Health, Saint-Louis, Missouri, États-Unis. Spécialiste des mesures du cadre bâti et de l’évaluation des transports actifs.
- Rebecca A. Cook, MS : Coordinatrice de recherche, Prevention Research Center, Saint Louis University School of Public Health, Saint-Louis, Missouri, États-Unis.
- Mark B. Elliott, PhD : Biostatisticien, Saint Louis University School of Public Health, Saint-Louis, Missouri, États-Unis.
- Kathleen M. McMullen, MS : Analyste de données et statisticienne, Prevention Research Center, Saint Louis University School of Public Health, Saint-Louis, Missouri, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
La sédentarité constitue l’un des facteurs de risque majeurs pour les pathologies non transmissibles telles que les cardiopathies ischémiques, le diabète de type 2, certains cancers et les troubles métaboliques. Traditionnellement, la recherche en psychologie de la santé et en épidémiologie comportementale a privilégié une approche individualiste, centrée sur les variables cognitives, volitionnelles et motivationnelles (auto-efficacité, intentions, stades de changement). Toutefois, les modèles contemporains reconnaissent que les comportements moteurs individuels sont puissamment conditionnés, facilités ou contraints par la configuration physique des espaces de vie quotidiens. L’Outil d’audit analytique et l’Outil d’audit par liste de contrôle ont été développés afin de combler une lacune méthodologique critique : l’absence d’instruments de mesure standardisés, fidèles et systématiques capables de quantifier les caractéristiques micro-environnementales des rues qui encouragent ou inhibent la marche et le vélo.
Avant l’émergence de ces instruments d’audit de terrain, la caractérisation du cadre bâti reposait principalement soit sur des questionnaires d’auto-évaluation (soumis à d’importants biais de mémoire, de désirabilité sociale ou de perception idiosyncrasique), soit sur des bases de données macro-environnementales issues de systèmes d’information géographique (SIG). Bien que les SIG soient efficaces pour capturer la connectivité globale du réseau viaire, la densité résidentielle ou la superficie des espaces verts, ils échouent systématiquement à saisir les éléments micro-échelle décisifs pour l’expérience du piéton : présence d’obstacles sur les trottoirs, fissuration des surfaces de marche, hauteur et type de bordures, qualité de l’éclairage nocturne, canopée végétale offrant de l’ombre, ou encore présence d’incivilités visibles (détritus, bris de verre, graffitis).
Les objectifs fondamentaux de ces deux outils sont quadruples :
- Fournir une méthode d’observation directe standardisée : Établir des protocoles d’évaluation in situ permettant à des évaluateurs indépendants (professionnels ou citoyens formés) de consigner de manière objective les attributs physiques de segments de rue clairement délimités.
- Comparer la performance métrologique de deux formats de réponse : La création simultanée de la version « analytique » (graduations ordinales fines et échelles de Likert en 4 points) et de la version « liste de contrôle » (indicateurs dichotomiques présence/absence) visait explicitement à tester le compromis épistémologique entre la granularité de l’information recueillie et la fidélité inter-observateurs ou la rapidité d’exécution.
- Alimenter la recherche translationnelle et les interventions d’urbanisme tactique : Mettre à la disposition des urbanistes, des décideurs municipaux et des acteurs de santé publique des données spatiales micro-locales précises pour cibler les réaménagements prioritaires des voiries (apaisement de la circulation, installation de passages piétons sécurisés, plantations d’arbres d’alignement).
- Explorer les disparités d’équité environnementale : Permettre la comparaison rigoureuse des caractéristiques du cadre bâti entre quartiers à revenus élevés et quartiers défavorisés, afin de documenter les injustices spatiales en matière d’infrastructures récréatives et de sécurité piétonne.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique et comportemental global sous-jacent aux outils d’audit de Brownson et ses collègues est la marchabilité et cyclabilité environnementale perçue et objective (environmental walkability and bikeability), envisagée comme un ensemble de contingences environnementales matérielles guidant l’agentivité humaine. Le modèle opérationnalise sept dimensions fondamentales réparties sur 26 variables clés :
1. L’environnement de l’utilisation des sols (Land Use Environment)
Cette dimension mesure la composition fonctionnelle du segment urbain. Elle évalue la mixité des usages du sol, incluant la vocation prédominante (résidentielle, commerciale, industrielle, institutionnelle, récréative ou friche/agricole) ainsi que la présence d’usages secondaires. En psychologie environnementale, une grande diversité fonctionnelle agit comme un puissant déclencheur comportemental : elle réduit les distances d’accès aux services essentiels et offre des « ancres de destination » incitant les résidents à substituer les déplacements automobiles par des modes actifs.
