Mesure objective étendue des statuts de l’identité du moi – Version révisée (EOM-EIS)

La Mesure objective étendue des statuts de l’identité du moi – Version révisée (EOM-EIS) est un questionnaire psychométrique standardisé de 64 items fondé sur le modèle de James Marcia. Elle évalue la Diffusion, la Forclusion, le Moratoire et la Réalisation dans les domaines idéologique et interpersonnel.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

La Mesure objective étendue des statuts de l’identité du moi – Version révisée (Extended Objective Measure of Ego Identity Status-Revised Version, ou EOM-EIS / EOMEIS-2), conçue par Layton D. Bennion et Gerald R. Adams en 1986 dans le prolongement des travaux d’Adams, Shea et Fitch (1979), constitue un instrument psychométrique de référence pour l’évaluation empirique des statuts de l’identité psychosociale chez les grands adolescents et les jeunes adultes. Élaboré pour opérationnaliser le modèle théorique des statuts de l’identité formulé par James Marcia (1966) — lui-même ancré dans la théorie du développement psychosocial d’Erik Erikson (1968) —, l’EOM-EIS dépasse les contraintes méthodologiques de l’entretien clinique semi-structuré en proposant un questionnaire auto-rapporté standardisé de 64 items.

L’échelle évalue les quatre statuts identitaires majeurs — la Diffusion (Identity Diffusion), la Forclusion (Foreclosure), le Moratoire (Moratorium) et la Réalisation (Identity Achievement) — croisés de manière orthogonale à travers deux grands domaines existentiels : le domaine idéologique (regroupant les vocations professionnelles, la politique, la religion et le style de vie philosophique) et le domaine interpersonnel (englobant l’amitié, les relations amoureuses, les rôles de genre et les loisirs/activités récréatives). Chaque domaine comporte 32 items, permettant d’obtenir des scores spécifiques pour chaque statut dans chaque sous-domaine ainsi qu’un profil identitaire global. Les participants répondent à l’aide d’une échelle de type Likert en 6 points allant de 1 (« Tout à fait d’accord » / Strongly agree) à 6 (« Tout à fait en désaccord » / Strongly disagree).

Sur le plan psychométrique, l’EOM-EIS présente des qualités métrologiques robustes. La cohérence interne mesurée par le coefficient alpha de Cronbach varie selon les sous-échelles et les échantillons, affichant des valeurs remarquables pour la Forclusion (α ≈ 0,85 à 0,90), modérées à satisfaisantes pour le Moratoire (α ≈ 0,73 à 0,78), la Diffusion (α ≈ 0,62 à 0,68) et la Réalisation (α ≈ 0,66 à 0,75). La stabilité temporelle test-retest sur un intervalle de deux semaines oscille entre 0,82 et 0,90, témoignant d’une excellente reproductibilité. Cet instrument demeure un outil incontournable tant pour la recherche fondamentale en psychologie du développement que pour l’évaluation clinique des transitions identitaires chez les étudiants universitaires et les jeunes adultes.

2. Mots-clés / Keywords

statut d’identité du moi, identité psychosociale, James Marcia, Erik Erikson, diffusion de l’identité, forclusion, moratoire, réalisation de l’identité, EOM-EIS, psychométrie, adolescence tardive, émergence de l’adulte, domaines idéologique et interpersonnel

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et révisée par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie du développement de l’adolescence :

  • Gerald R. Adams, Ph.D. : Professeur émérite au Département des relations familiales et de la nutrition appliquée (Department of Family Relations and Applied Nutrition) à l’Université de Guelph (Ontario, Canada). Figure majeure de l’étude de l’adolescence, auteur de nombreux ouvrages de référence sur le développement de l’identité du moi et la psychométrie développementale. Contact académique historique : [email protected].
  • Layton D. Bennion, M.S., Ph.D. : Chercheur à l’Université d’État de l’Utah (Utah State University, Logan, Utah, États-Unis), co-auteur de la révision étendue de l’instrument en 1986 ayant permis l’intégration systématique du domaine interpersonnel.
  • John A. Shea & Phillip Fitch : Collaborateurs initiaux de Gerald R. Adams à l’Université d’État de l’Utah, ayant contribué à la première formulation de l’Objective Measure of Ego Identity Status (OMEIS) en 1979.

