1. Résumé
L’Inventaire d’Épuisement Professionnel d’Oldenburg (couramment désigné par son acronyme anglophone Oldenburg Burnout Inventory ou OLBI) est un instrument psychométrique auto-rapporté de premier plan, conçu initialement par la psychologue organisationnelle Evangelia Demerouti et ses collaborateurs à la fin des années 1990 au sein de l’Université Carl von Ossietzky d’Oldenburg en Allemagne. Élaboré pour pallier les limitations conceptuelles et méthodologiques des outils antérieurs — notamment le réputé Maslach Burnout Inventory (MBI) —, l’OLBI évalue le syndrome d’épuisement professionnel à travers deux dimensions fondamentales et universelles : l’épuisement (exhaustion) et le désengagement du travail (disengagement).
Le questionnaire est composé de 16 items équilibrés, répartis équitablement entre les deux sous-échelles (huit items par dimension). Une particularité psychométrique majeure de l’OLBI réside dans l’intégration délibérée d’énoncés formulés positivement et négativement au sein de chaque sous-échelle (quatre items orientés positivement et quatre orientés négativement par construit). Cette structure bidirectionnelle neutralise efficacement les biais de réponse d’acquiescement, un écueil fréquent dans les instruments psychométriques unidirectionnels. Les participants répondent à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 4 points, allant de 1 (« Tout à fait d’accord ») à 4 (« Pas du tout d’accord »), certains contextes de recherche utilisant une déclinaison en 5 points.
Les propriétés psychométriques de l’OLBI ont été abondamment validées à l’échelle internationale dans plus de vingt langues et auprès d’une multitude de populations professionnelles, incluant les professionnels de santé, les enseignants, les cadres et le personnel ouvrier. Les analyses factorielles confirmatoires corroborent systématiquement sa structure bifactorielle, démontrant une validité factorielle robuste, une validité convergente et discriminante substantielle vis-à-vis d’autres mesures de santé au travail, ainsi qu’une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,74 et 0,87 pour les deux sous-échelles. L’OLBI s’impose aujourd’hui comme une référence incontournable tant dans la recherche fondamentale en psychologie du travail que dans le diagnostic organisationnel préventif.
2. Mots-clés
Épuisement professionnel, Burnout, Inventaire d’Oldenburg, Psychométrie, Santé au travail, Désengagement professionnel, Épuisement physique et cognitif, Modèle Exigences-Ressources professionnelles, Évaluation organisationnelle, Psychologie du travail, Stress au travail, Validité de construit.
3. Auteurs
L’échelle a été conçue et développée par des chercheurs éminents en psychologie du travail et des organisations :
- Evangelia Demerouti, Ph.D. — Professeure titulaire en psychologie du travail et des organisations, Département de génie industriel et des sciences de l’innovation, Human Performance Management Group, Université de technologie d’Eindhoven (TU/e), Pays-Bas. Anciennement chercheuse à l’Université Carl von Ossietzky d’Oldenburg, Allemagne. Courriel institutionnel : [email protected].
- Arnold B. Bakker, Ph.D. — Professeur titulaire de psychologie du travail et des organisations, Center of Excellence for Positive Organizational Psychology, Université Érasme de Rotterdam, Pays-Bas. Collaborateur central dans la validation internationale de l’OLBI et co-développeur du modèle JD-R. Courriel institutionnel : [email protected].
- Friedhelm Nachreiner, Dr. Phil. — Professeur émérite de psychologie industrielle et ergonomie, Université Carl von Ossietzky d’Oldenburg, Allemagne. Membre fondateur de la Gesellschaft für Arbeits-, Wirtschafts- und Organisationspsychologie (GAWO).
- Jonathon R. B. Halbesleben, Ph.D. — Professeur et doyen, Tippie College of Business, Université de l’Iowa, États-Unis. Auteur principal de la validation psychométrique de la version de langue anglaise de l’OLBI (2005).