2. L’environnement de transport et la dynamique viaire (Transportation Environment)
Ce domaine englobe la morphologie et la typologie de la voirie : classification de la rue (cul-de-sac, rue locale, voie collectrice, artère majeure, autoroute), nombre de voies de circulation automobile, débit de trafic (faible, moyen, élevé), limitation de vitesse affichée, et présence de dispositifs physiques de modération de la circulation (ralentisseurs, dos-d’âne, îlots médians, chicanes, avancées de trottoir). Du point de vue psycho-cognitif, ces caractéristiques déterminent la perception du risque de collision, la charge mentale liée à la traversée et le sentiment de sécurité routière, éléments indispensables pour autoriser le passage à l’acte piétonnier, en particulier chez les populations vulnérables (enfants, personnes âgées).
3. Les infrastructures pour la marche et le cyclisme (Facilities for Walking and Bicycling)
Il s’agit du cœur infrastructurel dédié aux mobilités douces. Ce construit examine la présence physique de trottoirs (aucun, sur un seul côté, sur les deux côtés), leur continuité le long du segment (absence d’interruptions brusques), leur largeur (inférieure à 3 pieds, de 3 à 5 pieds, ou supérieure à 5 pieds), leur état mécanique d’entretien (mauvais, passable, bon, excellent), ainsi que la présence d’une zone tampon végétale ou physique entre la chaussée et le trottoir. Pour le vélo, il audite la présence d’aménagements cyclables dédiés ou partagés, et de dispositifs de stationnement pour cycles. Au plan psychologique, ces attributs structurent l’« affordance » directe de la mobilité piétonne et cycliste en garantissant un espace d’évolution dédié, stable et séparé des flux motorisés rapides.
4. Les équipements récréatifs et destinations d’intérêt (Recreational Facilities and Destinations)
Ce volet identifie la présence d’équipements sportifs et de loisirs publics (parcs, terrains de jeux, sentiers, complexes sportifs) ou privés (centres de conditionnement physique, studios de danse, dojos), d’aménagements complémentaires (piscines, courts de tennis, paniers de basket), et de destinations institutionnelles ou commerciales d’intérêt (commerces de proximité, écoles, bureaux de poste, bibliothèques, lieux de culte). Ces éléments constituent les inducteurs motivationnels de l’activité physique à visée utilitaire ou récréative.
5. La sécurité piétonne et les dispositifs de traversée (Pedestrian Safety and Crosswalks)
Cette dimension mesure les dispositifs formels régulant l’interaction piétons-véhicules : présence de passages piétons matérialisés au sol (aux intersections ou en section courante), signalétique lumineuse dédiée avec décompte numérique du temps de traversée, et qualité de l’éclairage public nocturne (aucun, faible, moyen, abondant). Ces caractéristiques régulent l’anxiété liée à la traversée et conditionnent la marchabilité nocturne en modulant la visibilité mutuelle.
6. L’esthétique, le confort végétal et l’entretien (Aesthetics and Maintenance)
L’attractivité visuelle et sensorielle de l’environnement immédiat est opérationnalisée par la densité du couvert arboré (arbres d’alignement offrant une canopée et de l’ombre) et le niveau de maintenance architecturale des bâtiments (état des façades, peintures, toitures, fenêtres). Les recherches en neuro-esthétique et psychologie restauratrice démontrent que la présence d’éléments biophiles (arbres, végétation) atténue la fatigue attentionnelle et amplifie l’affect positif associé à la déambulation extérieure.
7. Le désordre physique et social (Physical Disorder and Social Vulnerability)
Ce construit capture les marqueurs visibles de dégradation matérielle : présence de détritus, de déchets sauvages, de débris de verre brisé, et présence de graffitis non artistiques sur les infrastructures. En psychologie sociale et environnementale, le désordre physique agit comme un signal implicite de déliquescence du contrôle social informel, stimulant la peur du crime et réduisant drastiquement la propension des individus à fréquenter l’espace public à pied.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Les outils d’audit développés par Brownson et al. s’inscrivent à la convergence de plusieurs cadres paradigmatiques majeurs issus de la psychologie, de l’écologie du comportement et de la sociologie urbaine :
Le modèle socio-écologique de la santé
Inspiré des travaux séminaux d’Urie Bronfenbrenner (1979) et adapté aux comportements de santé par Kenneth R. McLeroy et al. (1988), puis formalisé pour l’activité physique par James F. Sallis et Neville Owen, le modèle socio-écologique postule que les comportements humains sont déterminés par des influences réciproques situées à multiples niveaux systémiques : intrapersonnel (biologie, psychologie), interpersonnel (soutien social, normes familiales), organisationnel, communautaire, et macro-environnemental (politiques publiques et cadre bâti). Les outils d’audit analytique et de liste de contrôle opérationnalisent précisément le niveau micro-environnemental de l’écologie comportementale, affirmant que les interventions individuelles restent inopérantes si l’environnement physique immédiat impose des barrières matérielles insurmontables.
