1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire sur les troubles de l’humeur (Mood Disorder Questionnaire, ou MDQ) constitue l’un des instruments d’auto-évaluation de dépistage les plus validés et utilisés mondialement pour identifier les personnes susceptibles de présenter un trouble du spectre bipolaire (trouble bipolaire de type I, de type II ou trouble cyclothymique). Développé au tournant des années 2000 par une équipe pluridisciplinaire d’experts sous la direction de Robert M. A. Hirschfeld, le MDQ répond à un problème clinique récurrent : le sous-diagnostic et le diagnostic erroné des troubles bipolaires, fréquemment confondus avec le trouble dépressif majeur unipolaire, ce qui entraîne des retards d’instauration d’un traitement thymorégulateur adapté pouvant atteindre huit à dix ans.
L’instrument repose sur une structure séquentielle combinant trois sections obligatoires et deux questions complémentaires d’anamnèse. La première partie comprend 13 items dichotomiques (oui/non) explorant les symptômes maniaques et hypomaniaques cardinaux dérivés des critères diagnostiques du DSM-IV. La deuxième question évalue la simultanéité temporelle ou la synchronie de ces manifestations au cours d’une même période. La troisième question quantifie le retentissement fonctionnel et psychosocial généré par ces symptômes sur une échelle ordinale à quatre modalités (aucun problème, problème mineur, problème modéré, problème grave). Pour qu’un dépistage soit considéré comme positif selon l’algorithme standard de Hirschfeld, le patient doit satisfaire simultanément à trois conditions : endosser au moins 7 des 13 items de la première partie, confirmer la simultanéité des manifestations, et rapporter un niveau de dysfonctionnement jugé modéré ou grave.
Sur le plan des propriétés psychométriques, le MDQ démontre une consistance interne satisfaisante avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,79 et 0,90 selon les populations étudiées. Dans les contextes psychiatriques ambulatoires spécialisés, l’instrument présente une excellente sensibilité (environ 0,73) et une spécificité robuste (environ 0,90). Bien que son efficacité de dépistage soit particulièrement élevée pour le trouble bipolaire de type I, sa sensibilité fléchit sensiblement face au trouble bipolaire de type II et au sein de la population générale ou des soins primaires (sensibilité variant entre 0,28 et 0,58), où la prévalence de base est plus faible. L’outil n’a pas de vocation diagnostique autonome, mais sert de système d’alerte clinique déclenchant une évaluation psychiatrique approfondie.
2. Mots-clés / Keywords
Troubles bipolaires, Dépistage psychiatrique, Hypomanie, Manie, Spectre bipolaire, Questionnaire sur les troubles de l’humeur, Psychométrie, Validité diagnostique, Sensibilité et spécificité, Auto-questionnaire, Évaluation clinique
3. Auteurs / Authors
Le Questionnaire sur les troubles de l’humeur a été élaboré par un consortium de chercheurs de premier plan en psychiatrie clinique et en nosologie des troubles de l’humeur :
- Robert M. A. Hirschfeld, M.D. — Département de psychiatrie et des sciences du comportement, University of Texas Medical Branch (UTMB), Galveston, Texas, États-Unis (auteur correspondant principal).
- Janet B. W. Williams, Ph.D. — Columbia University College of Physicians and Surgeons et New York State Psychiatric Institute, New York, NY, États-Unis.
- Robert L. Spitzer, M.D. — Département de psychiatrie, Columbia University, New York, NY, États-Unis (pionnier du développement des critères opérationnels du DSM-III et DSM-IV).
- Joseph R. Calabrese, M.D. — Bipolar Disorders Research Center, Case Western Reserve University, University Hospitals of Cleveland, Cleveland, Ohio, États-Unis.
- Laurie Flynn — National Alliance on Mental Illness (NAMI), Arlington, Virginie, États-Unis.
- Paul E. Keck Jr., M.D. — Département de psychiatrie, University of Cincinnati College of Medicine, Cincinnati, Ohio, États-Unis.
- Lydia Lewis — Depression and Bipolar Support Alliance (DBSA), Chicago, Illinois, États-Unis.
- Susan L. McElroy, M.D. — Département de psychiatrie, University of Cincinnati College of Medicine, Cincinnati, Ohio, États-Unis.
- Robert M. Post, M.D. — Biological Psychiatry Branch, National Institute of Mental Health (NIMH), Bethesda, Maryland, États-Unis.
