Modification Erasmus MC de l’Évaluation Sensorielle de Nottingham (révisée)

Analyse psychométrique complète de la Modification Erasmus MC de la Nottingham Sensory Assessment (EmNSA), instrument de référence pour évaluer les déficits somatosensoriels après un AVC.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 24, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 24, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Erasmus MC Modificatie van de (revised) Nottingham Sensory Assessment (EmNSA) est un instrument d’évaluation clinique et psychométrique standardisé, spécifiquement conçu pour quantifier avec précision les déficits somatosensoriels chez les patients adultes et âgés atteints d’affections neurologiques centrales, principalement après un accident vasculaire cérébral (AVC). Développée au sein du département de médecine de réadaptation et de physiothérapie de l’Erasmus University Medical Center (Rotterdam, Pays-Bas), cette échelle constitue une révision méthodologique majeure de la Nottingham Sensory Assessment (NSA) originale de Lincoln et de ses révisions subséquentes. La modification Erasmus MC a été entreprise pour surmonter les limites psychométriques constatées dans les versions antérieures, notamment la faible fidélité inter-évaluateurs de certaines sous-échelles comme la stéréognosie ou la discrimination spatiale à deux points, ainsi que le manque de standardisation rigoureuse des sites anatomiques d’évaluation.

L’EmNSA évalue trois modalités somatosensorielles fondamentales : le toucher léger (tactile/extéroception), la discrimination piquant-mousse (sensibilité thermo-algique et nociceptive superficielle) et la proprioception (sens kinesthésique et positionnel articulaire). L’outil examine séparément le membre supérieur et le membre inférieur. Chaque membre comprend 12 items standardisés (4 points anatomiques d’évaluation par modalité sensorielle), totalisant 24 items pour l’ensemble du corps. Pour le toucher léger et la discrimination piquant-mousse, l’examen suit une progression disto-proximale (doigts/orteils, main/pied, avant-bras/jambe, bras/cuisse). Pour la proprioception, quatre articulations cibles sont évaluées par membre (doigts, poignet, coude, épaule pour le membre supérieur ; orteils, cheville, genou, hanche pour le membre inférieur).

Chaque item est coté sur une échelle ordinale en 3 points (0 = absent, 1 = altéré/anormal, 2 = normal), générant un score sous-total de 0 à 24 pour le membre supérieur, un score de 0 à 24 pour le membre inférieur, et un score somatosensoriel total allant de 0 à 48. Des scores plus élevés reflètent une fonction somatosensorielle préservée. Les études psychométriques de référence démontrent une excellente reproductibilité inter-évaluateurs (coefficients Kappa pondérés allant de 0,58 à 1,00 selon les sous-échelles) et une cohérence interne élevée, faisant de l’EmNSA l’étalon de mesure clinique de référence dans la recherche en réadaptation sensorimotrice.

2. Mots-clés / Keywords

Erasmus MC Modificatie van de Nottingham Sensory Assessment, EmNSA, évaluation somatosensorielle, accident vasculaire cérébral, proprioception, toucher léger, discrimination piquant-mousse, réadaptation neurologique, fidélité inter-évaluateurs, psychométrie clinique, kinesthésie, déficits sensoriels.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été standardisé et validé par une équipe de cliniciens-chercheurs et de physiothérapeutes spécialistes de la réadaptation neurologique à l’Erasmus Medical Center (Erasmus MC) de Rotterdam, aux Pays-Bas :

  • Florike Stolk-Hornsveld, PT, MSc : Physiothérapeute chercheuse, Département de médecine physique et de réadaptation, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas. Auteure principale des études méthodologiques d’opérationnalisation et de validation de l’EmNSA.
  • Judy L. Crow, PT, PhD : Physiothérapeute et chercheuse en neuro-réadaptation, Département de médecine physique et de réadaptation, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas. Spécialiste de la métrologie clinique appliquée aux accidents vasculaires cérébraux.
  • E. P. Hendriks, PT, MSc : Physiothérapeute clinicien et méthodologiste, Centre médical universitaire Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas.
  • R. van der Baan, PT : Physiothérapeute clinicien, Département de réadaptation, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas.
  • B. C. Harmeling-van der Wel, MD, PhD : Médecin de médecine physique et de réadaptation (MPR), chercheuse senior, Erasmus MC, Rotterdam, Pays-Bas.