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Inventaire d’Épuisement Professionnel d’Oldenburg est de proposer une mesure robuste, standardisée et généralisable du syndrome d’épuisement professionnel applicable à l’ensemble de la population active, indépendamment de la nature des tâches professionnelles exercées. Historiquement, le burnout a été conceptualisé dans les années 1970 et 1980 — principalement sous l’impulsion de Christina Maslach et Susan Jackson — comme une réaction psychologique délétère spécifique aux professions d’aide, de soins et de services à la personne (soignants, travailleurs sociaux, enseignants). Dans ce modèle traditionnel, la dimension de dépersonnalisation renvoie expressément à des attitudes cyniques et distantes envers les bénéficiaires, patients ou usagers du service.
Cette délimitation sectorielle posait un verrou théorique et pratique majeur : elle excluait de fait des millions de travailleurs exposés à un stress chronique intense mais n’interagissant pas directement avec des bénéficiaires, tels que les analystes financiers, les ingénieurs logiciels, les ouvriers de production ou les gestionnaires administratifs. L’OLBI a donc été élaboré pour affranchir le concept de burnout de ce prisme relationnel exclusif, en élargissant la notion de dépersonnalisation vers un concept générique et universel : le désengagement du travail. Ainsi, l’instrument mesure la relation psychologique globale qu’entretient un individu avec son activité professionnelle et son contenu de travail.
Sur le plan des applications pratiques, l’OLBI remplit une triple vocation :
- Recherche fondamentale et appliquée en santé organisationnelle : Il sert d’instrument étalon au sein du modèle des Exigences et Ressources professionnelles (Job Demands-Resources, JD-R). Il permet d’étudier comment l’exposition prolongée à des exigences excessives (surcharge, pression temporelle) précipite l’épuisement, et comment le déficit de ressources (autonomie, feedback, soutien social) engendre le désengagement.
- Diagnostic et prévention organisationnelle : L’outil est largement employé par les services de santé au travail, les départements de ressources humaines et les psychologues du travail pour cartographier les risques psychosociaux (RPS) au sein d’unités de travail, de départements ou d’entreprises entières, facilitant le déploiement d’interventions ciblées avant l’apparition de décompensations pathologiques ou d’arrêts maladie prolongés.
- Évaluation clinique et suivi individuel : Bien que l’OLBI soit un questionnaire de dépistage et de recherche, il offre aux cliniciens et psychiatres du travail des repères quantitatifs fiables pour objectiver la sévérité du délabrement énergétique et de l’aliénation cognitive chez des patients consultant pour épuisement professionnel. Utilisé de manière longitudinale, il autorise l’évaluation objective de l’efficacité d’interventions thérapeutiques, d’aménagements de poste ou de démarches de reprise progressive du travail.
5. Construit psychologique
L’OLBI conceptualise le burnout comme un syndrome bidimensionnel résultant d’une exposition chronique à des stresseurs professionnels mal régulés. Ces deux dimensions — l’épuisement et le désengagement — capturent les composantes énergétiques et motivationnelles de l’expérience du travail.
5.1. La dimension d’Épuisement (Exhaustion)
Dans la perspective de Demerouti et collaborateurs, l’épuisement est défini comme la conséquence directe de contraintes physiques, affectives et cognitives intenses et répétées imposées à l’individu au fil du temps. Contrairement au Maslach Burnout Inventory qui restreint cette composante à l’« épuisement émotionnel », l’OLBI adopte une conceptualisation holistique incluant :
- L’épuisement physique : La sensation d’abattement somatique, de lassitude musculaire, de manque récurrent d’énergie corporelle et de lenteur dans la récupération physiologique après l’effort (ex. item 4 : « After work, I tend to need more time than in the past in order to relax and feel better »).
- L’épuisement cognitif : L’incapacité à mobiliser son attention, le sentiment de saturation mentale, la difficulté à se concentrer sur des tâches complexes et la perte de vivacité intellectuelle.
- L’épuisement affectif : Le sentiment d’être vidé de ses ressources émotionnelles, d’être à bout de nerfs et incapable d’absorber la moindre charge émotionnelle supplémentaire liée aux interactions de travail (ex. item 8 : « During my work, I often feel emotionally drained »).
