1. Résumé / Abstract
La Liste de contrôle interpersonnelle (couramment désignée sous l’acronyme ICL pour Interpersonal Check List) constitue l’un des instruments psychométriques fondateurs de l’évaluation des dynamiques relationnelles et des styles de personnalité interpersonnels. Développée au milieu des années 1950 par Rolfe LaForge, Robert F. Suczek et Timothy Leary dans le cadre du projet de recherche sur les interactions interpersonnelles de la Fondation Kaiser à Oakland en Californie, l’ICL s’inscrit au cœur du système de diagnostic interpersonnel de Leary (1957). Conçue pour cartographier de manière empirique les comportements et traits interpersonnels manifestes, l’échelle opérationnalise le modèle circumplexe pionnier de la personnalité, structuré autour de deux axes orthogonaux fondamentaux : la Dominance versus Soumission (axe vertical de l’agence ou du pouvoir) et l’Affiliation versus Hostilité (axe horizontal de la communion ou de l’amour).
L’instrument se compose de 128 items descriptifs d’adjectifs et de courtes locutions comportementales. Ces items sont répartis équitablement selon un arrangement géométrique circulaire comprenant 16 catégories (désignées par les lettres A à P), lesquelles sont regroupées en huit octants psychologiques majeurs : Managérial-Autocratique (AP), Compétitif-Exploiteur (BC), Direct-Agressif (DE), Sceptique-Méfiant (FG), Modeste-Effacé (HI), Docile-Dépendant (JK), Coopératif-Surconventionnel (LM) et Responsable-Hypergénéreux (NO). En outre, chaque octant intègre quatre degrés d’intensité graduée, oscillant de variantes adaptatives et modérées (niveaux 1 et 2) à des manifestations extrêmes, rigides et dysfonctionnelles (niveaux 3 et 4). Le format de passation est une liste à cocher dichotomique (présent/absent), permettant une auto-évaluation ou une hétéro-évaluation (évaluation par les pairs, le conjoint ou le thérapeute). Les propriétés psychométriques historiques et contemporaines démontrent une cohérence interne satisfaisante pour les octants, une structure circumplexe robuste validée par modélisation circulaire, ainsi qu’une fidélité test-retest substantielle, conférant à l’ICL une place prépondérante dans l’histoire de l’évaluation psychologique clinique et organisationnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Liste de contrôle interpersonnelle, Interpersonal Check List, ICL, Timothy Leary, modèle circumplexe, diagnostic interpersonnel, dominance-soumission, affiliation-hostilité, évaluation de la personnalité, octants interpersonnels, psychométrie clinique.
3. Auteurs / Authors
L’élaboration de la Liste de contrôle interpersonnelle découle des travaux pionniers menés par le groupe de recherche en psychologie clinique de la Kaiser Foundation (Oakland, Californie) au cours de la première moitié des années 1950. Les contributeurs initiaux et méthodologiques principaux sont :
- Rolfe LaForge, Ph.D. : Psychomètre et biostatisticien, affilié à la Kaiser Foundation et ultérieurement professeur à l’Université de San Francisco. Responsable direct de la sélection mathématique, du calibrage statistique des items et des premiers algorithmes trigonométriques du circumplexe interpersonnel.
- Robert F. Suczek, Ph.D. : Psychologue clinicien et chercheur à la Kaiser Foundation Hospital, co-concepteur de la structure typologique et de la standardisation de l’inventaire comportemental auprès de cohortes cliniques.
- Timothy F. Leary, Ph.D. : Directeur de la recherche psychiatrique à la Kaiser Foundation, ultérieurement affilié à l’Université Harvard. Principal théoricien de la structure multiniveaux du diagnostic interpersonnel de la personnalité et promoteur du circumplexe comportemental.
- Collaborateurs associés : Des contributions méthodologiques et cliniques notables ont également été apportées par Hubert S. Coffey, Mervin B. Freedman et Harvey Naboisek dans les phases initiales de validation transcrite dans la série d’articles du Journal of Personality (1954-1955).
