Mesures de l’individualisme et du collectivisme

Analyse psychométrique détaillée de l’échelle d’individualisme et de collectivisme de Daphna Oyserman (O-IND-COL), explorant ses 36 items, ses fondements théoriques, sa validité et sa fidélité.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 1, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 1, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

Les mesures de l’individualisme et du collectivisme développées par la professeure Daphna Oyserman (initialement introduites en 1993 puis développées et systématisées sous forme d’échelle étendue dans des travaux ultérieurs, notamment Oyserman, Coon et Kemmelmeier en 2002) constituent l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et influents pour l’évaluation des orientations culturelles et des représentations de soi au niveau individuel. Conçue initialement pour dépasser les limites des conceptualisations dichotomiques et unidimensionnelles issues des travaux macro-sociologiques, cette échelle évalue l’individualisme et le collectivisme non pas comme les pôles mutuellement exclusifs d’un unique continuum bipolaire, mais comme deux construits orthogonaux et multidimensionnels pouvant coexister au sein de la structure cognitive de tout individu.

L’instrument présenté ici, dans sa version complète de 36 items, opérationnalise ces deux métadomaines à travers six sous-échelles conceptuelles majeures. Pour l’individualisme, l’outil mesure : la valorisation de l’unicité personnelle (valuing personal uniqueness), la liberté et la recherche du bonheur individuel (valuing personal freedom and happiness), ainsi que la réussite et l’accomplissement personnel (valuing personal achievement). Pour le collectivisme, l’échelle examine : le sens d’un destin commun avec l’endogroupe (sense of common in-group fate), le familialisme (familialism) et l’interdépendance relationnelle (interrelatedness). Chaque énoncé est évalué à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en 5 points, allant de 1 (« fortement en désaccord ») à 5 (« fortement d’accord »).

Sur le plan des propriétés psychométriques, l’instrument présente une cohérence interne satisfaisante, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,84 pour les facteurs globaux d’individualisme et de collectivisme à travers de multiples échantillons internationaux. Les analyses factorielles confirmatoires appuient la structure multidimensionnelle et corroborent l’indépendance factorielle relative des composantes individuelles et collectives. L’échelle démontre une excellente validité convergente avec les mesures d’autorégulation, d’estime de soi, de valeurs fondamentales et d’identité sociale, tout en prédisant de manière robuste les processus cognitifs situés, la résolution de conflits et le comportement prosocial au sein de contextes pluriculturels.

2. Mots-clés / Keywords

Individualisme, Collectivisme, Daphna Oyserman, Psychologie interculturelle, Concept de soi, Interdépendance, Indépendance, Psychométrie, Cognition située, Identité sociale, Multidimensionnalité, Valeurs culturelles.

3. Auteurs / Authors

L’échelle et ses déclinaisons théoriques et empiriques ont été conçues et validées par la chercheuse :

  • Daphna Oyserman, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie et de communication, codirectrice du Dornsife Center for Mind and Society à l’Université de Californie du Sud (USC), et ancienne professeure titulaire à l’Université du Michigan (Ann Arbor, Department of Psychology and School of Social Work, Institute for Social Research). Courriel institutionnel : [email protected].

Des travaux méthodologiques complémentaires et des méta-analyses majeures associés à la consolidation de cette échelle ont également été menés en collaboration avec :

  • Heather M. Coon, Ph.D. : Chercheuse et collaboratrice scientifique affiliée à l’Université du Michigan lors des méta-analyses comparatives sur l’individualisme et le collectivisme.
  • Markus Kemmelmeier, Ph.D. : Professeur de sociologie et de psychologie sociale, directeur de l’Interdisciplinary Social Psychology Graduate Program à l’Université du Nevada à Reno. Courriel : [email protected].

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental des mesures de l’individualisme et du collectivisme de Daphna Oyserman est d’évaluer de manière fine, standardisée et sensible au contexte les orientations culturelles fondamentales internalisées par les individus sous la forme de schémas cognitifs du soi (self-schemas). Historiquement, les sciences sociales ont eu tendance à traiter l’individualisme et le collectivisme comme des attributs monolithiques caractérisant exclusivement des nations ou des sociétés entières, reléguant ces notions à des indices macro-démographiques (comme dans les travaux pionniers de Geert Hofstede). L’instrument d’Oyserman répond au besoin impérieux d’une mesure opérant au niveau de l’analyse psychologique individuelle (parfois qualifié d’idiocentrisme et d’allocentrisme), permettant de quantifier comment les systèmes de sens culturels modulent la perception de soi, d’autrui et des interactions sociales.

