1. Résumé / Abstract
L’Orientation vers la dominance sociale (Social Dominance Orientation, ou SDO) constitue un construit psychométrique majeur élaboré par les psychologues sociaux Felicia Pratto et Jim Sidanius au début des années 1990 dans le cadre de la théorie de la dominance sociale (Social Dominance Theory, SDT). Cette échelle mesure la propension générale d’un individu à désirer, soutenir et légitimer la hiérarchie entre les groupes sociaux, ainsi que la supériorité des groupes dominants sur les groupes subordonnés. L’instrument standard le plus largement validé et utilisé dans la littérature scientifique est l’échelle SDO6 (Pratto et al., 1994), composée de 16 items mesurés sur une échelle de type Likert en 7 points allant de 1 (« très négatif ») à 7 (« très positif »). Les items sont équilibrés de manière rigoureuse : 8 items sont formulés dans le sens de la domination de groupe (items 1 à 8) et 8 items sont inversés, mesurant l’égalitarisme social (items 9 à 16).
Les propriétés psychométriques de la SDO démontrent une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,83 et 0,92 à travers de multiples échantillons nationaux et transculturels. Les analyses factorielles révèlent une structure unifactorielle de second ordre robuste, bien que des investigations ultérieures (notamment Ho et al., 2012) aient mis en évidence deux sous-dimensions complémentaires : la dominance intergroupe (SDO-Dominance) et l’anti-égalitarisme (SDO-Anti-egalitarianism). L’échelle possède une excellente validité convergente et prédictive, corrélant fortement avec l’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism, RWA), le racisme, le sexisme, les attitudes punitives et les politiques économiques néolibérales, tout en démontrant une validité discriminante par rapport aux traits de personnalité généraux du modèle en cinq facteurs (Big Five). L’instrument s’impose aujourd’hui comme une référence incontournable pour investiguer la dynamique des conflits intergroupes, l’idéologie politique et la justice sociale.
2. Mots-clés / Keywords
Orientation vers la dominance sociale, SDO, théorie de la dominance sociale, hiérarchies sociales, relations intergroupes, préjugés, discrimination, égalitarisme, psychométrie, attitudes politiques, psychologie sociale, autoritarisme de droite.
3. Auteurs / Authors
L’échelle SDO a été formalisée et validée à l’origine par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie sociale et politique de l’Université de Stanford :
- Felicia Pratto, Ph.D. — Professeure émérite de psychologie sociale à l’Université du Connecticut (Storrs, Connecticut, États-Unis). Spécialiste des relations intergroupes, du pouvoir social et des processus de légitimation idéologique. Contact académique : [email protected].
- Jim Sidanius, Ph.D. (1945–2021) — Ancien professeur de psychologie et de relations interafricaines à l’Université Harvard (Cambridge, Massachusetts, États-Unis). Co-fondateur de la théorie de la dominance sociale et figure pionnière de la psychologie politique contemporaine.
- Lisa M. Stallworth, Ph.D. — Chercheuse associée au Département de psychologie de l’Université Stanford au moment du développement de l’échelle.
- Bertram F. Malle, Ph.D. — Professeur de sciences cognitives, linguistiques et psychologiques à l’Université Brown (Providence, Rhode Island, États-Unis). Spécialiste du jugement moral et de la cognition sociale. Contact académique : [email protected].
Les révisions dimensionnelles ultérieures de l’instrument ont été menées par Arnold K. Ho (Université du Michigan), Jim Sidanius, Felicia Pratto, Shana Levin, Lotte Thomsen, Nour Kteily et Jennifer Sheehy-Skeffington.
4. Objectif / Purpose
L’objectif premier de l’échelle d’orientation vers la dominance sociale est de quantifier la disposition individuelle à promouvoir ou à rejeter l’inégalité structurelle entre les groupes sociaux. Alors que les échelles traditionnelles de préjugés se focalisent sur des cibles spécifiques (antisémitisme, racisme anti-Noir, misogynie, xénophobie), la SDO propose une métrique abstraite, généralisée et décontextualisée mesurant l’adhésion globale au principe d’inégalité hiérarchique. Elle permet de comprendre pourquoi certains individus préfèrent systématiquement que des groupes sociaux maintiennent une position de supériorité statutaire, économique et symbolique, tandis que d’autres s’engagent activement en faveur d’un nivellement égalitaire des conditions matérielles et des droits.