4. Objectif / Purpose
L’objectif primordial de la Liste de contrôle interpersonnelle (ICL) est de fournir une mesure objective, quantitative et standardisée des interactions sociales perçues et des représentations de soi dans l’espace interpersonnel. Développée à une époque où l’évaluation clinique était largement dominée par des techniques projectives (telles que le test de Rorschach ou le TAT) sujettes à d’importantes variations d’interprétation subjective, l’ICL a été conçue pour capturer avec rigueur le Niveau II du système de Leary : le niveau de la communication consciente et des comportements interpersonnels déclarés.
Applications cliniques et psychopathologiques
Dans le domaine de la psychologie clinique et de la psychiatrie, l’ICL remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques cardinales :
- Diagnostic structurel des troubles de la personnalité : L’ICL permet de détecter la rigidité comportementale caractéristique des troubles de la personnalité. Selon la théorie interpersonnelle, la pathologie ne réside pas tant dans le type de comportement adopté que dans l’incapacité de l’individu à moduler son répertoire relationnel face aux exigences environnementales. Les profils marqués par des scores élevés aux intensités 3 et 4 indiquent des dynamiques inadaptées (par exemple, paranoïaques en FG, dépendantes en JK ou histrioniques/narcissiques en AP et LM).
- Évaluation pré- et post-psychothérapie : L’échelle est largement exploitée pour mesurer l’évolution clinique au fil d’une prise en charge. Une thérapie réussie se traduit fréquemment par un déplacement des scores depuis les zones périphériques (intensités extrêmes) vers le centre adaptatif du circumplexe (intensités modérées), reflétant une flexibilité interpersonnelle accrue.
- Analyse de la relation thérapeutique et de l’alliance : Administrée au patient et au clinicien, l’ICL permet d’objectiver le transfert, le contre-transfert et les phénomènes de complémentarité interpersonnelle qui favorisent ou entravent l’alliance de travail.
Applications en recherche, conseil conjugal et psychologie organisationnelle
Au-delà de la clinique individuelle, l’ICL a trouvé une application majeure dans l’étude des systèmes duadiques et groupaux. Dans les thérapies de couple et de famille, l’outil permet d’évaluer les représentations croisées : l’évaluation de soi, la perception du partenaire et l’idéal relationnel. Les décalages entre l’image perçue de soi et l’image projetée par le conjoint constituent de puissants prédicteurs de la détresse conjugale (DuHamel, 1970). En psychologie des organisations, l’ICL a été abondamment mobilisée pour évaluer les styles de leadership, la résolution des conflits d’équipe et l’ascendance managériale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’ICL repose sur une conceptualisation bidimensionnelle continue du comportement humain, articulée selon huit octants représentant des combinaisons spécifiques des vecteurs de Pouvoir (Dominance-Soumission) et d’Affiliation (Amour-Haine). Chaque octant combine deux lettres consécutives parmi les 16 catégories (de A à P) et comporte quatre niveaux d’intensité croissante :
1. Octant AP : Managérial – Autocratique (Dominance Pure / Amour Neutre)
Cet octant capture les comportements orientés vers la direction, l’autorité et l’affirmation du leadership :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Capacité à prendre des initiatives, leadership bienveillant, aptitudes organisationnelles respectées, assurance sereine (items : Good leader, Likes responsibility, Makes a good impression).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Autocratie, directivité rigide, égocentrisme, besoin compulsif d’être admiré et d’imposer son contrôle (items : Dictatorial, Bossy, Expects everyone to admire him).
