1. Résumé / Abstract
L’Inventaire révisé des normes du rôle masculin (Male Role Norms Inventory-Revised, MRNI-R) est un instrument psychométrique de référence conçu pour mesurer l’adhésion d’un individu à l’idéologie traditionnelle du rôle masculin. Développé initialement par Ronald F. Levant et ses collaborateurs à la suite du Male Role Norms Inventory (MRNI original de 1992), le MRNI-R opérationnalise les croyances culturelles, les attentes normatives et les prescriptions comportementales imposées aux hommes dans les sociétés contemporaines occidentales. L’instrument s’ancre directement dans le paradigme de la tension liée au rôle de genre (Gender Role Strain Paradigm) formulé par Joseph Pleck, rejetant le postulat essentialiste d’une identité masculine biologiquement innée au profit d’une conceptualisation socio-constructiviste des normes masculines.
Le MRNI-R évalue les prescriptions du genre masculin à travers sept sous-échelles théoriquement et empiriquement validées : (1) l’émotionnalité restrictive (Restrictive Emotionality), (2) l’autosuffisance par les compétences mécaniques (Self-Reliance Through Mechanical Skills), (3) la négativité envers les minorités sexuelles (Negativity Toward Sexual Minorities), (4) l’évitement de la féminité (Avoidance of Femininity), (5) l’importance de la sexualité (Importance of Sex), (6) la dureté / résistance (Toughness), et (7) la dominance (Dominance). La version standard de recherche comprend un ensemble d’énoncés cotés sur une échelle de réponse de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord ») à 7 (« Tout à fait d’accord »).
Sur le plan métrologique, le MRNI-R présente des qualités psychométriques exceptionnelles. La cohérence interne de l’échelle totale atteint régulièrement un coefficient alpha de Cronbach de .96 (Levant et al., 2007), tandis que les coefficients des sous-échelles oscillent généralement entre .73 et .91 selon les échantillons. Les analyses factorielles confirmatoires ont mis en évidence la robustesse d’un modèle factoriel oblique à sept dimensions, ainsi que son invariance de mesure structurelle à travers différents groupes démographiques. Utilisé à grande échelle en psychologie du conseil, en psychopathologie, en psychologie sociale et en santé publique, le MRNI-R constitue un outil indispensable pour analyser les corrélats cliniques de la conformité aux normes hégémoniques, tels que la détresse psychologique, l’alexithymie masculine normative, les conduites à risque et la réticence à solliciter des soins psychologiques.
2. Mots-clés / Keywords
Masculinité, idéologie du rôle masculin, MRNI-R, Ronald Levant, genre, stéréotypes de genre, émotionnalité restrictive, alexithymie, santé mentale des hommes, psychométrie, analyse factorielle, psychologie du genre.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et affinée sous la direction de :
- Ronald F. Levant, Ed.D., ABPP : Professeur émérite de psychologie à l’Université d’Akron (Ohio, États-Unis), ancien président de l’American Psychological Association (APA, 2005) et pionnier mondial de l’étude scientifique de la psychologie des hommes et des masculinités (Division 51 de l’APA). Courriel académique institutionnel :
[email protected]. - Thomas J. Rankin, M.A. : Chercheur et collaborateur en psychologie quantitative et clinique, Université d’Akron.
- Christine M. Williams, Ph.D. : Chercheuse en psychologie du conseil, spécialisée dans l’évaluation psychométrique et les questions de genre.
- Nadia T. Hasan, Ph.D. : Psychologue chercheuse, spécialiste des identités intersectionnelles et des normes socioculturelles.
- Katherine B. Smalley, Ph.D., Marie Aupont, Ph.D., Ann House, Ph.D., et Dawn Noronha, Ph.D. : Co-auteurs des premières études de validation psychométrique du MRNI-R (2007).
- Daniel K. McKelvey, M.S. : Chercheur à l’East Tennessee State University, auteur de travaux d’adaptation et d’extension empirique des perspectives perceptuelles de l’instrument (2012).