Cette dimension s’inscrit sur un continuum énergétique bipolaire allant de la vigueur et de la vitalité (à l’extrémité positive, représentée par exemple par l’item 16 : « When I work, I usually feel energized ») jusqu’à l’effondrement énergétique complet et l’épuisement total.
5.2. La dimension de Désengagement (Disengagement)
Le désengagement fait référence à un processus d’éloignement psychologique, d’aliénation et de distanciation critique que le travailleur instaure entre lui-même et son activité professionnelle globale, son environnement de travail et les valeurs associées à son rôle. Ce concept transcende la simple dépersonnalisation relationnelle en ciblant :
- L’attitude cynique et désabusée envers l’activité : Le développement de pensées négatives récurrentes sur l’utilité, le sens et la portée sociale de son travail (ex. item 3 : « It happens more and more often that I talk about my work in a negative way »).
- Le dégoût ou le rejet émotionnel du travail : Une aversion ressentie face aux tâches quotidiennes, allant parfois jusqu’au sentiment d’écœurement psychologique (ex. item 11 : « Sometimes I feel sickened by my work tasks »).
- L’exécution mécanique et la déconnexion cognitive : Le fonctionnement en « pilote automatique », où l’employé accomplit ses tâches de manière robotisée, sans investissement réflexif ni intérêt intellectuel (ex. item 6 : « Lately, I tend to think less at work and do my job almost mechanically »).
À l’instar de l’épuisement, le désengagement est conceptualisé comme le pôle négatif d’un continuum d’identification professionnelle dont le pôle positif correspond à l’engagement au travail (work engagement), caractérisé par le dévouement, la passion pour sa profession et la perception du travail comme un défi stimulant (ex. item 7 : « I find my work to be a positive challenge »).
6. Cadre théorique
Le développement de l’OLBI s’ancre profondément dans deux corpus théoriques cardinaux de la psychologie contemporaine de la santé au travail : le Modèle Exigences-Ressources professionnelles (Job Demands-Resources Model, ou JD-R) et la Théorie de la Conservation des Ressources (Conservation of Resources Theory, COR).
6.1. Le modèle des Exigences et Ressources professionnelles (JD-R)
Développé par Evangelia Demerouti, Arnold B. Bakker, Friedhelm Nachreiner et Wilmar Schaufeli (2001), le modèle JD-R postule que tout environnement professionnel, quelle que soit son industrie, se caractérise par deux ensembles de variables distinctes :
- Les exigences professionnelles (Job Demands) : Les aspects physiques, psychologiques, sociaux ou organisationnels du travail qui requièrent un effort cognitif ou émotionnel soutenu et sont donc associés à des coûts physiologiques et psychologiques (pression temporelle, charge de travail, conflits interpersonnels, environnement physique pénible).
- Les ressources professionnelles (Job Resources) : Les aspects du travail qui permettent de réduire les exigences professionnelles et leurs coûts associés, facilitent l’atteinte des objectifs de travail et stimulent le développement personnel, l’apprentissage et l’accomplissement (autonomie décisionnelle, soutien social des pairs et de la hiérarchie, rétroaction sur les performances).
Le modèle JD-R formalise l’existence de deux processus psychologiques parallèles mais interconnectés. Le premier est un processus de dégradation de la santé (health impairment process) : des exigences de travail chroniquement excessives épuisent les réserves d’énergie des employés, conduisant directement à l’épuisement (mesuré par la première dimension de l’OLBI), puis à des pathologies somatiques (troubles cardiovasculaires, dépression). Le second est un processus motivationnel : un manque structurel de ressources professionnelles entrave l’atteinte des objectifs et nourrit la frustration des besoins psychologiques fondamentaux, conduisant au repli et au désengagement (mesuré par la seconde dimension de l’OLBI). L’OLBI a été précisément conçu pour opérationnaliser les deux aboutissements ultimes de ces deux voies causales.