4. Objectif / Purpose

Le développement de l’EOM-EIS répondait à un impératif méthodologique et théorique majeur survenu au cours des années 1970 et 1980 dans le champ de la psychologie développementale. Historiquement, le modèle des statuts de l’identité de James Marcia (1966) reposait exclusivement sur l’Identity Status Interview (ISI), un entretien clinique semi-structuré d’une durée de 30 à 60 minutes. Bien que riche sur le plan qualitatif, l’ISI présentait des limites méthodologiques considérables : il exigeait une formation clinique poussée des évaluateurs, entraînait des coûts de retranscription et de codage prohibitifs, et souffrait d’une vulnérabilité intrinsèque aux biais de subjectivité des juges (accord inter-juges fluctuant). Ces contraintes rendaient l’ISI quasi inutilisable pour les études épidémiologiques de grande envergure, les protocoles longitudinaux extensifs ou les analyses multivariées nécessitant de larges cohortes.

L’objectif fondamental d’Adams et ses collaborateurs a été de concevoir un instrument psychométrique auto-rapporté, standardisé, objectif et d’administration rapide, capable de reproduire fidèlement la typologie marcienne des quatre statuts identitaires sans sacrifier la nuance conceptuelle. De surcroît, la version initiale (l’OMEIS d’Adams, Shea & Fitch, 1979) mesurait principalement le pôle idéologique (vocation, politique, religion), calquant ainsi la focalisation historique de Marcia qui avait été largement critiquée par les théoriciennes féministes et relationnelles (notamment Ruthellen Josselson et Carol Gilligan). Ces dernières soulignaient que l’identité féminine et les dynamiques relationnelles contemporaines se construisaient tout autant, sinon plus, dans la sphère interpersonnelle (amitiés, intimité, relations amoureuses, rôles familiaux et de genre).

La révision de Bennion et Adams (1986) visait explicitement à combler cette lacune en étendant la mesure à parts égales entre les dimensions idéologique et interpersonnelle. L’EOM-EIS s’assigne ainsi plusieurs vocations :

  • Recherche fondamentale et appliquée : Permettre l’investigation des trajectoires d’acquisition de l’identité, l’étude des liens entre statut identitaire et bien-être psychologique, adaptation universitaire, autonomie émotionnelle, santé mentale, et comportements à risque chez les 15-25 ans.
  • Évaluation clinique et psycho-éducative : Identifier les profils de blocage développemental chez les jeunes adultes (par exemple une forclusion rigide génératrice d’angoisse face à l’échec ou une diffusion identitaire sévère associée à un désengagement existentiel), afin d’orienter les interventions de conseil d’orientation, de tutorat académique et de psychothérapie de soutien.
  • Analyse différentielle des contextes : Fournir une métrique distincte pour l’idéologie et l’interpersonnel, autorisant l’identification de profils asynchrones (par exemple, un individu parvenu à la Réalisation dans sa carrière professionnelle mais demeurant en Moratoire ou en Forclusion dans sa vie amoureuse et amicale).

5. Construit psychologique / Construct

L’EOM-EIS opérationnalise de manière rigoureuse le construit de l’identité du moi (ego identity) en le décomposant selon la matrice bidimensionnelle de Marcia : l’axe de la crise ou exploration (processus actif de remise en question, d’investigation et d’expérimentation de diverses alternatives de vie) et l’axe de l’engagement (degré d’investissement personnel, d’adhésion et de fidélité à des choix précis, des valeurs et des objectifs durables). Le croisement de ces deux dimensions engendre les quatre statuts identitaires fondamentaux :

1. La Diffusion de l’identité (Identity Diffusion)

Ce statut caractérise les individus qui n’ont ni traversé de période significative d’exploration (absence de crise), ni formulé d’engagements fermes dans le domaine considéré. Sur le plan phénoménologique, la personne en diffusion adopte une attitude flottante, opportuniste ou passive, sans vision téléologique de son avenir. Dans le domaine idéologique, cela se traduit par un désintérêt total pour la politique ou la religion (« Je ne m’intéresse pas à la politique, cela ne me passionne pas »). Dans le domaine interpersonnel, la diffusion se manifeste par des liens superficiels, un manque d’engagement relationnel et une indifférence quant aux normes de couple (« Je n’ai pas de vrais amis proches et je n’en cherche pas vraiment »). Ce statut est fréquemment associé à une anomie existentielle, un faible sentiment d’auto-efficacité et un risque accru de détresse psychologique.