4. Objectif / Purpose
Finalités scientifiques et conceptuelles
L’objectif fondamental du MRNI-R est d’opérationnaliser et de quantifier le degré d’approbation individuelle de l’idéologie traditionnelle de la masculinité. Contrairement aux outils historiques mesurant les « traits de personnalité liés au genre » ou l’androgynie psychologique (tels que le Bem Sex-Role Inventory [BSRI] ou le Personal Attributes Questionnaire [PAQ]), le MRNI-R a été conçu pour évaluer un système de croyances normatives : il ne mesure pas dans quelle mesure un individu se perçoit comme « masculin », mais dans quelle mesure il adhère à des injonctions socioculturelles prescrivant comment les hommes devraient penser, ressentir et se comporter dans la société.
Dans le champ de la recherche contemporaine, l’instrument vise à déterminer comment l’intériorisation de ces croyances structure les attitudes envers autrui, la dynamique relationnelle, les préjugés et les conduites de santé. En permettant de distinguer l’adhésion globale aux normes de ses composantes spécifiques (ex. la valorisation du primat du sexe versus l’injonction au stoïcisme émotionnel), le MRNI-R offre une finesse d’analyse cruciale pour décortiquer les mécanismes par lesquels la socialisation de genre génère des vulnérabilités psychologiques et comportementales.
Applications cliniques et en santé publique
Sur le plan clinique et préventif, le MRNI-R répond à des besoins diagnostiques et thérapeutiques de premier ordre. Une vaste littérature scientifique indique que l’adhésion rigide aux normes masculines traditionnelles est associée à :
- La réticence à consulter un professionnel de la santé mentale : Les hommes fortement endossants considèrent souvent la demande d’aide psychologique comme un aveu de vulnérabilité ou un échec de l’idéal d’autosuffisance, retardant ainsi la prise en charge de troubles anxio-dépressifs majeurs.
- L’alexithymie masculine normative : Incapacité acquise lors de la socialisation précoce à identifier, étiqueter et verbaliser les états affectifs primaires (vulnérabilité, tristesse, peur), fréquemment somatisés ou externalisés sous forme de colère et d’agressivité.
- Les comportements de prise de risque et de négligence médicale : Refus de consulter pour des pathologies somatiques chroniques, conduite automobile téméraire, abus d’alcool et de substances psychoactives, engagement dans des violences interpersonnelles en vue de valider publiquement la composante de dureté (Toughness).
- Les difficultés relationnelles et conjugales : Érosion de l’intimité émotionnelle, incapacité à offrir un soutien empathique au partenaire et conflits liés à la volonté d’exercer une dominance décisionnelle, notamment financière.
En contexte psychothérapeutique, le MRNI-R permet d’établir un profil normatif précis du patient, fournissant au thérapeute un levier psychoéducatif pour déconstruire les croyances dysfonctionnelles qui entretiennent la détresse masculine.
5. Construit psychologique / Construct
Le MRNI-R évalue l’idéologie du rôle masculin traditionnel en tant que construit multidimensionnel de second ordre, structuré autour de sept dimensions fondamentales représentant les préceptes centraux de la masculinité dominante :
1. Émotionnalité restrictive (Restrictive Emotionality)
Cette dimension capture l’injonction selon laquelle les hommes doivent réprimer ou dissimuler leurs émotions, particulièrement les sentiments de vulnérabilité, d’angoisse, d’affection douce ou de tristesse. L’expression émotionnelle publique ou privée y est interprétée comme un signe de faiblesse inadmissible. Les items de cette sous-échelle ciblent le refus de pleurer, l’interdiction de montrer son désarroi sur son visage ou le délai excessif avant de signifier à autrui son attachement affectif (ex. item 38 : « A man should never admit when others hurt his feelings » ; item 50 : « One should not be able to tell how a man is feeling by looking at his face »).
