{n « title »: « Échelle d’orientation vers le bonheur (OTH) »,n « content »: «
1. Résumé / Abstract
\n
L’Échelle d’orientation vers le bonheur (Orientations to Happiness Scale, OTH), développée par Christopher Peterson, Nansook Park et Martin E. P. Seligman en 2005, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents dans le domaine de la psychologie positive contemporaine. Conçue pour opérationnaliser la théorie du bonheur authentique (Authentic Happiness Theory) formulée par Seligman (2002), cette échelle évalue les voies distinctes mais complémentaires par lesquelles les individus recherchent et réalisent leur épanouissement personnel. L’outil comprend 18 items auto-rapportés répartis équitablement en trois sous-échelles fondamentales comportant chacune six items : la voie du plaisir (l’hédonisme, orienté vers la maximisation des affects positifs et la satisfaction sensorielle immédiate), la voie de l’engagement (l’expérience optimale ou le flow théorisée par Mihaly Csikszentmihalyi, caractérisée par une immersion totale et l’absorption psychologique dans l’activité) et la voie du sens (l’eudémonisme, articulée autour de la poursuite d’objectifs transcendants, du sentiment de cohérence existentielle et du service rendu à une entité supérieure ou à la collectivité).
\n
Les répondants évaluent dans quelle mesure chaque énoncé leur correspond sur une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 1 (« Me ressemble tout à fait » / Very Much Like Me) à 5 (« Ne me ressemble pas du tout » / Not Like Me) — souvent inversée numériquement dans les contextes francophones (1 = pas du tout à 5 = tout à fait) pour faciliter l’interprétation linéaire des scores dimensionnels. Les propriétés psychométriques établies dans la publication princeps et corroborées par de multiples réplications transculturelles (Park, Peterson, & Ruch, 2009) démontrent une consistance interne satisfaisante à excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,77 et 0,84 pour le plaisir, entre 0,72 et 0,78 pour l’engagement, et entre 0,82 et 0,88 pour le sens. L’analyse factorielle confirmatoire atteste d’une structure tri-factorielle robuste et stable à travers les cultures, montrant que ces orientations ne sont pas mutuellement exclusives mais orthogonales, permettant de conceptualiser le profil de la « vie pleine » (full life) lorsque les trois orientations sont conjointement élevées.
\n\n
2. Mots-clés / Keywords
\n
Orientations to Happiness, Psychologie positive, Bonheur authentique, Hédonisme, Eudémonisme, Flow, Expérience optimale, Sens de la vie, Évaluation psychométrique, Satisfaction de vie, Bien-être subjectif, Martin Seligman, Christopher Peterson, Validité transculturelle.
\n\n
3. Auteurs / Authors
\n
L’échelle des orientations vers le bonheur a été conçue et validée par une équipe de chercheurs pionniers de la psychologie positive empirique :
\n
- \n
- Christopher Peterson, Ph.D. (1950–2012) : Ancien professeur émérite de psychologie à l’Université du Michigan (Ann Arbor, États-Unis), co-fondateur du mouvement de la psychologie positive avec Martin Seligman et directeur scientifique de la classification des forces de caractère VIA (Values in Action).
- Nansook Park, Ph.D. : Professeure titulaire de psychologie et directrice du Michigan Positive Psychology Center à l’Université du Michigan (Ann Arbor, États-Unis). Spécialiste du développement positif, des forces de caractère chez l’enfant et l’adulte, et des dimensions transculturelles du bien-être. Courriel institutionnel :
sh [email protected]. - Martin E. P. Seligman, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie (titulaire de la chaire Zellerbach Family) et directeur du Positive Psychology Center à l’Université de Pennsylvanie (Philadelphie, États-Unis), ancien président de l’American Psychological Association (APA). Courriel institutionnel :
[email protected].
