Mesure de la demande et du contrôle au travail

Analyse psychométrique détaillée de la Mesure de la demande et du contrôle au travail (Job Demand Control Measure) de Jackson et Wall (1993) : construit, validité, analyse factorielle et items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 8, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 8, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

La Mesure de la demande et du contrôle au travail (connue dans la littérature internationale sous l’appellation Job Demand Control Measure ou échelles de contrôle et de demandes cognitives de Sheffield) est un instrument psychométrique développé initialement par Paul R. Jackson, Toby D. Wall, Robin Martin et Keith Davids en 1993, puis affiné par Wall, Jackson, Mullarkey et Parker (1995, 1996). Conçu au sein de la prestigieuse unité de recherche en psychologie sociale et appliquée (MRC/ESRC Social and Applied Psychology Unit) de l’Université de Sheffield, cet instrument a été élaboré pour pallier les insuffisances méthodologiques, conceptuelles et psychométriques associées aux mesures traditionnelles du modèle Demande-Contrôle développé par Robert Karasek.

L’échelle opérationnalise le contrôle au travail et les exigences professionnelles à travers une décomposition multidimensionnelle rigoureuse et ancrée dans l’analyse de l’activité réelle. Elle évalue le contrôle opérationnel à travers deux composantes distinctes : le contrôle temporel (Timing control, 4 items) et le contrôle méthodologique (Method control, 5 items). Du côté des exigences professionnelles, elle dépasse la simple surcharge quantitative pour explorer les exigences cognitives et de vigilance à travers la demande de surveillance (Monitoring demand, 4 items), la résolution de problèmes (Problem solving, 3 items) et la responsabilité de production (Production responsibility, 5 items), totalisant 21 items d’évaluation dans sa configuration complète de recherche.

Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points graduée de « pas du tout » (not at all) à « énormément » (a great deal). Les propriétés psychométriques établies dans des environnements industriels et organisationnels complexes démontrent une consistance interne satisfaisante à excellente : le contrôle temporel affiche un coefficient alpha de Cronbach de 0,85, le contrôle méthodologique de 0,77, la demande de surveillance de 0,73 et la responsabilité de production de 0,90, la dimension de résolution de problèmes présentant une consistance modérée de 0,50. Cet instrument s’impose comme une référence incontournable en psychologie de la santé au travail et en ergonomie cognitive pour diagnostiquer l’autonomie réelle et les astreintes cognitives.

2. Mots-clés / Keywords

Psychologie du travail, contrôle au travail, exigences cognitives, modèle demande-contrôle, autonomie décisionnelle, surveillance attentionnelle, contraintes temporelles, santé au travail, ergonomie cognitive, épuisement professionnel, contrainte au travail, Jackson et Wall.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu et validé par une équipe de chercheurs britanniques spécialistes de la conception du travail et de la psychologie organisationnelle :

  • Paul R. Jackson : Ph.D., chercheur principal au sein de la MRC/ESRC Social and Applied Psychology Unit, Department of Psychology, University of Sheffield, Sheffield, Royaume-Uni. Expert en modélisation statistique appliquée aux sciences sociales et à l’impact du chômage et du travail sur la santé mentale.
  • Toby D. Wall : Ph.D., professeur émérite de psychologie du travail à l’Université de Sheffield, ancien directeur de l’Institute of Work Psychology (IWP), pionnier international des théories de l’organisation du travail, de l’autonomie et de l’ingénierie sociotechnique.
  • Robin Martin : Ph.D., chercheur associé à l’Université de Sheffield lors des travaux initiaux, ultérieurement professeur de leadership et de psychologie organisationnelle à la Manchester Business School et à l’Université d’Exeter.
  • Keith Davids : Ph.D., chercheur en sciences du comportement et en contrôle moteur, ayant collaboré avec l’équipe de Sheffield sur les aspects ergonomiques et attentionnels des tâches industrielles automatisées.
  • Sean Mullarkey & Sharon K. Parker : Chercheurs associés ayant dirigé les études de réplication et d’extension empirique en 1995 et 1996, Sharon K. Parker étant aujourd’hui l’une des théoriciennes majeures du work design à l’Université Curtin (Australie).