- Daniel J. Rapport, M.D. — Department of Psychiatry, Case Western Reserve University, Cleveland, Ohio, États-Unis.
- James M. Russell, M.D. — Department of Psychiatry, University of Texas Medical Branch, Galveston, Texas, États-Unis.
- Gary S. Sachs, M.D. — Bipolar Clinic and Research Program, Massachusetts General Hospital, Harvard Medical School, Boston, Massachusetts, États-Unis.
- John M. Zajecka, M.D. — Department of Psychiatry, Rush University Medical Center, Chicago, Illinois, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
La finalité première du MDQ est d’offrir une méthode brève, standardisée et accessible pour repérer la présence sous-jacente d’épisodes maniaques ou hypomaniaques passés chez des individus consultant pour des troubles psychiques, notamment un syndrome dépressif. Les données épidémiologiques et cliniques soulignent qu’une proportion substantielle de patients souffrant d’un trouble du spectre bipolaire consultent quasi exclusivement durant leurs phases dépressives, douloureuses et invalidantes. Les états d’hypomanie, caractérisés par une élévation de l’énergie, une réduction du besoin de sommeil et une efficacité perçue accrue, sont rarement spontanément formulés comme des motifs de plainte pathologique par les patients, qui les assimilent fréquemment à des périodes de « normalité retrouvée » ou d’épanouissement personnel.
Par conséquent, les praticiens non spécialistes, mais également de nombreux psychiatres, posent un diagnostic par défaut de dépression unipolaire. Ce diagnostic erroné génère des conséquences cliniques délétères majeures : l’instauration d’une monothérapie par antidépresseurs sans stabilisateur de l’humeur préalable peut induire des virages maniaques iatrogènes, accélérer les cycles de l’humeur vers un patron de cycles rapides, aggraver les états mixtes ou exacerber l’agitation psychomotrice et le risque suicidaire. Le MDQ a été pensé pour briser ce goulet d’étranglement diagnostique en fournissant une grille d’auto-évaluation administrable en salle d’attente en moins de cinq minutes.
Dans la recherche translationnelle et clinique, le MDQ sert d’instrument d’inclusion, de stratification des cohortes et de veille épidémiologique. Il permet d’étudier la prévalence des caractéristiques bipolaires au sein de sous-groupes cliniques complexes, tels que les patients souffrant de trouble de l’usage de substances, de trouble de la personnalité borderline, ou de troubles anxieux résistants. Il convient néanmoins d’insister sur le fait que le MDQ ne pose aucun diagnostic formel : un score positif indique exclusivement la nécessité d’un entretien clinique semi-structuré d’évaluation psychiatrique approfondie.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le MDQ s’enracine dans la sémiologie dimensionnelle et catégorielle des états d’excitation de l’humeur, formalisés dans la psychiatrie nord-américaine et internationale. Ce construit s’articule autour de trois dimensions interdépendantes : les manifestations symptomatiques de l’activation psychique et motrice, la concomitance temporelle (synchronie) et l’altération fonctionnelle globale.
1. Dimension symptomatique d’activation thymique et neurocomportementale (Question 1, Items 1 à 13)
Cette dimension opérationnalise les critères sémiologiques du DSM-IV nécessaires à la caractérisation d’un épisode maniaque ou hypomaniaque :
- Élévation de l’humeur et hyperactivité (Item 1) : Se sentir si bien, si plein d’énergie ou euphorique que l’entourage remarque un écart par rapport à l’état habituel, pouvant engendrer des difficultés relationnelles.
- Irritabilité et agressivité verbale/physique (Item 2) : Présence d’une irritabilité disproportionnée conduisant à des éclats de voix, des disputes ou des altercations avec autrui.
- Hypertrophie de l’estime de soi ou sentiment de grandeur (Item 3) : Sentiment accru de confiance en soi, de puissance ou de capacités hors du commun.
- Diminution du besoin de sommeil (Item 4) : Capacité à dormir nettement moins que d’habitude tout en se réveillant reposé et plein d’énergie, sans ressentir de fatigue diurne.
- Logorrhée et pression de la parole (Item 5) : Volubilité inhabituelle, accélération du débit verbal et besoin impérieux de parler en continu.
