1. Résumé / Abstract
La Mesure de l’intégration communautaire (Community Integration Measure, ou CIM) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu initialement par Mary Ann McColl et ses collaborateurs (2001) pour quantifier le sentiment d’appartenance et l’intégration communautaire perçue, en particulier chez les adultes ayant subi un traumatisme crânien, un accident vasculaire cérébral ou une lésion de la moelle épinière. Contrairement aux outils traditionnels évaluant l’intégration sous un angle purement comportemental ou quantitatif (fréquence des sorties, statut d’emploi, nombre d’heures d’activités sociales), le CIM se distingue par son ancrage phénoménologique : il mesure l’expérience subjective de l’intégration telle que vécue et définie par les personnes handicapées elles-mêmes.
L’échelle se compose de 10 items brefs et accessibles, formulés à la première personne. Les participants évaluent leur niveau d’accord sur une échelle de type Likert à 5 points s’étendant de 1 (« always disagree » / toujours en désaccord) à 5 (« always agree » / toujours d’accord). Le score total varie de 10 à 50 points, un score élevé indiquant une intégration communautaire subjective optimale. Bien que conçue initialement comme une mesure unidimensionnelle du sentiment d’intégration globale, des investigations théoriques et factorielles identifient quatre dimensions qualitatives sous-jacentes : l’assimilation (sentiment d’appartenance et acceptation), le soutien social général, le soutien social de proximité, et l’occupation productive/loisir.
Sur le plan des propriétés psychométriques, le CIM démontre une excellente cohérence interne avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,83 et 0,87 dans les échantillons de personnes avec lésions cérébrales acquises et lésions médullaires. La fidélité test-retest à court terme est robuste (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,84). Sa validité de construit est étayée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments connexes comme le Community Integration Questionnaire (CIQ), la satisfaction de vivre et les mesures de participation sociale selon la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF de l’OMS).
2. Mots-clés / Keywords
Intégration communautaire, Community Integration Measure, CIM, réadaptation neurologique, traumatisme crânien, participation sociale, sentiment d’appartenance, psychométrie, auto-évaluation, validité de construit, inclusion sociale, qualité de vie.
3. Auteurs / Authors
Le développement de la Community Integration Measure est le fruit d’une collaboration multidisciplinaire menée au Canada à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Les auteurs principaux sont :
- Mary Ann McColl, Ph.D., MTS : Professeure émérite au Département des sciences de la santé publique et à l’École de réadaptation de l’Université Queen’s (Kingston, Ontario, Canada). Directrice de recherche au Center for Health Services and Policy Research. Experte reconnue internationalement pour ses travaux sur le handicap, le vieillissement et l’intégration sociale.
- Dawn Davies, M.Sc. : Chercheuse en sciences de la réadaptation, Université Queen’s, Kingston, Canada.
- Penny Carlson, M.Sc., OT Reg. (Ont.) : Ergothérapeute et chercheuse clinicienne, spécialisée dans la réadaptation des personnes vivant avec un traumatisme crânien cérébral.
- Judith Johnston, M.A. : Psychologue clinicienne et chercheuse en réadaptation communautaire.
- Patricia Minnes, Ph.D. : Professeure au Département de psychologie de l’Université Queen’s, spécialiste du développement, de la déficience intellectuelle et du soutien aux familles d’individus avec atteintes cognitives ou physiques.
- Ken Shue, Ph.D. : Collaborateur aux études qualitatives initiales relatives à la définition de l’intégration communautaire selon la perspective des usagers.
Pour toute correspondance académique contemporaine, les demandes relatives aux travaux du groupe de recherche peuvent être adressées à la faculté des sciences de la réadaptation de l’Université Queen’s (Kingston, Ontario, Canada).