2. La Forclusion de l’identité (Foreclosure)

La forclusion désigne une configuration où l’individu présente des engagements fermes et rigides, mais établis en l’absence de toute crise ou démarche personnelle d’exploration. Ces engagements sont le fruit d’une intériorisation passive et prématurée des attentes parentales, familiales ou socioculturelles. L’individu accepte sans regard critique les choix de ses figures d’autorité. Dans la sphère idéologique, la forclusion s’exprime par le conformisme religieux ou professionnel (« Mes parents ont décidé il y a longtemps du métier que je devrais faire et je suis leurs plans »). Dans la sphère interpersonnelle, elle se traduit par le calque absolu des critères parentaux dans la sélection des fréquentations amoureuses ou des loisirs (« Je ne sors qu’avec le genre de personnes que mes parents approuvent »). Bien que ces sujets affichent souvent une haute estime de soi apparente et une faible anxiété de surface, leur identité demeure vulnérable aux chocs environnementaux imprévus en raison de leur rigidité cognitive et de leur dépendance à l’approbation externe.

3. Le Moratoire de l’identité (Moratorium)

Le statut de moratoire correspond à la phase de « crise identitaire » par excellence. L’individu est activement engagé dans une démarche exploratoire intense, lucide et parfois anxiogène, mais n’a pas encore stabilisé d’engagements définitifs. Il examine, pèse, débat et expérimente diverses avenues existentielles. Dans le domaine idéologique, le sujet en moratoire remet en question ses croyances initiales, confronté à la diversité des partis politiques ou des doctrines spirituelles (« La religion me rend confus en ce moment ; je ne cesse de changer d’avis sur ce qui est bien ou mal pour moi »). Dans le domaine interpersonnel, il multiplie les types d’amitiés et de relations amoureuses afin de discerner ce qui résonne véritablement avec son intériorité (« J’expérimente différents types de relations de couple, je n’ai pas encore décidé ce qui est le mieux pour moi »). Bien qu’accompagné d’un niveau d’anxiété plus élevé et d’ambivalence émotionnelle, le moratoire représente un stade de transition développementale sain et nécessaire vers l’autonomie mature.

4. La Réalisation de l’identité (Identity Achievement)

Ce statut constitue l’aboutissement optimal du travail identitaire à la fin de l’adolescence. L’individu est parvenu à des engagements personnels solides, cohérents et autonomes, après avoir résolu une période d’exploration rigoureuse et sincère. Les choix effectués sont authentiquement appropriés et intégrés au Soi. Sur le versant idéologique, le sujet a clarifié son orientation de carrière et ses convictions philosophiques ou citoyennes, en opérant un tri critique entre l’héritage parental et ses valeurs propres (« J’ai réfléchi en profondeur à mes croyances politiques et je réalise que je peux être en accord avec certains aspects de mes parents et pas avec d’autres »). Sur le versant interpersonnel, la personne a défini des critères clairs pour ses amitiés et sa relation de couple, basés sur la mutualité et le respect de son individualité (« Après avoir expérimenté diverses activités de loisir, j’ai trouvé celles que j’aime vraiment pratiquer seul ou avec des amis »). La réalisation est associée à une autonomie psychologique élevée, une flexibilité cognitive, une bonne régulation affective et des relations intimes stables.

Ces quatre statuts sont évalués à travers huit domaines de contenu (quatre idéologiques : Métier/Carrière, Religion, Politique, Style de vie ; et quatre interpersonnels : Amitié, Rencontres/Vie amoureuse, Rôles sexuels dans le couple/mariage, Loisirs/Récréation). Chaque domaine comprend un item représentatif de chacun des quatre statuts identitaires, garantissant un équilibre factoriel parfait.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de l’EOM-EIS repose sur l’articulation féconde entre la psychanalyse développementale d’Erik H. Erikson et la psychologie différentielle expérimentale initiée par James E. Marcia.

L’héritage eriksonien : Le conflit Identité vs Confusion des rôles

Dans son ouvrage séminal Identity: Youth and Crisis (1968), Erikson postule une théorie du développement épigénétique en huit stades psychosociaux. Le cinquième stade, coïncidant avec l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte, est dominé par la crise fondamentale opposant l’Identité du moi à la Confusion des rôles (ou diffusion identitaire). Pour Erikson, l’identité du moi n’est pas une simple somme d’identifications infantiles, mais une configuration globale et dynamique unifiant les pulsions biologiques, les aptitudes individuelles et les rôles sociaux offerts par la culture. L’échec de cette synthèse précipite le jeune dans une diffusion identitaire invalidante, caractérisée par l’incapacité à s’engager professionnellement, l’isolement intime et parfois des conduites délinquantes ou régressives.

