1. Résumé / Abstract
La Young Child PTSD Checklist (YCPC), développée par le Dr Michael S. Scheeringa en 2010 à l’Université Tulane, constitue un instrument psychométrique d’évaluation hétéro-rapportée conçu spécifiquement pour identifier et quantifier les manifestations du trouble de stress post-traumatique (TSPT) chez les enfants d’âge préscolaire et les très jeunes enfants (typiquement âgés de 1 à 6 ans). Historiquement, les critères diagnostiques traditionnels du TSPT, initialement formulés pour des populations adultes et adolescentes dans le DSM-IV, présentaient un biais développemental majeur en exigeant des compétences d’introspection, de verbalisation et d’abstraction cognitive hors de portée du jeune enfant. La YCPC comble cette lacune clinique et méthodologique fondamentale en s’appuyant sur des critères diagnostiques adaptés au développement préscolaire (critères dits « PTSD alternative criteria for young children » ou sous-type préscolaire ultérieurement intégré dans le DSM-5).
L’instrument se compose d’une section préliminaire d’inventaire de 12 événements potentiellement traumatiques (accidents, violences physiques ou sexuelles, catastrophes naturelles, hospitalisations invasives), suivie de 24 items évaluant la fréquence des symptômes post-traumatiques au cours des deux dernières semaines, et complétée par 6 items mesurant l’altération fonctionnelle globale dans les relations interpersonnelles, familiales et le cadre éducatif. La cotation des symptômes repose sur une échelle de type Likert à 5 points (de 0 = « Pas du tout » à 4 = « Tous les jours »). Sur le plan psychométrique, la YCPC affiche une cohérence interne robuste, avec un coefficient alpha de Cronbach généralement supérieur à 0,90 pour le score total des symptômes, une excellente fidélité test-retest et une validité de critère documentée en regard d’entretiens diagnostiques structurés tels que le Diagnostic Infant and Preschool Assessment (DIPA). Cet outil représente un standard international pour le dépistage précoce, la planification d’interventions thérapeutiques ciblées et la recherche en psychopathologie développementale du traumatisme.
2. Mots-clés / Keywords
Trouble de stress post-traumatique, jeune enfant, âge préscolaire, évaluation psychométrique, traumatisme précoce, Michael Scheeringa, hétéro-évaluation parentale, fidélité psychométrique, validité clinique, psychopathologie développementale.
3. Auteurs / Authors
La Young Child PTSD Checklist a été créée et formalisée par Michael S. Scheeringa, MD, MPH, professeur titulaire et vice-président à la recherche au sein du Département de psychiatrie et des sciences comportementales de la Tulane University School of Medicine (La Nouvelle-Orléans, Louisiane, États-Unis).
Le Dr Scheeringa est une autorité médicale et scientifique de premier plan dans le domaine des traumatismes de la petite enfance et du développement neuropsychologique précoce. Ses travaux pionniers menés depuis le milieu des années 1990 en collaboration avec le Dr Charles H. Zeanah ont profondément transformé la nosologie psychiatrique infantile, conduisant à la révision formelle de la nosographie du TSPT pour y inclure le sous-type développemental préscolaire (« PTSD in Children 6 Years and Younger ») au sein du DSM-5 publié par l’American Psychological Association et l’American Psychiatric Association.
Affiliation institutionnelle : Tulane University School of Medicine, Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, 1430 Tulane Avenue, New Orleans, LA 70112, États-Unis. Adresse électronique officielle de correspondance pour l’outil : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif clinique, diagnostique et scientifique de la Young Child PTSD Checklist réside dans la détection précoce, valide et sensible aux spécificités développementales du trouble de stress post-traumatique chez les nourrissons, les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire. Pendant plusieurs décennies, la psychiatrie de l’enfant a fonctionné sous le postulat erroné selon lequel les très jeunes enfants étaient immunisés contre les effets durables du traumatisme en raison de leur relative immaturité cognitive, ou qu’ils oubliaient rapidement les événements terrifiants. À l’opposé, lorsque le diagnostic était envisagé, les cliniciens appliquaient sans discernement les critères pour adultes du DSM-IV, lesquels exigeaient l’expression verbale d’une détresse psychologique intériorisée, un rappel cognitif détaillé de la scène traumatique et la reconnaissance explicite d’un sentiment d’impuissance ou d’effroi lors de l’événement (ancien critère A2).
