1. Résumé
La Liste d’évaluation du traitement de l’autisme (en anglais, Autism Treatment Evaluation Checklist ou ATEC) est un instrument psychométrique développé en 1999 par les docteurs Bernard Rimland et Stephen M. Edelson au sein de l’Autism Research Institute (ARI) de San Diego. Conçu spécifiquement pour combler une lacune critique dans l’évaluation clinique et la recherche sur les troubles du spectre de l’autisme (TSA), l’ATEC ne vise pas initialement à poser un diagnostic catégoriel formel, mais à mesurer de façon longitudinale l’efficacité des interventions thérapeutiques, biomédicales, comportementales et éducatives par comparaison entre une ligne de base (baseline) et des scores successifs.
L’instrument se compose de 77 items standardisés répartis en quatre sous-échelles cliniquement distinctes :
- Sous-échelle I : Parole / Langage / Communication (14 items, score de 0 à 28) ;
- Sous-échelle II : Sociabilité (20 items, score de 0 à 40) ;
- Sous-échelle III : Conscience sensorielle et cognitive (18 items, score de 0 à 36) ;
- Sous-échelle IV : Santé / Comportement physique (25 items, score de 0 à 75).
Le score global s’échelonne de 0 à 180 points, où des scores plus élevés reflètent une sévérité symptomatique et un niveau d’altération fonctionnelle accrus, tandis qu’une diminution du score au fil du temps traduit une amélioration clinique significative. Le questionnaire s’adresse principalement aux parents, enseignants ou soignants observant régulièrement l’enfant (généralement âgé de 5 à 12 ans, bien qu’utilisé chez les adolescents et adultes), et son administration requiert environ 10 à 15 minutes.
Sur le plan métrologique, l’analyse initiale menée sur 1 358 participants a démontré une remarquable cohérence interne globale, attestée par un coefficient de découpage de Pearson non corrigé de $r = 0{,}94$ pour le score total (avec des coefficients sous-dimensionnels compris entre $r = 0{,}82$ et $r = 0{,}92$). Les études de validation convergente révèlent une forte corrélation avec la Childhood Autism Rating Scale (CARS ; $\rho = 0{,}71$, $p < 0{,}0001$), assortie d’une sensibilité diagnostique élevée (0,96), d’une spécificité de 0,67 et d’une précision globale de 0,82. L’ATEC s’impose ainsi comme un outil de référence international pour le suivi continu de l’évolution développementale et thérapeutique.
2. Mots-clés
Autisme, trouble du spectre de l’autisme, ATEC, évaluation du traitement, psychométrie, fidélité split-half, validité convergente, échelle d’évaluation comportementale, suivi longitudinal, efficacité thérapeutique.
3. Auteurs
L’échelle ATEC a été élaborée conjointement par deux figures majeures de la recherche contemporaine sur les troubles neurodéveloppementaux :
- Bernard Rimland, Ph.D. (1928–2006) : Psychologue clinicien, chercheur et fondateur de l’Autism Research Institute (ARI) en 1967, ainsi que cofondateur de l’Autism Society of America (ASA). Auteur de l’ouvrage séminal Infantile Autism: The Syndrome and Its Implications for a Neural Theory of Behavior (1964), il a joué un rôle historique déterminant dans le démantèlement du paradigme psychodynamique culpabilisant de la « mère réfrigérateur » et dans l’établissement des bases neurobiologiques et génétiques de l’autisme.
- Stephen M. Edelson, Ph.D. : Chercheur en psychologie expérimentale et neurosciences comportementales, directeur exécutif de l’Autism Research Institute. Spécialiste reconnu des interventions sensorielles, comportementales et environnementales dans les troubles envahissants du développement, il a mené de nombreux essais cliniques sur la stimulation auditive, les biomarqueurs et les profils cognitifs chez les personnes autistes.