4. Objectif / Purpose
L’intégration dans la communauté est universellement considérée comme le but ultime des programmes de réadaptation médicale, professionnelle et psychosociale. Historiquement, l’évaluation de cette intégration reposait presque exclusivement sur des indicateurs dits « objectifs » ou normatifs. Des outils pionniers comme le Community Integration Questionnaire (CIQ; Willer et al., 1993) ou le Craig Handicap Assessment and Reporting Technique (CHART; Whiteneck et al., 1992) mesurent principalement la fréquence des comportements observables : le nombre de fois où une personne fait les courses, la gestion financière du foyer, la reprise d’un travail rémunéré ou le nombre de sorties hebdomadaires. Bien que ces paramètres fournissent des données épidémiologiques et fonctionnelles précieuses, ils occultent une dimension fondamentale : le point de vue phénoménologique et subjectif de l’individu.
Une personne peut physiquement habiter un logement dans un quartier urbain, accomplir ses achats de manière autonome et pourtant ressentir un isolement affectif dévastateur, un sentiment de rejet ou une aliénation totale vis-à-vis de son environnement. Inversement, une personne présentant des limitations motrices ou cognitives majeures et dépendant d’aidants pour ses sorties peut se sentir profondément enracinée, acceptée, utile et intégrée au sein de son réseau social et de son voisinage. L’objectif fondamental de la Community Integration Measure (CIM) est de combler ce fossé épistémologique en mesurant directement la perception subjective que l’individu a de son intégration.
Sur le plan des applications cliniques, le CIM remplit plusieurs fonctions majeures :
- Évaluation initiale des besoins psychosociaux : Identifier les domaines précis où le patient se sent exclu ou isolé (ex. manque de repères géographiques, sentiment de ne pas être accepté, absence d’activités porteuses de sens durant la journée).
- Planification d’interventions centrées sur la personne : Orienter les ergothérapeutes, neuropsychologues, travailleurs sociaux et psychoéducateurs vers des objectifs qui comptent réellement pour l’usager, au-delà de la simple restauration de fonctions motrices ou cognitives isolées.
- Mesure de résultats (Outcome Measure) : Évaluer l’efficacité des interventions de réadaptation communautaire, des programmes de logement supervisé, de retour à l’emploi ou de soutien par les pairs.
Sur le plan de la recherche, le CIM sert d’instrument étalon pour modéliser les prédicteurs psychosociaux de la qualité de vie post-traumatique. Il permet d’étudier comment l’adaptation psychologique, le soutien social perçu, la résilience, la dépression et les barrières environnementales interagissent pour favoriser ou entraver le sentiment d’appartenance communautaire.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le CIM est l’intégration communautaire subjective. Contrairement aux modèles behavioristes qui définissent l’intégration comme un agrégat de comportements mesurables, McColl et ses collègues (1998, 2001) définissent l’intégration communautaire comme un état psychologique multidimensionnel caractérisé par le sentiment d’appartenance, la réciprocité sociale, l’indépendance perçue et l’engagement dans des occupations signifiantes au sein de son environnement de vie.
Dans l’étude qualitative fondatrice de McColl et al. (1998), des entretiens approfondis avec des personnes ayant survécu à un traumatisme crânien ont révélé que l’intégration repose sur quatre grands domaines phénoménologiques, qui sous-tendent les 10 items du CIM :
1. L’Assimilation et le sentiment d’appartenance (Belonging & Assimilation)
Cette dimension capture le sentiment intime d’être accepté comme un membre légitime du groupe social et du quartier, sans faire l’objet de stigmatisation, de rejet ou d’altérisation. Elle reflète la conviction que l’individu s’insère naturellement dans son milieu de vie et qu’il en maîtrise les codes implicites. Elle est incarnée par les items :
- Item 1 : « I feel like part of this community, like I belong here. » (Sentiment viscéral d’appartenance identitaire).
- Item 3 : « I know the rules in this community and I can fit in with them. » (Compréhension des normes sociales et sentiment d’ajustement aux attentes communautaires).
- Item 4 : « I feel that I am accepted in this community. » (Perception de l’accueil bienveillant et de l’absence de rejet par les pairs).
2. L’Indépendance et l’orientation environnementale (Independence & Environmental Familiarity)
Cette composante traduit le sentiment d’autodétermination, de sécurité spatiale et de maîtrise fonctionnelle de son cadre de vie. Pour une personne vivant avec des séquelles cognitives ou physiques, pouvoir se repérer géographiquement et éprouver de l’autonomie dans ses décisions quotidiennes constitue un prérequis direct à l’intégration :
- Item 2 : « I know my way around this community. » (Capacité perçue à naviguer dans l’espace physique du quartier, cartographie mentale de l’environnement).