\n
\n
\n
\n\n
4. Objectif / Purpose
\n
L’objectif fondamental de l’Échelle d’orientation vers le bonheur est de fournir aux chercheurs, cliniciens et praticiens des sciences humaines une mesure standardisée, brève et psychométriquement rigoureuse des stratégies motivationnelles et cognitives adoptées par les individus pour rechercher le bien-être. Historiquement, la psychologie et la philosophie ont souvent débattu de la nature même du bonheur, l’opposant principalement entre les perspectives hédonistes (Aristippe de Cyrène, Épicure, Jeremy Bentham) et eudémonistes (Aristote). Seligman et ses collègues ont cherché à transcender cette dichotomie stérile en postulant que le bien-être optimal n’est pas réductible à un construit unidimensionnel, mais résulte de l’articulation de routes indépendantes : la recherche de sensations agréables (la vie agréable), l’engagement psychologique profond dans les activités courantes (la vie engagée) et la poursuite d’objectifs pourvus de transcendance morale et sociale (la vie pleine de sens).
\n
Sur le plan de la justification théorique, l’OTH vise à déterminer si certaines voies vers le bonheur sont plus efficientes que d’autres pour prédire des résultats adaptatifs durables, en premier lieu la satisfaction de vie globale (telle que mesurée par l’échelle SWLS d’Ed Diener). L’évaluation permet de diagnostiquer si un sujet privilégie une stratégie exclusive ou équilibrée, ouvrant la voie à des profils empiriques détaillés : la « vie vide » (empty life, caractérisée par des scores faibles sur les trois axes), la « vie hédoniste pure », la « vie engagée pure », la « vie signifiante pure », et surtout la « vie pleine » (full life), où l’individu capitalise simultanément sur les trois piliers.
\n
Sur le plan des applications appliquées et de la recherche clinique :
\n
- \n
- Psychologie clinique et psychothérapie positive : L’OTH sert d’outil d’évaluation initiale pour identifier les déficits motivationnels sous-jacents aux troubles dépressifs ou aux crises existentielles. Les thérapeutes utilisent les résultats pour concevoir des interventions ciblées (interventions psychologiques positives ou PPIs), encourageant par exemple le patient anédhique à réinvestir des plaisirs quotidiens, ou l’individu en détresse existentielle à identifier des sources d’engagement et de contribution altruiste.
- Psychologie du travail et des organisations : L’outil est largement employé dans l’étude du désengagement professionnel, du syndrome d’épuisement (burnout) et de l’adéquation individu-environnement (job crafting). Il permet de comprendre comment l’alignement des orientations personnelles avec les opportunités professionnelles favorise la performance, la rétention et l’épanouissement au travail.
- Éducation et orientation scolaire : Utilisée auprès des adolescents et des étudiants universitaires, l’échelle contribue à analyser la motivation intrinsèque et la persévérance académique, en évaluant l’impact respectif du plaisir d’apprendre, de l’état d’absorption cognitive et de la perception de finalité sociale dans les études.
- Recherche transculturelle : L’échelle a permis de comparer des cohortes internationales issues de dizaines de nations, révélant la robustesse universelle de la corrélation entre engagement/sens et bien-être subjectif.
\n
\n
\n
\n
\n\n
5. Construit psychologique / Construct
\n
L’OTH opérationnalise trois construits psychologiques distincts qui correspondent aux trois orientations majeures documentées dans la littérature sur l’épanouissement humain :
\n\n
1. L’orientation vers le plaisir (Pleasure / Hedonism)
\n
L’orientation vers le plaisir s’enracine dans la perspective hédoniste classique. Elle mesure la propension active de l’individu à rechercher des émotions positives immédiates, des sensations agréables, le confort sensoriel et la satisfaction des désirs corporels et esthétiques. Ce construit ne se limite pas à la simple passivité réceptive ; il reflète une attitude proactive visant à maximiser la joie, l’euphorie et les gratifications instantanées tout en évitant ou en minimisant l’inconfort et la douleur physique ou psychologique. Les personnes obtenant un score élevé sur cette dimension considèrent que le plaisir est la composante centrale de la « vie bonne » (ex. : Item 18, « For me, the good life is the pleasurable life ») et privilégient l’adage carpe diem (ex. : Item 15, « Life is short—eat dessert first »). Bien que le plaisir sensoriel apporte un rehaussement immédiat de l’affect positif, la théorie et les données empiriques montrent que son impact sur la satisfaction de vie globale à long terme est le plus modeste des trois, en raison du phénomène d’adaptation hédonique (hedonic treadmill).
