Mesure du lien intime (IBM)

La Mesure du lien intime (Intimate Bond Measure – IBM), développée par Kay Wilhelm et Gordon Parker, est un outil psychométrique de référence évaluant les dynamiques de couple à travers deux dimensions : le soin (Care) et le contrôle (Control). Analyse psychométrique, cadre théorique et items complets.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

La Mesure du lien intime (en anglais, Intimate Bond Measure ou IBM) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à la fin des années 1980 par les psychiatres et chercheurs australiens Kay Wilhelm et Gordon Parker. Dérivé conceptuellement des travaux pionniers menés sur le Parental Bonding Instrument (PBI), l’IBM a été élaboré pour évaluer la perception rétrospective et actuelle de la qualité des relations dyadiques au sein des couples adultes. L’objectif fondamental de cet outil est de mesurer les dynamiques relationnelles interpersonnelles perçues sans dépendre exclusivement des évaluations subjectives globales de satisfaction conjugale, qui tendent à masquer des processus interactionnels spécifiques et cliniquement pertinents.

L’instrument se compose de 24 items mesurant deux dimensions orthogonales majeures de la relation de couple :

  • L’attention et la chaleur affective (Care), composée de 12 items (par exemple, la démonstration de tendresse, la compréhension empathique, le soutien émotionnel et la considération).
  • Le contrôle psychologique ou la domination (Control), composée de 12 items (évaluant la directivité, la coercition subtile ou explicite, l’intrusion et la tentative de modifier la personnalité ou les comportements du partenaire).

Les participants répondent à chaque énoncé au moyen d’une échelle de type Likert à 4 points (allant de 0 = Not True At all à 3 = Very True). D’un point de vue psychométrique, l’IBM présente une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,88 et 0,94 pour la dimension Care, et entre 0,84 et 0,89 pour la dimension Control. La fidélité test-retest à court et moyen terme démontre une remarquable stabilité temporelle chez les couples stables, tandis que la structure bifactorielle a été rigoureusement répliquée au moyen d’analyses factorielles exploratoires et confirmatoires dans de multiples populations cliniques et communautaires. Cet instrument est largement mobilisé dans la recherche sur la dépression, les troubles anxieux, la vulnérabilité relationnelle, l’adaptation au stress et les thérapies de couple systémiques et cognitivo-comportementales.

2. Mots-clés

Mesure du lien intime, Intimate Bond Measure, IBM, attachement adulte, relations de couple, soutien émotionnel, contrôle psychologique, psychométrie, dynamique conjugale, vulnérabilité à la dépression, satisfaction relationnelle, psychopathologie relationnelle, Gordon Parker, Kay Wilhelm.

3. Auteurs

L’échelle a été conceptualisée et validée empiriquement par deux figures majeures de la recherche psychiatrique et psychologique australienne :

  • Dr Kay Wilhelm, AM, MBBS, MD, FRANZCP : Professeure émérite de psychiatrie à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney) et consultante psychiatre au St Vincent’s Hospital de Sydney, Australie. Ses travaux de recherche se concentrent sur la santé mentale des adultes, les troubles de l’humeur, la résilience et l’impact des stresseurs interpersonnels et conjugaux sur l’évolution des épisodes dépressifs majeurs.
  • Scientia Professor Gordon Parker, AO, MBBS, PhD, DSc, FRANZCP : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW Sydney), fondateur et ancien directeur exécutif du Black Dog Institute à Sydney, Australie. Auteur prolifique, il est internationalement reconnu pour ses travaux novateurs sur la typologie des dépressions (mélancolique versus non mélancolique), les styles parentaux (créateur du Parental Bonding Instrument) et l’analyse dimensionnelle des liens affectifs humains.

Les correspondances académiques historiques relatives au développement originel du test ont été coordonnées au sein de la School of Psychiatry de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud et du Prince Henry Hospital de Little Bay, Nouvelle-Galles du Sud, Australie.