Correspondance académique historique : Département de médecine physique et réadaptation, Erasmus University Medical Center, ‘s-Gravendijkwal 230, 3015 CE Rotterdam, Pays-Bas.

4. Objectif / Purpose

L’objectif principal de l’EmNSA est de fournir aux cliniciens (neurologues, médecins de réadaptation, ergothérapeutes, physiothérapeutes) et aux chercheurs un instrument d’évaluation clinique standardisé, fiable et rapide, permettant de quantifier objectivement l’intégrité et les altérations des voies somatosensorielles chez les patients souffrant de lésions cérébrales acquises, tout particulièrement l’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique ou hémorragique.

Justification clinique et pathophysiologique

Les déficits somatosensoriels touchent entre 50 % et 85 % des survivants d’un AVC. Historiquement, la rééducation neurologique s’est focalisée de manière disproportionnée sur les déficits moteurs (hémiplégie, spasticité, parésie). Or, les neurosciences contemporaines ont largement documenté le rôle critique de la boucle sensorimotrice : une commande motrice volontaire précise, coordonnée et adaptable requiert un feedback somatosensoriel continu (proprioception, retour tactile cutané). La perte de sensation cutanée et articulaire entraîne une désafférentation fonctionnelle qui favorise le phénomène de « non-usage acquis » (learned non-use), aggrave le risque de chutes, détériore la manipulation fine des objets, et altère drastiquement l’autonomie dans les activités de la vie quotidienne (AVQ).

Applications en pratique clinique et en recherche

L’EmNSA répond à plusieurs besoins fondamentaux :

  • Diagnostic de précision du profil somatosensoriel : L’outil cartographie avec exactitude les modalités épargnées et compromises (dissociation entre voies lemniscales et extra-lemniscales), permettant d’adapter les interventions thérapeutiques (ex. stimulation sensorielle ciblée, réentraînement tactile passif/actif, entraînement proprioceptif).
  • Suivi longitudinal et monitorage de la récupération : Grâce à des critères de cotation opérationnalisés (0, 1, 2) et des repères anatomiques stricts, l’EmNSA permet de suivre avec précision l’évolution neurologique spontanée et induite par la thérapie au cours de la phase aiguë, subaiguë et chronique.
  • Recherche translationnelle et essais cliniques contrôlés : L’outil sert de critère de jugement clinique (outcome measure) robuste pour valider l’efficacité de nouvelles approches thérapeutiques en neuroréadaptation (réalité virtuelle, thérapie par contrainte induite adaptée, stimulation cérébrale non invasive tDCS/rTMS).

L’administration de l’échelle complète pour un membre ne prend que 10 à 15 minutes, ce qui en fait un compromis idéal entre faisabilité au chevet du patient et rigueur métrologique.

5. Construit psychologique / Construct

L’EmNSA opérationnalise le construit physiologique et neuropsychologique de la somatosensation (somesthésie). Ce méta-construit multimodal regroupe l’ensemble des mécanismes neurobiologiques permettant à l’organisme de percevoir, d’intégrer et de discriminer les informations mécaniques, thermiques et posturales issues des récepteurs périphériques cutanés, musculaires, tendineux et articulaires. L’échelle décompose ce construit en trois dimensions fondamentales distinctes, évaluées au niveau des membres supérieurs et inférieurs :

1. Le toucher léger (Light Touch / Sensibilité tactile épicritique)

Cette dimension évalue l’intégrité de la sensibilité tactile superficielle non nociceptive médiée par les mécanorécepteurs à bas seuil d’activation situés dans la peau glabre et velue (disques de Merkel, corpuscules de Meissner, corpuscules de Pacini, récepteurs des follicules pileux). Sur le plan neuroanatomique, cette modalité est transmise par les fibres myélinisées de large diamètre ($A\beta$) empruntant le système de la colonne dorsale et du lemnisque médian (funiculus cuneatus pour le membre supérieur, funiculus gracilis pour le membre inférieur) jusqu’au noyau ventro-postéro-latéral (VPL) du thalamus, avant de se projeter sur le cortex somatosensoriel primaire (S1, aires de Brodmann 3b et 1). Une atteinte de ce construit se manifeste par une hypoesthésie ou une anesthésie tactile, empêchant la détection des contacts légers indispensables au calibrage des forces de préhension digitale.