- Tachypsychie et fuite des idées (Item 6) : Sensation que les pensées se bousculent dans l’esprit à une vitesse vertigineuse ou incapacité à ralentir le cours de sa pensée.
- Distractibilité cognitive (Item 7) : Difficulté marquée à maintenir son attention, l’esprit étant continuellement dévié par des stimuli environnementaux non pertinents.
- Accélération psychomotrice et regain d’énergie (Item 8) : Constat objectif ou subjectif d’un niveau d’énergie physique et mentale nettement supérieur à la normale.
- Hyperactivité motrice et suractivité globale (Item 9) : Augmentation notable de l’engagement dans des projets ou activités multiples, au travail ou à la maison.
- Désinhibition sociale (Item 10) : Grégarisme exacerbé, comportement excessivement familier ou expansif, comme téléphoner à des connaissances au milieu de la nuit.
- Hypersexualité (Item 11) : Accroissement sensible de la libido, des fantasmes érotiques ou des conduites sexuelles compulsives.
- Prise de risque et perte du jugement (Item 12) : Adoption de comportements atypiques, inconsidérés, téméraires ou potentiellement dangereux pour soi ou autrui.
- Achats compulsifs et témérité financière (Item 13) : Dépenses irréfléchies entraînant des conséquences financières critiques pour l’individu ou sa famille.
2. Dimension de clustering temporel ou synchronie (Question 2)
Pour qu’un état d’excitation thymique relève d’un véritable syndrome maniaque ou hypomaniaque, les symptômes ne doivent pas se manifester de manière isolée ou dispersée au fil des années, mais doivent former un tableau syndromique co-occurrent. La Question 2 évalue explicitement si plusieurs des symptômes endossés à la Question 1 sont survenus durant une même fenêtre temporelle.
3. Retentissement fonctionnel et sévérité (Question 3)
La nosographie psychiatrique distingue l’hypomanie bénigne non invalidante de la manie destructrice par le degré de retentissement. Le MDQ jauge cette dimension au moyen d’une graduation mesurant l’impact délétère sur la sphère professionnelle, conjugale, sociale, financière et légale. Cette étape est cruciale pour réduire le taux de faux positifs chez des sujets présentant des traits de personnalité extravertis ou d’ouverture sans morbidité clinique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-tendant le MDQ s’appuie sur la nosologie syndromique kraepelinienne moderne, raffinée par les travaux de Jules Angst, Hagop Akiskal et Robert Spitzer. Au début du XXe siècle, Emil Kraepelin a unifié l’ensemble des psychoses périodiques sous le concept de « folie maniaco-dépressive », englobant aussi bien les accès mélancoliques purs que les accès maniaques et les états mixtes. Dans la seconde moitié du XXe siècle, sous l’influence des critères de Feighner, de la Research Diagnostic Criteria (RDC) et du DSM-III, une scission rigide s’est opérée entre la dépression unipolaire et le trouble bipolaire, ce dernier requérant la mise en évidence formelle d’au moins un épisode maniaque avéré.
Cependant, le modèle dimensionnel du « spectre bipolaire » théorisé par Hagop Akiskal soutient que la bipolarité ne se limite pas à la manie psychotique classique (Bipolaire I), mais englobe un continuum allant de la cyclothymie, des tempéraments hyperthymiques et de la dépression avec hypomanie brève (Bipolaire II), jusqu’aux instabilités thymiques induites par les substances ou les antidépresseurs. Le MDQ s’inscrit précisément à l’intersection entre le modèle catégoriel rigide du DSM et le modèle dimensionnel du spectre :
- Le modèle d’activation comportementale : Les symptômes du MDQ reflètent une dysrégulation du système d’approche comportementale (Behavioral Approach System ou BAS), conceptualisé par Richard Depue et Charles Carver. En phase d’élévation thymique, une hyper-réactivité du BAS conduit à une recherche effrénée de récompenses, une audace démesurée, une logorrhée et une perte de la perception des risques.
- La perspective de la comorbidité cachée : De nombreux patients souffrant de trouble bipolaire consultent initialement pour d’autres motifs : trouble panique, anxiété généralisée, dépendance alcoolique ou syndrome de fatigue chronique. L’orientation théorique du MDQ postule que ces présentations masquent fréquemment des fluctuations cycliques endogènes qu’un interrogatoire transversal classique échoue à révéler.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du MDQ a été abondamment documentée dans la littérature internationale à travers de multiples contextes cliniques et épidémiologiques.