La théorie des affordances de Gibson
Développée par le psychologue perceptif James J. Gibson (1979), la théorie des affordances stipule que les organismes perçoivent leur environnement non pas en termes d’objets abstraits, mais en termes de possibilités directes d’action offertes par les configurations spatiales. Un trottoir large, continu et séparé de la chaussée par une bande tampon offre une « affordance de marche sûre », tandis qu’une absence de trottoir bordée de voies à haute vitesse génère une affordance négative ou d’évitement. L’audit analytique documente minutieusement la présence de ces affordances physiques comportementales.
La théorie des vitres brisées et le modèle CPTED
La dimension relative au désordre physique et à l’entretien du bâti puise ses fondements conceptuels dans la théorie des vitres brisées (Broken Windows Theory) formalisée par James Q. Wilson et George L. Kelling (1982), ainsi que dans l’approche du Crime Prevention Through Environmental Design (CPTED) théorisée par C. Ray Jeffery et Oscar Newman (concept d’espace défendable). Selon cette perspective, les signes visibles d’incivilités (détritus, vitres brisées, graffitis, éclairage déficient) signalent l’abandon de l’espace public et la tolérance à la déviance. Cela amplifie l’insécurité ressentie chez les piétons, entraînant le repli domestique, la désertion des trottoirs et, par rétroaction systémique, une dégradation accrue de la sécurité réelle par disparition de la surveillance naturelle (« les yeux sur la rue » théorisés par Jane Jacobs).
La psychologie restauratrice et la théorie de la récupération attentionnelle
L’inclusion de la couverture arborée et de l’attractivité paysagère repose sur l’Attention Restoration Theory (ART) de Rachel et Stephen Kaplan (1989) ainsi que sur la théorie du stress recovery d’Ulrich. Les micro-éléments naturels intégrés au segment de rue (canopée végétale, alignements d’arbres) diminuent la fatigue cognitive des citadins et rendent l’effort physique intrinsèquement gratifiant, favorisant la persistance des comportements de déplacement actif.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique des deux outils d’audit a été établie par Brownson et ses collaborateurs à travers plusieurs phases empiriques rigoureuses :
Validité de contenu (Content Validity)
La sélection initiale des items a reposé sur une revue exhaustive de la littérature scientifique en épidémiologie, en génie du transport et en aménagement urbain, complétée par une extraction d’outils d’audit préexistants et la consultation d’un panel d’experts multidisciplinaires (urbanistes, architectes paysagistes, psychologues de la santé, spécialistes de la sécurité routière). Ce processus a garanti que toutes les dimensions critiques du micro-environnement physique susceptibles de contraindre ou de catalyser l’activité physique étaient adéquatement représentées dans les 26 indicateurs retenus.
Validité de construit (Construct Validity)
La validité de construit a été documentée en examinant la capacité des instruments à discriminer les segments de rue selon des contextes socio-économiques hétérogènes. L’étude de validation princeps menée à Saint-Louis (Missouri) a sélectionné 147 segments de rue stratifiés en quartiers à revenus élevés versus quartiers défavorisés. Les résultats ont démontré que les scores d’audit différenciaient statistiquement de façon significative ces environnements : les segments des quartiers à faible revenu présentaient des scores de désordre physique (détritus, verres brisés), de graffitis et de détérioration du bâti significativement plus élevés, ainsi qu’une moindre qualité des trottoirs, confirmant la sensibilité de l’instrument aux disparités spatiales objectives.
Validité convergente et concurrente
La convergence métrologique a été attestée par des comparaisons croisées entre les données issues des audits de terrain et les bases de données institutionnelles de SIG (cadastre, réseaux viaires du département des transports). Des corrélations substantielles ont été observées pour les items géométriques et typologiques objectifs (tels que la classification de la rue, le nombre de voies de circulation et la présence d’espaces verts contigus, avec des coefficients de corrélation r dépassant 0,75). En outre, la concordance entre la version analytique et la version liste de contrôle s’est révélée élevée pour la grande majorité des indicateurs physiques partagés, démontrant que les deux déclinaisons mesurent le même construit latent.