Sur le plan théorique, la SDO a été conçue pour opérationnaliser la variable de personnalité et d’attitude centrale de la théorie de la dominance sociale. Elle répond au besoin de modéliser les médiateurs psychologiques qui relient la position sociostructurelle d’un individu (son appartenance à un groupe dominant ou subordonné) à son endossement de mythes légitimateurs (legitimizing myths). Ces mythes sont des attitudes, des croyances et des idéologies partagées qui justifient la distribution asymétrique des ressources valorisées dans une société.
Dans le domaine de la recherche, l’échelle est massivement employée pour :
- Expliquer et prédire les idéologies politiques : la SDO est un déterminant empirique fondamental de l’adhésion au conservatisme politique, au libéralisme économique dérégulé, au nationalisme et au bellicisme international.
- Prédire les attitudes à l’égard des politiques publiques : les scores élevés à la SDO prédisent une opposition systématique aux politiques de discrimination positive (affirmative action), aux programmes d’aide sociale, à l’immigration et aux droits des minorités sexuelles et ethniques.
- Analyser le choix de carrière et les filières professionnelles : la recherche démontre que les individus à forte SDO s’auto-sélectionnent vers des institutions « renforçant la hiérarchie » (hierarchy-enhancing), telles que les forces de l’ordre, le droit des affaires ou l’armée, alors que ceux à faible SDO s’orientent vers des institutions « atténuant la hiérarchie » (hierarchy-attenuating), comme les organisations non gouvernementales, les services sociaux ou le droit humanitaire.
- Étudier les processus organisationnels : en psychologie organisationnelle, l’instrument permet d’évaluer les biais de sélection lors des recrutements, la tolérance au harcèlement institutionnel et le soutien aux leaderships autoritaires.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de l’orientation vers la dominance sociale (SDO) se définit formellement comme une orientation générale des attitudes envers les relations intergroupes, indiquant dans quelle mesure une personne désire que son propre groupe (l’endogroupe) domine et soit supérieur aux autres groupes (les exogroupes), et plus fondamentalement, si la personne préfère que les relations intergroupes soient hiérarchiques plutôt qu’égalitaires. Contrairement à une simple antipathie interpersonnelle ou intergroupe, la SDO est une orientation idéologique fondamentale concernant la structure du monde social.
Au niveau conceptuel, le construit s’articule autour de deux polarités théoriques majeures qui sous-tendent les 16 items de la version SDO6 :
La dominance active et le soutien à la coercition hiérarchique
Cette composante (représentée par les items formulés positivement 1 à 8) reflète l’acceptation explicite de l’inégalité et de la force comme instruments nécessaires de régulation intergroupe. Les individus présentant des scores élevés sur cette dimension adhèrent à des postulats darwinistes sociaux ou élitistes, considérant qu’il est naturel, souhaitable et fonctionnel que certains groupes soient « en haut » et d’autres « en bas ». Ils acceptent l’usage de la domination coercitive directe pour préserver ou instaurer des privilèges de groupe. Par exemple, l’assentiment à l’énoncé « To get ahead in life, it is sometimes necessary to step on other groups » illustre une conception conflictuelle à somme nulle des relations sociétales où l’ascension collective légitime l’oppression d’autrui.
L’égalitarisme social et la convergence des conditions
Cette composante (capturée par les items inversés 9 à 16) correspond au désir de minimiser les asymétries de pouvoir, de statut et de revenus entre les groupes. Un faible niveau de SDO (ou un niveau élevé d’égalitarisme) se caractérise par l’impératif moral de promouvoir l’égalité des chances, la justice distributive et la non-domination. Par exemple, l’item « We should strive to make incomes as equal as possible » ou « Group equality should be our ideal » évalue l’attachement à des normes universelles de parité et d’émancipation collective.