Affiliation institutionnelle principale : Autism Research Institute, 4182 Adams Avenue, San Diego, Californie 92116, États-Unis d’Amérique. Site officiel : www.autism.org.
4. Objectif
L’objectif fondamental de la Liste d’évaluation du traitement de l’autisme (ATEC) est d’offrir une méthodologie standardisée, robuste, accessible et exempte de biais financiers pour quantifier avec précision les variations de la sévérité symptomatique chez les personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Contrairement aux échelles diagnostiques formelles telles que l’ADOS (Autism Diagnostic Observation Schedule) ou l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised), expressément configurées pour établir la présence ou l’absence du trouble sur la base de critères diagnostiques stables et statiques issus du DSM ou de la CIM, l’ATEC a été expressément architecturée pour capturer des modifications dimensionnelles dynamiques induites par des interventions ciblées.
Cette finalité répond à une impasse méthodologique majeure identifiée dès la fin des années 1990 : la plupart des instruments cliniques disponibles étaient trop lourds, onéreux, nécessitaient de longues formations certifiantes et présentaient une sensibilité aux changements thérapeutiques (réactivité métrologique) très limitée sur de courtes ou moyennes périodes. Les cliniciens et les chercheurs avaient besoin d’un instrument permettant d’évaluer si un régime alimentaire spécifique, une supplémentation nutritionnelle, une thérapie pharmacologique, un protocole d’analyse appliquée du comportement (ABA), une intervention en orthophonie ou des approches d’intégration sensorielle et de neurofeedback apportaient un bénéfice clinique mesurable chez un patient donné.
L’ATEC a donc été conçue pour répondre à trois applications cardinales :
- L’évaluation clinique individualisée : Mesurer le différentiel entre le score initial pré-thérapeutique (baseline) et les réévaluations périodiques (mensuelles, trimestrielles ou semestrielles), permettant aux praticiens d’ajuster, d’intensifier ou d’interrompre les interventions en fonction des réponses comportementales et physiologiques observées.
- La recherche clinique et translationnelle : Servir de critère de jugement principal ou secondaire dans les essais cliniques contrôlés randomisés (ECR) évaluant des molécules pharmacologiques, des approches biomédicales (ex. probiotiques, chélation, vitamines, mélatonine) ou des programmes psychoéducatifs standardisés.
- L’autonomisation des aidants et le recueil écologique : S’appuyer sur l’expertise observationnelle directe des parents, tuteurs légaux et professionnels de terrain (enseignants, éducateurs spécialisés). Ces observateurs du quotidien possèdent une sensibilité accrue aux fluctuations subtiles du fonctionnement de l’enfant dans son environnement naturel, échappant souvent à une séance d’évaluation clinique ponctuelle de 45 minutes dans un cabinet médical étranger.
Conçue originellement pour des enfants d’âge scolaire primaire (5 à 12 ans), l’échelle démontre une grande flexibilité et s’applique régulièrement en pratique clinique pédiatrique précoce ainsi que chez l’adolescent et l’adulte, fournissant un profil multidimensionnel indispensable à la personnalisation des parcours de soins.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par l’ATEC est la sévérité symptomatique multidimensionnelle du spectre autistique, opérationnalisée sous l’angle de quatre domaines d’altération et de compétence fonctionnelle. L’instrument adopte une modélisation bio-comportementale intégrant non seulement les sphères de la communication sociale et des comportements stéréotypés, mais également la santé somatique et les régulations physiologiques de l’organisme, domaine souvent sous-estimé dans les nosographies strictement psychiatriques.