\n\n
2. L’orientation vers l’engagement (Engagement / Flow)
\n
Cette dimension s’appuie directement sur les travaux de Mihaly Csikszentmihalyi concernant l’expérience optimale (le flow). Elle mesure la tendance d’un individu à s’investir pleinement, au maximum de ses compétences, dans des activités stimulantes qui exigent une concentration totale. Lors de ces épisodes d’immersion, la conscience de soi s’efface temporairement, le sens du temps est profondément altéré (le temps semble s’accélérer de manière spectaculaire, comme l’illustre l’item 1 : « Regardless of what I am doing, time passes very quickly »), et l’attention est focalisée de façon exclusive sur la tâche en cours (ex. : Item 7, « I am always very absorbed in what I do »). L’engagement n’est pas synonyme de plaisir émotionnel ressenti sur le moment ; durant le flow, l’individu ne ressent pas nécessairement d’émotion consciente car ses ressources cognitives sont entièrement saturées par l’exécution de la tâche. Ce n’est qu’a posteriori que l’expérience est qualifiée de profondément gratifiante et source d’accomplissement personnel.
\n\n
3. L’orientation vers le sens (Meaning / Eudaimonia)
\n
L’orientation vers le sens s’inscrit dans la tradition philosophique aristotélicienne de l’eudémonisme et dans les conceptualisations contemporaines de Frankl relatives à la volonté de sens. Elle évalue le degré auquel un individu applique ses forces et vertus personnelles au service d’une cause qui transcende son propre ego, s’inscrivant dans un dessein plus vaste que son existence individuelle (ex. : Item 2, « My life serves a higher purpose »). Ce construit englobe la responsabilité sociale, le souci du bien commun (ex. : Item 11, « I have a responsibility to make the world a better place »), la perception de cohérence existentielle durable (ex. : Item 12, « My life has a lasting meaning ») et l’intégration de son parcours au sein d’une trame collective signifiante. Contrairement à l’hédonisme, le sens exige fréquemment de consentir à des sacrifices immédiats ou d’endurer des épreuves pour atteindre des idéaux éthiques ou altruistes.
\n\n
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
\n
Le cadre conceptuel structurant l’OTH s’articule autour de l’évolution des modèles du bien-être au sein de l’école de pensée de la psychologie positive, initiée à la fin des années 1990 sous l’impulsion de Martin E. P. Seligman lors de sa présidence de l’APA. La publication de son ouvrage séminal Authentic Happiness (2002) a formalisé un modèle tripartite du bonheur, conceptualisé comme une synthèse intégrative de traditions philosophiques et de corpus empiriques autrefois cloisonnés :
\n
- \n
- La vie agréable (The Pleasant Life) : Ancrée dans le modèle hédonique, elle postule que le bien-être dépend de l’acquisition d’affects positifs concernant le passé (satisfaction, sérénité), le présent (plaisirs corporels, réjouissances sensorielles) et le futur (optimisme, espoir). Elle s’appuie sur la théorie de l’élargissement et de la construction des émotions positives (Broaden-and-Build Theory) développée par Barbara Fredrickson, montrant que les émotions positives élargissent le répertoire attentionnel et comportemental de l’individu.
- La vie engagée (The Engaged Life) : Reposant sur la théorie du flow de Csikszentmihalyi et l’éthique aristotélicienne de l’actualisation des vertus, elle stipule que le bien-être durable résulte du déploiement délibéré de ce que Peterson et Seligman (2004) ont nommé les « forces de caractère » (Character Strengths and Virtues). Lorsque les exigences d’une tâche correspondent de manière optimale aux compétences et aux forces dominantes (signature strengths) de l’individu, celui-ci pénètre dans un état psychologique de non-conscience de soi et de concentration sans effort où la motivation intrinsèque atteint son acmé.