L’opérationnalisation par James Marcia (1966)

Bien qu’Erikson ait offert une description clinique magistrale du phénomène, ses formulations théoriques demeuraient trop métaphoriques et holistiques pour faire l’objet de protocoles expérimentaux réfutables au sens poppérien. En 1966, James Marcia réalise une percée décisive en dégageant deux critères opérationnels essentiels du modèle eriksonien :

  1. La Crise (Exploration) : Période durant laquelle le sujet remet en question ses loyautés passées et évalue activement différentes options de vie.
  2. L’Engagement : Décision personnelle ferme quant à une direction professionnelle, religieuse ou idéologique, et mise en œuvre d’actions concrètes pour s’y conformer.

En croisant la présence ou l’absence de ces deux dimensions, Marcia a défini ses quatre statuts identitaires célèbres. L’EOM-EIS s’inscrit rigoureusement dans cette modélisation, tout en la dotant d’une structure métrique continue permettant de saisir l’intensité d’adhésion à chaque statut plutôt que d’enfermer le sujet dans une case typologique rigide.

L’élargissement au domaine interpersonnel : La critique féministe et relationnelle

Dans les décennies 1970 et 1980, des chercheuses telles que Carol Gilligan (1982) et Ruthellen Josselson (1987) ont vigoureusement critiqué le modèle initial de Marcia. Elles ont démontré que la focalisation exclusive sur la vocation, la politique et la foi religieuse reflétait un biais androcentrique privilégiant la séparation, l’autonomie et l’individuation instrumentale au détriment de l’attachement, du soin (care) et des dynamiques relationnelles. Pour beaucoup d’individus, particulièrement les femmes et les cultures collectivistes, la définition de soi s’opère prioritairement à travers la négociation des relations d’intimité, le partage des rôles conjugaux et la construction de réseaux de soutien affectif. En intégrant formellement les dimensions de l’amitié, de la fréquentation amoureuse, de la division des responsabilités conjugales et des loisirs partagés, Bennion et Adams (1986) ont produit un instrument écologiquement valide, universel et sensible aux variations de genre dans le parcours de socialisation.

7. Validité / Validity

L’EOM-EIS et ses versions associées ont fait l’objet de nombreuses validations empiriques documentant de manière concluante leur validité de construit, de critère, convergente et discriminante.

Validité convergente et concordance de critère

La validité de critère de l’EOM-EIS a été primordialement établie en comparant ses classifications avec celles obtenues via l’étalon-or de la discipline : l’entretien clinique semi-structuré de Marcia (Identity Status Interview). Dans sa thèse de référence, Bennion (1988) a démontré des taux de convergence statistiques très significatifs entre les scores de l’EOM-EIS et le codage expert issu des entretiens cliniques (coefficients kappa de Cohen variant entre 0,65 et 0,78 selon les domaines). Ces résultats ont prouvé que la passation d’un questionnaire d’une quinzaine de minutes parvenait à capturer la même essence phénoménologique qu’un entretien approfondi.

Validité de construit et corrélats psychologiques

La validité de construit de l’instrument s’illustre à travers des relations théoriquement congruentes avec une vaste gamme de variables psychologiques établies dans la littérature scientifique :

  • Estime de soi et bien-être : Le statut de Réalisation est systématiquement corrélé de manière positive avec l’estime de soi globale (mesurée par l’échelle de Rosenberg), le sentiment de cohérence interne et un locus de contrôle interne (Rotter). Inversement, la Diffusion présente des corrélations négatives marquées avec l’estime de soi et positives avec le sentiment d’aliénation et l’anomie.
  • Anxiété et détresse émotionnelle : Conformément aux prédictions théoriques, le Moratoire est significativement associé à des niveaux plus élevés d’anxiété-trait et de doute réflexif, reflétant la tension interne inhérente à la recherche de soi sans ancrage définitif. La Forclusion, quant à elle, montre des niveaux faibles d’anxiété explicite mais une sensibilité accrue à l’approbation sociale et au stress lié au jugement d’autrui.
  • Autoritarisme et rigidité cognitive : Les scores de Forclusion manifestent des corrélations positives très robustes avec les échelles d’autoritarisme de droite (RWA), de dogmatisme et de conventionalisme moral (Kohlberg), traduisant l’intolérance à l’ambiguïté des sujets forclos. À l’opposé, les statuts de Réalisation et de Moratoire sont corrélés avec l’ouverture à l’expérience, la flexibilité cognitive et le raisonnement moral post-conventionnel.
  • Attitudes sociales : Les travaux de Tureau (2003) ont mis en évidence que les étudiants présentant un statut de Réalisation ou de Moratoire affichaient des attitudes significativement plus favorables et tolérantes envers les minorités sexuelles (gays et lesbiennes), tandis que les sujets forclos exprimaient des préjugés plus marqués, reproduisant sans filtre les normes homophobes traditionnelles de leur milieu d’origine.
  • Adaptation au deuil et aux pertes : Les recherches de Servaty (1997) sur l’ajustement aux pertes chez les adolescents ont montré que le statut de Réalisation agissait comme un facteur de résilience protecteur, facilitant un deuil adaptatif, alors que la Diffusion exacerbait la vulnérabilité dépressive.

