1. Résumé
La Liste de contrôle des problèmes de mémoire et de comportement (connue sous l’acronyme anglophone Memory and Behavior Problem Checklist – MBPC), initialement développée par Steven H. Zarit et ses collaborateurs en 1980 et affinée en 1985, puis révisée en profondeur par Linda Teri et son équipe en 1992 (R-MBPC), constitue un instrument psychométrique incontournable en gérontologie clinique, en neuropsychologie et en psychologie de la santé. Cet instrument a été spécifiquement conçu pour évaluer deux dimensions interdépendantes mais conceptuellement distinctes dans le contexte des démences neurodégénératives (notamment la maladie d’Alzheimer et les troubles apparentés) : d’une part, la fréquence d’apparition objective des manifestations symptomatiques cognitives, comportementales et affectives chez le patient ; d’autre part, l’intensité de la détresse subjective, du fardeau ou de la réaction émotionnelle que ces perturbations engendrent chez l’aidant informel (conjoint, enfant adulte ou proche accompagnant).
Dans sa version classique de 1985, la MBPC comporte 32 énoncés comportementaux complétés par une évaluation des activités de la vie quotidienne (ADL). Les répondants estiment la fréquence de survenue de chaque comportement (sur une échelle graduée allant de 0 à 5, avec une option cotée à 7 pour les comportements prévenus par une surveillance constante) ainsi que leur propre réaction affective sur une échelle de type Likert en 5 points (de 0 = « pas du tout » à 4 = « extrêmement »). La forme révisée à 24 items (Teri et al., 1992) est structurée autour de trois facteurs robustes empiriquement validés : les problèmes de mémoire (Memory Related Problems), la dépression (Depression) et les comportements perturbateurs (Disruptive Behaviors).
Les propriétés psychométriques de l’instrument témoignent d’une excellente fidélité, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,75 et 0,90 tant pour les scores de fréquence globale que pour les échelles de réaction de l’aidant. La validité de construit, confirmée par de nombreuses analyses factorielles confirmatoires, s’accompagne d’une validité convergente et prédictive solide, démontrant que la détresse de l’aidant mesurée par la MBPC prédit significativement l’institutionnalisation du patient, la dégradation de la santé mentale de l’aidant et la détérioration de la relation dyadique d’aide.
2. Mots-clés
Memory and Behavior Problem Checklist, MBPC, fardeau de l’aidant, maladie d’Alzheimer, démence, troubles neurocognitifs, symptômes comportementaux et psychologiques de la démence, évaluation gérontologique, stress de l’aidant, psychométrie gériatrique, Steven H. Zarit, Linda Teri.
3. Auteurs
L’élaboration originelle et les révisions successives de la MBPC sont le fruit de collaborations majeures entre des figures de proue de la psychologie clinique du vieillissement :
- Steven H. Zarit, Ph.D. : Professeur émérite de développement humain et d’études familiales à la Pennsylvania State University (Penn State). Sommité mondiale dans l’étude du stress des proches aidants et créateur de l’Inventaire du Fardeau de Zarit (Zarit Burden Interview). Contact académique :
[email protected]. - Judy M. Zarit, Ph.D. : Psychologue clinicienne spécialisée en psychogérontologie, co-auteure des manuels cliniques fondamentaux sur les troubles mentaux chez les personnes âgées et co-développeuse de la MBPC et des programmes d’intervention psychoéducatifs destinés aux familles de personnes démentes.
- Nancy K. Orr, M.S.W. : Travailleuse sociale et chercheuse clinicienne associée aux travaux initiaux de l’équipe de Zarit sur l’impact familial de la maladie d’Alzheimer.
- Linda Teri, Ph.D. : Professeure émérite au Département des sciences psychosociales et communautaires de l’Université de Washington (University of Washington), pionnière des interventions non pharmacologiques et comportementales chez les patients atteints de démence, investigatrice principale de la version révisée (R-MBPC, 1992).