6.2. La théorie de la conservation des ressources (COR)
L’OLBI s’appuie également sur la théorie de la conservation des ressources formulée par Stevan E. Hobfoll (1989). Selon ce paradigme, les individus luttent pour acquérir, conserver, protéger et favoriser les ressources qu’ils jugent précieuses (énergie, temps, statut, bien-être). Le stress psychologique survient lorsque ces ressources sont menacées, perdues ou lorsque l’investissement d’une ressource majeure ne produit pas le rendement escompté.
Face à une hémorragie prolongée de leurs ressources énergétiques, les travailleurs activent des stratégies défensives pour éviter l’épuisement total. Le désengagement agit ainsi comme un mécanisme de protection psychologique adaptatif : en retirant leur implication émotionnelle et cognitive et en réduisant leur attachement au travail, les individus tentent d’endiguer la déperdition de leurs ressources vitales résiduelles. L’OLBI capture avec précision cette transition dynamique entre l’épuisement des ressources et le mécanisme d’autoprotection défensif qu’est le désengagement.
7. Validité
Les qualités métrologiques de l’OLBI ont fait l’objet d’investigations empiriques rigoureuses à travers le monde, consolidant sa réputation d’outil psychométrique hautement valide.
7.1. Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit de l’OLBI a été formellement établie par Halbesleben et Demerouti (2005) ainsi que par Demerouti et collaborateurs (2001, 2003, 2010). Dans une série d’analyses factorielles confirmatoires multi-échantillons, les auteurs ont comparé un modèle unidimensionnel (où tous les items reflètent un facteur unique de burnout), un modèle bidimensionnel non corrélé et un modèle bidimensionnel corrélé (épuisement et désengagement). Les données indiquent sans équivoque la supériorité statistique du modèle bifactoriel corrélé, qui présente d’excellents indices d’ajustement : Comparative Fit Index (CFI) > 0,93, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,91, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,06.
7.2. Validité convergente
La validité convergente de l’OLBI a été démontrée par de fortes corrélations positives avec d’autres échelles réputées évaluant le burnout et la détresse psychologique :
- Corrélation avec le MBI : La sous-échelle d’épuisement de l’OLBI corrèle très fortement avec la sous-échelle d’épuisement émotionnel du MBI (valeurs de r comprises entre 0,70 et 0,85 selon les études). De même, la sous-échelle de désengagement de l’OLBI présente des corrélations substantielles avec la dépersonnalisation et le cynisme du MBI (r variant de 0,55 à 0,72).
- Corrélation avec la dépression et l’anxiété : L’épuisement de l’OLBI corrèle significativement avec les échelles de dépression telles que le BDI (Beck Depression Inventory) ou l’échelle HADS (r ≈ 0,50 à 0,60), attestant que l’épuisement physique et affectif partage une variance significative avec la détresse affective générale tout en demeurant une entité distincte.
7.3. Validité discriminante
Une préoccupation récurrente en psychologie organisationnelle concerne le chevauchement potentiel entre le burnout, la dépression clinique et l’insatisfaction professionnelle. Des analyses par équations structurelles menées par Demerouti et al. (2007, 2010) ont démontré que les items de l’OLBI ne fusionnent pas avec les construits de dépression générale ni avec la satisfaction au travail. Bien qu’associés, ils représentent des facteurs latents statistiquement séparables. De plus, les corrélations négatives attendues avec l’échelle d’engagement au travail d’Utrecht (UWES) confirment que l’OLBI évalue bien le pôle opposé du bien-être professionnel sans pour autant être une simple inversion mathématique de l’engagement.
7.4. Validité prédictive et de critère
L’OLBI présente une remarquable validité prédictive vis-à-vis d’issues comportementales et médicales critiques. Des études longitudinales (Harrison, Newman, & Roth, 2006 ; Peterson et al., 2008) ont révélé que des scores élevés aux dimensions d’épuisement et de désengagement de l’OLBI prédisent de manière prospective :
- Une augmentation statistiquement significative de l’absentéisme pour maladie et des congés de longue durée ;
- Une dégradation des performances professionnelles objectives et subjectives ;
- Une hausse de l’intention de quitter l’entreprise (turnover intention) ;
- Des symptômes somatiques accrus (céphalées de tension, insomnies, troubles musculo-squelettiques et gastro-intestinaux).