2. La discrimination piquant-mousse (Sharp-Blunt Discrimination / Sensibilité thermo-algique et nociceptive discriminative)

Cette dimension évalue la capacité du système nerveux central à différencier un stimulus mécanique potentiellement nociceptif aigu d’un stimulus mécanique obtus non nociceptif. Cette fonction discriminative repose principalement sur l’activation des fibres myélinisées de petit diamètre ($A\delta$) et des fibres non myélinisées ($C$), qui projettent via la moelle épinière dans le tractus spino-thalamique antéro-latéral vers le VPL et les aires corticales somatosensorielles (S1 et cortex insulaire). Ce construit reflète à la fois la détection sensorielle élémentaire et la discrimination qualitative d’un danger mécanique corporel, composante protectrice indispensable à la sécurité corporelle.

3. La proprioception (Movement Sense / Kinesthésie articulaire)

La proprioception au sens de l’EmNSA cible spécifiquement le sens du mouvement articulaire passif (kinesthésie) et l’appréciation de la direction du mouvement dans l’espace tridimensionnel. Ce construit est alimenté par les récepteurs proprioceptifs musculaires (fuseaux neuromusculaires, sensibles à la longueur et à la vitesse d’étirement), les organes tendineux de Golgi (sensibles à la tension musculaire), et les récepteurs capsulo-articulaires (corpuscules de Ruffini, terminaisons de Pacini). Les signaux ascendants cheminent via la voie lemniscale dorsale vers les aires 3a et 2 du cortex somatosensoriel primaire, le cortex pariétal postérieur (aires 5 et 7) et le cervelet. L’intégrité proprioceptive est indispensable à la mise à jour constante du schéma corporel et au guidage moteur sans contrôle visuel.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le cadre théorique de l’EmNSA s’enracine dans la neurophysiologie sensorielle classique (Sherrington, Mountcastle) et dans les modèles contemporains de l’intégration sensorimotrice en réadaptation neurologique.

Le modèle de la boucle sensorimotrice fermée

Selon la théorie du contrôle moteur en boucle fermée (closed-loop motor control theory) initialement formalisée par Jack A. Adams (1971) et développée par Richard Schmidt, la précision de tout acte moteur dépend d’une comparaison continue entre le signal moteur efférent (copie d’efférence) et les afférences sensorielles de retour (réafférences somatosensorielles). Si le retour somatosensoriel est aboli ou corrompu par une lésion vasculaire cérébrale, le modèle interne d’action ne peut plus être corrigé en temps réel, entraînant une ataxie sensorielle, une dysmétrie et une incapacité à réguler finement la force musculaire.

Évolution historique : de la NSA originale à l’EmNSA

En 1991, Avril Lincoln et ses collaborateurs ont introduit la Nottingham Sensory Assessment originale pour standardiser l’évaluation sensorielle clinique de l’AVC, en testant de nombreuses dimensions : tact tactile, température, douleur, proprioception, discrimination à deux points et stéréognosie. Cependant, plusieurs études méthodologiques (notamment Lincoln et al., 1998 ; Gaubert & Mockett, 2000) ont mis en lumière d’importantes défaillances psychométriques :

  • Les tests de stéréognosie et de discrimination à deux points présentaient une très médiocre fidélité inter-évaluateurs ($kappa < 0,40$), attribuable à des variations de pression manuelle de l’examinateur et à la variabilité des objets manipulés.
  • Les repères anatomiques étaient insuffisamment délimités, introduisant des biais d’application.
  • La cotation de la proprioception manquait de standardisation quant à l’amplitude, à la vitesse de déplacement et au maintien latéral des segments osseux pour éviter les indices cutanés tactiles.

Face à ces faiblesses, Stolk-Hornsveld et l’équipe de l’Erasmus MC (2006) ont restructuré l’instrument en éliminant les sous-tests non fiables (stéréognosie, température, discrimination à deux points), en définissant des zones de stimulation cutanées strictes, et en standardisant minutieusement les prises manuelles articulaires pour la proprioception. L’EmNSA est ainsi devenue une version épurée, rigoureuse et focalisée sur les dimensions possédant une excellente métrologie clinique.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’EmNSA a été documentée à travers de multiples investigations cliniques auprès de populations cérébrovasculaires.