4. Objectif / Purpose

L’objectif principal de la Job Demand Control Measure développée par Jackson, Wall et leurs collaborateurs est d’offrir une évaluation opérationnelle, non biaisée et hautement spécifique des dimensions de contrôle et d’exigences du poste de travail. Au début des années 1990, la majorité des recherches en santé organisationnelle s’appuyaient sur le Job Content Questionnaire (JCQ) de Robert Karasek. Cependant, Jackson et Wall ont mis en évidence une faiblesse conceptuelle majeure dans les outils existants : la dimension de « latitude décisionnelle » (decision latitude) de Karasek amalgamait l’autorité de décision réelle (l’autonomie) et l’utilisation des compétences (skill discretion ou variété intellectuelle). Cette confusion conceptuelle masquait les véritables mécanismes d’action du contrôle sur la santé psychologique des opérateurs.

De surcroît, les instruments antérieurs traitaient les exigences du travail presque exclusivement sous l’angle de la surcharge quantitative ou de la pression temporelle globale (« travailler vite et intensément »), en négligeant totalement les exigences cognitives imposées par la modernisation des environnements de travail, l’informatisation et l’automatisation industrielle. L’outil de Jackson et collègues a donc été spécifiquement conçu pour dissocier clairement l’autonomie opérationnelle réelle (ce que le travailleur peut décider directement dans l’exécution de sa tâche) des exigences cognitives de traitement de l’information (surveillance continue, diagnostic et responsabilité financière du matériel ou des produits).

Sur le plan pratique et clinique, l’échelle poursuit deux finalités majeures :

  • En recherche empirique : Permettre un test rigoureux de l’hypothèse de modération (l’effet tampon du contrôle sur les exigences) du modèle Demande-Contrôle. Wall et al. (1996) ont démontré que l’effet protecteur du contrôle n’apparaît de manière statistiquement robuste que lorsqu’il y a un appariement conceptuel strict entre le type d’exigence (par exemple, la charge cognitive) et le type de contrôle mis à la disposition du salarié (par exemple, le contrôle méthodologique ou temporel).
  • En diagnostic organisationnel et prévention des RPS : Offrir aux ergonomes, médecins du travail et psychologues organisationnels un levier d’intervention précis. L’outil permet d’identifier si les risques psychosociaux d’une unité de travail proviennent d’un manque de flexibilité dans le rythme (contrôle temporel), d’une impossibilité de modifier les protocoles techniques (contrôle méthodologique), d’une charge de vigilance épuisante (demande de surveillance) ou d’un fardeau disproportionné lié aux conséquences financières d’une défaillance (responsabilité de production).

5. Construit psychologique / Construct

L’instrument opérationnalise cinq construits distincts, répartis entre le domaine du contrôle de l’activité et celui des exigences cognitives et matérielles du travail :

1. Le contrôle temporel (Timing Control)

Le contrôle temporel désigne le degré de liberté dont dispose un travailleur pour planifier, agencer et rythmer ses séquences de travail. Contrairement aux cadences imposées par une chaîne de montage mécanique ou des algorithmes de distribution continue des flux de travail, un niveau élevé de contrôle temporel permet à l’individu de décider du moment précis où il entame une tâche, de l’ordre séquentiel de ses opérations et du moment où il finalise son activité. Ce construit est capital sur le plan psycho-physiologique, car il permet à l’opérateur d’insérer des micro-pauses spontanées ou d’adapter son rythme en fonction de ses fluctuations circadiennes de vigilance et de fatigue.

2. Le contrôle méthodologique (Method Control)

Le contrôle méthodologique mesure l’autonomie dont dispose le travailleur sur les modes opératoires, les outils, les techniques et les standards qualitatifs et quantitatifs de sa production. Il reflète la capacité de l’individu à adapter ses procédures de travail en fonction des imprévus techniques ou organisationnels. L’opérateur qui possède un contrôle méthodologique élevé n’est pas contraint d’appliquer aveuglément des protocoles rigides standardisés : il peut expérimenter des approches alternatives et ajuster ses critères de production. L’association du contrôle temporel et du contrôle méthodologique constitue ce que Jackson et al. définissent comme le contrôle au travail au sens propre (ou contrôle opérationnel direct).