- Peter Vitaliano, Ph.D., Rebecca Logsdon, Ph.D., et Paul Truax, Ph.D. : Méthodologues et cliniciens à l’Université de Washington ayant contribué à la modélisation factorielle et à la validation empirique de l’échelle révisée.
4. Objectif
Le vieillissement pathologique et la progression des troubles neurocognitifs majeurs s’accompagnent inexorablement d’un cortège hétérogène de déficits cognitifs, d’altérations exécutives et de Symptômes Comportementaux et Psychologiques de la Démence (SCPD). La Memory and Behavior Problem Checklist a été créée pour répondre à un défi clinique et empirique majeur : quantifier non seulement la présence factuelle de ces dysfonctionnements chez la personne âgée dépendante, mais également décrypter comment chaque symptôme individuel résonne sur le plan psychologique chez l’aidant naturel.
Applications cliniques
En pratique clinique gériatrique et psychiatrique, la MBPC remplit plusieurs missions diagnostiques et thérapeutiques :
- Identification fine des cibles comportementales problématiques : Elle permet aux cliniciens de dresser un profil symptomatique exhaustif (errance, hallucinations, répétitions verbales incessantes, agressivité verbale ou physique, insomnie) et de prioriser les interventions comportementales, environnementales ou médicamenteuses.
- Évaluation du fardeau subjectif différencié : Contrairement à des inventaires purement phénoménologiques comme le Neuropsychiatric Inventory (NPI), la MBPC isole spécifiquement la dimension d’impact émotionnel (« Reaction Rating ») associée à chaque problème unitaire. Deux aidants confrontés à la même fréquence d’oublis mnésiques peuvent manifester des niveaux de détresse radicalement distincts, nécessitant des stratégies de prise en charge psychothérapeutique divergentes.
- Surveillance longitudinale et efficacité thérapeutique : L’outil est particulièrement sensible au changement, ce qui en fait un instrument de choix pour mesurer l’impact d’interventions de soutien aux aidants (thérapies cognitivo-comportementales, groupes de répit, psychoéducation) ou de traitements symptomatiques chez le patient.
Applications en recherche
Dans la recherche sur le stress des aidants et les dynamiques familiales de la maladie chronique, la MBPC a servi d’instrument pivot dans des centaines d’études épidémiologiques et d’essais contrôlés randomisés (tels que le projet national américain REACH – Resources for Enhancing Alzheimer’s Caregiver Health). Elle permet de modéliser les relations structurales entre les stresseurs primaires objectifs (la détérioration cognitive et les dérèglements comportementaux du patient) et les stresseurs secondaires ou conséquences sur la santé (la dépression de l’aidant, l’épuisement physique, la morbidité cardiovasculaire et le placement en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par la MBPC repose sur un paradigme bidimensionnel : l’occurrence comportementale objective du patient et l’évaluation cognitive et émotionnelle de cette occurrence par l’observateur-aidant.
1. Les Problèmes de Mémoire (Memory-Related Problems)
Ce construit renvoie aux manifestations observables de l’amnésie antérograde, de la désorientation temporo-spatiale et de l’apraxie/agnosie dans les activités de la vie de tous les jours. Il s’agit des comportements découlant directement de l’atteinte corticale ou sous-corticale :
- La répétition itérative de la même question à intervalles rapprochés (item 1).
- L’oubli des événements récents du quotidien, tels que les actualités ou les repas récents (item 2).
- La perte, l’égarement ou la dissimulation involontaire d’objets usuels (items 5 et 6).
- La désorientation spatiale au domicile ou dans des lieux familiers conduisant à l’errance (items 7, 8 et 9).
- L’incapacité à reconnaître des visages, des objets ou des environnements familiers (items 10, 11 et 12).
Ces manifestations compromettent directement l’autonomie instrumentale et obligent l’aidant à exercer une vigilance cognitive substitutive constante.
2. Les Comportements Perturbateurs et Agressifs (Disruptive Behaviors)
Cette composante capture les dérèglements comportementaux actifs qui perturbent l’équilibre écologique du foyer, violent les normes sociales ou mettent en péril la sécurité physique du patient et de son entourage :
- L’agitation psychomotrice permanente, les déambulations nocturnes interrompant le sommeil de l’aidant (items 17 et 23).