2. Autosuffisance par les compétences mécaniques (Self-Reliance Through Mechanical Skills)
Cette composante opérationnalise l’attente selon laquelle un homme accompli doit être pragmatiquement autonome et posséder une maîtrise pratique des objets matériels, des outils et des technologies domestiques ou automobiles. Elle renvoie au stéréotype de l’homme capable de subvenir seul aux pannes quotidiennes sans recourir à l’aide extérieure (ex. item 13 : « Men should have home improvement skills » ; item 36 : « A man should know how to repair his car if it should break down »).
3. Négativité envers les minorités sexuelles (Negativity Toward Sexual Minorities)
Cette sous-échelle évalue l’homophobie et l’hétérosexisme normatif en tant que piliers constitutifs de la conformité au genre masculin. Dans la théorie du rôle masculin, l’affirmation de son statut d’homme passe traditionnellement par le rejet violent, l’exclusion et la dépréciation des hommes homosexuels, dont le comportement est assimilé à une violation intolérable des codes de virilité (ex. item 1 : « Homosexuals should never marry » ; item 8 : « All homosexual bars should be closed down » ; item 25 : « Homosexuals should never kiss in public »).
4. Évitement de la féminité (Avoidance of Femininity)
Fondée sur le concept de « No Sissy Stuff » (Brannon, 1976), cette dimension mesure la répudiation obsessionnelle de tout comportement, intérêt, préférence esthétique ou rôle perçu comme féminin. Les hommes sont contraints d’établir une frontière imperméable entre les sphères masculines et féminines, qu’il s’agisse des loisirs télévisuels, des soins cosmétiques ou du type de jouets valorisés dès l’enfance (ex. item 6 : « Men should not wear make-up, cover-up, or bronzer » ; item 11 : « Boys should play with action figures not dolls » ; item 30 : « Boys should not throw baseballs like girls »).
5. Importance de la sexualité (Importance of Sex)
Cette facette reflète la prescription selon laquelle les hommes doivent afficher une libido inextinguible, être perpétuellement disponibles pour l’activité sexuelle, considérer la performance érotique comme une priorité existentielle et ne jamais refuser une opportunité intime (ex. item 16 : « Men should always like to have sex » ; item 20 : « A man should not turn down sex » ; item 43 : « A man should always be ready for sex »).
6. Dureté / Résistance (Toughness)
La dimension de dureté englobe le courage physique, le stoïcisme face au danger corporel, la disposition à assumer des risques non calculés et l’obligation d’affronter les menaces sans manifester de peur. Elle valorise la robustesse, la confrontation et la posture protectrice physique au sein du foyer (ex. item 39 : « Men should get up to investigate if there is a strange noise in the house at night » ; item 42 : « It is important for a man to take risks, even if he might get hurt » ; item 45 : « When the going gets tough, men should get tough »).
7. Dominance (Dominance)
Cette dimension mesure l’attente statutaire et hiérarchique selon laquelle l’homme doit occuper une position d’autorité incontestée, exercer le leadership social, prendre les décisions financières souveraines au sein du couple et assumer le rôle principal de pourvoyeur économique de la famille (ex. item 2 : « The President of the U.S. should always be a man » ; item 3 : « Men should be the leader in any group » ; item 44 : « A man should always be the major provider in his family » ; item 51 : « Men should make the final decision involving money »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le paradigme de la tension liée au rôle de genre (Gender Role Strain Paradigm)
Le socle épistémologique du MRNI-R repose intégralement sur le Gender Role Strain Paradigm (GRSP), formalisé par le psychologue Joseph H. Pleck au début des années 1980 en opposition directe avec le Gender Role Identity Paradigm (GRIP) d’inspiration psychanalytique et fonctionnaliste.
Le modèle classique (GRIP) considérait l’acquisition d’une identité de genre masculin solide comme une nécessité biologique et psychologique innée du développement infantile. Selon ce point de vue désormais obsolète, l’incapacité à s’identifier au rôle masculin était considérée comme une anomalie développementale menant à l’insécurité psychologique, à l’inadaptation sociale et à l’homosexualité. À l’inverse, Pleck (1981, 1995) et Levant (1995, 2011) postulent dans le GRSP que :
- Les rôles de genre sont des constructions sociales, historiques et culturelles instables et contradictoires, plutôt que des essences naturelles.