3. La demande de surveillance (Monitoring Demand)

Ce construit quantifie la charge attentionnelle continue et la vigilance requises par le poste. Il est particulièrement prononcé dans les salles de contrôle automatisées, la supervision de lignes de production robotisées, la surveillance médicale intensive ou le pilotage de réseaux complexes. La demande de surveillance capture l’obligation de maintenir une attention indivise sur plusieurs flux d’information simultanés, de détecter des signaux faibles et d’anticiper les défaillances potentielles avant qu’elles ne se manifestent. Sur le plan cognitif, cette dimension sollicite de manière intense la mémoire de travail et engendre une fatigue mentale spécifique différente de la simple fatigue musculaire.

4. La résolution de problèmes (Problem Solving Demand)

Cette dimension évalue les exigences cognitives associées au raisonnement diagnostique, à la résolution de situations d’ambiguïté et à la confrontation à des anomalies inédites. Les items mesurent la fréquence à laquelle le salarié doit résoudre des incidents n’ayant pas de solution algorithmique préétablie, nécessitant une connaissance approfondie du système sociotechnique et une capacité d’extrapolation logique. Alors que la demande de surveillance mesure l’attention passive ou sélective continue, la résolution de problèmes mesure l’effort cognitif actif de déduction et de remédiation face à l’imprévu.

5. La responsabilité de production (Production Responsibility)

La responsabilité de production opérationnalise le coût objectif ou symbolique de l’erreur humaine au poste de travail. Dans les systèmes industriels ou technologiques hautement intégrés, une brève seconde d’inattention peut entraîner l’arrêt d’une chaîne complète, la perte de dizaines de milliers d’euros de matière première ou la destruction de machineries onéreuses. Ce construit ne mesure pas le volume de travail, mais le poids psychologique lié aux conséquences catastrophiques d’une défaillance personnelle, constituant un facteur d’astreinte cognitive et émotionnelle majeur.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

La conception de la Job Demand Control Measure s’inscrit au carrefour de deux courants majeurs de la psychologie contemporaine : l’approche ergonomique des systèmes sociotechniques et les modèles d’interaction contrainte-ressource en psychologie de la santé au travail.

Le modèle Demande-Contrôle de Karasek et ses controverses

Le point de départ théorique fondamental est le modèle Job Demand-Control (JDC) formalisé par Karasek (1979). Ce modèle postule que les atteintes à la santé psychologique (dépression, anxiété, épuisement professionnel, pathologies cardiovasculaires) surviennent lorsque les exigences psychologiques du poste sont élevées et que la latitude décisionnelle est faible (« situation de travail tendu » ou high-strain job). À l’inverse, l’apprentissage organisationnel et la motivation se développent lorsque des demandes élevées s’accompagnent d’un contrôle élevé (« travail actif »). L’hypothèse centrale la plus discutée du modèle est l’effet d’interaction (ou effet tampon) : un contrôle élevé est censé neutraliser l’impact délétère des exigences élevées sur la santé mentale.

Cependant, pendant plus de quinze ans, les méta-analyses ont montré des résultats contradictoires quant à l’existence de cette interaction statistique. Jackson, Wall et leurs collègues ont avancé une explication fondamentale : l’effet d’interaction échouait à être démontré en raison d’un manque de fidélité et d’une hétérogénéité conceptuelle dans la mesure du contrôle. Dans le JCQ de Karasek, la « latitude décisionnelle » mesurait principalement le prestige du métier ou la complexité des compétences, plutôt que la marge réelle de manœuvre de l’individu. En construisant une mesure focalisée sur le contrôle du temps et de la méthode, Jackson et al. ont rétabli la pureté conceptuelle du concept d’autonomie opérationnelle.

L’approche sociotechnique et la théorie de la charge cognitive

Le modèle intègre également les apports de l’ingénierie sociotechnique (notamment développée par l’école de Tavistock) et de la théorie de la charge cognitive. Avec l’avènement de l’automatisation avancée (advanced manufacturing technology), le rôle du travailleur n’est plus de manipuler physiquement la matière, mais de superviser des systèmes automatisés. Dans ce contexte :

  • Les demandes ne sont plus purement physiques ou quantitatives, mais informationnelles et attentionnelles (vigilance, surveillance, mémoire, raisonnement abstrait).
  • Le contrôle ne consiste pas à travailler plus vite, mais à choisir la méthode appropriée pour juguler un incident technique complexe.