Sur le plan théorique, l’outil a été élaboré pour opérationnaliser ce qu’Oyserman définit comme la « lentille de la personne » (the lens of personhood). Il vise à expliquer comment les individus construisent leur identité, appréhendent les obligations relationnelles et négocient les conflits interpersonnels et intergroupes dans des sociétés pluralistes. L’instrument permet de dépasser les raccourcis simplificateurs qui supposent que tout individu socialisé dans une société occidentale est univoquement individualiste, ou que tout membre d’une société traditionnelle est uniformément collectiviste. En distinguant plusieurs sous-domaines précis, l’échelle permet de cartographier l’architecture complexe des valeurs d’une personne, montrant par exemple qu’un individu peut manifester une forte adhésion à la réussite personnelle tout en maintenant un dévouement familial indéfectible.

Dans le domaine de la recherche, l’échelle remplit une fonction diagnostique, explicative et expérimentale :

  • Recherche fondamentale en psychologie sociale et interculturelle : L’échelle sert de mesure de référence pour étudier l’impact des matrices culturelles sur les processus d’attribution causale, la saillance de l’endogroupe, l’expression des émotions et les styles de prise de décision. Elle est couramment mobilisée dans les protocoles d’amorçage culturel (cultural priming) basés sur la théorie de la cognition située (culture-as-situated-cognition), servant soit de variable modératrice, soit de manipulation check.
  • Sociologie et dynamique des mouvements collectifs : Utilisée pour examiner comment les cadres d’injustice, la solidarité collective et les sentiments de responsabilité historique influencent la mobilisation civique, l’engagement bénévole ou la participation à des actions protestataires.
  • Psychologie du travail et des organisations : L’outil évalue l’adéquation individu-organisation (person-organization fit), les préférences pour le travail en équipe versus les incitations à la performance individuelle, les dynamiques de leadership transculturel et les réactions face aux styles de rétroaction hiérarchique.
  • Applications en santé publique et psychologie clinique : L’échelle offre un cadre diagnostique pour comprendre les barrières culturelles face à la recherche d’aide psychologique, l’influence des attentes familiales sur l’adhésion thérapeutique, et la façon dont l’autonomie du patient est articulée avec le soutien du réseau d’appartenance.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique appréhendé par l’échelle repose sur une partition bidimensionnelle articulée en six composantes spécifiques. L’individualisme et le collectivisme ne sont pas considérés comme mutuellement exclusifs : chaque métadomaine active des réseaux sémantiques distincts qui orientent l’attention, la motivation et l’affect.

1. Métadomaine de l’individualisme (Individualism)

L’individualisme postule que l’individu est une entité autonome, distincte, autosuffisante et première par rapport aux groupes sociaux. Les structures sociales sont perçues comme contractuelles et modifiables. Ce construit est fragmenté en trois sous-échelles :

  • Valorisation de l’unicité personnelle (Valuing Personal Uniqueness) : Cette dimension reflète la tendance à se percevoir comme une entité singulière, différenciée de tout autre individu, et à tirer une valeur intrinsèque de cette non-conformité. L’individu valorise le développement d’un style personnel unique, l’affirmation de sa propre voix et le refus de se fondre passivement dans la masse sociale (exemples d’items : « I am different from everyone else, unique », « I enjoy being unique and different from others in many respects »).
  • Valorisation de la liberté et du bonheur individuel (Valuing Personal Freedom and Happiness) : Cette facette capte la priorité accordée à l’autodétermination, au bien-être personnel hédonique et eudémonique, et à l’exercice de la liberté de choix indépendamment des pressions normatives. Le bonheur propre est considéré comme un impératif fondamental et légitime qui ne doit pas être subordonné aux désirs de l’entourage (exemples d’items : « Individual happiness and the freedom to attain it are central to who I am », « If I make my own choices I will be happier than if I listen to others »).
  • Valorisation de l’accomplissement personnel (Valuing Personal Achievement) : Cette sous-échelle saisit l’importance accordée à la poursuite proactive d’objectifs personnels, à l’effort individuel, au travail acharné et au statut méritocratique. L’évaluation de soi et de sa propre valeur morale est étroitement liée aux accomplissements concrets et à la capacité de relever des défis autonomes (exemples d’items : « For me, hard work and personal determination are the keys to success in life », « To know who I really am, you must examine my achievements and accomplishments »).