- Les normes traditionnelles du rôle masculin sont excessivement rigides, contradictoires et irréalistes, rendant leur accomplissement intégral impossible pour la majorité des hommes.
- La tentative d’adhérer à ces normes rigides est source inhérente de conflits intrapsychiques et relationnels.
Les trois formes de tension selon Pleck et Levant
Le paradigme distingue trois manifestations majeures de la tension liée au genre :
- La tension d’écart (Discrepancy Strain) : Se produit lorsqu’un homme échoue à se conformer aux normes prescrites par son groupe de référence (par exemple, un homme qui n’a pas de compétences mécaniques ou qui ne gagne pas suffisamment d’argent), engendrant honte, baisse d’estime de soi et anxiété sociale.
- La tension de traumatisme (Trauma Strain) : Résulte des blessures psychologiques ou physiques subies au cours du processus brutal de socialisation masculine traditionnelle (par exemple, le harcèlement subi par un jeune garçon sommé d’étouffer sa sensibilité ou d’endurer la violence dans les sports de contact).
- La tension de dysfonctionnement (Dysfunction Strain) : Survient lorsque l’homme réussit parfaitement à se conformer aux normes traditionnelles, mais que cette conformité même produit des effets collatéraux hautement destructeurs pour lui et pour son entourage (ex. l’émotionnalité restrictive menant à l’isolement affectif ou la dominance masculine légitimant les conduites abusives et la violence conjugale).
L’alexithymie masculine normative
Ronald Levant a enrichi ce cadre en formulant l’hypothèse de l’alexithymie masculine normative (Normative Male Alexithymia). Durant leur développement, les garçons sont systématiquement découragés d’exprimer les émotions signalant la détresse (peur, tristesse, douleur) sous peine de sanctions par les pairs et les figures d’attachement, tandis que l’agressivité et la fierté sont tolérées ou encouragées. Avec le temps, ce conditionnement altère les voies neurologiques et cognitives de traitement de l’affect, privant l’individu des compétences de base nécessaires pour mettre des mots sur ses éprouvés émotionnels complexes. Le MRNI-R constitue la métrique privilégiée pour tester empiriquement ce modèle.
7. Validité / Validity
Les propriétés de validité du MRNI-R ont fait l’objet d’investigations psychométriques rigoureuses auprès d’échantillons universitaires, cliniques et communautaires totalisant plusieurs milliers de participants (Levant et al., 2007, 2010 ; Levant & Richmond, 2007).
Validité de construit et validité convergente
La validité de construit du MRNI-R a été attestée par ses intercorrélations théoriquement cohérentes avec d’autres échelles mesurant les dynamiques de genre :
- Gender Role Conflict Scale (GRCS) : Les scores globaux et sous-dimensionnels du MRNI-R corrèlent positivement et fortement (coefficients $r$ variant de .48 à .68, $p < .001$) avec les sous-échelles de la GRCS d’O’Neil, notamment les dimensions Restriction de l’expression émotionnelle (Restricted Emotionality) et Succès, Pouvoir, Compétition (Success, Power, Competition).
- Conformity to Masculine Norms Inventory (CMNI) : Des corrélations hautement significatives ($r = .55$ à $.72$) sont systématiquement relevées avec les sous-échelles homologues du CMNI de Mahalik, confirmant que l’approbation idéologique (mesurée par le MRNI-R) sous-tend effectivement les comportements déclarés d’adhésion aux normes.
- Index d’homophobie et d’attitudes envers les minorités sexuelles (ATLG) : La sous-échelle Négativité envers les minorités sexuelles présente des corrélations convergentes très élevées ($r > .75$) avec l’Attitudes Toward Lesbians and Gay Men Scale de Herek, démontrant son acuité à capturer le rejet hétérosexiste institutionnalisé.