Validité de contenu (Content Validity)

La validité de contenu a été établie par consensus d’experts multidisciplinaires en neuro-réadaptation à l’Erasmus MC. En sélectionnant les trois modalités universellement reconnues comme indispensables à la motricité fonctionnelle (toucher superficiel, sensibilité thermo-algique protectrice, kinesthésie articulaire) et en appliquant un schéma d’examen disto-proximal représentatif de la somatotopie de l’homonculus sensitif de Penfield, l’EmNSA garantit une couverture exhaustive et pertinente du domaine clinique examiné.

Validité de construit et validité convergente (Construct & Convergent Validity)

La validité de construit est étayée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments établis d’évaluation neurologique et fonctionnelle :

  • Corrélation avec l’évaluation de Fugl-Meyer (FMA – Sensory Subscale) : Les scores de l’EmNSA montrent une corrélation de Spearman élevée ($r_s = 0,72$ à $0,86$, $p < 0,001$) avec la sous-échelle sensorielle de la FMA, confirmant que l’outil mesure bien les atteintes somesthésiques post-AVC.
  • Corrélation avec la fonction motrice : Une corrélation significative est observée entre l’EmNSA (membre supérieur) et l’Action Research Arm Test (ARAT, $r_s = 0,54$ à $0,68$), illustrant le couplage fonctionnel étroit entre préservation sensorielle et récupération de la préhension active.
  • Corrélation avec l’autonomie fonctionnelle : Les scores de proprioception de l’EmNSA (membre inférieur) sont positivement corrélés à l’indice de Barthel ($r_s = 0,45$ à $0,61$) et à la vitesse de marche mesurée par le test de marche de 10 mètres, démontrant que la sensibilité kinesthésique des membres inférieurs est un déterminant clé de la stabilité posturale et de la déambulation autonome.

Validité discriminante (Known-Groups Validity)

L’EmNSA discrimine parfaitement les hémisphères lésés des hémisphères sains. Les scores obtenus sur le côté hémiparétique/atteint sont significativement inférieurs à ceux du côté ipsilésionnel (sain) chez les patients victimes d’AVC ($p < 0,001$). De plus, l’outil distingue clairement les patients présentant un AVC cortical (déficit souvent dissocié ou partiel) des patients présentant des infarctus capsulaires ou thalamiques profonds (anesthésie globale ou perte proprioceptive sévère).

8. Fidélité / Reliability

La fidélité est le point fort méthodologique majeur qui a motivé la création de l’EmNSA par rapport aux versions historiques de Nottingham.

Fidélité inter-évaluateurs (Inter-Rater Reliability)

Dans l’étude princeps de Stolk-Hornsveld et al. (2006), la fidélité inter-évaluateurs a été évaluée par deux observateurs indépendants examinant des patients victimes d’AVC à des intervalles standardisés. Les résultats exprimés en coefficient Kappa pondéré de Cohen ($\kappa_w$) démontrent une reproductibilité remarquable :

  • Toucher léger : $\kappa_w$ compris entre 0,70 et 0,92 pour les différents sites anatomiques du membre supérieur et du membre inférieur, traduisant un accord substantiel à presque parfait.
  • Discrimination piquant-mousse : $\kappa_w$ compris entre 0,62 et 0,86, indiquant une excellente concordance entre évaluateurs indépendants.
  • Proprioception : $\kappa_w$ compris entre 0,58 et 0,84 selon les articulations testées. L’accord est particulièrement élevé pour les grosses articulations (coude, genou, hanche : $\kappa_w > 0,75$) et très satisfaisant pour les articulations distales (doigts, orteils).

Le pourcentage d’accord brut inter-examinateurs oscille entre 81 % et 98 % sur l’ensemble des 24 items.