4. Objectif

L’évaluation des relations intimes au sein de la psychologie clinique et de la psychiatrie a longtemps souffert d’une dépendance excessive à l’égard de construits unidimensionnels tels que le bonheur conjugal, l’ajustement dyadique ou la détresse conjugale globale (mesurée par exemple par le Dyadic Adjustment Scale). Bien que ces instruments permettent de quantifier le mécontentement général, ils échouent fréquemment à identifier les caractéristiques structurelles et comportementales spécifiques qui sous-tendent la détresse relationnelle ou qui confèrent une résilience protectrice face aux troubles psychopathologiques.

L’objectif central de la Mesure du lien intime (IBM) est de combler cette lacune méthodologique en fournissant une évaluation bidimensionnelle standardisée, rapide et psychométriquement robuste de la manière dont une personne perçoit le comportement habituel de son ou sa partenaire intime envers elle. Plus spécifiquement, l’instrument vise à dissocier deux mécanismes relationnels fondamentaux :

  • La présence de réconfort, d’acceptation, de bienveillance et de soutien émotionnel inconditionnel (la dimension de Care).
  • L’imposition de contraintes, la manipulation psychologique, les tentatives de domination et le contrôle coercitif (la dimension de Control).

Applications en recherche

Dans le domaine de la recherche fondamentale et appliquée, l’IBM s’est révélé être un outil méthodologique crucial dans plusieurs paradigmes d’investigation :

  • Modèles diathèse-stress de la dépression : Identifier comment un lien intime dysfonctionnel (par exemple, caractérisé par un faible soin et un contrôle élevé) agit comme un stresseur chronique de l’environnement immédiat, précipitant ou maintenant des épisodes dépressifs chez les individus vulnérables.
  • Interaction entre liens parentaux passés et liens intimes actuels : Étudier la transmission intergénérationnelle des patrons relationnels en comparant les scores obtenus au Parental Bonding Instrument (PBI) et ceux obtenus à l’IBM, mettant en lumière la réplication ou la réparation des blessures d’attachement d’origine.
  • Épidémiologie des maladies somatiques et de la douleur chronique : Évaluer le rôle tampon du soutien affectif du partenaire face aux maladies chroniques (comme les maladies cardiovasculaires, les cancers ou les fibromyalgies) par rapport à l’effet délétère d’un partenaire intrusif ou critique.

Applications cliniques

Dans la pratique clinique, psychothérapeutique et psychiatrique, l’IBM remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques :

  • Diagnostic fonctionnel des dynamiques de couple : L’administration de l’IBM à chacun des deux partenaires permet de confronter les perceptions mutuelles. Les décalages entre le comportement perçu et le comportement auto-déclaré offrent une matière clinique immédiate pour explorer les distorsions cognitives, le sentiment d’aliénation ou l’incompréhension dyadique.
  • Évaluation du risque psychologique et de la violence psychologique : Des scores particulièrement élevés sur l’échelle de Control combinés à de très faibles scores de Care signalent fréquemment des dynamiques d’emprise, de contrôle coercitif ou de maltraitance psychologique, nécessitant des interventions axées sur la sécurité émotionnelle et physique du patient.
  • Mesure des résultats thérapeutiques (Outcome measure) : Dans le cadre des thérapies de couple cognitivo-comportementales ou systémiques, l’IBM peut être administré avant, pendant et après l’intervention pour quantifier objectivement l’assouplissement des comportements de contrôle et l’augmentation des attitudes chaleureuses et valorisantes.

5. Construit psychologique

La Mesure du lien intime repose sur un modèle bidimensionnel orthogonal. Contrairement aux approches qui considèrent la qualité relationnelle comme un continuum linéaire allant du mauvais au bon, l’IBM postule que le soin et le contrôle sont deux dimensions indépendantes pouvant coexister à des degrés variables au sein d’une même relation dyadique. Cette conceptualisation engendre une typologie relationnelle à quatre quadrants particulièrement éclairante sur le plan clinique.