- Item 5 : « I can be independent in this community. » (Sentiment de ne pas être entièrement sous la dépendance d’autrui pour vivre au quotidien).
- Item 6 : « I like where I’m living now. » (Satisfaction résidentielle, condition de base pour s’investir durablement dans son milieu).
3. Les Relations sociales et le soutien relationnel (Social Support & Connectedness)
La théorie distingue deux niveaux de liens sociaux essentiels à la santé mentale : le réseau proximal (liens forts, intimité, soutien émotionnel) et le réseau distal ou civique (liens faibles, civilité, reconnaissance publique). Le CIM évalue explicitement ces deux facettes :
- Item 7 : « There are people I feel close to in this community. » (Présence de liens affectifs forts, confidents, amis ou famille).
- Item 8 : « I know a number of people in this community well enough to say hello and have them say hello back. » (Capital social informel de proximité, reconnaissance mutuelle dans la rue, civilité de quartier diminuant le sentiment de solitude urbaine).
4. L’Occupation signifiante et la productivité (Meaningful Occupation & Productivity)
L’intégration n’est pas un état passif ; elle s’exprime par l’action et la participation à des activités perçues comme gratifiantes, qu’il s’agisse de loisirs ou d’un rôle productif (travail rémunéré, bénévolat, études, charges domestiques valorisées) :
- Item 9 : « There are things that I can do in this community for fun in my free time. » (Accès à des activités récréatives sources de plaisir et d’épanouissement personnel).
- Item 10 : « I have something to do in this community during that main part of my day that is useful and productive. » (Occupation structurante et utilité sociale, sentiment que le temps quotidien n’est pas vide de sens).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du CIM s’inscrit au carrefour de plusieurs cadres théoriques majeurs : la théorie ancrée (Grounded Theory), le modèle biopsychosocial du handicap porté par l’Organisation mondiale de la santé, et la théorie du sentiment d’appartenance communautaire issue de la psychologie sociale et communautaire.
L’approche ascendante et la phénoménologie du handicap
La plupart des échelles de participation en réadaptation ont été créées de manière descendante (top-down) : des professionnels de santé établissaient a priori ce qu’une personne « normale » devait faire pour être déclarée intégrée. McColl et son équipe ont rompu avec ce paradigme en adoptant une démarche ascendante (bottom-up). En s’appuyant sur les travaux sociologiques de Glaser et Strauss, McColl et al. (1998) ont conduit des entretiens qualitatifs ouverts auprès de dizaines d’individus ayant subi des lésions cérébrales traumatiques. L’analyse thématique a fait émerger une conceptualisation radicalement différente de celle des manuels cliniques : pour les usagers, être intégré ne signifie pas nécessairement avoir un emploi à plein temps ou conduire une voiture, mais se sentir connecté, accepté, utile et en sécurité. Cette perspective s’aligne avec le mouvement des Disability Studies et le principe d’autodétermination.
Articulation avec la CIF (Classification Internationale du Fonctionnement)
Au sein du modèle de la CIF de l’OMS, l’intégration communautaire se situe au niveau le plus élevé : celui de la Participation (implication d’une personne dans des situations de vie réelle), par opposition aux Fonctions organiques et structures anatomiques (déficiences) et aux Activités (limitations d’action). Le CIM capture l’interaction complexe entre la personne et ses Facteurs environnementaux (attitudes de la communauté, accessibilité, soutien des pairs) ainsi que ses Facteurs personnels (sentiment d’efficacité personnelle, résilience psychologique).
La psychologie communautaire et le concept de « Sense of Community »
Le CIM s’inspire également de la théorie fondatrice du sentiment psychologique d’appartenance à la communauté (Psychological Sense of Community) développée par McMillan et Chavis (1986). Ce modèle postule quatre éléments centraux :
- Membership (Appartenance) : le sentiment de faire partie du groupe et d’avoir le droit d’y être.
- Influence : la perception que l’individu compte pour le groupe et que le groupe compte pour l’individu.