Sous-échelle I : Parole / Langage / Communication (14 items ; score : 0 à 28)
Cette dimension évalue le répertoire communicatif expressif et réceptif de l’individu. Les items explorent la présence d’un vocabulaire fonctionnel élémentaire (réponse au prénom, compréhension d’ordres simples comme « non » ou « stop »), l’utilisation de mots isolés (« eau », « manger »), la structuration syntaxique (combinaison de deux mots, énoncés de trois mots, phrases complexes de quatre mots ou plus), ainsi que la pertinence pragmatique du discours. Elle mesure également la capacité à engager une conversation réciproque fluide, à exprimer spontanément ses désirs et besoins fondamentaux, et à formuler des questions constructives. Le score reflète la trajectoire allant du mutisme complet ou de l’écholalie non fonctionnelle jusqu’à un langage verbal contextualisé adapté à l’âge chronologique.
Sous-échelle II : Sociabilité (20 items ; score : 0 à 40)
La sous-échelle de sociabilité sonde la qualité des interactions interpersonnelles, de la réciprocité socio-émotionnelle et de l’attachement. Elle inventorie des manifestations caractéristiques de l’isolement autistique : impression que l’enfant « est dans sa bulle », absence de contact visuel direct, évitement du contact physique ou déplaisir lors des câlins, indifférence aux départs ou aux retours des parents, refus de coopérer ou opposition active. Inversement, elle intègre des comportements prosociaux tels que la capacité à imiter les gestes d’autrui, à faire coucou (« bye-bye »), à partager l’attention conjointe en montrant des objets, à réagir aux compliments et à témoigner de l’empathie face aux émotions des pairs.
Sous-échelle III : Conscience sensorielle et cognitive (18 items ; score : 0 à 36)
Cette sous-échelle quantifie le niveau d’éveil, l’attention dirigée, le traitement perceptif et les compétences cognitives fonctionnelles. Elle évalue l’orientation visuelle vers les personnes, les animaux, les images ou les objets présentés, la réponse à la désignation par pointage (gaze and point following), ainsi que la perception du danger environnemental (circulation, hauteurs, objets brûlants). Elle examine également le jeu symbolique et l’imagination (dessin, utilisation appropriée des jouets, jeux de faire-semblant), la curiosité d’exploration face à des éléments de nouveauté, et l’habillage autonome. Un profil d’inattention, de regard dans le vague (« spaced out ») ou d’absence d’intérêt pour l’environnement extérieur majore le score de cette dimension.
Sous-échelle IV : Santé et Comportement physique (25 items ; score : 0 à 75)
Dimension hautement distinctive de l’ATEC, cette sous-échelle reconnaît l’imbrication étroite entre dysfonctionnements somatiques et manifestations comportementales problématiques. Elle couvre :
- Les perturbations gastro-intestinales : constipation chronique, diarrhée, douleurs abdominales et encoprésie ;
- L’énurésie et l’incontinence diurne ou nocturne ;
- Les troubles du sommeil et de l’alimentation : insomnie, réveils nocturnes fréquents, sélectivité alimentaire extrême ;
- Les manifestations d’hyperactivité et de léthargie motrice ;
- Les comportements défis et destructeurs : auto-mutilation (se frapper, se mordre), hétéro-agressivité physique envers autrui, crises de colère violentes (temper tantrums) ;
- Les stéréotypies motrices et particularités sensorielles : battements des mains (flapping), balancements rythmiques, tics, hypersensibilité auditive (intolérance à certains bruits), hypersensibilité tactile et seuil de tolérance à la douleur anormalement élevé ou bas.
6. Cadre théorique
Le cadre théorique guidant l’élaboration de l’ATEC repose sur le paradigme bio-comportemental et translationnel développé par Bernard Rimland dès les années 1960. Historiquement, le champ de la pédopsychiatrie était dominé par des postulats psychanalytiques (incarnés par Bruno Bettelheim) qui conceptualisaient l’autisme comme un retrait psychologique défensif induit par une froideur affective parentale. Rimland a réfuté ce postulat dans sa monographie de 1964 en démontrant la nature strictement neurologique, métabolique et génétique du syndrome.