2. Octant BC : Compétitif – Exploiteur (Dominance Hostile)
Ce segment reflète une posture orientée vers la réussite personnelle, l’indépendance critique et la rivalité :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Confiance en soi, indépendance, sens aigu des affaires, capacité à s’affirmer face à l’adversité (items : Self-reliant and assertive, Independent, Likes to compete with others).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Snobisme, calcul machiavélique, indifférence affective, exploitation des tiers à des fins personnelles (items : Egotistical and conceited, Cold and unfeeling, Shrewd and calculating).
3. Octant DE : Direct – Agressif (Hostilité Pure)
Ce pôle regroupe les manifestations de franchise, de critique et d’opposition conflictuelle :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Sincérité directe, fermeté dans l’application des règles, capacité à contester les abus avec justice (items : Firm but just, Straightforward and direct, Can be frank and honest).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Cruauté verbale ou physique, sarcasme destructeur, irritabilité chronique, agressivité vindicative (items : Cruel and unkind, Hardhearted, Frequently angry).
4. Octant FG : Sceptique – Méfiant (Soumission Hostile)
Cet octant caractérise les conduites de recul critique, de doute et de rejet des figures d’autorité :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Lucidité réflexive, esprit critique, vigilance face aux illusions ou aux pressions extérieures (items : Skeptical, Can complain if necessary, Hard to impress).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Paranoïa relationnelle, jalousie morbide, ressentiment persistant, rancune tenace, aliénation sociale (items : Distrusts everybody, Rebels against everything, Bitter).
5. Octant HI : Modeste – Effacé (Soumission Pure / Amour Neutre)
Ce pôle décrit la retenue, l’humilité et l’inhibition assertive :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Modestie, capacité d’auto-évaluation autocritique, docilité saine, respect des normes (items : Modest, Able to criticize self, Easily embarrassed).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Autodépréciation pathologique, honte chronique, passivité extrême, effacement complet de la personnalité (items : Always ashamed of self, Spineless, Self-punishing).
6. Octant JK : Docile – Dépendant (Soumission Affiliative)
Cet octant reflète le besoin d’affiliation par la subordination et l’adhésion aux figures d’attachement :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Respect sincère de l’autorité, gratitude, ouverture aux conseils extérieurs, conformité harmonieuse (items : Grateful, Accepts advice readily, Very respectful to authority).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Dépendance affective anaclitique, crédulité totale, incapacité absolue de trancher sans autrui (items : Clinging vine, Will believe anyone, Easily fooled).
7. Octant LM : Coopératif – Surconventionnel (Affiliation Pure)
Ce segment cartographie la recherche active de cohésion sociale, de concorde et de convivialité :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Sociabilité chaleureuse, désir de conciliation, comportement amical et coopératif (items : Friendly, Cooperative, Sociable and neighborly).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Besoin irrépressible d’approbation universelle, évitement névrotique du conflit, façade d’amabilité forcée et superficielle (items : Agrees with everyone, Loves everyone, Friendly all the time).
8. Octant NO : Responsable – Hypergénéreux (Dominance Affiliative)
Ce pôle regroupe les conduites d’aide, de protection et de sollicitude envers les pairs :
- Forme adaptative (Niveaux 1-2) : Générosité authentique, empathie réconfortante, soutien altruiste des personnes en détresse (items : Helpful, Big-hearted and unselfish, Kind and reassuring).
- Forme dysfonctionnelle (Niveaux 3-4) : Surprotection étouffante, sacrifice compulsif de soi menant à l’épuisement, bienveillance intrusive infantilisant autrui (items : Spoils people with kindness, Generous to a fault, Overprotective of others).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ICL prend racine dans la théorie interpersonnelle de la psychiatrie formulée par Harry Stack Sullivan (1953). Selon Sullivan, la personnalité n’est pas une entité intrapsychique statique et isolée, mais l’ensemble relativement durable des situations interpersonnelles récurrentes qui caractérisent une vie humaine. L’anxiété fondamentale émerge des ruptures de sécurité dans la relation à autrui, incitant l’individu à développer des « opérations de sécurité » destinées à préserver l’estime de soi et à minimiser la menace relationnelle.