Validité discriminante
Le MRNI-R démontre une nette indépendance par rapport aux traits de personnalité généraux non liés au genre (modèle du Big Five). Par exemple, les corrélations avec l’ouverture à l’expérience sont modérées et négatives (reflétant le conservatisme normatif), tandis que les associations avec le névrosisme sont nulles à faibles, prouvant que l’instrument ne mesure pas une simple détresse émotionnelle diffuse mais un cadre idéologique structuré.
Validité prédictive et clinique
Le MRNI-R prédit de manière robuste plusieurs variables comportementales et psychopathologiques :
- Attitudes envers la demande d’aide psychologique : Les scores élevés au MRNI-R sont des prédicteurs négatifs majeurs des attitudes favorables envers les services psychologiques professionnels (mesurées par l’Attitudes Toward Seeking Professional Psychological Help Scale [ATSPPH]), expliquant une variance incrémentielle significative au-delà des facteurs démographiques ($R^2$ incrémentiel de 12 à 18 %).
- Symptômes dépressifs masqués et détresse somatique : L’approbation de l’émotionnalité restrictive prédit significativement la présence de symptômes dépressifs atypiques et de somatisation, médiatisée par des scores élevés à la Normative Male Alexithymia Scale (NMAS).
8. Fidélité / Reliability
Les études d’évaluation psychométrique démontrent une fidélité et une cohérence interne de niveau supérieur pour l’ensemble des passations du MRNI-R :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude de validation initiale menée par Levant, Smalley et al. (2007) auprès d’un échantillon diversifié d’hommes et de femmes, l’échelle globale a affiché un coefficient $lpha = .96$, attestant d’une excellente homogénéité des items. Dans l’étude confirmatoire à grande échelle de Levant, Rankin, Williams et Hasan (2010), l’alpha global s’est maintenu à .95 pour l’échantillon masculin et .94 pour l’échantillon féminin.
La cohérence interne des sous-échelles individuelles se présente comme suit (Levant et al., 2007, 2010) :
- Émotionnalité restrictive (7 items retenus) : $lpha$ compris entre .82 et .87
- Autosuffisance par les compétences mécaniques (3 items retenus) : $lpha$ compris entre .80 et .85
- Négativité envers les minorités sexuelles (8 items retenus) : $lpha$ compris entre .89 et .92
- Évitement de la féminité (7 items retenus) : $lpha$ compris entre .78 et .84
- Importance de la sexualité (3 items retenus) : $lpha$ compris entre .72 et .78
- Dureté / Résistance (4 items retenus) : $lpha$ compris entre .74 et .81
- Dominance (7 items retenus) : $lpha$ compris entre .79 et .85
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Les investigations portant sur la stabilité temporelle du MRNI-R sur des intervalles de deux à quatre semaines révèlent des coefficients de corrélation test-retest intra-classe ($r_{tt}$) oscillant entre .84 et .91 pour l’échelle globale, et supérieurs à .76 pour l’ensemble des sous-échelles. Cette remarquable stabilité atteste que le MRNI-R capte des structures de croyances idéologiques durables plutôt que de simples fluctuations d’humeur transitoires.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) et Épuration des Items
Lors de la transition du MRNI original au MRNI-R (Levant et al., 2007, 2010), le pool initial de 53 items a été soumis à des analyses factorielles exploratoires en composantes principales avec rotation oblique (Promax), tenant compte des intercorrélations théoriques plausibles entre les différentes dimensions de l’idéologie masculine.
Ce processus d’épuration a mis en lumière plusieurs items problématiques nécessitant leur exclusion de la version finale scoring :
- Items exclus pour saturations croisées (* cross-loadings) : L’item 24 (« It is ok for a man to use any and all means to “convince” a woman to have sex ») saturait de manière ambiguë sur l’Importance du sexe et sur la Dominance. L’item 32 (rupture d’amitié face à l’homosexualité) présentait une double saturation sur la Négativité envers les minorités sexuelles et l’Émotionnalité restrictive. De même, l’item 46 (malaise face à un ami qui pleure devant une romance) saturait simultanément sur l’Émotionnalité restrictive et l’Évitement de la féminité.