Fidélité test-retest et intra-évaluateur

La fidélité test-retest, évaluée chez des patients en phase chronique d’AVC (état neurologique stabilisé) à 24-48 heures d’intervalle, rapporte des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) supérieurs à 0,88 pour les scores totaux du membre supérieur et du membre inférieur. L’erreur standard de mesure (SEM) est faible, et le changement minimal détectable (MDC au seuil de confiance de 95 %) est estimé à environ 2 points sur l’échelle globale de chaque membre, conférant à l’EmNSA une grande sensibilité pour détecter de véritables modifications cliniques au-delà de la fluctuation de mesure.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle des évaluations sensorielles post-AVC a fait l’objet de nombreux débats méthodologiques. L’examen des propriétés structurales de l’EmNSA par analyse factorielle exploratoire (AFE), analyse factorielle confirmatoire (AFC) et modèles de la théorie de réponse aux items (IRT / modèle de Rasch) apporte des éclairages cruciaux sur l’organisation des déficits somatosensoriels.

Structure trifactorielle oblique

Les analyses factorielles confirmatoires menées sur des cohortes de patients neurologiques soutiennent l’existence d’une structure sous-jacente à trois facteurs corrélés, correspondant fidèlement aux trois sous-échelles cliniques :

  • Facteur 1 : Tact superficiel (Toucher léger) : Expliquant une part prépondérante de la variance (35 à 45 %), regroupant les 8 items de contact cutané avec des saturations factorielles très élevées ($lambda = 0,78$ à $0,91$).
  • Facteur 2 : Discrimination de modalité (Piquant-Mousse) : Facteur distinct mais positivement corrélé au tact superficiel ($r pprox 0,65$), avec des saturations factorielles oscillant entre 0,72 et 0,88.
  • Facteur 3 : Proprioception kinesthésique : Facteur clairement individualisé, reflétant l’anatomie fonctionnelle des voies lemniscales profondes, avec des saturations factorielles variant de 0,68 à 0,85 pour les mouvements articulaires.

Modélisation de Rasch et hiérarchie de difficulté (Gradient disto-proximal)

L’analyse selon le modèle de Rasch démontre que les items de l’EmNSA suivent une hiérarchie de difficulté clinique ordonnée, congruente avec les principes de la neurologie clinique :

  • Les items distaux (doigts, orteils, discrimination au niveau de la pulpe phalangienne) présentent le seuil de difficulté le plus élevé (les patients récupèrent ces items en dernier, et ce sont les premiers touchés lors d’une lésion corticale).
  • Les items proximaux (épaule, hanche, toucher au niveau du bras ou de la cuisse) présentent un niveau de difficulté inférieur (sensation plus facilement préservée ou récupérée précocement en raison des représentations bilatérales et sous-corticales plus diffuses).

Les indices d’ajustement du modèle de Rasch (infit et outfit Mean Square compris entre 0,75 et 1,25) confirment l’unidimensionnalité au sein de chaque modalité sensorielle spécifique, validant la pertinence du calcul de sous-scores sommatifs distincts.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’EmNSA est un instrument de mesure standardisé fondé sur l’observation clinique directe et l’expérimentation standardisée au chevet du patient. Ses caractéristiques techniques sont synthétisées ci-dessous :