- Les conduites socialement inappropriées ou humiliantes en public (item 22).
- L’agressivité verbale, les crises de colère inopinées et les accès de violence physique (frapper, détruire des biens) (items 26, 27 et 28).
- Les conduites délirantes ou hallucinatoires, notamment le délire de préjudice ou la jalousie paranoïaque (items 21 et 30).
Ces manifestations constituent empiriquement le vecteur le plus puissant de rupture du maintien à domicile et d’épuisement de l’aidant.
3. Les Symptômes Dépressifs et le Retrait Affectif (Depressive Symptoms / Affective Disturbances)
Ce domaine évalue l’expression de la souffrance thymique chez le patient, fréquemment comorbide aux phases légères et modérées des démences :
- L’apathie sévère, la passivité et le désengagement des activités significatives (items 14, 15 et 18).
- L’expression explicite de tristesse, d’anxiété, de pleurs ou de sentiments de désespoir et d’inutilité (items 24, 25, et dans la version révisée, les verbalisations de suicide ou de mort).
4. La Réaction / Débordement de l’Aidant (Caregiver Reaction / Subjective Appraisal)
Ce construit psychologique distinct ne quantifie pas l’état du patient, mais la réactivité affective de l’aidant. Conçu à la lumière du concept de fardeau subjectif, il mesure le degré de colère, d’embarras, d’anxiété, d’impuissance ou d’épuisement éprouvé par le proche lorsqu’un problème comportemental spécifique se produit. Deux aidants confrontés à un même comportement (par exemple, cacher des objets) peuvent manifester une réaction variant de 0 (« pas du tout dérangé ») à 4 (« extrêmement bouleversé »), traduisant l’intervention de ressources de coping, d’attributions causales et d’antécédents relationnels distincts.
6. Cadre théorique
La conception de la MBPC s’enracine principalement dans deux modèles théoriques majeurs de la psychologie de la santé et de la gérontologie : le Modèle Transactionnel du Stress et du Coping développé par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), et le Modèle du Processus de Stress de l’Aidant formulé par Leonard Pearlin et ses collègues (1990).
Le Modèle Transactionnel de Lazarus et Folkman
Selon l’approche transactionnelle, le stress n’est ni un simple stimulus environnemental ni une simple réponse biologique, mais le résultat d’une relation transactionnelle continue entre l’individu et son environnement, médiée par des processus d’évaluation cognitive (cognitive appraisal) :
- Évaluation primaire : L’aidant évalue si le comportement du patient (ex. : accusation de vol, incontinence nocturne) constitue une menace, une perte ou un défi pour son intégrité physique, psychologique ou relationnelle. C’est précisément cette évaluation que capture le score de réaction (Reaction Rating) de la MBPC.
- Évaluation secondaire : L’aidant estime la disponibilité de ses ressources personnelles, sociales et instrumentales pour faire face à cette situation. Si les exigences comportementales excèdent les ressources perçues, une réaction de détresse intense est déclenchée.
L’originalité fondamentale de Zarit et de Teri réside dans le refus d’établir une équivalence déterministe entre la fréquence brute des symptômes et le niveau de détresse de l’aidant. La structure binaire de cotation de la MBPC (Fréquence vs Réaction) opérationnalise directement cette distinction théorique : un symptôme fréquent peut être banalisé par l’aidant s’il l’attribue à la pathologie organique, tandis qu’un comportement rare mais hautement tabou (ex. : agressivité publique) peut susciter un effondrement psychologique majeur.
Le Modèle de la Pression Environnementale de Lawton
La dimension relative aux Activités de la Vie Quotidienne (ADL) s’inscrit quant à elle dans le modèle de la compétence et de la pression environnementale de M. Powell Lawton. Selon ce courant, l’adaptation d’un individu âgé dépend de l’équilibre entre ses compétences fonctionnelles résiduelles (biologiques, cognitives) et le niveau de sollicitation imposé par son milieu. Lorsque les capacités du patient s’amenuisent, la charge d’adaptation est intégralement transférée sur l’aidant, transformant les routines quotidiennes de subsistance (s’habiller, manger, se laver) en zones de friction comportementale intense.