Timothy Leary et ses collaborateurs de la Kaiser Foundation ont traduit les intuitions sullivaniennes en un modèle mathématique rigoureux : le système de diagnostic interpersonnel (Leary, 1957). Le postulat central repose sur la géométrie circulaire :
- Loi de complémentarité interpersonnelle : Tout comportement interpersonnel tend à provoquer, solliciter ou contraindre une réponse spécifique chez l’interlocuteur. Plus précisément, la dominance invite la soumission (et inversement, relation de réciprocité sur l’axe vertical), tandis que la cordialité invite la cordialité et l’hostilité invite l’hostilité (relation de symétrie sur l’axe horizontal).
- Architecture multiniveaux : Leary a postulé cinq niveaux de fonctionnement psychologique : le niveau I (comportement public observé par des tiers), le niveau II (représentations conscientes exprimées par le sujet, domaine d’excellence de l’ICL), le niveau III (fantasmes et imagerie préconsciente, évalués par le TAT), le niveau IV (l’inconscient non verbal) et le niveau V (les valeurs et idéaux moraux du Moi). L’ICL sert de pont méthodologique permettant de comparer le niveau II aux niveaux I et V.
- La structure circumplexe : Reprenant les travaux de Guttman sur les modèles d’ordonnancement circulaire (radex et circumplexe), Leary et LaForge ont positionné les variables comportementales autour d’un continuum circulaire sans début ni fin. La distance angulaire entre deux construits est inversement proportionnelle à leur corrélation empirique : deux variables adjacentes (écart de 45°) sont fortement corrélées positivement, deux variables orthogonales (écart de 90°) sont décorrélées (indépendantes), et deux variables diamétralement opposées (écart de 180°) présentent une corrélation négative maximale.
7. Validité / Validity
Les études de validation de la Liste de contrôle interpersonnelle se sont étendues sur plus de trois décennies, confirmant son statut d’ancêtre des mesures circumplexes modernes telles que l’IIP (Inventory of Interpersonal Problems) d’Horowitz ou l’IAS (Interpersonal Adjective Scales) de Wiggins.
Validité de construit et structure circulaire
La validité de construit de l’ICL a été initialement établie par LaForge et Suczek (1955) sur des échantillons de patients psychiatriques externes et d’étudiants universitaires (N > 700). L’analyse de la matrice de corrélations inter-octants a démontré le patron circumplexe attendu : les coefficients décroissent de manière monotone à mesure que l’angle entre les octants passe de 45° à 90°, pour atteindre des valeurs négatives à 180°. Wiggins (1982) a ultérieurement examiné l’ICL selon les critères modernes d’analyse circumplexe et a confirmé que les octants respectent dans une large mesure les propriétés de commensurabilité et d’espacement quasi-égal le long du cercle trigonométrique, bien que certains octants (notamment DE et FG) présentent parfois une légère déviation vers le pôle hostile.
Validité convergente et discriminante
De nombreuses corrélations significatives ont été rapportées entre les scores aux octants de l’ICL et des inventaires de personnalité majeurs :
- Avec le MMPI (Minnesota Multiphasic Personality Inventory) : Des corrélations substantielles ont été établies entre l’octant HI (Modeste-Effacé) et l’échelle 2 (Dépression) du MMPI (r atteignant 0,55 à 0,65), ainsi qu’entre l’octant FG (Sceptique-Méfiant) et l’échelle 6 (Paranoïa) du MMPI (r > 0,50). L’octant AP (Managérial) corrèle positivement avec l’échelle de Dominance (Do) du CPI de Gough.
- Avec le modèle à cinq facteurs (Big Five) : Des études contemporaines réanalysant les items de l’ICL révèlent que l’axe horizontal (Affiliation-Hostilité) s’aligne étroitement avec l’Agréabilité (Agreeableness, r > 0,70), tandis que l’axe vertical (Dominance-Soumission) s’aligne avec l’Extraversion / Assertivité (r > 0,65).