Cette approche inadéquate entraînait un taux dramatique de faux négatifs : les jeunes enfants traumatisés, incapables de verbaliser des métacognitions complexes ou d’associer verbalement une intrusion mnésique à un souvenir traumatique passé, étaient exclus des seuils diagnostiques et privés de soins adaptés. La YCPC a été développée précisément pour pallier ce déficit structurel en opérationnalisant les manifestations comportementales, motrices, physiologiques et relationnelles observables par les parents ou les tuteurs légaux réguliers.
Sur le plan des applications cliniques, la YCPC remplit une triple fonction :
- Dépistage systématique de première ligne : Dans les contextes pédiatriques, les services de protection de l’enfance, les services d’urgences médico-chirurgicales et les centres d’accueil pour réfugiés, elle permet de déterminer rapidement si un enfant exposé à un choc traumatique présente des signes pathologiques nécessitant une intervention spécialisée.
- Suivi longitudinal et mesure de l’efficacité thérapeutique : Grâce à son échelle ordinale de fréquence sur 14 jours, l’outil offre une grande sensibilité au changement clinique. Il permet d’évaluer objectivement l’efficacité des psychothérapies axées sur le trauma précoce, telles que la Child-Parent Psychotherapy (CPP) ou la Trauma-Focused Cognitive Behavioral Therapy (TF-CBT) adaptée au jeune enfant.
- Recherche translationnelle et épidémiologique : En standardisant la mesure du TSPT pédiatrique, la YCPC facilite l’analyse des profils factoriels, des corrélats neuroendocriniens (par exemple la réactivité de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien) et de l’impact des polyvictimisations durant la petite enfance.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par la YCPC repose sur une reformulation multidimensionnelle du stress post-traumatique adapté aux capacités cognitives, affectives et motrices de la petite enfance. L’instrument appréhende le TSPT non pas comme un ensemble de verbalisations introspectives, mais comme une désorganisation comportementale et affective observable, structurée autour de domaines cliniques majeurs et d’une section dédiée à l’exposition traumatique.
5.1. Exposition aux événements potentiellement traumatiques (Page préliminaire P1 à P12)
Le modèle conceptuel débute par une clarification stricte du critère d’exposition : l’événement doit avoir causé des blessures graves ou avoir été perçu comme pouvant causer la mort ou des blessures graves à l’enfant ou à un proche dont l’enfant a été témoin. L’échelle documente douze catégories événementielles : accidents véhiculaires majeurs, attaques animales, catastrophes d’origine humaine (incendies, guerres), catastrophes naturelles, hospitalisations et actes médicaux invasifs, maltraitance physique, violences et agressions sexuelles, brûlures graves, quasi-noyades, scènes de violences intrafamiliales ou communautaires graves, enlèvements, et autres événements non spécifiés. La fréquence et la chronologie de chaque événement sont systématiquement relevées.
5.2. Symptômes d’intrusion et de réexpérience (Items 1 à 7)
Chez le jeune enfant, la réexpérience traumatique s’exprime rarement par des souvenirs autobiographiques ordonnés. Elle se traduit par :
- Des souvenirs intrusifs spontanés que l’enfant verbalise de façon répétée sans déclencheur évident (Item 1).
- Le jeu post-traumatique stéréotypé (Item 2), au cours duquel l’enfant met en scène, avec des jouets ou dans ses interactions avec ses pairs, des séquences reproduisant explicitement les aspects du trauma, sans procurer le plaisir symbolique propre au jeu ludique normal.
- Des cauchemars récurrents (Item 3), qui peuvent ne pas avoir de contenu explicite identifiable lié à l’événement mais générer une détresse nocturne aiguë.
- Des réactions dissociatives de réactualisation ou de reviviscence (Item 4), où l’enfant semble agir et réagir comme si le danger était présent, perdant temporairement contact avec la réalité environnante.
- Des épisodes de sidération ou de « gel moteur » (freezing, Item 5), durant lesquels l’enfant reste immobile, mutique et insensible aux sollicitations parentales.
- Une détresse psychologique intense (Item 6) et des réponses de réactivité physiologique exacerbée (tachycardie, sueurs, tremblements, nausées ; Item 7) en présence de rappels internes ou externes de l’événement.