- Integration and fulfillment of needs (Intégration et satisfaction des besoins) : la certitude que les besoins individuels peuvent être satisfaits par les ressources de la communauté.
- Shared emotional connection (Lien affectif partagé) : l’histoire commune, les interactions positives et les liens d’attachement.
Le CIM applique directement ces notions au contexte de la réadaptation, en démontrant que la réinsertion n’est pas seulement physique ou spatiale, mais profondément psycho-affective.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du CIM a fait l’objet de nombreuses validations empiriques depuis sa parution en 2001, tant chez les populations cérébrolésées que dans d’autres contextes de réadaptation neurologique et locomotrice.
Validité de contenu (Content Validity)
La validité de contenu du CIM est considérée comme particulièrement élevée en raison de son mode de conception : les 10 items ont été directement extraits des verbatim de personnes vivant avec un handicap neurologique (McColl et al., 1998). Des panels d’experts cliniciens (ergothérapeutes, neuropsychologues, médecins de médecine physique et de réadaptation) et de consommateurs ont ensuite examiné chaque énoncé pour en garantir la clarté, la pertinence culturelle et l’absence d’ambiguïté linguistique.
Validité convergente (Convergent Validity)
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives avec d’autres échelles de fonctionnement et de bien-être :
- Avec le Community Integration Questionnaire (CIQ) : McColl et al. (2001) ont rapporté des corrélations positives modérées (généralement comprises entre r = 0,40 et r = 0,55, p < 0,001). Cette corrélation modérée est théoriquement attendue : elle confirme que le CIM mesure un construit lié à l’intégration comportementale mesurée par le CIQ, mais non identique, apportant une valeur ajoutée sur le plan subjectif.
- Avec l’échelle de satisfaction de vivre (SWLS – Satisfaction With Life Scale) : Des corrélations positives substantielles (r = 0,50 à 0,65) ont été documentées, illustrant que le sentiment d’appartenance et d’utilité sociale est un déterminant majeur du bien-être subjectif global.
- Avec l’échelle d’impact du profil de santé pour traumatisés crâniens : Les scores au CIM corrèlent négativement avec les indices d’isolement social et de détresse psychologique.
Validité discriminante et différentielle (Discriminant Validity)
Le CIM parvient à discriminer efficacement des sous-groupes cliniques connus pour différer dans leur niveau d’intégration :
- Les patients résidant en institution ou en foyer hautement médicalisé présentent des scores au CIM significativement plus bas que les personnes vivant en logement autonome ou au sein de leur famille (p < 0,01).
- Les individus engagés dans une activité structurée de jour (emploi, études, bénévolat régulier) obtiennent des scores moyens systématiquement supérieurs (notamment sur l’item 10) par rapport aux personnes sans aucune occupation diurne.
- Le CIM ne présente que des corrélations faibles (r < 0,25) avec les indices d’incapacité physique pure (comme la mesure d’indépendance fonctionnelle – MIF pour les soins de base), confirmant qu’une atteinte physique lourde n’empêche pas obligatoirement un individu de se sentir intégré si les soutiens environnementaux et sociaux sont préservés.
8. Fidélité / Reliability
Les études psychométriques consacrées au CIM rapportent des indicateurs de fidélité élevés, témoignant de la stabilité et de l’homogénéité de l’instrument.
Cohérence interne (Internal Consistency)
Dans l’étude princeps de validation (McColl et al., 2001), menée auprès de 54 adultes avec traumatisme crânien :
- Le coefficient alpha de Cronbach global était de 0,87, démontrant une très bonne cohérence interne sans redondance excessive entre les items.
- Les corrélations item-total corrigées s’échelonnaient de 0,43 à 0,72, indiquant que chaque énoncé contribue de façon robuste et cohérente au score total de l’échelle.
- Des études subséquentes de réplication (notamment dans des populations avec lésions de la moelle épinière ou AVC, ainsi que dans des adaptations transculturelles en espagnol, italien et persan) ont retrouvé des valeurs d’alpha de Cronbach constamment situées entre 0,81 et 0,89.