Validité discriminante

Les corrélations inter-échelles confirment une séparation nette entre les statuts théoriquement opposés. Par exemple, la corrélation entre les échelles de Réalisation et de Diffusion est typiquement modérée à fortement négative (r = -0,35 à -0,55), soulignant que l’engagement consécutif à l’exploration s’oppose fondamentalement au désengagement apathique. De même, les analyses distinguent clairement la Forclusion (haut engagement, zéro crise) du Moratoire (haute crise, zéro engagement), attestant d’une excellente discrimination des facettes du modèle.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’EOM-EIS a été évaluée à travers deux indicateurs métrologiques majeurs : la cohérence interne (homogénéité des items) et la stabilité temporelle test-retest.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’étude fondatrice de Bennion et Adams (1986), ainsi que dans les investigations de réplication ultérieures (notamment Servaty, 1997), les coefficients alpha de Cronbach obtenus pour les quatre sous-échelles globales de statut se présentent comme suit :

  • Forclusion (Foreclosure) : α = 0,90. Cette sous-échelle affiche la plus haute cohérence interne de l’instrument, en raison de la nature très homogène et explicite des items décrivant la conformité aux choix parentaux.
  • Moratoire (Moratorium) : α = 0,73 (oscillant généralement entre 0,70 et 0,78 selon les cohortes). Ce niveau reflète une bonne cohérence pour un construit par nature dynamique et transitoire.
  • Diffusion (Identity Diffusion) : α = 0,68 (se maintenant habituellement dans la fourchette 0,65-0,72). Les comportements de diffusion étant hétérogènes (allant de l’isolement apathique à l’hédonisme désordonné), l’alpha est légèrement plus modeste mais parfaitement acceptable pour des échelles de recherche en sciences humaines.
  • Réalisation (Identity Achievement) : α = 0,66 (variant entre 0,65 et 0,75). L’expression de la réalisation à travers des domaines aussi diversifiés que la carrière, la religion, la politique et les relations interpersonnelles induit une variance spécifique qui pondère légèrement l’homogénéité globale sans compromettre la validité factorielle.

Lorsque les sous-échelles sont analysées séparément au sein des deux domaines (Idéologique vs Interpersonal), les alphas se maintiennent dans des plages comparables (typiquement entre 0,60 et 0,86), ce qui justifie l’utilisation des scores globaux de statut combinant les deux domaines pour maximiser la robustesse statistique.

Stabilité test-retest

L’évaluation de la stabilité temporelle rapportée dans les travaux de validation (Bennion & Adams, 1986 ; Servaty, 1997) sur un intervalle standard de deux semaines indique des coefficients de corrélation test-retest remarquables, compris entre r = 0,82 et r = 0,90 pour l’ensemble des sous-échelles. Cette remarquable fidélité atteste que, sur une fenêtre temporelle courte excluant toute transition développementale majeure, l’EOM-EIS capture des dispositions identitaires stables et fiables, et non de simples fluctuations d’humeur passagères.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’EOM-EIS a fait l’objet de nombreuses vérifications par analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au fil de son histoire psychométrique.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Les AFE initiales menées par Adams et ses collaborateurs à l’aide de rotations varimax et oblimin ont validé l’existence d’une structure cohérente à quatre facteurs correspondant rigoureusement aux quatre statuts identitaires de Marcia. Lorsque les analyses sont exécutées au sein de chaque domaine (32 items idéologiques d’un côté, 32 items interpersonnels de l’autre), les quatre facteurs émergent avec clarté :

  • Facteur 1 (Forclusion) : Regroupe les items où l’adhésion inconditionnelle aux opinions et valeurs parentales prévaut. Les saturations factorielles de ces items sont particulièrement élevées, dépassant fréquemment 0,60 à 0,75.
  • Facteur 2 (Moratoire) : Isole les items traduisant le doute actif, la remise en question en cours et la recherche d’une orientation propre (saturations typiques entre 0,45 et 0,68).
  • Facteur 3 (Diffusion) : Rassemble les énoncés dénotant l’évitement de l’engagement, l’absence de projet et l’indifférence face aux enjeux existentiels (saturations entre 0,40 et 0,62).
  • Facteur 4 (Réalisation) : Capture la résolution constructive des crises passées et la possession de repères personnels consolidés (saturations entre 0,42 et 0,65).