5.3. Symptômes d’évitement et altérations cognitives ou affectives (Items 8 à 14 et 23-24)
Ce pôle regroupe les manifestations de retrait défensif et les modifications négatives des émotions :
- L’évitement actif des conversations ou des indices verbaux renvoyant au trauma (Item 8).
- L’évitement des lieux, personnes ou objets déclencheurs (Item 9), se traduisant souvent par des refus d’entrer dans certains espaces ou des crises d’angoisse lors de trajets.
- L’amnésie post-traumatique ou l’incapacité globale à rappeler certains pans de l’événement (Item 10).
- La restriction des intérêts et l’anhédonie développementale (Item 11), où l’enfant abandonne ses activités favorites.
- L’émoussement affectif observable (Item 12), caractérisé par une réduction visible de la palette d’expressions faciales émotionnelles.
- Le sentiment d’avenir écourté ou de perte d’espoir (Item 13), formulé par des croyances selon lesquelles l’enfant n’aura plus d’activités plaisantes futures.
- Le détachement ou l’isolement social vis-à-vis des parents, des pairs ou de la fratrie (Item 14).
- La régression développementale (Item 23), mesurant la perte de compétences préalablement acquises (perte de la propreté sphinctérienne, régression du langage parlé, perte de motricité fine pour boutonner des vêtements).
- L’émergence de nouvelles angoisses non directement liées au trauma (Item 24), telles que la peur soudaine du noir ou le refus d’aller seul aux toilettes.
5.4. Symptômes d’hyperéveil et de réactivité (Items 15 à 22)
Les perturbations de l’éveil neurovégétatif se manifestent par :
- Des difficultés sévères d’endormissement ou des réveils nocturnes multiples (Item 15).
- Une irritabilité marquée, des colères explosives et des accès de rage disproportionnés (Item 16).
- Des déficits attentionnels et une incapacité accrue à se concentrer sur des tâches de jeu ou d’apprentissage (Item 17).
- Une hypervigilance constante (Item 18), l’enfant scrutant son environnement à la recherche d’une menace imminente.
- Une réaction de sursaut exagérée (Item 19) face à des stimuli sensoriels inattendus.
- Une agressivité physique dirigée vers autrui ou contre les objets (morsures, coups, destructions matérielles ; Item 20).
- Un comportement d’agrippement anxieux ou de dépendance excessive envers la figure d’attachement (clinginess, Item 21).
- L’apparition ou l’aggravation de terreurs nocturnes distinctes des cauchemars ordinaires (Item 22).
5.5. Altération fonctionnelle globale (Items 25 à 30)
Le construit évalue l’impact écologiquement valide du tableau clinique sur les systèmes écologiques de l’enfant : perturbations majeures de la relation parent-enfant (Item 25), conflits amplifiés dans la fratrie (Item 26), difficultés d’adaptation auprès des éducateurs ou en milieu préscolaire (Item 27), altération des relations avec les pairs (Item 28), limitation de la vie publique et des sorties familiales (Item 29), et détresse subjective perçue chez l’enfant lui-même (Item 30).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le socle théorique de la YCPC s’inscrit à l’intersection de la psychopathologie développementale (Dante Cicchetti, Alan Sroufe), de la théorie de l’attachement (John Bowlby, Mary Ainsworth) et des modèles neurobiologiques contemporains du neurodéveloppement sous stress toxique (Bruce Perry, Charles Nelson).
6.1. Le modèle des critères alternatifs du TSPT préscolaire
Au début des années 2000, Scheeringa, Zeanah et leurs collaborateurs ont articulé le cadre conceptuel des « critères diagnostiques alternatifs pour les nourrissons et les enfants d’âge préscolaire » (Alternative Criteria for PTSD in Young Children). Ce cadre repose sur trois constats fondamentaux validés empiriquement :
- La réduction du seuil des symptômes d’évitement : Dans le DSM-IV, le critère C imposait la présence d’au moins trois symptômes d’évitement/engourdissement affectif. Or, les jeunes enfants ne disposent pas des capacités cognitives exécutives pour orchestrer un évitement interne délibéré (par exemple bloquer volontairement des pensées pénibles). En conséquence, le cadre théorique de Scheeringa a démontré que l’exigence d’un seul symptôme d’évitement ou d’altération affective était amplement suffisante pour établir un diagnostic valide chez les moins de 6 ans, sans risquer de surdiagnostic pathologique.
