Enquête Monitoring the Future / Usage au cours des 30 derniers jours

Analyse psychométrique détaillée de l’Échelle d’usage au cours des 30 derniers jours de l’enquête Monitoring the Future (MTF-30) : validité, fidélité, cadre théorique et structure factorielle de la mesure de prévalence active des substances psychoactives chez les jeunes.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’Échelle d’usage au cours des 30 derniers jours de l’enquête Monitoring the Future (couramment désignée sous l’acronyme MTF-30 ou Monitoring the Future 30-Day Use Scale) constitue l’un des instruments épidémiologiques et psychométriques les plus influents au niveau international pour l’évaluation de la consommation récente de substances psychoactives chez les adolescents et les jeunes adultes. Développée dans le cadre du projet de recherche longitudinal Monitoring the Future à l’Institut de recherche sociale (Institute for Social Research – ISR) de l’Université du Michigan, sous la direction principale de Lloyd D. Johnston, Patrick M. O’Malley, Jerald G. Bachman et plus tard John E. Schulenberg, cette mesure a été financée sans interruption par le National Institute on Drug Abuse (NIDA) depuis 1975.

L’instrument cible spécifiquement la prévalence et la fréquence d’usage « au cours des 30 derniers jours » (désigné dans la littérature sous le terme d’usage actuel ou actif, current use), fournissant un indicateur sensible des conduites addictives en cours, distinct de l’expérimentation au cours de la vie (lifetime use) ou de l’usage annuel (past-year use). Le module standardisé comprend 13 items fondamentaux couvrant les principales classes de drogues licites et illicites : tabac fumé (cigarettes), tabac sans fumée, boissons alcoolisées, ivresse alcoolique, cannabis et ses dérivés, substances inhalées (solvants, aérosols), cocaïne (poudre, crack, freebase), hallucinogènes (LSD, psilocybine, PCP), stimulants de type amphétaminique, sédatifs/barbituriques, tranquillisants et anxiolytiques, héroïne, autres analgésiques narcotiques/opioïdes, ainsi que les stéroïdes anabolisants.

Les formats de réponse varient selon les substances pour capturer au mieux la distribution naturelle des consommations : une échelle ordinale en 7 points pour les cigarettes (allant de « Pas du tout » à « Deux paquets ou plus par jour »), une échelle en 6 points pour le tabac sans fumée, et une échelle semi-quantitative en 7 catégories d’occurrences pour l’alcool et les substances illicites (allant de « 0 occasion » à « 40 occasions ou plus »). Sur le plan psychométrique, l’instrument démontre une excellente fidélité test-retest (coefficients kappa de Cohen et corrélations tétrachoriques généralement compris entre 0,75 et 0,92), une cohérence interne robuste lorsqu’il est agrégé sous forme d’indices de polyconsommation (alpha de Cronbach souvent supérieur à 0,80), ainsi qu’une validité de construit et prédictive solidement étayée par des décennies d’analyses longitudinales et de validations croisées biomédicales.

2. Mots-clés

Monitoring the Future, MTF, usage au cours des 30 derniers jours, prévalence active, épidémiologie des addictions, toxicomanie de l’adolescent, psychométrie, polyconsommation, auto-déclaration, évaluation des substances psychoactives.

3. Auteurs

L’échelle d’usage sur 30 jours est indissociable du programme d’investigation national Monitoring the Future: A Continuing Study of American Youth. Les concepteurs et investigateurs historiques principaux sont :

  • Dr. Lloyd D. Johnston, Ph.D. : Professeur de recherche émérite et Distinguished Research Scientist à l’Institute for Social Research (ISR), Université du Michigan, Ann Arbor, États-Unis. Directeur de recherche principal historique de l’étude MTF.
  • Dr. Patrick M. O’Malley, Ph.D. : Professeur de recherche émérite à l’Institute for Social Research, Université du Michigan. Expert méthodologique de l’analyse des tendances épidémiologiques et de la modélisation longitudinale des cohortes.
  • Dr. Jerald G. Bachman, Ph.D. : Professeur de recherche émérite à l’Institute for Social Research, Université du Michigan. Concepteur pionnier des protocoles de sondage et des indicateurs de contextes scolaires et sociaux.
  • Dr. John E. Schulenberg, Ph.D. : Professeur de psychologie et professeur de recherche à l’ISR, Université du Michigan. Chercheur principal sur la transition vers l’âge adulte (emerging adulthood) et la psychopathologie développementale appliquée aux addictions.