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et Modélisation

Dans les modélisations en équations structurelles modernes (CFA), tester l’EOM-EIS pose des défis psychométriques typiques des échelles de développement identitaire. Un modèle à quatre facteurs de second ordre (chaque statut fédérant ses items idéologiques et interpersonnels respectifs) démontre généralement des indices d’ajustement satisfaisants (RMSEA ≤ 0,06 ; CFI ≥ 0,90 ; TLI ≥ 0,88), validant l’hypothèse que l’identité du moi opère comme un méta-construit structuré traversant transversalement la vie publique/intellectuelle et la vie relationnelle/intime.

Certaines recherches ont néanmoins mis en lumière des saturations croisées mineures entre les items de Diffusion et de Moratoire (tous deux caractérisés par une absence d’engagement ferme) ou entre Réalisation et Forclusion (tous deux caractérisés par la présence d’engagements). Ces corrélations résiduelles sont théoriquement attendues dans la mesure où les statuts partagent les axes sous-jacents d’exploration et d’engagement.

10. Instrument de mesure / Instrument

La structure technique et les modalités de passation de l’EOM-EIS se résument comme suit :

  • Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique auto-rapporté papier-crayon ou informatisé.
  • Population cible : Grands adolescents (dès 15-16 ans), étudiants de l’enseignement supérieur et jeunes adultes (jusqu’à 25-30 ans).
  • Nombre total d’items : 64 items (répartis équitablement : 32 items pour le domaine Idéologique et 32 items pour le domaine Interpersonnel).
  • Domaines évalués :
    • Domaine Idéologique (32 items) : Métier/Profession (8 items), Politique (8 items), Religion (8 items), Style de vie philosophique (8 items).
    • Domaine Interpersonnel (32 items) : Amitié (8 items), Relations amoureuses/Dating (8 items), Rôles de genre/Mariage (8 items), Loisirs/Activités récréatives (8 items).
  • Échelle de réponse (Format Likert en 6 points) :
    • 1 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
    • 2 = Modérément d’accord (Moderately agree)
    • 3 = D’accord (Agree)
    • 4 = En désaccord (Disagree)
    • 5 = Modérément en désaccord (Moderately disagree)
    • 6 = Tout à fait en désaccord (Strongly disagree)
  • Temps de passation estimé : 15 à 25 minutes selon les individus.
  • Modalités de cotation et scores générés :
    • Scores continus par statut : Les items sont sommés ou moyennés pour chacun des quatre statuts (Diffusion, Forclusion, Moratoire, Réalisation) au sein du domaine Idéologique (16 items par statut au total dans l’instrument, soit 8 par statut et par domaine), du domaine Interpersonnel, et au niveau Total Global (16 items par statut).
    • Inversion de cotation : Selon la méthode de dépouillement choisie (conforme au manuel d’Adams), les scores peuvent être inversés (1=6, 2=5, 3=4, etc.) afin qu’un score numérique plus élevé corresponde à une adhésion plus forte au statut.
    • Classification typologique : Un sujet peut être classé dans un statut identitaire catégoriel prédominant en comparant ses scores à des seuils de coupure normatifs (typiquement fixés à un ou un demi-écart-type au-dessus de la moyenne de l’échantillon de référence pour un statut donné). Si plusieurs seuils sont franchis ou aucun, des statuts dits « transitionnels » ou « indéterminés » sont attribués conformément aux règles du manuel officiel.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de conception initiale : 1979 (version initiale OMEIS par Adams, Shea & Fitch).
  • Année de révision définitive (EOM-EIS) : 1986 (publication de la version étendue et révisée par Layton D. Bennion et Gerald R. Adams).
  • Statut des droits et conditions d’utilisation : L’EOM-EIS est considéré comme un instrument ouvert pour la recherche universitaire et clinique (domaine académique public non commercial). Les auteurs ont traditionnellement encouragé sa libre dissémination à des fins scientifiques sans facturation de droits d’auteur, sous réserve d’une citation bibliographique appropriée des publications sources.
  • Tarification : Gratuit pour une utilisation non commerciale de recherche académique ou de thèse.
  • Manuel d’utilisation : Le manuel psychométrique complet (OMEIS Manual) ainsi que les grilles de cotation détaillées ont été mis à disposition par le Dr Gerald R. Adams via l’Université de Guelph. Les demandes d’autorisation formelle ou d’accès aux normes peuvent être adressées à l’adresse de contact académique de l’auteur principal : [email protected].