- Items exclus pour inadéquation conceptuelle ou saturation insuffisante (** low factor loadings) : Les items 10 (sports de contact), 12 (ne pas emprunter d’argent), 26 (ne pas tenir le sac à main de son épouse), 27 (tracer sa propre voie), et 40 (n’avoir de rapports sexuels que si l’orgasme est garanti) présentaient des saturations inférieures au seuil de rigueur de .40 ou ne s’agrégeaient pas de façon cohérente avec la définition théorique du facteur cible.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et Adéquation du Modèle
Dans l’évaluation psychométrique majeure de Levant, Rankin, Williams et Hasan (2010), une analyse factorielle confirmatoire a été menée pour tester formellement le modèle à 7 facteurs corrélés sur la version épurée. Les indices d’adéquation ont confirmé une excellente conformité aux données empiriques :
- Racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : .046 (intervalle de confiance à 90 % : [.042, .050]), ce qui est nettement inférieur au seuil critique conservateur de .06.
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) : .93 à .95 selon les spécifications d’échantillon.
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : .93.
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : .051.
Des analyses d’invariance de mesure multi-groupes (configurale, métrique et scalaire) ont confirmé que la structure factorielle sous-jacente du MRNI-R s’applique de manière équivalente aux hommes et aux femmes, ainsi qu’à travers différents groupes ethniques (Afro-Américains, Euro-Américains), garantissant la comparabilité des scores moyens.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé sur papier ou en ligne.
- Format d’administration : Individuel ou collectif ; temps de passation estimé entre 10 et 15 minutes.
- Nombre d’items totaux administrés : 47 items (issus de la banque princeps épurée du protocole MRNI-R).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points :
- 1 : Strongly Disagree (Pas du tout d’accord)
- 2 : Disagree (Pas d’accord)
- 3 : Disagree Slightly (Plutôt pas d’accord)
- 4 : Neither Agree or Disagree (Ni en désaccord ni d’accord / Neutre)
- 5 : Agree Slightly (Plutôt d’accord)
- 6 : Agree (D’accord)
- 7 : Strongly Agree (Tout à fait d’accord)
- Attribution des items aux sous-échelles (Version validée de Levant et al., 2010) :
- Émotionnalité restrictive (Restrictive Emotionality – 7 items) : 27, 29, 32, 35, 41, 44, 47
- Autosuffisance par les compétences mécaniques (Self-Reliance Through Mechanical Skills – 3 items) : 11, 12, 30
- Négativité envers les minorités sexuelles (Negativity Toward Sexual Minorities – 8 items) : 1, 6, 15, 16, 21, 23, 31, 46
- Évitement de la féminité (Avoidance of Femininity – 7 items) : 4, 5, 7, 9, 13, 17, 26
- Importance de la sexualité (Importance of Sex – 3 items) : 14, 18, 37
- Dureté / Résistance (Toughness – 4 items) : 33, 36, 39, 42
- Dominance (Dominance – 7 items) : 2, 3, 19, 20, 38, 43, 45
(Note de cotation : Les items marqués d’astérisques * ou ** dans le protocole princeps représentent des énoncés historiques de validation qui sont exclus du calcul des scores factoriels finaux dans les analyses confirmatoires de Levant et al., 2010).
- Calcul des scores et interprétation :
- Les scores de chaque sous-échelle sont obtenus en calculant la moyenne arithmétique des items qui la composent (score moyen variant de 1.0 à 7.0).
- Le score global d’idéologie traditionnelle du rôle masculin est calculé en moyennant les 39 items validés de l’échelle complète.
- Interprétation : Un score élevé reflète une adhésion forte, rigide et prescriptive aux normes traditionnelles de la masculinité hégémonique. Un score faible traduit une vision égalitaire, flexible et non-stéréotypée du rôle de genre.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1992 (MRNI original) ; 2007 (Validation initiale du MRNI-R par Levant, Smalley et al.) ; 2010 (Validation factorielle confirmatoire complète par Levant, Rankin et al.).