8. Fidélité
La fidélité de l’Inventaire d’Épuisement Professionnel d’Oldenburg a été documentée au sein de cohortes variées regroupant des milliers de participants en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.
8.1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Omega de McDonald)
Les coefficients de cohérence interne calculés sur les différentes versions linguistiques de l’échelle attestent d’une excellente stabilité des items :
- Sous-échelle Épuisement : L’alpha de Cronbach (α) s’établit de manière récurrente entre 0,78 et 0,87. Dans l’étude princeps anglophone de Halbesleben et Demerouti (2005), l’alpha était de 0,82. L’oméga de McDonald (ω), réputé plus robuste face aux violations du postulat de tau-équivalence, atteint des niveaux équivalents (généralement > 0,83).
- Sous-échelle Désengagement : L’alpha de Cronbach oscille généralement entre 0,74 et 0,85 selon les échantillons professionnels considérés (α = 0,78 dans Halbesleben & Demerouti, 2005). La présence d’items inversés n’entrave pas l’homogénéité globale du construit lorsque les consignes de cotation sont rigoureusement appliquées.
8.2. Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)
Des protocoles longitudinaux examinant la stabilité test-retest à des intervalles de 4 mois, 6 mois et 12 mois ont démontré des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et des corrélations de Pearson variant de 0,62 à 0,76. Ces valeurs illustrent le comportement psychométrique idéal attendu d’un construit de burnout : une stabilité relative traduisant la persistance d’un état d’épuisement chronique, combinée à une sensibilité suffisante aux changements environnementaux ou organisationnels survenus dans la vie professionnelle du travailleur.
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle de l’OLBI a fait l’objet d’examens statistiques approfondis au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).
9.1. Structure factorielle et saturation des items
Lors des analyses factorielles confirmatoires utilisant la méthode du maximum de vraisemblance (ML) ou des estimateurs robustes (WLSMV pour variables ordinales), le modèle à deux facteurs corrélés fournit la solution optimale la plus parcimonieuse. Les saturations factorielles standardisées (factor loadings, λ) se révèlent systématiquement significatives (p < 0,001) :
- Pour les items de l’Épuisement (items 2, 4, 5, 8, 10, 12, 14, 16), les saturations standardisées s’échelonnent typiquement entre 0,52 et 0,78. Les items 2 (« There are days when I feel tired before I arrive at work »), 8 (« During my work, I often feel emotionally drained ») et 12 (« After my work, I usually feel worn out and weary ») affichent fréquemment les saturations les plus élevées (> 0,70), constituant les marqueurs les plus discriminants de la charge énergétique résiduelle.
- Pour les items du Désengagement (items 1, 3, 6, 7, 9, 11, 13, 15), les saturations factorielles s’étendent de 0,48 à 0,75. Les énoncés reflétant le détachement affectif et la négativité, comme les items 3, 6 et 11, saturent particulièrement fortement sur cette dimension.
9.2. Gestion du facteur de méthode lié aux items inversés
L’introduction d’items positifs et négatifs dans l’OLBI constitue un atout méthodologique indéniable pour contrer l’acquiescement, mais peut introduire un « effet d’artefact de formulation » (method effect). Dans leurs travaux méthodologiques, Demerouti et Bakker (2007) ont comparé des modèles d’AFC modélisant explicitement :
- Deux facteurs de contenu (Épuisement et Désengagement) ;
- Deux facteurs de contenu plus un ou deux facteurs de méthode spécifiques à la formulation (items inversés vs non-inversés).
Les résultats démontrent que bien que l’ajout de facteurs de méthode améliore légèrement les indices d’ajustement statistique, les facteurs substantiels d’épuisement et de désengagement conservent toute leur pertinence théorique et expliquent la quasi-totalité de la variance commune. La corrélation interfactorielle entre l’épuisement et le désengagement varie typiquement entre 0,45 et 0,65, confirmant que si les deux manifestations sont interdépendantes et se renforcent mutuellement au cours de la progression du syndrome, elles n’en demeurent pas moins deux dimensions distinctes.