12. Références / References

Les sources scientifiques fondatrices et contemporaines régissant l’utilisation de l’EOM-EIS sont répertoriées ci-dessous conformément aux normes APA (7e édition) :

  • Adams, G. R., Shea, J. A., & Fitch, P. A. (1979). Toward the development of an objective measure of ego identity status. Journal of Youth and Adolescence, 8(2), 223–237. https://doi.org/10.1007/BF02087618
  • Bennion, L. D. (1988). Measuring adolescent ego-identity status: A comparison of the semi structured interview and the Objective Measure of Ego Identity Status (Unpublished master’s thesis). Utah State University, Logan, Utah.
  • Bennion, L. D., & Adams, G. R. (1986). A revision of the extended version of the objective measure of ego identity status: An identity instrument for use with late adolescence. Journal of Adolescent Research, 1(2), 183–198. https://doi.org/10.1177/074355488612005
  • Erikson, E. H. (1968). Identity: Youth and crisis. W. W. Norton & Company.
  • Gilligan, C. (1982). In a different voice: Psychological theory and women’s development. Harvard University Press.
  • Grotevant, H. D., & Adams, G. R. (1984). Development of an objective measure to assess ego identity in adolescence: Validation and replication. Journal of Youth and Adolescence, 13(5), 419–438. https://doi.org/10.1007/BF02088639
  • Josselson, R. (1987). Finding herself: Pathways to identity development in women. Jossey-Bass.
  • Marcia, J. E. (1966). Development and validation of ego-identity status. Journal of Personality and Social Psychology, 3(5), 551–558. https://doi.org/10.1037/h0023281
  • Marcia, J. E., & Friedman, M. L. (1970). Ego identity status in college women. Journal of Personality and Social Psychology, 15(3), 249–254. https://doi.org/10.1037/h0029381
  • Servaty, H. L. (1997). Identity status and adjustment to loss among adolescents (Doctoral dissertation, University of North Texas). UNT Digital Library.
  • Tureau, Z. L. (2003). College student identity and attitudes toward gays and lesbians (Doctoral dissertation, University of North Texas). UNT Digital Library.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Response Scale:
1 = Strongly agree
2 = Moderately agree
3 = Agree
4 = Disagree
5 = Moderately disagree
6 = Strongly disagree
  1. I haven’t really considered politics. They just don’t excite me much.
  2. I might have thought about a lot of different things but there has never really been a decision since my parents said what they wanted.
  3. When it comes to religion I just haven’t found any that I’m really into myself.
  4. My parents had it decided a long time ago what I should go into and I’m following their plans.
  5. There are so many different political parties and ideals. I can’t decide which to follow until I figure it all out.
  6. I don’t give religion much thought and it doesn’t bother me one way or the other.
  7. I guess I’m pretty much like my folks when it comes to politics. I follow what they do in terms of voting and such.
  8. I haven’t chosen the occupation I really want to get into‚ but I’m working toward becoming a _____ until something better comes along.
  9. A person’s faith is unique to each individual. I’ve considered and reconsidered it myself and know what I can believe.
  10. It took me a long time to decide but now I know for sure what direction to move in for a career.
  11. I really never was involved in politics enough to have to make a firm stand one way or the other.
  12. I’m not so sure what religion means to me. I’d like to make up my mind but I’m not done looking yet.
  13. I’ve thought my political beliefs through and realize I may or may not agree with many of my parent’s beliefs.
  14. It took me awhile to figure it out‚ but now I really know what I want for a career.
  15. Religion is confusing to me right now. I keep changing my views on what is right and wrong to me.
  16. I’m sure it will be pretty easy for me to change my occupational goals when something better comes along.
  17. My folks have always had their own political and moral beliefs about issues like abortion and mercy killing and I’ve always gone along accepting what they have.
  18. I’ve gone through a period of serious questioning about faith and can now say I understand what I believe in as an individual.
  19. I’m not sure about my political beliefs‚ but I’m trying to figure out what I can truly believe in.
  20. I just can’t decide how capable I am as a person and what jobs I’ll be right for.
  21. I attend the same church as my family has always attended. I’ve never really questioned why.
  22. I just can’t decide what to do for an occupation. There are so many possibilities.
  23. I’ve never really questioned my religion. If it’s right for my parents it must be right for me.
  24. Politics are something that I can never be too sure about because things change so fast. But I do think it’s important to know what I believe in.
  25. I’m not really interested in finding the right job‚ any job will do.