1. La dimension de soin et de bienveillance (Care)

La sous-échelle Care regroupe 12 items évaluant le degré auquel le sujet perçoit son partenaire comme étant aimant, empathique, respectueux, émotionnellement disponible et physiquement chaleureux. Cette dimension capture des manifestations concrètes de l’amour conjugal :

  • La considération et l’attention : Le fait que le partenaire prenne en compte les besoins, les opinions et le bien-être de l’individu (item 1 : « Is very considerate of me »).
  • La proximité émotionnelle et la confidence : L’intimité psychologique caractérisée par le partage réciproque de pensées intimes et de vulnérabilités (item 8 : « Confides closely in me »).
  • Le soutien empathique face aux épreuves : La capacité perçue du partenaire à comprendre les inquiétudes et difficultés sans porter de jugement défavorable (item 10 : « Understands my problems and worries »).
  • La tendresse verbale et physique : L’expression manifeste d’affection corporelle et de douceur communicative (item 13 : « Is physically gentle and considerate » ; item 24 : « Speaks to me in a warm and friendly voice »).
  • La valorisation de l’estime de soi : Le sentiment d’être reconnu et apprécié dans sa propre identité et dans ses contributions au couple (item 14 : « Makes me feel needed » ; item 21 : « Shows his/her appreciation of everything I do »).

2. La dimension de contrôle psychologique et de domination (Control)

La sous-échelle Control est composée de 12 items mesurant le degré de directivité, d’intrusion, d’intolérance à l’autonomie et de coercition exercé par le partenaire. Le contrôle évalué par l’IBM n’est pas simplement une fermeté organisationnelle, mais une atteinte insidieuse à la liberté d’être de l’autre :

  • L’exigence d’allégeance inconditionnelle : L’incapacité du partenaire à tolérer la divergence d’opinion ou le conflit, exigeant une adhésion immédiate (item 2 : « Wants me to take his/her side in an argument » ; item 6 : « Is clearly hurt if I don’t accept his/her views »).
  • La surveillance intrusive : Le besoin compulsif de connaître en détail les déplacements et actions de l’individu (item 3 : « Wants to know exactly what I’m doing and where I am »).
  • Les tentatives de modification de la personnalité : La volonté délibérée de remodeler l’autre, que ce soit par petites retouches ou par des injonctions majeures (item 7 : « Tends to try and change me » ; item 15 : « Wants me to change in small ways » ; item 19 : « Wants to change me in big ways »).
  • La critique chronique et dévalorisante : Des reproches constants portant sur des détails futiles ou exprimés en privé, érodant la sécurité psychologique (item 9 : « Tends to criticise me over small issues » ; item 22 : « Is critical of me in private »).
  • L’autoritarisme et la domination explicite : La tendance à donner des ordres impératifs et à revendiquer une position de pouvoir absolue (item 11 : « Tends to order me about » ; item 12 : « Insists that I do exactly as I’m told » ; item 17 : « Seeks to dominate me » ; item 20 : « Tends to control everything I do »).

Typologie relationnelle issue du croisement Care / Control

En utilisant des seuils médians ou cliniques sur les deux dimensions, Wilhelm et Parker ont proposé une classification des liens intimes en quatre configurations prototypes :

  • Lien optimal (Optimal Bond) : Soin élevé (High Care) et Faible contrôle (Low Control). Cette relation conjugale favorise l’épanouissement individuel, l’autonomie et la sécurité affective. Elle constitue le plus puissant facteur protecteur contre la psychopathologie.
  • Lien affectueux mais contraignant (Affectionate Constraint) : Soin élevé (High Care) et Contrôle élevé (High Control). Le partenaire est chaleureux et aimant mais exerce une surprotection étouffante ou une forte intrusivité, limitant l’espace d’indépendance de l’individu.
  • Lien sans affection (Affectionless Control) : Faible soin (Low Care) et Contrôle élevé (High Control). Cette configuration est hautement pathogène. Elle combine la froideur émotionnelle, le rejet implicite et la domination coercitive. Elle est massivement surreprésentée chez les personnes souffrant de dépression clinique sévère ou de troubles de l’adaptation.
  • Lien distant ou négligent (Absent / Weak Bond) : Faible soin (Low Care) et Faible contrôle (Low Control). La relation est marquée par l’indifférence, le désengagement affectif mutuel et le manque d’implication émotionnelle.