7. Validité
Les qualités métrologiques de la MBPC et de sa version révisée (R-MBPC) ont fait l’objet d’investigations empiriques rigoureuses sur des échantillons cliniques diversifiés à travers le monde.
Validité de construit et validité factorielle
La validité de construit a été amplement confirmée lors du développement de la version révisée par Teri et al. (1992). L’analyse factorielle confirmatoire a validé un modèle tridimensionnel pour les fréquences des comportements et les réactions des aidants, démontrant que les problèmes de mémoire, les troubles dépressifs et les comportements perturbateurs constituent des entités cliniques latentes distinctes. Les indices d’ajustement du modèle structural ont démontré une adéquation remarquable aux données empiriques.
Validité convergente et concourante
La validité convergente de l’échelle est solidement étayée par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures étalons :
- Corrélations avec le statut cognitif global : La sous-échelle de fréquence des problèmes de mémoire est corrélée négativement et de manière significative avec les scores obtenus au Mini-Mental State Examination (MMSE ; $r = -0,40$ à $-0,55$, $p < 0,001$), attestant que la fréquence des troubles rapportés reflète adéquatement le déclin neurocognitif documenté objectivement.
- Corrélations avec les instruments de dépression : La sous-échelle de dépression de la MBPC présente de fortes corrélations positives avec l’échelle de dépression de Hamilton (HDRS ; $r = 0,65$) et l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI) administré auprès des patients ou évalué par un clinicien.
- Convergence avec le fardeau global : Le score total de réaction de l’aidant à la MBPC présente une corrélation élevée avec l’Inventaire du Fardeau de Zarit (Zarit Burden Interview – ZBI ; $r = 0,60$ à $0,72$, $p < 0,001$) ainsi qu'avec les scores de symptomatologie dépressive de l'aidant mesurés par la Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D ; $r = 0,45$ à $0,58$).
Validité prédictive et sensibilité au changement
La validité prédictive de l’instrument est l’un de ses atouts majeurs. Des études de cohortes longitudinales ont démontré que les scores élevés de réaction aux comportements perturbateurs constituent le prédicteur le plus robuste de l’institutionnalisation précoce des patients atteints de démence, surpassant la gravité intrinsèque du déficit cognitif mesuré par les tests neuropsychologiques conventionnels. De surcroît, la MBPC a démontré une excellente sensibilité au changement au cours d’essais cliniques évaluant des programmes d’entraînement aux compétences d’aidant et des approches de gestion comportementale non médicamenteuses.
8. Fidélité
La fidélité de la MBPC a été évaluée sous l’angle de la cohérence interne, de la stabilité temporelle test-retest et de la fidélité inter-évaluateurs.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’étude princeps de validation de la version révisée (Teri et al., 1992), menée auprès d’une cohorte clinique de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de leurs aidants, les coefficients alpha de Cronbach obtenus témoignent d’une homogénéité interne remarquable :
- Score total de fréquence : $\alpha = 0,84$.
- Sous-échelle Problèmes de mémoire (Fréquence) : $\alpha = 0,80$ à $0,83$.
- Sous-échelle Dépression (Fréquence) : $\alpha = 0,78$ à $0,82$.
- Sous-échelle Comportements perturbateurs (Fréquence) : $\alpha = 0,67$ à $0,75$.
- Score total de réaction de l’aidant : $\alpha = 0,90$.
- Sous-échelles de réaction : les alphas oscillent entre $0,75$ (réaction aux comportements perturbateurs) et $0,84$ (réaction aux problèmes de mémoire).