En ancrant théoriquement leur échelle dans cette réalité technologique, Wall et al. (1996) ont proposé le Matching Hypothesis (hypothèse de concordance) : pour que le contrôle protège efficacement le salarié contre une demande cognitive intense, le contrôle octroyé doit porter précisément sur les paramètres de cette même tâche (par exemple, pouvoir adapter sa méthode face à un problème technique inédit).

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de la Mesure de la demande et du contrôle au travail a été documentée de manière approfondie à travers plusieurs études d’envergure menées auprès de milliers de salariés dans des contextes industriels et de services en Grande-Bretagne et à l’international.

Validité de construit et validité discriminante

Dans l’étude fondatrice de Jackson et al. (1993), menée auprès d’opérateurs industriels du secteur manufacturier, les analyses ont confirmé que le contrôle temporel et le contrôle méthodologique représentaient des entités conceptuellement et statistiquement indépendantes des exigences cognitives. Les coefficients de corrélation inter-dimensions montrent une indépendance remarquable :

  • La corrélation entre le contrôle temporel et le contrôle méthodologique est modérée à forte ($r \approx 0,55$ à $0,65$), ce qui justifie qu’ils soient traités comme deux composantes distinctes d’un facteur d’ordre supérieur de contrôle du travail.
  • Les corrélations entre les échelles de contrôle et les échelles d’exigences cognitives (demande de surveillance, résolution de problèmes) sont quasi nulles ou très faibles ($|r| < 0,15$), prouvant une excellente validité discriminante. Les travailleurs peuvent ainsi être confrontés à de lourdes exigences cognitives tout en disposant soit d’une faible, soit d’une forte marge d’autonomie.

Validité convergente et concurrente

Wall et al. (1995) ont comparé cette nouvelle échelle aux mesures classiques préexistantes, notamment les échelles de latitude décisionnelle du Job Diagnostic Survey (JDS de Hackman et Oldham) et du JCQ de Karasek. Les résultats démontrent que les dimensions de contrôle temporel et méthodologique de Sheffield corrèlent positivement avec les sous-échelles d’autonomie du JDS ($r = 0,58$ à $0,68$), tout en affichant une absence totale de contamination par le niveau de qualification intellectuelle, contrairement aux items traditionnels de Karasek.

Validité prédictive et validité de critère

Dans l’étude longitudinale et transversale de Wall et al. (1996), la validité prédictive de l’instrument a été rigoureusement démontrée sur des critères de santé mentale au travail mesurés via le General Health Questionnaire (GHQ-12) et l’épuisement professionnel (anxiété et dépression liées au travail) :

  • Un faible contrôle temporel et méthodologique prédit significativement des scores élevés de détresse psychologique et d’anxiété professionnelle ($p < 0,001$).
  • L’effet d’interaction protecteur (l’interaction multiplicative Contrôle × Demande) a été formellement validé de manière statistiquement significative ($\beta = -0,18, p < 0,01$) lorsque la demande de surveillance et de résolution de problèmes était croisée avec un contrôle spécifique de la méthode, apportant l'une des démonstrations les plus solides du modèle de Karasek dans la littérature scientifique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité de l’instrument a été évaluée sous l’angle de la consistance interne (cohérence des items au sein d’une même dimension) et de la stabilité temporelle (test-retest).

Consistance interne (Alpha de Cronbach)

Les études empiriques publiées par Jackson et al. (1993) et répliquées par Wall et al. (1995, 1996) auprès d’échantillons variés ($N = 450$ à $N = 1,200$) rapportent les coefficients $\alpha$ de Cronbach suivants :

  • Contrôle temporel (Timing control, 4 items) : $\alpha = 0,85$. Indique une très bonne homogénéité des énoncés relatifs à la maîtrise de son propre rythme et de l’ordonnancement des tâches.
  • Contrôle méthodologique (Method control, 5 items) : $\alpha = 0,77$. Reflète une consistance interne satisfaisante pour l’évaluation de la liberté de choix des outils et des processus opérationnels.
  • Demande de surveillance (Monitoring demand, 4 items) : $\alpha = 0,73$. Démontre une fidélité adéquate pour capturer la vigilance continue et le suivi de processus multiples.
  • Responsabilité de production (Production responsibility, 5 items) : $\alpha = 0,90$. Présente un niveau d’excellence psychométrique élevé quant à la perception du coût matériel et financier des erreurs.
  • Résolution de problèmes (Problem solving, 3 items) : $\alpha = 0,50$. Cette valeur plus modeste s’explique par le nombre très restreint d’items (3 items) et par la diversité contextuelle des types de problèmes rencontrés au sein de lignes de production hétérogènes. Wall et al. ont suggéré d’interpréter cette échelle spécifique avec précaution ou d’agréger ses scores aux demandes de surveillance lors de modélisations globales de demandes cognitives.