6. Cadre théorique

L’assise conceptuelle de la Mesure du lien intime s’articule à l’intersection de la théorie de l’attachement formulée par John Bowlby, des modèles dimensionnels de la psychiatrie sociale et interpersonnelle de Harry Stack Sullivan, et des travaux empiriques sur les styles parentaux menés par Gordon Parker.

De l’attachement infantile à l’attachement adulte

Dans sa trilogie fondatrice sur l’attachement, John Bowlby (1969, 1973, 1980) a postulé que les êtres humains construisent au fil de leurs premières interactions avec les figures d’attachement des modèles internes opérants (Internal Working Models). Ces structures cognitives et affectives intériorisées guident la perception de soi (suis-je digne d’amour ?) et la perception d’autrui (les autres sont-ils dignes de confiance et bienveillants ?). Bien que l’attachement prenne racine dans la relation parent-enfant, Bowlby a explicitement souligné qu’il opère « du berceau à la tombe » (from the cradle to the grave).

À la fin des années 1980, Cindy Hazan et Phillip Shaver ont démontré que les relations amoureuses adultes constituent des liens d’attachement à part entière. Le ou la partenaire de couple remplace progressivement les parents en tant que figure principale assurant deux fonctions vitales :

  • Le havre de sécurité (Safe Haven) : L’endroit vers lequel l’individu se tourne en situation de menace, de détresse ou de vulnérabilité pour recevoir du réconfort et de l’apaisement (incarné par la dimension Care de l’IBM).
  • La base de sécurité (Secure Base) : Le point d’ancrage soutenant l’exploration du monde extérieur, l’autonomie et l’individuation. Lorsque cette base devient envahissante ou coercive (dimension Control de l’IBM), le sentiment de liberté et l’estime de soi s’effondrent.

Filiation directe avec le Parental Bonding Instrument (PBI)

En 1979, Gordon Parker, Hilary Tupling et L.B. Brown ont révolutionné la mesure des relations précoces en créant le Parental Bonding Instrument (PBI). Le PBI a prouvé que la quasi-totalité de la variance des attitudes parentales perçues pouvait être résumée par deux dimensions fondamentales : Care (soin/chaleur vs froideur/rejet) et Overprotection / Control (surprotection/intrusion vs encouragement à l’autonomie).

Au milieu des années 1980, Wilhelm et Parker ont émis l’hypothèse clinique que ces deux mêmes axes dimensionnels organisent les liens intimes à l’âge adulte. L’IBM a été expressément conçu pour être le pendant conjugal du PBI. Les auteurs ont adapté les énoncés parentaux aux spécificités de la relation amoureuse : là où le contrôle parental porte souvent sur la surprotection infantile (ex. « m’empêchait de sortir »), le contrôle intime adulte s’exprime par la jalousie rétentrice, la critique des opinions personnelles, l’exigence de subordination et la tentative d’altérer l’identité de l’autre partenaire.

Modèles cognitifs et interpersonnels de la dépression

L’élaboration de l’IBM s’inscrit également dans le modèle cognitivo-comportemental d’Aaron T. Beck et les théories interpersonnelles de George Brown et Tirril Harris (1978). Brown et Harris avaient démontré dans leur étude séminale sur les femmes de Camberwell qu’un lien conjugal déficient (l’absence d’un partenaire confiant et soutenant) constituait un puissant facteur de vulnérabilité face aux événements de vie négatifs majeurs, multipliant le risque de dépression clinique. L’IBM a été conçu pour opérationnaliser de manière standardisée et fine cette vulnérabilité relationnelle au sein des modèles psychiatriques modernes.