Fidélité test-retest et inter-juges
Les indices de stabilité temporelle (test-retest sur des intervalles de 2 à 4 semaines chez des patients dont l’état clinique est réputé stable) révèlent des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) compris entre $0,68$ et $0,85$, indiquant que l’échelle ne subit pas d’artefact de mesure intempestif en l’absence de modification du tableau clinique. Les évaluations croisées (inter-évaluateurs) réalisées entre deux membres d’une même cellule familiale observant le même patient démontrent une concordance modérée à élevée ($r = 0,60$ à $0,75$), les divergences s’expliquant théoriquement par le temps réel de contact partagé avec le patient et le niveau propre d’épuisement de chaque aidant.
9. Analyse factorielle
La structure dimensionnelle de la MBPC a connu une évolution majeure entre sa formulation préliminaire et sa révision définitive.
L’approche exploratoire initiale (Zarit et al., 1980, 1985)
Dans les versions initiales à 32 items, les analyses factorielles exploratoires (AFE) faisaient émerger une solution instable oscillant entre quatre et six facteurs selon la nature de l’échantillon clinique (déficits cognitifs stricts, dépendance fonctionnelle, agressivité, comportements régressifs, perturbations du sommeil). De nombreux items présentaient des saturations croisées complexes ou des variances communes faibles en raison de la rareté statistique de certains comportements extrêmes dans les cohortes ambulatoires légères.
La modélisation confirmatoire de Teri et al. (1992)
Pour surmonter ces limites, Teri et son équipe ont entrepris une clarification psychométrique rigoureuse en administrant l’instrument à un vaste échantillon de 190 dyades aidant-patient. Une analyse factorielle exploratoire par extraction en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax), puis confirmée par analyse factorielle confirmatoire (AFC), a permis d’isoler 24 items répartis sans ambiguïté sur trois facteurs dominants expliquant une proportion substantielle de la variance totale :
- Facteur 1 : Problèmes de Mémoire (Items 1 à 7) : Ce facteur regroupe les comportements d’oubli, de répétition de questions, de perte d’objets et de désorientation. Les saturations factorielles pour cette dimension sont particulièrement élevées, s’échelonnant de $0,55$ à $0,82$.
- Facteur 2 : Symptômes Dépressifs (Items 12, 14, 17 à 23) : Cette dimension capture les manifestations affectives, les pleurs, les verbalisations d’inutilité, les idées de mort et l’humeur anxio-dépressive. Les saturations factorielles s’étendent de $0,48$ à $0,78$.
- Facteur 3 : Comportements Perturbateurs (Items 9 à 11, 13, 15, 16, 24) : Ce facteur associe l’agressivité verbale, l’opposition, les cris, l’agitation motrice, les réveils nocturnes et les attitudes dangereuses. Les saturations factorielles varient entre $0,45$ et $0,74$.
Cette structure tri-factorielle s’est avérée invariante selon le genre de l’aidant (conjoint vs enfant adulte) et présente des indices d’adéquation robustes ($GFI > 0,90$, $RMSEA < 0,06$) confirmant la solidité psychométrique du construit à travers les cultures et les sous-types étiologiques de démence.
10. Instrument de mesure
La Memory and Behavior Problem Checklist se caractérise par des modalités d’administration et de cotation standardisées :
- Type de passation : Questionnaire hétéro-rapporté complété par l’aidant principal (informel ou soignant référent) en auto-administration supervisée ou sous forme d’entretien semi-directif mené par un professionnel de santé.
- Durée de passation : Approximativement 15 à 25 minutes pour la version classique (32 items + ADL) ; 10 à 15 minutes pour la version révisée à 24 items (R-MBPC).
- Format d’évaluation double : Chaque item fait l’objet d’une double cotation séquentielle :
- Score de Fréquence (Frequency Rating) : Mesure l’occurrence temporelle du comportement observé au cours de la période de référence récente (le plus souvent la semaine écoulée ou les 3 derniers mois selon la version).
- Score de Réaction (Reaction Rating) : Mesure le retentissement subjectif, la détresse émotionnelle ou le fardeau perçu par l’aidant face à ce problème précis.