Évolution structurelle : SDO-Dominance vs SDO-Anti-égalitarisme
Bien que Pratto et ses collaborateurs (1994) aient originellement conçu l’instrument comme une échelle unidimensionnelle globale, des réanalyses psychométriques rigoureuses (Ho et al., 2012) ont confirmé l’existence de deux facettes distinctes mais corrélées :
- SDO-Dominance (SDO-D) : le désir explicite d’oppression active et de subordination forcée des exogroupes. Cette sous-dimension est particulièrement liée aux formes agressives de préjugés, à la cruauté intergroupe, au soutien aux guerres préventives et à la déshumanisation flagrante.
- SDO-Anti-égalitarisme (SDO-E) : l’aversion envers l’égalité intergroupe et la préservation subtile du statu quo hiérarchique. Cette facette prédit principalement le refus des réformes redistributives, l’opposition à l’aide internationale et le rejet des programmes d’intégration sociale.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’échelle SDO s’inscrit au cœur de la théorie de la dominance sociale (Social Dominance Theory, SDT), développée conjointement par Jim Sidanius et Felicia Pratto à partir des travaux de Donald T. Campbell, Henri Tajfel et Robert Trivers. La théorie de la dominance sociale est une approche métathéorique intégrative combinant la psychologie évolutionniste, la sociologie structuraliste, la théorie de l’identité sociale et la théorie marxiste des idéologies pour expliquer la persistance universelle des hiérarchies sociales fondées sur les groupes.
La SDT postule que toutes les sociétés humaines produisant un surplus économique s’organisent inévitablement selon un système de hiérarchies de groupes comprenant trois systèmes trimorphiques :
- Le système d’âge : les adultes exercent un pouvoir disproportionné sur les enfants et les jeunes.
- Le système de genre (ou patriarcat) : les hommes disposent d’un accès privilégié à la force politique, militaire et économique comparativement aux femmes.
- Le système arbitraire (arbitrary-set system) : des hiérarchies construites socialement basées sur l’ethnicité, la race, la classe sociale, la caste, la religion ou la nationalité, où un groupe dominant monopolise les ressources positives (pouvoir, richesse, prestige, accès à la santé) et relègue les groupes subordonnés aux ressources négatives (pénalisation juridique, pauvreté, mortalité précoce).
Pour maintenir cette stabilité hiérarchique sans recours constant à une violence physique coûteuse, les sociétés sécrètent des mythes légimateurs (ML). Ces mythes sont divisés en deux forces dynamiques opposées :
- Les mythes renforçant la hiérarchie (Hierarchy-Enhancing Legitimizing Myths, HE-LMs) : tels que le racisme, le sexisme, le nationalisme, le mythe du mérite personnel absolu (darwinisme social) ou l’éthique protestante du travail mal comprise, qui justifient pourquoi les groupes privilégiés méritent leur position supérieure.
- Les mythes atténuant la hiérarchie (Hierarchy-Attenuating Legitimizing Myths, HA-LMs) : tels que la doctrine universelle des droits de l’homme, l’égalitarisme républicain, le socialisme ou l’humanitarisme, qui visent à démanteler ou modérer les privilèges systémiques.
Dans cette architecture conceptuelle, l’Orientation vers la dominance sociale (SDO) agit comme la variable charnière au niveau individuel. Les personnes dotées d’une SDO élevée souscrivent massivement aux mythes renforçant la hiérarchie et appuient les institutions répressives et inégalitaires. À l’inverse, les personnes ayant une SDO basse adoptent les mythes atténuant la hiérarchie et soutiennent les politiques d’émancipation. La théorie de la dominance sociale postule également l’hypothèse de l’invariance de genre (gender invariance hypothesis), affirmant qu’en moyenne, les hommes affichent des niveaux de SDO significativement plus élevés que les femmes, une divergence observée de manière stable à travers des dizaines de cultures et interprétée à l’intersection des pressions de la sélection sexuelle et de la socialisation différentielle des rôles de genre.