7. Validité

Depuis sa publication princeps en 1988, la Mesure du lien intime a fait l’objet d’investigations psychométriques approfondies confirmant sa validité de contenu, sa validité de construit, sa validité convergente et sa validité prédictive.

Validité de construit et structurelle

La validité de construit a été initialement établie par Wilhelm et Parker (1988) sur un échantillon clinique et communautaire de plusieurs centaines d’adultes. Les auteurs ont démontré que les deux dimensions de Care et de Control sont empiriquement distinctes et faiblement corrélées entre elles (corrélations généralement situées entre r = -0,15 et r = -0,28), confirmant leur quasi-orthogonalité. Cela prouve que le contrôle n’est pas simplement l’opposé du soin, mais un construit clinique autonome : un partenaire peut manifester des attentions sincères tout en exerçant une emprise contrôlante marquée.

Validité convergente et discriminante

La validité convergente a été démontrée par des corrélations robustes et théoriquement cohérentes avec d’autres échelles de fonctionnement interpersonnel et conjugal :

  • Satisfaction dyadique globale : La dimension Care corrèle très positivement (r = 0,65 à 0,78) avec des outils établis comme la Dyadic Adjustment Scale (DAS) de Spanier et la Relationship Assessment Scale (RAS) de Hendrick. À l’inverse, la dimension Control corrèle négativement avec la satisfaction conjugale globale (r = -0,40 à -0,55).
  • Styles d’attachement adulte : Les individus présentant un attachement sécurisant (évalué par exemple via le Experiences in Close Relationships – ECR) perçoivent leur partenaire avec des scores élevés de Care et de faibles scores de Control. En revanche, l’attachement insécure anxieux est fortement corrélé avec la perception d’un contrôle élevé chez le partenaire, tandis que l’attachement évitant est associé à un faible score de Care perçu.
  • Expression des émotions et soutien social : L’échelle Care montre des associations convergentes élevées avec les échelles de soutien social perçu (notamment la MSPSS de Zimet), confirmant qu’elle capture adéquatement le sentiment de sécurité relationnelle.

Validité prédictive et clinique

L’un des aspects les plus remarquables de l’IBM est sa puissance prédictive documentée dans le champ de la psychopathologie :

  • Pronostic de la dépression majeure : Des études longitudinales ont établi que le style de lien « contrôle sans affection » (Affectionless Control, combinant un score Care sous la médiane et un score Control au-dessus de la médiane) prédit significativement la récidive dépressive et la chronicité des épisodes chez les patients déprimés, indépendamment de la sévérité initiale des symptômes.
  • Dépression du post-partum : L’administration de l’IBM durant le deuxième trimestre de grossesse a démontré que la perception d’un contrôle élevé de la part du conjoint constitue l’un des plus puissants facteurs de risque indépendants de dépression postnatale chez la mère.
  • Détresse psychologique générale : L’interaction entre un contrôle élevé et un faible soin s’avère nettement plus délétère pour la santé mentale que la simple absence de soins, attestant de la toxicité spécifique du contrôle coercitif intime.

8. Fidélité

Les propriétés de fidélité de l’IBM ont été documentées de façon exhaustive dès les premiers travaux de validation et répliquées par des équipes de recherche indépendantes au cours des trois dernières décennies.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach)

Les deux sous-échelles de 12 items présentent d’excellents indices d’homogénéité et de consistance interne dans de vastes échantillons cliniques et non cliniques :

  • Sous-échelle Care : Le coefficient alpha de Cronbach varie systématiquement entre 0,88 et 0,94 selon les études. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent généralement de 0,55 à 0,79, aucun item n’affaiblissant la consistance interne globale de l’échelle s’il venait à être supprimé.
  • Sous-échelle Control : Le coefficient alpha de Cronbach se situe constamment entre 0,84 et 0,89. Les corrélations item-total corrigées oscillent pour la quasi-totalité des items entre 0,45 et 0,72, démontrant une homogénéité remarquable pour un construit multidimensionnel (englobant la surveillance, la critique et l’autoritarisme).