- La reformulation comportementale des symptômes : Les manifestations subjectives adultes doivent être traduites en équivalents observables : la reviviscence devient un jeu répétitif contraignant ; l’hypervigilance s’exprime par une surveillance motrice continue du périmètre et une anxiété de séparation aiguë ; la détresse émotionnelle prend la forme d’explosions colériques motrices.
- La reconnaissance de la régression développementale : Chez le jeune enfant, le système de réponse au stress perturbe l’organisation neuronale encore malléable, provoquant une perte d’acquis développementaux récents (sphinctériens, linguistiques, praxiques) et l’émergence de craintes atypiques.
6.2. La perspective relationnelle et de l’attachement
Au plan développemental, le jeune enfant régule ses états physiologiques et émotionnels principalement à travers le système de co-régulation dyadique fourni par sa figure d’attachement primaire. L’exposition à un choc traumatique ébranle la sécurité de base du système d’attachement. Lorsque le traumatisme découle d’un danger environnemental ou médical, l’enfant peut se tourner de façon désespérée vers le parent (comportement d’agrippement pathologique, item 21). Lorsque le traumatisme est de nature relationnelle (maltraitance intrafamiliale, violences conjugales observées), le donneur de soins devient simultanément la source de la terreur et le refuge potentiel, induisant une désorganisation comportementale majeure, des épisodes de sidération motrice (freezing) et des réactions agressives projetées.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la YCPC a été confirmée par de nombreuses investigations empiriques menées auprès d’échantillons cliniques et communautaires d’enfants exposés à des catastrophes majeures (notamment l’ouragan Katrina), des accidents de la circulation, des brûlures graves et des violences interpersonnelles.
7.1. Validité de critère et diagnostique
La validité de critère de l’outil a été établie en confrontant les scores de la YCPC aux diagnostics psychiatriques formalisés par des entretiens cliniques semi-structurés de référence, au premier rang desquels figure le Diagnostic Infant and Preschool Assessment (DIPA ; Scheeringa & Haslett, 2010). Les études indiquent que le score global de symptômes de la YCPC discrimine avec une haute sensibilité (> 0,84) et une spécificité robuste (> 0,81) les enfants répondant aux critères diagnostiques complets du TSPT préscolaire de ceux présentant d’autres troubles psychiatriques ou issus de groupes témoins non traumatisés. Les courbes ROC (Receiver Operating Characteristic) démontrent des aires sous la courbe (AUC) oscillant entre 0,87 et 0,94 pour l’identification du trouble selon les algorithmes diagnostiques DSM-5 et TSPT alternatif (Scheeringa et al., 2012).
7.2. Validité convergente et discriminante
La validité convergente se traduit par des corrélations statistiquement significatives et positives (r variant de 0,55 à 0,72, p < 0,001) entre le score total de la YCPC et les échelles de problèmes internalisés et externalisés de la Child Behavior Checklist (CBCL 1.5-5 d’Achenbach), ainsi qu’avec les scores de stress post-traumatique mesurés par la Trauma Symptom Checklist for Young Children (TSCYC).
La validité discriminante a été étayée par la capacité de la YCPC à isoler les manifestations spécifiques du traumatisme par rapport aux troubles comorbides fréquents de la petite enfance. Bien qu’une corrélation modérée existe avec les mesures du trouble déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et du trouble de l’opposition avec provocation (TOP), les analyses multivariées confirment que les items d’intrusion, de réactualisation traumatique et de réactivité physiologique de la YCPC constituent un domaine sémiologique autonome qui ne se confond pas avec l’agitation ou l’irritabilité motrice non spécifique.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de la YCPC témoignent d’une précision de mesure remarquable à travers plusieurs indicateurs de fidélité standardisés.
8.1. Cohérence interne
Dans l’étude princeps de validation psychométrique ainsi que dans les réplications ultérieures menées par Scheeringa et ses collaborateurs, la cohérence interne du score total des 24 symptômes est invariablement élevée, avec un coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) de 0,91 à 0,94 chez les populations cliniques référées pour trauma. Les différentes dimensions conceptuelles présentent également des indices de consistance interne satisfaisants :
- Symptômes d’intrusion / réexpérience : $lpha = 0,82$ à $0,87$
- Symptômes d’évitement / altérations cognitives et affectives : $lpha = 0,78$ à $0,84$
- Symptômes d’hyperéveil et de réactivité : $lpha = 0,80$ à $0,85$
- Échelle d’altération fonctionnelle (6 items) : $lpha = 0,83$ à $0,88$
8.2. Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La stabilité temporelle a été documentée sur un intervalle test-retest standard de deux à trois semaines en l’absence d’intervention thérapeutique ciblée. Le coefficient de corrélation intra-classe (CCI) pour le score total de symptômes s’élève à 0,84 ($p < 0,001$), indiquant une stabilité robuste des évaluations parentales tout en préservant la réactivité nécessaire pour capturer les diminutions de symptômes consécutives aux psychothérapies traumato-centrées.