Affiliation institutionnelle : Survey Research Center, Institute for Social Research, University of Michigan, 426 Thompson Street, Ann Arbor, MI 48104-2321, États-Unis. Courriel de correspondance institutionnelle : [email protected].

4. Objectif

Le développement et la standardisation de l’évaluation de l’usage au cours des 30 derniers jours répondent à un impératif méthodologique et clinique majeur dans l’étude des toxicomanies : la nécessité de distinguer l’expérimentation isolée ou transitoire d’une consommation active, continue et susceptible de générer des dépendances ou des dommages fonctionnels immédiats. Alors que la prévalence au cours de la vie (lifetime prevalence) documente l’initiation historique et que la prévalence annuelle (annual prevalence) capture des patterns de consommation occasionnels ou récréatifs espacés, la fenêtre temporelle rétrospective de 30 jours fournit l’estimation la plus précise et pragmatique du comportement d’usage actuel.

Sur le plan épidémiologique et de santé publique, cette échelle est conçue pour identifier les tendances temporelles séculaires, les changements de cohortes (cohort effects) et les répercussions immédiates de modifications législatives (telles que la décriminalisation ou la légalisation du cannabis récréatif, les restrictions sur les produits du tabac ou les politiques de taxation de l’alcool). Grâce à sa sensibilité aux fluctuations à court terme, la mesure à 30 jours permet de détecter rapidement les phénomènes émergents, comme les poussées d’abus de médicaments d’ordonnance ou l’adoption précoce de nouvelles drogues de synthèse.

Dans les contextes de recherche clinique et d’évaluation de programmes d’intervention préventive, l’échelle MTF-30 est employée comme critère de jugement principal (primary outcome). Elle offre la résolution requise pour quantifier les réductions d’usage consécutives à des interventions motivationnelles, psychoéducatives ou cognitivo-comportementales. En outre, la possibilité de catégoriser la réponse non seulement de façon dichotomique (usage versus non-usage), mais également sous forme ordinale de sévérité (usage quotidien ou quasi-quotidien, défini conventionnellement par une fréquence égale ou supérieure à 20 occasions par mois), confère au test un pouvoir pronostique élevé concernant l’apparition de troubles de l’usage de substances au sens du DSM-5 (American Psychiatric Association, 2013).

5. Construit psychologique

L’échelle MTF-30 évalue le construit multidimensionnel de l’engagement actif dans la consommation de substances psychoactives au cours d’une fenêtre de rappel standardisée d’un mois civil. Ce construit psychologique et comportemental s’articule autour de trois paramètres structuraux fondamentaux : la prévalence récente, l’intensité ou fréquence d’exposition, et le polymorphisme pharmacologique.

1. La dimension de récence et la dynamique temporelle

En psychométrie comportementale, la mémoire épisodique appliquée aux conduites de consommation s’avère particulièrement vulnérable aux biais de rappel (recall bias) lorsque la période interrogée excède quelques mois. Le choix délibéré d’un cadre de 30 jours maximise la précision de l’auto-déclaration en réduisant l’erreur d’estimation cognitive liée à l’oubli des événements mineurs ou routiniers, tout en offrant une période suffisamment large pour capturer des patterns périodiques, tels que la consommation festive de fin de semaine.