  26. I’m not sure what religion means to me. I’d like to make up my mind but I’m not done looking yet.
  27. My ideas about men’s and women’s roles have come right for my parents and family. I haven’t seen any need to look further.
  28. My own views on a desirable life style were taught to me by my parents and I don’t see any need to question what they taught me.
  29. I don’t have any real close friends‚ and I don’t think I’m looking for one right now.
  30. Sometimes I join in leisure activities‚ but I really don’t see a need to look for a particular activity to do regularly.
  31. I’m trying out different types of dating relationships. I just haven’t decided what is best for me.
  32. There are so many different political parties and ideals. I can’t decide which to follow until I figure it all out.
  33. It took me a while to figure it out‚ but now I really know what I want for a career.
  34. Religion is confusing to me right now. I keep changing my views on what is right and wrong for me.
  35. I’ve spent some time thinking about men’s and women’s roles in marriage and I’ve decided what will work best for me.
  36. In finding an acceptable viewpoint to life itself‚ I find myself engaging in a lot of discussions with others and some self-exploration.
  37. I only pick friends my parent would approve of.
  38. I’ve always liked doing the same recreational activities my parents do and haven’t ever seriously considered anything else.
  39. I only go out with the type of people my parents expect me to date.
  40. I’ve thought my political beliefs through and realize I can agree with some and not other aspects of what my parents believe.
  41. My parents decided a long time ago what I should go into for employment and I’m following through their plans.
  42. I’ve gone through a period of serious questions about faith and can now say I understand what I believe in as an individual.
  43. I’ve been thinking about the roles that husbands and wives play a lot these days‚ and I’m trying to make a final decision.
  44. My parents’ views on life are good enough for me‚ I don’t need anything else.
  45. I’ve had many different friendships and now I have a clear idea of what I look for in a friend.
  46. After trying a lot of different recreational activities I’ve found one or more I really enjoy doing by myself or with friends.
  47. My preferences about dating are still in the process of developing. I haven’t fully decided yet.
  48. I’m not sure about my political beliefs‚ but I’m trying to figure out what I can truly believe in.
  49. It took me a long time to decide but now I know for sure what direction to move in for a career.
  50. I attend the same church as my family has always attended.
  51. There are many ways that married couples can divide up family responsibilities. I’ve thought about lots of ways‚ and now I know exactly how I want it to happen for me.
  52. I guess I just kind of enjoy life in general‚ and I don’t see myself living by any particular viewpoint to life.
  53. I don’t have any close friends. I just like to hang around with the crowd.
  54. I’ve been experiencing a variety of recreational activities in hope of finding one or more I can really enjoy for some time to come.
  55. I’ve dated different types of people and know exactly what my own “unwritten rules” for dating are and who I will date.
  56. I really have never been involved in politics enough to have made a firm stand one way or the other.
  57. I just can’t decide what to do for an occupation. There are so many possibilities.
  58. I’ve never really questioned my religion. If it’s right for my parents it must be right for me.
  59. Opinions on men’s and women’s roles seem so varied that I don’t think much about it.
  60. After a lot of self-examination I have established a very definite view on what my own life style will be.
  61. I really don’t know what kind of friend is best for me. I’m trying to figure out exactly what friendship means to me.
  62. All of my recreational preferences I got from my parents and I haven’t really tried anything else.
  63. I date only people my parents would approve of.
  64. My folks have always had their own political and moral beliefs about issues like abortion and mercy killing and I’ve always gone along accepting what they have.
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Looti, M. (2026, septembre 30). Mesure objective étendue des statuts de l’identité du moi – Version révisée (EOM-EIS). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-objective-etendue-des-statuts-de-l-identite-du-moi-version-revisee-eom-eis/
Looti, Mohammed. “Mesure objective étendue des statuts de l’identité du moi – Version révisée (EOM-EIS).” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-objective-etendue-des-statuts-de-l-identite-du-moi-version-revisee-eom-eis/.
Looti, Mohammed. “Mesure objective étendue des statuts de l’identité du moi – Version révisée (EOM-EIS).” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-objective-etendue-des-statuts-de-l-identite-du-moi-version-revisee-eom-eis/.