8.3. Accord inter-évaluateurs
Lorsque la YCPC est complétée indépendamment par deux figures parentales distinctes (par exemple la mère et le père) vivant sous le même toit que l’enfant, les coefficients de corrélation de Pearson se situent entre r = 0,68 et r = 0,76, ce qui représente un accord inter-parents très satisfaisant dans le champ de la psychopathologie développementale préscolaire, où les perceptions parentales peuvent être modulées par la propre détresse ou le niveau de traumatisme du parent observateur.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la YCPC a fait l’objet de modélisations rigoureuses par analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), afin d’éprouver l’adéquation empirique des critères adaptés au jeune enfant par rapport aux classifications nosographiques formelles.
9.1. Analyses factorielles confirmatoires (AFC)
Les travaux de Scheeringa et al. ont comparé plusieurs modèles factoriels concurrents :
- Modèle à 3 facteurs du DSM-IV adapté : Intrusion, Évitement/Engourdissement, Hyperéveil.
- Modèle à 4 facteurs du DSM-5 préscolaire : Intrusion, Évitement persistant, Altérations négatives de la cognition et de l’humeur, Altérations de l’éveil et de la réactivité.
- Modèle alternatif à 2 facteurs : Facteur d’intériorisation post-traumatique (intrusion, retrait affectif) et facteur de désorganisation/extériorisation comportementale (irritabilité, colères, agressivité, sursaut).
Les indices d’ajustement globaux indiquent que le modèle à 4 facteurs aligné sur la nosologie DSM-5 pour les enfants de 6 ans et moins présente la meilleure adéquation aux données empiriques :
- $\chi^2 / ext{dl} < 2,1$
- Comparative Fit Index (CFI) $= 0,94$ à $0,96$
- Tucker-Lewis Index (TLI) $= 0,93$ à $0,95$
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) $= 0,048$ [IC 90% : 0,039 – 0,058]
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) $= 0,051$
9.2. Saturations des items (Factor Loadings)
Les saturations factorielles standardisées des 24 items de symptômes s’avèrent solides, la quasi-totalité des items affichant des coefficients $lambda > 0,50$ :
- Les items d’intrusion motrice et de reviviscence (Item 1, souvenirs intrusifs ; Item 2, jeu post-traumatique ; Item 6, détresse aux rappels) saturent très fortement sur leur facteur respectif ($lambda = 0,68$ à $0,84$).
- L’item 5 (épisodes de sidération ou freezing) présente une saturation robuste ($lambda = 0,64$), confirmant la pertinence clinique de cette manifestation corporelle chez le jeune enfant.
- Dans le pôle de réactivité, les items 16 (irritabilité/accès de colère) et 20 (agressivité physique) présentent des saturations élevées ($lambda = 0,71$ et $0,69$), soulignant que l’expression comportementale extériorisée fait partie intégrante de la réponse au stress chez le tout-petit.
- Les items évaluant les régressions développementales (Item 23, $lambda = 0,54$) et les peurs non reliées (Item 24, $lambda = 0,58$) conservent des charges factorielles significatives, validant leur inclusion au sein de la sémiologie globale du traumatisme préscolaire.
10. Instrument de mesure / Instrument
La Young Child PTSD Checklist est structurée comme suit :
- Type d’évaluation : Questionnaire hétéro-rapporté complété par les parents, les tuteurs légaux ou les éducateurs principaux de l’enfant.
- Population cible : Enfants d’âge préscolaire et jeunes enfants, généralement âgés de 12 mois à 6 ans (peut être utilisé jusqu’à 7 ans selon le niveau de développement).
- Temps de passation : Environ 10 à 20 minutes pour l’ensemble du protocole.