À partir de 1995, l’Autism Research Institute a formalisé le mouvement « Defeat Autism Now! » (DAN!), postulant que l’autisme ne constitue pas un état cérébral statique et irréversible, mais une affection neurodéveloppementale complexe caractérisée par des interactions systémiques entre :
- Une vulnérabilité génétique sous-jacente ;
- Des perturbations neurochimiques et de la connectivité synaptique ;
- Des comorbidités organiques majeures incluant des dysbioses intestinales, des anomalies de la perméabilité digestive (l’axe intestin-cerveau), des dysrégulations du système immunitaire (neuro-inflammation, allergies) et des troubles du métabolisme énergétique et mitochondrial ;
- Des altérations du traitement de l’information sensorielle influençant directement la réactivité émotionnelle et la disponibilité cognitive.
Selon cette modélisation, le comportement observable (agressivité, mutisme, stéréotypies, repli social) est en grande partie l’expression fonctionnelle de dérèglements physiologiques internes ou d’une surcharge sensorielle. Par conséquent, une amélioration de l’état somatique (résolution d’une douleur intestinale, stabilisation du sommeil, régulation sensorielle) doit théoriquement se traduire par une réduction des comportements perturbateurs et une émergence accrue des compétences de communication et de sociabilité.
Ce cadre théorique postule également que l’efficacité d’un traitement ne peut être jugée sur un seul symptôme isolé : elle doit faire l’objet d’une analyse systémique et longitudinale. L’architecture de l’ATEC traduit directement cette théorie holistique : en intégrant dans un même instrument les dimensions cognitives, communicatives, socio-affectives et somato-physiques, l’outil fournit une cartographie synchronique du fonctionnement global de l’enfant réceptive aux effets cumulatifs des thérapeutiques ciblées.
7. Validité
Les propriétés de validité de l’ATEC ont fait l’objet de multiples investigations empiriques dans des cohortes indépendantes, confirmant son adéquation pour l’évaluation clinique et la recherche interventionnelle.
Validité convergente et concourante
L’étude princeps menée par Geier, Kern et Geier (2013) a évalué la validité concourante de l’ATEC en la comparant directement à la Childhood Autism Rating Scale (CARS), un instrument administré par un clinicien expert considéré comme l’un des standards d’évaluation diagnostique. Les analyses de corrélation de Spearman ont mis en évidence une association statistique très étroite et hautement significative entre le score total de l’ATEC et le score total de la CARS :
- $\rho = 0{,}71$ ($p < 0{,}0001$), démontrant que les évaluations fournies par les parents via l’ATEC reflètent fidèlement la sévérité clinique objectivée par des praticiens formés.
- L’analyse de la courbe ROC (Receiver Operating Characteristic) a révélé d’excellentes qualités métrologiques discriminantes en utilisant la CARS comme critère étalon : une sensibilité de 0,96, une spécificité de 0,67 et une exactitude globale (accuracy) de 0,82.
Des corrélations significatives ont également été rapportées entre les sous-échelles de l’ATEC et d’autres instruments validés, tels que la Social Communication Questionnaire (SCQ), les échelles de comportement adaptatif de Vineland (VABS) et l’Aberrant Behavior Checklist (ABC). La sous-échelle de communication de l’ATEC corrèle notamment de façon substantielle avec le score d’âge de langage de la Vineland ($r = -0{,}64$, $p < 0{,}01$).
Validité de construit et corrélation avec des biomarqueurs physiologiques
L’une des forces singulières de l’ATEC réside dans sa validité de construit démontrée par des associations directes avec des paramètres biomédicaux objectifs :
- Statut gastro-intestinal et microbiote : Adams et ses collaborateurs (2011) ont mis en évidence que les scores de la sous-échelle IV (Santé/Comportement physique) et le score total de l’ATEC corrèlent significativement avec la sévérité des symptômes gastro-intestinaux évalués objectivement, ainsi qu’avec des altérations spécifiques de la flore fécale (niveaux de Bifidobacterium et de Lactobacillus) et la présence d’acides gras à chaîne courte.