- La vie pleine de sens (The Meaningful Life) : Enracinée dans l’eudémonisme antique et la logothérapie de Viktor Frankl, cette dimension affirme que l’accomplissement humain ne peut se réaliser dans l’auto-suffisance hédoniste. Elle requiert la subordination des talents personnels à des institutions ou causes considérées comme supérieures à soi-même : la communauté, la justice, la famille, le savoir, ou la spiritualité.
\n
\n
\n
\n
Dans ce modèle, Peterson, Park et Seligman (2005) ont posé l’hypothèse centrale que ces trois voies ne s’excluent pas mutuellement, réfutant l’idée qu’un individu doive choisir entre le plaisir et le sens. Au contraire, elles constituent des dimensions orthogonales pouvant coexister à des niveaux variables. Leur thèse maîtresse postule l’existence d’une interaction synergique : bien que chaque voie contribue de manière indépendante à la variance de la satisfaction de vie, leur combinaison simultanée au sein d’une « vie pleine » engendre les niveaux de satisfaction les plus élevés jamais observés, tandis que l’absence conjointe des trois voies définit la « vie vide », corrélée aux indices de bien-être les plus dégradés.
\n\n
7. Validité / Validity
\n
Les propriétés métrologiques de validité de l’OTH ont fait l’objet d’investigations exhaustives dans l’étude princeps de Peterson et al. (2005) ainsi que dans des programmes de validation multinationaux :
\n\n
Validité de construit et validité factorielle
\n
La validité de construit a été initialement établie sur un échantillon de convenance de 845 adultes ayant complété le questionnaire en ligne sur le portail Authentic Happiness. L’analyse en composantes principales avec rotation oblique (oblimin) a confirmé l’émergence claire de trois facteurs distincts expliquant conjointement une part substantielle de la variance totale, chaque groupe de 6 items saturant spécifiquement sur son facteur théorique respectif (saturations primaires > 0,50 et saturations secondaires négligeables < 0,25). Des modélisations en équations structurelles ultérieures ont corroboré la supériorité statistique du modèle tri-factoriel par rapport aux modèles unifactoriels ou bifactoriels concurrents.
\n\n
Validité convergente et corrélations inter-échelles
\n
Les trois sous-échelles présentent des intercorrélations positives faibles à modérées, confirmant qu’elles partagent un socle commun lié à l’appétence générale pour le bien-être tout en demeurant empiriquement distinctes :
\n
- \n
- Corrélation Plaisir – Engagement : r compris entre 0,30 et 0,37 selon les études.
- Corrélation Plaisir – Sens : r compris entre 0,18 et 0,25.
- Corrélation Engagement – Sens : r compris entre 0,40 et 0,48.
\n
\n
\n
\n
La validité convergente a également été confirmée par l’association significative entre les scores de l’OTH et les forces de caractère du VIA-IS (Peterson, Park, & Seligman, 2007). Le plaisir corrèle très fortement avec les forces d’enjouement (humour, vitalité), le sens est étroitement associé aux forces théologiques et morales (spiritualité, gratitude, citoyenneté), et l’engagement s’articule avec l’amour de l’apprentissage, la persévérance et la curiosité intellectuelle.
\n\n
Validité prédictive et incrémentale
\n
L’OTH démontre une excellente validité prédictive à l’égard de la satisfaction de vie mesurée par la Satisfaction With Life Scale (SWLS) de Diener. Dans les régressions linéaires multiples conduites par Peterson et al. (2005) :
\n
- \n
- L’orientation vers le sens prédit le plus fortement la satisfaction de vie (β = 0,33 à 0,37, p < 0,001).
- L’orientation vers l’engagement présente une contribution prédictive presque équivalente (β = 0,30 à 0,33, p < 0,001).