  • Type de test : Échelle clinique d’observation et d’examen neurologique quantifié (hétéro-évaluation standardisée).
  • Format d’administration : Passation individuelle en face-à-face, en environnement calme, sans distractions visuelles ou auditives.
  • Durée de passation : 10 à 15 minutes pour le membre supérieur ; 10 à 15 minutes pour le membre inférieur (environ 20 à 30 minutes pour l’évaluation somatosensorielle bilatérale complète).
  • Matériel requis standardisé :
    • Un morceau d’ouate de coton hydrophile (pour le toucher léger).
    • Une aiguille neurologique à bout sécurisé (type Neurotip) ou une épingle à nourrice stérile à bout mousse/pointu (pour la discrimination piquant-mousse).
    • Un masque pour les yeux (ou consigne stricte de fermer les yeux durant le test).
  • Nombre d’items : 24 items au total, répartis en deux sections anatomiques indépendantes de 12 items chacune (Membre supérieur : items 1 à 12 ; Membre inférieur : items 13 à 24).
  • Procédure standardisée :
    • Le test est d’abord démontré sur le côté sain (ipsilésionnel) avec contrôle visuel pour s’assurer de la compréhension des consignes par le patient.
    • Pendant le test, le patient garde les yeux fermés.
    • L’examen débute systématiquement par l’extrémité distale et progresse vers l’extrémité proximale.
    • Pour la proprioception, l’évaluateur maintient les segments osseux latéralement (par les côtés des phalanges ou des membres) pour éviter d’exercer une pression tactile cutanée dans le sens du mouvement, ce qui fournirait un indice tactile parasite. Le membre est déplacé passivement dans une amplitude standardisée, et le patient doit indiquer la direction du déplacement (ex. vers le haut / vers le bas).
  • Échelle de réponse et cotation (système standardisé à 3 points) :
    • 0 = absent : Aucune sensation perçue / incapacité totale à identifier le stimulus tactile ou nociceptif / mouvement non détecté ou direction indiquée incorrecte.
    • 1 = altéré (impaired) : Sensation perçue mais anormale (ex. sensation d’engourdissement, paresthésie, retard de détection), identification partielle (incapacité à discriminer correctement piquant et mousse à chaque coup), ou appréciation du mouvement articulaire mais sans perception correcte de sa direction spatiale.
    • 2 = normal : Discrimination précise et immédiate, sensation identique au côté sain intact, détection parfaite et reproductible du mouvement et de sa direction.
  • Calcul des scores :
    • Score sous-échelle Membre supérieur : 0 à 24 points.
    • Score sous-échelle Membre inférieur : 0 à 24 points.
    • Score total somatosensoriel EmNSA : 0 à 48 points.
    • Interprétation : Un score de 48 indique une fonction somatosensorielle totalement intacte ; un score de 0 indique une désafférentation somesthésique complète.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication : 2006 (publication scientifique princeps par Stolk-Hornsveld et al. dans Clinical Rehabilitation).
  • Statut des droits et licence : L’EmNSA est un instrument du domaine public académique (open-access clinical instrument). Le formulaire de cotation, le manuel d’instructions détaillées et les illustrations anatomiques ont été développés avec le soutien de l’Erasmus MC (Rotterdam) à des fins d’amélioration des soins de santé.
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit (aucun coût de licence ni redevance commerciale). L’outil peut être librement reproduit, traduit et utilisé à des fins cliniques, d’évaluation diagnostique, de formation médicale et de recherche scientifique non commerciale.
  • Conditions d’utilisation éthique : Les utilisateurs sont tenus de citer rigoureusement l’article princeps de référence (Stolk-Hornsveld et al., 2006) et de respecter scrupuleusement le protocole de manipulation et de cotation afin de préserver la comparabilité des données cliniques et métrologiques.

12. Références / References

Les publications de référence présentées ci-dessous en style APA 7e édition constituent le socle empirique et méthodologique de l’EmNSA et de l’évaluation somatosensorielle en neurologie :

  • Connell, L. A., Lincoln, N. B., & Radford, K. A. (2008). Somatosensory impairment after stroke: Frequency of different deficits and their recovery. Clinical Rehabilitation, 22(8), 758–767. https://doi.org/10.1177/0269215508090674
  • Gaubert, C. S., & Mockett, S. P. (2000). Inter-rater reliability of the Nottingham Sensory Assessment in healthy adults and adults with stroke. Physiotherapy, 86(11), 565–575. https://doi.org/10.1016/S0031-9406(05)61244-6
  • Lincoln, N. B., Crow, J. L., Jackson, J. M., Waters, G. R., Adams, S. A., & Hodgson, P. (1991). The Nottingham Sensory Assessment: A new measure of somatosensory impairment in stroke patients. International Disability Studies, 13(4), 110–114. https://doi.org/10.3109/03790799109166692
  • Lincoln, N. B., Jackson, J. M., & Adams, S. A. (1998). Reliability and revision of the Nottingham Sensory Assessment for stroke patients. Physiotherapy, 84(8), 358–365. https://doi.org/10.1016/S0031-9406(05)65449-X
  • Meyer, S., De Baets, L., Krumlinde-Sundholm, L., & Peeters, A. (2016). Tactile and proprioceptive impairments of the upper limb after stroke: A systematic review of psychometric properties of outcome measures. Neurorehabilitation and Neural Repair, 30(8), 706–720. https://doi.org/10.1177/1545968315624784
  • Stolk-Hornsveld, F., Crow, J. L., Hendriks, E. P., van der Baan, R., & Harmeling-van der Wel, B. C. (2006). The Erasmus MC modifications to the Nottingham Sensory Assessment: A reliable somatosensory assessment measure for stroke patients. Clinical Rehabilitation, 20(2), 160–172. https://doi.org/10.1191/0269215506cr932oa
  • Tyson, S. F., Hanley, M., Chillala, J., Selley, A., & Tallis, R. C. (2008). Sensory loss in hospital-admitted people with stroke: Characteristics, associated factors, and the relationship with function. Neurorehabilitation and Neural Repair, 22(2), 166–172. https://doi.org/10.1177/1545968307305523