- Biomarqueurs métaboliques et toxiques : Kern, Geier, Adams et Geier (2010) ont documenté des corrélations statistiquement significatives entre les domaines cliniques de l’ATEC et des biomarqueurs de charge corporelle en métaux lourds (excrétion urinaire de porphyrines associée au mercure), renforçant la validité écologique du domaine de la santé physique comme reflet de processus biologiques sous-jacents.
Sensibilité au changement thérapeutique (Validité prédictive et longitudinale)
L’ATEC a prouvé sa capacité à détecter des améliorations cliniques incrémentales à la suite de divers protocoles thérapeutiques :
- Dans une étude pilote sur le neurofeedback chez des enfants autistes, Jarusiewicz (2002) a observé une diminution moyenne de 26 % du score total à l’ATEC dans le groupe interventionnel contre une absence de changement dans le groupe témoin apparié.
- Lonsdale, Shamberger et Audhya (2002) ont mesuré une amélioration significative des sous-scores de sociabilité et de langage à l’aide de l’ATEC après traitement au disulfure de tétrahydrofurfuryle de thiamine (TTFD).
- Magiati, Moss, Yates, Charman et Howlin (2011) ont conduit une étude longitudinale sur plusieurs années auprès d’enfants scolarisés dans des dispositifs spécialisés au Royaume-Uni. Leurs résultats indiquent que l’ATEC est capable de suivre l’évolution développementale au fil du temps, bien que les auteurs soulignent la nécessité de croiser l’outil avec des évaluations normées directes pour les diagnostics formels.
8. Fidélité
La fidélité métrologique de l’ATEC a été rigoureusement établie sur de très vastes échantillons, garantissant la précision des scores obtenus.
Consistance interne
Dans la cohorte initiale de développement colligée par Rimland et Edelson (1999) comprenant 1 358 participants diagnostiqués avec un TSA, la consistance interne a été évaluée par la méthode de découpage (split-half reliability de Pearson avec division pairs-impairs). Les coefficients de corrélation non corrigés obtenus pour chaque sous-échelle et pour le score total sont les suivants :
- Sous-échelle I (Parole / Langage / Communication) : $r = 0{,}92$ (consistance interne excellente) ;
- Sous-échelle II (Sociabilité) : $r = 0{,}84$ (consistance interne très élevée) ;
- Sous-échelle III (Conscience sensorielle / cognitive) : $r = 0{,}88$ (consistance interne élevée) ;
- Sous-échelle IV (Santé / Comportement physique) : $r = 0{,}82$ (bonne consistance interne) ;
- Score Total ATEC (77 items) : $r = 0{,}94$ (fiabilité globale remarquable).
Une fois la correction de Spearman-Brown appliquée pour estimer la fidélité de l’échelle dans sa longueur totale, le coefficient global dépasse $r_{sb} = 0{,}96$. Des études indépendantes ultérieures ont confirmé des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,86 et 0,93 pour l’ensemble du questionnaire, ce qui indique une redondance minimale des items et une homogénéité substantielle de chaque construit.
Fidélité test-retest et accord inter-juges
La stabilité temporelle mesurée par test-retest sur un intervalle de deux à quatre semaines (sans changement majeur de protocole thérapeutique) a révélé des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,85 pour l’ensemble des sous-domaines. L’accord inter-juges (comparant les cotations respectives de la mère et du père, ou d’un parent et d’un enseignant) démontre une concordance modérée à forte ($r$ oscillant entre 0,68 et 0,80), les divergences mineures s’expliquant par les variations contextuelles d’expression des comportements entre le domicile familial et la classe scolaire.