- L’orientation vers le plaisir apporte une contribution significative mais nettement plus modeste (β = 0,14 à 0,17, p < 0,001).
\n
\n
\n
\n
L’effet d’interaction synergique a été démontré empiriquement : les participants affichant des scores situés dans le tertile supérieur pour les trois orientations simultanément présentent un score moyen de satisfaction de vie significativement supérieur à celui attendu par la simple addition des effets partiels, attestant de la validité écologique de la notion de « vie pleine ».
\n\n
Validité transculturelle
\n
L’étude menée par Park, Peterson et Ruch (2009) auprès de 24 836 participants issus de 27 nations a apporté une preuve déterminante de la robustesse interculturelle du construit. La structure tri-factorielle et la hiérarchie des contributions prédictives (Sens et Engagement dominant le Plaisir dans la prédiction de la satisfaction de vie) ont été répliquées sur l’ensemble des continents, malgré de légères modulations des scores moyens selon les valeurs individualistes ou collectivistes des pays investigués.
\n\n
8. Fidélité / Reliability
\n
Les indicateurs de consistance interne et de stabilité temporelle de l’Échelle d’orientation vers le bonheur démontrent des qualités psychométriques satisfaisantes, amplement validées dans la littérature internationale :
\n\n
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
\n
Dans l’échantillon normatif d’origine (Peterson et al., 2005 ; N = 845), les coefficients de cohérence interne obtenus pour les sous-échelles de 6 items étaient les suivants :
\n
- \n
- Sous-échelle Plaisir (Pleasure) : α = 0,84
- Sous-échelle Sens (Meaning) : α = 0,88
- Sous-échelle Engagement / Flow : α = 0,77
\n
\n
\n
\n
Ces indices satisfont largement les critères psychométriques recommandés de Nunnally (seuil critique de 0,70 pour la recherche fondamentale et de 0,80 pour l’évaluation diagnostique). Bien que le coefficient de l’engagement soit légèrement plus faible, cela reflète la complexité cognitive du construit de flow, qui combine des facettes d’absorption temporelle, d’absence de soi et de défi compétent.
\n\n
Réplications transculturelles de la fidélité
\n
Dans la validation germanophone menée par Ruch et al. (2010 ; N = 1 379), les coefficients de consistance interne ont reproduit fidèlement ces grandeurs : α = 0,79 pour le Plaisir, α = 0,72 pour l’Engagement, et α = 0,82 pour le Sens. De même, les adaptations françaises (e.g., Martin-Krumm et al.) ont fait état d’alphas variant de 0,76 à 0,83 pour le Plaisir, de 0,70 à 0,78 pour l’Engagement, et de 0,81 à 0,86 pour le Sens.
\n\n
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
\n
La fidélité test-retest a été investiguée sur des intervalles allant de 3 mois à 1 an. Dans les cohortes de suivi longitudinal documentées par Ruch et ses collaborateurs, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et de corrélation de Pearson à 3 mois se sont établis à r = 0,76 pour le Plaisir, r = 0,72 pour l’Engagement, et r = 0,79 pour le Sens. À un an d’intervalle, les corrélations demeurent stables (variant entre 0,65 et 0,73), confirmant que l’OTH capte des orientations dispositionnelles stables s’apparentant à des traits motivationnels profonds, tout en conservant une plasticité suffisante pour être sensible aux interventions psychothérapeutiques ou aux événements de vie majeurs.
\n\n
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
\n
L’exploration empirique de la structure sous-jacente de l’OTH a été réalisée à travers des procédures séquentielles rigoureuses d’analyse factorielle exploratoire (AFE) puis confirmatoire (AFC) :
\n\n
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
\n
Lors de la phase de création de l’outil, un pool initial d’items reflétant les conceptualisations théoriques des trois voies a été soumis à une extraction en composantes principales suivie d’une rotation oblimin directe (supposant que les dimensions du bien-être puissent être modérément corrélées). L’examen du graphique d’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) ainsi que le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) ont clairement isolé trois composantes majeures. Dix-huit items ont été retenus pour leur pureté factorielle, chacun présentant une saturation primaire substantielle (supérieure à 0,55) sur sa dimension cible et aucune saturation croisée résiduelle excédant 0,25 :
\n
- \n
- Facteur 1 (Sens / Meaning) : Les items 2, 5, 11, 12, 14 et 17 saturent sur ce facteur avec des coefficients compris entre 0,61 et 0,82.