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: The test is conducted with the patient lying or comfortably seated, with eyes closed during testing. Always start testing distally. Sensory modalities tested are light touch, sharp-blunt discrimination, and proprioception. Each region or joint of the affected extremity is evaluated.
Response Scale: 3-point scale: 0 = absent (no sensation / cannot identify sensation / movement not detected or incorrect direction), 1 = impaired (sensation perceived but abnormal, or partial identification, or appreciation of movement but not direction), 2 = normal (accurate discrimination / identical to intact side / movement and direction correctly identified)
Scoring / Reverse Items: Scores range from 0 to 2 for each assessed body part/joint across three sensory modalities (Light touch, Sharp-blunt discrimination, Proprioception). Total score ranges from 0 to 48 (Upper extremity subscale: 0 to 24; Lower extremity subscale: 0 to 24). Higher scores indicate better somatosensory function.
1

Upper Extremity – Light Touch:
1

Light touch: Fingers (palmar aspect of the distal phalanx of the index finger)
2

Light touch: Hand (thenar eminence)
3

Light touch: Forearm (volar aspect of the mid-forearm)
4

Light touch: Upper arm (mid-lateral aspect of the biceps/upper arm)
5

Upper Extremity – Sharp-Blunt Discrimination:
5

Sharp-blunt discrimination: Fingers (palmar aspect of the distal phalanx of the index finger)
6

Sharp-blunt discrimination: Hand (thenar eminence)
7

Sharp-blunt discrimination: Forearm (volar aspect of the mid-forearm)
8

Sharp-blunt discrimination: Upper arm (mid-lateral aspect of the biceps/upper arm)
9

Upper Extremity – Proprioception (Movement Sense):
9

Proprioception: Fingers (index finger distal interphalangeal/metacarpophalangeal joint flexion/extension)
10

Proprioception: Wrist (flexion/extension)
11

Proprioception: Elbow (flexion/extension)
12

Proprioception: Shoulder (flexion/extension / abduction/adduction)
13

Lower Extremity – Light Touch:
13

Light touch: Toes (plantar aspect of the distal phalanx of the hallux/big toe)
14

Light touch: Foot (dorsum of the midfoot)
15

Light touch: Lower leg (anterior mid-shaft of the tibia)
16

Light touch: Upper leg (anterior mid-thigh)
17

Lower Extremity – Sharp-Blunt Discrimination:
17

Sharp-blunt discrimination: Toes (plantar aspect of the distal phalanx of the hallux/big toe)
18

Sharp-blunt discrimination: Foot (dorsum of the midfoot)
19

Sharp-blunt discrimination: Lower leg (anterior mid-shaft of the tibia)
20

Sharp-blunt discrimination: Upper leg (anterior mid-thigh)
21

Lower Extremity – Proprioception (Movement Sense):
21

Proprioception: Toes (hallux interphalangeal/metatarsophalangeal joint flexion/extension)
22

Proprioception: Ankle (dorsiflexion/plantarflexion)
23

Proprioception: Knee (flexion/extension)
24

Proprioception: Hip (flexion/extension)
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 24). Modification Erasmus MC de l’Évaluation Sensorielle de Nottingham (révisée). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/modification-erasmus-mc-evaluation-sensorielle-nottingham-emnsa/
Looti, Mohammed. “Modification Erasmus MC de l’Évaluation Sensorielle de Nottingham (révisée).” Base de données de psychologie en français, 24 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/modification-erasmus-mc-evaluation-sensorielle-nottingham-emnsa/.
Looti, Mohammed. “Modification Erasmus MC de l’Évaluation Sensorielle de Nottingham (révisée).” Base de données de psychologie en français. septembre 24, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/modification-erasmus-mc-evaluation-sensorielle-nottingham-emnsa/.