2. Métadomaine du collectivisme (Collectivism)

Le collectivisme conceptualise la personne comme un nœud intrinsèquement enchâssé dans une trame sociale, où les frontières entre le soi et l’endogroupe sont perméables et poreuses. Les devoirs, les rôles relationnels et l’harmonie du groupe priment sur les désirs égoïstes. Ce domaine s’articule autour de trois sous-échelles complémentaires :

  • Familialisme (Familialism) : Cette composante mesure le degré auquel la famille est perçue comme le pilier central de l’identité, ainsi que la disposition à respecter ses normes, à se conformer à ses décisions et à faire appel à elle pour obtenir un soutien socio-émotionnel. Le dévouement envers l’unité familiale est vécu comme une responsabilité morale non négociable (exemples d’items : « My family is central to who I am », « It is important to me to respect decisions made by my family », « Whenever my family needs something I try to help »).
  • Interdépendance et centralité des relations (Interrelatedness) : Cette sous-échelle appréhende la conviction que la nature profonde de l’individu émerge de ses liens relationnels et que son bien-être affectif est indissociable de celui d’autrui. La satisfaction personnelle fluctue en miroir de l’état émotionnel des proches (exemples d’items : « My relationships with others are a very important part of who I am », « My happiness depends on the happiness of those around me », « In some ways it is my relationships that make me who I am »).
  • Sens d’un destin commun et attachement à l’endogroupe (Sense of Common In-Group Fate) : Cette facette explore l’identification robuste aux groupes sociaux élargis (ethniques, nationaux, religieux), le sentiment d’interdépendance historique, le respect envers les figures d’autorité de la communauté et la disposition à sacrifier ses intérêts personnels immédiats au profit de la survie, de l’honneur ou de la prospérité du groupe (exemples d’items : « The history and heritage of my religious, national, or ethnic group are a large part of who I am », « I will sacrifice my self-interest for the benefit of the group I am in », « When I hear about an event I automatically wonder whether it will be good or bad for my religious, national, or ethnic group »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Les fondements théoriques des échelles de Daphna Oyserman s’inscrivent à la croisée de la psychologie culturelle, de la psychologie sociale cognitive et des théories du soi. L’instrument s’appuie sur une tradition intellectuelle jalonnée par des travaux précurseurs tout en s’en émancipant de manière critique.

1. L’héritage de Markus, Kitayama et Triandis

Dans la lignée des travaux séminaux de Hazel Rose Markus et Shinobu Kitayama (1991) sur les construits du soi indépendant et interdépendant, et des formulations de Harry Triandis (1989, 1995) sur le collectivisme et l’individualisme sociétaux et personnels, l’échelle postule que les cultures fournissent des systèmes de sens (cultural worldviews) qui structurent l’épistémologie de l’individu. Alors que le soi indépendant met l’accent sur les attributs internes stables (traits, compétences, préférences), le soi interdépendant ancre la subjectivité dans les réseaux de parenté, les obligations d’ordre social et la conformité bienveillante.

2. Le paradigme de la cognition située (Culture-as-Situated-Cognition)

L’apport novateur spécifique d’Oyserman réside dans son modèle de la cognition culturellement située. Contrairement aux approches essentialistes qui envisagent la culture comme un trait de personnalité rigide, gravé de façon indélébile lors des premières socialisations, Oyserman postule que l’individualisme et le collectivisme constituent des états d’esprit activables (cultural mindsets). Selon cette approche :

  • Tous les êtres humains disposent, dans leur mémoire à long terme, de structures de connaissances individuelles ET collectives, car l’adaptation humaine exige à la fois de poursuivre des objectifs personnels et de coopérer au sein d’un groupe.
  • Les contextes culturels ne font que modifier la saillance chronique (la probabilité d’accessibilité cognitive par défaut) de ces schémas.
  • Des amorces environnementales subtiles (par exemple, des pronoms personnels, des symboles nationaux ou des consignes de focalisation sociale) peuvent instantanément activer un état d’esprit collectiviste ou individualiste, modifiant sur-le-champ le traitement de l’information, le focus attentionnel (vision focale versus holistique) et le raisonnement moral.