- Facteur 2 (Plaisir / Pleasure) : Les items 3, 8, 13, 15, 16 et 18 présentent des saturations comprises entre 0,58 et 0,79.
- Facteur 3 (Engagement / Flow) : Les items 1, 4, 6, 7, 9 et 10 affichent des saturations oscillant entre 0,52 et 0,74.
\n
\n
\n
\n\n
Analyse factorielle confirmatoire (AFC) et indices d’ajustement
\n
Les études de validation confirmatoire à grande échelle (Ruch et al., 2010 ; Park et al., 2009) ont testé formellement plusieurs structures concurrentes : un modèle unifactoriel global (le bien-être général), un modèle à deux facteurs (hédonisme vs. eudémonisme), et le modèle théorique à trois facteurs corrélés de Peterson et Seligman. Les indices statistiques démontrent sans équivoque la supériorité statistique du modèle tri-factoriel :
\n
- \n
- Ratio Chi-deux sur degrés de liberté (χ²/df) : généralement inférieur à 3,0, témoignant d’un ajustement acceptable.
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) : oscillant entre 0,92 et 0,96 selon les cohortes.
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : systématiquement supérieur à 0,91.
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : comprise entre 0,042 et 0,058 (intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,06), indiquant une erreur d’approximation minime.
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : < 0,05.
\n
\n
\n
\n
\n
\n
Certaines recherches ont également examiné des structures bifactorielles (bifactor models) incorporant un facteur général de recherche du bonheur aux côtés des trois facteurs spécifiques. Si le facteur général capte une propension motivationnelle globale, la rétention des facteurs spécifiques Plaisir, Engagement et Sens demeure indispensable, car chacun apporte une variance résiduelle unique statistiquement prédictive des dimensions du fonctionnement adaptatif.
\n\n
10. Instrument de mesure / Instrument
\n
- \n
- Nom complet de l’instrument : Orientations to Happiness Scale (OTH) / Échelle d’orientation vers le bonheur.
- Typologie d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté en passation individuelle ou collective (crayon-papier ou administration informatisée en ligne).
- Longueur du test : 18 items formulés sous la forme d’affirmations comportementales, attitudinales et émotionnelles.
- Organisation dimensionnelle : 3 sous-échelles de 6 items chacune :\n
- \n
- Voie du Plaisir : Items 3, 8, 13, 15, 16, 18.
- Voie de l’Engagement : Items 1, 4, 6, 7, 9, 10.
- Voie du Sens : Items 2, 5, 11, 12, 14, 17.
\n
\n
\n
\n
- Format d’échelle de réponse d’origine : Échelle ordinale de Likert en 5 échelons :\n
- \n
- (1) Very Much Like Me (Me ressemble tout à fait)
- (2) Mostly Like Me (Me ressemble en grande partie)
- (3) Somewhat Like Me (Me ressemble un peu)
- (4) A Little Like Me (Me ressemble très peu)
- (5) Not Like Me (Ne me ressemble pas du tout)
\n
\n
\n
\n
\n
\n
- Calcul des scores et cotation :\n
- \n
- Dans la convention d’évaluation de la psychologie positive empirique, les réponses sont traditionnellement inversées de sorte que les scores les plus élevés indiquent une adhésion plus forte à l’orientation (c’est-à-dire : 5 = Very Much Like Me, 4 = Mostly Like Me, 3 = Somewhat Like Me, 2 = A Little Like Me, 1 = Not Like Me).
- Aucun item inversé (reverse-scored item) n’est présent dans le questionnaire d’origine ; l’ensemble des énoncés est formulé de manière positive.