2. La dimension d’intensité et de sévérité comportementale

L’échelle ne se contente pas d’une mesure nominale binaire. Elle opérationnalise la sévérité via des paliers logarithmiques non linéaires reflétant des stades distincts de la trajectoire addictive :

  • Usage sporadique / expérimental récent : 1 à 2 occasions par mois. Caractérise souvent des individus en phase de découverte ou dont l’accès à la substance dépend d’opportunités sociales rares.
  • Usage régulier / modéré : 3 à 9 occasions par mois. Typique d’une utilisation récréative concentrée sur les vendredis et samedis soir.
  • Usage fréquent : 10 à 19 occasions par mois. Marque l’infiltration de la substance dans les journées ordinaires de la semaine, au-delà du seul cadre festif.
  • Usage quotidien ou quasi-quotidien : 20 occasions ou plus par mois (ou un demi-paquet et plus pour les cigarettes). Cette modalité constitue un marqueur diagnostique critique, hautement corrélé aux critères de tolérance pharmacologique, de sevrage physiologique et de dépendance psychologique.

3. Les sous-domaines pharmacologiques

L’instrument explore 13 classes distinctes de substances, regroupables selon les modèles factoriels en plusieurs sous-systèmes :

  • Substances licites / d’initiation conventionnelle : Tabac combustible, tabac non fumé, alcool. Le questionnaire distingue l’usage quantitatif d’alcool de la dimension d’intoxication sévère (ivresse perçue, drunkenness).
  • Cannabinoïdes : Marijuana et résine de cannabis (haschich), évaluant le produit illicite le plus communément répandu dans les populations juvéniles.
  • Substances psychoactives volatiles : Inhalants et solvants ménagers/industriels, particulièrement prévalents chez les préadolescents et les élèves du secondaire inférieur en raison de leur accessibilité.
  • Drogues illicites majeures / psychostimulants : Cocaïne (poudre, crack), amphétamines et méthamphétamine consommées sans prescription médicale.
  • Perturbateurs du système nerveux central et hallucinogènes : LSD, mescaline, psilocybine, PCP.
  • Médicaments psychotropes détournés de leur usage thérapeutique : Sédatifs (barbituriques), anxiolytiques/tranquillisants (benzodiazépines comme le diazépam ou l’alprazolam) et analgésiques opioïdes non prescrits.
  • Substances à visée ergogénique et morphologique : Stéroïdes anabolisants, qui s’écartent des motivations festives pour s’inscrire dans des logiques de performance sportive ou de dysmorphie corporelle.

6. Cadre théorique

Le développement et la pérennité de l’enquête Monitoring the Future reposent sur l’intégration de plusieurs cadres conceptuels majeurs issus de la psychologie sociale, de la sociologie de la déviance et de la psychopathologie développementale.

1. La Théorie du comportement à problème (Problem Behavior Theory)

Formulée par Richard Jessor et Shirley Jessor (1977), cette théorie postule que les comportements jugés problématiques par la société conventionnelle ne surviennent pas de façon isolée, mais s’inscrivent dans un « syndrome de comportement à problème » (problem behavior syndrome). Selon cette approche, l’usage de tabac, d’alcool et de drogues illicites au cours des 30 derniers jours partage une structure motivationnelle et étiologique commune, caractérisée par une faible adhésion aux institutions traditionnelles (école, famille), une valorisation élevée de l’indépendance précoce et une proximité avec des pairs déviants. L’échelle MTF-30 permet de vérifier empiriquement la covariation systématique de ces comportements au sein de profils de risque partagés.

2. Le Modèle de développement social (Social Development Model)

Élaboré par Hawkins et Catalano (1992), le modèle de développement social intègre les théories du contrôle social (Hirschi), de l’apprentissage social (Bandura) et de l’association différentielle (Sutherland). Il postule que le comportement de consommation au cours des 30 derniers jours découle d’un équilibre dynamique entre facteurs de risque et facteurs de protection au sein des environnements de socialisation (famille, pairs, école, communauté). L’usage actif est modélisé comme le résultat d’un attachement défaillant aux figures prosociales, associé à une exposition répétée à des modèles de pairs consommateurs renforçant positivement l’usage de substances.