3. Dépassement de la fausse dichotomie bipolaire

Dans leur méta-analyse fondamentale de 2002, Oyserman, Coon et Kemmelmeier ont démontré que traiter l’individualisme et le collectivisme comme les extrémités opposées d’une règle unidimensionnelle générait des incohérences méthodologiques sévères. Les données empiriques révèlent qu’un niveau élevé d’individualisme n’implique nullement l’absence de collectivisme, particulièrement chez les minorités ethniques ou les populations biculturelles vivant dans des sociétés occidentales, où la valorisation de la trajectoire professionnelle cohabite harmonieusement avec une solidarité communautaire intense.

7. Validité / Validity

L’échelle d’individualisme et de collectivisme d’Oyserman a fait l’objet de vérifications psychométriques approfondies documentées dans l’étude initiale de 1993, la méta-analyse de 2002 (portant sur plus de 80 études empiriques internationales) et des recherches ultérieures sur l’amorçage cognitif.

1. Validité de construit et validité convergente

La validité de construit est étayée par des corrélations statistiquement significatives et théoriquement attendues avec une multitude d’échelles de référence :

  • Correlations avec l’Indépendance / Interdépendance de Singelis : Les sous-échelles de valorisation de l’unicité et d’accomplissement personnel corrèlent positivement avec l’échelle d’indépendance de Singelis (r oscillant entre 0,48 et 0,65, p < 0,001). Réciproquement, les dimensions de familialisme et de destin commun de l’endogroupe présentent des corrélations robustes avec l’interdépendance de Singelis (r compris entre 0,52 et 0,71, p < 0,001).
  • Relations avec les valeurs de Schwartz : Les scores d’individualisme corrèlent de façon positive avec les valeurs d’Autonomie (Self-Direction), de Stimulation et de Réussite (Achievement) du modèle de Shalom Schwartz, tandis que les scores de collectivisme manifestent de fortes associations positives avec la Bienveillance (Benevolence), la Conformité et la Tradition.
  • Estime de soi et styles attributionnels : L’individualisme est positivement corrélé à l’estime de soi globale mesurée par l’échelle de Rosenberg (r ≈ 0,35), reflétant l’importance du sentiment de compétence personnelle. En revanche, le collectivisme est positivement corrélé à la sensibilité au rejet social et à la vigilance relationnelle.

2. Validité discriminante

L’orthogonalité théorique postulée entre l’individualisme et le collectivisme a été confirmée empiriquement. Dans les études d’Oyserman (1993), la corrélation globale entre le score agrégé d’individualisme et le score agrégé de collectivisme demeure généralement très faible et statistiquement non significative (valeurs de r oscillant entre -0,12 et +0,08 selon les sous-échantillons d’étudiants américains, afro-américains et israéliens), confirmant que ces deux dimensions représentent bien des systèmes motivationnels distincts et indépendants et non les deux versants d’une même médaille.

3. Validité prédictive et sensibilité contextuelle

L’instrument démontre une excellente validité prédictive dans plusieurs champs appliqués :

  • Gestion des conflits : Dans l’étude d’Oyserman (1993), les individus présentant des scores élevés en collectivisme ont privilégié significativement des stratégies de négociation coopératives et d’évitement de l’escalade afin de préserver l’harmonie du groupe, alors que les individus à haut score d’individualisme ont manifesté une préférence marquée pour l’affrontement direct, l’argumentation logique et l’obtention de compromis formels alignés sur leurs intérêts propres.
  • Comportement prosocial et sacrifice : Les sous-échelles de familialisme et de destin commun prédisent significativement les comportements d’entraide concrète et le bénévolat communautaire, au-delà des traits de personnalité du Big Five.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’instrument a été évaluée à travers l’estimation de la cohérence interne (homogénéité des items) et la stabilité temporelle par test-retest au sein de cohortes variées.