- Structure générale :
- Section 1 : Inventaire des événements traumatiques (12 catégories d’événements, cotées 0 = Absent, 1 = Présent, avec relevé de l’âge de début, de la fréquence et de la date la plus récente).
- Section 2 : Échelle des symptômes post-traumatiques (24 items cotant la fréquence au cours des 2 dernières semaines).
- Section 3 : Altération fonctionnelle (6 items évaluant le retentissement écologique global).
- Format des réponses (Symptômes 1 à 24) : Échelle de Likert à 5 échelons ordonnés :
- 0 : Not at all (Pas du tout)
- 1 : Once a week or less / once in a while (Une fois par semaine ou moins / de temps en temps)
- 2 : 2 to 4 times a week / half the time (2 à 4 fois par semaine / la moitié du temps)
- 3 : 5 or more times a week / almost always (5 fois ou plus par semaine / presque toujours)
- 4 : Everyday (Tous les jours)
- Format des réponses (Altération fonctionnelle 25 à 30) : Échelle ordinale à 5 échelons :
- Hardly ever / none (Presque jamais / aucun)
- Some of the time (Une partie du temps)
- About half the days (Environ la moitié des jours)
- More than half the days (Plus de la moitié des jours)
- Everyday (Tous les jours)
- Cotation et seuils cliniques :
- Score continu de sévérité : Calculé en sommant les scores des 24 items de symptômes (étendue théorique de 0 à 96). Un score supérieur ou égal à 24-26 est fréquemment retenu comme seuil de dépistage positif justifiant un examen diagnostique approfondi.
- Règle de présence des symptômes (cotation catégorielle) : Un symptôme est généralement considéré comme cliniquement présent s’il est coté à un score supérieur ou égal à 2 (au moins 2 à 4 fois par semaine) ou à un score supérieur ou égal à 1 pour certains items à sévérité intrinsèque marquée.
- Critère d’altération fonctionnelle : Au moins un des items 25 à 30 doit être coté positivement (au moins « About half the days » ou « Some of the time » selon l’algorithme choisi) pour satisfaire au critère de retentissement fonctionnel.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
La Young Child PTSD Checklist a été créée en 2010 par le Dr Michael S. Scheeringa (Tulane University, New Orleans, Louisiane, États-Unis).
Conditions de licence et d’utilisation : Conformément aux mentions explicites figurant sur le document original : « © Michael Scheeringa, MD, MPH, 2010, Tulane University, New Orleans, LA. [email protected]. This form may be reproduced and used for free, but not sold, without further permission from the author. »
L’instrument est donc un outil en accès libre de droits pour la pratique clinique et la recherche académique. Il peut être téléchargé, dupliqué, imprimé et administré gratuitement sans s’acquitter de redevances, à la condition expresse de ne faire l’objet d’aucune exploitation commerciale ou revente lucrative et de conserver la mention de droit d’auteur originale.
12. Références / References
American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Publishing. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
Scheeringa, M. S. (2010). Young Child PTSD Checklist (YCPC). Tulane University School of Medicine.
Scheeringa, M. S., & Haslett, N. (2010). The reliability and criterion validity of the Diagnostic Infant and Preschool Assessment: A new diagnostic instrument for young children. Child Psychiatry & Human Development, 41(3), 299–312. https://doi.org/10.1007/s10578-009-0169-2
Scheeringa, M. S., Myers, L., Putnam, F. W., & Zeanah, C. H. (2012). Diagnosing PTSD in early childhood: An empirical assessment of four approaches. Journal of Traumatic Stress, 25(4), 359–367. https://doi.org/10.1002/jts.21723
Scheeringa, M. S., Wright, M. J., Hunt, J. P., & Zeanah, C. H. (2006). Factors affecting the diagnosis and prediction of PTSD in young children: A prospective study. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 45(4), 478–486. https://doi.org/10.1097/01.chi.0000199028.98592.51
Scheeringa, M. S., Zeanah, C. H., & Cohen, J. A. (2011). PTSD in children and adolescents: Toward an empirically based algorithm. Depression and Anxiety, 28(9), 770–782. https://doi.org/10.1002/da.20736
Scheeringa, M. S., Zeanah, C. H., Myers, L., & Putnam, F. W. (2003). New findings on alternative criteria for PTSD in preschool children. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 42(5), 561–570. https://doi.org/10.1097/01.CHI.0000046822.95464.14