Validité prédictive (ou critère)
Dans des études de suivi épidémiologique associées aux travaux du Prevention Research Center, les scores agrégés des segments de rue (notamment l’attractivité générale, l’absence de désordre physique et la continuité des trottoirs) ont démontré une association prédictive statistiquement significative avec le volume hebdomadaire de marche rapporté par les résidents dans les enquêtes de santé communautaire, même après contrôle des variables sociodémographiques individuelles (âge, sexe, revenu, niveau d’éducation).
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation métrologique centrale de l’étude de Brownson et al. (2004) a porté sur la fidélité inter-observateurs (inter-rater reliability), déterminée par le ré-audit systématique des 147 segments de rue par des binômes d’observateurs indépendants ayant arpenté le terrain à des moments comparables.
Statistiques d’accord inter-juges
La fidélité a été quantifiée à l’aide du pourcentage d’accord absolu (percent agreement) et du coefficient kappa de Cohen ($kappa$) pour les variables catégorielles et dichotomiques, ainsi que du coefficient kappa pondéré ($\kappa_w$) pour les échelles ordinales à 4 points. Les résultats ont révélé une structure de fidélité différenciée selon la nature objective versus évaluative des items :
- Infrastructures physiques objectives et types de voies : Les variables purement morphologiques ont présenté des niveaux de fidélité quasi-parfaits à substantiels. La présence de trottoirs ($kappa = 0,80$ à $0,89$), le type de rue ($kappa = 0,78$ à $0,86$), le nombre de voies de circulation ($kappa > 0,85$), et l’usage prédominant du sol ($kappa = 0,70$ à $0,82$) ont affiché des pourcentages d’accord inter-juges variant entre 82 % et 96 %.
- Équipements récréatifs et de traversée : La détection des feux pour piétons, des panneaux de signalisation, des passages piétons matérialisés et des installations cyclables a obtenu des coefficients kappa compris entre 0,65 et 0,84, traduisant une fidélité robuste.
- Éléments subjectifs, esthétiques et d’incivilités : Les variables requérant un jugement perceptif plus nuancé ont produit une fidélité modérée. L’évaluation de l’état du trottoir (qualité mauvaise/passable/bonne/excellente) a obtenu des coefficients kappa de 0,45 à 0,60 ; la présence de détritus et de verres brisés a oscillé entre $kappa = 0,40$ et $0,58$ ; le niveau d’ombrage/canopée arborée s’est établi entre $kappa = 0,48$ et $0,65$ ; l’attractivité globale du segment pour la marche ou le vélo a généré des kappa de 0,38 à 0,52 (avec néanmoins un accord brut proche de 70-75 % en autorisant une tolérance d’un point sur l’échelle de Likert).
Comparaison de la fidélité : Outil Analytique vs Liste de Contrôle
L’analyse comparative des deux formats de mesure a mis en évidence des résultats méthodologiques majeurs :
- Pour les items dichotomiques purs de la liste de contrôle (Oui / Non), les accords bruts étaient systématiquement plus élevés (fréquemment $> 88 %$), et les coefficients kappa se sont avérés supérieurs ou égaux à ceux de la version analytique pour les attributs binaires (ex. présence de trottoir, présence de marquage vélo).
- Cependant, pour les construits multidimensionnels (ex. entretien du bâti, propreté), l’outil analytique, bien qu’affichant un kappa non pondéré légèrement plus bas en raison du nombre supérieur de catégories de réponse, a fourni une variance d’échantillonnage beaucoup plus informative pour les analyses de régression ultérieures.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
En psychométrie appliquée à l’audit du cadre bâti, les données collectées au niveau du segment de rue présentent des caractéristiques singulières qui diffèrent des échelles d’attitudes psychologiques traditionnelles : elles sont spatialement dépendantes (autocorrélation spatiale) et regroupent des indicateurs causaux (modèle d’indicateurs formatifs plutôt que réflectifs). Néanmoins, des analyses factorielles exploratoires (AFE) et des analyses en composantes principales (ACP) ont été menées par les équipes épidémiologiques pour examiner la structure latente des 26 items d’audit :
Modèle factoriel exploratoire
L’application d’une ACP avec rotation varimax sur les données standardisées des segments a généralement permis d’extraire entre 5 et 7 facteurs principaux expliquant plus de 60 % de la variance totale du cadre bâti :
- Facteur 1 : Piétonnisation et sécurité des infrastructures de marche (Pedestrian Infrastructure) — Saturations élevées sur la présence de trottoirs continuous ($> 0,78$), la largeur des trottoirs ($> 0,72$), la présence de zones tampons ($> 0,65$) et les passages piétons matérialisés ($> 0,60$).