- Échelle de cotation de la fréquence (Version Classique 32 items) :
0= N’a jamais eu lieu (never occurred)1= Est survenu fréquemment dans le passé, mais pas au cours des 3 derniers mois (occurred frequently in past but not in the past three months)2= Est survenu récemment, mais pas au cours de la semaine passée (has occurred recently, but not in the past week)3= Est survenu 1 ou 2 fois au cours de la semaine passée (has occurred 1 or 2 times in the past week)4= Est survenu 3 à 6 fois au cours de la semaine passée (has occurred 3 to 6 times in the past week)5= Se produit quotidiennement ou plus souvent (occurs daily or more often)7= Ce problème surviendrait si le patient n’était pas surveillé (this problem would occur, if the patient wasn’t supervised)
- Échelle de cotation de la réaction (Version Classique & Révisée) :
0= Pas du tout (not at all)1= Un peu (a little)2= Modérément (moderately)3= Beaucoup (very much)4= Extrêmement (extremely)9= Ne sait pas / Non applicable (don’t know / not applicable)
- Calcul des scores et interprétation :
- Score total de fréquence : Sommation des points de fréquence pour l’ensemble des items applicables.
- Score total de réaction : Somme des scores de réaction divisée par le nombre d’items endossés (score moyen de réaction) ou somme absolue des réactions éprouvées.
- Scores sous-échelles : Calculs individualisés pour la mémoire, la dépression et les perturbations comportementales, facilitant le diagnostic différentiel des besoins d’intervention d’aide.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’instrument historique MBPC a été formalisé en 1985 par Steven H. Zarit, Nancy K. Orr et Judy M. Zarit, faisant suite aux travaux pilotes initiés en 1980. La version révisée (R-MBPC) a été publiée en 1992 par Linda Teri et son équipe.
- Statut des droits d’auteur et accessibilité : Les versions publiées dans la littérature scientifique académique (notamment dans la revue Psychology and Aging de l’American Psychological Association) et diffusées par le Penn State University Gerontology Center sont généralement accessibles pour un usage clinique et de recherche non commerciale sans frais d’acquisition de licence (« open academic access »).
- Conditions d’utilisation : Les chercheurs et cliniciens sont autorisés à utiliser et reproduire l’instrument sous réserve d’une citation bibliographique intégrale des publications sources princeps (Zarit et al., 1985 ; Teri et al., 1992). L’utilisation dans le cadre d’essais cliniques financés par l’industrie pharmaceutique ou intégrée dans des applications logicielles commerciales peut nécessiter une autorisation formelle auprès des titulaires des droits ou des éditeurs respectifs.
12. Références
Les publications fondatrices et validations métrologiques de la MBPC incluent :
- Fischer, J., & Corcoran, K. J. (2007). Measures for clinical practice and research: A sourcebook (4th ed., Vol. 1, pp. 362–365). Oxford University Press.
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Pearlin, L. I., Mullan, J. T., Semple, S. J., & Skaff, M. M. (1990). Caregiving and the stress process: An overview of concepts and their measures. The Gerontologist, 30(5), 583–594. https://doi.org/10.1093/geront/30.5.583
- Teri, L., Truax, P., Logsdon, R., Uomoto, J., Zarit, S. H., & Vitaliano, P. P. (1992). Assessment of behavior problems in dementia: The revised Memory and Behavior Problems Checklist. Psychology and Aging, 7(4), 622–631. https://doi.org/10.1037/0882-7974.7.4.622
- Zarit, S. H., Orr, N. K., & Zarit, J. M. (1985). The hidden victims of Alzheimer’s disease: Families under stress. New York University Press.
- Zarit, S. H., Reever, K. E., & Bach-Peterson, J. (1980). Relatives of the impaired elderly: Correlates of feelings of burden. The Gerontologist, 20(6), 649–655. https://doi.org/10.1093/geront/20.6.649
- Zarit, S. H., & Zarit, J. M. (1990). The Memory and Behavior Problems Checklist and the burden interview. Penn State University Gerontology Center.
- Zarit, S. H., & Zarit, J. M. (1998). Mental disorders in older adults: Principles of assessment and treatment. Guilford Press.