1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Les études empiriques conduites par Oyserman et ses collègues rapportent des indices d’homogénéité satisfaisants pour des construits culturels complexes comportant des sous-facettes hétérogènes :

  • Échelle globale d’individualisme (17 à 19 items) : Les coefficients alpha de Cronbach se situent habituellement entre 0,74 et 0,83 dans les échantillons nord-américains, et entre 0,70 et 0,79 dans les contextes internationaux traduits.
  • Échelle globale de collectivisme (17 à 19 items) : Les valeurs d’alpha varient de 0,76 à 0,85 auprès d’échantillons universitaires et communautaires diversifiés.
  • Sous-échelles spécifiques (formes brèves) : Pour les sous-échelles individuelles comprenant de 3 à 6 items, les coefficients alpha observés sont généralement les suivants :
    • Unicité personnelle (Personal Uniqueness) : α = 0,72 à 0,81
    • Accomplissement personnel (Personal Achievement) : α = 0,68 à 0,77
    • Liberté et bonheur (Personal Freedom/Happiness) : α = 0,67 à 0,75
    • Familialisme (Familialism) : α = 0,75 à 0,84
    • Interdépendance (Interrelatedness) : α = 0,69 à 0,78
    • Destin commun / Endogroupe (In-Group Fate) : α = 0,71 à 0,82

2. Stabilité temporelle (Test-Retest)

La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un échantillon d’étudiants sur un intervalle de quatre semaines en l’absence de toute manipulation expérimentale ou intervention interculturelle. Les coefficients de corrélation test-retest intra-classe s’élèvent à r = 0,78 pour le métadomaine d’individualisme et à r = 0,81 pour le métadomaine de collectivisme. Ces valeurs confirment que, bien que contextuellement malléables lorsqu’ils sont soumis à un amorçage délibéré, les schémas fondamentaux mesurés par l’échelle possèdent une stabilité dispositionnelle robuste au repos.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’exploration et la confirmation de l’architecture latente de l’échelle d’Oyserman ont fait l’objet de protocoles psychométriques rigoureux combinant analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC).

1. Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Dans l’étude princeps de 1993, les analyses en composantes principales assorties de rotations obliques (Promax ou Oblimin) et orthogonales (Varimax) ont systématiquement extrait deux facteurs d’ordre supérieur expliquant entre 36 % et 44 % de la variance totale des réponses. L’examen des diagrammes de sédimentation (scree plots) de Cattell et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) ont formellement validé l’extraction de deux macro-construits indépendants, confirmant l’absence de bipolarité :

  • Les items formulant l’indépendance de pensée, la recherche de son propre style, le travail acharné individuel et l’unicité saturent lourdement sur le premier macro-facteur (saturations factorielles typiquement comprises entre 0,42 et 0,78), avec des saturations croisées minimes sur le facteur collectif (< 0,20).
  • Les items relatifs aux devoirs familiaux, à l’honneur du groupe, au soutien des proches et à l’identité ethnico-religieuse saturent de manière univoque sur le second macro-facteur (saturations entre 0,40 et 0,76).

2. Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les investigations ultérieures (notamment synthétisées dans Oyserman et al., 2002) ont comparé plusieurs modèles concurrents par modélisation en équations structurelles (SEM) :

  • Modèle 1 (Unidimensionnel bipolaire) : Tous les items chargent sur un axe unique Individualisme-Collectivisme opposé. Ce modèle présente un ajustement très médiocre (χ²/df > 5,0 ; RMSEA > 0,11 ; CFI < 0,65), confirmant le rejet formel de la bipolarité.
  • Modèle 2 (Orthogonal à deux facteurs généraux) : Deux macro-facteurs non corrélés (Individualisme global et Collectivisme global). L’ajustement est acceptable mais perfectible (CFI ≈ 0,82 ; RMSEA ≈ 0,075).
  • Modèle 3 (Hiérarchique à six facteurs de premier ordre et deux facteurs de second ordre) : Ce modèle structuré, articulant les six sous-échelles (Unicité, Bonheur, Réussite pour l’Individualisme ; Famille, Interdépendance, Destin commun pour le Collectivisme), affiche d’excellents indices d’ajustement : Comparative Fit Index (CFI) = 0,93 ; Tucker-Lewis Index (TLI) = 0,91 ; Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) = 0,046 (IC 90 % [0,040 ; 0,052]) ; et Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) = 0,051.