7. Validité / Validity
L’échelle SDO6 a fait l’objet de vérifications psychométriques exhaustives au cours de trois décennies de recherche quantitative internationale, attestant de qualités métrologiques remarquables :
Validité de construit et validité convergente
La validité de construit de la SDO a été établie par des corrélations robustes et théoriquement cohérentes avec de multiples construits idéologiques et comportementaux. Dans l’étude princeps de Pratto et al. (1994), menée sur 13 échantillons indépendants (N total > 1 900), la SDO est positivement et fortement corrélée avec :
- Le préjugé racial et ethnique envers les minorités (r variant entre 0,40 et 0,55) ;
- Le sexisme et les stéréotypes traditionnels de genre (r = 0,35 à 0,50) ;
- Le chauvinisme national et le soutien aux dépenses militaires (r = 0,30 à 0,45) ;
- L’orientation politique conservatrice (r = 0,35 à 0,52).
Parallèlement, la SDO présente des corrélations négatives marquées avec l’empathie dispositionnelle (r = -0,40 à -0,45), la tolérance à la diversité et le soutien aux politiques de solidarité redistributive ou de protection de l’environnement.
Validité discriminante
Un enjeu psychométrique crucial a consisté à distinguer la SDO de l’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism, RWA de Bob Altemeyer). Dans le modèle du double processus idéologique (Dual Process Cognitive-Motivational Model) développé par John Duckitt, la SDO et le RWA sont formellement dissociés :
- Le RWA émane d’une vision du monde comme un endroit dangereux et menaçant, motivé par un besoin de sécurité, d’ordre, de conformisme et de cohésion sociale ;
- La SDO émane d’une vision du monde perçu comme une « jungle compétitive » (competitive jungle) sans pitié, où la survie dépend de la force, du pouvoir et de la dominance.
Bien que SDO et RWA corrèlent modérément entre eux (r ≈ 0,20 à 0,40 dans la plupart des démocraties occidentales), des analyses de régression multiple et de modélisation par équations structurelles démontrent qu’ils prédisent des composantes uniques et non redondantes des préjugés : le RWA prédit l’hostilité envers les groupes déviants ou menaçant les normes (dissidents, criminels), tandis que la SDO prédit l’hostilité envers les groupes subordonnés, marginalisés ou démunis (personnes sans abri, bénéficiaires de l’aide sociale, minorités raciales défavorisées).
Validité prédictive
La validité prédictive a été démontrée tant en laboratoire qu’en contexte écologique. Des études longitudinales (Sidanius et al., 2004) ont montré que la SDO prédit les choix d’orientation universitaire (droit corporatif vs sociologie) et le durcissement ultérieur des attitudes punitives au cours du cursus scolaire. En contexte de prise de décision judiciaire simulée, des scores élevés à la SDO prédisent des peines significativement plus sévères infligées aux prévenus issus de minorités ethniques.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle d’orientation vers la dominance sociale est solidement établie par de nombreux indices statistiques across divers contextes socioculturels :
Consistance interne
Dans l’article séminal de Pratto et al. (1994), les coefficients de consistance interne de l’échelle SDO6 (16 items) ont présenté des valeurs alpha de Cronbach (α) comprises entre 0,83 et 0,91 à travers 14 échantillons différents d’étudiants et d’adultes tout-venant. Ces niveaux d’homogénéité sont systématiquement répliqués dans les méta-analyses contemporaines. Même lorsque l’échelle est traduite en d’autres langues (français, espagnol, suédois, arabe, chinois, hébreu), le coefficient α reste remarquablement stable, dépassant quasi systématiquement le seuil critique de 0,80 (souvent entre 0,85 et 0,89).
Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
La SDO est conceptualisée comme une disposition idéologique relativement stable, bien que sensible aux variations contextuelles majeures du statut de groupe. Les évaluations de fidélité test-retest attestent d’une bonne stabilité longitudinale :
- Sur un intervalle de 3 mois, la corrélation test-retest rapportée par Pratto et al. (1994) est de r = 0,81.
- Sur des périodes pluriannuelles (1 à 4 ans de suivi universitaire chez Sidanius et al., 2004), le coefficient de stabilité test-retest demeure compris entre r = 0,55 et r = 0,65, ce qui correspond au niveau de stabilité attendu pour les orientations idéologiques globales chez de jeunes adultes en cours de socialisation socio-politique.