- Facteur 2 : Charge et agressivité du trafic automobile (Traffic Burden) — Saturations positives sur le nombre de voies de circulation ($> 0,81$), le débit perçu de circulation ($> 0,76$) et la vitesse limite affichée ($> 0,70$), avec des saturations négatives sur les dispositifs d’apaisement du trafic.
- Facteur 3 : Désordre environnemental et dégradation physique (Physical Incivilities) — Saturations dominantes sur la présence de détritus/verre brisé ($> 0,83$), la présence de graffitis ($> 0,79$) et un mauvais entretien du bâti ($> 0,68$).
- Facteur 4 : Mixité fonctionnelle et attractivité des destinations (Land Use Destination Density) — Saturations sur les destinations d’intérêt ($> 0,74$), la mixité commerciale/institutionnelle ($> 0,71$) et les équipements récréatifs publics ($> 0,63$).
- Facteur 5 : Ambiance naturelle et aménité esthétique (Greenery & Aesthetics) — Saturations sur la canopée arborée ($> 0,82$) et l’attractivité globale du segment ($> 0,75$).
Structure formative vs réflective
Les modélisateurs en biostatistique soulignent que plusieurs sous-échelles d’audit (ex. les aménagements récréatifs ou les destinations) fonctionnent comme des construits formatifs : la présence d’une école et celle d’un bureau de poste ne découlent pas nécessairement d’un trait latent unique sous-jacent (comme ce serait le cas de l’anxiété ou de l’extraversion), mais constituent la cause additive directe de l’opportunité de marche. Par conséquent, les indices sommaires de domaine calculés par sommation arithmétique ou pondération factorielle sont couramment préférés aux modèles d’équations structurelles réflectifs purs lors des analyses de régression multi-niveaux.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un protocole d’observation directe structuré, administré par des observateurs formés parcourant physiquement à pied chaque segment de rue défini (portion de voie publique comprise entre deux intersections successives) :
- Format d’administration : Observation directe in situ par crayon-papier ou saisie numérique sur tablette/smartphone ; audit systématique des deux côtés de la rue.
- Nombre d’items : 26 items cibles standardisés explorant 7 domaines environnementaux majeurs.
- Versions disponibles :
- Analytic Audit Tool (Version analytique) : Recourt à des échelles ordinales de type Likert en 4 points pour évaluer les nuances qualitatives et quantitatives (ex. : None, A little, Some, A lot ; ou Poor, Fair, Good, Excellent) complétées par des catégorisations morphologiques multicatégorielles spécifiques.
- Checklist Audit Tool (Version liste de contrôle) : Recourt à un formatage binaire dichotomique (Yes / No) pour déterminer la présence ou l’absence d’éléments environnementaux tangibles, garantissant une passation rapide.
- Échelle de réponse authentique (Mandatory Response Scale) :
- Analytic tool : 4-point ordinal/Likert-type scales (e.g., None, A little, Some, A lot; or Poor, Fair, Good, Excellent) and categorical ratings.
- Checklist tool : Dichotomous (Yes / No).
- Durée de passation : Environ 8 à 15 minutes par segment de rue pour l’outil analytique ; environ 3 à 7 minutes par segment pour la liste de contrôle.
- Cotation et scoring : Deux approches analytiques sont standardisées :
- Analyse par item individuel : Évaluation item par item pour les modélisations environnementales désagrégées.
- Indices sommaires de domaine : Sommation des items préalablement standardisés ou recodés au sein des 7 domaines primaires (Utilisation des sols, Transport, Infrastructures piétonnes/cyclables, Esthétique et entretien, Désordre physique, Environnement social, Attractivité globale).
- Formation des évaluateurs : Protocole standardisé de formation de 4 à 8 heures comprenant une session théorique sur manuel de codage, une calibration sur photographies étalons, et un audit pratique d’entraînement sur des segments tests avec calcul de fidélité inter-juges préalable au déploiement opérationnel.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2004.
- Propriété intellectuelle et droits : L’outil d’audit analytique et l’outil d’audit par liste de contrôle ont été développés dans le cadre de projets financés par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et la fondation Robert Wood Johnson (via le programme Active Living Research).