Validité prédictive et clinique
L’ICL prédit avec précision les interactions diadaires en contexte expérimental. Par exemple, les travaux de Shannon et Guerney (1973) ont démontré la vérification empirique de la loi de complémentarité : les individus manifestant des scores élevés en AP induisent systématiquement des réponses de type JK chez leurs partenaires de discussion, validant ainsi la pertinence comportementale de l’outil dans des contextes réels de communication.
8. Fidélité / Reliability
L’estimation de la fidélité psychométrique de l’ICL a fait l’objet de multiples investigations documentées dans la littérature spécialisée :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Bien que l’ICL ait été développée avant la standardisation universelle du coefficient alpha, les estimations a posteriori de la consistance interne des 8 octants (chacun composé de 16 items) indiquent une homogénéité robuste pour une liste d’adjectifs dichotomiques. Les valeurs d’alpha de Cronbach oscillent généralement entre 0,72 et 0,86 à travers les huit échelles d’octants dans des populations non cliniques et cliniques :
- AP (Managérial-Autocratique) : α ≈ 0,81 – 0,84
- BC (Compétitif-Exploiteur) : α ≈ 0,75 – 0,79
- DE (Direct-Agressif) : α ≈ 0,78 – 0,83
- FG (Sceptique-Méfiant) : α ≈ 0,74 – 0,78
- HI (Modeste-Effacé) : α ≈ 0,80 – 0,85
- JK (Docile-Dépendant) : α ≈ 0,76 – 0,82
- LM (Coopératif-Surconventionnel) : α ≈ 0,79 – 0,83
- NO (Responsable-Hypergénéreux) : α ≈ 0,78 – 0,82
Les composites dimensionnels orthogonaux globaux, DOM (Dominance) et LOV (Affiliation/Amour), calculés par pondération trigonométrique des octants, présentent une consistance interne supérieure, excédant régulièrement 0,88.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée sur des intervalles variant de deux semaines à six mois. Dans l’étude originale de LaForge et Suczek (1955), des coefficients de corrélation test-retest à deux semaines compris entre 0,73 et 0,88 ont été rapportés pour les scores d’octants. Les scores vectoriels DOM et LOV présentent une stabilité temporelle encore plus élevée (r > 0,85 sur un mois), démontrant que l’ICL capte des dispositions interpersonnelles stables (traits) plutôt que de simples fluctuations d’humeur passagères (états).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la Liste de contrôle interpersonnelle a joué un rôle déterminant dans le développement de l’analyse factorielle appliquée aux modèles circulaires.
Analyses factorielles exploratoires (AFE)
Lorsque les intercorrélations des 16 catégories (A à P) ou des 8 octants sont soumises à une extraction factorielle en composantes principales suivie d’une rotation orthogonale (Varimax), deux facteurs majeurs émergent systématiquement, expliquant conjointement entre 55 % et 68 % de la variance totale selon les échantillons :
- Facteur I : Dominance versus Soumission (communément noté DOM). Ce facteur présente des saturations positives très élevées sur l’octant AP (+0,75 à +0,85), des saturations modérées positives sur BC et NO, et des saturations fortement négatives sur l’octant opposé HI (-0,70 à -0,82) ainsi que sur JK.
- Facteur II : Affiliation versus Hostilité (communément noté LOV). Ce facteur présente des saturations positives massives sur l’octant LM (+0,78 à +0,86) et NO (+0,60), tandis que les octants DE et FG s’y projettent avec de fortes saturations négatives (-0,72 à -0,81).