- Propriété intellectuelle et Copyright : Détenu par Ronald F. Levant et l’American Psychological Association (APA).
- Politique d’utilisation et Tarifs : L’instrument est mis à disposition gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et pédagogique non commerciale. Les étudiants et chercheurs universitaires peuvent utiliser l’échelle sans versement de redevance, à condition de citer rigoureusement les publications princeps.
- Demandes d’autorisation : Pour une utilisation en milieu commercial, en entreprise, ou pour une inclusion dans des applications logicielles payantes, une demande formelle d’autorisation doit être adressée directement à Ronald F. Levant ou au service des droits de reproduction de l’APA.
12. Références / References
Les références ci-dessous regroupent les publications fondamentales ayant établi et validé les propriétés psychométriques de l’instrument en accord avec les normes de l’APA 7e édition :
- Brannon, R. (1976). The male sex role: Our culture’s blueprint of manhood, and what it’s done for us lately. In D. David & R. Brannon (Eds.), The forty-nine percent majority: The male sex role (pp. 1–45). Addison-Wesley.
- Levant, R. F. (1995). Toward the reconstruction of masculinity. In R. F. Levant & W. S. Pollack (Eds.), A new psychology of men (pp. 229–251). Basic Books.
- Levant, R. F. (2011). Research in the psychology of men and masculinity using the gender role strain paradigm as a framework. American Psychologist, 66(8), 765–776. https://doi.org/10.1037/a0025034
- Levant, R. F., & Fischer, J. (1998). The Male Role Norms Inventory. In C. M. Davis, W. H. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Sexuality-related measures: A compendium (2nd ed., pp. 469–472). Sage Publications.
- Levant, R. F., Good, G. E., Cook, S. W., O’Neil, J. M., Smalley, K. B., Owen, K., & Richmond, K. (2006). The Normative Male Alexithymia Scale: Measurement of a gender-linked syndrome. Psychology of Men & Masculinity, 7(4), 212–224. https://doi.org/10.1037/1524-9220.7.4.212
- Levant, R. F., Hall, R. J., & Rankin, T. J. (2013). Male Role Norms Inventory–Short Form (MRNI-SF): Development, confirmatory factor analytic investigation of structure, and measurement invariance across gender. Journal of Counseling Psychology, 60(2), 228–238. https://doi.org/10.1037/a0031545
- Levant, R. F., Hirsch, L. S., Celentano, E., Cozza, T. M., Hill, S., MacEachern, M., … & Schnedeker, J. (1992). The male role: An investigation of contemporary norms. Journal of Mental Health Counseling, 14(3), 325–337.
- Levant, R. F., Rankin, T. J., Williams, C. M., & Hasan, N. T. (2010). Evaluation of the factor structure and construct validity of scores on the Male Role Norms Inventory—Revised (MRNI–R). Psychology of Men & Masculinity, 11(1), 25–37. https://doi.org/10.1037/a0017637
- Levant, R. F., & Richmond, K. (2007). A review of research on masculinity ideologies using the Male Role Norms Inventory. The Journal of Men’s Studies, 15(2), 130–146. https://doi.org/10.3149/jms.1502.130
- Levant, R. F., Smalley, K. B., Aupont, M., House, A., Richmond, K., & Noronha, D. (2007). Initial validation of the Male Role Norms Inventory—Revised. The Journal of Men’s Studies, 15(1), 85–100. https://doi.org/10.3149/jms.1501.85
- McKelvey, D. K. (2012). Identity discrepancy, male role norms, and mental and physical health (Master’s thesis, East Tennessee State University). Electronic Theses and Dissertations. Paper 1460.
- Pleck, J. H. (1981). The myth of masculinity. MIT Press.
- Pleck, J. H. (1995). The gender role strain paradigm: An update. In R. F. Levant & W. S. Pollack (Eds.), A new psychology of men (pp. 11–32). Basic Books.