3. L’hypothèse de la porte d’entrée (Gateway Hypothesis)

Les données générées par la métrique des 30 jours de MTF ont fourni le socle empirique le plus documenté pour l’hypothèse séquentielle de Denise Kandel (1975, 2002). Ce modèle développemental postule une trajectoire cumulative où l’usage actif de substances licites (tabac et alcool) précède et facilite l’initiation et la poursuite de l’usage de cannabis, qui lui-même augmente la probabilité statistique de transition vers l’usage régulier de drogues dites dures (cocaïne, opioïdes). La mesure conjointe des 13 substances sur la même fenêtre temporelle permet d’analyser la hiérarchie et la synchronisation de ces étapes de transition.

4. La théorie de l’influence triadique (Theory of Triadic Influence)

Développée par Brian Flay et ses collaborateurs (1994, 2009), cette théorie écologique exhaustive hiérarchise les causes sous-jacentes de l’usage de substances à travers trois voies d’influence indépendantes : la dimension biologique/personnelle (tempérament, impulsivité), la dimension de l’environnement social immédiat (parents, pairs), et la dimension socioculturelle plus large (attitudes culturelles, marketing, politiques publiques). L’échelle MTF-30 constitue le baromètre comportemental ultime permettant d’évaluer l’impact en aval de ces multiples cascades proximales et distales.

7. Validité

La validité psychométrique des indicateurs d’usage à 30 jours de l’enquête MTF a fait l’objet de centaines d’études de réplication et de vérification méthodologique depuis plus de quatre décennies.

Validité de construit

La validité de construit de l’instrument est étayée par sa capacité à refléter fidèlement les gradients d’intensité de l’usage attendus sur le plan théorique. Les analyses corrélationnelles démontrent que les scores élevés sur l’échelle des 30 derniers jours sont systématiquement associés aux construits théoriquement congruents : taux élevé d’absentéisme scolaire, faible rendement académique, conflits parentaux accrus, recherche de sensations (sensation seeking), impulsivité élevée, et affiliation préférentielle avec des pairs consommateurs. Inversement, l’abstinence sur 30 jours est positivement corrélée à l’implication religieuse, à l’attachement parental et à la perception de risques élevés liés à la consommation (Bachman et al., 2008).

Validité convergente et corrélation biomédicale

Une préoccupation majeure inhérente aux mesures d’auto-évaluation réside dans le biais potentiel de désirabilité sociale et la dissimulation volontaire. Pour tester la validité convergente de l’échelle, de multiples sous-études ont confronté les auto-déclarations à des biomarqueurs objectifs :

  • Les taux d’usage de cigarettes au cours des 30 derniers jours présentent des corrélations allant de 0,80 à 0,89 avec les concentrations de cotinine salivaire et sérique chez les adolescents (Patrick et al., 2013).
  • Les déclarations d’usage récent de cannabis et de cocaïne présentent une concordance substantielle (indices kappa supérieurs à 0,70) avec les dépistages toxicologiques urinaires standardisés, particulièrement lorsque la confidentialité absolue des données est garantie aux participants.

Validité discriminante

L’échelle MTF-30 discrimine avec une grande finesse les consommateurs dits « de contact » (dont la consommation se limite à une ou deux prises dans la vie ou dans l’année sans réitération récente) des consommateurs réguliers chez qui l’usage est enraciné dans le fonctionnement quotidien. Elle montre également une différenciation robuste entre les classes de drogues hautement normatives à l’adolescence (alcool, cannabis) et les substances illicites à plus haut pouvoir stigmatisant (héroïne, crack, stéroïdes), ces dernières affichant des taux d’approbation et de prévalence active structurellement distincts et restreints à des profils psychopathologiques spécifiques.