Validité de construit et validité concourante
Dans l’étude princeps menée par Hirschfeld et ses collaborateurs (2000) au sein de cinq cliniques psychiatriques universitaires américaines auprès de 198 patients, le MDQ a été comparé à l’évaluation diagnostique de référence issue du module humeur du Structured Clinical Interview for DSM-IV (SCID). En utilisant le seuil combiné standard (au moins 7 items sur 13 + simultanéité + impact fonctionnel modéré à sévère), le MDQ a révélé une sensibilité de 0,73 (73 % des patients bipolaires diagnostiqués au SCID étaient correctement identifiés) et une spécificité de 0,90 (90 % des patients sans trouble bipolaire étaient correctement classés négatifs).
Validité discriminante en soins primaires et en population générale
Les propriétés opératoires de l’outil varient significativement selon la prévalence du trouble au sein de la population cible :
- Population générale : Dans l’étude d’échantillonnage communautaire de Hirschfeld et al. (2003) portant sur un échantillon national représentatif de plus de 85 000 foyers, la spécificité s’est maintenue à un niveau exceptionnel de 0,97, garantissant un très faible taux de faux positifs. Néanmoins, la sensibilité a chuté à 0,28, démontrant que le MDQ sous-estime les formes atténuées ou sous-cliniques en population non consultante.
- Soins primaires (médecine générale) : Dans une étude menée en médecine de famille auprès de patients traités pour dépression (Hirschfeld et al., 2005), la sensibilité a été estimée à 0,58 et la spécificité à 0,93. Ces chiffres soulignent que le questionnaire demeure performant pour écarter les non-bipolaires, mais laisse échapper plus de 40 % des patients bipolaires de soins primaires.
- Patients déprimés ambulatoires (Miller et al., 2004) : En milieu psychiatrique ambulatoire chez des patients consultant pour un épisode dépressif majeur, la sensibilité globale s’est établie à 0,58 pour une spécificité de 0,67. Cette étude a mis en évidence une sensibilité nettement supérieure pour le trouble bipolaire de type I comparativement au trouble bipolaire de type II.
Défis de validité différentielle : Trouble de la personnalité borderline
Une limite méthodologique notable réside dans le chevauchement symptomatique entre le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité borderline (TPB). Les items évaluant l’irritabilité, l’impulsivité, les conduites à risque et les dépenses inconsidérées sont fréquemment endossés de manière positive par des patients souffrant de TPB sans trouble de l’humeur bipolaire. Plusieurs méta-analyses (ex. Wang et al., 2015) ont mis en garde contre une élévation substantielle des faux positifs dans cette sous-population clinique, recommandant de ne jamais utiliser le seuil du MDQ de manière isolée sans une anamnèse développementale du patron d’instabilité.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité du MDQ a été évaluée au travers de sa consistance interne et de sa stabilité temporelle test-retest au sein de nombreuses cohortes indépendantes à travers le monde :
- Consistance interne : Dans l’étude originale de Hirschfeld et al. (2000), le coefficient alpha de Cronbach des 13 items symptomatiques était de 0,79. Des études de validation ultérieures et transculturelles ont confirmé ces résultats, rapportant des valeurs d’alpha s’étalant de 0,79 à 0,90 (par exemple, Isometsä et al., 2003, ont rapporté un coefficient de 0,90 dans une population clinique finlandaise). Les coefficients de corrélation item-total corrigés sont systématiquement satisfaisants, chaque item symptomatique contribuant significativement au score global.
- Fidélité test-retest : L’administration répétée de l’instrument sur des intervalles allant de 2 à 4 semaines auprès de patients cliniquement stables montre des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) ou des coefficients kappa compris entre 0,75 et 0,85. Cette stabilité confirme que le questionnaire évalue des patrons comportementaux et des souvenirs d’épisodes thymiques durables plutôt que de simples fluctuations d’humeur instantanées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle des 13 items symptomatiques du MDQ a fait l’objet de vifs débats théoriques et psychométriques entre partisans d’un modèle unidimensionnel pur et partisans de solutions multidimensionnelles.