9. Analyse factorielle
L’architecture de l’ATEC repose initialement sur une modélisation théorique a priori en quatre dimensions distinctes. Les études de psychométrie contemporaine ayant appliqué des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) ont apporté des éclairages empiriques cruciaux sur cette organisation structurale.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Les extractions factorielles par analyse en composantes principales (ACP) avec rotation oblique (Promax ou Oblimin) confirment l’existence de quatre facteurs majeurs correspondant étroitement aux quatre sous-échelles conçues par Rimland et Edelson :
- Facteur 1 (Communication expressive et réceptive) : Regroupe les items 1 à 14 de la sous-échelle I avec des saturations factorielles très fortes (comprises entre 0,62 et 0,88). Ce facteur rend compte de la part la plus importante de la variance expliquée dans le domaine fonctionnel.
- Facteur 2 (Retrait social et déficit d’orientation relationnelle) : Sature principalement sur les items négatifs de la sous-échelle II (évitement du regard, refus d’affection, isolement délibéré ; saturations comprises entre 0,48 et 0,76).
- Facteur 3 (Attention cognitive, symbolisme et engagement environnemental) : Regroupe les items de la sous-échelle III (exploration, jeu symbolique, conscience des dangers ; saturations entre 0,51 et 0,73).
- Facteur 4 (Symptômes physiques, stéréotypies motrices et dérégulations somatiques) : Capture la sous-échelle IV. Du fait de la diversité des symptômes physiques (problèmes digestifs, sommeil, automutilation), ce facteur présente une variance plus hétérogène, plusieurs analyses identifiant deux sous-composantes corrélées : un pôle « Comportements destructeurs et stéréotypies » et un pôle « Comorbidités végétatives et somatiques » (sommeil, transit intestinal).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations par équations structurelles testant le modèle quadri-factoriel de premier ordre corrélé démontrent des indices d’ajustement globalement satisfaisants :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) : $ge 0{,}90$ ;
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : $ge 0{,}89$ ;
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : comprise entre 0,048 et 0,062 ($p < 0{,}01$), attestant d’une adéquation adéquate du modèle aux données observées.
Bien que des modèles alternatifs hiérarchiques à cinq ou six facteurs aient été ponctuellement proposés dans la littérature pour affiner la sous-échelle IV, la structure originale à 4 sous-échelles demeure celle qui optimise l’utilité clinique et la simplicité d’interprétation pour le suivi en routine.
10. Instrument de mesure
L’instrument se caractérise par une méthodologie de cotation transparente, adaptée à une passation sur support papier ou par voie électronique.
- Type d’évaluation : Questionnaire hétéro-rapporté par les parents, tuteurs légaux, éducateurs ou soignants familiers du patient.
- Nombre total d’items : 77 items standardisés.
- Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes.
- Population cible : Enfants de 5 à 12 ans (utilisable avec discernement chez les jeunes enfants de 3-4 ans et chez les adolescents/adultes).
- Format des réponses :
- Sous-échelles I, II et III : Échelle ordinale en 3 points : N = Not true/descriptive (Non vrai / pas descriptif), S = Somewhat true/descriptive (Assez vrai / moyennement descriptif), V = Very true/descriptive (Très vrai / parfaitement descriptif).
- Sous-échelle IV : Échelle de sévérité du problème en 4 points : 0 = No problem (Pas de problème), 1 = Minor problem (Problème mineur), 2 = Moderate problem (Problème modéré), 3 = Serious problem (Problème grave).
- Règles de cotation et inversion des scores :
- Sous-échelle I (Communication) : Les 14 items décrivent des compétences positives. Ils sont tous inversés : $N = 2$, $S = 1$, $V = 0$. (Plus l’enfant possède de compétences, plus son score approche de 0). Score : 0 à 28.
- Sous-échelle II (Sociabilité) : 20 items mixtes. Les comportements positifs (items 2, 4, 8, 9, 13, 14, 17, 18, 19, 20) sont cotés $N = 2$, $S = 1$, $V = 0$. Les comportements atypiques ou déficitaires (items 1, 3, 5, 6, 7, 10, 11, 12, 15, 16) sont cotés de manière directe : $N = 0$, $S = 1$, $V = 2$. Score : 0 à 40.