Validité prédictive longitudinale

La force cardinale du dispositif MTF réside dans ses panels longitudinaux de suivi (follow-up surveys) qui réinterrogent les cohortes de finissants du secondaire tous les deux ans jusqu’à l’âge adulte avancé. L’usage déclaré au cours des 30 derniers jours à 18 ans prédit de manière hautement significative l’incidence des troubles de l’usage de substances à l’âge de 35 et 50 ans, la mortalité prématurée, les séparations conjugales et les trajectoires d’insertion professionnelle précaires (Merline et al., 2004 ; Schulenberg et al., 2016).

8. Fidélité

L’évaluation de la fidélité de l’échelle MTF-30 présente des particularités inhérentes à l’épidémiologie comportementale des conduites illicites.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

Dans les études méthodologiques dédiées évaluant des sous-échantillons réinterrogés à un intervalle court (de 14 à 30 jours d’intervalle), la fidélité test-retest de l’usage au cours des 30 derniers jours s’avère particulièrement élevée :

  • Pour les cigarettes et le tabac sans fumée : les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et les coefficients kappa oscillent entre 0,85 et 0,94, attestant d’une stabilité comportementale remarquable.
  • Pour l’alcool et les épisodes d’ivresse : les coefficients kappa se situent systématiquement entre 0,78 et 0,86.
  • Pour le cannabis : l’indice kappa de fidélité test-retest atteint régulièrement des valeurs de 0,82 à 0,91.
  • Pour les drogues illicites à faible prévalence de base (cocaïne, hallucinogènes, héroïne) : la concordance brute observée dépasse 98 %, bien que le coefficient kappa soit mécaniquement atténué par la rareté des événements positifs (effet de prévalence marginale).

Cohérence interne

Bien que chaque item vise une substance spécifique possédant ses propres caractéristiques pharmacocinétiques et sociologiques (ce qui rend discutable le calcul d’un alpha de Cronbach global sur les 13 items pour une utilisation clinique individuelle), les chercheurs regroupent fréquemment ces items en indices composites :

  • Indice d’usage global de drogues illicites (excluant le cannabis) : alpha de Cronbach variant généralement de 0,78 à 0,84 selon les vagues d’enquêtes et les tranches d’âge.
  • Indice de polyconsommation de substances au cours des 30 derniers jours : les analyses de cohérence interne révèlent des coefficients oméga de McDonald globaux s’élevant entre 0,81 et 0,87, démontrant qu’une part prépondérante de la variance commune est attribuable à une tendance générale sous-jacente à la consommation de substances psychotropes.

9. Analyse factorielle

La structure dimensionnelle des consommations de substances déclarées sur 30 jours a fait l’objet d’investigations poussées au moyen de techniques d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et d’analyse factorielle confirmatoire (AFC).

Structure unifactorielle vs. multifactorielle

Les modélisations factorielles confirmatoires classiques testent la concurrence entre un modèle unidimensionnel (où toutes les substances reflètent un trait général unique de consommation de drogues) et des modèles multidimensionnels hiérarchiques. Les indices d’ajustement empiriques (CFI, TLI, RMSEA) rejettent de manière constante le modèle unidimensionnel strict, attestant de la différenciation pharmacologique et sociale des consommations :

  • Le modèle à trois facteurs corrélés représente l’un des cadres les plus parcimonieux et robustes :
    1. Facteur 1 : Substances licites et socialement acceptées (cigarettes, alcool, ivresse alcoolique).
    2. Facteur 2 : Cannabinoïdes (qui se détachent nettement des autres substances illicites en raison de leur banalisation culturelle et de leur forte prévalence).
    3. Facteur 3 : Drogues illicites dures et médicaments détournés (cocaïne, héroïne, hallucinogènes, amphétamines, sédatifs, tranquillisants, stéroïdes).