Modélisation circumplexe et équations trigonométriques
Plutôt qu’une simple factorisation discrète, l’ICL applique la transformation trigonométrique de LaForge pour calculer les coordonnées cartésiennes de chaque individu dans le plan relationnel :
DOM = AP – HI + 0,707 × (BC + NO – DE – JK)
LOV = LM – DE + 0,707 × (NO + JK – BC – FG)
Les analyses contemporaines par équations structurelles et modélisation circulaire confirmatoire (CIRCUM de Browne, 1992) confirment que la matrice de corrélation circulaire de l’ICL s’ajuste de façon satisfaisante à une fonction cosinusoïdale de la distance angulaire, validant le modèle théorique sous-jacent de Leary.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Interpersonal Check List (ICL) — Liste de contrôle interpersonnelle.
- Date de publication princeps : 1955 (forme d’évaluation initiale) ; formalisation clinique globale en 1957.
- Nombre total d’items : 128 items (adjectifs et descripteurs comportementaux courts).
- Format de réponse : Format de liste de contrôle dichotomique (l’examiné coche la case si l’item s’applique à la personne évaluée ; sinon, l’item est laissé vierge ou coté 0).
- Structure des échelles : 16 sous-échelles de 8 items chacune (lettres A à P), agrégées en 8 octants de 16 items : AP, BC, DE, FG, HI, JK, LM, NO.
- Niveaux d’intensité : Chaque octant comporte 4 niveaux d’intensité comportementale (Niveau 1 : modéré/approprié ; Niveau 2 : moyen ; Niveau 3 : marqué ; Niveau 4 : extrême/rigide).
- Modes d’administration : Auto-évaluation (Self-rating), évaluation du conjoint, évaluation d’un parent, évaluation du thérapeute, évaluation du Moi Idéal (Ideal-self rating).
- Durée moyenne de passation : 15 à 25 minutes.
- Méthode de cotation : Calcul des scores bruts par octant (somme des items cochés, de 0 à 16), suivi de la conversion trigonométrique en coordonnées scalaires (DOM et LOV) et du traçage sur le profil circulaire de Leary.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’introduction officielle : 1955 (par Rolfe LaForge et Robert Suczek) ; monographie clinique complète publiée en 1957 (par Timothy Leary).
- Statut du droit d’auteur et licence : L’ICL a été publiée initialement dans des revues académiques sous copyright (Journal of Personality, Duke University Press) et dans le traité de Timothy Leary chez Ronald Press (1957). Dans le cadre de la recherche scientifique et académique, l’instrument est généralement considéré comme accessible à des fins non commerciales, étant amplement reproduit dans les thèses de doctorat, mémoires universitaires et anthologies de mesures psychosociales (par exemple, Robinson & Shaver, 1969 ; DuHamel, 1970).
- Tarifs / Coûts d’utilisation : L’instrument ne fait pas l’objet d’une commercialisation sous licence propriétaire fermée (contrairement à des inventaires plus récents comme le NEO-PI-R ou le CPI). Aucun coût d’achat par passation n’est exigé pour l’usage scientifique académique, sous réserve de la citation adéquate des sources princeps de LaForge, Suczek et Leary.
12. Références / References
Les publications fondatrices et études méthodologiques relatives à la Liste de contrôle interpersonnelle incluent :
- Browne, M. W. (1992). Circumplex models for correlation matrices. Psychometrika, 57(4), 469–497. https://doi.org/10.1007/BF02294416
- DuHamel, T. R. (1970). The interpersonal perceptions, interactions, and marital adjustment of hospitalized alcoholic males and their wives (Doctoral dissertation, University of Massachusetts Amherst). ScholarWorks@UMass Amherst. https://scholarworks.umass.edu/dissertations_1/1537
- LaForge, R., Leary, T. F., Naboisek, H., Coffey, H. S., & Freedman, M. B. (1954). The interpersonal dimension of personality: II. An objective study of repression. Journal of Personality, 23(2), 129–154. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1954.tb02342.x
- LaForge, R., & Suczek, R. F. (1955). The interpersonal dimension of personality: III. An interpersonal check list. Journal of Personality, 24(1), 94–112. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1955.tb01176.x
- Leary, T. F. (1957). Interpersonal diagnosis of personality: A functional theory and methodology for personality evaluation. Ronald Press.