- Tarifs et licence : Les deux instruments sont dans le domaine public académique (Open Access / Libre d’accès). Ils sont mis gratuitement à la disposition des chercheurs, des étudiants, des municipalités et des organisations communautaires sans droits d’enregistrement ni redevances financières.
- Conditions d’utilisation : Utilisation libre pour les travaux scientifiques, éducatifs et d’urbanisme public, sous condition expresse de citation formelle de la publication princeps de référence (Brownson et al., 2004).
12. Références / References
- Brownson, R. C., Hoehner, C. M., Brennan, L. K., Cook, R. A., Elliott, M. B., & McMullen, K. M. (2004). Reliability of 2 instruments for auditing the environment for physical activity. Journal of Physical Activity and Health, 1(3), 191–208. https://doi.org/10.1123/jpah.1.3.191
- Brownson, R. C., Chang, J. J., Eyler, A. A., Ainsworth, B. E., Kirtland, K. A., Saelens, B. E., & Sallis, J. F. (2004). Measuring the environment for friendliness toward physical activity: A comparison of the reliability of 3 questionnaires. American Journal of Public Health, 94(3), 473–483. https://doi.org/10.2105/ajph.94.3.473
- Gibson, J. J. (1979). The ecological approach to visual perception. Houghton Mifflin.
- Jacobs, J. (1961). The death and life of great American cities. Random House.
- Kaplan, R., & Kaplan, S. (1989). The experience of nature: A psychological perspective. Cambridge University Press.
- McLeroy, K. R., Bibeau, D., Steckler, A., & Glanz, K. (1988). An ecological perspective on health promotion programs. Health Education Quarterly, 15(4), 351–377. https://doi.org/10.1177/109019818801500401
- Sallis, J. F., Cervero, R. B., Ascher, W., Henderson, K. A., Kraft, M. K., & Kerr, J. (2006). An ecological approach to creating active living communities. Annual Review of Public Health, 27, 297–322. https://doi.org/10.1146/annurev.publhealth.27.021405.102100
- Wilson, J. Q., & Kelling, G. L. (1982). Broken windows: The police and neighborhood safety. The Atlantic Monthly, 249(3), 29–38.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Formats:
Analytic tool: 4-point ordinal/Likert-type scales (e.g., None, A little, Some, A lot; or Poor, Fair, Good, Excellent) and categorical ratings.
Checklist tool: Dichotomous (Yes / No).
- Predominant land use
Options: Residential, Commercial, Industrial, Institutional, Natural/Park, Vacant/Agricultural - Other land uses present
Options: Residential, Commercial, Institutional, Park/Recreational - Public recreation facility present
Options: Parks, Playgrounds, Trails, Sports facilities - Private recreation facility present
Options: Fitness centers, Dance studios, Martial arts - Other physical activity amenities
Options: Swimming pool, Tennis court, Basketball hoop - Destinations of interest
Options: Stores, Schools, Post office, Library, Places of worship - Street type
Options: Cul-de-sac, Local street, Collector, Arterial, Highway - Number of driving lanes
Options: 1-2 lanes, 3-4 lanes, 5+ lanes - Traffic volume
Options: Low, Medium, High - Posted speed limit
Options: <=25 mph, 30-35 mph, >=40 mph - Traffic calming devices present
Options: Speed humps, Traffic circles, Curb extensions, Chicanes - Street lighting
Options: None, A little, Some, A lot - Marked pedestrian crosswalks
Options: None, At some intersections, At all intersections - Pedestrian walk signals / countdown timers present
Options: Yes / No - Sidewalk presence
Options: None, One side, Both sides of street - Sidewalk continuous throughout segment
Options: Yes / No - Sidewalk condition / quality
Options: Poor, Fair, Good, Excellent - Sidewalk width
Options: Narrow <3 ft, Standard 3-5 ft, Wide >5 ft - Buffer/strip between sidewalk and street
Options: None, Present on one side, Present on both sides - Designated bicycle lanes or marked shared-lane markings
Options: Yes / No - Bicycle parking racks/facilities
Options: None, A few, Many - Physical disorder / litter / broken glass
Options: None, A little, Some, A lot - Graffiti presence
Options: None, A little, Some, A lot - Building maintenance / condition
Options: Poor, Fair, Good, Excellent - Tree canopy / shade along street
Options: None, A little, Some, A lot - Overall segment attractiveness for walking/cycling
Options: Poor, Fair, Good, Excellent