Modèle bifactoriel (Bi-factor Model)

Dans les recherches psychométriques contemporaines les plus sophistiquées, un modèle bifactoriel s’impose comme la solution statistique optimale. Dans cette modélisation, un facteur général d’usage de substances (g-Substance Use Factor) capture la vulnérabilité globale à la déviance ou à l’automédication, tandis que des facteurs spécifiques orthogonaux capturent la variance unique associée à des classes pharmacologiques précises :

Item / Classe de substance Saturation sur Facteur Général (g) Saturation Spécifique Principale
Cigarettes (tabac fumé) 0,52 – 0,61 0,64 (Facteur Tabac/Nicotine)
Alcool (occasions) 0,58 – 0,67 0,55 (Facteur Festif/Alcool)
Marijuana / Haschich 0,68 – 0,76 0,48 (Facteur Cannabinoïdes)
Cocaïne (poudre, crack) 0,72 – 0,81 0,51 (Facteur Drogues Dures)
Amphétamines non prescrites 0,65 – 0,73 0,59 (Facteur Médicaments Détournés)
Tranquillisants non prescrits 0,61 – 0,70 0,62 (Facteur Médicaments Détournés)

Ces résultats confirment que si une prédisposition commune gouverne l’engagement général dans l’usage actif de substances psychoactives, les décisions spécifiques de consommer telle ou telle drogue restent modulées par des déterminants contextuels, pharmacodynamiques et cognitifs distincts.

10. Instrument de mesure

L’échelle d’usage au cours des 30 derniers jours de l’enquête Monitoring the Future est un instrument auto-administré standardisé, conçu pour une passation papier-crayon collective en milieu scolaire ou via des plateformes électroniques sécurisées.

Caractéristiques formelles de l’instrument

  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation comportementale rétrospective (self-report inventory).
  • Nombre d’items : 13 items fondamentaux dédiés aux substances majeures (des versions étendues de MTF comportent des questions de ramification sur les modes d’administration, les doses précises ou les substances nouvelles).
  • Fenêtre temporelle d’évaluation : Les 30 jours civils précédant l’administration (« during the past 30 days »).
  • Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes pour compléter ce module spécifique au sein d’une batterie globale.
  • Population cible : Adolescents et adultes émergents (étudiants de la 8e, 10e et 12e année du système éducatif américain, soit de 13 à 18 ans, ainsi que cohortes d’adultes suivies longitudinalement jusqu’à 65 ans).

Échelles de réponse standardisées

Les échelles de réponse sont différenciées selon la pharmacocinétique et l’écologie de consommation de chaque produit :

  • Pour les cigarettes : Échelle ordinale à 7 échelons quantifiant la densité d’usage quotidien :

    1 = Not at all (Pas du tout)

    2 = Less than one cigarette per day (Moins d’une cigarette par jour)

    3 = One to five cigarettes per day (1 à 5 cigarettes par jour)

    4 = About one-half pack per day (Environ un demi-paquet par jour)

    5 = About one pack per day (Environ un paquet par jour)

    6 = About one and one-half packs per day (Environ un paquet et demi par jour)

    7 = Two packs or more per day (Deux paquets ou plus par jour)
  • Pour le tabac sans fumée : Échelle ordinale à 6 échelons quantifiant la régularité temporelle :

    1 = Not at all (Pas du tout)

    2 = Once or twice (Une ou deux fois)

    3 = Once to twice per week (Une à deux fois par semaine)

    4 = Three to five times per week (Trois à cinq fois par semaine)

    5 = About once a day (Environ une fois par jour)

    6 = More than once a day (Plus d’une fois par jour)
  • Pour l’alcool et l’ensemble des drogues illicites ou détournées : Échelle semi-quantitative standard à 7 catégories d’occurrences discrètes :

    1 = 0 occasions (0 occasion)

    2 = 1-2 occasions (1 à 2 occasions)

    3 = 3-5 occasions (3 à 5 occasions)

    4 = 6-9 occasions (6 à 9 occasions)

    5 = 10-19 occasions (10 à 19 occasions)

    6 = 20-39 occasions (20 à 39 occasions)

    7 = 40 or more occasions (40 occasions ou plus)