- Leary, T. F., & Coffey, H. S. (1955). Interpersonal diagnosis: Some problems of methodology and validation. The Journal of Abnormal and Social Psychology, 50(1), 110–124. https://doi.org/10.1037/h0047395
- Robinson, J. P., & Shaver, P. R. (1969). Measures of social psychological attitudes. Institute for Social Research, University of Michigan. Lien archive ISR
- Shannon, J., & Guerney, B., Jr. (1973). Interpersonal effects of interpersonal behavior. Journal of Personality and Social Psychology, 26(1), 142–150. https://doi.org/10.1037/h0034224
- Sullivan, H. S. (1953). The interpersonal theory of psychiatry. W. W. Norton & Company.
- Wiggins, J. S. (1982). Circumplex models of interpersonal behavior in clinical psychology. In P. C. Kendall & J. N. Butcher (Eds.), Handbook of research methods in clinical psychology (pp. 183–221). John Wiley & Sons.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
- Well thought of
- Makes a good impression
- Able to give orders
- Self-respecting
- Independent
- Able to take care of self
- Can be indifferent to others
- Can be strict if necessary
- Firm but just
- Can be frank and honest
- Critical of others
- Can complain if necessary
- Often gloomy
- Able to doubt others
- Frequently disappointed
- Able to criticize self
- Apologetic
- Can be obedient
- Grateful
- Admires and imitates others
- Appreciative
- Very anxious to be approved of
- Cooperative
- Eager to get along with others
- Friendly
- Affectionate and understanding
- Considerate
- Encourages others
- Helpful
- Big-hearted and unselfish
- Often admired
- Respected by others
- Good leader
- Likes responsibility
- Self -confident
- Self-reliant and assertive
- Businesslike
- Likes to compete with others
- Hard-boiled when necessary
- Stern but fair
- Irritable
- Straightforward and direct
- Resents being bossed
- Skeptical
- Hard to impress
- Touchy and easily hurt
- Easily embarrassed
- Lacks self-confidence
- Easily led
- Modest
- Often helped by others
- Very respectful to authority
- Accepts advice readily
- Trusting and eager to please
- Always pleasant and agreeable
- Wants everyone to like him
- Sociable and neighborly
- Warm
- Kind and reassuring
- Tender and softhearted
- Enjoys taking care of others
- Gives freely of self
- Always giving advice
- Acts important
- Bossy
- Dominating
- Boastful
- Proud and self-satisfied
- Thinks only of himself
- Shrewd and calculating
- Impatient with others’ mistakes
- Self-seeking
- Outspoken
- Often unfriendly
- Bitter
- Complaining
- Jealous
- Slow to forgive a wrong
- Self -punishing
- Shy
- Passive and unaggressive
- Meek
- Dependent
- Wants to be led
- Lets others make decisions
- Easily fooled
- Too easily influenced by friends
- Will confide in anyone
- Fond of everyone
- Likes everybody
- Forgives anything
- Over sympathetic
- Generous to a fault
- Overprotective of others
- Tries to be too successful
- Expects everyone to admire him
- Manages others
- Dictatorial
- Somewhat snobbish
- Egotistical and conceited
- Selfish
- Cold and unfeeling
- Sarcastic
- Cruel and unkind
- Frequently angry
- Hardhearted
- Resentful
- Rebels against everything
- Stubborn
- Distrusts everybody
- Timid
- Always ashamed of self
- Obeys too willingly
- Spineless
- Hardly ever talks back
- Clinging vine
- Likes to be taken care of
- Will believe anyone
- Wants everyone’s love
- Agrees with everyone
- Friendly all the time
- Loves everyone
- Too lenient with others
- Tries to comfort everyone
- Too willing to give to others
- Spoils people with kindness
- Forceful
- Usually gives in