Fidélité test-retest (Stabilité temporelle)

Les évaluations longitudinales conduites sur des intervalles de six mois à un an (Jackson et al., 1993 ; Wall et al., 1996) ont mis en évidence des coefficients de corrélation test-retest situés autour de $r_{tt} = 0,50$ à $0,62$. Cette stabilité modérée est théoriquement cohérente avec la nature même du construit : les dimensions évaluées ne sont pas des traits de personnalité immuables, mais des caractéristiques du poste et de l’environnement de travail, susceptibles d’évoluer lors de restructurations d’ateliers, de changements de cadences ou de modifications managériales des processus industriels.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La confirmation de l’architecture multidimensionnelle de l’instrument repose sur une séquence rigoureuse d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) conduites sur des échantillons industriels indépendants.

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Lors de la phase initiale de validation (Jackson et al., 1993), une analyse en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et rotation oblique (Oblimin) a été réalisée sur l’ensemble des items. Les critères de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) et l’analyse du diagramme d’éboulis de Cattell ont clairement identifié une structure à cinq facteurs distincts, expliquant plus de 62 % de la variance totale des données :

  • Les quatre items de contrôle temporel ont saturé fortement sur leur facteur respectif avec des saturations factorielles comprises entre 0,72 et 0,84, sans saturation croisée supérieure à 0,25 sur les autres dimensions.
  • Les cinq items de contrôle méthodologique ont chargé sur un second facteur avec des saturations s’échelonnant de 0,61 à 0,79.
  • Les items de demandes cognitives se sont nettement séparés des facteurs de contrôle : les quatre items de surveillance ont présenté des saturations comprises entre 0,58 et 0,75, tandis que les items de responsabilité financière et de dommage matériel ont formé un facteur massif avec des saturations supérieures à 0,80.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Wall et al. (1995) ont validé cette architecture par modélisation d’équations structurelles (SEM) sur un nouvel échantillon de confirmation ($N = 654$). Les auteurs ont comparé plusieurs modèles concurrents :

  • Modèle à 1 facteur global : Hypothèse selon laquelle toutes les perceptions du poste relèvent d’un biais d’évaluation générale. Ce modèle présentait un ajustement très médiocre ($\chi^2/dl > 8,5$, RMSEA $> 0,12$, CFI $< 0,70$).
  • Modèle à 2 facteurs : Opposant simplement le « Contrôle global » aux « Exigences globales ». L’ajustement restait statistiquement inacceptable ($\chi^2/dl = 5,4$, RMSEA $= 0,095$, CFI $= 0,81$).
  • Modèle théorique à 5 facteurs corrélés : Ce modèle a démontré un ajustement excellent et statistiquement supérieur à tous les modèles alternatifs ($\chi^2/dl = 1,98$, RMSEA $= 0,042$, SRMR $= 0,044$, CFI $= 0,95$, TLI $= 0,94$).

Ces résultats d’analyse factorielle ont démontré de manière irréfutable que le contrôle au travail ne doit pas être amalgamé en une entité monolithique, et que dissocier l’autonomie sur les cadences (timing) de l’autonomie sur les processus (méthode) reflète fidèlement la cognition des opérateurs au travail.