- Sous-échelle III (Conscience sensorielle/cognitive) : 18 items. La majorité décrit des aptitudes cotées $N = 2$, $S = 1$, $V = 0$. Les quelques manifestations déficitaires sont cotées $N = 0$, $S = 1$, $V = 2$. Score : 0 à 36.
- Sous-échelle IV (Santé/Physique) : 25 items cotés directement de 0 à 3 points ($0 = \text{aucun problème}$, $1 = \text{mineur}$, $2 = \text{modéré}$, $3 = \text{grave}$). Score : 0 à 75.
- Calcul du score total et interprétation de la sévérité :
- Le score global correspond à la somme arithmétique des 4 sous-échelles : $\text{Score Total} = \text{Sous-échelle I} + \text{II} + \text{III} + \text{IV}$ (amplitude : 0 à 180 points).
- Score total < 30 : TSA de sévérité très légère / fonctionnement adaptatif élevé. L’enfant présente un langage conversationnel fonctionnel et de fortes habiletés d’autonomie.
- Score total de 31 à 50 : TSA léger à modéré. Difficultés manifestes dans les interactions sociales et particularités sensorielles, sans altération invalidante majeure.
- Score total de 51 à 103 : TSA modéré à sévère. Atteintes notables de la communication, comportements stéréotypés fréquents et perturbations somatiques fréquentes.
- Score total de 104 à 180 : TSA sévère à très sévère. Atteinte massive du langage verbal (souvent non-verbal), retrait relationnel marqué, crises comportementales et comorbidités physiques sévères.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication originale : 1999 par l’Autism Research Institute (San Diego, CA).
- Statut du droit d’auteur : © Autism Research Institute (Bernard Rimland & Stephen M. Edelson).
- Politique de tarification et licence : L’ATEC a été conçue dès l’origine comme un bien public non commercial à destination des familles et de la communauté scientifique internationale. L’accès, la passation, le calcul des scores et le rapport automatisé sont entièrement gratuits.
- Modalités d’utilisation en recherche et en clinique : L’outil est librement accessible pour un usage clinique individuel, institutionnel ou dans le cadre de protocoles de recherche académique. Les formulaires en ligne et la plateforme de suivi sont hébergés gratuitement sur le site web de l’Autism Research Institute (www.autism.org). Toute reproduction imprimée ou intégration dans des logiciels tiers à des fins lucratives nécessite une autorisation écrite formelle de l’ARI.
12. Références
- Adams, J. B., Johansen, L. J., Powell, L. D., Quig, D., & Rubin, R. A. (2011). Gastrointestinal flora and gastrointestinal status in children with autism: Comparisons to typical children and correlation with autism severity. BMC Gastroenterology, 11, Article 22. https://doi.org/10.1186/1471-230X-11-22
- Geier, D. A., Kern, J. K., & Geier, M. R. (2013). A comparison of the Autism Treatment Evaluation Checklist (ATEC) and the Childhood Autism Rating Scale (CARS) for the quantitative evaluation of autism. Journal of Mental Health Research in Intellectual Disabilities, 6(4), 255–267. https://doi.org/10.1080/19315864.2012.681340
- Jarusiewicz, B. (2002). Efficacy of neurofeedback for children in the autism spectrum: A pilot study. Journal of Neurotherapy, 6(4), 39–49. https://doi.org/10.1300/J184v06n04_05
- Kern, J. K., Geier, D. A., Adams, J. B., & Geier, M. R. (2010). A biomarker of mercury body-burden correlated with diagnostic domain-specific clinical symptoms of autism spectrum disorder. Biometals, 23(6), 1043–1051. https://doi.org/10.1007/s10534-010-9349-1
- Lonsdale, D., Shamberger, R. J., & Audhya, T. (2002). Treatment of autism spectrum children with thiamine tetrahydrofurfuryl disulfide: A pilot study. Neuroendocrinology Letters, 23(4), 303–308. PMID: 12195231