Les corrélations item-total corrigées pour les 16 items se situent généralement dans une fourchette adéquate allant de 0,42 à 0,71, confirmant que chaque énoncé contribue de façon substantielle à la variance du construit sous-jacent.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de l’instrument a fait l’objet de modélisations poussées au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) :
Structure unifactorielle originelle (Pratto et al., 1994)
Lors de la création de la SDO6, une analyse en composantes principales avec rotation oblique et varimax a extrait un premier facteur dominant expliquant à lui seul une part substantielle de la variance totale (souvent entre 35 % et 45 %). Les saturations factorielles de tous les items sur ce facteur général variaient entre 0,45 et 0,78. Pratto et ses collègues ont conclu à l’unidimensionnalité du construit, justifiant le calcul d’un score composite unique obtenu par la moyenne ou la somme de l’ensemble des 16 items (après inversion des items égalitaires).
Structure bifactorielle moderne : Dominance et Anti-égalitarisme
Cependant, les progrès méthodologiques en modélisation par équations structurelles (SEM) ont conduit plusieurs équipes de psychométrie (Ho et al., 2012 ; Jost & Thompson, 2000) à tester des modèles alternatifs. L’analyse factorielle confirmatoire démontre que le modèle à deux facteurs corrélés s’ajuste significativement mieux aux données empiriques qu’un modèle unifactoriel strict :
- Facteur 1 : SDO-Dominance (SDO-D) — regroupant les items pro-traits 1 à 8 (saturations factorielles standardisées comprises entre 0,55 et 0,82).
- Facteur 2 : SDO-Anti-égalitarisme (SDO-E) — regroupant les items inversés 9 à 16 (saturations factorielles standardisées comprises entre 0,60 et 0,84).
Les indices d’ajustement comparatifs rapportés par Ho et al. (2012) dans de vastes échantillons (N > 2 500) montrent une supériorité nette du modèle bifactoriel :
- Modèle unifactoriel : χ²/df > 5,0, CFI < 0,88, RMSEA > 0,085.
- Modèle à deux facteurs : χ²/df < 2,8, CFI > 0,95, TLI > 0,94, RMSEA < 0,052 (IC 90 % [0,045 ; 0,059]).
La corrélation inter-facteurs entre SDO-D et SDO-E est typiquement comprise entre r = 0,50 et r = 0,65, ce qui autorise les chercheurs soit à utiliser un score global moyen de SDO (dans le cadre d’un modèle hiérarchique de second ordre), soit à analyser distinctement les deux facettes pour affiner la prédiction des conduites hostiles versus des résistances aux politiques d’égalité.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelle d’orientation vers la dominance sociale — Forme 6 (Social Dominance Orientation Scale, SDO6).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (papier-crayon ou administration numérique en ligne).
- Nombre total d’items : 16 items déclaratifs.
- Format des réponses : Échelle d’évaluation en 7 points : very positive (7), positive (6), slightly positive (5), neither positive nor negative (4), slightly negative (3), negative (2), et very negative (1).
- Structure des sous-échelles :
- Sous-échelle Dominance (SDO-D) : items 1 à 8 (orientés vers la dominance hiérarchique et la coercition).
- Sous-échelle Anti-égalitarisme (SDO-E) : items 9 à 16 (orientés vers le rejet de l’égalité intergroupe).
- Procédure de cotation et de calcul des scores :
- Inversion des scores : Les items 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15 et 16 doivent être impérativement inversés avant tout calcul selon la formule : Score inversé = 8 – Réponse brute (ex. : 7 devient 1, 6 devient 2, etc.).
- Score global : Le score global de SDO est calculé en effectuant la moyenne arithmétique des 16 items (après inversion des items 9 à 16). Le score final est compris entre 1,00 et 7,00.
- Scores dimensionnels (optionnels) : La moyenne des items 1 à 8 donne le score de Dominance (SDO-D) ; la moyenne des items 9 à 16 (inversés) donne le score d’Anti-égalitarisme (SDO-E).
- Interprétation : Des scores élevés (supérieurs à 4,00) témoignent d’une forte adhésion aux hiérarchies de groupe et d’un faible égalitarisme. Des scores bas (inférieurs à 3,00) indiquent un engagement marqué en faveur de l’égalité sociale et de la justice redistributive.