- Un score dimensionnel moyen (score total de la sous-échelle divisé par 6) ou cumulatif brut (variant de 6 à 30 points) est calculé pour chacune des trois dimensions. Un score global composite peut être calculé par sommation des 18 items (de 18 à 90 points), bien que l’analyse des profils sous-dimensionnels distincts soit vivement préconisée par les auteurs.
\n
\n
\n
\n
- Durée moyenne de passation : Environ 5 à 8 minutes.
\n
\n
\n
\n
\n
\n
\n
\n\n
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
\n
- \n
- Année de conception et publication de référence : 2005 (Peterson, Park, & Seligman, Journal of Happiness Studies).
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenu initialement par les auteurs et l’éditeur Springer Science+Business Media. L’instrument est toutefois placé dans le domaine public à des fins de recherche académique, scientifique et clinique non commerciale.
- Tarifs et coûts d’utilisation : Gratuit (open access for academic research). Aucune redevance n’est exigée pour l’utilisation dans des thèses de doctorat, études universitaires ou protocoles hospitaliers sans but lucratif.
- Plateforme interactive officielle : Le questionnaire peut être administré en ligne gratuitement par le grand public et les chercheurs sur le site officiel du Positive Psychology Center de l’Université de Pennsylvanie (authentichappiness.sas.upenn.edu).
- Conditions d’autorisation : Les praticiens et chercheurs sont tenus de citer explicitement l’article de référence princeps (Peterson et al., 2005) lors de toute diffusion de données ou publication scientifique. Toute exploitation commerciale à grande échelle (dans des logiciels de coaching payants ou des outils de sélection RH propriétaires) nécessite une autorisation préalable accordée par les détenteurs de droits.
\n
\n
\n
\n
\n
\n\n
12. Références / References
\n
- \n
- Csikszentmihalyi, M. (1990). Flow: The psychology of optimal experience. Harper & Row. https://archive.org/details/flowpsychologyof00csik
- Diener, E., Emmons, R. A., Larsen, R. J., & Griffin, S. (1985). The Satisfaction With Life Scale. Journal of Personality Assessment, 49(1), 71–75. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4901_13
- Park, N., Peterson, C., & Ruch, W. (2009). Orientations to happiness and life satisfaction in twenty-seven nations. The Journal of Positive Psychology, 4(4), 273–279. https://doi.org/10.1080/17439760902933690
- Peterson, C., & Seligman, M. E. P. (2004). Character strengths and virtues: A handbook and classification. American Psychological Association; Oxford University Press. https://www.viacharacter.org
- Peterson, C., Park, N., & Seligman, M. E. P. (2005). Orientations to happiness and life satisfaction: The full life versus the empty life. Journal of Happiness Studies, 6(1), 25–41. https://doi.org/10.1007/s10902-004-1278-z
- Peterson, C., Park, N., & Seligman, M. E. P. (2005). Orientations to happiness Scale. In C. A. Simmons & P. Lehmann (Eds.), Tools for strengths-based assessment and evaluation (pp. 65–67). Springer. https://doi.org/10.1891/9780826195777.0016
- Peterson, C., Ruch, W., Beermann, U., Park, N., & Seligman, M. E. P. (2007). Strengths of character, orientations to happiness, and life satisfaction. The Journal of Positive Psychology, 2(3), 149–156. https://doi.org/10.1080/17439760701228938
- Ruch, W., Harzer, C., Proyer, R. T., Park, N., & Peterson, C. (2010). Ways to happiness in German-speaking countries: The German version of the Orientations to Happiness Questionnaire. European Journal of Psychological Assessment, 26(3), 180–193. https://doi.org/10.1027/1015-5759/a000024
- Seligman, M. E. P. (2002). Authentic happiness: Using the new positive psychology to realize your potential for lasting fulfillment. Free Press. https://www.simonandschuster.com/books/Authentic-Happiness/Martin-E-P-Seligman/9780743222983
\n
\n
\n
\n
\n
\n
\n
\n
\n
\n\n