- Magiati, I., Moss, J., Yates, R., Charman, T., & Howlin, P. (2011). Is the Autism Treatment Evaluation Checklist a useful tool for monitoring progress in children with autism spectrum disorders? Journal of Intellectual Disability Research, 55(3), 302–312. https://doi.org/10.1111/j.1365-2788.2010.01359.x
- Rimland, B., & Edelson, S. M. (1999). Autism Treatment Evaluation Checklist (ATEC). Autism Research Institute. 4182 Adams Avenue, San Diego, CA 92116. https://www.autismeval.com/ari-atec/report1.html
13. Questions et items du questionnaire
Response Scales
Subscales I, II, and III: 3-point scale:
N = Not true/descriptive
S = Somewhat true/descriptive
V = Very true/descriptive
Subscale IV: 4-point scale:
0 = No problem
1 = Minor problem
2 = Moderate problem
3 = Serious problem
Scale I: Speech/Language/Communication (Items 1 – 14)
Response options: [N] Not true/descriptive (2) | [S] Somewhat true/descriptive (1) | [V] Very true/descriptive (0)
- Knows own name
- Responds to ‘No’ or ‘Stop’
- Can follow some commands
- Can use one word at a time (No!, Eat, Water, etc.)
- Can use 2 words together (Don’t want, Go home)
- Can use 3 words together (Want more milk)
- Knows 10 or more words
- Can use sentences with 4 or more words
- Explains what he/she wants
- Asks meaningful questions
- Speech tends to be meaningful/relevant
- Often uses several successive sentences
- Carries on fairly good (reciprocal) conversation
- Has normal, age-appropriate communicative ability
Scale II: Sociability (Items 15 – 34)
Response options: [N] Not true/descriptive | [S] Somewhat true/descriptive | [V] Very true/descriptive
- Seems to be in a shell – you cannot reach him/her
- Ignores other people
- Pays little or no attention when addressed
- Uncooperative and resistant
- No eye contact
- Prefers to be left alone
- Shows no affection
- Fails to greet parents
- Avoids contact with others
- Does not imitate others
- Dislikes being held or cuddled
- Does not share or show things to others
- Does not wave ‘bye-bye’
- Disagreeable/not compliant
- Temper tantrums
- Lacks friends/companions
- Rarely smiles
- Insensitive to other people’s feelings
- Indifferent to being liked
- Indifferent if parents leave
Scale III: Sensory/Cognitive Awareness (Items 35 – 52)
Response options: [N] Not true/descriptive | [S] Somewhat true/descriptive | [V] Very true/descriptive
- Responds to own name
- Responds to praise
- Looks at people and animals
- Looks at pictures (and TV)
- Does drawing, coloring, art
- Plays with toys appropriately
- Uses appropriate facial expressions
- Understands stories told to him/her
- Understands explanations
- Aware of environment
- Aware of danger
- Shows imagination
- Initiates activities
- Dresses self
- Curious, interested
- Venturous, explores new things
- ‘Tuned in’ – not spacey
- Looks where others point
Scale IV: Health/Physical Behavior (Items 53 – 77)
Response options: [0] No problem | [1] Minor problem | [2] Moderate problem | [3] Serious problem
- Bed-wetting
- Wets pants/diapers
- Soils pants/diapers
- Diarrhea
- Constipation
- Sleep problems
- Eats too much/too little
- Extremely limited diet
- Hyperactive
- Lethargic
- Hits or injures self
- Hits or injures others
- Destructive
- Sound-sensitive
- Anxious/fearful
- Cries/screams easily
- Obsessive speech
- Rigid routines/need for sameness
- Tics or twitches
- Perseverative rocking
- Stims/flaps hands
- Stares into space
- Sensitive to touch
- Sweats unusually
- Low pain tolerance