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

Dans leur étude méthodologique consacrée à la fiabilité temporelle de l’instrument (Wilhelm & Parker, 1990), les auteurs ont évalué des cohortes de participants sur des intervalles allant de quelques semaines à plusieurs mois :

  • Sur un intervalle court de 3 semaines, le coefficient de corrélation intraclasse (ou de Pearson) s’est élevé à r = 0,91 pour le Care et à r = 0,86 pour le Control, indiquant une excellente reproductibilité des mesures en l’absence de crise relationnelle aiguë.
  • Sur un suivi de plusieurs mois (jusqu’à 1 an) chez des sujets rapportant une relation conjugale stable, la stabilité test-retest reste remarquablement élevée (coefficients supérieurs à 0,75 pour les deux dimensions), confirmant que l’IBM mesure des patterns interactifs relativement stables dans le temps et ne reflète pas de simples fluctuations d’humeur passagères chez le sujet répondant.

9. Analyse factorielle

La confirmation de la structure interne de l’IBM a constitué une étape critique de sa validation méthodologique.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors des phases initiales de développement (Wilhelm & Parker, 1988), une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation orthogonale (Varimax) ainsi qu’oblique (Oblimin) a été réalisée sur un ensemble d’items candidats dérivés du PBI et d’entretiens cliniques approfondis. Deux facteurs majeurs ont émergé sans ambiguïté, rendant compte de la majeure partie de la variance totale expliquée :

  • Facteur 1 (Care) : Ce facteur explique environ 35 à 40 % de la variance totale. Les 12 items associés à cette dimension présentent des saturations factorielles très élevées, généralement comprises entre 0,60 et 0,82. Les saturations croisées sur le second facteur demeurent minimales (< 0,20). Les items les plus saturés concernent l'affection manifestée (item 5, item 16) et la considération bienveillante (item 1, item 23).
  • Facteur 2 (Control) : Ce facteur explique environ 15 à 20 % de la variance supplémentaire. Les 12 items constitutifs présentent des saturations factorielles solides, oscillant entre 0,50 et 0,78. Les items les plus typiques de cette dimension sont les tentatives de modification (item 7, item 19), la volonté de domination (item 17) et le contrôle direct des agissements (item 20).

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations par équations structurelles et les analyses factorielles confirmatoires conduites dans des études ultérieures (notamment auprès de couples tout-venant et d’échantillons psychiatriques) ont confronté ce modèle bifactoriel à des modèles concurrents (modèle unidimensionnel de détresse générale, modèles à trois facteurs dissociant la critique et la surveillance au sein du contrôle) :

  • Le modèle bifactoriel orthogonal ou faiblement corrélé présente des indices d’adéquation statistiques satisfaisants (RMSEA < 0,06, CFI > 0,92, TLI > 0,91, SRMR < 0,05).
  • Les comparaisons de modèles démontrent systématiquement la nette supériorité du modèle à deux facteurs par rapport à un facteur unique de détresse conjugale, confirmant l’indépendance psychométrique des mécanismes de soutien et de contrôle au sein des liens intimes.