10. Instrument de mesure
L’application et l’exploitation de l’OLBI s’appuient sur des paramètres standardisés précis :
- Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté d’évaluation de la santé au travail et du syndrome d’épuisement professionnel.
- Format d’administration : Papier-crayon, plateforme informatique d’évaluation en ligne ou intégré dans des progiciels de diagnostic organisationnel des risques psychosociaux.
- Population cible : Ensemble des travailleurs actifs (salariés, indépendants, cadres, ouvriers), sans restriction liée au secteur professionnel ou au contact direct avec des clients/usagers. Adaptable également aux populations étudiantes (OLBI-S).
- Durée moyenne de passation : Environ 5 à 8 minutes.
- Nombre d’items : 16 items équilibrés (8 items pour l’Épuisement et 8 items pour le Désengagement).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 4 points :
- 1 = « Tout à fait d’accord » (Strongly agree)
- 2 = « D’accord » (Agree)
- 3 = « Pas d’accord » (Disagree)
- 4 = « Pas du tout d’accord » (Strongly disagree)
(Note : Certaines variantes empiriques emploient une échelle en 5 points allant de 1 « Pas du tout d’accord » à 5 « Tout à fait d’accord », mais la formule princeps de référence est structurée en 4 points ordonnés de 1 à 4).
- Sous-échelles et règles d’inversion des items :
- Désengagement (8 items) : Items 1, 3(R), 6(R), 7, 9(R), 11(R), 13, 15.
- Épuisement (8 items) : Items 2(R), 4(R), 5, 8(R), 10, 12(R), 14, 16.
- Règle de cotation : La lettre (R) indique les items formulés dans le sens du burnout qu’il convient de recoder ou de traiter selon le sens des ancrages. Si l’échelle va de 1 (« Tout à fait d’accord ») à 4 (« Pas du tout d’accord »), les items orientés positivement (reflétant l’énergie et l’engagement, ex. items 1, 5, 7, 10, 13, 14, 15, 16) doivent être inversés (1=4, 2=3, 3=2, 4=1) afin qu’un score final plus élevé reflète systématiquement un niveau supérieur d’épuisement ou de désengagement.
- Calcul des scores : On calcule la moyenne des items (somme divisée par 8) pour chacune des deux sous-échelles. Le score moyen d’épuisement et le score moyen de désengagement s’échelonnent ainsi entre 1,00 et 4,00. Un score global de burnout peut également être obtenu en calculant la moyenne des 16 items.
- Seuils indicatifs (Cut-off scores) : Bien que l’OLBI soit un outil dimensionnel continu, des seuils de vigilance ont été proposés dans la littérature clinique et épidémiologique européenne (par ex. Peterson et al., 2008) :
- Épuisement faible : < 2,25 ; Épuisement élevé : ≥ 2,25
- Désengagement faible : < 2,10 ; Désengagement élevé : ≥ 2,10
- Le profil de « burnout avéré » correspond à la présence concomitante de scores élevés sur les deux dimensions.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de développement initial : 1998 (diffusion académique formelle et standardisation en langue allemande par Demerouti et collaborateurs). La validation anglo-saxonne majeure date de 2005.
- Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Evangelia Demerouti et les co-auteurs originaux détiennent la propriété intellectuelle de l’échelle. Contrairement au Maslach Burnout Inventory (MBI) qui fait l’objet d’une exploitation commerciale stricte et onéreuse sous licence privée par Mind Garden Inc., l’OLBI a été conçu dans un esprit de diffusion académique ouverte.
- Conditions d’utilisation et tarification : L’utilisation de l’OLBI est gratuite pour la recherche scientifique non commerciale, les thèses universitaires et les études institutionnelles à but non lucratif. Les chercheurs peuvent administrer les items sous réserve de citer scrupuleusement les publications fondatrices (notamment Demerouti et al., 2001 ; Halbesleben & Demerouti, 2005).