Modèle unidimensionnel initial
À l’origine, Hirschfeld et son équipe concevaient le MDQ comme un outil unidimensionnel mesurant une propension générale unique à la manie/hypomanie. Dans cette optique, l’ensemble des 13 items sature sur un facteur commun latent d’activation thymique, justifiant l’addition arithmétique simple des réponses positives pour former un score global continu de 0 à 13.
Modèles bidimensionnels et tridimensionnels
Cependant, les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites ultérieurement sur de vastes cohortes cliniques (notamment Twiss et al., 2008 ; Stanton & Watson, 2017) ont réfuté l’adéquation optimale du modèle à un seul facteur, révélant généralement une structure bidimensionnelle robuste :
- Facteur 1 : Énergie et expansivité / Activation positive (Elation / Energized-Expansiveness) : Ce facteur regroupe les items liés à l’euphorie, à l’élévation de l’estime de soi, au regain d’énergie, à la diminution du besoin de sommeil, à la volubilité et à la sociabilité exacerbée (items 1, 3, 4, 5, 8, 9, 10). Il reflète le noyau prototypique de l’hypomanie productive et agréable.
- Facteur 2 : Irritabilité, désinhibition et impulsivité (Irritability / Impulsivity / Racing thoughts) : Ce facteur agrège les items relatifs à l’irritabilité, aux disputes, à la fuite des idées, à la distractibilité, aux conduites risquées et aux dépenses incontrôlées (items 2, 6, 7, 11, 12, 13). Ce pôle est étroitement associé aux états mixtes, à la détresse psychologique et aux comorbidités avec les troubles de la personnalité ou les addictions.
Les saturations factorielles observées en AFC pour ces deux dimensions dépassent généralement 0,50 pour la quasi-totalité des items. L’existence de ces deux dimensions distinctes explique pourquoi des patients impulsifs non bipolaires peuvent saturer fortement sur le second facteur tout en obtenant un score nul sur le premier, ce qui justifie les raffinements diagnostiques apportés par les cliniciens lors du décompte des sous-scores.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom de l’instrument : Mood Disorder Questionnaire (MDQ) / Questionnaire sur les troubles de l’humeur.
- Type de passation : Auto-questionnaire de dépistage (rempli directement par le patient ou administré sous forme d’hétéro-évaluation structurée par un soignant).
- Durée d’administration : Environ 5 minutes.
- Population cible : Adultes (des adaptations adolescentes existent sous le nom de MDQ-A) consultant en psychiatrie générale, en médecine interne ou en soins primaires, particulièrement en présence de plaintes dépressives ou anxieuses.
- Composition du test :
- Question 1 (Symptômes maniaques/hypomaniaques) : 13 items dichotomiques mesurés en échelle binaire : Oui (1 point) / Non (0 point).
- Question 2 (Concomitance temporelle) : 1 item dichotomique : Oui / Non. Évalue si plusieurs symptômes ont eu lieu simultanément.
- Question 3 (Retentissement fonctionnel global) : 1 item à échelle ordinale à 4 modalités : Pas de problème (No Problem), Problème mineur (Minor Problem), Problème modéré (Moderate Problem), Problème sérieux (Serious Problem).
- Questions 4 et 5 (Anamnèse complémentaire facultative) : Questions dichotomiques (Oui/Non) explorant les antécédents familiaux biologiques de bipolarité (Q4) et l’existence d’un diagnostic antérieur formulé par un professionnel de santé (Q5).
- Algorithme standard de cotation (Dépistage positif) :
Pour qu’un patient soit considéré comme présentant un dépistage positif pour un trouble du spectre bipolaire, il doit obligatoirement satisfaire à l’ensemble des 3 conditions suivantes :- Avoir répondu « OUI » à au moins 7 items parmi les 13 de la Question 1 (score symptomatique $ge 7$).
- Avoir répondu « OUI » à la Question 2 (confirmation de la survenue simultanée des symptômes).
- Avoir coché la modalité « Problème modéré » ou « Problème sérieux » à la Question 3 (impact clinique significatif).
- Algorithmes alternatifs : Dans certains contextes de soins primaires ou d’études épidémiologiques axées sur le trouble bipolaire de type II, des chercheurs utilisent un seuil abaissé (ex. $ge 5$ items avec ou sans le critère d’impact modéré) pour maximiser la sensibilité au détriment de la spécificité.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 2000 (article princeps par Hirschfeld et coll. dans l’American Journal of Psychiatry).