Fidélité test-retest (Test-Retest Reliability)
La stabilité temporelle a été testée auprès de sous-échantillons cliniques stables sur des intervalles de 7 à 14 jours :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total a été mesuré à 0,84 (IC à 95 % : 0,73 – 0,92), ce qui démontre une excellente stabilité temporelle chez les sujets dont l’état clinique et l’environnement restent inchangés.
- L’erreur standard de mesure (SEM – Standard Error of Measurement) rapportée dans les études cliniques se situe aux alentours de 2,3 à 2,8 points, ce qui indique que le Changement Minimal Détectable (MDC95) oscille entre 6 et 8 points sur l’échelle globale de 50 points.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle du CIM a suscité des analyses psychométriques approfondies, oscillant entre un modèle global unidimensionnel et des solutions multidimensionnelles hiérarchiques.
Analyse factorielle exploratoire (AFE) originale
Dans l’étude initiale de McColl et al. (2001), une analyse factorielle exploratoire en composantes principales a été conduite. Les résultats ont mis en évidence un facteur dominant initial expliquant une part prépondérante de la variance totale (plus de 44 %). Tous les items présentaient des saturations factorielles supérieures à 0,45 sur cette composante générale :
- Les items 1 (« I feel like part of this community ») et 4 (« I feel accepted ») présentaient les saturations les plus élevées (supérieures à 0,75), attestant du rôle pivot du sentiment d’appartenance.
- Les items liés aux relations sociales (items 7 et 8) et à l’occupation (items 9 et 10) saturaient également de manière robuste sur cette dimension générale (saturations entre 0,55 et 0,70).
En raison de ces résultats et de la brièveté de l’échelle (10 items), McColl et al. ont initialement recommandé d’utiliser le CIM comme un score unique unidimensionnel représentant l’intégration communautaire subjective globale.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et modèles multidimensionnels
Des recherches ultérieures et des études de validation internationale ont testé des structures alternatives par analyse factorielle confirmatoire :
- Modèle à 4 facteurs de premier ordre : Fondé sur les 4 domaines qualitatifs originaux de McColl (1998) : Assimilation (items 1, 3, 4), Orientation/Indépendance (items 2, 5, 6), Relations sociales (items 7, 8) et Occupation (items 9, 10). Ce modèle à 4 facteurs intercorrélés montre souvent d’excellents indices d’ajustement (CFI > 0,95, TLI > 0,93, RMSEA < 0,06).
- Modèle bifactoriel / hiérarchique : Un modèle intégrant un facteur général d’intégration communautaire (Facteur G) et plusieurs facteurs spécifiques de groupe explique particulièrement bien les données, légitimant le calcul du score global tout en autorisant une analyse de profil clinique item par item.
Analyses modernes par la théorie de réponse aux items (TRI) et modèle de Rasch
Des études récentes appliquant l’analyse de Rasch ont confirmé le bon fonctionnement des catégories de réponse à 5 points (pas de désordre des seuils de transition) et une bonne capacité de ciblage (targeting) de l’échelle sur l’ensemble du continuum de l’intégration, confirmant que le CIM ne souffre pas d’effets de plancher ou de plafond marqués dans les populations de réadaptation post-aiguë.
10. Instrument de mesure / Instrument
Voici les caractéristiques formelles de la Community Integration Measure (CIM) :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation (Patient-Reported Outcome Measure – PROM). Peut être administré par hétéro-évaluation guidée par un clinicien ou un évaluateur qualifié en cas de troubles cognitifs ou de difficultés de lecture.
- Population cible : Adultes (18 ans et plus) présentant des atteintes neurologiques acquises (traumatisme crânien, AVC, tumeur cérébrale), des lésions médullaires, des handicaps physiques chroniques ou des troubles psychiatriques stabilisés vivant en communauté.
- Format et longueur : 10 énoncés courts formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert à 5 points, libellée comme suit :
1 = always disagree(toujours en désaccord)
2 = sometimes disagree(parfois en désaccord)
3 = neutral(neutre / ni en désaccord ni d’accord)
4 = sometimes agree(parfois d’accord)
5 = always agree(toujours d’accord) - Calcul du score :
- Chaque item est coté de 1 à 5 points selon le choix de l’évalué.