Modalités de cotation et de dérivation des variables

  • Prévalence dichotomique à 30 jours (30-day prevalence) : Recodage binaire de chaque item : 0 = Aucune consommation (échelon 1) ; 1 = Toute consommation déclarée au cours de la période (échelons 2 à 7). Cet indicateur constitue la métrique standard rapportée dans les bilans épidémiologiques nationaux.
  • Usage régulier / quotidien (Daily use prevalence) : Recodage binaire identifiant les usagers chroniques : 1 = Consommation sur 20 occasions ou plus par mois (échelons 6 et 7 pour les drogues et l’alcool ; échelons 4 à 7 pour les cigarettes) ; 0 = Moins de 20 occasions.
  • Score de fréquence ordinale : Conservation de la valeur brute (1 à 7) pour les modélisations linéaires, régressions d’ordre supérieur ou équations structurelles.
  • Index de polyconsommation active : Sommation du nombre de substances différentes pour lesquelles l’individu présente un usage non nul (score potentiel variant de 0 à 13).

11. Permissions, Tarifs et Année du test

Année d’introduction initiale : L’enquête Monitoring the Future a débuté en 1975 sous l’égide de l’Institut de recherche sociale de l’Université du Michigan. Les items standardisés sur 30 jours ont été formulés dès l’origine du protocole et ont fait l’objet d’itérations publiées majeures, notamment dans les monographies du NIDA (Johnston, O’Malley, & Bachman, 2001).

Statut légal, droits d’auteur et tarifs :

  • Le projet Monitoring the Future est financé par des fonds publics fédéraux américains accordés par le National Institute on Drug Abuse (subvention numéro d’attribution DA001411). En conséquence, les questionnaires MTF font partie intégrante du domaine public ou sont mis à disposition gracieusement pour la recherche académique, clinique et non commerciale.
  • Tarification : L’utilisation des items originaux est entièrement gratuite. Aucun droit d’auteur ni redevance financière n’est exigé pour l’administration de l’échelle à des fins scientifiques ou de santé publique.
  • Accès aux données et conditions de citation : Les jeux de données historiques et contemporains dépersonnalisés de l’enquête MTF sont mis à disposition des chercheurs du monde entier via le consortium inter-universitaire de données politiques et sociales (Inter-university Consortium for Political and Social Research – ICPSR) et le National Addiction & HIV Data Archive Program (NAHDAP). Toute publication ou utilisation de l’instrument doit obligatoirement citer les investigateurs principaux et faire référence au soutien du NIDA conformément aux normes académiques d’attribution.

12. Références

  • American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
  • Bachman, J. G., O’Malley, P. M., Schulenberg, J. E., Johnston, L. D., Freedman-Doan, P., & Messersmith, E. E. (2008). The education-drug use connection: How successes and failures in school relate to adolescent smoking, drinking, drug use, and delinquency. Lawrence Erlbaum Associates.
  • Flay, B. R., Snyder, F., & Petraitis, J. (2009). The theory of triadic influence. In R. J. DiClemente, R. A. Crosby, & M. C. Kegler (Eds.), Emerging theories in health promotion practice and research (2nd ed., pp. 451–510). Jossey-Bass.
  • Hawkins, J. D., Catalano, R. F., & Miller, J. Y. (1992). Risk and protective factors for alcohol and other drug problems in adolescence and early adulthood: Implications for substance abuse prevention. Psychological Bulletin, 112(1), 64–105. https://doi.org/10.1037/0033-2909.112.1.64
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  • Johnston, L. D., Miech, R. A., O’Malley, P. M., Bachman, J. G., Schulenberg, J. E., & Patrick, M. E. (2021). Monitoring the Future national survey results on drug use, 1975-2020: Overview, key findings on adolescent drug use. Institute for Social Research, University of Michigan. https://doi.org/10.3998/2027.42/167690
  • Kandel, D. B. (1975). Stages in adolescent involvement in drug use. Science, 190(4217), 912–914. https://doi.org/10.1126/science.1188374
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  • Merline, A. C., O’Malley, P. M., Schulenberg, J. E., Bachman, J. G., & Johnston, L. D. (2004). Substance use among adults 35 years of age: Prevalence, adulthood predictors, and impact of adolescent substance use. American Journal of Public Health, 94(1), 96–102. https://doi.org/10.2105/AJPH.94.1.96
  • Patrick, M. E., Terry-McElrath, Y. M., Kloska, D. D., & Schulenberg, J. E. (2013). High-intensity drinking among high school seniors: Prevalence and trends in the United States. Journal of Studies on Alcohol and Drugs, 74(3), 415–420. https://doi.org/10.15288/jsad.2013.74.415
  • Schulenberg, J. E., Johnston, L. D., O’Malley, P. M., Bachman, J. G., Miech, R. A., & Patrick, M. E. (2016). Monitoring the Future national survey results on drug use, 1975-2015: Volume II, College students and adults ages 19-55. Institute for Social Research, University of Michigan. https://doi.org/10.3998/2027.42/137685