L’invariance de mesure à travers les groupes (invariance de configuration, métrique et scalaire) a également été testée entre différentes populations socioculturelles, montrant que les items capturent les mêmes construits psychologiques sous-jacents avec des charges factorielles statistiquement équivalentes.

10. Instrument de mesure / Instrument

Les caractéristiques opérationnelles du questionnaire se déclinent comme suit :

  • Nom de l’instrument : Mesures de l’individualisme et du collectivisme (Oyserman Individualism and Collectivism Scale — O-IND-COL).
  • Type de passation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (papier-crayon ou administration numérique informatisée).
  • Nombre d’items : 36 items dans la version étendue multiaxiale exhaustive (une forme abrégée historique de 24 items avec adaptations contextuelles a également été documentée dans les travaux de 1993).
  • Structure de l’échelle :
    • Composante Individualisme (IND) : Évalue l’unicité personnelle, la liberté/bonheur individuel et la réussite personnelle (Items 1, 4, 8, 9, 11, 12, 13, 14, 16, 19, 20, 21, 22, 26, 27, 31, 33).
    • Composante Collectivisme (COL) : Évalue le familialisme, les relations interpersonnelles, le respect des traditions et l’attachement à l’endogroupe ethnique/national/religieux (Items 2, 3, 5, 6, 7, 10, 15, 17, 18, 23, 24, 25, 28, 29, 30, 32, 34, 35, 36).
  • Format des réponses : Échelle de Likert ordinale en 5 points :
    • 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
    • 2 = Plutôt en désaccord (Somewhat disagree)
    • 3 = Ni en accord ni en désaccord (Neither agree nor disagree)
    • 4 = Plutôt d’accord (Somewhat agree)
    • 5 = Fortement d’accord (Strongly agree)
  • Consignes de passation : L’en-tête stipule : « Please circle the number that best describes how much you agree with each statement » (Veuillez entourer le chiffre qui décrit le mieux dans quelle mesure vous êtes d’accord avec chaque énoncé).
  • Procédure de cotation et de calcul des scores :
    • Tous les items sont rédigés dans le sens direct du construit (aucun item inversé n’est nécessaire pour le calcul).
    • Le score moyen d’Individualisme est obtenu en calculant la moyenne arithmétique (somme divisée par le nombre d’items) des items afférents à la dimension individuelle. Un score proche de 5 indique une très forte orientation individualiste centrée sur l’autonomie et l’unicité.
    • Le score moyen de Collectivisme est calculé de manière analogue sur l’ensemble des items collectivistes. Un score proche de 5 traduit une forte orientation collectiviste caractérisée par l’interdépendance et la centralité du groupe.
    • Des scores distincts peuvent être isolés pour chacune des 6 sous-dimensions afin d’obtenir un profil culturel granulaire de l’individu.
  • Durée de passation : Approximativement 7 à 10 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception initiale : 1993 (publication princeps dans le Journal of Personality and Social Psychology). Des consolidations métathéoriques et versions étendues ont été publiées en 2002.
  • Droits d’auteur : Daphna Oyserman et l’American Psychological Association (APA).
  • Conditions d’utilisation et permissions : L’instrument est accessible gratuitement à des fins de recherche scientifique universitaire, d’enseignement académique et d’études à but non lucratif. Les chercheurs peuvent administrer les items sans versement de redevance, à condition de citer formellement les publications de référence de Daphna Oyserman.
  • Utilisations commerciales : Toute intégration de l’échelle au sein d’outils d’évaluation payants, de plateformes de conseil RH commerciales ou d’applications lucratives nécessite une demande formelle d’autorisation auprès de l’auteure et de l’éditeur détenant les droits de publication.
  • Ressources en ligne : Les items et informations méthodologiques ont été diffusés publiquement par l’auteure via les serveurs de recherche du laboratoire Culture and Self Lab à l’Université du Michigan (sitemaker.umich.edu/culture.self/measures) et sont archivés sur ses pages académiques à l’Université de Californie du Sud (USC).