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le MDQ a été développé sous la direction du Dr Robert M. A. Hirschfeld en collaboration avec l’université du Texas (UTMB) et diverses associations de patients, notamment la Depression and Bipolar Support Alliance (DBSA).
- Tarification et accessibilité : L’instrument est dans le domaine public clinique et éducatif. Il est totalement gratuit d’utilisation pour la pratique clinique courante, la recherche universitaire non commerciale et l’auto-évaluation des patients.
- Conditions d’utilisation et permissions : Les cliniciens et chercheurs peuvent télécharger, imprimer et administrer l’instrument sans avoir à acquitter de droits de licence. Pour toute intégration commerciale dans un logiciel propriétaire fermé ou dans le cadre d’un essai clinique sponsorisé par l’industrie pharmaceutique, l’autorisation formelle préalable des détenteurs des droits ou de l’éditeur peut être requise.
12. Références / References
Les références ci-dessous constituent les publications fondatrices et les études psychométriques majeures consacrées au Questionnaire sur les troubles de l’humeur :
- Hirschfeld, R. M. A., Williams, J. B. W., Spitzer, R. L., Calabrese, J. R., Flynn, L., Keck, P. E., Lewis, L., McElroy, S. L., Post, R. M., Rapport, D. J., Russell, J. M., Sachs, G. S., & Zajecka, J. (2000). Development and validation of a screening instrument for bipolar spectrum disorder: The Mood Disorder Questionnaire. American Journal of Psychiatry, 157(11), 1873–1875. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.157.11.1873
- Hirschfeld, R. M. A. (2002). The Mood Disorder Questionnaire: A simple, patient-rated screening instrument for bipolar disorder. The Primary Care Companion to The Journal of Clinical Psychiatry, 4(1), 9–11. https://doi.org/10.4088/pcc.v04n0104
- Hirschfeld, R. M. A., Calabrese, J. R., Weissman, M. M., Reed, M., Davies, M. A., Frye, M. A., Keck, P. E., McElroy, S. L., Lewis, L., & Holzer, C. (2003). Screening for bipolar disorder in the community. The Journal of Clinical Psychiatry, 64(1), 53–59. https://doi.org/10.4088/JCP.v64n0111
- Hirschfeld, R. M. A., Holzer, C., Calabrese, J. R., Weissman, M., Reed, M., Davies, M., LeFrece, T., Keck, P. E., & McElroy, S. L. (2003). Validity of the Mood Disorder Questionnaire: A general population study. American Journal of Psychiatry, 160(1), 178–180. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.160.1.178
- Hirschfeld, R. M. A., Cass, A. R., Holt, D. C., & Carlson, C. A. (2005). Screening for bipolar disorder in patients treated for depression in a family medicine clinic. The Journal of the American Board of Family Medicine, 18(4), 233–239. https://doi.org/10.3122/jabfm.18.4.233
- Isometsä, E., Henriksson, M., Aro, S., & Lönnqvist, J. (2003). Screening for bipolar disorders in psychiatric outpatients: Reliability and validity of the Mood Disorder Questionnaire. The Journal of Clinical Psychiatry, 64(9), 1025–1030. https://doi.org/10.4088/JCP.v64n0908
- Miller, C. J., Klugman, J., Berv, D. A., Rosenquist, K. J., & Ghaemi, S. N. (2004). Sensitivity and specificity of the Mood Disorder Questionnaire for detecting bipolar disorder. The Journal of Affective Disorders, 81(2), 167–171. https://doi.org/10.1016/S0165-0327(03)00155-7
- Stanton, K., & Watson, D. (2017). Explicating the structure and relations of the Mood Disorder Questionnaire: Implications for screening for bipolar disorder. Journal of Affective Disorders, 220, 72–78. https://doi.org/10.1016/j.jad.2017.05.044
- Twiss, J., Jones, S., & Anderson, I. (2008). Validation of the Mood Disorder Questionnaire for screening for bipolar disorder in a UK sample. The Journal of Affective Disorders, 110(1–2), 180–184. https://doi.org/10.1016/j.jad.2007.12.235
- Wang, H. R., Woo, Y. S., Ahn, H. S., Yoon, B. H., & Bahk, W. M. (2015). The validity of the Mood Disorder Questionnaire for screening bipolar disorder: A meta-analysis. Depression and Anxiety, 32(7), 527–538. https://doi.org/10.1002/da.22374