10. Instrument de mesure

  • Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (self-report inventory) évaluant la perception du comportement du conjoint ou partenaire intime actuel.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée en ligne. Le questionnaire peut être complété individuellement ou simultanément par les deux membres du couple (chacun évaluant son partenaire).
  • Nombre total d’items : 24 items rédigés sous la forme d’affirmations à la troisième personne décrivant les attitudes du partenaire.
  • Durée moyenne de passation : Environ 5 à 8 minutes.
  • Sous-échelles :
    • Soin et bienveillance (Care) : 12 items — items 1, 4, 5, 8, 10, 13, 14, 16, 18, 21, 23 et 24.
    • Contrôle et domination (Control) : 12 items — items 2, 3, 6, 7, 9, 11, 12, 15, 17, 19, 20 et 22.
  • Échelle de réponse (Response Scale) : Échelle de type Likert à 4 points :
    • 3 = Very True (Très vrai)
    • 2 = Moderately True (Modérément vrai)
    • 1 = Somewhat True (Un peu vrai)
    • 0 = Not True At all (Pas du tout vrai)
  • Calcul des scores et cotation :
    • Le score pour chaque sous-échelle s’obtient par la simple somme directe des items qui la composent (aucun item inversé dans la version standard originale de Wilhelm et Parker).
    • Score Care : Varie de 0 à 36 points. Un score élevé reflète une perception de grande chaleur, d’empathie, de soutien et de disponibilité affective.
    • Score Control : Varie de 0 à 36 points. Un score élevé indique une forte perception d’intrusion, de surveillance, de critique continue et de tentative de domination.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication initiale : 1988 (publication de référence par Kay Wilhelm et Gordon Parker dans la revue Psychological Medicine).
  • Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Détenus par les auteurs originaux (Wilhelm & Parker) et Cambridge University Press.
  • Conditions d’utilisation et tarification : L’instrument est dans le domaine public à des fins d’utilisation académique, clinique et de recherche non commerciale. Aucun droit d’usage ou honoraire n’est exigé des chercheurs et praticiens pour administrer l’échelle à des fins non lucratives, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale.
  • Accès à l’instrument : Le questionnaire complet et sa notice d’utilisation sont librement accessibles auprès d’instituts de recherche psychiatrique partenaires, notamment via le Black Dog Institute (Sydney, Australie) et sur les plateformes scientifiques universitaires (ResearchGate). Pour toute adaptation commerciale ou intégration dans des progiciels lucratifs, l’autorisation explicite des auteurs est requise.

12. Références

Ci-dessous figurent les publications scientifiques fondatrices et études d’application majeures relatives à la Mesure du lien intime (IBM) au format APA 7e édition :

  • Bowlby, J. (1969). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment. Basic Books.
  • Brown, G. W., & Harris, T. (1978). Social origins of depression: A study of psychiatric disorder in women. Tavistock Publications.
  • Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511
  • Parker, G., Tupling, H., & Brown, L. B. (1979). A parental bonding instrument. British Journal of Medical Psychology, 52(1), 1–10. https://doi.org/10.1111/j.2044-8341.1979.tb02487.x
  • Wilhelm, K., & Parker, G. (1988). The development of a measure of intimate bonds. Psychological Medicine, 18(1), 225–234. https://doi.org/10.1017/s0033291700002048
  • Wilhelm, K., & Parker, G. (1990). Reliability of the Parental Bonding Instrument and Intimate Bond Measure scales. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 24(2), 199–202. https://doi.org/10.3109/00048679009077683
  • Wilhelm, K., Parker, G., & Hadzi-Pavlovic, D. (1997). Fifteen years on: Evolving ideas in researching life event stress and depression. Psychological Medicine, 27(4), 875–883. https://doi.org/10.1017/s0033291797005166

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Is very considerate of me
2

Wants me to take his/her side in an argument
3

Wants to know exactly what I’m doing and where I am
4

Is a good companion
5

Is affectionate to me
6

Is clearly hurt if I don’t accept his/her views
7

Tends to try and change me
8

Confides closely in me
9

Tends to criticise me over small issues
10

Understands my problems and worries
11

Tends to order me about
12

Insists that I do exactly as I’m told
13

Is physically gentle and considerate
14

Makes me feel needed
15

Wants me to change in small ways
16

Is very loving to me
17

Seeks to dominate me
18

Is fun to be with
19

Wants to change me in big ways
20

Tends to control everything I do
21

Shows his/her appreciation of everything I do
22

Is critical of me in private
23

Is gentle and kind to me
24

Speaks to me in a warm and friendly voice
★

Rate This Scale

5.0 / 5 • 1 vote

Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Mesure du lien intime (IBM). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-du-lien-intime-ibm/
Looti, Mohammed. “Mesure du lien intime (IBM).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-du-lien-intime-ibm/.
Looti, Mohammed. “Mesure du lien intime (IBM).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-du-lien-intime-ibm/.