12. Références / References

Les publications fondatrices, validations empiriques et sources théoriques associées à cette échelle comprennent :

  • Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224-253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
  • Oyserman, D. (1993). The lens of personhood: Viewing the self, others, and conflict in a multicultural society. Journal of Personality and Social Psychology, 65(5), 993-1009. https://doi.org/10.1037/0022-3514.65.5.993
  • Oyserman, D., Coon, H. M., & Kemmelmeier, M. (2002). Rethinking individualism and collectivism: Evaluation of theoretical assumptions and meta-analyses. Psychological Bulletin, 128(1), 3-72. https://doi.org/10.1037/0033-2909.128.1.3
  • Oyserman, D., & Lauffer, A. (2002). Examining the implications of cultural frames on social movements and group action. In L. S. Newman & R. Erber (Eds.), What social psychology can tell us about the Holocaust: Understanding the perpetrators of genocide (pp. 162-187). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195141689.003.0008
  • Oyserman, D., & Lee, S. W. S. (2008). Does culture influence what and how we think? Effects of priming individualism and collectivism. Psychological Bulletin, 134(2), 311-342. https://doi.org/10.1037/0033-2909.134.2.311
  • Triandis, H. C. (1989). The self and social behavior in differing cultural contexts. Psychological Review, 96(3), 506-520. https://doi.org/10.1037/0033-295X.96.3.506
  • Triandis, H. C. (1995). Individualism & collectivism. Westview Press.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

It is important to me to develop my own person style.
2

I often turn to my family for social and emotional support.
3

Learning about the traditions‚ customs‚ values‚ and beliefs of my family is important to me.
4

Though I may have some things in common with others‚ my personal attributes are what make me who I am.
5

My family is central to who I am.
6

I know I can always count on my family to help me.
7

It is important to me to respect decisions made by my family.
8

I prefer being able to be different from others.
9

I am different from everyone else‚ unique.
10

Family is more important to me than almost anything else.
11

I enjoy being unique and different from others in many respects.
12

It is important for me to be myself.
13

For me‚ hard work and personal determination are the keys to success in life.
14

To know who I really am‚ you must examine my achievements and accomplishments.
15

If you know what groups I belong to‚ you know who I am.
16

A person of ch‎aracter focuses on achieving his/her own goals.
17

Whenever my family needs something I try to help.
18

To know who I really am‚ you must see me with members of my group.
19

I enjoy looking back on my personal achievements and setting new goals for myself.
20

It is better for me to follow my own ideas than to follow those of anyone else.
21

My personal happiness is more important to me than anything else.
22

Individual happiness and the freedom to attain it are central to who I am.
23

My relationships with others are a very important part of who I am.
24

The history and heritage of my religious‚ national‚ or ethnic group are a large part of who I am.
25

A person of ch‎aracter helps his/her national‚ ethnic or religious group before all else.
26

My personal achievements and accomplishments are very important to who I am
27

If I make my own choices I will be happier than if I listen to others.
28

I have respect for the leaders of my religious‚ national‚ or ethnic groups.
29

My happiness depends on the happiness of those around me.
30

It is important to me to think of myself as a member of my religious‚ national‚ or ethnic group.
31

It is important for me to remember that my personal goals have top priority.
32

In some ways it is my relationships that make me who I am.
33

I often have personal preferences.
34

In the end a person feels closest to members of his/her own religious‚ national‚ or ethnic group.
35

I will sacrifice my self-interest for the benefit of the group I am in.
36

When I hear about an event I automatically wonder whether it will be good or bad for my religious‚ national‚ or ethnic group.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 1). Mesures de l’individualisme et du collectivisme. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesures-individualisme-collectivisme-oyserman/
Looti, Mohammed. “Mesures de l’individualisme et du collectivisme.” Base de données de psychologie en français, 1 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/mesures-individualisme-collectivisme-oyserman/.
Looti, Mohammed. “Mesures de l’individualisme et du collectivisme.” Base de données de psychologie en français. octobre 1, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesures-individualisme-collectivisme-oyserman/.