- Il n’y a aucun item inversé : tous les énoncés sont orientés positivement vers une meilleure intégration.
- Le score total s’obtient en sommant directement les points des 10 items.
- Étendue du score total : de 10 à 50 points.
- Interprétation des scores :
- 10 à 29 points : Intégration communautaire subjective faible à très compromise ; sentiment marqué d’isolement, d’exclusion ou de désœuvrement. Nécessite une réévaluation urgente des plans de soutien.
- 30 à 39 points : Intégration communautaire modérée ; présence de certaines attaches mais difficultés persistantes dans des domaines ciblés (souvent l’occupation ou l’indépendance).
- 40 à 50 points : Forte intégration communautaire subjective ; sentiment robuste d’appartenance, de maîtrise environnementale et d’épanouissement social.
- Durée d’administration : Environ 5 minutes (très faible charge pour le répondant).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception originale : 1998 (étude qualitative initiale de modélisation).
- Année de publication et validation formelle : 2001 (article de référence dans les Archives of Physical Medicine and Rehabilitation).
- Statut des droits et conditions d’accès : Le CIM a été mis à la disposition de la communauté clinique et scientifique par ses auteurs dans un esprit de diffusion libre pour la recherche et la pratique clinique sans but lucratif. L’article original de 2001 publie l’intégralité des 10 items.
- Tarifs / Coûts : Gratuit pour un usage clinique direct, pédagogique et pour la recherche académique non commerciale. Aucun droit de licence (royalty) n’est exigé pour l’administration papier standard.
- Reproduction et traductions : Pour toute utilisation commerciale, inclusion dans des logiciels payants ou projet de traduction et validation transculturelle officielle, il convient de citer scrupuleusement les travaux originaux de McColl et al. (2001) et de contacter les auteurs correspondants.
12. Références / References
Les sources et études fondatrices relatives au développement, à la validation et à l’usage de la Community Integration Measure sont listées ci-dessous en style APA (7e édition) :
- McColl, M. A., Carlson, P., Johnston, J., Minnes, P., Shue, K., Davies, D., & Karlovits, T. (1998). Definition of community integration: Perspectives of people with brain injuries. Brain Injury, 12(1), 15–30. https://doi.org/10.1080/026990598122827
- McColl, M. A., Davies, D., Carlson, P., Johnston, J., & Minnes, P. (2001). The Community Integration Measure: Development and preliminary validation. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 82(4), 429–434. https://doi.org/10.1053/apmr.2001.22195
- McMillan, D. W., & Chavis, D. M. (1986). Sense of community: A definition and theory. Journal of Community Psychology, 14(1), 6–23. https://doi.org/10.3233/NRE-2005-20208
- Salter, K., Foley, N., Jutai, J., Bayley, M., & Teasell, R. (2008). Assessment of community integration following acquired brain injury: A review of the Community Integration Measure (CIM). Brain Injury, 22(11), 820–835. https://doi.org/10.1080/02699050802425404
- Whiteneck, G. G., Charlifue, S. W., Gerhart, K. A., Overholser, J. D., & Richardson, G. N. (1992). Quantifying handicap: A new measure of long-term rehabilitation outcomes. Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 73(6), 519–526.
- Willer, B., Rosenthal, M., Kreutzer, J. S., Gordon, W. A., & Rempel, R. (1993). Assessment of community integration following rehabilitation for traumatic brain injury. The Journal of Head Trauma Rehabilitation, 8(2), 75–87. https://doi.org/10.1097/00001199-199306000-00009
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale:
1 = always disagree | 2 = sometimes disagree | 3 = neutral | 4 = sometimes agree | 5 = always agree
- I feel like part of this community‚ like I belong here.
- I know my way around this community.
- I know the rules in this community and I can fit in with them.
- I feel that I am accepted in this community.
- I can be independent in this community.
- I like where I’m living now.
- There are people I feel close to in this community.
- I know a number of people in this community well enough to say hello and have them say hello back.
- There are things that I can do in this community for fun in my free time.
- I have something to do in this community during that main part of my day that is useful and productive.