- Temps de passation estimé : Environ 3 à 5 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’échelle d’orientation vers la dominance sociale (SDO6) a été initialement publiée en 1994 par Felicia Pratto, Jim Sidanius, Lisa M. Stallworth et Bertram F. Malle dans le Journal of Personality and Social Psychology (Vol. 67, n° 4, pp. 741–763), revue sous copyright de l’American Psychological Association (APA).
Concernant les modalités d’usage :
- Usage académique et recherche scientifique non commerciale : L’instrument est accessible en libre accès (open access for academic research) sans droits pécuniaires ni redevances (aucun coût financier). Les chercheurs universitaires, étudiants et enseignants-chercheurs sont autorisés à reproduire et administrer l’échelle à condition de citer formellement les publications originales de référence.
- Usage commercial et applications organisationnelles privées : Tout usage à des fins lucratives (sélection professionnelle, cabinets de conseil en ressources humaines, logiciels d’évaluation commerciale) nécessite l’obtention d’une autorisation formelle auprès des titulaires de droits de l’APA ou des auteurs.
12. Références / References
Ci-dessous les publications fondamentales au format APA (7e édition) :
- Altemeyer, B. (1998). The other “authoritarian personality.” Dans M. P. Zanna (Dir.), Advances in Experimental Social Psychology (Vol. 30, pp. 47–92). Academic Press. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60382-2
- Duckitt, J., & Sibley, C. G. (2009). A dual-process cognitive-motivational model of ideological attitudes and system justification. Political Psychology, 30(1), 98–109. https://doi.org/10.1111/j.1467-9221.2008.00682.x
- Ho, A. K., Sidanius, J., Pratto, F., Levin, S., Thomsen, L., Kteily, N., & Sheehy-Skeffington, J. (2012). Social dominance orientation: Revisiting the structure and function of a variable predicting social and political attitudes. Personality and Social Psychology Bulletin, 38(5), 583–606. https://doi.org/10.1177/0146167211432765
- Jost, J. T., & Thompson, E. P. (2000). Group-based dominance and opposition to equality as independent predictors of self-esteem, ethnocentrism, and social policy attitudes among African Americans and European Americans. Journal of Experimental Social Psychology, 36(3), 209–232. https://doi.org/10.1006/jesp.1999.1403
- Pratto, F., Sidanius, J., Stallworth, L. M., & Malle, B. F. (1994). Social dominance orientation: A personality variable predicting social and political attitudes. Journal of Personality and Social Psychology, 67(4), 741–763. https://doi.org/10.1037/0022-3514.67.4.741
- Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social dominance: An intergroup theory of social hierarchy and oppression. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139175043
- Sidanius, J., Pratto, F., van Laar, C., & Levin, S. (2004). Social dominance theory: Its agenda and method. Political Psychology, 25(6), 845–880. https://doi.org/10.1111/j.1467-9221.2004.00401.x
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: Which of the following statements do you have a positive or negative feeling towards? Beside each object or statement, write a number from 1 to 7, representing the degree of your positive or negative feeling.
Response Scale:
1 = very negative
2 = negative
3 = slightly negative
4 = neither positive nor negative
5 = slightly positive
6 = positive
7 = very positive
- Some groups of people are simply inferior to other groups.
- In getting what you want, it is sometimes necessary to use force against other groups.
- It’s OK if some groups have more of a chance in life than others.
- To get ahead in life, it is sometimes necessary to step on other groups.
- If certain groups stayed in their place, we would have fewer problems.
- It’s probably a good thing that certain groups are at the top and other groups are at the bottom.
- Inferior groups should stay in their place.
- Sometimes other groups must be kept in their place.
- It would be good if groups could be equal.
- Group equality should be our ideal.
- All groups should be given an equal chance in life.
- We should do what we can to equalize conditions for different groups.
- Increased social equality.
- We would have fewer problems if we treated people more equally.
- We should strive to make incomes as equal as possible.
- No one group should dominate in society.
Scoring note: Items 9-16 are reverse scored.