- Utilisation commerciale et de conseil : Pour les entreprises commerciales, les cabinets de conseil en ressources humaines ou l’intégration dans des plateformes logicielles payantes de gestion des talents, il est impératif et courtois de solliciter une autorisation formelle préalable auprès de la Pre Evangelia Demerouti (TU Eindhoven).
12. Références
Les sources académiques suivantes constituent les fondements théoriques et métrologiques de l’OLBI :
- Bakker, A. B., Demerouti, E., & Verbeke, W. (2004). Using the job demands-resources model to predict burnout and performance. Human Resource Management, 43(1), 83–104. https://doi.org/10.1002/hrm.20004
- Demerouti, E., & Bakker, A. B. (2007). The Oldenburg Burnout Inventory: A good alternative to measure burnout (and engagement). Utrecht University and Erasmus University Rotterdam. Manuscrit de recherche non publié.
- Demerouti, E., Bakker, A. B., & Mostert, K. (2010). Burnout and engagement: A thorough investigation of the independency of both constructs. Journal of Occupational Health Psychology, 15(3), 209–222. https://doi.org/10.1037/a0019408
- Demerouti, E., Bakker, A. B., Nachreiner, F., & Schaufeli, W. B. (2001). The job demands-resources model of burnout. Journal of Applied Psychology, 86(3), 499–512. https://doi.org/10.1037/0021-9010.86.3.499
- Demerouti, E., Bakker, A. B., Vardakou, I., & Kantas, A. (2003). The convergent validity of two burnout instruments: A multitrait-multimethod analysis. European Journal of Psychological Assessment, 19(1), 12–23. https://doi.org/10.1027//1015-5759.19.1.12
- Halbesleben, J. R. B., & Demerouti, E. (2005). The construct validity of an alternative measure of burnout: Investigating the English translation of the Oldenburg Burnout Inventory. Work & Stress, 19(3), 208–220. https://doi.org/10.1080/02678370500340728
- Harrison, D. A., Newman, D. A., & Roth, P. L. (2006). How important are job attitudes? Meta-analytic comparisons of integrative behavioral outcomes and time sequences. Academy of Management Journal, 49(2), 305–325. https://doi.org/10.5465/amj.2006.20786077
- Hobfoll, S. E. (1989). Conservation of resources: A new attempt at conceptualizing stress. American Psychologist, 44(3), 513–524. https://doi.org/10.1037/0003-066X.44.3.513
- Peterson, U., Demerouti, E., Bergström, G., Åsberg, M., & Nygren, Å. (2008). Work characteristics and everyday functioning in Swedish healthcare personnel: A validation study of the Oldenburg Burnout Inventory (OLBI). Scandinavian Journal of Caring Sciences, 22(4), 633–644. https://doi.org/10.1111/j.1471-6712.2007.00586.x
13. Questions et items du questionnaire
Response Format:
(1) strongly agree | (2) agree | (3) disagree | (4) strongly disagree
- I always find new and interesting aspects in my work.
- There are days when I feel tired before I arrive at work.
- It happens more and more often that I talk about my work in a negative way.
- After work, I tend to need more time than in the past in order to relax and feel better.
- I can tolerate the pressure of my work very well.
- Lately, I tend to think less at work and do my job almost mechanically.
- I find my work to be a positive challenge.
- During my work, I often feel emotionally drained.
- Over time, one can become disconnected from this type of work.
- After working, I have enough energy for my leisure activities.
- Sometimes I feel sickened by my work tasks.
- After my work, I usually feel worn out and weary.
- This is the only type of work that I can imagine myself doing.
- Usually, I can manage the amount of my work well.
- I feel more and more engaged in my work.
- When I work, I usually feel energized.
• Disengagement: Items 1, 3(R), 6(R), 7, 9(R), 11(R), 13, 15.
• Exhaustion: Items 2(R), 4(R), 5, 8(R), 10, 12(R), 14, 16.
Note: (R) denotes items reflecting burnout; when using the (1) strongly agree to (4) strongly disagree format, positively phrased items must be reversed so that higher scores represent higher levels of burnout.