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response scales:

Substance-specific frequency scales: For cigarettes: 1=Not at all, 2=Less than one cigarette per day, 3=One to five cigarettes per day, 4=About one-half pack per day, 5=About one pack per day, 6=About one and one-half packs per day, 7=Two packs or more per day. For smokeless tobacco: 1=Not at all, 2=Once or twice, 3=Once to twice per week, 4=Three to five times per week, 5=About once a day, 6=More than once a day. For alcohol and illicit drugs: 1=0 occasions, 2=1-2 occasions, 3=3-5 occasions, 4=6-9 occasions, 5=10-19 occasions, 6=20-39 occasions, 7=40 or more occasions.

Survey Items:

  1. How frequently have you smoked cigarettes during the past 30 days?
    [ 1 = Not at all | 2 = Less than one cigarette per day | 3 = One to five cigarettes per day | 4 = About one-half pack per day | 5 = About one pack per day | 6 = About one and one-half packs per day | 7 = Two packs or more per day ]
  2. How often have you taken smokeless tobacco (snuff, plug, dipping tobacco, chewing tobacco) during the past 30 days?
    [ 1 = Not at all | 2 = Once or twice | 3 = Once to twice per week | 4 = Three to five times per week | 5 = About once a day | 6 = More than once a day ]
  3. On how many occasions (if any) have you had alcoholic beverages to drink—more than just a few sips—during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  4. On how many occasions (if any) have you used marijuana (weed, pot) or hashish during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  5. On how many occasions (if any) have you used inhalants (substances that you sniff and huff to get high, such as glue, aerosol sprays, gas, solvents) during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  6. On how many occasions (if any) have you used cocaine in any form (including powder, « crack », or freebase) during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  7. On how many occasions (if any) have you taken hallucinogens (such as LSD, mescaline, peyote, psilocybin, PCP) during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  8. On how many occasions (if any) have you taken amphetamines or other stimulants without a doctor telling you to take them during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  9. On how many occasions (if any) have you taken sedatives (barbiturates) without a doctor telling you to take them during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  10. On how many occasions (if any) have you taken tranquilizers (such as Valium, Xanax) without a doctor telling you to take them during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  11. On how many occasions (if any) have you used heroin during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  12. On how many occasions (if any) have you taken other narcotics without a doctor telling you to take them during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
  13. On how many occasions (if any) have you taken steroids without a doctor telling you to take them during the past 30 days?
    [ 1 = 0 occasions | 2 = 1-2 occasions | 3 = 3-5 occasions | 4 = 6-9 occasions | 5 = 10-19 occasions | 6 = 20-39 occasions | 7 = 40 or more occasions ]
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Enquête Monitoring the Future / Usage au cours des 30 derniers jours. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/monitoring-the-future-survey-30-day-use/
Looti, Mohammed. “Enquête Monitoring the Future / Usage au cours des 30 derniers jours.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/monitoring-the-future-survey-30-day-use/.
Looti, Mohammed. “Enquête Monitoring the Future / Usage au cours des 30 derniers jours.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/monitoring-the-future-survey-30-day-use/.