10. Instrument de mesure / Instrument

  • Nom complet de l’outil : Job Demand Control Measure (Échelle de contrôle du travail, demandes cognitives et responsabilité de production).
  • Auteurs de référence : Paul R. Jackson, Toby D. Wall, Robin Martin, Keith Davids (1993) ; Sean Mullarkey, Sharon K. Parker (1995, 1996).
  • Format d’administration : Questionnaire auto-rapporté sur format papier-crayon ou informatisé/en ligne.
  • Nombre d’items : 21 items au total répartis en 5 sous-échelles opérationnelles :
    • Contrôle temporel (Timing control) : 4 items
    • Contrôle méthodologique (Method control) : 5 items
    • Demande de surveillance (Monitoring demand) : 4 items
    • Résolution de problèmes (Problem solving) : 3 items
    • Responsabilité de production (Production responsibility) : 5 items
  • Échelle de réponse (Format Likert en 5 points) :
    • 1 = not at all (Pas du tout)
    • 2 = a little (Un peu)
    • 3 = a moderate amount (Moyennement / Une quantité modérée)
    • 4 = quite a lot (Beaucoup / Pas mal)
    • 5 = a great deal (Énormément / Une très grande quantité)
  • Modalités de cotation et calcul des scores :
    • Aucun item n’est inversé.
    • Pour chaque sous-échelle, le score s’obtient soit par la somme arithmétique simple des items composant la dimension, soit par la moyenne des items (score moyen variant de 1 à 5). L’utilisation de la moyenne facilite la comparaison directe entre les sous-échelles de longueurs différentes.
    • Les scores de contrôle opérationnel global peuvent être obtenus en moyennant les 9 items de contrôle (temporel + méthodologique).
    • Les profils d’astreinte (« tension au travail ») s’identifient par la médiane ou les terciles, en croisant les scores d’exigences (surveillance/résolution) avec les scores de contrôle.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de première publication formelle : 1993 (articles complémentaires de consolidation en 1995 et 1996).
  • Statut des droits et accessibilité : Instrument académique relevant du domaine de la recherche scientifique publique britannique (MRC/ESRC).
  • Tarifs d’utilisation : Gratuit pour toute utilisation universitaire, académique, pédagogique ou de recherche non commerciale.
  • Conditions d’autorisation : Les items ont été intégralement publiés dans les revues académiques à comité de lecture de l’American Psychological Association (APA) et de la British Psychological Society (BPS). Les chercheurs et praticiens sont autorisés à utiliser l’outil sous réserve de citer formellement les publications originales de Jackson et al. (1993) et Wall et al. (1995, 1996). Pour toute intégration dans des progiciels commerciaux propriétaires ou des plateformes payantes d’audit RH, l’accord préalable des auteurs ou des ayants droit institutionnels de l’Université de Sheffield est requis.

12. Références / References

  • Jackson, P. R., Wall, T. D., Martin, R., & Davids, K. (1993). New measures of job control, cognitive demand, and production responsibility. Journal of Applied Psychology, 78(5), 753–762. https://doi.org/10.1037/0021-9010.78.5.753
  • Karasek, R. A. (1979). Job demands, job decision latitude, and mental strain: Implications for job redesign. Administrative Science Quarterly, 24(2), 285–308. https://doi.org/10.2307/2392498
  • Mullarkey, S., Jackson, P. R., Wall, T. D., Wilson, J. R., & Grey-Taylor, S. M. (1997). The Demand-Control Model of Job Strain: A Study of Shopfloor Workers. Health and Safety Executive Research Report. HSE Books.
  • Wall, T. D., Jackson, P. R., & Mullarkey, S. (1995). Further evidence on some new measures of job control, cognitive demand and production responsibility. Journal of Organizational Behavior, 16(5), 431–455. https://doi.org/10.1002/job.4030160505
  • Wall, T. D., Jackson, P. R., Mullarkey, S., & Parker, S. K. (1996). The demands-control model of job strain: A more specific test. Journal of Occupational and Organizational Psychology, 69(2), 153–166. https://doi.org/10.1111/j.2044-8325.1996.tb00607.x

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Do you decide on the order in which you do things?
2

Do you decide when to start a piece of work?
3

Do you decide when to finish a piece of work?
4

Do you set your own pace of work?
5

Can you choose the methods to use in carrying out your work?
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 8). Mesure de la demande et du contrôle au travail. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-de-la-demande-et-du-controle-au-travail/
Looti, Mohammed. “Mesure de la demande et du contrôle au travail.” Base de données de psychologie en français, 8 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-de-la-demande-et-du-controle-au-travail/.
Looti, Mohammed. “Mesure de la demande et du contrôle au travail.” Base de données de psychologie en français. octobre 8, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/mesure-de-la-demande-et-du-controle-au-travail/.